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Plateforme de l’Opposition
DIALOGUE NATIONAL 2025
Sommaire
- Unité nationale et cohésion sociale
- L’esclavage et ses séquelles
- L’exclusion et les discriminations
- Le passif humanitaire
- L’enrôlement biométrique des populations
- Les problèmes des Terres
- Etat de droit et démocratie pluraliste
- L’état de droit
- La démocratie pluraliste
1. Les partis politiques
2. Le système électoral
- Les principales institutions de la République
- Gouvernance
- Corruption et Népotisme
- Contrôle et Transparence
- Redistribution et partage équitable des richesses
- Efficacité économique et transformation structurelle
- Décentralisation et Développement local
- Politique environnementale
- Diaspora et Emigration
- Une diaspora dynamique
- Une émigration accélérée
- Autres axes
- Secteur judiciaire
- Secteur Education
- Secteur Santé
- Secteur Economie
- Secteur Défense et sécurité
- Secteur des médias
I- Unité nationale et Cohésion sociale
La question centrale du vivre ensemble ou de l’unité nationale que sous-tendent la question de l’esclavage et de ses séquelles, l’exclusion de certaines composantes nationales, les innombrables injustices vécues au quotidien, les inégalités et discriminations en tous genres constituent le défi le plus important auquel notre pays est confronté, engendrant des crises récurrentes de 1966 à 1990, avec comme point culminant la tragédie appelée par euphémisme « Passif humanitaire ».
A– L’esclavage et ses séquelles
a- diagnostic
La composante haratine, victime d’un asservissement multiséculaire, reste confrontée à la misère et maintenue dans des conditions serviles avilissantes. L’indigence dans laquelle végètent les adwabas notamment illustre le désintérêt de l’Etat à leur endroit. Il en est de même pour certains groupes dits serviles à l’intérieur des autres communautés.
b- Propositions de solution
– procéder à une évaluation des dispositifs institutionnels et législatifs sur la question
– mener une enquête indépendante de portée nationale sur la question
– appliquer rigoureusement les textes et lois en vigueur criminalisant l’esclavage,
– affaiblir et endiguer l’influence des chefs traditionnels et du tribalisme.
– réparer les injustices historiques (victimes d’esclavage) en instituant des politiques hardies de discrimination positive et d’autonomisation sociale et économique qui pourraient se traduire par une sorte de plan Marshal, à durée déterminée, à l’endroit des haratines.
B- L’exclusion et les discriminations
a- diagnostic
Les communautés nationales wolof, soninké et pulaar vivent une exclusion croissante en raison du refus persistant du pouvoir de respecter et d’acter la diversité culturelle, linguistique et ethnique du pays qui se traduit, par leur effacement au plan politique, économique, médiatique, culturel, linguistique, scolaire et social ; des inégalités également dans l’éducation particulièrement à travers les examens et les concours à l’emploi, les grandes écoles et les écoles spéciales, dans le recrutement des forces armées et de sécurité. Enfin, s’y ajoutent, l’épineuse question des terres agricoles et la blessure profonde du Passif humanitaire.
b- Propositions de solution
– Reconnaître et acter les droits de toutes les composantes nationales à travers leur présence effective dans l’espace public et notamment dans les grandes institutions de la république (Présidence, Primature, Présidence de l’assemblée, Cour Suprême, Cour constitutionnelle, Cour des comptes, Conseil économique et social), et dans les directions des établissements publics, des médias et lors des évènements officiels de manière à garantir que les institutions de l’Etat reflètent la diversité
– Reconnaître les droits culturels de toutes les composantes nationales
– Officialiser les langues Wolof, Pulaar et Soninké
– Donner à la langue arabe toute la place qu’elle mérite dans tous les domaines
– Remettre dans leurs droits les citoyens mauritaniens francophones de formation de plus en plus marginalisés actuellement
– Eliminer les politiques discriminatoires, l’exclusion de communautés et de groupes sociaux par plus d’ouverture et d’équité et au besoin par des sanctions
L’égalité des chances dans l’équité constitue un facteur cardinal de la cohésion sociale nationale, en même temps que le plurilinguisme officiel assure une plus grande cohésion nationale
C– Le Passif humanitaire
a- diagnostic
Il s’agit d’évènements graves et tragiques survenus par le passé résultant de crises identitaires récurrentes, ayant affecté particulièrement la communauté Pulaar du pays. Ces événements se sont traduits par des déportations de populations, des spoliations de biens, des radiations et des exécutions extra-judiciaires massives.
b- propositions de solution
– Solder le Passif humanitaire en mettant en place une commission nationale consensuelle indépendante « Vérité/Réconciliation » conforme à nos valeurs, dotée de pouvoirs réels (enquêtes, sanctions, pardon et réparations) qui devra jouer un rôle de catharsis.
– Application des devoirs de Vérité, de Justice, de Mémoire
– procéder à l’indemnisation et aux réparations au profit des victimes du Passif humanitaire
– Instituer une journée nationale de commémoration des martyrs et ériger un monument dédié. En dernier ressort on ne saurait faire l’économie de la Vérité si l’on vise la réconciliation nationale sur ce dossier.
– Ramener les réfugiés identifiés, installés au Mali et au Sénégal désireux de rentrer
– Solder tous les cas de victimes avérées d’injustices créées par l’arbitraire de l’Administration (spoliations, radiations administratives, licenciements abusifs, blocage de plan de carrière) pour créer un climat d’apaisement général.
D- L’enrôlement biométrique des populations
a- Diagnostic
Depuis 2009, l’enrôlement de certaines composantes nationales se passe difficilement. Il y a le constat d’une absence de volonté politique, une obstruction persistante à résoudre définitivement ce problème. Des milliers de mauritaniens et notamment des enfants en âge de scolarité demeurent les victimes, particulièrement dans la vallée du fleuve et dans d’autres zones reculées du territoire national. Des enfants scolarisés sur attestation provisoire finissent par abandonner l’école à cause de ces tracasseries et blocages.
b- Propositions de solution
– affirmer la volonté politique ferme sans concession d’enrôler tous les citoyens
– Alléger et simplifier les conditions de l’enrôlement
– Multiplier et diversifier les commissions techniques et de supervision
– Accroître le matériel nécessaire (groupe électrogène, ordinateurs, internet)
– Sanctionner et relever de leur fonction les agents responsables de blocage
– Envisager des unités mobiles pour clore enfin le processus d’enrôlement.
E- Problèmes des Terres
a- diagnostic
La gestion du foncier agricole en particulier est source de conflits récurrents, soit entre propriétaires légitimes et ceux qui travaillent la terre, soit en raison des politiques de spoliation des paysans par l’Etat
b- Propositions de solution :
– Restituer les terres spoliées des résidents et des déportés de retour
– Mettre en œuvre une réforme foncière participative, uniforme sur toute l’étendue du territoire qui établit un équilibre entre droit de propriété et droits légitimes de ceux qui l’exploitent
– Lutter contre la spéculation foncière et réformer le secteur des domaines pour limiter les attributions à double ou triple emplois de parcelles en milieu urbain.
II- ETAT DE DROIT ET DEMOCRATIE PLURALISTE
La crise de notre système politique est patente depuis le lancement officiel du “processus démocratique” en 1991 et ce malgré les efforts déployés notamment par l’opposition pour corriger ses dysfonctionnements et permettre d’édifier un véritable Etat de droit et une démocratie pluraliste solide.
A. L’Etat de droit
a. Diagnostic
Les faiblesses structurelles de l’Etat de droit dans notre pays se traduisent notamment par :
– une administration publique totalement inféodée et instrumentalisée par le régime politique en place notamment le parti présidentiel (nominations, avantages matériels et financiers, impunité, règlements de compte ciblés)
– La permanence de pratiques abusives (détournement et abus de pouvoir, corruption)
– L’intrusion de l’Armée dans le champ politique
– La confusion des pouvoirs et la mise sous tutelle de la justice
– La dévalorisation des principes fondamentaux et la disqualification des voies de recours indépendants et efficients face à l’arbitraire et aux injustices
– La violation systématique des libertés fondamentales (liberté d’opinion, de presse, d’association, de réunion, de manifestations)
b. Propositions de solution
– Instaurer un système de gestion et de redistribution des ressources (attributions foncières, licences de pêche, permis miniers) sur la base de la systématisation de la numérisation et l’anonymisation dans leur accès
– Généraliser le système obligatoire de déclaration et de publication de patrimoine pour tout membre de la haute fonction publique et pour tout candidat à une élection démocratique, ainsi que leurs conjoints, parents directs et enfants.
– Réviser les principales lois sur les libertés publiques et du code de procédure pénale notamment en matière de presse, de réunion, de voyage, de manifestations publiques, de cyber libertés, de protection des biens et des personnes ; et élaborer un code des libertés publiques avec des mécanismes juridictionnels de protection des libertés fondamentales comme les référés libertés et des structures spécifiques de protection de certaines libertés particulières (médiateurs et lanceurs d’alerte en matière de presse, de lutte contre les discriminations, d’esclavage, de tribalisme)
– Mettre en œuvre un projet de réforme de la justice en cours spécialement les aspects concernant le conseil de la Magistrature, l’accès à la justice, l’exigence de traduction dans les langues nationales, l’amélioration des conditions de vie des membres du corps judiciaire, l’humanisation des établissements pénitenciers
– imposer le respect du principe de la diversité dans toutes les administrations publiques en instaurant le principe suivant lequel toute haute fonction, tout département ministériel, toute administration et collectivité territoriale doit nécessairement être constituée par une équipe dirigée par un responsable principal issue d’une communauté et assisté par des adjoints appartenant à d’autres ensembles identitaires (sexe, ethnies, régions)
– Retrait total des forces armées de la vie politique du pays
B. La démocratie pluraliste
1. Les Partis politiques
a. Diagnostic
Le statut des partis, dès le départ, présentait de nombreuses défaillances. La plus importante était celle de leurs rapports avec le ministère de l’intérieur. Après bien des ajustements le statut avait pu permettre la constitution de nombreux partis sur la base d’une conception relativement libérale proche d’un régime déclaratif mais formulé d’une manière ambiguë. Aussi, l’opposition a toujours réclamé la levée de cette ambiguïté et la confirmation pure et simple du régime déclaratif. Mais récemment, le pouvoir s’est engagé dans une direction opposée en adoptant de manière unilatérale un régime liberticide des partis
A cela s’ajoute le fait que le régime de financement des partis ne permet pas réellement une vie décente pour l’immense majorité d’entre eux, condamnés à végéter et finalement à disparaître sous l’emprise de la loi des quotas notamment. Il y a une véritable crise statutaire des partis.
b. Propositions de solution
– Révision en profondeur de la nouvelle loi sur les partis politiques
– Adoption d’un régime déclaratif pour la création des partis politiques
– Amélioration substantielle des conditions du financement des partis politiques
– interdiction formelle du nomadisme politique
2. Le système électoral
a- Diagnostic
Le système électoral est la grande faiblesse de notre démocratie pluraliste. Ce système constitue une véritable machine destinée à rendre impossible toute alternance par les urnes.
– Absence d’un véritable code électoral à la place des textes actuels épars, contradictoires les uns par rapport aux autres et peu fiables.
– Découpage territorial déséquilibré et inégalitaire entre les régions, les électeurs
– Mode de scrutin fortement majoritaire et favorable aux partis au pouvoir
– Liste électorale non fiable occasionnant toutes sortes de tripatouillages
– Système aberrant et anti démocratique de “parrainage” des candidatures
– Dispositif de contrôle du matériel électoral en particulier informatique impossible
– Marginalisation de l’opposition dans l’administration des bureaux de vote
– Persistance des bureaux de vote fictifs
– Exclusion de la plus grande partie de la diaspora du processus de vote (absence de bureaux de vote dans de nombreux pays)
– Refus de la systématisation de la délivrance des PV des bureaux de vote
– Persistance du vote militaire
– Faiblesse du dispositif de participation des observateurs nationaux et internationaux
– système de dépouillement des bulletins opaque
– Institutions de contrôle électoral sous tutelle politico-administrative du pouvoir et de ses démembrements (CENI, Conseil Constitutionnel, Cour Suprême)
b. Propositions de solution
– Élaboration d’un véritable code électoral consensuel comprenant tous les aspects et dimensions des processus électoraux standards
– Audit de l’ensemble du système électoral (textes, fichier, découpage, vote)
– Révision du statut de toutes les institutions et de tous les mécanismes de régulation et de contrôle électoral
– Interdiction de l’enregistrement des électeurs à distance pour les non-résidents dans le cadre des élections locales (municipales, régionales, députation de circonscription) tout en permettant le vote pour les listes nationales des députés à toute personne inscrite sur la liste électorale quel que soit le lieu de résidence.
– Suppression de la gestion du processus électoral par le ministère de l’intérieur dont les larges prérogatives actuelles sur le plan technique (programmes, systèmes informatiques, établissement des listes, gestion du matériel électoral) lui permettent d’avoir la maîtrise stratégique du processus électoral
– Révision de la composition et du fonctionnement de la CENI pour lui accorder une réelle indépendance, en la dotant des moyens nécessaires pour gérer le processus électoral y compris la désignation de l’ensemble de son personnel central et local chargé de l’inscription des électeurs, de la distribution des cartes, de la sensibilisation et de la communication.
– Révision du découpage des circonscriptions électorales
– Révision et suppression de l’observatoire national actuel des élections
– Découplage des élections municipales, régionales et élections législatives.
– Retour du mode de scrutin de l’élection municipale à deux tours
– Admission de la presse indépendante pendant le dépouillement afin de relayer en temps réel les résultats des votes
C. Les principales institutions de la République
a. Diagnostic
L’une des sources majeures des faiblesses de la démocratie pluraliste et de l’Etat de droit est constituée par la configuration même des institutions de la république telle qu’établie par la constitution :
– Concentration des pouvoirs en faveur de l’exécutif au détriment de l’assemblée nationale et du pouvoir judiciaire affaiblis et aux moyens dérisoires face à l’exécutif
– Concentration des pouvoirs au sein de l’exécutif en faveur d’un président de la république omnipotent
– Administration publique déresponsabilisée et instrumentalisée comme un simple levier aux mains du président de la république
– Système institutionnel non représentatif de la diversité socio-culturelle du pays
– Secteur judiciaire monocolore et monolinguistique inféodé à l’exécutif
– Hiérarchie militaire et sécuritaire composée d’une seule communauté ethnique.
b. Propositions de solution
– Rééquilibrer les rapports entre le président de la république et le premier ministre qui doit apparaître comme un vrai chef de gouvernement et non comme un simple commis du président
– Soumettre toutes les nominations de la Haute fonction publique au débat parlementaire
– Compléter et verrouiller la disposition d’interdiction de 3ème mandat par l’interdiction de candidature immédiate d’un proche direct du président sortant
– Interdire que les titulaires des fonctions de Président de la république, premier ministre, président de l’assemblée nationale, président de la cour suprême et président du conseil constitutionnel appartiennent à la même communauté ethnolinguistique. La représentativité de toutes les communautés doit y être la règle
– Marquer l’indépendance de la Justice
– Réformer le secteur judiciaire de manière à refléter la diversité communautaire
– Installer une hiérarchie sécuritaire et militaire qui reflète la diversité communautaire du pays.
III- La gouvernance
La gouvernance est le cœur de l’action d’un Etat qui veut assumer pleinement ses fonctions structurantes en tant qu’architecte du vivre-ensemble et du bien commun de sa population.
A. Corruption et népotisme
a- Diagnostic :
La corruption, le népotisme et les détournements de fonds publics sont devenus des pratiques structurelles au sein de l’administration. Ils traduisent une logique d’appropriation privée de l’appareil d’État et ancrent une culture de prédation incompatible avec les exigences de transparence, de justice et d’intérêt général.
Facteurs explicatifs :
– Absence de critères objectifs et transparents dans le recrutement.
– Système budgétaire opaque, déconnecté des résultats concrets.
– Mécanismes de contrôle inefficaces et non indépendants.
– Impunité persistante affaiblissant la crédibilité des institutions.
– Marginalisation de l’éducation civique dans le système scolaire.
– Emprise des tribus sur l’Etat
b- Propositions :
– Codification de l’administration publique.
– Promulgation d’une loi instituant un Code de l’administration publique.
– Définition claire des profils de hauts postes.
– Approbation parlementaire obligatoire pour certaines nominations.
– Interdiction du recyclage des fonctionnaires sanctionnés.
– Création d’une commission permanente d’évaluation des profils.
– Réforme de la gestion budgétaire.
– Adoption d’un budget-programme fondé sur des objectifs mesurables et des indicateurs de performance (inspiration : Maroc 2015, Sénégal 2020).
– Renforcement de la culture civique.
– Réintégration de l’éducation civique avec un coefficient significatif.
– Pédagogie active : jeux de rôle, mini-projets citoyens.
– Implication accrue de la société civile dans le contrôle social.
– Limitation de l’hégémonie des tribus sur l’Etat par la suppression des rentes attribuées
B. Contrôle et transparence
a- Diagnostic :
Les dispositifs actuels de contrôle souffrent d’un manque d’indépendance, de moyens, et de portée réelle. Leur action reste symbolique.
Constats
– Commission anticorruption non indépendante
– Cour des comptes sans autonomie et sous-dotée
– Inspection générale d’État dépendante, sans mission préventive
b- Propositions :
– Autonomiser les organes de contrôle
– Doter la commission anticorruption d’un budget propre, d’un pouvoir de saisine directe de la justice et d’une autonomie fonctionnelle
– Réformer la Cour des comptes
– Rendre les modalités de nomination plus transparentes
– Renforcer des effectifs et des prérogatives
– Refonder l’Inspection générale d’État en lui donnant une indépendance d’action
– Effectuer des missions régulières et préventives, produire des rapports publics consultables par le Parlement et les citoyens.
C. Redistribution et partage équitable des richesses
a- Diagnostic :
La redistribution reste ponctuelle, assistancielle et peu structurante. Les inégalités sociales et territoriales perdurent et se creusent encore plus.
b- Propositions :
– Instaurer une redistribution fondée sur l’équité territoriale et sociale qui tient de la démographie et de la justice sociale
– Investir dans les infrastructures de base (éducation, santé, logement, routes, énergie, barrages)
– Réduire les disparités régionales
– Instaurer une fiscalité progressive et solidaire.
D. Efficacité économique et transformation structurelle
a- Diagnostic
– L’économie reste extravertie, dépendante de l’exportation de matières premières
– La création de valeur ajoutée et d’emplois durables est faible.
b- Propositions de solution
– Élaborer une stratégie nationale de transformation industrielle.
– Développer des chaînes de valeur.
– Créer de filières industrielles porteuses et génératrices d’emplois
E. Décentralisation et développement local
a- Diagnostic
La décentralisation, amorcée depuis 1987, reste largement inachevée. Les collectivités locales souffrent de nombreuses faiblesses :
– Faibles capacités institutionnelles et administratives.
– Incompétence généralisée liée au manque de formation des élus et à l’absence de métiers territoriaux structurés.
– Insuffisance des ressources financières.
– Forte dépendance vis-à-vis du budget de l’État.
– Faible autonomie fiscale et déséquilibres territoriaux marqués.
– Nécessité de revoir le découpage administratif pour une meilleure cohérence économique.
– Centralisation excessive du pouvoir.
– Double tutelle des collectivités ralentissant leur action.
– Problèmes de gouvernance locale : politisation, manque de transparence, clientélisme.
– Inégalités régionales et sociales, marginalisation des zones rurales.
– Enjeux sociopolitiques et sécuritaires : faibles capacités locales de prévention des conflits.
b- Propositions :
– Réforme des textes de la décentralisation
– Création de filières spécialisées pour les métiers territoriaux
– Transfert effectif des compétences avec budgets correspondants
– Élaboration d’une stratégie nationale de réduction des inégalités territoriales
– Renforcement des capacités des élus et du personnel local
– Instauration de mécanismes de redevabilité et de participation citoyenne
La réussite de la décentralisation est une condition essentielle de la cohésion nationale, de la stabilité démocratique et du développement équilibré du pays
F. Politique environnementale
a- Diagnostic :
La dégradation environnementale affecte la sécurité alimentaire, la santé publique et la stabilité sociale.
Enjeux critiques :
– Avancée du désert
– Dégradation des ressources en eau
– Surexploitation et pollution marines
– Urbanisation sauvage, déforestation
– Faiblesse des mécanismes de contrôle
b- Propositions :
– Gouvernance environnementale renforcée
– Création d’une Autorité nationale indépendante pour l’environnement et le climat
– Mise en place d’une plateforme de coordination intersectorielle
– Formation et professionnalisation
– Création d’une École nationale de l’environnement et de la transition écologique
– Renforcement des capacités de contrôle
– Recrutement et équipement d’une police de l’environnement professionnelle
-Décentralisation de l’action environnementale via les conseils régionaux de l’environnement
IV– Diaspora et Emigration
A. Une diaspora dynamique
a- Diagnostic
Une diaspora très importante et dynamique mais ignorée. En 2023, les transferts de fonds ont représenté près de 70 millions USD, soit 0,57 % du PIB, selon la Banque mondiale.
Pourtant, la diaspora ne bénéficie d’aucune représentation politique directe ni de mécanisme structuré d’influence sur les décisions nationales.
Elle est souvent sollicitée uniquement pour les collectes de fonds.
b– Propositions de solution
– Participation politique de la diaspora : Accorder le droit de vote à distance (électronique ou consulaire) et Réserver 02 à 04 sièges à la diaspora à l’Assemblée nationale
– Création d’un Haut Conseil de la diaspora : Organe élu par les Mauritaniens de l’extérieur. Statut autonome avec droit de proposition législative consultative.
– Volet Diplomatique pour les Mauritaniens à l’étranger : Garantir aux Mauritaniens vivant à l’étranger une présence diplomatique de proximité, protectrice et efficace. Création et multiplication de consulats mauritaniens dans les grandes villes où vivent des milliers de Mauritaniens souvent éloignés de toute représentation officielle
– Mise en place d’un fonds d’urgence pour les Mauritaniens à l’étranger
– Accompagnement des étudiants et travailleurs à l’étranger
– Valorisation des compétences et des talents de la diaspora
– Lancement d’un programme “Mauritaniens d’excellence à l’étranger”
– Création de Banque de la diaspora
B. Une émigration accélérée
a- Diagnostic
– Une jeunesse abandonnée : 23,7 % des jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage, dont près d’un tiers de jeunes femmes (ONS, 2023). Les politiques de l’emploi sont inopérantes : pistons et clientélisme remplacent la compétence.
– Un enseignement déconnecté des réalités économiques : les filières professionnelles sont dévalorisées.
– La jeunesse est exclue du jeu politique par un verrouillage institutionnel, et les
jeunes rapatriés font face à un accueil inexistant.
b– Propositions de solution
– Lutte contre l’émigration clandestine : création de milliers d’emplois sur 5 ans
– Déploiement de formations techniques dans les zones marginalisées
– Création d’un Fonds national pour la jeunesse marginalisée, piloté par le
Ministère de l’Emploi, l’ANAPEJ, les collectivités locales et cofinancé par des
bailleurs
V. Autres axes
Concomitamment à l’approfondissement des grands thèmes les axes ci-après feront l’objet d’ateliers
- Secteur judiciaire
- Secteur Education
- Secteur Santé
- Secteur Economie
- Secteur Défense et sécurité
MEMO DIRECTIF
Les thèmes devant faire l’objet de commissions spécialisées (composées d’experts mis à disposition par les membres signataires de la feuille de route de l’opposition) devant approfondir le sujet pour être bien armé lors du dialogue national :
- La forme constitutionnelle de la république et séparation de pouvoirs
- Le clivage politique et asymétrie de la dichotomie opposition-majorité
- L’esclavage et ses séquelles
- L’exclusion et les discriminations
- Le passif humanitaire
- Le problème des terres
- Le statut des partis politiques
- Le système électoral
- La corruption et le népotisme
- La redistribution et le partage équitable des richesses
- La décentralisation et le développement local
- La diaspora et l’émigration
Modèle de plan de présentation du thème par la commission spécialisée :
- Rappel de l’importance politique du thème
- Présentation des lois et des règlements régissant le thème
- Une présentation détaillée de nos propositions sur la base de celles avancées dans la plateforme validée par les signataires
NB : faire des propositions simples, claires et applicables immédiatement
Chaque commission sera présidée par un ou deux signataires de la plateforme
LA “LONGUE MARCHE” DE L’ARABISATION EN MAURITANIE
Ambroise Queffélec UMR 6039 (CNRS) Université de Provence
Bah Ould Zein Université de Nouakchott
Résultat d’un découpage géographique colonial totalement arbitraire, la Mauritanie, islamisée et unifiée religieusement de longue date, présente du point de vue culturel et linguistique une hétérogénéité certaine qui a généré depuis l’indépendance bon nombre d’antagonismes voire de conflits politiques et ethniques. Rappelons que conquise à partir de 1904 par la France soucieuse avant tout de protéger les arrières de sa colonie-fétiche du Sénégal, la Mauritanie, parent pauvre et délaissée de l’A.O.F. à l’époque coloniale, se caractérise par la coexistence de deux communautés : la communauté maure, majoritaire1 et de langue hassaniyya qui comprend la fois des populations d’origine arabo-berbère (les Beidanes) et des populations noires autrefois dépendantes (les Harratines), occupe essentiellement le nord, l’ouest et le centre du pays. La seconde communauté, négro-africaine, minorée à l’époque précoloniale, elle-même divisée en plusieurs groupes2, Haalpulaaren (de langue poular) Soninkés (de langue soninké), Wolofs (de langue wolof) vit surtout le long de la rive droite du fleuve Sénégal, la partie la plus fertile du pays.
Dans cette coexistence de deux communautés, coexistence qui a reçu dans le français local l’appellation significative de question nationale, le problème des langues a joué et continue de jouer un rôle central : schématiquement, le marché linguistique voit s’affronter selon un schéma qu’on pourrait retrouver au Maroc et en Algérie quatre langues ou séries de langues de statut inégal : les langues vernaculaires sont représentées respectivement par le hassaniyya, dialecte arabe3 imprégné de berbère4 (qui comme l’arabe appartient typologiquement au phylum afro-asiatique), et les langues négro-africaines (poular, soninké, wolof) parlées également dans les pays frontaliers, Sénégal, Mali. Essentiellement orales, ces langues vernaculaires sont en concurrence surtout dans le domaine écrit avec les deux langues de prestige que sont l’arabe classique et le français.
Dans la gestion de ce multilinguisme complexe, les divers pouvoirs qui ont dominé ont surtout centré leurs interventions sur les plans du statut officiel et de l’éducation (choix de la (des) langues d’enseignement) et c’est donc ces domaines que nous examinerons essentiellement. Après un historique des différentes politiques d’aménagement linguistique qui ont prévalu et qui seules permettent de comprendre la situation actuelle, nous étudierons cette situation présente qui, au terme d’une subtile politique d’arabisation a vu progressivement le corpus des usages linguistiques se rapprocher d’un status unilingue (arabe seule langue officielle) promu et défini sur des bases essentiellement idéologiques et politiques.1. 1904-1957 : l’époque coloniale : une francisation superficielle et inégale, porteuse de tensions virtuelles. En raison de l’existence d’un réseau d’établissements d’enseignement religieux structurés et prestigieux (les mahadras) et surtout de la résistance militaire et spirituelle à la pénétration des idées européennes, la puissance coloniale n’a mené qu’une politique de francisation très limitée et inégalitaire. Limitée, cette politique s’est bornée essentiellement aux domaines scolaire et administratif et n’a touché que des fractions de population trèsréduites.5 Inégalitaire, elle l’a été également en traitant différemment les populations négro-mauritaniennes et maures. Pour les premières, plus réceptives à la scolarisation, la politique pratiquée a été assez voisine de celle menée dans les autres colonies de l’A.O.F. et spécialement du Sénégal (dont la Mauritanie a longtemps relevé dans le domaine de l’enseignement) : système scolaire très élitiste avec de graves déperditions d’effectifs et emploi exclusif du français comme langue d’enseignement. Le résultat en a été une francisation très superficielle mais la création d’une “élite” négro-mauritanienne qui formera à l’indépendance les cadres du jeune état mauritanien. Pour les Maures, le refus obstiné et tenace des populations vis-à-vis de l’”école des infidèles “et de leur langue a obligé une administration coloniale manquant de dynamisme et de réelle volonté, à composer et à instaurer, sur le modèle des médersas algériennes, un système scolaire “franco-arabe” combinant arabe et français comme langues d’enseignement, mais aux résultats extrêmement faibles sur les plans tant quantitatif6 que qualificatif. Dans le même temps, le système scolaire traditionnel fondé sur l’étude de l’arabe coranique (mahadra) connaissait un déclin.
Cet aménagement linguistique différencié créait à l’indépendance une situation linguistique et politique potentiellement explosive reposant sur la confrontation virtuelle de deux groupes concurrentiels : les Négro-mauritaniens de langue maternelle négro-africaine, dont les élites francisées et ouvertes à la “modernité” avaient été placées de par leur connaissance du français à beaucoup de postes de responsabilité de l’administration ; les Maures de langue hassaniyya dont les élites traditionnelles beidanes se trouvaient marginalisées : les Hassanes — tribus guerrières — avaient vu leur domination politique et militaire fortement entamées par le colonisateur ; les Zwayas — tribus maraboutiques — avaient perdu une partie de leur prestige de lettrés coraniques avec l’émergence de l’école moderne et le déclin de leurs mahadras. La rivalité entre ces deux groupes, reposant sur un double sentiment de revanche (revanche des Négro-mauritaniens, pour avoir été méprisés à l’époque précoloniale, revanche des Beidanes pour s’être fait supplanter durant l’époque coloniale) s’est cristallisée depuis l’indépendance sur la question des langues et de l’enseignement.
2. 1959-1979 : du “réajustement” au bilinguisme puis à l’arabisation intensive
L’histoire des deux premières décennies de la jeune République Islamique de Mauritanie proclamée en 1958 se caractérise par la reprise du contrôle du pouvoir par les Maures blancs. Cette évolution politique a pour corollaire sur le plan linguistique un processus d’arabisation qui va s’accélérant, sensible surtout dans les réformes éducatives qui constituent “l’élément moteur de la politique linguistique du P.P.M.”7, parti unique.
2.1. 1959 : le “réajustement”
Les constitutions du 22 mars 1959 et du 20 mars 1961 stipulant que la langue nationale est l’arabe et que la langue officielle est le français (article 3 de la Constitution de 1961), la réforme de 1959met en harmonie textes constitutionnels et système éducatif en accordant une place légèrement plus importante à l’arabe : enseigné jusqu’alors à raison de six heures par semaine sur un total de 30 heures hebdomadaires, il occupe désormais 10 heures hebdomadaires au cours préparatoire et 8 heures aux cours élémentaire et moyen, contre respectivement 23 et 25 heures de français par semaine. Ce réaménagement des horaires de l’enseignement primaire donnant une place plus grande à l’arabe visait selon ses promoteurs à “rapprocher l’école du milieu social et culturel qui l’entoure” et à “répondre aux aspirations culturelles de la majorité de la population” (Chartrand, 1977, 67). Ce “réajustement” était cependant assorti d’une possibilité de dispense des cours d’arabe délivrée par l’inspecteur d’arabe aux enfants dont les parents en faisaient la demande formelle.
Les structures des enseignements primaire et secondaire restaient cependant calquées sur celles de la France selon Botti et Vezinet (1963, 49), la seule différence étant la place accordée à la langue arabe au second degré, enseignée “concurremment avec l’anglais”, 4 heures par semaine.
Le développement de l’arabe dans le système éducatif souhaité par le gouvernement8 s’accompagne selon Ould Youra (1997, 100) d’un intérêt croissant des Maures pour l’école moderne, alors que celui des Négro-mauritaniens ne faiblit pas : le taux de scolarisation dans le primaire passe très vite à 8 % en 1962.
Cependant la réforme de 1959 ne provoqua que des mécontents : les Maures voulaient aller plus loin dans la voie de l’arabisation et les Négro-Mauritaniens ne voulaient pas de l’enseignement de l’arabe qui ne constituait pas leur langue maternelle.
En 1964, le gouvernement -où les Beidanes jouent un rôle prépondérant- décide d’introduire les notes d’arabe dans le calcul de la moyenne générale pour le passage en classe supérieure et adopte en janvier 1966 un décret d’application d’une loi rendant l’étude de l’arabe obligatoire dans l’enseignement secondaire.9 La réaction des Négro-mauritaniens ne se fait alors pas attendre : les élèves des ethnies noires — soutenus par de hauts fonctionnaires noirs rédacteurs du fameux “manifeste des 19” dénonçant le “racisme” du régime et sa volonté d’arabiser le pays — déclenchent un mouvement de grève dans les lycées de Nouakchott et de Rosso qui dégénère en violents conflits raciaux opposant Maures — beaucoup plus lourd dans la réalité semble-t-il — fait état de 6 morts et 30 blessés. Les établissements scolaires de la capitale furent fermés pour le reste de l’année.
2.2. 1967-1973 : le ” bilinguisme arabe-français “
Lors du 2e Congrès ordinaire du P.P.M. tenu à Aïoun du 24 au 26 juin 1966 le pouvoir décide de promouvoir une nouvelle politique culturelle fondée sur le bilinguisme arabe-français. Le Président Moctar Ould Daddah (Discours et interventions, s.d., 283), dans son intervention du 18/7/1966 proclame ainsi que “Le bilinguisme apparaît comme le seul instrument d’une réalisation de la culture nationale nouvelle […] Le bilinguisme plaçant peu à peu sur un pied d’égalité le français et l’arabe est une option fondamentale qui concerne chaque citoyen mauritanien. [..] Un programme des études est en préparation. Il devra mettre au point un enseignement de qualité, tenant compte des réalités du monde moderne, tout en sauvegardant les valeurs traditionnelles de la culture musulmane”. La traduction de cette nouvelle orientation est la mise sur pieds en 1967 d’une réforme éducative qui se caractérise par un développement de l’arabisation : l’enseignement primaire — rebaptisé enseignement fondamental — voit sa durée portée de 6 à 7 années et comporte désormais de manière obligatoire pour tous les élèves une première année d’initiation à l’arabe (C.I.A.) conformément à l’horaire hebdomadaire suivant. Au niveau de l’enseignement secondaire, l’horaire de l’arabe est porté à 9 heures en sixième et cinquième, à 5 heures en quatrième et troisième et à 4 heures pour les classes du second cycle, le français continuant à occuper le reste de l’emploi du temps hebdomadaire fixé à 30 heures.
Cependant les diplômes, en dehors du brevet d’études et du baccalauréat arabes délivrés par le nouvel institut de Boutilimit, restent inspirés directement du système éducatif français.
En outre, conformément aux vœux du 3e Congrès ordinaire du P.P.M. tenu du 23 au 27 janvier 1968 à Nouakchott, l’article 3 de la Constitution est révisé le 4 mars 1968 pour faire de l’arabe, seul à être déclaré “langue nationale”, langue officielle du pays concurremment avec le français.
Parallèlement, les autorités préconisent une “arabisation progressive de notre administration au niveau de la région et du département. En écrivant en arabe, en s’exprimant en arabe, en irradiant en quelque sorte la langue arabe autour de lui, l’administrateur arabisant obligera les autres à faire un effort dans le même sens”.10
Cette deuxième réforme du système éducatif mauritanien se révèle un échec en ce qu’il développe les oppositions ethniques : Les Négro-africains considèrent l’arabe comme une langue d’oppression et d’assimilation menaçant à plus ou moins long terme leur identité culturelle propre. De plus, on se rendit compte que les élèves qui entraient en sixième ne maîtrisaient aucune des deux langues. D’où cette boutade attribuée à un haut fonctionnaire du Ministère de l’Éducation Nationale de l’époque : “le bilingue est celui qui ne sait ni le français ni l’arabe !”.
2.3. 1973-1979 : vers l’unilinguisme arabe
Dans un climat de nationalisme exacerbé qui voit les liens avec l’ancienne puissance coloniale se détériorer fortement (1972 : révision des accords de coopération avec la France ; Juin 1973 : création d’une monnaie nationale, l’ouguiya ; Novembre 1974 : nationalisation de la Miferma, la grande société d’exploitation du minerai de fer de Mauritanie), les instances dirigeantes du pays décident de mener une politique d’arabisation encore plus intensive. Le bilinguisme instauré par la réforme de 1967 n’est plus perçu que “comme étape provisoire de l’arabisation”.11 À la suite des recommandations du congrès extraordinaire du P.P.M. tenu du 1er au 9 juillet à Nouakchott qui “définit l’exigence d’indépendance culturelle comme la priorité des priorités” (Chartrand, 1977, 70), est mise en œuvre en octobre 1973 une réforme éducative “qui doit conduire à l’adéquation de notre système scolaire à nos réalités spécifiques et à une indépendance culturelle véritable grâce à la réhabilitation de la langue arabe et de la culture islamique” (Institut Pédagogique National,1978, 2). Cette réforme qui, selon Turpin, 1987, 31, “s’inscrit clairement dans un rapport conflictuel langue arabe = authenticité culturelle versus langue française = aliénation culturelle” vise à arabiser en profondeur le système éducatif et la société mauritanienne toute entière :”L’arabisation de tout notre système d’éducation est désormais engagée d’une manière irréversible et sa progression qui conciliera le souhaitable et le possible, inéluctable” déclare en 1974 le Président Ould Daddah.12 Le document issu du congrès extraordinaire préconise l’instauration d’un unilinguisme de fait : “Il faudra dans les plus brefs délais […] instaurer l’arabe comme l’unique langue officielle […] Il est tout à fait naturel que dans un État indépendant dont l’arabe est la seule langue nationale et officielle, que l’enseignement soit donné en langue arabe. Cela se traduirait par l’instauration d’un système d’enseignement où tout le primaire serait arabisé, l’enseignement des langues étrangères n’intervenant que dans le secondaire”.
La réforme ramène la structure du 1er degré de 7 années à 6 années, avec deux premières années entièrement arabisées. Le français intervient en troisième année à raison de 10 heures par semaine sur un total de 30 ; en 4e et 5e années son enseignement représente 15 heures hebdomadaires puis 20 heures en 6e année. Le second degré, lui aussi ramené à six années organisées en deux cycles de trois années chacun, comporte deux filières : une arabe et l’autre bilingue. Dans la filière arabe, appelée à devenir à moyen terme la structure unique de l’enseignement secondaire, tous les enseignements se font en arabe et le français a le statut de première langue étrangère obligatoire. Dans la filière bilingue, le français est objet d’étude et véhicule des matières scientifiques ainsi que des matières comme l’histoire, la géographie ou la philosophie qui devaient au départ, suivant les recommandations officielles, être enseignées en arabe.
Des classes expérimentales arabisées voient le jour dans certains collèges13 et un lycée arabe est créé à Nouakchott. Le baccalauréat conçu jusqu’ici à Dakar est mauritanisé. Le cycle A long de l’Ecole Nationale d’Administration devient bilingue et des sections arabes sont instituées à l’Ecole Normale Supérieure ainsi que des services de traduction dans certains ministères. Des stages d’initiation et de perfectionnement en arabe sont offerts aux fonctionnaires qui ne connaissent pas ou ne maîtrisent pas cette langue. La réforme de 1973 ne tient pas cependant compte de tous les vœux du Congrès du P.P.M. de 1971 puisque la réhabilitation des langues négro-africaines à laquelle celui-ci appelle pour la première fois ne se concrétise pas (cf. Balta, 1980, 27).14
La politique d’arabisation intensive s’accompagne d’une politique de recrutement massif d’enseignants arabophones issus pour la plupart des mahadras et de l’enseignement traditionnel : “Des centaines d’enseignants et de professeurs issus de la mahadra furent ainsi recrutés sur concours et envoyés dans les classes entre 1973 et 1978. Par la même occasion, le système des “candidats libres” et d’ “auditorat libre” allaient permettre l’accès aux classes de plus de 6 000 élèves issus de l’enseignement traditionnel (Ould Ahmedou, 1997, 69).
L’effort de développement du système éducatif “moderne” s’accroît parallèlement puisque en 1979 le pays compte 422 écoles primaires, 18 établissements secondaires, une École Normale d’Instituteurs (formation des maîtres de l’enseignement fondamental), une École Normale Supérieure (formation des maîtres du secondaire), une École Nationale d’Administration (formation des cadres administratifs).
3. 1979-1999 : l’unilinguisme officiel
La réforme de 1973 n’aura qu’une durée d’application limitée puisque le déclenchement en 1975 de la guerre du Sahara occidental va plonger le pays dans de graves difficultés qui aboutissent à la prise du pouvoir par les militaires lors du coup d’État du 10 juillet 1978, prélude lui-même à une période d’instabilité politique. Les nouveaux dirigeants sous la poussée des mouvements nationalistes arabo-berbères radicaux de tendance nassériste ou baathiste radicalisent leurs options linguistiques : le Comité Militaire de Salut National (C.M.S.N.) décrète en décembre 1980 l’arabe seule langue officielle du pays, mais pour éviter des réactions trop vives des Négro – mauritaniens reconnaît aux trois principales langues négro-mauritaniennes le statut de “langues nationales”15 et au français celui de “langue étrangère privilégiée”.
Dès l’automne 1979, il décide en outre de mettre en place une quatrième réforme du système éducatif qui, après une période transitoire de 6 ans, devait être appliquée en 1985. Cette réforme reposait sur les principes suivants : “Officialisation de nos langues nationales, transcription de nos langues nationales (poular, soninké, wolof) en caractères latins, création d’un institut de transcription et de développement des langues nationales, enseignement de nos langues nationales qui, à terme, doivent donner les mêmes débouchés que l’autre langue nationale, l’arabe” (cité par Arnaud, 1981, 339).
Par ailleurs, l’arabe était censé devenir en 1985 “langue unitaire” : chaque Mauritanien étant supposé devoir parler deux langues nationales (dont évidemment l’arabe) ; le français “langue d’ouverture” serait enseigné uniquement au second degré comme seconde langue, le premier degré étant réservé à l’enseignement en langues nationales.
Une faille dans l’unilinguisme : le double cursus, un provisoire qui dure
Dans l’impossibilité matérielle d’appliquer immédiatement cette réforme, les autorités instaurent à titre provisoire sur le plan scolaire un double cursus :
– les enfants maures ont l’obligation de choisir au premier degré la “filière arabe” pratiquement entièrement arabisée puisque le français y occupe une portion congrue : il n’occupe par ex. dans le primaire que 5 heures sur 30 par semaine et ce uniquement de la 3e à la 6e année.
– les enfants négro-mauritaniens, pour leur part ont le choix entre cette filière arabe et une autre dite “bilingue”16 où, après une première année totalement arabisée, ils pouvaient suivre, sur la demande expresse de leur parents, un enseignement en français de la 2e à la 6eannée à raison de 25 heures par semaine sur 30 heures, les 5 heures restantes étant consacrées à l’arabe :
Ségrégative et paradoxalement assez voisine de celle que le pouvoir colonial pragmatique avait mise en place, la solution retenue pour la période transitoire satisfaisait en théorie les deux composantes de la population mauritanienne. L’éclatement de l’enseignement fondamental, sur le modèle du secondaire, en deux options, arabe pour les hassanophones et bilingue pour les Négro-mauritaniens (puisque dans la pratique ceux-ci optent massivement pour cette option) permet à la fois de ménager les tenants de l’arabisation, actifs chez les Maures, tout en rassurant les Négro-mauritaniens inquiets de cette arabisation “à outrance”.
Sans doute à terme l’option bilingue devait-elle être supprimée au profit d’un enseignement dans les trois langues nationales poular, soninké, wolof)17 que devait permettre de mettre en place l’Institut des Langues Nationales ouvert en 1981. Sous l’égide de ce dernier, à la rentrée 1982, 12 classes expérimentales en poular, soninké et wolof sont mises en place pour l’enseignement fondamental principalement dans la capitale et la région du Fleuve où les populations négro-mauritanienne sont les plus nombreuses. Cependant, à l’enthousiasme manifesté les premières années pour l’enseignement en langues négro-africaines succède un certain désenchantement : les Négro-mauritaniens ont de plus en plus le sentiment d’avoir été conduits dans un ghetto par les tenants de l’arabisation, l’enseignement en langues nationales ne semblant aboutir sur aucune perspective d’avenir. Certains intellectuels négro-mauritaniens perçoivent l’introduction des langues africaines dans le cursus scolaire comme une manœuvre, “le prix payé par les tenants de l’arabisation pour que le français soit définitivement (et dans le calme) éliminé en tant que langue d’enseignement” (Perrin, 1983, 70). Les classes expérimentales sont fermées les unes après les autres. Les parents, les enseignants, et les élèves, tous peu motivés et insuffisamment préparés, se rabattent sur la filière “bilingue” en fait francisante, qui devait en théorie disparaître. Dès lors la réforme radicale attendue en 86 est morte avant même d’être née18 et le système mis en place lors de la période transitoire (qui devait s’achever en 1985) perdure jusqu’à nos jours.
4. 1999-2001 : la dernière réforme
Au printemps 1999 et en perspective de la rentrée suivante, le gouvernement mauritanien décide de procéder à une cinquième réforme du système éducatif. Les raisons avancées pour justifier cette réforme sont multiples :
– coût particulièrement onéreux d’un enseignement composé de plusieurs filières et nécessitant pour sa mise en œuvre des moyens humains et matériels importants.
– faiblesse persistante des performances des élèves, particulièrement sensible dans les disciplines scientifiques et dans la maîtrise insuffisante des langues.
– inadéquation des formations dispensées au regard des impératifs de développement socio-économique du pays.
La réforme tente de remédier à ces insuffisances en unifiant le système éducatif par la suppression des deux filières existantes, arabe et bilingue. Parallèlement, la durée du cycle secondaire est portée à 7 ans par l’adjonction d’une année au premier niveau.
L’enseignement du français en tant que matière débute dès la deuxième année du primaire à raison de six heures par semaine ; cette langue est chargée de véhiculer et de façon progressive de la troisième année du premier degré jusqu’à la terminale toutes les matières scientifiques. À l’arabe sont dévolues les matières relevant des lettres et sciences humaines ainsi que l’instruction religieuse et l’instruction civique. Par ailleurs l’enseignement de l’anglais est introduit dès la première année du premier cycle secondaire et l’initiation aux sciences physiques et à l’informatique débutent (en français) dès la troisième et la quatrième année du premier cycle secondaire. Enfin les langues nationales, le poular, le soninké et le wolof, bénéficient pour leur promotion de la création d’un département spécifique au sein de l’Université de Nouakchott.
Cette réforme qui se veut équilibrée et réaliste ne rencontre cependant l’adhésion ni des tenants de l’arabisation intégrale ni des Négro-mauritaniens extrémistes. Les premiers lui reprochent d’imposer une “francisation du système éducatif ” et de marquer “un retour à l’oppression culturelle”19 ; pour les seconds, “cette apparente unification se fait à nouveau au détriment du Négro-africain ; en effet, l’enseignement de six matières définies comme “matières culturelles” (Philosophie, langue, histoire, géographie, instruction civique, morale et religieuse, droit, etc.) dispensé en arabe reste imposé aux Négro-africains”.20
La filière unique voulue par les promoteurs de la réforme ressemble à une filière arabe — qui continuera d’exister pour les élèves qui n’ont pas été rattrapés par la réforme — dans laquelle l’apprentissage du français aurait débuté dès la deuxième année (au lieu de la troisième) et où les matières scientifiques seraient enseignées en français. Ce renforcement du français ne serait pas pour déplaire à ceux des étudiants arabisants qui souhaiteraient poursuivre des études supérieures en sciences et techniques en France ou dans des pays francophones comme le Sénégal, le Maroc et la Tunisie.
Il est certain que les petits Maures, dont il faut le rappeler, le hassaniyya, dialecte très proche de l’arabe littéral, est la langue maternelle, apprendront plus rapidement les rudiments de l’arabe que leurs camarades négro-mauritaniens, même si les uns et les autres, tous musulmans, auront déjà été alphabétisés en arabe à l’occasion du passage obligatoire par l’école coranique.
On notera aussi que cette réforme est inspirée par le désir d’améliorer l’enseignement des langues ; les mesures transitoires proposées portent sur l’augmentation des horaires d’enseignement du français et de l’arabe au premier degré qui passent de six heures hebdomadaires à sept heures pour les filières arabe et bilingue. La réforme prévoit aussi l’élimination de tout élève du primaire comme du secondaire qui aura obtenu à une épreuve de langue seconde (français ou arabe) une note inférieure à 5.
On pourra regretter cependant que rien ne soit dit dans la réforme de la pédagogie des langues secondes : français pour les “arabisants” et arabe pour les apprenants de la filière bilingue pendant la très longue période transitoire, puisqu’il y restera toujours deux filières jusqu’en 2010 au moins. On aurait aimé aussi des observations sur la pédagogie du français désormais seule langue seconde dans la filière unifiée mise en place fin 1999. Une réforme des méthodes d’enseignement du français semblent indispensable quant on connaît les déconvenues résultant des méthodologies et des programmes développés à la fin des années 80 et qui font que les apprenants de la filière arabe débarquent à l’Université avec un très faible niveau pour les meilleurs d’entre eux.
Conclusion
Par beaucoup d’aspects, la situation linguistique et les politiques d’aménagement linguistique qui ont été menées en Mauritanie depuis un siècle ne sont pas sans rappeler celles qui ont prévalu dans les deux pays maghrébins frontaliers, le Maroc et l’Algérie. Même existence de minorités linguistiques et culturelles, Berbères en Algérie et au Maroc, Négro-africains en Mauritanie, même politique éducative différenciée de la puissance coloniale qui a cru pouvoir franciser plus facilement les groupes minoritaires, même volonté des pouvoirs issus de l’indépendance d’imposer par des politiques coercitives comme langue unitaire sinon unique l’arabe classique au détriment des vernaculaires, mêmes résistances des populations minoritaires menacées de déculturation. Sans doute face à ces ressemblances on pourrait trouver des différences importantes, ne serait-ce que dans le tempo des mesures d’arabisation, qui, souvent décidées à la hâte, correspondent pour la plupart à des sortes de fuite en avant idéologiques des gouvernants confrontés à des situations de crise majeures. Puisant à la source commune du panarabisme, ces politiques linguistiques ont comme point commun de se focaliser sur deux domaines symboliques, le statut officiel et l’institution scolaire, comme si le modèle jacobin de l’ancienne puissance coloniale décriée s’imposait à leur insu aux dirigeants souvent formés eux-mêmes dans le moule de l’école coloniale. L’échec de l’imposition de ce modèle jacobin en Afrique durant la première partie du XXe siècle devrait pourtant inciter les politiques à la prudence et à ne pas sous-estimer le pouvoir de résistance des individus et des communautés devant des mesures d’aménagement linguistique inspirées par des considérations essentiellement idéologiques.
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1 Pour des raisons politiques, le pourcentage de population que représentent les différentes communautés n’est pas publié officiellement. Différents recoupements amènent à estimer entre 60 et 80 % celui des Maures (avec sans doute une bonne moitié de Harratines) et entre 20 et 40 % celui des Négro-mauritaniens.
2 Dont approximativement 66 % de Haalpulaaren, 22 % de Soninkés, 7% de Wolofs.
3 Selon C. Taine-Cheikh (1979, 168), “le caractère incontestablement arabe du hassaniyya n’empêche pas, naturellement, un certain nombre de différences nettes entre ce dialecte et l’arabe littéraire. Sur certains points […] le hassaniyya apparaît cependant comme un dialecte assez conservateur (proche des parlers de nomades en général). L’un des exemples est, en phonologie, le maintien des trois interdentales de l’arabe classique ». Cohen, 1963, 1, relève ainsi que « l’alphabet arabe classique est inapte à rendre compte de toute la richesse du phonétisme de la hassaniyya et, si tous les sons auxquelles correspondent les lettres arabes sont représentés dans le dialecte, celui-ci en contient un certain nombre d’autres qui lui sont propres ».
4 La langue berbère “jusqu’au XIVe siècle universellement pratiquée par les populations blanches de Mauritanie” selon Dubié, 1940, 316, semble avoir disparu ou être en voie d’extinction. Il a laissé cependant un certain nombre de traces dans le hassaniyya actuel : la proportion des emprunts lexicaux du hassaniyya au berbère varie selon les spécialistes; elle serait de l’ordre de 15 à 20 % pour Leriche, 1952, 2, n’excéderait pas 10% selon Taine-Cheikh (1989, 160). mais atteindrait les 30 % environ selon les recherches de Yahya Ould El Bara, chercheur et universitaire mauritanien, qui recense 1600 emprunts du hassaniyya au zenaga.
5 Selon Lecourtois, 1979, 11, en 1960, le pays ne comptait qu’un C.E.G. et 20 écoles primaires et le taux de scolarisation dans le primaire ne dépassait pas 5 %. quant à celui des filles, il était infime (la première école de filles, celle de Boutilimit) ayant été crée seulement en 1947,
6 Sur les causes multiples de ce quasi-échec, on consultera Ould Zein et Queffélec, 1997.
7 Chartrand, 1977, 86.
8 Le Président de la R.I.M. dans son message à l’Assemblée Nationale du 14 Mai 1963 déclare : “Il conviendra de mettre au point une formule permettant d’assurer l’enseignement de l’arabe avec une efficacité accrue” (Discours et Interventions, 148).
9 “L’arabe est obligatoire à partir du 1er Octobre 1965 pour tous les élèves entrant dans les écoles secondaires” (Décret du 13/1/1966).
10 Moktar Ould Daddah, Rapport moral, juillet 1971, p. 14.
11 Rapport moral du Secrétaire général du P.P.M. au Congrès d’août 1975. La commission culturelle de ce Congrès précise qu’ “on peut affirmer que le processus d’arabisation totale est engagé, qu’il s’accélérera rapidement et qu’il est irréversible, parce qu’après l’institution du bilinguisme qui n’était qu’une super-transition, la réhabilitation de la langue et de la culture arabes seront le début de la renaissance de nos valeurs nationales”
12 M. Ould Daddah, Rapport sur l’état de la Nation du 28 Novembre 1974, p. 34.
13 Sans aucune préparation, et dans une certaine improvisation selon Turpin, 1980, 102, qui relève que “l’Institut Pédagogique National, organisme chargé de l’application de la réforme (élaboration de nouveaux programmes et de documents pédagogiques pour tous les degrés, recyclage des enseignants, etc.) ne sera créé qu’en 1975”.
14 Le Ministère de l’Éducation Nationale crée bien une section de langues à l’Institut Mauritanien de Recherches Scientifiques, avec pour mission la transcription des langues vernaculaires, mais cet Institut ne dispose d’aucun moyen matériel et humain ; de plus, se pose le choix du système de transcription graphique – arabe ou latin – qui soulève un problème plus politique que technique. Les autorités de tutelle qui ne se montrent guère empressées, laissent percer leur scepticisme sur les résultats : “Il y a certains parmi nous qui s’entêtent pour des raisons diverses à vouloir faire croire qu’on peut faire instantanément une langue sur mesure. S’ils étaient suivis dans leurs désirs qui relèvent du syncrétisme pur, ils auraient amené les communautés au nom desquelles ils parlent au suicide culturel. […] Nos langues nationales, une fois normalisées […] mettront longtemps avant d’être des langues-outils, aptes à véhiculer une culture scientifique”. (Ould Babah M., s. d., 7)
15 Comme le relève Turpin, 1982, 38, “le hassaniyya n’est jamais évoqué, en tant qu’il est totalement assimilé à la langue arabe, langue officielle et nationale”.
. 16 Comme le notent Lecointre-Nicolau, 1996, 238, la filière francophone est dite “bilingue”. Elle ne l’est que dans la mesure où chaque élève parle aussi sa langue maternelle, wolof, soninké, pulaar. Mais ces “langues nationales” n’ont pas droit de cité dans l’enseignement public.
17 Évoquant la fin de la période transitoire de 6 ans, le Ministre de l’Éducation Nationale déclarait à la presse en novembre 1979: “Le futur système d’enseignement sera fondé sur les langues nationales […] Chaque Mauritanien devra au moins maîtriser deux langues nationales et chaque Mauritanien devra maîtriser l’arabe” (citation d’après Turpin, 1987, 38).
18 En 1985, les langues nationales négro-mauritaniennes furent pourtant introduites comme langues secondes, mais seulement dans 14 classes de la filière arabe de l’enseignement fondamental.
19 Déclaration (en arabe) de l’Alliance Populaire Progressiste du 8 Avril 1999, p. 1.
20 Déclaration des F.L.A.M., Dakar, 1/7/1999.
DÉCLARATION DE POLITIQUE GENERALE DES FORCES PROGRESSISTES DU CHANGEMENT F.P.C
Liberté – Egalité- Unité

DÉCLARATION DE POLITIQUE GENERALE DES FORCES PROGRESSISTES DU
CHANGEMENT
F.P.C
La Mauritanie est un pays biracial et multiculturel. Sa population, composée de Bamana, Harratin, Fulbe ou Haalpulaaren, Soninko et Bidhan ou Arabes, est estimée à un peu plus de trois ( 3) millions.
Avec une telle population, relativement modeste, il est possible, avec un programme ambitieux et une volonté politique réelle affirmée, de rendre chaque mauritanien heureux de vivre, heureux de partager. Mais cela suppose, au préalable, de s’attaquer frontalement aux problèmes majeurs et récurrents qui handicapent la marche de notre pays vers le progrès depuis l’indépendance, et auxquels nos gouvernements successifs n’ont jamais voulu véritablement faire face.
De l’indépendance de notre pays à nos jours, le pays vit des crises récurrentes engendrées par un un Système à caractère discriminatoire faisant fi des principes de justice et d’égalité qui devraient fonder la cohabitation entre communautés diverses. L’Etat, au lieu d’être au service de tous, sert plutôt les intérêts d’une seule communauté ethnique.
Il est possible de faire de ce pays, un pays de partage, le transformer en une Mauritanie égalitaire, démocratique, réconciliée avec elle-même. Mais il faut, pour se faire, relever les défis auxquels il fait face; en l’occurrence le défi de l’unité nationale, le défi du Développement, celui du changement de nos mentalités tournées vers l’absence d’ordre, le non respect du bien public dans notre pratique administrative courante.
Aussi, pour corriger les choses devrions-nous impérativement :
– Fixer, en priorité, les nouvelles bases de notre Unité nationale, pylône de la Cohabitation,
– redéfinir l’orientation de notre développement, en identifier les obstacles,
– mettre de l’ordre dans la gestion de notre Administration , de nos ressources et deniers publics.
D’où la nécessité de mettre en place une série de réformes opportunes, hardies :
UNE REFORME POLITIQUE POUR UNE VERITABLE UNITE NATIONALE
Le règlement global et durable de la question de cohabitation – question prioritaire – à travers un Etat reconstruit sur la base d’une gestion conjointe et équilibrée du Pouvoir entre Négro- mauritaniens et Arabo-berbères; un Etat profondément remanié à travers une série de réformes à opérer, au niveau politique, administratif et de l’Armée.
I. CONSIDERATIONS SPECIFIQUES
Le règlement du problème de la cohabitation entre les différentes composantes de notre pays suppose plusieurs réformes politique, économique, sociale et territoriale.
I.1 Réformes politiques et institutionnelles
Il faudra énoncer, inscrire (et appliquer) dans la nouvelle Constitution les principes politiques généraux suivants devant protéger chaque communauté contre une quelconque assimilation ou domination, tels :
- ØL’Affirmation de l’identité multiethnique et pluriculturelle du pays ;
- ØCaractérisation de la pratique de l’esclavage et de toutes formes d’asservissement humain comme crime contre l’humanité.
- Ø
- ØLa reconnaissance de toutes nos nationalités et l’affirmation de leur égalité devant l’emploi et la justice.
- ØLa reconnaissance de l’égalité de toutes nos langues et cultures nationales
- ØL’Institution d’un bicéphalisme au niveau de la Présidence de la République (un Président assisté de deux vice-présidents issus de nationalités différentes).
- ØL’Institution du partage équilibré du pouvoir au niveau des grands postes de la République.
- ØL’Etablissement de critères légaux pour l’équité dans le recrutement de la fonction publique.
- ØLa création d’un Observatoire national de la Cohabitation et des Libertés chargé de veiller au respect de ces garanties constitutionnelles.
I.2. De l’Autonomie ou Réforme Territoriale
Le découpage territorial actuel du pays n’est ni juste, ni rationnel. Voila pourquoi, il faudra procéder à un nouveau redécoupage qui repose sur des bases homogènes plus objectives, respectant à la fois les aires culturelles et/ou historiques de nos communautés et la vocation économique de ces régions. Cela offrirait l’avantage de réduire ou atténuer sensiblement les récurrentes tensions ethniques et sociales, inter- tribales actuelles dans la course à la représentativité au niveau du pouvoir central.
I.2.1 Redécoupage administratif
Dans ce cadre, il sera procédé à une décentralisation poussée, ou autonomie des régions. Il sera érigé quatre ( 4) grandes régions, subdivisées en provinces :
- ØLa Région de l’Est, à vocation pastorale, qui engloberait les hodhs et l´Assaba (No 1 )
- ØLa Région du Fleuve, à vocation agricole, qui comprendrait le Guidimakha, le Fuuta, le Waalo ( No 2 )
- ØLa Région du Nord, à vocation minière, constituée de l’Adrar- Tiris zemmour et Inchiri (No 3)
- Øla Région du Centre, à vocation agro -pastorale, qui regrouperait le Tagant, le Brakna et le Trarza ( No 4 )
- ØLes villes de Nouackchott et Nouadhibou auront un statut particulier.
1.2.1-2. Pouvoirs régionaux
Il sera affecté à ces régions un certains nombre de moyens et de compétences ou pouvoirs résiduels.
Ainsi l’Administration, la police, la culture, la Justice (paliers un et deux), les finances régionales, le foncier relèveront de la compétence des régions. Elles éliront leurs propres représentants (Gouverneur et Députés). Chaque Région disposera d’une assemblée législative (dont les compétences restent à définir).
Les Régions userront des langues locales comme langue d’Administration locale.
1.3. Réforme foncière : la TERRE
La terre constitue un bien économique précieux, fortement chargé d’émotion, par tradition. Pour son exploitation durable et rationnelle, il sera procédé à une réforme foncière plus juste et plus équilibrée, redéfinie sur la base des principes ci-après:
- Øl’accès à la terre sera accordé en priorité aux autochtones locaux, dans le respect de la propreté privée. Il sera reconnu le droit des propriétaires tout en faisant place aux nationaux sans-terres ; les populations locales se verront ainsi attribuer « la zone du Waalo» (surface inondable).
- ØAux investisseurs nationaux et sous-régionaux, reviendra le moyen Diéri (12km au-delà du Waalo).
- ØLes Investisseurs internationaux eux, se verront affecter le haut Diéri (20km au delà du Waalo).
- ØL’exploitation moderne des terres du fleuve se fera dans l’équilibre existant qui préserve les droits séculiers des Paysans (accès à la terre), des Pêcheurs (droit –fluvial-de pêche et de navigation) et des Eleveurs (droit-pastoral – par la création de couloirs d’accès au fleuve pour le bétail) .L’environnement immédiat des villages sera préservé.
Pour une meilleure intégration sous-régionale concevoir un statut spécial pour les riverains
1.4. Réforme de l’Education et de l’ECOLE : Enseignement , contenu, orientation, langues et culture.
Etant entendu que toutes les cultures sont d’égale valeur, et en raison du droit inaliénable de chacun à s’épanouir dans sa langue et culture , toutes les langues nationales seront érigées au rang de langues officielles et enseignées comme telles, à côté du Français et de l’Anglais, pour offrir les mêmes chances dans les débouchés.
Aussi, pour renforcer l’unité nationale, devrions-nous oeuvrer au changement de mentalités par la base, ainsi
- ØRestituer à l’Ecole son rôle de vecteur de changement des mentalités apte à créer un type nouveau de mauritanien imbu des valeurs universelles et morales de justice, d’honnêteté d’amour de l’autre, d’égalité entre les hommes, de toléranc , de citoyenneté, de patriotisme ; valeurs aujourd’hui dévoyées par la course effrénée à l’enrichissement immédiat, par tous les moyens. D’où nécessité d’œuvrer au retour, en force, de l’Education morale et civique en classe.
- ØPar ailleurs , au niveau de l’enseignement, chaque enfant démarrera avec sa langue
maternelle à l’école ;
En 3eme année, il apprendra l’Arabe, comme seconde langue, pour les négro-africains, le Pulaar, Soninké, Wolof ou le Bambara pour l’élève arabe (Arabo-Berbère ). Il sera laissé aux Harratines une option libre.
Etant bien compris que la langue seconde sera juste enseignée à titre de langue de communication tout court.
A partir de la 5e et 6e année, il y’aura amorce de l’apprentissage du français et de l’Anglais, à coté des langues nationales dont l’enseignement devra se poursuivre le plus loin possible.
L’Histoire de la Mauritanie sera revue et corrigée dans le sens de l’inter culturalisme, mais surtout dans celui de la restauration de la vérité historique sur le passé et le rôle de chaque communauté ,dans son apport à la construction nationale ; le récit national devra intégrer toutes les composantes nationales, dans un rappel non travesti des relations historiques entre les communautés en présence, l’insistance sur l’intérêt et la nécessité ‘’du vivre ensemble ‘’, dans l’harmonie et la complémentarité.
- §L’Ecole mauritanienne sera le creuset dans lequel sera façonnée une nouvelle mentalité d’un type nouveau de mauritanien, comme réaffirmé plus haut.
Pour se faire, il faudra restaurer certaines valeurs morales et de discipline comme
le patriotisme, l’honnêteté et le courage.
- Øl’esprit de tolérance, l’esprit civique,
- Øl’amour du prochain, le respect des différences.
- ØL’égalité et la fraternité entre les hommes,
- Øle respect du bien public
- Øle respect des valeurs universelles du travail, et du travail bien fait
- Øla restauration du scoutisme
- Au delà de la revalorisation du Savoir, l’Ecole sera adaptée à notre Environnement et à nos objectifs et besoins en matière de développement.
Il s’agira donc de réformer le Système éducatif en réorientant son contenu dans le sens de ces besoins. D’où le Contenu de l’Enseignement portera sur une orientation générale, pratique et professionnelle, en priorité.
Il sera procédé :
- ØA la Création de centres professionnels (Sud, Centre, Est, Nord) autour des métiers de base comme le bâtiment, la menuiserie, la plomberie, l’électricité , la mécanique ,l’agriculture, l’élevage etc .
- ØAu renforcement et l’équipement correct de chaque Lycée au niveau des Provinces
- ØCréation d’Instituts spécialisés (4) au niveau des Régions
- ØRéforme, développement et équipement optimal de l’Université existante.
I-5 Politique culturelle et sociale
Lutte contre l’ignorance, l’analphabétisme par l’alphabétisation des masses rurales.
Lutte contre la pauvreté, la maladie à travers :
- ØLa revalorisation de toutes les cultures nationales
- ØLa redistribution équitable des richesses du pays
- Øla discrimination positive à l’endroit des Haratines
- Øla lutte contre le chômage grandissant par la création d’emplois
- Øla mise en place d’un fonds de chômage et la création d’un fonds « social sécurité »
- ØLa régulation des tarifs de transport
- ØLa régulation des prix des denrées de première nécessité à des normes standards, tout en suscitant également une saine concurrence par la suppression du monopole dans l’importation.
- ØLa garantie aux couches les plus démunies de l’accès aux soins de santé primaire, à l’eau courante, à l’Ecole.
- ØLa suppression définitive de l’esclavage par un train de mesures ( d’ordre juridique , économique , et éducative ) en instaurant une sorte de Plan Marshal
- ØLa construction de routes praticables en toutes saisons, le pourvoi aux besoins fondamentaux de base : manger à sa faim, accéder à l’eau potable, se soigner …
1.6 Réforme de l’Armée
Depuis 1987, la structuration de l’armée nationale, son implantation géographique, ses missions autant que sa composition ethnique qui ne reflète plus la réalité multi ethnique du pays, en font une armée ethnique, orientée vers des taches de maintien de l’ordre et de répression.
Nous devons bâtir des forces armées modernes et républicaines, au service de la paix , à vocation de défense du territoire et de développement économique, aptes à renforcer les conditions pour l’érection d’un pays démocratique, stable et sécurisé.
Cette réalisation exige que les forces armées soient reformées, réhabilitée afin qu’elles renouent avec la discipline, le respect de la hiérarchie, l’esprit républicain, retrouvent leur cohésion, reflètent surtout dans leur composition, la diversité ethnique de notre pays
Dans le corps du commandement, il sera instauré une politique de quotas devant refléter l’équilibre ethnique.
II. CONSIDERATIONS GENERALES (réformes générales).
II.1.1. L’Economie: réforme économique, Option semi-libérale
Le mal profond qui a caractérisé notre économie et qui continue de l’affecter profondément de manière négative, réside dans l’absence d’ordre, de rigueur, de suivi dans nos plans et notre gestion, en général. Par ailleurs, devons- nous redéfinir notre orientation économique dans le sens de la consolidation de notre indépendance nationale, de l’élévation du niveau de vie des populations, et de l’autosuffisance alimentaire par la place accordée aux cultures vivrières.
Notre économie devra s’efforcer d’être une économie à visage humain, c’est à –dire que, tout en s’adossant sur des réformes libérales, elle tiendrait aussi compte de la nécessité du développement social et des besoins de notre société. La croissance devra se refléter dans l’élévation du niveau de vie des populations. D’où la nécessité de l’intervention, voire du contrôle de l’Etat par endroits, pour réguler le fonctionnement de l’Economie dans certains domaines tels que le secteur de l’eau , de la Santé et de l’Education en particulier, et protéger ainsi les populations déshéritées, et même les classes moyennes .
II-2 L’agriculture/Elevage/la Pêche
Nécessité de redéfinir une nouvelle politique agricole qui aura pour vocation particulière d’aider à atteindre l’autosuffisance alimentaire (promotion de la culture de rente et de la culture vivrière), pour réduire voire supprimer notre dépendance à ce niveau.
Essayer de combiner l’élevage moderne et traditionnel, en vue de modifier progressivement la pratique traditionnelle, inadaptée au changement climatique drastique.
Pour la Pêche, mettre en place un système de gestion dont l’objectif serait de supprimer la surexploitation des ressources halieutiques.
Œuvrer à la promotion du secteur de pêche en créant les conditions d’amélioration de la qualité du produit de pêche en matière d’hygiène et de salubrité.
Tendre vers l’implantation d’usines de transformation première sur place des captures.
Créer un système de crédit visant à la promotion entrepreneuriale en matière de pêche, de culture et d’élevage, de manière à contribuer ainsi à l’augmentation des revenues des communautés rurales. Créer un crédit maritime pour la promotion de la pêche artisanale. Revitaliser le secteur manufacturier par une politique de transformation/conditionnement sur place des produits agricoles, halieutiques, miniers et de l’élevage. Ce qui aurait une incidence positive importante sur l’emploi , le développement , et le tourisme .
II -3. Mines et Industrie
Encourager des permis de recherche pour identifier de nouvelles ressources du sous-sol, dans toutes les régions, optimaliser l’exploitation de celles qui existent par le développement des infrastructures de base (transports, Energie, Eau).
Entretien et extension du réseau routier existant.
Dans le domaine hydraulique,
Multiplier les forages urbains et ruraux, procéder à des retenues des eaux d’hivernage pour multiplier les points d’eau (Petits barrages, lacs collinaires en zone pluviale), faire des prospections de recherches de nappes phréatiques dans le nord et le centre pour arrêter l’avancée du désert.
Investir dans le développement des ressources propres, les Energies renouvelables (solaire et Eolienne).
II.1. 2. Le Pétrole
Utiliser les ressources du pétrole pour changer l’Environnement, en particulier
pour stopper la progression du désert au nord et au centre, à viabiliser.
Œuvrer de concert avec les Etats limitrophes pour une meilleure intégration sous-régionale.
Etudier avec les voisins l’établissement d’un statut spécial du riverain fondé sur la double nationalité.
II.3 L’administration
Assainir et moraliser l’Administration, en luttant contre la corruption et les détournements de deniers publics, par l’application ferme et stricte du principe de sanction dans tous les cas de malversation établie.
Ainsi, œuvrer à
- Øl’élaboration d’une grille de sanctions sévères
- User, simultanément, d’une discrimination positive à l’endroit des Fonctionnaires intègres et consciencieux par :
- Øle rehaussement régulier des salaires
- Øla promotion d’une politique de logements sociaux de l’Etat à travers la construction de Cités de fonctionnaires (par département).
- Øla restauration de l’ordre, du respect de l’ancienneté, de la hiérarchie à travers le rétablissement de la promotion par le respect du principe de la récompense par le mérite.
II.4 La Justice.
Nous devons revenir à une justice en paliers:
- ØLa justice de base qui reposerait sur le droit coutumier et serait laissée à la discrétion de la « JEMM ‘A », du village ou du campement.
- ØLa Justice rendue par le Cadi choisi par les populations locales, dans les cas de non règlement des contentieux à la base ( échelon départemental ).
- ØLa justice moderne basée sur le droit moderne à laquelle on recourirait en cas de désaccord au palier No 1 et 2, et de laquelle dépendraient tous les cas complexes liés à la gestion d’un Etat moderne ( échelon régional et national ).
Il sera crée un Conseil Constitutionnel qui sera chargé de:
- Øveiller à la conformité des lois du pays avec celles des Régions.
- Øtrancher les conflits entre Régions
- Øfixer les rapports entre Régions
- Øfixer les rapports entre Régions et Gouvernement Central
- Øcorriger les dysfonctionnements et les effets de discrimination (économique)
- Øveiller à l’alternance au sommet de l’Etat.
II.5. La Jeunesse et Sports
Œuvrer au Développement d’infrastructures sportives à :
- Øl’Elaboration d’une politique de pépinière grâce à de larges compétitions intra et interscolaires, régionales et nationales.
- Øla Création et multiplication de centres culturels
- Øla Mise en place d’un fonds national de Jeunesse.
- Øla Restauration de l’éducation physique à l’Ecole.
II.6 L’Environnement
- ØMener une politique hardie de reforestation du Sud et d’extension du tapis végétal au Nord et au centre.
- ØEncourager la multiplication de places vertes dans les cités et les villages.
- ØDévelopper une politique de lutte contre la désertification par la Fixation des dunes
- ØProcéder à la captation des eaux de pluies, ou création de petits barrages pour multiplier les points de verdure.
- ØCréer et protéger les parcs régionaux, à l’image de Boumdeit, les parcs urbains de loisir dans toutes les capitales régionales, les ceintures vertes autour des villes.
- ØDémultiplier les forages.
- ØMultiplier les éoliennes dans les villages et en zone de pâturage pour le bétail
- ØElaborer des Actes de loi visant à imposer pour chaque nouvelle Construction 4 arbres, en milieu urbain et 2 en milieu rural.
- ØEtablir une réglementation draconienne en matière de coupe du bois de chauffe ou pour petits ruminants. Soutien et encouragement simultané de l’Etat à l’usage du gaz domestique.
II.7. La DEMOCRATIE / Droits de l’homme
Développer la Démocratie par :
- Øle renforcement du multipartisme intégral.
- Øl’Enracinement du respect des libertés fondamentales (de Conscience, d’opinion, de culte, presse)
- Øle respect intégral des droits de l’homme.
- ØLe Rejet de la censure ou du délit de Presse
- ØLa reconnaissance et l’établissement de procédures de compensation pour les torts portés aux citoyens par l’Etat; possibilité de recours auprès des tribunaux contre l’Etat
- Øla Consolidation et le renforcement des compétences de la CENI et son indépendance
II.7 la DIPLOMATIE
- ØElaborer et appliquer une politique étrangère à égale distance entre le monde arabe et négro-africain
- ØŒuvrer à l’intégration économique (voire politique) sous-régionale, en consolidant les ensembles existants et en procédant à la réintégration de la Mauritanie dans la CEDEAO
- ØŒuvrer au bon rapport de voisinage
- ØŒuvrer à l’unité politique et économique du Continent.
Il est possible de faire de ce pays, un pays de partage, le transformer en une Mauritanie égalitaire, démocratique, réconciliée avec elle-même. Il suffit d’une réelle volonté politique pour le réaliser.
Le Congrès 29 Aout 2014
La lutte continue !
Communiqué de Presse: Rencontre entre le Président des FPC et Mohamed Sidy Dellahi, President du parti des verts.
Le 24 janvier 2015 le Président des FPC , Mr Samba Thiam , a reçu au siège des FPC, Monsieur Mohamed Sidy Dellahi , President du parti des verts …
La rencontre, courtoise et pleine de chaleur, a porté essentiellement sur l’analyse de la situation politique nationale. De l’échange, franc et direct, il s’est dégagé une large identité de vue tant sur les préoccupations respectives que sur les questions d’actualité abordées…
Les parties ont convenu de maintenir le contact et de travailler à mutualiser les forces.
La lutte continue!
Nouakchott le 26 janvier 2015.
Le département à la Communication et à la presse.
LES FPC : L’AUTONOMIE ET NOUS
INTRODUCTION
Lorsque des problèmes de coexistences surviennent entre des peuples qui partagent le même espace, diverses solutions, allant du jacobinisme unitaire à la partition pure et simple, en passant par des paliers intermédiaires, telle l’autonomie, sont envisagées ou mises en œuvre.
L’autonomie choisie par nous sera inscrite dans le cadre de l’état unitaire, ouverte à l’interaction et à la mutuelle influence entre nos groupe nationaux, sans entrave pour la libre circulation des citoyens et des biens, respectueuses de toutes identités locales.
Elle permettra à nos communautés naturelles de prendre en main la gestion de leurs propres affaires sur le plan administratif, économique, culturelle et sociale, à travers des transferts de pouvoir spéciaux.
Chaque communauté modèlerait ainsi ses propres institutions et organiserait sa vie et son développement grâce à un système de relation plus souple avec le pouvoir central.
La « République des citoyens » où les Mauritaniens seraient indifférenciés reste à construire, l’autonomie en constituera le passage obligé pour forcer la préalable reconnaissance mutuelle, l’acceptation réciproque dans le respect de l’autre.
L’état de droit n’est pas incompatible avec la reconnaissance de jure ou de facto des communautés ; certaines vieilles démocraties européennes sont là pour le prouver, si besoin est.
- Quelles en sont les justifications?
1. Justifications historiques
L’autonomie tire sa justification ou son fondement historique dans le fait que, dans notre cas d’espèce, les communautés (ou peuples) en présence ont vécu par le passé côte à côte, chacune dans son espace, chacune avec son organisation, ses institutions politiques économiques et sociales propres. En outre l’autonomie n’est pas un mode d’organisation inédit. Elle est pratiquée dans le monde et de nombreux pays pluriethniques tentent encore de l’appliquer. Elle a donc une histoire et démontré ses vertus.
2- justifications théoriques
L’autonomie se définit comme un mode d’organisation unitaire à degré variable. Elle est conçue généralement pour résoudre la dichotomie entre le principe de l’indivisibilité et celui de l’identité. Sa mise en œuvre peut aller de l’octroi de quelques attributs de pouvoir à l’exercice de la quasi-totalité de ceux-ci par différents groupes humains, aux habitudes mentales, linguistiques et traditions différentes, diluant ainsi le pouvoir et le répartissant entre ces groupes en présence. L’autonomie fonctionne sur la base de deux principes fondamentaux : le principe de participation dans la prise de décision, et le principe de neutralisation respective des groupes protagonistes, à travers des mécanismes de régulation* qui permettent à chaque groupe de se protéger contre d’éventuelles menaces pour sa survie ou son assimilation.
Enfin, dans notre cas précis, elle prendrait en compte les facteurs ethnique, tribal, régional, pesanteurs certes à dépasser -, mais qui n’en sont pas moins des facteurs déterminants de la réalité Mauritanienne- ; elle assurerait ainsi davantage de cohésion sociale pour associer de larges segments de la société à la gestion du pouvoir.
L’Etat devra être perçu et organisé comme un appareil fédérateur des nations, des langues et cultures, des normes et terroirs et cesser d’être considéré comme Etat-nation, qui reste à construire. C’est du reste ce qui fonde et garantit le pacte du « vivre ensemble » ou du destin commun.
3- Justifications politiques
Les Administrateurs (Gouverneurs et Préfets arabo-berbères) qui gouvernent la vallée du fleuve depuis l’indépendance ne fournissent malheureusement aucun effort d’intégration, d’adaptation au milieu ou de compréhension du vécu des populations locales ; situation que favorise et perpétue le pouvoir central absent de toute politique de développement soutenue et conçue en fonction des besoins spécifiques de la vallée du fleuve : aucun projet économique d’envergure, aucune infrastructure de base sérieuse, indispensable au bien-être des populations, délaissées. D’où la nécessité de donner à ces populations en particulier la possibilité de choisir elles-mêmes leurs propres dirigeants. Le pouvoir doit être affecté aux nations, aux citoyens, aux terroirs et distribué au niveau fédéral, régional, provençal et local.
STRUCTURES, COMPETENCES/FONCTIONNEMENT, COMPOSITION
1. Organisation territoriale et administrative
Il sera créé quatre régions autonomes :
- Région numéro 1 ( Trarza- Brakna- Tagant ),
- Région numéro 2 ( Guidimakha, Fuuta, Waalo Barak ),
- Région numéro 3 (Assaba, Hodhs ),
- Région numéro 4 ( Adrar-Tiris ).
Ces régions, à vocation, épouseront, le plus possible, les contours des aires ethnoculturelles (communautaires) existantes.
Chaque région sera découpée en provinces qui respecteraient au maximum la configuration des espaces occupés par les entités historiques des ethnies et émirats (pour éviter la reconduction des problèmes actuels). Ces provinces seront aux nombres de huit (8). Ainsi :
– pour la région no 1 : les provinces du Brakna, du Trarza, du Tagant,
– pour la région no 2 : les provinces du Fuuta, du Guidimakha et du waalo Barak,
– pour la région no 3 : les provinces de l’Assaba et des Hodhs,
– pour la région n0 4 : les provinces de l’Adrar, du Tiris.
Les villes de Nouakchott et Nouadhibou seront régies par un statut spécial (à définir).
2- Les institutions
Le pouvoir central
Il exercera les attributs de souveraineté que sont la défense du territoire, les relations internationales, le transport aérien, les télécommunications ;
Il définira également la politique économique nationale et battra la monnaie.
Une parité fixe entre le nord et le sud régira la répartition des hauts postes de responsabilités.
Les régions autonomes
Elles exerceront les pouvoirs résiduels que sont la culture, le foncier, l’administration, la justice, les finances régionales, l’économie et la police locale.
Administration centrale
Elle sera dotée de trois institutions :
Gouvernement
Il sera composé de membres issus des espaces (Nord-Sud) et dont le mode de désignation restera à définir…
Le gouvernement sera dirigé par un président élu parmi les membres le composant (collège).
Mais si le président de la république devrait être élu au suffrage universel direct, alors il serait assisté de deux (2) vice-présidents tournant, issus d’ethnie différente.
Parlement à deux chambres
L’une, pourvue en députés au prorata du poids démographique de chaque région (L’assemblée nationale), l’autre – (le sénat)- à parité fixe.
Il aura pour tâche
- D’élaborer les lois fédérales, et la charte constitutionnelle.
- De veiller au respect du droit des régions.
- De fixer les rapports entre le gouvernement central et les régions.
Conseil central (mode de désignation des membres et composition à définir)
Il aura pour rôle :
- De veiller à l’alternance au pouvoir.
- De déterminer la légalité des actes de loi dans les régions et la fédération.
- De veiller à l’application de la charte constitutionnelle qui fixe les normes de la cohabitation.
- D’arbitrer les conflits inter-région, entre les régions et l’état central.
Administration régionale
Il sera créé quatre régions et huit (8) provinces :
Chaque région comportera :
- Un exécutif ou conseil régional qui sera dirigé par un gouverneur élu, assisté de commissaires de gouvernement issus des provinces (nombre à déterminer)
- Une assemblée régionale qui exercera les pouvoirs législatifs. Elle sera composée de membres élus, représentatifs des provinces
Chaque province aura à sa tête un adjoint au gouverneur.
Dispositions complémentaires
· L’auto organisation interne pourrait être modifiée par chaque entité au –delà des grandes lignes définies ici.
· Les mécanismes de régulation *: des leviers seront conçus que chaque communauté ou groupe national pourrait actionner pour bloquer toute disposition de loi en gestation qui menacerait ses intérêts.
· Senat : au sénat, pour toutes les questions touchant à l’identité ou à l’équilibre entre les communautés, la décision devra être prise par consensus ou par une majorité spéciale des 4/5.
LE CONGRÈS 29 –Août -2014
La lutte continue !
Les FPC
Dispositions complémentaires
· L’auto organisation interne pourrait être modifiée par chaque entité au –delà des grandes lignes définies ici.
· Les mécanismes de régulation *: des leviers seront conçus que chaque communauté ou groupe national pourrait actionner pour bloquer toute disposition de loi en gestation qui menacerait ses intérêts.
· Senat : au sénat, pour toutes les questions touchant à l’identité ou à l’équilibre entre les communautés, la décision devra être prise par consensus ou par une majorité spéciale des 4/5.





