Monthly Archives: June 2011
Indemnisations des victimes des purges ethniques : « Un pas en avant, mais nettement insuffisant » selon les Flam
Dés lors où les conclusions de leur dernier congrès recommandaient un retour au bercail et un redéploiement local accru, les Flam n’avaient plus le droit d’observer un profil bas pour des questions nationales qui les ont toujours préoccupées le long leur exil jusqu’à aujourd’hui, faisant partie intégrante de leur courageuse lutte contre l’oubli. Suivant de prés les évolutions de la politique intérieure, dont les aspects liés au règlement du passif humanitaire, ce mouvement vient de réagir à la dernière décision prise par le régime de Nouakchott visant à indemniser à la fois les victimes des purges ethniques de 1987, au sein de l’Armée « nationale » et tous les auteurs de putschs remontant à 1981. Les Flam estiment que « c’est là une mesure appréciable d’apaisement, même si elle fait un amalgame cynique entre des cas de putschistes avérés, et les graves et sombres pogroms survenus dans la vallée du fleuve », soulignant que « C’est un pas en avant, mais nettement insuffisant ». Le mouvement explique son constat par le fait que la décision des autorités, bien qu’elle a le privilège de tirer le pays du gouffre du passif humanitaire omet « gravement, les cas de ces milliers de civils massacrés et de ces centaines de femmes violées dans la vallée du fleuve, entre 1986 et 1991 ». De manière plus claire, les Flam exigent « que les auteurs principaux de ces crimes, commis, soient identifiés, mis devant leur responsabilité, et amenés à répondre, pleinement, de leurs forfaits », estimant que « ette réhabilitation devrait également concerner les fonctionnaires négro-africains arbitrairement radiés de la fonction publique, et tous ces réfugiés spoliés de leurs droits, pour une pleine réparation des préjudices subits ». C’est seulement à ce prix, selon ce mouvement que le climat social peut être apaisé « pour avancer vers les questions centrales, telle que la question cruciale de la cohabitation » qui selon les Flam mine l’unité nationale ainsi que la question sociale de l’esclavage «sans la solution desquelles il ne saurait y avoir de démocratie ». Et de conclure que « la Mauritanie a, plus que jamais, besoin d’une rupture d’avec le passé ; les hommes du passé doivent partir, et les pratiques du passé doivent cesser ! », indiquant enfin que le mouvement reste égal à lui-même, déterminé à mener jusqu’au bout ce combat pour la justice et pour l’égale dignité entre tous les mauritaniens.
Le Rénovateur et (flam_com)
Témoignages de leaders de la société civile à l’occasion du 20e ’anniversaire de l’AMDH
Député Sid’Ahmed Ould Habott: Le prix des larmes….
« Mon témoignage je l’ai vécu, j’étais maire de F’dérick et quant les tortures ont commencé dans les casernes, j’ai commencé à réagir auprès des commandants des régions militaires. Je suis descendu à Nouadhibou pour m’informer des arrestations et des tortures. J’arrive à Nouakchott où il ya eu une série d’appel dont un appel répété de Maloum Ould Braham, secrétaire général de l’association des maires de Mauritanie. Au téléphone, il me dit monsieur le maire, le président du comité militaire veut rencontrer les membres du bureau de l’association des maires et nous attendions votre arrivée. Je lui réponds qu’il est urgent de rencontrer le président du comité militaire, parce que je viens de la 2e région et il se passe des choses très graves là-bas » dira-t-il Poursuivant son témoignage, il affirme « Dans notre réunion, à la salle des conférences du conseil municipal de Nouakchott, j’ai rendu compte de ce que j’ai vécu dans ma région. Je leur explique que cette audience est plus qu’opportune, car il est nécessaire de poser tout de suite ces problèmes des arrestations et des tortures qui sont entrain de prendre une ampleur catastrophique pour le pays. Parmi les intervenants membres du bureau, un seul s’est opposé à cette question, c’était le maire de Nouakchott à l‘époque. Il a dit non, nous n’allons pas voir le président du comité militaire, nous sommes une association de maires, nous n’avons pas le droit, nous ne sommes pas un parti politique pour parler de ces choses et si Mr Habott, le représentant d’Amnesty international, est ici où des ennemies de la Mauritanie sont ici, je vais tenir ce discours au président du comité militaire, il ne va pas prendre part à l’audience. »
Soutenant ces propos, il ajoute « Je l’ai dit monsieur le maire, nous savons dans quelles conditions tu as été élu. Vous étiez amené par une voiture 4/4 qui vous a cherché à Aouin pour vous parachuter à la tête de la mairie de Nouakchott et si vous avez un minimum de conscience, vous êtes le maire d’un tiers de mauritaniens. Des citoyens qui sont aujourd’hui torturés et qui meurent au moment où nous parlons. Il ya eu une dispute entre nous ; à la fin, nous sommes arrivés à un consensus. Le président Ould Sidi Baba propose à la fin pour que lui, le maire de Rosso à l’époque, Sow Deyna et moi, pour que nous puissions rencontrer le président du comité militaire en aparté et demander l’ouverture d’une enquête immédiate sur la question. C’était le consensus qui a été retenu. »
Il poursuit, « Dans cette audience élargie, il fallait aussi défendre les acquis démocratiques et encourager les militaires à avancer dans le processus de démocratisation. Quand nous avons rencontré le président du comité militaire, ce dernier a voulu faire venir son ministre de l’intérieur Cheikh Sidi Ahmed Ould Baba. J’ai rendu compte de ce que j’ai vécu dans la région du Tiris Zemmour et à Nouadhibou, mais aussi de l’ampleur des dégâts à Nouakchott et dans les autres régions, notamment dans le Brakna. Comme toute réponse, le président du comité militaire déclare que c’est de l’intoxication et que ce n’est pas possible. Je lui dis monsieur le président, je suis le maire d’une ville garnison de l’armée, j’’ai écouté les hommes de troupe. Les officiers et les sous officiers viennent dans mon bureau. Les interpellations des pères de famille que j’ai à eu confirmation à travers leurs femmes et leurs enfant, je ne peux pas retourner les voir, sans rien faire. »
Et le député d’ajouter « Je peux vous assurer que cette audience était extrêmement dure et je rends hommage à mes deux collègues (Sowa Deyna et Ould Sidi Baba) qui étaient d’un courage exceptionnel. Au finish, le président du comité militaire a dit que si c’était le cas, une commission d’enquête va être désignée pour rendre compte. Mais très sincèrement je suis sorti de la salle, les larmes aux yeux, sachant que ce président ne fera jamais l’enquête et convaincu qu’il est au courant de la situation actuelle du pays. Cet anniversaire nous ne pouvons pas lecélébrer, sans avoir une pensée pour eux. »
Il renchérit « Lorsque les événements se sont précipités par la mobilisation de l’intérieur et par la pression internationale en 1991, le projet de démocratisation que le Président Ould Taya a cédé aux peuples mauritaniens, est le prix de leurs larmes et de leur sang. C’est à cause de leurs sacrifices que nous devons ces acquis démocratiques. Ce n’est pas mon général d’aujourd’hui ni celui de demain, c’est le prix de leurs larmes et de leur sang qui ont fait cracher aux militaires le processus de démocratisation qui a été initié depuis 1991. Quand nous parlons de démocratie et droits de l’homme en Mauritanie, nous devons leur rendre un hommage historique et patriotique. »
Il revient sur la loi d’amnistie « S’agissant de la loi d’Amnistie que j’ai défendu bec et ongle contre la proposition de loi d’amnistie initiée par une dizaine de députés du PRDS, certains m’ont approché plu tard pour me demander pardon. Je leur ai dit que ce n’est pas à moi de pardonner, c’est au peuple mauritanien de vous pardonner, c’est à dire les veuves, les orphelins, les déportés et à l’unité de ce pays. Vous avez failli à votre devoir de parlementaires et de musulmans, demandez pardon à ceux qui ont été humiliés.»
Mamadou Sarr, SG du Fonadh : « Notre pays a connu de graves violations en droits humains »
« Il faut d’abord rendre hommage au premier président de l’AMDH, feu Diagana Mamadou. A cette époque, il était très difficile de se réunir. Les ordres des avocats ont eu le courage de former cette organisation qui a rencontré toutes les difficultés. Les organisations qui ont fondé le Fonadh ont été le fer de lance du combat pour la protection et la promotion des droits humains en Mauritanie. Le combat que l’AMDH a toujours mené a été un combat pour la promotion des droits de l’homme en Mauritanie.
Notre pays a connu de graves violations en droits humains et si c’état pas le combat de l’AMDH et des autres organisations de droits humains, certainement on ne serait pas là. A l’époque la seule organisation de droits de l’homme qui existait, était la ligue mauritanienne des droits de l’homme (LMDH), sinon toutes les associations avaient des difficultés à se faire reconnaître. l’AMDH, comme les autres associations qui forment le Fonadh, a une mission commune de combattre l’impunité, car malgré certaines avancées, nous constatons qu’il ya des dossiers pendants qui pour la paix civile et sociale du pays, méritent que les autorités mauritaniennes et la société civile coopèrent d’avantage pour trouver des solutions consensuelles à ces problèmes. »
Lalla aicha, président du CSSVDH: « Ceux qui disaient que notre combat était du faux, reconnaissent aujourd’hui notre lutte »
« En 1991 quand il fallait tenir une réunion, il fallait l’organiser en secret. Souvent c’était des militaires qui venaient nous surprendre pour nous amener en prison. Au commissariat on nous disait que les violations de droits de l’homme n’existent pas dans le pays. Ba Mariam Koita qui était à l’époque responsable des droits humains au niveau du pouvoir, connait les problèmes que nous avons rencontrés auparavant. Quand on devait aller à Vienne ou en Gambie parler de ces violations, il y’avait pleins de mauritaniens qui nous combattaient. Ils disaient que ce que nous disons est du faux. Je suis contente parce que le monde évolue, ceux qui disaient que notre combat était du faux, reconnaissent aujourd’hui notre lutte. Et ce sont ces mêmes personnes qui disent qu’il ya des avancées. Des avancées qu’on a eues avec beaucoup de chagrin et de sacrifice. Je suis émue quand je vois la fille de Ba Seydi , ici présente. Elle avait deux ans quand son père a été tué, aujourd’hui elle a 22 ans. Elle milite, car elle sait que son père a été tué de façon arbitraire.
Un jour où l’autre la vérité éclatera, car il ya des militants téméraires qui continuent le combat. »
Boubacar Messaoud, président SOS ESCLAVES: « Les 20 ans de l’AMDH, c’est l’âge des droits de l’homme en Mauritanie »
« Quand on a créé ces organisations, le problème qui était posé était le passif humanitaire, la déportation, les exécutions extrajudiciaires. Nous avons créé cette organisation (AMDH) comme tant d’autre sur la base des problèmes de dépassement des pouvoirs publics, sur les droits humains (déportation, impunité, crimes de sang). Il y’avait aussi l’esclavage qu’on refusait de reconnaitre et qu’on voulait nécessairement transformer en séquelle. Néanmoins, l’AMDH, dans sa composition comprenait les éléments de toute la communauté mauritanienne. Mais le pouvoir s’est évertué à mettre l’AMDH et les autres organisations dans un ghetto. Les 20 ans de l’AMDH, c’est l’âge des droits de l’homme en Mauritanie. Effectivement il ya une organisation qui a précédé l’AMDH, il s’agit de la ligue mauritanienne des droits de l’homme. Mais je dirais qu’à l’époque, elle était une organisation assujettie qui soutenait le pouvoir. Elle n’était plus en mesure de contrer le pouvoir, mais aujourd’hui elle s’est relevée et nous nous en félicitons. »
Maimouna Alpha Sy (veuve, secrétaire général du collectif des veuves): « Pourquoi ont-ils été tués ? »
« Je suis surprise quand on dit que le problème des veuves à été résolu. Je me demande comment, car il n’a même pas commencé. On lutte et on continuera à lutter tant que justice n’est pas faite. On veut la vérité totale. Pourquoi ont-ils été tués ? Parce qu’ils sont des noirs. Ce n’est pas de leur faute, c’est le bon Dieu qui leur a donné cette couleur. Cette épuration ethnique est une pure insulte. Nous réclamons le devoir de vérité, de justice, de mémoire.
On avait demandé un devoir de mémoire, on nous avait répondu que cela allait à l’encontre de l’islam, mais maintenant on en parle. Aujourd’hui, on parle d’indemnisation, alors que c’est le Président de la République lui-même, qui a dit qu’il va apporter une aide aux veuves et aux orphelins. Et c’était à la demande de la présidente du collectif (Houlèye sall). Les gens l’ont transformé en indemnisation. Ils ont signé un protocole d’accord, avec je ne sais qui, en tout cas pas avec nous, pour dire que c’est fini. Ce n’est pas fini tant que la lumière n’est pas faite. Il faut savoir que le collectif des veuves luttera toujours tant que justice n’est pas faite. »
Témoignages recueillis par Dialtabé- QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT
Parachèvement du règlement du passif humanitaire Solder les comptes du passé
A l’occasion de sa réunion du jeudi 2 mai, le gouvernement a suivi et adopté une communication relative au règlement du passif humanitaire dont furent victimes des membres des forces armées nationales (armée, gendarmerie et garde nationale). Dans une démarche exclusivement politique, le pouvoir, aux commandes du pays, depuis le 6 août 2008, jette un regard sur le rétroviseur et tente de solder les nombreux comptes d’un passé douloureux, au sein d’une Grande «muette» qui a pris la fâcheuse habitude de faire entendre sa voix, à travers les coups d’Etat, depuis un certain 10 juillet 1978 de triste mémoire. Commentant la nouvelle, à l’occasion d’un point de presse, le ministre de la Défense nationale, Ahmedou Ould Ideye Ould Mohamed Radhi, a indiqué que la décision du gouvernement a été prise sur la base d’instructions du président Mohamed Ould Abdel Aziz, avec, pour objectif, «d’engager le pays sur la voix d’une véritable réconciliation». Ce qui suppose «des mesures concrètes, en vue du règlement, apaisé, de tous les différends qui, sous les régimes précédents, ont ébranlé la cohésion nationale et entravé la marche du pays vers le progrès». En fait, dans l’optique du pouvoir, la communication du week-end dernier visant le «parachèvement du règlement du passif humanitaire», au sein de l’armée, apparaît comme la suite, logique, du discours historique du chef de l’Etat, prononcé, à Kaédi, le 25 mars 2009. Une allocution suivie de la «prière pour la mémoire des absents», victimes des orgies sanguinaires qui perdirent la mesure de tout sens humain. Cette première étape fut suivie de la mise en place, par le ministère de la Défense nationale, d’une commission «chargée de trouver une solution, globale et définitive, aux problèmes liés aux différents événements qui ont secoué les forces armées nationales», pendant les années de référence. Dans le cadre de ses investigations, la commission a engagé de larges enquêtes, avec les états-majors de tous les corps concernés, une opération de vérification, la mise en état des listes, l’évaluation de tous les préjudices et la classification des cas de 974 militaires. Au-delà des réparations aux familles des militaires négro-mauritaniens arrachés à la vie, par des exécutions extrajudiciaires, entre septembre 1990 et février 1991, le gouvernement compte, également, «alléger les souffrances» de ceux qui ont été rayés des effectifs de l’armée, de la gendarmerie nationale et de la Garde, pour diverses raisons, mais invariablement privés de toute pension de retraite, entre 1980 et 2004, 24 longues années, donc, couvrant les règnes des colonels Mohamed Khouna Ould Haidalla et Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya.
Coffre-fort sollicité pour 1,2 milliard Les différentes catégories de militaires concernés par les nouvelles mesures d’indemnisation, suivie de l’octroi d’une pension de retraite, appartiennent aux groupes suivants: en un, les victimes d’exécutions extrajudiciaires dont le seul crime était leur appartenance ethnique, dans un contexte de vive tension avec le Sénégal. En deux, les acteurs des tentatives de coup d’Etat du 16 mars 1981 et du 8 juin 2003; en trois, les complots de 1987 et 2004. Pour faire face aux engagements, une enveloppe globale de 1,2 milliard d’ouguiya est prévue. Un montant d’un peu plus de 850 millions devrait, ainsi, servir à boucler les procédures d’indemnisation déjà engagées, en faveur, notamment, des ayant-droits des victimes d’exécutions extrajudiciaires, fin 1990-début 1991. Une pension généralisée de retraite sera attribuée, à titre exceptionnel, aux militaires et officiers ne totalisant pas quinze années de service effectif. Cette nouvelle étape, dans le processus global de règlement du passif humanitaire, intervient après une série de frémissements et signaux. Exit le négationnisme? Le plus récent de ses signes fut l’annonce du gouvernement, le 18 mai dernier, d’une vaste opération de localisation des sépultures de tous les individus disparues dans des conditions «ambiguës», depuis l’indépendance. Cette décision suit les conclusions du rapport 2010 de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), remis, au chef de l’Etat, en mars, recommandant le parachèvement du règlement du passif humanitaire. Quelques jours plus tard, la CNDH a organisé un séminaire sur la justice transitionnelle, avec la participation de la société civile et le soutien de la représentation, en Mauritanie, du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, qui a ouvert un bureau, à Nouakchott, au cours des derniers mois. La prochaine étape de ce long et difficile processus de règlement devrait concerner les victimes civiles des années de braise. Autant d’éléments qui renvoient à une nouvelle volonté politique de vaincre les nombreux obstacles qui entravent l’unité de la Mauritanie. Le nouveau pouvoir de Nouakchott aurait-il, donc, retenu l’expérience et les leçons du passé? Exit, le discours, stupide, bâti sur les dénégations, grossières, de la réalité du passif humanitaire, devant les instances internationales, qui ont, fortement, écorné l’image du pays, au cours des années 1990 et jusqu’au milieu des années 2000. Toutefois, en dépit de cette résolution et de la bonne volonté du pouvoir qu’il faut saluer à sa juste mesure, on reste encore loin du quitus final. Car la question des massives exécutions extrajudiciaires, ethniquement ciblées, de la fin 1990-début 1991, ne peut se résoudre par de simples indemnisations pécuniaires. Le devoir de vérité et de justice, sur la responsabilité des uns et des autres, reste un impératif catégorique, pour éviter le piège, mortel, de l’impunité et redonner toutes ses chances à une cohabitation communautaire harmonieuse. Si ceux qui commettent de menus larcins se retrouvent en prison, les présumés auteurs d’actes oscillant entre le génocide – s’il est prouvé qu’il existait un plan préétabli – et le crime contre l’humanité – à défaut de celui-là – doivent bien une explication à la Nation, notamment sur leurs véritables motivations. C’est après, seulement, que la page pourra être tournée et toute l’énergie du peuple consacrée au développement, dans le cadre d’un véritable Etat de Droit.
Amadou Seck-LE CALAME
A quelle sauce notre poisson sera-t-il mangé ?
Après une vive polémique à l’assemblée nationale, la convention de pêche liant la Mauritanie à la Chine a été votée. Avec une majorité des voix!Les chinois peuvent ainsi se frotter les mains et opérer dans nos côtes à volonté.Selon les députés hostiles à cet accord, ce dernier profite largement à la partie chinoise comparée à l’apport que cela générera à l’économie mauritanienne. A titre d’exemple, ils relèvent dans un passage du texte de ladite convention des garanties énormes qui frisent la complaisance accordée à l’investisseur chinois.
aux membres de son conseil d’administration, aux actionnaires et aux personnes non mauritaniennes qu’il emploie légalement de ne faire l’objet, en aucun cas, d’un quelconque mauvais traitement, matériel ou moral soit-il … . Les armateurs chinois sont réputés par leur agressivité à l’égard du personnel mauritanien à bord, objet de toutes sortes de mauvais traitements et de disparitions provoquées en haute mer. Cette sorte de chèque en blanc offre à cet investisseur étranger une occasion rêvée de renflouer ses caisses au grand dam de nos ressources halieutiques en voie d’épuisement et d’abuser de la main –d’œuvre nationale comme ils veulent Les députés de l’opposition mauritanienne semblent s’aligner sur la même position de leurs collègues européens qui avaient, on se rappelle en novembre fait part de leur inquiétude par la forte présence d’armateurs et de pêcheurs chinois, qui ont fait des eaux mauritaniennes un terrain de pêche à ciel ouvert. Selon les eurodéputés, ‘’les Chinois profitent largement des ressources de la Mauritanie sans les contrôles rigoureux auxquels sont soumis les armateurs européens’. Les européens soupçonnent donc les chinois de pêcher sous pavillon mauritanien. L’UE a versé, pour la période 2008-2012, 305 millions d’euros à la Mauritanie en échange de l’accès à ses eaux maritimes, très riches en poisson. En contrepartie de ce marché juteux accordé aux chinois un investissement de 100 millions de dollars est prévu pour mettre en place deux unités de traitement de produits de pêche, une usine de fabrication de glace d’une capacité de production de 100 tonnes par jour, un dépôt de stockage frigorifique d’une contenance de 6.000 tonnes, une unité de fabrication de farine de poisson, un laboratoire de contrôle interne, un atelier de construction des pirogues de pêche artisanale et un centre de formation .En plus , la société chinoise s’engage à créer 2463 emplois permanents, avec une priorité accordée à la main d’œuvre mauritanienne qui bénéficiera aussi de la formation . Ces quelques bonifications valent-elles de livrer nos richesses à des bateaux dangereux, suréquipés et échappant à tout contrôle sérieux. Les réseaux mafieux qui se développent depuis des années ont affecté considérablement notre écosystème maritime, perturbé les niches procréatives et poussé à l’émigration des espèces très recherchées de nos produits halieutiques. Une fois de plus par cette convention, la Mauritanie a manqué de « sang froid » devant des fonds chinois qui, loin de faire le bonheur de notre économie ne fera qu’enrichir la sauce de l’investisseur chinois par nos espèces très prisées. Alors que nos plats souffrent de soupe au poisson. Paradoxal n’est-ce pas ?
Cheikh Tidiane Dia-LE RÉNOVATEUR
Mauritanie: le chef de l’opposition pas concerné par les législatives
NOUAKCHOTT – Le chef de l’opposition mauritanienne, Ahmed Ould Daddah, a affirmé mercredi à Nouakchott qu’il ne se sentait pas concerné par les élections législatives dont le président Mohamed Ould Abdel Aziz a annoncé lundi la tenue à la date prévue du 1er octobre. Nous ne sommes pas concernés par ces législatives tant que les choses se passent de façon unilatérale, solitaire de la part du chef de l’Etat dans sa tour d’ivoire, a déclaré M. Ould Daddah dans un entretien accordé à l’AFP au siège de son parti, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD).
Le président Ould Abdel Aziz a déclaré lundi dans une interview à l’AFP qu’il tenait à organiser les législatives à la date prévue du 1er octobre, pour ne pas laisser un vide juridique.
Nous, le RFD, nous ne sommes concernés que par des choses qui sont discutées, dont les conditions sont arrêtées en commun, a affirmé M. Ould Daddah. Nous serons concernés par des élections dont toutes les conditions de transparence, de sérénité, d’honnêteté, de crédibilité, seront convenues ensemble et seront cogérées, a-t-il ajouté.
Personnellement je ne vois pas très bien comment, dans les conditions actuelles, il serait possible d’organiser des élections, a-t-il affirmé.
M. Ould Daddah a affirmé qu’il n’entendait pas engager de dialogue avec le chef de l’Etat comme ce dernier l’a proposé à l’opposition. Il faut un minimum de confiance pour que le dialogue ait la moindre chance d’aboutir à quelque chose, a-t-il dit, réclamant au chef de l’Etat un certain nombre de signes positifs pour créer un climat de dialogue.
Il lui a demandé de cesser d’empêcher les manifestations pacifiques, d’ouvrir, non pas en fonction de l’humeur du moment, mais de façon continue et dans des conditions convenues, les médias officiels aux partenaires politiques et à la société civile et de permettre l’accès à la fonction publique et aux marchés publics selon les règles de la compétence et de la transparence.
La manière dont le chef de l’Etat en personne s’adresse à l’opposition et à ses leaders n’est pas du tout de nature à laisser penser qu’il est dans une posture favorable aux négociations, aux discussions, a-t-il reproché.
Il a qualifié le régime de M. Ould Abdel Aziz de régime totalitaire qui prend seul ses décisions, qui ne se concerte pas avec son opposition et qui n’a aucun respect pour les citoyens.
Sur la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui a multiplié ces dernières années attentats et enlèvements en Mauritanie, le chef de l’opposition a jugé que les résultats obtenus par le gouvernement n’étaient que des coups d’épée dans l’eau ou le sable.
Nous sommes, bien sûr, pour une lutte appropriée contre le terrorisme, a-t-il dit, ajoutant: s’il n’y a pas une politique de cohésion nationale, d’unité nationale, s’il n’y a pas un consensus dans cette lutte, elle n’a aucune chance d’aboutir.
Selon lui, dans un pays où 75% de la population a moins de 29 ans vit en majorité sans emploi, sans écoles, sans formation professionnelle, où il n’y a même pas de respect entre les citoyens et son gouvernement, vous êtes exposés à toutes les sirènes possibles et imaginables.
Pour dessécher le recrutement d’Aqmi, il faut que les gens aient le sentiment d’être dans un Etat de droit et non pas dans un Etat de répression, de corruption, qu’ils aient le sentiment que le bien commun est le fait d’abord des gouvernants, a-t-il affirmé.
(©AFP / 08 juin 2011 18h41)




