Monthly Archives: June 2011
Ce que pense Dr Lô Gourmo Abdoul du recensement actuel en Mauritanie” Chaque négro-africain est quasi-officiellement un étranger potentiel dans son pays.”
” Je suis allé personnellement me faire recenser. Malheureusement, tout ce qui a été dit s’agissant des extravagances et des dangers de cette opération se vérifie au-delà de ce que je craignais. Les députés, spécialement ceux de l’UFP, Bedreddine et Kardiata Diallo, se sont largement fait l’échos du désarroi des gens et des risques majeurs que coure le pays à vouloir persister dans la gestion unilatérale de ce processus vital pour les citoyens et pour la pérennité de toute vie politique et sociale normale. Le pouvoir est resté sourd. Une « administration » singulière, ad hoc, parallèle à l’administration formelle et taillée sur mesure pour les besoins d’une cause occulte, a été mise sur pied et officie à Nouakchott. Elle agit avec des structures incompétentes à le faire, et avec une composition clairement orientée, dans la confusion la plus complète, et l’absence la plus totale de procédures communes.
En conséquence, on assiste à un déchaînement, sans précédent, de pratiques discriminatoires et vexatoires à l’égard des plus humbles des citoyens et des communautés négro-africaines suspectées de fraude à la nationalité et d’usurpation d’identité. Chaque négro-africain est quasi-officiellement un étranger potentiel dans son pays. Les membres de ces « comités », comme on les prénomme, se donnent, désormais, le pouvoir arrogant de remettre en cause des documents officiels délivrés par l’Etat mauritanien (cartes d’identité infalsifiables initiales, actes de naissance, etc.).
Gare au Boghéen qui dit ne pas connaître M. Bâ Silèye ! « Quels versets de Coran connaissez-vous ? » ; « Etes-vous polygame, puisque les Halpular’ sont tous polygames ! ». «Etes-vous Peulh ou Toucouleur, puisque ce n’est pas la même chose »…etc…etc… A la moindre hésitation, vous êtes mis de côté pour plus amples vérifications ou renvoyés avec mépris. On enregistre qui on veut suivant des critères clandestins. Et, pour la première fois, ouvertement, on semble clairement vouloir dresser un fichier ethnique du pays !
Que pourrait-il en sortir ? Rien qui vaille sinon la confusion la plus totale et une toxicité de l’ensemble du processus avec, à la clé, des risques énormes de dérapage incontrôlable de notre débat national ! Il est impératif d’arrêter cette dérive et de remettre à zéro le compteur pendant qu’il est encore temps…”
Propos recueillis par EVEIL HEBDO
Commémoration de la journée internationale du réfugié : Conférence-Débat de Conscience citoyenne à Nouakchott
A l’occasion de la journée internationale du réfugié célébrée le 20 juin de chaque année, le mouvement Conscience citoyenne a organisé lundi dernier à l’espace culturel « Diadié Tabara Camara » une conférence débat riche en couleurs et forte en émotions sur le thème « les réfugiés mauritaniens, 22 ans après » .La conférence conjointement animée par M M.Aboubacry Silèye Bâ et Alassane Dia, respectivement président et porte-parole du mouvement, a été particulièrement rehaussée par la présence d’éminentes personnalités de la société civile telles M. Mamadou Sarr, président du FONADH, Mme Lalla Aîcha et de leaders historiques du landernau politique tels que Ba Mamadou Alassane du PLEJ, Ladji Traoré, Touré Mamadou et Coréra Issaga de l’APP. Il y avait également les organisations partenaires de Conscience citoyenne au sein du FLERE que sont l’IMEJ, l’IRA notamment, toutes deux fortement représentées.
En ouverture de la conférence, M.Alassane Dia a commencé par présenter le mouvement Conscience citoyenne avant d’aborder le vif du sujet par la lecture du témoignage de deux femmes sur la déportation du village de Ngawlé, témoignage particulièrement émouvant recueilli par Human Rights Watch Africa en 1989, et, pour finir, de lister les principaux axes du débat. Parole fut donnée ensuite à M. Aboubacry Silèye Bâ pour faire l’historique de la problématique des réfugiés. Ce fut ensuite au tour de Sarr Mamadou, président du Fonadh et ancien déporté lui-même de faire le point sur la situation des réfugiés rapatriés et de dénoncer les incohérences qui font que les populations réfugiées éparpillées dans les centres urbains du Sénégal (estimées à 5000 personnes environ) restent toujours en rade du retour organisé tandis que pour celles réfugiées au Mali, encore plus nombreuses puisqu’estimées à 10.000 personnes, il n’y a encore aucun début de solution. Dernier intervenant avant l’ouverture du débat à l’assistance, M. Aboubacry Khalidou Bâ, rapatrié arrivé du camp de Houdalaye près de Boghé, apportera un témoignage poignant sur les difficultés du quotidien dans ces camps initialement conçus pour être provisoires mais qui sont visiblement devenus des refuges définitifs.
Il est ressorti de ces différentes interventions que si le retour organisé des quelques 20433 réfugiés ‘à en croire les chiffres du ministère de l’intérieur au 31 décembre 2010) dans le cadre de l’accord tripartite entre la Mauritanie, le Sénégal et le HCR est en soi un point positif, le chemin est encore très long pour le règlement définitif de la question. Le problème des terres reste entier. Les situations sont en effet nombreuses dans lesquelles les rapatriés sont réinstallés dans des camps de fortune à proximité de leurs terres ancestrales occupées et exploitées par d’autres et dont l’accès leur est donc interdit. L’insertion des réfugiés par l’octroi d’emplois décents ou l’aide à la mise ne place de projets viables reste un vœu pieux. Autre problème et non des moindres, celui de l’état-civil. Beaucoup sont encore des apatrides parce que ne disposant d’aucun document d’identité. Seuls 60% de ceux qui sont rentrés disposent d’actes de naissance. Quant aux cartes d’identité, elles n’ont été que très parcimonieusement délivrées pour quelques rares « privilégiées ». Il faut y ajouter le problème de l’éducation des enfants. Nombreux sont en effet, ceux qui sont en rupture de scolarité faute de structures adaptées ou de structure tout court. Ces difficultés ont fait que certains se sont vus contraints de rebrousser chemin.
L’assistance fut ensuite invitée à prendre la parole : Bâ Mamadou Alassane, Touré Mamadou, Ladji Traoré, Bâ Mamadou Kalidou, Balla Touré, Coréra Issaga ou encore Abdoul Birane Wane et bien d’autres se succéderont au micro. Les intervenants seront unanimes à replacer le problème des réfugiés dans le cadre plus large de la question de la cohabitation entre nos différentes composantes nationales. Ils dénonceront l’entreprise de dénégrification du pays qui a conduit à ces drames des années 1990 et dont la déportation ne constitue qu’un épiphénomène. Les intervenants ne manqueront pas non plus à l’image de Lalla Aïcha d’appeler à la vigilance de tous par rapport à l’opération d’enrôlement des populations qui apparaît au fil des jours comme visant à exclure la communauté négro-mauritanienne. Le fonadh envisage d’ailleurs d’organiser un sit in ce jeudi 23 juin à 10 heures au ministère de l’intérieur en vue de demander l’arrêt de ce simulacre de recensement. Cette initiative a rencontré l’adhésion de toute l’assistance qui a été unanime à demander le recours à une action spectaculaire pour mettre fin à la mascarade.
La lutte continue!
Le correspondant de Flamnet à Nouakchott.
Conscience citoyenne : Le problème posé par la déportation reste entier
Que dire du problème posé par la déportation orchestrée par les pouvoirs publics, à l’encontre des milliers des négro-mauritaniens, en 1989? A en croire le régime, le problème est en voie de résolution. Mais dans les faits le calvaire des personnes victimes de la déportation «perdure aujourd’hui encore». C’est ce qu’a laissé entendre le docteur Dia Alassane, porte-parole de Conscience citoyenne, au cours d’une conférence organisée lundi dernier à l’Espace culturel Diadié Tabara, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale du Réfugié.
Les autorités parlent du retour de plus de 20.000 déportés, mais ces populations qui sont revenues au bercail, sont devenues en fait «des réfugiés dans leur propre pays», tonne d’entrée le docteur Dia. «Le problème de leurs terres reste entier», poursuit-il. En somme, les victimes des déportations sont aujourd’hui privées de leurs terres. Celles-ci ont été expropriées, et vendues pour certaines à des industriels venus d’Asie.
Que dire de l’insertion des victimes de déportation ? «Il demeure un vœu pieux», dit le docteur Dia. En somme, la mise en place d’une agence destinée à réinsérer les victimes de déportations, le recensement effectué pour déterminer le nombre des personnes devant bénéficier d’une réinsertion ne sont que la poudre aux yeux. Par ailleurs, le porte-parole a laissé entendre que la plupart des victimes sont aujourd’hui des apatrides car ils sont privés des pièces d’état civil.
Le problème de l’éducation lui aussi demeure entier, selon le docteur Dia. Face aux problèmes de scolarisation des enfants, d’état civil, des terres, certains negros-mauritaniens revenus dans leur patrie, après plusieurs années d’exil, ont été simplement obligés de rebrousser chemin et traverser le fleuve pour se retrouver au Sénégal. Rappelons que Conscience citoyenne est une organisation politique qui se veut à l’avant-garde du combat de la justice.
Samba Camara-LE RÉNOVATEUR
Silence coupable des Négro-mauritaniens… et des intellectuels arabes
Il se passe comme un désir d’occultation, au sein de la communauté négro-mauritanienne, où beaucoup se sentent, pourtant, «visés» par l’enrôlement des populations, lancé depuis plus d’un mois. Le moindre citoyen lambda de cette communauté redoute, à tort ou, plus souvent, à raison, le face-à-face avec une des commissions d’enrôlement. Pendant que ces pauvres populations sont taraudées par l’inquiétude et la peur d’un lendemain incertain, hauts cadres de la communauté, voire de certaines organisations de défense des droits de l’Homme, se sont murés dans un silence que d’aucuns n’hésitent plus à qualifier de coupable, depuis le démarrage de l’opération. On se contente d’en parler dans les salons et les transports collectifs. Quasiment aucun n’a osé en dénoncer, publiquement, les procédures et les questions à la tête du client.
Hormis les parlementaires, dont il faut saluer, ici, la pertinence des interventions et critiques du projet, mijoté dans une «opacité douteuse», et exécuté dans un «black-out total», les autres personnalités censées défendre l’unité et la diversité de la Mauritanie semblent avoir retrouvé leurs réflexes des années 89-91. Mais, tout de même, il convient de magnifier, en sus de la réaction des parlementaires, la position de l’IRA. L’organisation de Biram Ould Dah a dénoncé, vigoureusement, l’entreprise d’exclusion de certains mauritaniens, visée par l’opération d’enrôlement. Où sont passés ceux qui prétendent que la Mauritanie nouvelle est sur la bonne voie, qu’elle va liquider, définitivement, le passif humanitaire et consolider l’unité nationale?
Comme le proclament certains négro-mauritaniens et haratines, la question, fondamentale, à régler d’urgence, est celle de la cohabitation des différentes composantes du pays, non des indemnisations des victimes des évènements de 89-91 et des diverses tentatives de coup d’Etat. Ce qu’il faut, c’est avoir le courage et la témérité de dénoncer les tares de cette Mauritanie nouvelle qui avait suscité, à sa naissance, un immense espoir, en promettant le rétablissement d’un Etat de Droit, avec une justice indépendante, l’éradication de la gabegie et la répartition équitable des ressources du pays. Que de chimères!
Curieusement et excepté l’UFP qui a publié un long communiqué, objet de l’intervention de l’honorable député Kadiata Malick Diallo, les autres partis politiques ont fait profil pas. On peut entendre l’embarras de certains d’entre eux mais, ce qu’on ne peut ni comprendre ni tolérer, c’est le silence des intellectuels maures, si prompts à marcher pour les Irakiens, les Libyens ou les Palestiniens. On est loin du défunt MDI qui avait osé dénoncer, en 1989, dans un océan de silence, les massacres et les déportations des Négro-mauritaniens. Les amis de Jemal Ould Yessaa, Abdallahi Ould Kebd, Béchir Ould Moulaye El Hassan, des étudiants maures, avaient, à l’époque, accepté d’aller en prison, pour défendre leurs concitoyens négro-mauritaniens. Ils avaient posé un jalon, historique, dans la construction d’une Mauritanie égalitaire et fraternelle. Qui se proclame, aujourd’hui, solidaire de ces valeureux patriotes?
Dalay Lam-LE CALAME
L´Édito du Calame: quand la Chine pêchera
Depuis plus de trois semaines, on ne parle que d’elle. La presse en a fait ses choux gras. Le Calame lui consacre, cette semaine, une enquête fouillée. L’Assemblée en a débattu, de long en large, évoquant ses effets pervers et ses désastreuses conséquences. Avant de l’approuver, grâce à une majorité qui n’en finit pas d’avaler des couleuvres. Elle, c’est la convention de pêche que la Mauritanie vient de signer avec une société chinoise. Poly-HonDone Pelagic Fishery Co., c’est son nom, à qui l’Etat octroiera 60.000 mètres carrés, à Nouadhibou, pour ses installations, bénéficiera d’un quart de siècle de passe-droits mirobolants et d’énormes avantages, avec des garanties juridiques appuyées: exonération de l’Impôt Minimum Forfaitaire (IMF); déduction annuelle de 20% des investissements, pendant cinq ans, sur le bénéfice imposable; réduction de 50% de la Taxe de Prestation de Service (TPS), sur le coût des opérations bancaires contractées auprès des institutions nationales; exemption totale de patente ou tout autre impôt pouvant s’y substituer. En plus de la possibilité de pêcher, piller devrais-je dire, presque tout ce qui bouge dans nos eaux territoriales.
Du coup, Poly-HonDone constituera, grâce à ce sésame, une petite enclave chinoise de non-droit en Mauritanie. Tout ça pourquoi ? Parce que sa compagnie-mère vend des armes dont notre armée a besoin. Quitte à épuiser nos ressources halieutiques? A tuer tout un pan de notre économie? A envoyer des milliers de gens au chômage? A condamner, à terme, des sociétés nationales, des bateaux, des usines de transformation et de stockage, à mettre la clé sous la porte? Parce que notre armée, dont la seule vocation, depuis 32 ans, est de se maintenir au pouvoir, veut des armes, le pays peut être bradé. Le poisson, le fer, l’or, le cuivre, tout le budget de l’Etat, s’il le faut. Pourvu que nos soldats obtiennent ce qu’ils désirent. Et en dehors de tout contrôle, s’il vous plaît. L’inspection d’Etat, la Cour des comptes et la Police économique sont réservées aux civils. Nos chefs militaires sont soit étrangers – donc non soumis à la législation mauritanienne – soit tous honnêtes et n’ont pas besoin d’être contrôlés. Ne dit-on pas, à juste titre, que la Mauritanie est le seul Etat au monde où l’armée a son pays et en fait ce qu’elle veut?
Autre exemple de l’intrusion de l’armée dans le secteur de la pêche: la délégation qui négocie le nouvel accord avec l’Union européenne est dirigée par un lieutenant-colonel, retraité et parachuté conseiller du ministre des Pêches, et comprend un colonel en exercice, dont la fonction équivaut à un chargé de mission, au même département. Une entorse au règlement militaire et au statut de la Fonction publique. Le premier round des négociations, qui vient de se dérouler à Nouakchott, n’a été qu’une formalité. Notre négociateur en chef a demandé qu’on passe, directement, aux annexes, comme si les termes de l’ancien accord étaient reconduits tels quels, sans considération d’une quelconque évaluation. Seule «nouveauté»: certains bateaux européens seront, désormais, obligés de débarquer à Nouadhibou. Leurs produits ne seront, pourtant, ni traités ni stockés, dans cette ville, et leur vente ne passera pas par la SMCP. Ils paieront, juste, les frais d’accostage au port, en attendant que leur cargaison soit transbordée vers le navire qui l’amènera en Europe ou au Japon.
Les militaires et le poisson, la nouvelle idylle de l’été. Suivant l’exemple chinois. Mais nos képis étoilés doivent juste garder en tête que, quand la Chine pêchera, la ressource, à coup sûr, périra…
AOC-LE CALAME




