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Mauritanie – Après le dernier round du mercredi : Un dialogue mort-né ?
Le Calame – Le dialogue national mauritanien est-il en état de mort clinique ? La réunion restreinte du 3 Juin 2026 entre le coordinateur national, Moussa Fall, et les chefs de file des différents pôles politiques s’est soldée par un échec prévisible. Aucun compromis, aucune avancée. Chaque camp se mure dans ses certitudes. Jusqu’ici, les efforts du facilitateur se brisent sur le mur des égoïsmes partisans. Face à ce surplace chronique, une question taraude les observateurs avertis : Mohamed ould Ghazouani veut-il réellement ce dialogue ? Initiateur du processus et chef d’une majorité hégémonique, le président de la République avait pourtant affiché de grandes ambitions en remettant sa lettre de mission à Moussa Fall, ainsi que s’en félicitait celui-ci lors de sa première conférence de presse en Avril 2025. Quatorze mois plus tard, la mayonnaise n’a jamais pris. Les discussions préliminaires sur la feuille de route s’enlisent. À ce stade, ce n’est plus de la lenteur, c’est une fin de partie qui ne dit pas son nom.
Le contraste est saisissant avec l’euphorie des débuts. À l’origine, la classe politique avait unanimement salué l’initiative présidentielle et la méthode Fall. Reçus en audience au palais de la République, les chefs de parti en étaient sortis rassurés par les promesses du « Raïs », qui s’engageait alors à appliquer scrupuleusement les résolutions consensuelles qui naîtraient des prochaines discussions. L’alignement apparent des agendas et l’urgence des réformes laissaient présager un dénouement historique. Moussa Fall lui-même théorisait cette rupture avec les grandes messes du passé : « Contrairement aux dialogues précédents, le Président n’a pas voulu imposer une structure rigide. Il a défini des objectifs, laissant aux acteurs politiques et civils la co-responsabilité du contenu ». Porté par un optimisme volontariste, il affirmait alors que l’état d’esprit des Mauritaniens avait changé, exigeant une concertation sincère et féconde.
Aujourd’hui, le réveil est brutal. Le capital confiance est dilapidé. Si le coordinateur promet une ultime réunion de la dernière chance, le scepticisme est général. L’histoire bégaye : chacun garde en mémoire le fiasco de 2023, où le dialogue avait capoté à la veille de son lancement, face au boycott intransigeant de poids lourds de l’opposition comme Messaoud Ould Boulkheïr et Biram Dah Abeïd. Mais, cette fois, le blocage n’est pas venu de l’opposition : il est imputé au camp présidentiel.
Si ce nouveau processus s’effondre, la responsabilité des élites politiques sera immense. À commencer par celle du chef de l’État. Rien n’obligeait le président Ghazouani à ouvrir ce chantier, si ce n’est la poursuite de sa stratégie de décrispation entamée dès son élection en Juin 2019. Ses partisans aiment à le rappeler : le pays ne traverse aucune crise institutionnelle majeure et le pouvoir s’appuie sur une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Dès lors, un second échec consécutif sonnerait comme un aveu de faiblesse politique. L’opinion publique y verrait le signe inquiétant d’un président qui ne contrôle plus ses propres troupes. Quant à l’opposition, elle s’apprête à rater le coche. Incapable d’imposer un rapport de force favorable par les urnes ou dans la rue, elle rate une occasion en or de graver ses priorités dans un agenda consensuel. En restant inflexible, ne se prive-t-elle pas du seul levier qui lui aurait permis d’aborder les prochaines échéances électorales avec un minimum de sérénité ?
Dalay Lam
Source : Le Calame (Mauritanie)
LARENCONTRE AVEC LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Nous avons été hier invités en tant que ‘’Pôle des 15’’ de l’Opposition à un échange avec le Président de la République . Echange long ,même trop long, dispersé mais intéressant par ce qu’il révèle…
D’un côté , il s’agissait d’ informer sur ce qui a été fait pour contenir les conséquences de la crise des hydrocarbures au regard des efforts accomplis , de l’autre, apprécier mais encore porter des attentes ,exprimer l’espoir de voir le président s’impliquer pour débloquer, enfin, le dialogue en panne …
Examinons d’abord la forme …
Je découvre un président avec de grandes qualités humaines ; patient , calme , ouvert , impassible et presque permissif face à des postures parfois désinvoltes qui frisent les dérapages… Une Opposition ,par certains éléments ,qui révèle un nationalisme intolérant et chauvin qui refuse la traduction, alors que tous ne parlaient pas Hassanya. C’est le camp du Président qui traduit , insiste et en rappelle la nécéssité , c’est notre camp de l’opposition qui fait fi du rappel… Alors que la traduction est une des règles essentielles du fonctionnement du Pôle. La traduction est un droit -pour permettre à tous d’être au même niveau dans le débat- en même temps qu’un respect implicite de notre diversité-, même si certaines victimes se jouent de cette dimension , à leur perte, pour des raisons obscures …
Autre élément notable , un ‘’pôle des 15’’ dans un cafouis indescriptible où chaque membre tient à s’exprimer ; Ca va dans tous les sens , alors que le président du pôle a passé correctement le message.. Un discours décousu , sans fil directeur , répétitif à géner…Des jeunes loups aux dents longues, qui cherchent de la visibilité… S’asseoir auprès d’un Président ça fait gloriole ! Il faut forcer la dose en lui adressant la parole , et parfois même tomber dans la polémique. Parler en désordre de tous les sujets, pêle-mêle , même des plus superficiels et personnels . Le ‘’m’as-tu-vu’’ en somme…assez courant chez le genre humain !
Maintenant venons en au fond
Le Président ouvre la séance en nous expliquant avec force détails et chiffres à l’appui , de ce qui avait été fait, depuis notre dernière rencontre , pour contenir la crise , ou du moins ses conséquences négatives sur les populations… En termes d’appui aux familles démunies, aux handicapés, aux fonctionnaires, aux retraités ,aux malades etc, à travers une rallonge de plusieurs milliards d’ouguyas .
Le sentiment général qui se dégage ,je crois , de l’appréciation collective était que , si nous ne contestions pas ces mesures , leur impact sur le terrain ne nous semblait pas visible . En effet , les prix ,-tous les prix-flambent à commencer par les denrées de 1ere nécéssité , les viandes , le poisson, par répercussion du prix du transport ( Taxis ,routiers etc ).
Efforts financiers , sans nul doute , mais effet presque nul à l’arrivée …comme sentiment général.
Sur ce point des mesures correctives , la question a été posée au Président : qu’attendait –il de nous , de l’Opposition, en nous informant de cette situation ? Juste nous informer , en spectateurs passifs , ou faire de nous des acteurs ‘’actifs’’ ? J’ai eu le sentiment que sur cette question le Président a botté en touche .
Autre point sur lequel un certain nombre de camarades , à commencer par le president Maouloud , sont revenus : la question du dialogue…bloqué. L’opposition souhaitait que le Président mette le holà dans les rangs de sa Majorité . Là , il m’a semblé tiquer un peu , avant de mettre fermement les points sur les « i » ; il n’était pas question de contraindre sa Majorité a changer de posture, renvoyant dos à dos cette Majorité et l’Opposition dans la responsabilité du blocage du dialogue. Ambiguité on ne peut plus claire pour qui veut décrypter…
J’ai eu , par ailleurs ,le sentiment ,dans les limites de ma compréhension (en raison de l’absence de traduction bien souvent ), que les questions des libertés fondamentales , les tensions dans la vallée du fleuve autour des terres , l’apaisement du climat social n’ont pas été abordées ou l’ont été insuffisamment. ..hélas !
Maintenant , quelle lecture des motivations sur les non- dits de cette rencontre , et quelle perspective pour l’Opposition ?
Le Président brandit l’instabilité qui nous entoure à nos frontières en appelant à une ‘’Opposition responsable’’ ; appelant toujours au dialogue sur les grandes questions d’intérêt national….
Décryptons : tenez vous tranquilles, pour nous éviter des turbulences , mais ne perdez pas espoir …vous aurez quand meme votre dialogue !
Stratégie de ‘’ containement’’ subtil ?
A l’opposition de choisir , entre un dialogue mais pas dans les conditions souhaitées de départ ou la voie de l’opposition frontale.
Je ne suis pas sùr , par ma part , aux yeux de la composition de cette opposition , de sa fragilité en raison de l’origine de ses jeunes loups aux dents longues , désireux de se faire adouber, pour un bon nombre parmi eux, que le choix de cette derniere option prévale .
Mais bon, wait and see…Personne n’est devin.
Samba Thiam President des FPC
*M. Samba Thiam, président des Forces Progressistes du Changement (FPC) :*
‘’Il serait trop tôt de parler ‘’de front permanent’’ de l’opposition, connaissant nos déboires du passé’’
*Le Calame : Monsieur le Président, le meeting de l’opposition du 10 mai dernier à Nouakchott a réuni des mil liers de citoyens. Quel bilan tirez-vous de cette mobilisation face à la vie chère et aux restrictions des libertés ? Est-ce le signal d’un nouveau front uni et per manent de l’opposition face au pouvoir ou d’un simple ras-bol de circonstance ?*
*Samba Thiam :* Merci de me redonner la parole après un long temps de silence de ma part. Concernant le meeting de l’opposition tenu dimanche dernier vous confirmez, par vos propres observations, la présence massive des populations, en effet ; ce dont nous nous félicitions au niveau de l’opposition. Il faut toutefois rappeler que les thèmes retenus concernaient, en plus de la vie chère et les restrictions de liberté, l’Unité nationale, une de nos préoccupations essentielles.
Quel bilan ? indéniablement un succès, malgré quelques dysfonctionnements dans l’organisation, chose normale en pareille circonstance, dans cette première sortie groupée des trois pôles. Ras-le bol des populations supposez-vous ? Certainement, au regard du calvaire vécu, à tous les niveaux, et pour avoir tant sup porté. Ces populations, dirons-nous, ont fait preuve de patience et de résilience. Vous avez souvenance de ce que la hausse du prix d’une baguette de pain avait coûté en Tunisie, en comparaison d’un marché où tout flambe tous les jours, au gré des humeurs des commerçants qui tiennent les gouvernements par leurs financements des campagnes électorales ! Oui nos populations, toutes composantes nationales confondues, pour ce qu’elles ont tant enduré, ont fait preuve de patience. Mais l’on sait qu’il y a une limite à tout …
Pour l’instant il serait trop tôt de parler ‘’de front permanent’’ connaissant nos déboires du passé. N’allons donc pas trop vite en besogne. Il faut toutefois espérer que nous saurons nous armer d’optimisme et faire preuve de sursaut en tirant les leçons des échecs des compagnon nages précédents. Mais, en tout état de cause, pour un coup d’essai ce fut un coup de maître, osons le reconnaître… Devant la foule, vous avez émis des réserves sur la capacité de l’opposition à former un bloc uni pour instaurer une justice sociale. Qu’est-ce qui vous fait douter de cet engagement commun aujourd’hui ?
‘’Emis des réserves’’, c’est trop dire, à mon sens ! Je voulais juste alerter le groupe sur la responsabilité qui lui incombe en ces moments de gravité où bien des dangers guettent de toutes parts notre pays. Mais disons aussi, pour être honnête, qu’il y eut par le passé l’expérience du G8 qui fut porteuse d’espoirs, mais que j’avais fini par quitter, quelque peu douché. On y louvoyait beaucoup trop, refusant d’aborder frontalement certaines questions de fond. J’espère que ça ne sera pas encore le cas avec ce rassemblement. Est-ce que nous serons capables de surmonter nos clivages internes, nos méfiances ataviques, de résister durable ment aux chants des sirènes du pouvoir, et surtout aptes à sérier l’essentiel de l’accessoire, c’est- à-dire oser aborder les véritables questions de fond dont l’unité nationale constitue la pierre angulaire ? C’est une question. Est-ce que nous saurons durer, c’est toute la question !
*La justice vient de condamner à quatre ans de prison ferme deux députées de l’alliance RAG-SAWAB pour « atteinte aux symboles de l’État » après avoir dénoncé des discriminations. En tant que leader des FPC — parti également non reconnu qui partage une condition similaire avec le RAG —, com ment qualifiez-vous ce verdict et quel impact a- t- il, sur la solidarité au sein de l’opposition ?*
Nous avions déjà, au nom de ‘’ la Coalition anti-Système’’, réagi à l’évène ment à chaud et de manière vive. Il n’empêche, je ne puis ne pas redire, ici, mon indignation et réaffirmer avec force ma condamnation de cet acte de provocation que j’assimile à un traitement humiliant et dégradant. On ne jette pas des élus du peuple en prison comme de vulgaires individus, au mépris des règles et principes mêmes de l’hémicycle ; au nom d’une loi scélérate qui, du reste, est bien souvent invoquée et appliquée avec un double standard. C’est un précédent dangereux, c’est de l’intimidation doublée d’une forme de menace à l’attention de tout député de l’opposition.
Ces pratiques, en fait, relèvent d’une carence consubstantielle des régimes militaires- réels ou déguisés – qui nous gouvernent depuis 1978, profondément inégalitaires et discriminatoires, et pour lesquels la loi c’est le prince. La non reconnaissance du RAG et des FPC que vous évoquez en filigrane s’inscrit dans cette veine ; et s’explique par la logique même du Système. Et puisqu’on en parle, le dossier des FPC, je dois le dire, est toujours en souffrance à la Cour Suprême, malgré la relance de mon avocat, Maître Lô, à travers un mémoire béton ; celui relatif à ma pension au niveau de la fonction publique demeure également dans les tiroirs, du moins jusqu’ici, malgré ma démarche récente de rappel. Bref tout est au point mort. Il y a eu des promesses mais j’attends toujours. Sans toutefois me faire trop d’illusions et sans me faire museler…
*Vous avez récemment dénoncé le fait que le dialogue national se heurte au « mur de la majorité présidentielle ». Vous ciblez notamment les tentatives de certains cercles du pouvoir d’intro duire la question de la révision constitutionnelle des mandats présidentiels. Pourquoi cette question constitue-t-elle une ligne rouge absolue pour les FPC et l’ensemble de l’opposition ?*
Elle constitue une ligne rouge pour les FPC, de par l’ambition que nous avons pour ce pays. Accepter cet amendement vous amène à vous engager dans des dédales juridiques sans fin, qui conduiraient à courir le risque de suivre l’exemple désastreux de certains pays du continent, auquel nous assistons impuissants, attristés. Je veux nommer la Rdc, la Guinée Conakry, le Congo, le Cameroun et ces Etats du Sahel qui ont basculé dans le mandat à vie ! Nous souhaitons bien mieux pour notre pays, nous voulons pour la Mauritanie un destin comparable à celui du Bénin, du Nigéria et du Sénégal.
*Le processus de dialogue est aujourd’hui dans l’impasse. Alors que le chef de l’État avait initialement validé la démarche, vous pointez du doigt les résistances de ses ministres et de sa majorité. Pensez-vous que le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est otage de ses propres « faucons », ou manque-t-il de réelle volonté politique pour faire avancer les réformes structurelles ?*
Bonne question mais question piège et non sans danger au regard de la ‘’loi scélérate sur les Symboles’’, un fourretout destiné à piéger les opposants, qui plane sur nos têtes. La question ressemble à un piège à nigaud par sa double facette apparente ; en effet, quelle que soit la prouesse dans la réponse apportée, elle vous conduit forcément au même résultat : juger le Président. Et je m’en garderai bien. Mais si je devais malgré tout m’y risquer, je parlerais d’une personnalité avenante, courtoise ; sans plus.
Mais retournons votre question : Un Président fort peut-il accepter d’être pris en otage par quelques factions rétives du pouvoir, quand la ‘’volonté politique’’ est nettement déclinée et s’inscrit dans l’intérêt supérieur d’un pays ? A chacun d’en juger.
Pour ce que je pense du dialogue à cet instant ‘’T’’, je dirais qu’il perd, au fil des jours, en crédibilité.
D’’abord ce blocage, manifestement réfléchi, par l’introduction d’un point de contentieux qui rompt avec les clauses admises de départ. Cela ressemble fort à une stratégie astucieuse : glisser un grain de sable pour gripper la machine, et ainsi dissimuler un rétropédalage, camouflé, qui ne dit pas son nom…
S’y ajoute cette manœuvre insolite qui interroge, consistant à soustraire des thèmes retenus du dialogue la question du ‘’Passif humanitaire’’, en complicité avec le coordinateur même du dialogue nation al ! Et cela dans le but d’opter pour un règlement en sourdine, avec un groupe de rescapés militaires et des orphelins très portés sur les sous ; trop portés sur les sous ! Et avec quel scénario s’il vous plait ? Celui porté par la fameuse feuille de route de M. K qui se décline ainsi : ‘’ Dans un stade archi -comble, le Président viendrait et prendrait tout le mal sur lui, puis suivraient des veuves qui ‘’pleur nicheraient un peu’’(-c’est le terme choisi-),et accorderaient ensuite tacitement leur pardon et hop…de l’argent à flot pour sécher les larmes ‘’ … Ni plus ni moins ! Hélas, la dignité a déserté nos cœurs. Un problème aussi grave, de portée nationale que l’on cherche à étouffer, à solder en catimini, de manière cavalière. Il faut cesser de considérer ce problème comme étant celui d’un groupe ; cesser de le sous-traiter avec une association fantôme, sans légitimité aucune ! Il n’y a pas une âme dans la vallée du Fleuve, voire dans tout le pays, qui n’ait souffert dans sa chair pendant ces évènements.
On nous dit ’’ pas de Justice’’, pas même la Vérité ! Rien que de l’argent pour solder la mémoire des morts et des mutilés de ces années de braise. Nous aurons ainsi fait moins que le Maroc, moins que la Gambie à côté et, bien entendu, beaucoup moins que l’Afrique du Sud, l’Argentine et le Chili !
Il faut que les Justes de ce pays, les bonnes consciences parlent, élèvent la voix. E Burke, que je paraphrase ici, dis ait en substance, ‘’qu’il suffit, pour que le mal triomphe, que les hommes de bien se taisent et ne fassent rien ‘’. A Einstein dis ait à peu près la même chose. Hélas, dans ce registre nos compatriotes ne sont malheureusement pas légion.
Autre élément à vous rendre encore plus dubitatif : ce problème du ‘’Passif’’ que l’on cherche à solder, en le déconnec tant de la cause première qui l’a engendré, qui est d’ordre politique : l’exclusion totale des négro-africains. On veut s’atta quer à l’effet sans toucher à la cause con tre tout bon sens, guérir le mal sans l’extirper à la racine ! Il se trouve hélas que, depuis le début du mandat du président Ghazouani, jusqu’ici, nous n’avons senti aucune inflexion sérieuse, aucun fléchissement du Système sur cette ’exclusion, qui se renforce plutôt… Le contraire aurait pu pourtant, en prélude, réconforter et rassurer sur la volonté politique réelle d’aborder les questions de fond pendant ce dialogue, d’amorcer petit à petit les solutions. Mais rien absolument rien ! Sans compter cette répression féroce actuelle qui s’abat sur des acteurs et activistes politiques, en particulier sur ceux de l’IRA.
Un dilemme, enfin, à rendre quiconque perplexe : Le Président dit s’engager solennellement à appliquer les conclusions consensuelles qui découleraient de ce dialogue. Intention louable s’il en fut, mais qui pose problème. En effet, quel consensus pourrait résulter d’un ‘’dia logue’’ entre deux groupes quand l’un y est foncièrement hostile et n’en veut pas, et l’autre y reste attaché ? Comment concilier les points de vue de ces deux groupes diamétralement opposés sur tout ? Appliquer quoi, puisqu’il n’en sortira rien du tout ou rien de vraiment significatif.
C’est tout cela qui, mis bout à bout, force légitimement au scepticisme, au doute sur la perspective d’un dialogue sérieux, crédible. Peut-on continuer encore d’y croire ? A chacun de juger…
*‘’ Je pense que le dialogue perd en crédibilité au fil des jours’’*
*Malgré l’interruption du processus, le ministre de l’Intérieur et plusieurs personnalités s’activent pour trouver un compromis. Des rumeurs annoncent un démarrage du dialogue d’ici fin mai ou début juin. Partagez-vous cet optimisme ?*
-Je ne pense pas, encore une fois, que ce rôle de pompier sied au ministre de l’intérieur, et ce d’autant plus que des pans entiers de l’opposition croit dur comme fer qu’il appartient au clan des faucons du régime, au regard des multiples coups fourrés ourdis à leur dépens. S’y ajoute la gestion des partis dans leur reconnaissance qui obéit au faciès et, manifestement, à la même logique implacable du Système. Neuf partis politiques à couleur unique ; un blanchissement de l’espace politique en cours à la manière de Ould Deh pour la santé. Tout le monde observe mais personne ne dit mot!
Lorsqu’on gère un fichier en toute exclusivité, sans contrôle aucun, tout peut arriver ! Jusqu’à l’aventure de cette dame-à la tête d’une Ong- qui, dit-on, s’est réveillée, toute surprise, de se voir octroyée un parti politique sans l’avoir demandé ! Mais étant donné que le vivier d’Insaf pour les parrainages est intarissable, il n’y a là rien qui puisse vraiment surprendre. On aura tout vu dans cette république, jusqu’à ces mosquées qui poussent comme des champignons à tous les coins de rue, souvent sur des espaces publics ou terrains privés squattés, alors que le peuple a faim…
Si le dialogue devrait démarrer en fin Mai, comme le laisse entendre la rumeur dites-vous, on en aurait noté les prémices, noté les signes annonciateurs. Pour l’instant je n’en vois pas.
*Face à un pouvoir qui refuse toujours de reconnaître légalement votre parti, les FPC, et qui durcit le ton contre les voix critiques, quelle est votre stratégie à court terme ? Si le dialogue politique échoue définitivement, la rue et les rassemblements populaires resteront ils votre unique recours pour imposer le débat sur l’unité nationale et l’égalité ?*
Bonne question, sur la stratégie à trou ver. Il nous faut bien, en effet, trouver une stratégie pour avancer, trouver les ressorts en nous-mêmes, sans jamais renoncer à nos lignes de force.
Pour le second segment de votre ques tion il ressemble encore à un piège-à nigaud (sourire)…Je dirai que le débat sur l’unité nationale et l’égalité ne saurait être imposé par les FPC toutes seules, mais par le peuple et par l’ensemble des forces vives et patriotiques de notre pays. Ce sera le peuple- sa jeunesse, la classe poli tique, -le tout ensemble qui choisira les voies et moyens d’y parvenir, la cadence adéquate à fixer. Si je comprends bien, vous faîtes allusion au changement à faire advenir. L’expérience d’autres pays a montré qu’il peut advenir à pas feutrés, ou se produire par explosion -que personne ne souhaite bien entendu-qui résulterait d’une maturation des conditions internes. L’on sait que le couvercle de la marmite saute par ébullition excessive. Il en est de même pour un pays, pour un peuple, par accumulation poussée des effets de poli tiques oppressives cumulées. Le trop plein finit toujours par verser, dit l’adage. Et nous savons tous que nous traversons en ce moment une situation explosive à tous égards…Il appartient donc au prési dent de la République d’en prendre con science afin de désamorcer les choses pendant qu’il est encore temps. Il en sorti rait certainement honoré pour toujours, et par la grande porte …
*Que Dieu protège la Mauritanie !*
*PROPOSRECUEILLISPAR DALAYLAM*
Le ministre de l’Intérieur serait en train d’intercéder
J’ai lu quelque part que le ministre de l’Intérieur serait en train d’intercéder entre les parties pour tenter de lever le blocage sur le dialogue, et que, pour ce faire, il prenait contact avec certains segments de l’opposition… Si l’information était vérifiée, on ne peut que s’interroger sur une telle démarche…
C’est d’abord la question : « À quel titre s’en donne-t-il la mission ? » qu’il faut bien poser. En effet, il n’est ni le président ou le vice-président de l’INSAF, ni le Premier ministre, ni le Président de la République, ni en atomes crochus avec l’opposition ! Un des maux principaux de cette gouvernance, c’est bien la confusion des pouvoirs…
Mon autre interrogation porte sur cette opposition qui répond à son appel, comme si elle était amnésique… Ce même ministre avait d’abord floué toute l’opposition avec la rencontre au Palais des Congrès, puis une partie de l’opposition autour du Pacte républicain, enfin tous les acteurs politiques lors des législatives dernières, au point de susciter l’ire d’un président de parti, ulcéré d’avoir été mené en bateau ! Et voilà que l’on rempile, comme si nous étions incapables de tirer les leçons de la roublardise du passé !
Le rôle d’un ministre de l’Intérieur, je l’attends ailleurs : dans l’apaisement du climat de répression des manifestants, dans le contrôle des actions policières, dans la lutte contre l’insécurité délétère des quartiers, par la traque des bandes d’assassins.
Je reviendrai demain sur Ould Kamach, le blogueur des USA, s’il était avéré que les vulgaires propos tenus sur l’assassinat de Fatimata Ba récemment, qui lui étaient prêtés, s’avéraient fondés…
Samba Thiam president, des FPC
«Le pari mauritanien de la France»
Le Figaro — Dans un Sahel fracturé par les crises politiques et sécuritaires, la Mauritanie demeure l’un des rares partenaires stables et fiables de la France dans la région, estime l’expert en intelligence économique Pierre d’Herbès.
Pierre d’Herbès, expert en intelligence économique, est professeur associé à l’École de Guerre Économique.
Le 15 avril 2026, Emmanuel Macron a reçu à l’Élysée le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani pour un dîner d’État au protocole particulièrement soigné. Au-delà des honneurs – revue des troupes, entretiens bilatéraux et séquence officielle – cette visite a surtout consacré un constat stratégique : dans un Sahel fracturé par les crises politiques et sécuritaires, la Mauritanie demeure l’un des rares partenaires stables et fiables de la France dans la région.
Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont éloignés de leurs anciens alliés occidentaux – au risque d’être devenu ultra-dépendants de Moscou -, Nouakchott a maintenu une ligne d’indépendance pragmatique. Le pays partage plus de 2 200 km de frontière avec le Mali, zone parmi les plus instables du continent, et accueille aujourd’hui plus de 300 000 réfugiés sahéliens.
Malgré cette pression, aucune attaque terroriste majeure n’a été enregistrée sur son sol depuis 2011. Ce résultat, rare à l’échelle régionale, explique l’attention renouvelée dont bénéficie la Mauritanie auprès de ses partenaires européens.
Ce succès repose d’abord sur une stratégie originale de lutte contre le djihadisme. Dès la fin des années 2000, les autorités mauritaniennes ont choisi d’investir le champ religieux pour contrer les discours extrémistes. Des programmes de dialogue théologique ont été mis en place dans les prisons et les mosquées, mobilisant des centaines d’imams sous supervision étatique.
L’objectif était clair : délégitimer idéologiquement les groupes armés en cassant leur base doctrinale. Parallèlement, l’État a renforcé son contrôle sur les lieux de culte et investit les réseaux sociaux pour diffuser des contre-discours religieux.
En complément, une refonte profonde de l’appareil sécuritaire a été engagée. Le budget militaire a été multiplié par quatre, permettant la modernisation des équipements et la création d’unités mobiles adaptées au terrain saharien, notamment les Groupements spéciaux d’intervention (GSI).
Ces forces, appuyées par des capacités aériennes et un renseignement tributaire des réseaux locaux, ont adopté une doctrine de défense en profondeur, combinant surveillance des points de passage et raids préventifs au-delà des frontières.
Cette approche proactive est souvent décrite comme une « victoire dans les dunes », selon l’expression du colonel Charles Michel, l’attaché de défense français à Nouakchott. À noter que le président Ghazouani est lui-même l’architecte de cette reprise en main, en tant qu’ancien ministre de la Défense et ancien chef d’état-major.
Le sentiment anti-français, très marqué ces dernières années, semble refluer tendanciellement dans plusieurs pays de la région.
Dans ce contexte, l’armée a opéré une petite révolution de l’appareil militaire français sur le continent. Lancé à l’initiative du président de la République et du chef d’état-major des armées Thierry Burkhard, prolongé aujourd’hui par l’actuel chef d’état-major Fabien Mandon, il a permis de transformer le dispositif historique, structuré autour de bases militaires permanentes devenues de moins en moins acceptées par les opinions publiques locales.
L’armée a ainsi opéré un basculement vers un mode d’action plus souple, fondé sur la mobilité, la discrétion et l’appui ciblé, plutôt que sur la présence visible. Ce dispositif incarne une approche conçue comme plus flexible, privilégiant l’autonomie des partenaires et une empreinte réduite, tout en conservant une capacité d’action rapide sur le continent.
À l’approche du sommet Africa Forward les 11 et 12 mai 2026, cette séquence diplomatique intervient dans un contexte légèrement plus apaisé pour Paris. Le sentiment anti-français, très marqué ces dernières années, semble refluer tendanciellement dans plusieurs pays de la région.
Les campagnes d’influence hostiles, notamment d’origine russe, apparaissent moins structurantes qu’auparavant. Un phénomène qui s’explique, partiellement, en raison de la lassitude des opinions publiques locales, des limites constatées dans les partenariats dits alternatifs; voire l’agressivité de Moscou vis-à-vis des voix africaines critiques de son action : comme on a pu le voir, par exemple, au Nigéria.
Pour autant, les fragilités structurelles du Sahel demeurent entières : pression démographique, vulnérabilités économiques et recompositions politiques continuent d’alimenter l’instabilité. Des enjeux qui exposent directement l’Europe et la France.
Par Pierre d’Herbès




