Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Ould Haidalla : « Le géant qui a semé la terreur dans tous les foyers et tenté de fuir la “prison du pouvoir” »

Premier journaliste à rencontrer l’ancien président mauritanien Mohamed Khouna Ould Haidalla après la chute de son régime, Cheikh Bekaye évoque dans le récit qui suit son entretien avec celui qu’il a décrit comme « Le géant ayant semé la terreur dans tous les foyers et tenté de fuir la “prison du pouvoir”

Nouakchott – par Cheikh Bekaye*

Traduit de l’arabe Initiatives News avec IA.

Porté par les hasards de l’histoire au sommet de l’État en 1980, l’officier mauritanien Mohamed Khouna Ould Haidalla s’est retrouvé à diriger un pays pour lequel, selon ses propres mots, il n’était « ni préparé ni demandeur ».

Héritier à la fois de la rudesse du désert, de la discipline militaire et de la simplicité bédouine, il a dû assumer un pouvoir qu’il décrit comme lourd et contraignant.
Dès ses débuts, il s’attelle à la lutte contre la corruption et les dysfonctionnements administratifs, tout en tentant de répondre aux attentes sociales. Mais progressivement, son exercice du pouvoir se durcit, jusqu’à instaurer un climat de crainte au sein de la société. À un moment charnière, il envisage même de se retirer « avec honneur », sans y parvenir.

Isolé, lâché par ses propres services de sécurité qui l’avaient induit en erreur et en conflit avec de nombreux acteurs, il connaît ensuite la chute, la prison, puis une forme de retrait presque ascétique : vivant sous une tente, renouant avec une existence pastorale rythmée par le désert.
Installé dans la petite villa modeste où vit sa famille dans l’un des quartiers de Nouakchott, l’ancien président mauritanien accorde un entretien au journal Al-Hayat. Il revient sur son expérience du pouvoir, ses erreurs, la vie bédouine, son retour à la politique et sa vision de l’avenir.

Son retour à la politique s’est fait tardivement. «Je n’avais d’autre choix que le silence, car depuis ma sortie de prison (…) je suis placé sous surveillance et interdit d’accès aux villes de Nouakchott, Zouerate et Nouadhibou, sauf autorisation spéciale et pour des raisons médicales. » Explique-t-il.

Aspirait-il à gouverner à nouveau la Mauritanie ?

Le Colonel Haidalla répond par la négative :« J’ai gouverné à une autre époque, et mon temps est passé. Le peuple mauritanien compte des hommes dignes d’assumer cette responsabilité et qui en ont le droit. »

À propos de la démocratie et du rôle de l’armée, il déclare :« Indépendamment de ses aspects positifs ou négatifs, la démocratie est une exigence de tous et l’air du temps. Je pense qu’il est désormais temps que les forces armées retournent dans leurs casernes. »

Il ajoute :« J’ai tenté une sortie honorable pour moi et pour l’armée en 1980, en instaurant une constitution fondée sur une démocratie multipartite. »

Haidalla fut nommé Premier ministre un an après le coup d’État contre le président civil Moktar Ould Daddah en 1978, tandis que deux officiers — Mustapha Ould Salek et Mohamed Mahmoud Ould Louly — se succédaient à la tête de l’État et du gouvernement. La faiblesse de ces deux officiers et les luttes internes entre militaires pour le pouvoir firent de Haidalla le dirigeant réel, jusqu’à sa prise complète du pouvoir en 1980 à la faveur d’un « quasi-coup d’État ».

Il décrit cette période comme « une phase de grand chaos et de conflit entre jeunes officiers et hauts gradés ».

L’ancien président considère sa période au pouvoir comme « une grande prison dans laquelle j’ai été conduit contre ma volonté, les circonstances m’ayant imposé un pouvoir dont je n’ai jamais rêvé ni que je n’ai aimé ».

Lorsqu’on lui rappelle qu’il est lui-même revenu sur cette constitution, renoncé à restituer le pouvoir aux civils et restreint les libertés, il répond simplement :« J’ai échoué à fuir, car le pire défaut pour un officier est d’être lâche. »

Il explique que la tentative de coup d’État du 16 mars 1981, menée par des officiers mauritaniens venus du Maroc, ainsi que l’état de tension qui l’accompagnait et « les pratiques du gouvernement civil dirigé par Sidi Ahmed Ould Bneijara », rendirent impossible le transfert du pouvoir aux civils à cette époque. Il évoque l’émergence d’un courant puissant dans l’armée appelant à renforcer la mainmise militaire sur le pays :« Nous avons d’abord refusé leurs exigences, mais nous avons fini par céder, car il n’y avait pas d’autre choix. »

« J’avais le choix entre me sauver de cette prison et quitter le champ de bataille, ou céder aux exigences des jeunes officiers et rester… J’ai choisi le courage. »Sans aucun doute, la tentative du 16 mars fut un tournant pour Haidalla, qui fut envahi à la fois par la peur et la colère. Il fit arrêter et disperser la plupart de ceux soupçonnés de sympathies pro-marocaines, dans un contexte de relations tendues avec le Maroc, accusé de soutenir le putsch, tandis que Rabat accusait Haidalla de soutenir le Front Polisario.Il poursuivit ensuite une série d’arrestations qui touchèrent de nombreuses personnes durant ses cinq années de pouvoir.

Il rejette toute comparaison avec le président suivant Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya :« Si les Mauritaniens noirs s’étaient opposés à moi, je n’aurais pas agi comme d’autres… J’ai affronté les baassistes, mais je n’ai pas puni leurs familles ni pris des innocents pour des crimes qu’ils n’avaient pas commis. »

Il reconnaît avoir commis des erreurs :« Beaucoup de vérités m’ont été révélées que je ne connaissais pas. J’admets avoir commis des erreurs », mais il ajoute :« J’agissais de bonne foi, et d’autres me poussaient à commettre ces erreurs pour les exploiter contre moi ou servir leurs propres intérêts. »Il s’arrête longuement sur les arrestations sanglantes de mars 1984 contre les nassériens, qu’il considère comme une préparation à son renversement neuf mois plus tard.Bien que le mouvement nassérien ait diffusé des tracts, inscrit des slogans hostiles sur les murs dans la plupart des grandes villes, mené des grèves et des troubles, il entretenait en même temps des liens avec le régime de Haidalla, en raison de ses positions proches des pays arabes dits « progressistes » de l’époque : l’Algérie, la Libye, la Syrie et le Yémen du Sud. La question du Sahara occidental constituait également un point de convergence entre Haidalla et les nassériens.Ironie du sort, ces arrestations coïncidèrent avec la décision de Haidalla de reconnaître la « République arabe sahraouie ».

Il fut surpris de constater que tous les services de renseignement s’accordaient à évoquer un complot nassérien visant à renverser le régime, soutenu par les Libyens et les Marocains dans le cadre de leur rapprochement au sein de « l’Union arabo-africaine ».

Mais la surprise fut plus grande encore lorsque les noms de membres de son propre camp au sein du comité militaire apparurent dans les procès-verbaux d’enquête : parmi eux, Moulay Ould Boughreiss, Mohamed El Amin Ould Zein, Sidi Ahmed Ould Ahmed Aïda, Moulay Hachem Ould Moulay Ahmed et Atiyeh Hemat.Le président entra dans une grande colère :« Si je devais douter du colonel Boughreiss, je ne douterais pas des autres », déclara-t-il. Il contacta alors un détenu, lui demandant de préciser les dates de recrutement de ces officiers et leurs recruteurs.

Sa joie fut grande lorsque le détenu répondit :« Si j’ai dit cela, c’est que je n’étais pas conscient. »Bien qu’il apparût que les services de renseignement avaient falsifié les procès-verbaux et fabriqué le complot, et malgré son refus d’arrêter ses partisans, les centaines de détenus restèrent un problème qu’il ne put — ou n’eut pas le courage — de résoudre rapidement.

Deux personnes moururent sous la torture, d’autres eurent la peau brûlée par des décharges électriques. Les médias amplifièrent « le complot ignoble contre la patrie », et la télévision officielle montra de nombreux chèques bancaires présentés comme des fonds versés par la Libye à ses agents.

Bien que l’opinion publique comprît rapidement que l’affaire était fabriquée, il était difficile pour l’État d’en reconnaître le mensonge.

Neuf mois plus tard, alors qu’il avançait prudemment vers une résolution de la « crise des nassériens » en libérant progressivement les détenus sous contrôle judiciaire en attendant un procès qui ne devait jamais avoir lieu, la musique militaire retentit le 12 décembre 1984, mettant fin à « l’ère du pouvoir individuel », selon le communiqué n°1.

Le colonel Ould Taya commença là où Haidalla s’était arrêté, en annonçant « l’abandon des poursuites judiciaires contre nos enfants innocents ». Une dizaine de nassériens avaient déjà été libérés dans le cadre du plan de Haidalla.

L’ancien président se souvient de son angoisse après son arrestation à l’aéroport, à son retour d’un voyage où il assistait à une conférence :« J’étais très inquiet pour ma famille, car je ne leur avais laissé que 3000 ouguiyas (38 dollars), nos chameaux étaient loin et nous n’avions pas de maison… Je me rassurais en me disant que l’État leur donnerait un logement et de l’argent, mais cela ne s’est malheureusement pas produit : ma famille a été expulsée et n’a reçu aucune aide. »Il ajoute :« J’avais sur mon compte 80 000 ouguiyas (environ 1000 dollars).

J’ai écrit au directeur de la sécurité pour les retirer, mais ma demande a été refusée, et on m’a informé qu’il ne restait que 11 000. »— Pourquoi n’aviez-vous pas de maison alors que vous possédiez des troupeaux de chameaux ?— « Avant d’arriver au pouvoir, j’avais obtenu un terrain pour lequel j’avais payé les droits à l’État.

Mais une fois devenu président, j’ai refusé de construire ce que je ne possédais pas auparavant. Nous avions décidé au sein du comité militaire que les officiers ne devaient pas construire. »

Sheikh Bekaye,

Il ajoute : « Mais malheureusement, il s’est avéré que de nombreux officiers ont amassé d’énormes fortunes. »Haidalla rend hommage aux Mauritaniens qui ont soutenu financièrement sa famille durant sa détention, mais se souvient avec amertume d’un ami proche qui entrait chez lui sans autorisation lorsqu’il était président, mais qui, après sa chute, n’a même pas salué sa famille.Malgré sa mauvaise réputation en matière de droits de l’homme, beaucoup lui reconnaissent une probité personnelle.

Le Colonel Mohamed Khouna Ould Haidala a dirigé ka Mauritanie de 1980 à 1984
L’ancien Président Ould Haidalla

Haidalla est un véritable homme du désert, resté lié à la vie bédouine et à ses troupeaux de chameaux acquis avant son arrivée au pouvoir. Il n’a connu la vie urbaine que durant ses études dans une académie militaire française ou pendant ses cinq années de pouvoir. Ses adversaires racontent qu’alors qu’il était président, il se rendait dans le désert, attrapait la queue de son chameau le plus robuste et courait derrière lui jusqu’à épuisement, avant de se laver les mains et d’ordonner à son cortège de repartir.

(« Al-Hayat », Londres)(De mon livre : #Ornements_sur_le_visage_du_sable)

*Écrivain et journaliste mauritanien.
Il a travaillé comme correspondant pour BBC, Associated Press, le journal Al-Hayat et la chaîne LBC.
Il a évolué au sein de plusieurs médias mauritaniens, occupant notamment les fonctions de :
Directeur de la rédaction de l’agence,
Directeur de la rédaction du journal Echaab,
Directeur du secteur de la radio.
Il a enseigné à Université de Nouakchott et à l’École nationale d’administration.

Kassataya

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*L’éditorial de La Nouvelle Expression : Samba Thiam : Refuser l’assimilation, et être accusé de racisme*




En Mauritanie, il existe une règle non écrite, mais solidement ancrée : tu peux exister, à condition de te diluer. Tu peux appartenir, à condition de t’effacer. Et surtout, tu peux parler… à condition de ne rien déranger.
 
Samba Thiam a choisi l’inverse. Et il en paie le prix.
 
Depuis les années de braises — celles des fractures, des expulsions, des silences organisés — jusqu’aux arènes contemporaines du dialogue politique, il n’a pas changé de cap. Membre-fondateur des FLAM, il a porté une parole constante, y compris pendant plus de trente ans d’exil. Trente ans sans reniement. Trente ans sans ajustement opportuniste. Trente ans sans ce réflexe si répandu qui consiste à édulcorer ses convictions pour rester audible.
 
Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange le plus.
 
Car dans un environnement politique souvent marqué par les repositionnements, les silences tactiques et les revirements discrets, Samba Thiam apparaît comme une anomalie : il est resté le même.
Même discours.
Même ligne.
Même exigence.
 
Lorsqu’il revient au pays sous Mohamed Ould Abdelaziz, certains espéraient une inflexion, une adaptation, une forme d’alignement. Mais non. Il revient avec ce qu’il n’a jamais quitté : une parole droite, sans détour, sans compromis sur l’essentiel.
 
Il dit : Je suis noir, je suis Mauritanien.
Et derrière cette affirmation, il y a plus qu’une identité — il y a un refus : celui de se conformer à un modèle unique imposé comme norme nationale.
 
C’est ici que le débat bascule.
Car ce refus de l’assimilation est immédiatement requalifié.
Non pas comme une revendication légitime, mais comme une menace.
Non pas comme une exigence d’égalité, mais comme une forme de radicalité.
Et le mot tombe, commode, disqualifiant : raciste.
 
Mais de quel racisme parle-t-on ?
Celui de l’homme qui demande à être reconnu tel qu’il est ?
Ou celui, plus insidieux, qui exige que certains cessent d’être eux-mêmes pour être acceptés ?
 
Samba Thiam ne varie pas, et c’est précisément cette invariance qui dérange.
Parce qu’elle empêche la récupération.
Parce qu’elle déjoue les stratégies d’usure.
Parce qu’elle expose, dans sa nudité, le décalage entre les discours officiels et les réalités vécues.
 
Traqué, caricaturé, diabolisé — oui. Mais jamais dévié.
Là où d’autres ajustent, il maintient.
Là où d’autres négocient, il affirme.
Là où d’autres s’effacent, il insiste.
 
Dans les dialogues nationaux, il ne vient pas pour accompagner. Il vient pour dire. Et dire, dans ce contexte, est déjà une forme de rupture.
 
Alors non, Samba n’est pas un accident du paysage politique.
Il en est une ligne de fracture.
 
Et s’il dérange autant, ce n’est pas seulement pour ce qu’il dit.
C’est pour ce qu’il incarne : une cohérence que le temps n’a pas entamée, et une constance que les pressions n’ont pas brisée.
 
Dans un pays où l’on pardonne souvent les contradictions mais rarement la fidélité à soi-même, cela suffit à faire de lui une cible.
 
Et pourtant, c’est peut-être précisément de cela que manque le plus le débat national : des hommes qui, malgré tout, restent debout dans ce qu’ils ont toujours été.
 
*Camara Seydi Moussa*
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PARTAGE DE LECTURE : Un instant , Monsieur le Président,

J’ai toujours été et suis encore sûr de votre bonne foi. Et je suis désolé , très désolé de vous dire que vous avez été gravement induit en erreur par des gens qui ‘ne connaissent rien au droit foncier  mauritanien. Vous avez dit que la loi ne reconnaît pas la propriété collective de la terre. Votre parole a certes valeur de décret mais elle ne peut valoir en l’espèce car la terre ne peut être nationalisée que par une loi.

Je voudrais donc rappeler à votre auguste mémoire que l’ordonnance 83127 du 5 juin 1983 reconnaît bien la propriété terrienne collective qu’elle soumet a l’obligation d’être individualisée, à moins que la collectivité qui la possède préfère se transformer en personnalité morale (coopérative,association ou GIE) car le droit de propriété du sol ne peut se rattacher qu’à une personne physique ou une personne morale. C’est la grande nouveauté introduite et l’essence même de l’abolition du mode de tenure foncière qui trompent beaucoup de soi-disant juristes

La réglementation portant application de cette ordonnance prévoit un certificat de propriete à délivrer aux personnes ayant mis en valeur des terres avant la promulgation de la loi 60132 du 2 août 1960 portant organisation domaniale, pourvu que cette mise en valeur ait continué 

Les décrets de 1984, 1990, 2000 et 2010 ont tous reconnu la propriété terrienne collective traditionnelle. Des walis dont moi même ont délivré des certificats de propriété collective,

Je voudrais rappeler à notre Président à qui je souhaite réussite et longue vie  que les personnes civiles encore vivantes qui ont participé à l’écriture de  cette  ordonnance sont  Sid Ahmed Yessa et moi-même. Nous sommes témoins du fait que le Comité Militaire’ tenait a fonder le droit sur la charia et a respecter absolument les droits acquis des particuliers

Ceux qui conseillent les Ministères actuellement concernés par le foncier étaient encore à l’école primaire.au moment où cette ordonnance se discutait.

Mais il y a des gens qui n’ont jamais possède des terres et qui font tout pour nier sciemment le droit de très nombreuses collectivités et individus qui ont consenti d’immenses sacrifices pour cultiver, protéger et assainir d’ incommensurables espaces. Et il y en a aussi  d’autres qui font tout pour vivre d’une fausse réputation de juristes, ou d’autres qualifications et passent auprès de certains ministres pour des savants.

Il y en a enfin qui pensent qu’en niant l’existence de la propriété collective terrienne on fait mal uniquement à nos communautés negro-africaines alors que celles-ci ne sont pas les seules à avoir des terres dans la Vallée et à vivre exclusivement d’elles depuis des siècles 

C’est malheureusement toute une mouvance qui tient à enchaîner notre pays  dans une vision vulgairement ethnique de tous les problèmes qui se posent à nous. Mais dans ce cas, ils font plus de mal à ceux dont ils prétendent paradoxalement défendre les intérêts au nom d’un nationaliste arabe primaire aux origines décriées.  La Vallée appartient à toutes nos communautés et personne ne peut nier le droit de propriété terriennes aux tribus Taghredient, Rkakna، Idejewadj , Ould Boulli, Zermbotti, Zeilouva Oulad Ayed, Oulad. Ebeiri, Tendgha, Idab. Lehsen, Oulad Mansour, Tenak, Oulad Seyid , Ideidjba، Tagnit, Oulad Noughmach, Idellik, Oulad Mheimdatt, Idegmambra, Litama, Chorfa de Mbout, etc.

En conclusion, je convie tous ceux qui prétendent connaître le droit foncier mauritanien à un débat sur la nature et l’étendue des droites des individus et communautés qu’il reconnaît ou ne reconnaît pas.

Je conseillerai donc à notre cher Président de se référer à ceux qui connaissent, comme Allah le lui a ordonné. Isselou ehledhikr in kountoum laa t’alamoun

On me dira que malheureusement, il n’y a plus d’autorité scientifique dans notre cher pays!!!

C’est hélas, le prélude à l’absence d’une autorité morale et l’avant prélude de l’absence d’une autorité tout court 

Isselmou Ould Abdel Kader

Administrateur civil spécialiste du foncier

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Sur la question foncière en Mauritanie .

Sur la question foncière en Mauritanie .

1. Reconnaître une vérité historique incontestable.

Personne ne peut nier que les terres mauritaniennes tribales ou communautaires, ont été occupées, exploitées et gérées par les communautés locales bien avant la naissance de l’État moderne au XXe siècle.

Pendant plusieurs siècles :

– les populations ont vécu de l’agriculture, de l’élevage et de l’exploitation des ressources naturelles ;

– elles ont mis en place des règles coutumières organisant l’accès à la terre ;  njoldi, Assakkal, Cootiigu )

– ces règles ont garanti la stabilité sociale et économique pendant des centenaires.

Affirmer aujourd’hui que seule l’autorité étatique fonde la légitimité foncière pose donc une question juridique et historique sérieuse.

2. L’Ordonnance 83-127 ne supprime pas totalement les droits collectifs

Il est vrai que l’Ordonnance 83-127 affirme le rôle central de l’État dans la gestion du domaine foncier. Mais juridiquement :

– elle ne nie pas l’existence des occupations historiques ;

– elle introduit la notion de mise en valeur, qui correspond aux pratiques communautaires traditionnelles ;

– dans son application, l’administration reconnaît souvent les ayants droit traditionnels. (Ref: Article Isselmou Abdelkhader, un des rédacteurs du texte ).

Ainsi, prétendre que cette ordonnance efface totalement les droits des collectivités constitue une interprétation contestable et contestée du droit positif mauritanien.

3. Le droit africain moderne reconnaît les droits coutumiers

Dans toute l’Afrique, les réformes foncières évoluent vers la reconnaissance des droits communautaires.

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples reconnaît :

– le droit des peuples à leurs ressources naturelles ;

– la protection des droits collectifs traditionnels.

Les directives internationales de gouvernance foncière ( FAO) recommandent également d’intégrer les droits coutumiers dans les systèmes juridiques modernes.

4. Une centralisation foncière excessive comporte des risques

Une interprétation strictement étatique de la propriété foncière peut entraîner :

– une insécurité juridique pour les populations rurales ;

– une multiplication des conflits fonciers ;

– une perte de confiance entre l’État et les citoyens ;

– des blocages dans les projets de développement. ( cas de Thienel/Bababé dans le projet PADISAM)

5. L’État n’est pas opposé aux collectivités : il doit être leur garant.

Le rôle moderne de l’État est :

– de réguler ;

– d’arbitrer ;

– de sécuriser les droits ;

– d’empêcher les abus et les accaparements.

Reconnaître les droits historiques des collectivités renforce la légitimité de l’État.

6. La question foncière est une question de cohésion nationale

La terre en Mauritanie est :

– un élément d’identité sociale et culturelle ;

– un facteur de paix sociale ;

– un pilier du vivre-ensemble.

Toute politique foncière doit tenir compte de ces dimensions.

Le véritable enjeu est de construire un système équilibré où :

– l’État garantit l’intérêt général et la souveraineté nationale ;

– les collectivités voient leurs droits historiques reconnus et sécurisés ;

– le développement économique se fait sans injustice sociale ni conflits fonciers.

Ball Mamoudou Jaffar.

Président de la Coopérative Lootibeeldjeri .

Premier Président de Kawtal Pelle Jojjannde Andee.

Nouakchott, le 12-02-2026.

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Quand le discours sur l’unité évite de nommer la fracture sociale.  

Cheikh Sidati Hamadi

Expert senior en droits des Communautés Discriminées sur la base du Travail et de l’Ascendance,

Chercheur associé spécialiste des discriminations structurelles,

Analyste et Essayiste.11 fevrier 2026 

Il est des discours qui rassurent par leurs mots et inquiètent par leurs silences. L’allocution présidentielle prononcée au Gorgol appartient à cette catégorie : dense en appels à l’unité, riche en exhortations à la cohésion, mais traversée par des non-dits qui en révèlent les limites. Or, comme le rappelle l’adage, « chasser le naturel, il revient au galop ». On peut multiplier les formules consensuelles, invoquer le vivre-ensemble et célébrer la concorde ; si les fractures structurelles ne sont pas nommées, elles réapparaissent inévitablement dans le réel social. De la même manière, on ne peut cacher l’ombre d’un arbre en tentant de l’enterrer : ce que l’on refuse d’énoncer continue de structurer les rapports sociaux. C’est à l’aune de cette exigence de lucidité qu’il convient de lire et d’analyser le discours du Gorgol.

La visite présidentielle a été placée sous le sceau de la concorde nationale. Une fois encore, le Président de la République a invoqué l’unité, la cohésion sociale et la nécessité de préserver le vivre-ensemble. Ces appels, devenus un invariant du discours officiel depuis plusieurs années, traduisent une conscience diffuse des tensions structurelles qui traversent la société mauritanienne. Ils suggèrent, en creux, la persistance d’un malaise national non résolu, hérité de rapports sociaux inégalitaires profondément enracinés. Mais ils révèlent aussi, par leurs silences et leurs prudences lexicales, les limites d’une approche politique qui préfère l’apaisement discursif à la clarification normative.

Un terme, en particulier, mérite une attention soutenue : celui de « composante ». Répété à plusieurs reprises, sans jamais être défini ni juridiquement ni politiquement, il fonctionne comme un concept flottant : suffisamment large pour inclure sans nommer, suffisamment vague pour éviter la controverse. Il s’inscrit ainsi dans une stratégie discursive de contournement. Or, dans un pays dont l’histoire est marquée par des hiérarchies de statut, de couleur et d’origine, l’imprécision conceptuelle n’est jamais innocente ; elle devient, au contraire, un outil de gestion politique du non-dit.

1. Un concept absent du droit, mais omniprésent dans le discours

Il convient de le rappeler avec rigueur juridique : la notion de « composante nationale » ne dispose d’aucune reconnaissance explicite dans l’ordre constitutionnel mauritanien. La Constitution de la République islamique de Mauritanie structure l’identité nationale autour des langues, et non autour de catégories sociopolitiques ou communautaires.

L’article 6 de la Constitution énonce clairement :

« Les langues nationales sont l’arabe, le pulaar, le soninké et le wolof. La langue officielle est l’arabe. »

(Constitution de la République islamique de Mauritanie, art. 6)

Ce choix constitutionnel, historiquement présenté comme un compromis fondateur, visait à dépasser les clivages communautaires par une reconnaissance linguistique pluraliste. Toutefois, le recours récurrent au terme de « composante » dans le discours politique contemporain crée un décalage préoccupant entre le langage du droit et celui du pouvoir. L’État semble reconnaître implicitement l’existence de groupes socialement différenciés, tout en refusant de leur accorder une existence juridique claire.

Cette dissociation produit un effet paradoxal : on admet la fracture sans en assumer les conséquences normatives. L’ambiguïté, en matière d’égalité et de citoyenneté, n’est jamais neutre. Comme l’a justement analysé le constitutionnaliste Dominique Rousseau, « l’ambiguïté constitutionnelle, lorsqu’elle concerne l’égalité et la citoyenneté, n’est jamais neutre ; elle profite toujours à l’ordre social dominant » (Droit du contentieux constitutionnel, LGDJ). En d’autres termes, l’absence de définition juridique n’efface pas les rapports sociaux existants ; elle tend à les consolider.

Si une réforme constitutionnelle devait être envisagée, elle devrait donc s’attaquer prioritairement à cette contradiction centrale : comment prétendre gouverner une société plurielle tout en refusant de reconnaître explicitement les lignes de structuration sociale qui la traversent ?

2. La langue arabe : pilier commun ou marqueur d’asymétrie ?

C’est autour de la langue arabe que cette ambivalence atteint son point de cristallisation le plus sensible. Officiellement, l’arabe est la langue de l’État. Politiquement, elle est souvent présentée comme la langue d’une majorité sociologique. Socialement enfin, elle fonctionne simultanément comme vecteur d’unité religieuse et comme instrument de hiérarchisation symbolique.

Cette superposition des registres, religieux, politique et identitaire, engendre une confusion structurelle. La langue, censée être un outil de communication et un facteur de cohésion, devient un marqueur d’accès différencié au pouvoir, à l’administration, à l’éducation et à la reconnaissance sociale.

Pierre Bourdieu rappelait avec force que « la langue officielle est la langue qui impose les catégories de perception légitimes et consacre symboliquement les rapports de domination » (Ce que parler veut dire, Fayard). Appliquée au contexte mauritanien, cette analyse éclaire le rôle ambivalent de l’arabe : langue de l’État, elle est aussi un instrument de légitimation symbolique.

Plus problématique encore, l’arabe est fréquemment mobilisée comme référent identitaire homogène, alors qu’elle recouvre des réalités sociales profondément inégalitaires. Assimiler sous une même appartenance linguistique des groupes dont les trajectoires historiques sont radicalement différentes revient à neutraliser les rapports de domination hérités de l’esclavage et de la ségrégation sociale, au lieu de les confronter.

3. Une composante que l’on devine sans jamais la nommer

Lorsque le Président affirme qu’aucune composante nationale ne saurait revendiquer des droits spécifiques, tout en concédant que certaines puissent, pour des raisons particulières, bénéficier de mesures spécifiques, une interrogation fondamentale s’impose : quelle est cette composante ? Et quelles sont ces raisons ?

Le non-dit est transparent. La référence vise la communauté haratine, historiquement issue de l’esclavage et toujours confrontée à des discriminations systémiques largement documentées par les organisations nationales et internationales.

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage observait que « les Haratines continuent de subir des formes structurelles de marginalisation sociale, économique et politique, directement liées à leur ascendance servile » (A/HRC/36/43, Nations unies). Cette affirmation internationale ne fait que confirmer une réalité sociologique largement attestée.

Ce qui frappe, dès lors, n’est pas la reconnaissance implicite de cette réalité, mais l’incapacité persistante à la nommer explicitement dans les discours officiels . Comme si la désignation claire constituait, en soi, un danger politique. Cette hésitation traduit un malaise profond : celui d’un État qui admet l’existence d’injustices structurelles, mais rechigne à les traduire en catégories juridiques assumées.

4. De la réparation implicite à la reconnaissance explicite

Aucune politique d’égalité réelle ne peut durablement reposer sur l’implicite. Le droit international des droits humains est constant sur ce point. Le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) souligne que « la reconnaissance juridique des groupes historiquement discriminés constitue une condition préalable à l’adoption de mesures spéciales efficaces visant à garantir l’égalité de fait » (Recommandation générale n°32).

Maintenir les mesures correctives dans un registre exceptionnel et non institutionnalisé revient à placer leurs bénéficiaires dans une situation de dépendance politique permanente.

À l’inverse, une reconnaissance explicite permettrait de déplacer le débat du terrain de la concession vers celui du droit, de la faveur vers la justice structurelle.

Nommer, dans ce contexte, ne signifie ni diviser ni fragmenter. Nommer, c’est rendre visible, donc gouvernable, une réalité sociale que le silence ne fait qu’aggraver.

5. Clarifier pour refonder

L’unité nationale ne se construit ni par l’évitement ni par les formules consensuelles répétées. Elle exige une lucidité politique, un courage juridique et une fidélité au principe d’égalité réelle. Tant que certaines fractures continueront d’être reconnues à demi-mot, l’appel au vivre-ensemble restera fragile et performatif.

Le discours du Gorgol, par ce qu’il affirme et surtout par ce qu’il élude, rappelle une vérité fondamentale : il n’y a pas de cohésion durable sans reconnaissance explicite des inégalités héritées. Le dépassement ne viendra pas de l’effacement des différences, mais de leur intégration équitable et assumée dans le droit commun.

En définitive, l’histoire enseigne que les nations qui consolident leur unité sont celles qui affrontent leurs fractures avec courage, non celles qui les enveloppent de formules prudentes. L’exigence n’est pas de fragmenter la République, mais de l’approfondir ; non de substituer des appartenances concurrentes à la citoyenneté commune, mais de garantir que celle-ci soit réellement partagée. Tant que le langage politique demeurera en deçà de la réalité sociale, l’ombre persistera derrière le discours. Clarifier, reconnaître, institutionnaliser : telles sont les conditions d’une unité qui ne soit pas seulement proclamée, mais effectivement vécue.

Cheikh Sidati Hamadi

Expert senior en droits des Communautés Discriminées sur la base du Travail et de l’Ascendance,

Chercheur associé spécialiste des discriminations structurelles,

Analyste et Essayiste.

11 février 2026

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