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Dialogue politique : l’Opposition reste sur sa faim !
La Dépêche — Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani s’est déclaré ouvert à une révision de la loi dite des « symboles », tout en défendant son application actuelle, lors d’une réunion de près de neuf heures tenue lundi soir avec les dirigeants des partis de l’opposition.
Une réunion qualifié « d’austère » car aucun buffet n’était prévu. Néanmoins, la rencontre a porté sur le dialogue politique, les libertés publiques, le contrôle parlementaire et les conditions de vie des populations.
Au cours de cet échange, qui s’est déroulé de 18 heures à 1 heure du matin, le chef de l’État a affirmé son soutien à la mise en place de commissions d’enquête parlementaires, tout en recommandant de limiter leurs travaux à deux ou trois dossiers en raison de la durée légale de leur mandat.
Concernant le dialogue politique en préparation, il a indiqué qu’il ne demanderait ni à la majorité ni à l’opposition de modifier leurs positions respectives.
Le président a également abordé plusieurs questions liées aux libertés politiques. Il a évoqué les discussions engagées avec le ministre de l’Intérieur au sujet de l’agrément du parti Forces progressistes pour le changement, exprimant l’espoir d’une issue favorable. Il a par ailleurs justifié l’interpellation des parlementaires Mariem Cheikh et Gamou Achour en invoquant une situation de flagrant délit.
Les questions économiques et sociales ont occupé une place importante dans les débats. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a défendu les mesures gouvernementales concernant les prix des carburants et a fait intervenir le président de la Commission des hydrocarbures, Ahmed Ould Jalloun, afin de répondre aux préoccupations soulevées par les responsables de l’opposition.
La réunion, qui a débuté par les interventions de Mohamed Ould Maouloud et Hamadi Ould Sidi Mokhtar avant d’être élargie à l’ensemble des participants, s’est achevée par la présentation d’un ensemble de mesures sociales destinées à soutenir les ménages les plus modestes. Le président a également annoncé étudier la possibilité de lever le couvre-feu actuellement en vigueur dans le pays.
CRIDEM
SONKO ET FAYE
L’épopée de deux frères d’armes qui oublient de ranger leurs épées…
— La passe en politique est une faute tactique que l’histoire ne pardonne jamais —
Katina Koné Jacob
I. PROLOGUE : Quand la scène ressemble à du Shakespeare
« Les hommes oublient plus vite la mort de leur père que la perte de leur héritage. »
— Machiavel, Le Prince
Il y a des unions politiques qui naissent sous les meilleurs auspices et meurent sous les pires augures. Le couple Ousmane Sonko — Bassirou Diomaye Faye en est la démonstration la plus éloquente, la plus instructive, et — permettez à votre serviteur de l’avouer — la plus prévisible de la décennie politique sénégalaise. Prévisible pour qui avait les yeux en face des trous, c’est-à-dire : pas grand monde.
Quand Sonko, depuis ses problèmes judiciaires, tel un alchimiste du destin, a transmis à Diomaye Faye la baguette magique de la candidature présidentielle de 2024, le Sénégal tout entier a exulté. La gauche patriotique chantait. Les réseaux sociaux ronronnaient d’un bonheur collectif. Les prophètes de cour voyaient déjà dans ce geste l’acte fondateur d’une nouvelle ère africaine, un passage de flambeau digne des Gracques romains, une fraternité révolutionnaire écrite à l’encre de l’idéal.
Votre chroniqueur, lui, retenait son enthousiasme. Non par mauvaise foi. Non par pessimisme congénital. Mais parce que, comme Thucydide l’avait compris avant tout le monde en observant les guerres du Péloponnèse, les alliances nées dans l’urgence de la défaite partagée portent en elles le germe de leur propre dissolution. On ne fait pas de la politique comme on joue au football. Et Sonko venait de faire la passe décisive à Faye. Erreur fatale.
II. LA PASSE : Ce geste magnifique qui contenait tous les futurs problèmes
« Donne à un homme le pouvoir et tu verras qui il est vraiment. »
— Abraham Lincoln
Commençons par déconstruire la métaphore footballistique, métaphore que j’assume pleinement, car elle dit l’essentiel mieux que n’importe quel traité de science politique.
Dans le football, lorsqu’un joueur fait la passe à un coéquipier qui marque, on dit : « Le buteur a scoré, mais l’action vient du passeur. » Pendant quelques minutes, le passeur reçoit son crédit. Puis vient la conférence de presse. Puis vient le lendemain. Et le lendemain du lendemain. Et très vite, le monde ne retient que le nom du buteur. C’est ainsi. Le ballon rond est ingrat. La politique, elle, est pire que le ballon rond : elle est amnésique, narcissique, et cannibale.
Sonko a fait la passe. Faye a marqué. Et depuis lors, Faye est président de la République du Sénégal, avec toutes les prérogatives qui s’y attachent : le palais, les gardes républicains, le protocole d’État, les discours à la tribune des Nations Unies, les poignées de mains avec les grands de ce monde, la photo officielle. Sonko était Premier ministre — c’est-à-dire, dans la hiérarchie des égos africains, l’homme qui organise les réunions que préside quelqu’un d’autre.
J’avais dit dès le départ : cette architecture était instable. Quiconque connaît la psychologie du pouvoir africain, cette dynamique subtile où le chef se mesure non pas à ses réalisations mais à la hauteur que lui accorde le regard des autres, savait que l’équation était insoluble. Permettez-moi d’expliquer.
III. L’ORGUEIL : Ce péché capital qui gouverne les gouvernants
« L’orgueil des grands ne se voit que de près. De loin, on le prend pour de la dignité. »
— La Rochefoucauld, Maximes
Ousmane Sonko est, disons-le avec tout le respect que sa lutte impose, un homme à l’ego volcanique. Ce n’est pas une insulte. C’est un constat clinique. Les grands militants, les révolutionnaires charismatiques, les hommes qui tiennent des foules en haleine pendant des années d’opposition, sont rarement des êtres d’humilité franciscaine. Ils sont habités par une certitude intérieure qui confine à la foi religieuse. Ils se croient — et ils ont souvent raison de se croire — irremplaçables.
Sonko s’est battu pendant des années. Sonko a subi des procès. Sonko a été emprisonné. Sonko a incarné à lui seul la résistance contre le régime Macky Sall. Dans les chaumières, dans les universités, dans les marchés de Dakar comme dans les villages de Casamance, son nom était un cri de ralliement. Sonko était le messie attendu. Sonko était l’homme providentiel.
Et puis Sonko a fait la passe. Et le messie est devenu Premier ministre pendant que son disciple — hier encore prisonnier politique — est devenu président.
Voici la mécanique psychologique exacte de ce qui s’est ensuite produit : à chaque Conseil des ministres, à chaque décision d’État, à chaque arbitrage politique, une question s’imposait dans l’esprit de Sonko comme une épine sous l’ongle — « Mais qui est le vrai président ici ? » Et dans l’esprit de Faye, une question symétrique mais inverse prenait forme : « Qui gouverne vraiment ce pays ? »
Aristote, dans la Politique, avait compris que le pouvoir est indivisible par nature. On peut partager des ressources, des territoires, des richesses. On ne partage pas le pouvoir. On l’exerce ou on le subit. Entre deux hommes de cette trempe, la cohabitation n’était pas une solution : c’était un délai.
IV. LE QUIPROQUO ORIGINEL : Deux hommes, une vision, zéro clarté
« Les révolutions dévorent leurs propres enfants. »
— Danton
Ce qui est fascinant dans la fracture Sonko-Faye, c’est que les deux protagonistes semblent sincèrement surpris. Et c’est là où la comédie vire à la tragédie shakespearienne. Faye pensait-il que Sonko accepterait durablement un rôle subalterne ? Sonko pensait-il que Faye resterait éternellement le président de service, le tampon républicain, le visage de la légitimité formelle pendant que lui tiendrait les vraies rênes ?
Les deux se sont trompés. Les deux ont mal lu l’autre. Et nous, spectateurs attentifs, avions vu le malentendu se former bien avant que les principaux concernés ne daignent regarder dans la même direction.
L’erreur fondamentale fut de confondre convergence tactique et fusion idéologique. Sonko et Faye partageaient un ennemi commun : Macky Sall. Ils partageaient un discours : souverainisme, panafricanisme, rupture avec le système. Mais partager un ennemi commun ne suffit pas à bâtir un projet commun durable. La France et l’URSS partageaient un ennemi commun en 1941 — cela ne les a pas empêchés de se retrouver en Guerre froide en 1947. La logique est exactement la même. Ôtez l’ennemi commun, et vous ôtez la colle qui tenait l’alliance.
Montesquieu, dans L’Esprit des Lois, l’avait formulé avec précision : les régimes politiques ne sont pas des formations géologiques. Ils sont vivants, en tension permanente, et le moindre déséquilibre entre les forces qui les composent peut les faire basculer. Une coalition est un équilibre des forces. Dès que les forces bougent, l’équilibre rompt.
V. LA PROPHÉTIE DU CHRONIQUEUR : J’avais dit que ça ne marcherait pas
« Les Cassandre ne manquent pas ; ce qui manque, c’est l’oreille pour les entendre. »
À ce stade de l’article, permettez-moi une digression d’honnêteté intellectuelle.
J’avais dit que ça ne marcherait pas.
Je l’avais dit clairement. Je l’avais écrit. Et j’avais, dans la foulée, reçu les étiquettes habituelles que le milieu réserve aux voix discordantes : pessimiste, défaitiste, agent du système, traître à la cause, détracteur des patriotes. C’est le sort réservé à ceux qui osent signaler que l’euphorie collective est parfois une forme collective d’aveuglement.
Mon raisonnement s’articulait en trois points que je vais maintenant déposer sur la table comme un chirurgien dépose ses instruments avant l’opération.
Premier point : en politique africaine, la question de la légitimité symbolique prime sur tout. Sonko n’est pas seulement un leader politique — il est une figure mythologique dans l’imaginaire populaire sénégalais. Il est le symbole de la résistance. Il est l’homme qui a « vaincu » Macky Sall par procuration. Dans ce contexte, être Premier ministre de son propre dauphin, c’est comme être le maître qui sert à table dans la maison de son ancien élève. Le protocole dit que l’élève est au-dessus. La psychologie dit que le maître ne l’accepte pas.
Deuxième point : Faye n’est pas l’homme de paille que certains imaginaient. C’est un juriste rigoureux, un homme discipliné, un homme d’État en formation accélérée. Il a la légitimité constitutionnelle — et en démocratie, même imparfaite, la légitimité constitutionnelle finit toujours par l’emporter sur la légitimité morale. Faye pouvait, à terme, s’émanciper. Et il l’a fait.
Troisième point : le pouvoir corrompt — non pas nécessairement les individus, mais les relations entre les individus. Sun Tzu l’avait compris : il y a des configurations militaires qui paraissent solides mais sont structurellement condamnées. Une armée avec deux généraux d’égale stature est une armée qui se battra elle-même avant de battre l’ennemi.
VI. ANATOMIE D’UNE FRACTURE : Les failles de l’un et de l’autre
« On ne juge pas les hommes à leurs intentions mais aux conséquences de leurs actes. »
— Hannah Arendt
Soyons précis. Soyons justes. Une fracture politique n’a jamais un seul coupable — sauf dans les propagandes officielles. Analysons les failles respectives avec la même rigueur que nous appliquerions à n’importe quelle étude de cas institutionnel.
Les failles de Sonko : L’homme a la grandeur de ses convictions et les limites de son ego. Sonko a cru qu’il pouvait tenir deux postures simultanément : être le vrai patron dans les coulisses et le serviteur républicain en façade. Or la politique n’est pas une pièce de théâtre où l’on joue plusieurs rôles selon les scènes. Elle est une lutte pour l’inscription durable dans le réel. En restant perçu par l’opinion — et par lui-même — comme le vrai président, il plaçait Faye dans la position inconfortable du figurant dans sa propre pièce. Aucun homme de caractère n’accepte cela indéfiniment. Nietzsche l’avait formulé brutalement dans Par-delà bien et mal : la volonté de puissance ne s’accommode d’aucune tutelle, même bienveillante.
De plus, Sonko a commis l’erreur que Clausewitz décrit dans De la Guerre comme la confusion entre l’objectif politique et l’objectif militaire. Son objectif politique était la transformation du Sénégal. Son objectif tactique immédiat était d’arriver au pouvoir par n’importe quel moyen légal. Il a atteint le second en sacrifiant les conditions du premier. Quand vous arrivez au pouvoir dans une configuration institutionnellement bancale, vous gouvernez bancalement.
Les failles de Faye : Le nouveau président a, lui, le défaut de ses qualités. Sa rigueur juridique, son calme, sa méthode — qui sont ses atouts — l’ont peut-être empêché d’avoir la conversation décisive avec Sonko dès les premiers mois. La conversation qu’on a entre hommes quand les rôles sont mal définis. La conversation qu’on a avant que les frustrations ne s’accumulent, se cristallisent, et deviennent des fractures publiques impossibles à suturer discrètement. Faye a laissé la tension monter jusqu’à ce qu’elle devienne visible. C’est le défaut classique des hommes de droit : ils attendent que la situation soit juridiquement tranchée là où un politique expérimenté l’aurait tranchée humainement bien avant.
VII. LE VRAI PRÉSIDENT ET LE PRÉSIDENT LÉGAL : Un dualisme intenable
« L’autorité partagée n’est plus l’autorité. Elle est le début du désordre. »
— Tocqueville, De la Démocratie en Amérique
Il y a une réalité que les partisans des deux camps ont longtemps refusé de nommer : aux yeux d’une fraction significative du peuple sénégalais, Sonko demeure le vrai président. Non pas le président légal — Faye a le titre, le palais, le sceau de la République. Mais le président légitime, au sens sociologique du terme, c’est-à-dire celui dont l’autorité morale est spontanément reconnue par la base populaire.
Ce phénomène n’est pas propre à l’Afrique. En France, pendant longtemps, certains gaullistes voyaient en De Gaulle, même retiré à Colombey-les-Deux-Églises, le vrai détenteur de l’autorité morale de la nation. En Iran, Khomeini est resté le Rahbar — le Guide suprême — bien au-dessus du président de la République élu. Dans toutes ces configurations, la dualité n’est pas un équilibre : c’est une bombe à retardement.
Pour Faye, chaque déplacement officiel, chaque réforme annoncée, chaque déclaration souveraine était potentiellement lue à travers le prisme : est-ce Faye qui décide ou est-ce Sonko qui tire les ficelles ? Cette question — même posée injustement — rongeait l’autorité présidentielle. Et un président dont l’autorité est rongée par la question de sa propre autonomie est un président condamné à prouver en permanence qu’il gouverne seul. La création d’une nouvelle coalition autour de Faye est la réponse institutionnelle à cette usure psychologique. C’est Faye qui dit : voici mon propre espace politique, voici ma propre légitimité construite en dehors de Sonko.
VIII. LA COALITION DE FAYE : acte de naissance d’une émancipation
« La politique est l’art du possible. »
— Otto von Bismarck
La décision de Faye de constituer sa propre coalition autour de lui — marginalisant de facto Sonko et le PASTEF comme acteur central de la majorité — est, politiquement parlant, un mouvement d’une logique implacable. C’est l’acte de celui qui a compris que la cohabitation au sommet est un poison lent. C’est l’acte de celui qui, après avoir longtemps toléré l’ombre d’un autre sur son fauteuil, a décidé de déplacer le fauteuil à l’abri de cette ombre.
Machiavel aurait applaudi. Non pas la rupture en elle-même, mais sa logique. Dans Le Prince, il est écrit qu’un souverain qui doit son pouvoir à d’autres est un souverain fragile. Pour consolider sa position, il doit s’en affranchir. Faye est en train de faire exactement cela. Il construit sa propre base. Il forge ses propres alliances. Il dessine sa propre carte politique. Dans dix ans, si ce processus aboutit, on ne dira plus « Faye, le protégé de Sonko » — on dira simplement « Faye, le président ».
Quant à Sonko, la trajectoire est désormais tracée : l’opposition. Ce que l’histoire politique a de plus cruel, c’est sa circularité. L’homme qui s’est battu des années dans l’opposition pour arriver au pouvoir va se retrouver, par le mouvement même de la chose politique, dans l’opposition contre l’homme à qui il a donné le pouvoir. Il n’y a pas de mot assez précis en français pour désigner cette ironie-là. En wolof, peut-être, il en existe un.
IX. POUR CEUX QUI DOUTAIENT DE MON PESSIMISME
« Il est plus facile de prévoir que de convaincre. »
— Paul Valéry
Il y a une différence fondamentale entre le pessimiste et l’analyste lucide. Le pessimiste dit : ça va mal finir parce que tout finit mal. L’analyste lucide dit : ça va mal finir parce que les conditions structurelles d’un bon dénouement ne sont pas réunies, et voici pourquoi. Je suis, modestement, dans la deuxième catégorie.
Mes raisons, que j’ai exposées à l’époque et que je reprends ici pour que nul n’en ignore : premièrement, on ne fait pas la passe en politique — le pouvoir donné ne revient pas à son donateur. Deuxièmement, deux egos de cette dimension dans un seul palais républicain, c’est comme mettre deux soleils dans le même ciel : la lumière est belle mais la température est insoutenable. Troisièmement, l’absence d’une architecture institutionnelle claire réglant la hiérarchie des décisions et des légitimités était une bombe à retardement que tout observateur sérieux pouvait voir.
À ceux qui me traitaient de pessimiste, je réponds ceci : Cassandre n’était pas pessimiste. Cassandre voyait juste. Son malheur, c’est qu’Apollon lui avait ôté le don de convaincre tout en lui laissant le don de prédire. Je n’ai pas ce problème. Mes analyses sont consultables. L’histoire vient de les valider.
X. LES VOIES DE SORTIE : Ce qui pourrait encore être tre sauvé
« La sagesse politique consiste à transformer les défaites en retraites stratégiques. »
— Charles de Gaulle
Cela dit — et c’est ici que le chroniqueur cède la place au citoyen préoccupé — la question n’est pas de savoir qui avait raison dans ce duel fratricide. La question est : qu’est-ce que le Sénégal fait maintenant de cette fracture ?
Car le vrai perdant dans cette histoire, à court terme, n’est ni Sonko ni Faye. C’est le peuple sénégalais, qui avait placé dans cette alliance tous ses espoirs de rupture, toutes ses attentes de souveraineté retrouvée, toutes ses impatiences de voir l’État servir enfin ceux qu’il a toujours ignorés.
Première voie de sortie : Faye doit gouverner. Vraiment, totalement, sans ambiguïté. Sa coalition doit lui permettre d’agir sans la tutelle permanente du PASTEF et de Sonko. C’est le seul moyen pour le Sénégal d’avoir un exécutif fonctionnel. Un président hésitant entre son autorité et les humeurs de son prédécesseur de facto est un président qui ne gouverne pas — il administre les tensions.
Deuxième voie de sortie : Sonko doit choisir. S’il entre dans l’opposition, qu’il y entre avec honneur et clarté, en portant un projet alternatif crédible, pas en sabotant de l’intérieur. S’il veut revenir au pouvoir — par les urnes, en 2029 — qu’il construise ce projet dès maintenant. L’opposition n’est pas une punition. Elle peut être une école. Mandela est entré en prison comme militant et en est sorti comme homme d’État. L’adversité forme ceux qu’elle ne détruit pas.
Troisième voie de sortie : les deux hommes doivent comprendre que leur désaccord personnel est un luxe que le Sénégal ne peut pas se payer. Le pays a des défis structurels colossaux : chômage, dépendance au franc CFA, extraction des ressources naturelles, système éducatif en lambeaux, émigration de sa jeunesse. Ces défis ne feront pas de pause pendant que Sonko et Faye règlent leurs comptes d’egos.
ÉPILOGUE : La leçon permanente
« L’histoire se répète : d’abord comme tragédie, ensuite comme farce. »
— Karl Marx
En définitive, l’épopée Sonko-Faye nous enseigne une leçon que l’Afrique politique devrait inscrire en lettres d’or sur les murs de toutes ses Assemblées nationales : le pouvoir n’est pas une dette. Il ne se rembourse pas.
Quand vous donnez le pouvoir à quelqu’un, vous ne lui prêtez pas — vous lui offrez. Et celui qui reçoit un pouvoir offert a deux options : en faire bénéficier le peuple au nom duquel il a été offert, ou en faire l’instrument de sa propre affirmation. Faye a choisi — peut-être involontairement, peut-être nécessairement — la seconde option face à Sonko. Et Sonko, incapable de jouer le rôle du grand homme effacé derrière son œuvre, a rendu la fracture inévitable.
Il n’y a là ni méchants ni saints. Il y a des hommes, avec leurs ambitions, leurs blessures, leurs légitimités concurrentes — et une institution républicaine qui n’était pas conçue pour absorber tant d’egos en un seul couloir de pouvoir.
J’avais dit que ça ne marcherait pas. Ça n’a pas marché.
La prochaine fois, peut-être, on me lira avant que l’histoire n’écrive elle-même la confirmation.
Jacob Koné Katina
Chroniqueur
Consultant en communication
Bingerville, Côte d’Ivoire
Après la remise du rapport sur le dialogue : Quelle suite ?
Le Calame — Les acteurs politiques mauritaniens, majorité et opposition sont suspendus à la décision du président de la République relative à la poursuite du processus de préparation du dialogue. Le rapport sanctionnant la première phase lui a été remis au début du mois d’Octobre.
Que va-t-il décider ? Reconduire le facilitateur Moussa Fall, afin de poursuivre lesdits préparatifs, en mettant en place une commission d’organisation laquelle va piloter le déroulement du dialogue… ou opter pour une autre stratégie ? Tenter de convaincre le RAG du président Biram Dah Abeïd et l’AJD/MR de Bâ Mamadou Bocar à prendre le train en marche ?
Comme on le sait, ces deux partis ont décidé de boycotter le processus préparatoire, arguant que le processus en préparation est dévoyé de ses vrais objectifs. En tous les cas, le temps presse et les acteurs politiques voudraient être fixés sur le sort que le Raïs va réserver au travail abattu par Moussa Fall et son équipe.
Depuis que le dialogue a été annoncé par le président de la République, on s’interroge en effet sur sa pertinence et ses opportunités : Il n’y a pas de crise politique ou autre qui justifierait sa tenue, même si certains pensent qu’il faut toujours deviser pour anticiper les problèmes.
Le président de la République dit avoir décidé de convoquer le dialogue pour trouver des solutions à ceux que connaît le pays actuellement. Il dit vouloir un dialogue inclusif, franc et sincère, sans sujet tabou. Les acteurs politiques – en tout cas, ceux de l’opposition – entendent le prendre au mot.
Ceux rencontrés par le facilitateur du dialogue ont retenu cinq thèmes : unité nationale et cohésion sociale ; État de Droit et démocratie pluraliste ; gouvernance ; diaspora ; émigration. Ils y ont ajouté six autres axes à débattre : justice, éducation, santé, économie, défense et sécurité.
Une réforme électorale préalable
La rencontre politique attendue par les Mauritaniens pourrait discuter, dans son second thème, de la réforme électorale qui ouvrirait la voie à des élections municipales, législatives et régionales.
En effet, l’absence de partis de l’opposition démocratique à l’Assemblée nationale et dans les mairies, la fondation de nouveaux partis et l’adoption de la nouvelle loi sur les organisations politiques, ainsi que les critiques à l’endroit de la CENI pourraient servir d’arguments à certains acteurs.
Une réforme électorale acceptée de tous pourrait aérer quelque peu la démocratie mauritanienne toujours contestée à chaque élection, excepté celles de 2007, avec cette demande de les voir se dérouler de manière transparente.
Le tribalisme, le régionalisme, l’argent et l’influence patente d’officiers généraux se mêlent toujours de ces scrutins, faussant souvent les résultats, offrant une chambre de résonance aux chicanes et cantonnant ainsi l’opposition dans la contestation.
La tenue d’élections locales anticipées pourrait également permettre au président de la République – lui qui parle de transparence, de bonne gouvernance et de priorité à la jeunesse – de passer à la trappe tous les dinosaures, les faucons extrémistes tapis dans l’Administration depuis des lustres, perpétuant le tribalisme, la corruption, les exclusions et les injustices criantes. Ceux de ceux-là opposés au dialogue lui permettront-ils de gagner ce pari ?
Des élections anticipées, transparentes et incontestées pourraient, de surcroît, donner l’occasion au président de la République de siffler la fin de la récréation pour les potentiels prétendants à sa succession.
Phénomène inédit dans ce pays, on a vu circuler des noms pour la succession d’un président aussitôt réélu. Sa visite au Hodh Charghi lui a permis d’en évoquer les miasmes et de mettre quasiment en garde ceux qui se sont déjà engagés dans une campagne avant l’heure, soulignant, au passage, qu’ils n’auraient pas de place à ses côtés, lui qui ne se préoccupe que de la mise en œuvre de son programme électoral.
Mais depuis son retour de Néma, rien n’a bougé : ni par rapport à cette menace ni contre le tribalisme et le népotisme. Peut-être, comme l’affirment certains, le marabout-président n’est pas pressé. Mais les Mauritaniens, eux, seraient fort aises de voir ses déclarations se concrétiser rapidement.
Dalay Lam
LE PROTOCOLE DU CAP MANUEL : AUTOPSIE D’UN PACTE TRAHI
Par Mbaye Oppa
Il se trame quelque chose de grave au sommet de l’État. Le silence apparent, les sourires diplomatiques et les discours calibrés masquent une fracture politique profonde entre deux anciens compagnons de lutte : Ousmane SONKO et Bassirou Diomaye FAYE. Une fracture qui prend racine dans un pacte secret, conçu entre les murs de la prison du Cap Manuel, et qui s’effrite aujourd’hui sous le poids des ambitions contrariées, des agendas personnels et des calculs tactiques.
Le pacte initial : DIOMAYE par intérim, El-Malick en superviseur, SONKO en ligne d’arrivée
En prison, face à une interdiction de candidature qui pesait sur SONKO, les deux hommes auraient convenu d’un scénario politique à trois actes :
Acte I: DIOMAYE candidat à la présidentielle, avec le soutien massif du PASTEF et de SONKO, pour porter une victoire symbolique, révolutionnaire, mais contrôlée.
Acte II : Une fois élu, DIOMAYE devait dissoudre l’Assemblée nationale, provoquer des législatives favorables à la majorité présidentielle, puis démissionner volontairement quelques temps après pour ouvrir la voie à une présidentielle anticipée sous la supervision du Président de l’Assemblée nationale, El-Malick.
Acte III : Avec une situation maîtrisée, Sonko redevenait éligible, reprenait le flambeau et s’installait à la magistrature suprême, selon les plans.
Ce plan audacieux, surnommé dans certains cercles le “Protocole du Cap Manuel”, reposait sur une loyauté totale et un contrôle étroit de la temporalité politique.
Le rôle de Cheikh DIBA : garant de la patience économique
Pour faire patienter la base militante et occuper l’espace politique, il fallait gagner du temps, sans créer de chaos économique. C’est là qu’intervient Cheikh DIBA, figure technique, réputé proche des deux hommes, et négociateur silencieux des conditions d’amnistie et de libération. Son rôle : maintenir le statu quo budgétaire, créer une illusion de continuité, tout en préparant discrètement le terrain à la transition programmée. Le refus d’engagements économiques forts, la focalisation sur des chiffres “falsifiés” ou “manipulés”, et les discours contre l’héritage de Macky SALL, tout cela ne serait qu’un rideau de fumée, en attendant la bascule politique planifiée.
Le point de rupture : l’ambition, l’argent et la peur
Mais les choses ont mal tourné. D’un côté, SONKO devient impatient, voire gourmand. Les enjeux économiques liés à certains postes clés, les circuits de financement et les compensations promises ne suivent pas. DIBA résiste, refuse de couvrir certains abus, et rompt progressivement le fil de la complaisance.
De l’autre côté, SONKO sent le vent tourner. Il pressent un danger : la justice pourrait prendre un acte qui compromettrait son éligibilité. Il pousse alors pour une manœuvre brutale : limogeage du Ministre de la Justice, M. Ousmane DIAGNE, promotion de magistrats-PASTEFiens, dissolution de la Cour suprême, nomination de juges “conformes”, réforme de la magistrature. Il veut reprendre la main sur le judiciaire et éviter l’arrêt fatal. Mais DIOMAYE s’y oppose. Il refuse de franchir cette ligne rouge institutionnelle. Il ne veut pas d’une rupture frontale avec les principes de l’État de droit. Il freine. Et c’est là que tout s’écroule : la justice confirme le rabat d’arrêt sur l’affaire Mame Mbaye NIANG-Ousmane SONKO, le rendant inéligible pour cinq ans. Le scénario est mort. Le protocole est caduque !!!
La méfiance installée : la guerre froide commence
Pour SONKO, c’est une trahison déguisée. Il soupçonne son ancien frère de lutte d’avoir écouté les sirènes du système, de s’être laissé convaincre qu’il valait mieux le sacrifier pour asseoir sa propre légitimité jusqu’en 2029. Il voit dans le silence de DIOMAYE une forme de complicité passive. Une froideur calculée. Un coup d’État doux.
Pour DIOMAYE, au contraire, il s’agissait de protéger la République, d’empêcher une dérive autocratique, de rompre avec la logique des deals de coulisses, de ne pas reproduire ce contre quoi ils ont tous deux lutté.
« Qu’on me laisse gouverner » : la menace derrière la phrase
Dans ce contexte, la fameuse phrase de SONKO « qu’il règle le problème ou qu’on me laisse gouverner » prend un tout autre sens. Ce n’est pas une doléance. C’est un ultimatum politique : « Ou bien DIOMAYE trouve une solution pour me rendre éligible, ou bien il me cède le pouvoir réel, celui de faire plier la République pour annuler la sentence. » SONKO ne réclame pas seulement de l’espace, il veut le levier de la revanche. Et s’il ne l’obtient pas, il est prêt à briser l’unité du pouvoir, quitte à faire du toj-toj (imploser l’expérience DIOMAYE) comme aimait le dire Me Madické NIANG.
La suite : entre révolutionnaire déçu et président désillusionné
Le véritable problème entre SONKO et DIOMAYE, ce n’est ni une divergence idéologique, ni une dispute de style. C’est la rupture d’un pacte politique secret, conçu dans l’ombre et désormais impossible à exécuter. Le Cap Manuel devait être un tremplin. Il est devenu une prison psychologique. DIOMAYE ne veut pas marcher sur la ligne rouge. SONKO pense qu’il a été vendu.
La suite ? Seul Dieu sait. En attendant : une guerre froide larvée au sommet, un pouvoir bicéphale devenu belligène, et un peuple qui attend encore les fruits d’un changement pour l’instant confisqué.
Plateforme de l’Opposition
DIALOGUE NATIONAL 2025
Sommaire
- Unité nationale et cohésion sociale
- L’esclavage et ses séquelles
- L’exclusion et les discriminations
- Le passif humanitaire
- L’enrôlement biométrique des populations
- Les problèmes des Terres
- Etat de droit et démocratie pluraliste
- L’état de droit
- La démocratie pluraliste
1. Les partis politiques
2. Le système électoral
- Les principales institutions de la République
- Gouvernance
- Corruption et Népotisme
- Contrôle et Transparence
- Redistribution et partage équitable des richesses
- Efficacité économique et transformation structurelle
- Décentralisation et Développement local
- Politique environnementale
- Diaspora et Emigration
- Une diaspora dynamique
- Une émigration accélérée
- Autres axes
- Secteur judiciaire
- Secteur Education
- Secteur Santé
- Secteur Economie
- Secteur Défense et sécurité
- Secteur des médias
I- Unité nationale et Cohésion sociale
La question centrale du vivre ensemble ou de l’unité nationale que sous-tendent la question de l’esclavage et de ses séquelles, l’exclusion de certaines composantes nationales, les innombrables injustices vécues au quotidien, les inégalités et discriminations en tous genres constituent le défi le plus important auquel notre pays est confronté, engendrant des crises récurrentes de 1966 à 1990, avec comme point culminant la tragédie appelée par euphémisme « Passif humanitaire ».
A– L’esclavage et ses séquelles
a- diagnostic
La composante haratine, victime d’un asservissement multiséculaire, reste confrontée à la misère et maintenue dans des conditions serviles avilissantes. L’indigence dans laquelle végètent les adwabas notamment illustre le désintérêt de l’Etat à leur endroit. Il en est de même pour certains groupes dits serviles à l’intérieur des autres communautés.
b- Propositions de solution
– procéder à une évaluation des dispositifs institutionnels et législatifs sur la question
– mener une enquête indépendante de portée nationale sur la question
– appliquer rigoureusement les textes et lois en vigueur criminalisant l’esclavage,
– affaiblir et endiguer l’influence des chefs traditionnels et du tribalisme.
– réparer les injustices historiques (victimes d’esclavage) en instituant des politiques hardies de discrimination positive et d’autonomisation sociale et économique qui pourraient se traduire par une sorte de plan Marshal, à durée déterminée, à l’endroit des haratines.
B- L’exclusion et les discriminations
a- diagnostic
Les communautés nationales wolof, soninké et pulaar vivent une exclusion croissante en raison du refus persistant du pouvoir de respecter et d’acter la diversité culturelle, linguistique et ethnique du pays qui se traduit, par leur effacement au plan politique, économique, médiatique, culturel, linguistique, scolaire et social ; des inégalités également dans l’éducation particulièrement à travers les examens et les concours à l’emploi, les grandes écoles et les écoles spéciales, dans le recrutement des forces armées et de sécurité. Enfin, s’y ajoutent, l’épineuse question des terres agricoles et la blessure profonde du Passif humanitaire.
b- Propositions de solution
– Reconnaître et acter les droits de toutes les composantes nationales à travers leur présence effective dans l’espace public et notamment dans les grandes institutions de la république (Présidence, Primature, Présidence de l’assemblée, Cour Suprême, Cour constitutionnelle, Cour des comptes, Conseil économique et social), et dans les directions des établissements publics, des médias et lors des évènements officiels de manière à garantir que les institutions de l’Etat reflètent la diversité
– Reconnaître les droits culturels de toutes les composantes nationales
– Officialiser les langues Wolof, Pulaar et Soninké
– Donner à la langue arabe toute la place qu’elle mérite dans tous les domaines
– Remettre dans leurs droits les citoyens mauritaniens francophones de formation de plus en plus marginalisés actuellement
– Eliminer les politiques discriminatoires, l’exclusion de communautés et de groupes sociaux par plus d’ouverture et d’équité et au besoin par des sanctions
L’égalité des chances dans l’équité constitue un facteur cardinal de la cohésion sociale nationale, en même temps que le plurilinguisme officiel assure une plus grande cohésion nationale
C– Le Passif humanitaire
a- diagnostic
Il s’agit d’évènements graves et tragiques survenus par le passé résultant de crises identitaires récurrentes, ayant affecté particulièrement la communauté Pulaar du pays. Ces événements se sont traduits par des déportations de populations, des spoliations de biens, des radiations et des exécutions extra-judiciaires massives.
b- propositions de solution
– Solder le Passif humanitaire en mettant en place une commission nationale consensuelle indépendante « Vérité/Réconciliation » conforme à nos valeurs, dotée de pouvoirs réels (enquêtes, sanctions, pardon et réparations) qui devra jouer un rôle de catharsis.
– Application des devoirs de Vérité, de Justice, de Mémoire
– procéder à l’indemnisation et aux réparations au profit des victimes du Passif humanitaire
– Instituer une journée nationale de commémoration des martyrs et ériger un monument dédié. En dernier ressort on ne saurait faire l’économie de la Vérité si l’on vise la réconciliation nationale sur ce dossier.
– Ramener les réfugiés identifiés, installés au Mali et au Sénégal désireux de rentrer
– Solder tous les cas de victimes avérées d’injustices créées par l’arbitraire de l’Administration (spoliations, radiations administratives, licenciements abusifs, blocage de plan de carrière) pour créer un climat d’apaisement général.
D- L’enrôlement biométrique des populations
a- Diagnostic
Depuis 2009, l’enrôlement de certaines composantes nationales se passe difficilement. Il y a le constat d’une absence de volonté politique, une obstruction persistante à résoudre définitivement ce problème. Des milliers de mauritaniens et notamment des enfants en âge de scolarité demeurent les victimes, particulièrement dans la vallée du fleuve et dans d’autres zones reculées du territoire national. Des enfants scolarisés sur attestation provisoire finissent par abandonner l’école à cause de ces tracasseries et blocages.
b- Propositions de solution
– affirmer la volonté politique ferme sans concession d’enrôler tous les citoyens
– Alléger et simplifier les conditions de l’enrôlement
– Multiplier et diversifier les commissions techniques et de supervision
– Accroître le matériel nécessaire (groupe électrogène, ordinateurs, internet)
– Sanctionner et relever de leur fonction les agents responsables de blocage
– Envisager des unités mobiles pour clore enfin le processus d’enrôlement.
E- Problèmes des Terres
a- diagnostic
La gestion du foncier agricole en particulier est source de conflits récurrents, soit entre propriétaires légitimes et ceux qui travaillent la terre, soit en raison des politiques de spoliation des paysans par l’Etat
b- Propositions de solution :
– Restituer les terres spoliées des résidents et des déportés de retour
– Mettre en œuvre une réforme foncière participative, uniforme sur toute l’étendue du territoire qui établit un équilibre entre droit de propriété et droits légitimes de ceux qui l’exploitent
– Lutter contre la spéculation foncière et réformer le secteur des domaines pour limiter les attributions à double ou triple emplois de parcelles en milieu urbain.
II- ETAT DE DROIT ET DEMOCRATIE PLURALISTE
La crise de notre système politique est patente depuis le lancement officiel du “processus démocratique” en 1991 et ce malgré les efforts déployés notamment par l’opposition pour corriger ses dysfonctionnements et permettre d’édifier un véritable Etat de droit et une démocratie pluraliste solide.
A. L’Etat de droit
a. Diagnostic
Les faiblesses structurelles de l’Etat de droit dans notre pays se traduisent notamment par :
– une administration publique totalement inféodée et instrumentalisée par le régime politique en place notamment le parti présidentiel (nominations, avantages matériels et financiers, impunité, règlements de compte ciblés)
– La permanence de pratiques abusives (détournement et abus de pouvoir, corruption)
– L’intrusion de l’Armée dans le champ politique
– La confusion des pouvoirs et la mise sous tutelle de la justice
– La dévalorisation des principes fondamentaux et la disqualification des voies de recours indépendants et efficients face à l’arbitraire et aux injustices
– La violation systématique des libertés fondamentales (liberté d’opinion, de presse, d’association, de réunion, de manifestations)
b. Propositions de solution
– Instaurer un système de gestion et de redistribution des ressources (attributions foncières, licences de pêche, permis miniers) sur la base de la systématisation de la numérisation et l’anonymisation dans leur accès
– Généraliser le système obligatoire de déclaration et de publication de patrimoine pour tout membre de la haute fonction publique et pour tout candidat à une élection démocratique, ainsi que leurs conjoints, parents directs et enfants.
– Réviser les principales lois sur les libertés publiques et du code de procédure pénale notamment en matière de presse, de réunion, de voyage, de manifestations publiques, de cyber libertés, de protection des biens et des personnes ; et élaborer un code des libertés publiques avec des mécanismes juridictionnels de protection des libertés fondamentales comme les référés libertés et des structures spécifiques de protection de certaines libertés particulières (médiateurs et lanceurs d’alerte en matière de presse, de lutte contre les discriminations, d’esclavage, de tribalisme)
– Mettre en œuvre un projet de réforme de la justice en cours spécialement les aspects concernant le conseil de la Magistrature, l’accès à la justice, l’exigence de traduction dans les langues nationales, l’amélioration des conditions de vie des membres du corps judiciaire, l’humanisation des établissements pénitenciers
– imposer le respect du principe de la diversité dans toutes les administrations publiques en instaurant le principe suivant lequel toute haute fonction, tout département ministériel, toute administration et collectivité territoriale doit nécessairement être constituée par une équipe dirigée par un responsable principal issue d’une communauté et assisté par des adjoints appartenant à d’autres ensembles identitaires (sexe, ethnies, régions)
– Retrait total des forces armées de la vie politique du pays
B. La démocratie pluraliste
1. Les Partis politiques
a. Diagnostic
Le statut des partis, dès le départ, présentait de nombreuses défaillances. La plus importante était celle de leurs rapports avec le ministère de l’intérieur. Après bien des ajustements le statut avait pu permettre la constitution de nombreux partis sur la base d’une conception relativement libérale proche d’un régime déclaratif mais formulé d’une manière ambiguë. Aussi, l’opposition a toujours réclamé la levée de cette ambiguïté et la confirmation pure et simple du régime déclaratif. Mais récemment, le pouvoir s’est engagé dans une direction opposée en adoptant de manière unilatérale un régime liberticide des partis
A cela s’ajoute le fait que le régime de financement des partis ne permet pas réellement une vie décente pour l’immense majorité d’entre eux, condamnés à végéter et finalement à disparaître sous l’emprise de la loi des quotas notamment. Il y a une véritable crise statutaire des partis.
b. Propositions de solution
– Révision en profondeur de la nouvelle loi sur les partis politiques
– Adoption d’un régime déclaratif pour la création des partis politiques
– Amélioration substantielle des conditions du financement des partis politiques
– interdiction formelle du nomadisme politique
2. Le système électoral
a- Diagnostic
Le système électoral est la grande faiblesse de notre démocratie pluraliste. Ce système constitue une véritable machine destinée à rendre impossible toute alternance par les urnes.
– Absence d’un véritable code électoral à la place des textes actuels épars, contradictoires les uns par rapport aux autres et peu fiables.
– Découpage territorial déséquilibré et inégalitaire entre les régions, les électeurs
– Mode de scrutin fortement majoritaire et favorable aux partis au pouvoir
– Liste électorale non fiable occasionnant toutes sortes de tripatouillages
– Système aberrant et anti démocratique de “parrainage” des candidatures
– Dispositif de contrôle du matériel électoral en particulier informatique impossible
– Marginalisation de l’opposition dans l’administration des bureaux de vote
– Persistance des bureaux de vote fictifs
– Exclusion de la plus grande partie de la diaspora du processus de vote (absence de bureaux de vote dans de nombreux pays)
– Refus de la systématisation de la délivrance des PV des bureaux de vote
– Persistance du vote militaire
– Faiblesse du dispositif de participation des observateurs nationaux et internationaux
– système de dépouillement des bulletins opaque
– Institutions de contrôle électoral sous tutelle politico-administrative du pouvoir et de ses démembrements (CENI, Conseil Constitutionnel, Cour Suprême)
b. Propositions de solution
– Élaboration d’un véritable code électoral consensuel comprenant tous les aspects et dimensions des processus électoraux standards
– Audit de l’ensemble du système électoral (textes, fichier, découpage, vote)
– Révision du statut de toutes les institutions et de tous les mécanismes de régulation et de contrôle électoral
– Interdiction de l’enregistrement des électeurs à distance pour les non-résidents dans le cadre des élections locales (municipales, régionales, députation de circonscription) tout en permettant le vote pour les listes nationales des députés à toute personne inscrite sur la liste électorale quel que soit le lieu de résidence.
– Suppression de la gestion du processus électoral par le ministère de l’intérieur dont les larges prérogatives actuelles sur le plan technique (programmes, systèmes informatiques, établissement des listes, gestion du matériel électoral) lui permettent d’avoir la maîtrise stratégique du processus électoral
– Révision de la composition et du fonctionnement de la CENI pour lui accorder une réelle indépendance, en la dotant des moyens nécessaires pour gérer le processus électoral y compris la désignation de l’ensemble de son personnel central et local chargé de l’inscription des électeurs, de la distribution des cartes, de la sensibilisation et de la communication.
– Révision du découpage des circonscriptions électorales
– Révision et suppression de l’observatoire national actuel des élections
– Découplage des élections municipales, régionales et élections législatives.
– Retour du mode de scrutin de l’élection municipale à deux tours
– Admission de la presse indépendante pendant le dépouillement afin de relayer en temps réel les résultats des votes
C. Les principales institutions de la République
a. Diagnostic
L’une des sources majeures des faiblesses de la démocratie pluraliste et de l’Etat de droit est constituée par la configuration même des institutions de la république telle qu’établie par la constitution :
– Concentration des pouvoirs en faveur de l’exécutif au détriment de l’assemblée nationale et du pouvoir judiciaire affaiblis et aux moyens dérisoires face à l’exécutif
– Concentration des pouvoirs au sein de l’exécutif en faveur d’un président de la république omnipotent
– Administration publique déresponsabilisée et instrumentalisée comme un simple levier aux mains du président de la république
– Système institutionnel non représentatif de la diversité socio-culturelle du pays
– Secteur judiciaire monocolore et monolinguistique inféodé à l’exécutif
– Hiérarchie militaire et sécuritaire composée d’une seule communauté ethnique.
b. Propositions de solution
– Rééquilibrer les rapports entre le président de la république et le premier ministre qui doit apparaître comme un vrai chef de gouvernement et non comme un simple commis du président
– Soumettre toutes les nominations de la Haute fonction publique au débat parlementaire
– Compléter et verrouiller la disposition d’interdiction de 3ème mandat par l’interdiction de candidature immédiate d’un proche direct du président sortant
– Interdire que les titulaires des fonctions de Président de la république, premier ministre, président de l’assemblée nationale, président de la cour suprême et président du conseil constitutionnel appartiennent à la même communauté ethnolinguistique. La représentativité de toutes les communautés doit y être la règle
– Marquer l’indépendance de la Justice
– Réformer le secteur judiciaire de manière à refléter la diversité communautaire
– Installer une hiérarchie sécuritaire et militaire qui reflète la diversité communautaire du pays.
III- La gouvernance
La gouvernance est le cœur de l’action d’un Etat qui veut assumer pleinement ses fonctions structurantes en tant qu’architecte du vivre-ensemble et du bien commun de sa population.
A. Corruption et népotisme
a- Diagnostic :
La corruption, le népotisme et les détournements de fonds publics sont devenus des pratiques structurelles au sein de l’administration. Ils traduisent une logique d’appropriation privée de l’appareil d’État et ancrent une culture de prédation incompatible avec les exigences de transparence, de justice et d’intérêt général.
Facteurs explicatifs :
– Absence de critères objectifs et transparents dans le recrutement.
– Système budgétaire opaque, déconnecté des résultats concrets.
– Mécanismes de contrôle inefficaces et non indépendants.
– Impunité persistante affaiblissant la crédibilité des institutions.
– Marginalisation de l’éducation civique dans le système scolaire.
– Emprise des tribus sur l’Etat
b- Propositions :
– Codification de l’administration publique.
– Promulgation d’une loi instituant un Code de l’administration publique.
– Définition claire des profils de hauts postes.
– Approbation parlementaire obligatoire pour certaines nominations.
– Interdiction du recyclage des fonctionnaires sanctionnés.
– Création d’une commission permanente d’évaluation des profils.
– Réforme de la gestion budgétaire.
– Adoption d’un budget-programme fondé sur des objectifs mesurables et des indicateurs de performance (inspiration : Maroc 2015, Sénégal 2020).
– Renforcement de la culture civique.
– Réintégration de l’éducation civique avec un coefficient significatif.
– Pédagogie active : jeux de rôle, mini-projets citoyens.
– Implication accrue de la société civile dans le contrôle social.
– Limitation de l’hégémonie des tribus sur l’Etat par la suppression des rentes attribuées
B. Contrôle et transparence
a- Diagnostic :
Les dispositifs actuels de contrôle souffrent d’un manque d’indépendance, de moyens, et de portée réelle. Leur action reste symbolique.
Constats
– Commission anticorruption non indépendante
– Cour des comptes sans autonomie et sous-dotée
– Inspection générale d’État dépendante, sans mission préventive
b- Propositions :
– Autonomiser les organes de contrôle
– Doter la commission anticorruption d’un budget propre, d’un pouvoir de saisine directe de la justice et d’une autonomie fonctionnelle
– Réformer la Cour des comptes
– Rendre les modalités de nomination plus transparentes
– Renforcer des effectifs et des prérogatives
– Refonder l’Inspection générale d’État en lui donnant une indépendance d’action
– Effectuer des missions régulières et préventives, produire des rapports publics consultables par le Parlement et les citoyens.
C. Redistribution et partage équitable des richesses
a- Diagnostic :
La redistribution reste ponctuelle, assistancielle et peu structurante. Les inégalités sociales et territoriales perdurent et se creusent encore plus.
b- Propositions :
– Instaurer une redistribution fondée sur l’équité territoriale et sociale qui tient de la démographie et de la justice sociale
– Investir dans les infrastructures de base (éducation, santé, logement, routes, énergie, barrages)
– Réduire les disparités régionales
– Instaurer une fiscalité progressive et solidaire.
D. Efficacité économique et transformation structurelle
a- Diagnostic
– L’économie reste extravertie, dépendante de l’exportation de matières premières
– La création de valeur ajoutée et d’emplois durables est faible.
b- Propositions de solution
– Élaborer une stratégie nationale de transformation industrielle.
– Développer des chaînes de valeur.
– Créer de filières industrielles porteuses et génératrices d’emplois
E. Décentralisation et développement local
a- Diagnostic
La décentralisation, amorcée depuis 1987, reste largement inachevée. Les collectivités locales souffrent de nombreuses faiblesses :
– Faibles capacités institutionnelles et administratives.
– Incompétence généralisée liée au manque de formation des élus et à l’absence de métiers territoriaux structurés.
– Insuffisance des ressources financières.
– Forte dépendance vis-à-vis du budget de l’État.
– Faible autonomie fiscale et déséquilibres territoriaux marqués.
– Nécessité de revoir le découpage administratif pour une meilleure cohérence économique.
– Centralisation excessive du pouvoir.
– Double tutelle des collectivités ralentissant leur action.
– Problèmes de gouvernance locale : politisation, manque de transparence, clientélisme.
– Inégalités régionales et sociales, marginalisation des zones rurales.
– Enjeux sociopolitiques et sécuritaires : faibles capacités locales de prévention des conflits.
b- Propositions :
– Réforme des textes de la décentralisation
– Création de filières spécialisées pour les métiers territoriaux
– Transfert effectif des compétences avec budgets correspondants
– Élaboration d’une stratégie nationale de réduction des inégalités territoriales
– Renforcement des capacités des élus et du personnel local
– Instauration de mécanismes de redevabilité et de participation citoyenne
La réussite de la décentralisation est une condition essentielle de la cohésion nationale, de la stabilité démocratique et du développement équilibré du pays
F. Politique environnementale
a- Diagnostic :
La dégradation environnementale affecte la sécurité alimentaire, la santé publique et la stabilité sociale.
Enjeux critiques :
– Avancée du désert
– Dégradation des ressources en eau
– Surexploitation et pollution marines
– Urbanisation sauvage, déforestation
– Faiblesse des mécanismes de contrôle
b- Propositions :
– Gouvernance environnementale renforcée
– Création d’une Autorité nationale indépendante pour l’environnement et le climat
– Mise en place d’une plateforme de coordination intersectorielle
– Formation et professionnalisation
– Création d’une École nationale de l’environnement et de la transition écologique
– Renforcement des capacités de contrôle
– Recrutement et équipement d’une police de l’environnement professionnelle
-Décentralisation de l’action environnementale via les conseils régionaux de l’environnement
IV– Diaspora et Emigration
A. Une diaspora dynamique
a- Diagnostic
Une diaspora très importante et dynamique mais ignorée. En 2023, les transferts de fonds ont représenté près de 70 millions USD, soit 0,57 % du PIB, selon la Banque mondiale.
Pourtant, la diaspora ne bénéficie d’aucune représentation politique directe ni de mécanisme structuré d’influence sur les décisions nationales.
Elle est souvent sollicitée uniquement pour les collectes de fonds.
b– Propositions de solution
– Participation politique de la diaspora : Accorder le droit de vote à distance (électronique ou consulaire) et Réserver 02 à 04 sièges à la diaspora à l’Assemblée nationale
– Création d’un Haut Conseil de la diaspora : Organe élu par les Mauritaniens de l’extérieur. Statut autonome avec droit de proposition législative consultative.
– Volet Diplomatique pour les Mauritaniens à l’étranger : Garantir aux Mauritaniens vivant à l’étranger une présence diplomatique de proximité, protectrice et efficace. Création et multiplication de consulats mauritaniens dans les grandes villes où vivent des milliers de Mauritaniens souvent éloignés de toute représentation officielle
– Mise en place d’un fonds d’urgence pour les Mauritaniens à l’étranger
– Accompagnement des étudiants et travailleurs à l’étranger
– Valorisation des compétences et des talents de la diaspora
– Lancement d’un programme “Mauritaniens d’excellence à l’étranger”
– Création de Banque de la diaspora
B. Une émigration accélérée
a- Diagnostic
– Une jeunesse abandonnée : 23,7 % des jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage, dont près d’un tiers de jeunes femmes (ONS, 2023). Les politiques de l’emploi sont inopérantes : pistons et clientélisme remplacent la compétence.
– Un enseignement déconnecté des réalités économiques : les filières professionnelles sont dévalorisées.
– La jeunesse est exclue du jeu politique par un verrouillage institutionnel, et les
jeunes rapatriés font face à un accueil inexistant.
b– Propositions de solution
– Lutte contre l’émigration clandestine : création de milliers d’emplois sur 5 ans
– Déploiement de formations techniques dans les zones marginalisées
– Création d’un Fonds national pour la jeunesse marginalisée, piloté par le
Ministère de l’Emploi, l’ANAPEJ, les collectivités locales et cofinancé par des
bailleurs
V. Autres axes
Concomitamment à l’approfondissement des grands thèmes les axes ci-après feront l’objet d’ateliers
- Secteur judiciaire
- Secteur Education
- Secteur Santé
- Secteur Economie
- Secteur Défense et sécurité
MEMO DIRECTIF
Les thèmes devant faire l’objet de commissions spécialisées (composées d’experts mis à disposition par les membres signataires de la feuille de route de l’opposition) devant approfondir le sujet pour être bien armé lors du dialogue national :
- La forme constitutionnelle de la république et séparation de pouvoirs
- Le clivage politique et asymétrie de la dichotomie opposition-majorité
- L’esclavage et ses séquelles
- L’exclusion et les discriminations
- Le passif humanitaire
- Le problème des terres
- Le statut des partis politiques
- Le système électoral
- La corruption et le népotisme
- La redistribution et le partage équitable des richesses
- La décentralisation et le développement local
- La diaspora et l’émigration
Modèle de plan de présentation du thème par la commission spécialisée :
- Rappel de l’importance politique du thème
- Présentation des lois et des règlements régissant le thème
- Une présentation détaillée de nos propositions sur la base de celles avancées dans la plateforme validée par les signataires
NB : faire des propositions simples, claires et applicables immédiatement
Chaque commission sera présidée par un ou deux signataires de la plateforme




