Monthly Archives: June 2015
Edito Le Calame : De rectification… en restauration
Voilà sept longues journées que notre guide éclairé poursuit sa chevauchée fantastique dans les régions du Brakna et du Trarza. Avant d’achever sa tournée par celle du Guidimakha qui ne sera pas, en cette canicule, une partie de plaisir. N’empêche ! Notre rectificateur en chef, qui veut sans doute démontrer que sa réputation de marathonien n’est pas usurpée, s’est juré de faire le tour du pays avant la fin de l’année en cours. Pour quels desseins ? Se prouver, ou prouver à ses détracteurs, que son plus que mitigé bilan n’a pas entamé sa popularité ? Mobiliser les électeurs pour un objectif encore inavoué ? Battre le rappel des troupes, pour se convaincre qu’après lui, ce sera le déluge ? Il y a, en tout cas, plusieurs zones d’ombre et des signaux que personne n’est parvenu à décrypter. Comment expliquer, en effet, un tel déplacement pour inaugurer une petite rizerie, une bretelle entre deux bourgades ou une unité de dialyse qui ne fonctionnera que le temps d’une visite ? Pourquoi tient-on à ce que les accueils populaires soient les plus grandioses possible ? Quels messages cherche-t-on à faire passer, à travers ces bains de foule « spontanés » ?
Quatre ans avant la fin de son deuxième – et dernier ? – mandat, Ould Abdel Aziz cherche-t-il, dès à présent, un subterfuge pour faire sauter le verrou constitutionnel qui les limitant à deux ? Lors de sa dernière conférence de presse, il a lâché, à cet égard, un mot, pas vraiment anodin, dont peu de gens ont saisi la portée. « Moi ou quelqu’un d’autre », a-t-il en effet répondu, à une question qui impliquait une allusion au prochain dirigeant du pays. Alors que cette alternative n’est pas même envisageable. Du moins si l’on respecte la Constitution, Mohamed ould Abdel ne peut plus être au pouvoir après 2019. Quelques semaines avant cette saillie, l’homme avait éludé une question d’un autre journaliste qui lui demandait de dire, explicitement, s’il comptait passer le relais à la fin de son mandat. Les grandes manœuvres ont-elles déjà commencé, bien avant l’heure, pour nous servir un plat très peu ragoûtant? Il est vrai que le peuple mauritanien y fut longtemps astreint. Mais, à l’heure où l’on peut trouver si facilement des prunes, à l’étal de nos marchés, nous contenterons-nous de les avaler, sur ordre ? Les Burkinabé, qui ne sont pas, somme toute, beaucoup plus fins gourmets que nous, nous ont ouvert la voie à des goûts moins sommaires. Leur préférerions-nous la gastronomie burundaise, à cet égard aussi grossière que frugale ? Les paris sont ouverts…
Ahmed Ould Cheikh
le calame
Tournées présidentielles : Aziz, un Président mal aimé
Le Président mauritanien a montré au cours de certaines de ces visites effectuées à l’intérieur du pays, notamment à l’Est et au centre du pays une grande popularité, digne d’un Chef d’Etat chéri par ses concitoyens. Mais, au Nord et au Sud du pays, dans les wilayas de Tiris Zemmour et du Brakna et probablement demain au Trarza, c’est plutôt le profil d’un dirigeant mal aimé voir conspué par les populations qui a largement dominé, malgré les énormes efforts consentis par les médias publics pour ne pas laisser paraître ce revers de la médaille.Si le désaveu du projet de société du Chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz s’est nettement illustré à certaines étapes de ses visites à l’intérieur du pays comme à Zouerate et dans Hodhs où des habitants, ont défilé avec des bidons vides pour montrer l’échec cuisant de la politique gouvernementale de ces dernières années, le comble du ridicule a atteint avec ces agressions impitoyables faites des services sécuritaires sur certains citoyens venus se confondre dans les foules pour faire tomber le masque de la misère et du faux développement.
Accueil hostile à Aleg
A Aleg, les autorités sécuritaires et administratives ont été débordées. En effet, des partisans du président du mouvement IRA, Biram ould Dah O. Abeid avaient manifesté jeudi dernier contre le président Mohamed O. Abdel Aziz au passage de son cortège à l’entrée de la ville d’Aleg, première étape de la visite du chef de l’état dans la wilaya du Brakna.
Les manifestants qui scandaient des slogans hostiles au président O. Abdel Aziz avaient également déchiré ses portraits et appelé à la libération de leur leader détenu dans la prison d’Aleg.
La réaction des dispositifs sécuritaires a été foudroyante. Des manifestants brutalisés dans un pays qui se proclame modèle dans le respect de la liberté d’expression.
La garde présidentielle agresse violemment le Rappeur Bi Djiby
Des éléments de la garde présidentielle ont roué de coups le rappeur mauritanien Bi Djiby (Photo), pour avoir froissé un portrait du Président Mohamed Ould Abdel Aziz devant ses soutiens, à l’occasion de la visite effectuée hier dimanche 31 mai par le Chef de l’Etat mauritanien à la ville de Boghé.
« Merci », a dit le Président Ould Abdel Aziz à l’artiste, rapportent des sources témoins de l’incident, avant que des gardes chargés de la sécurité du Président ne prennent à partie Bi Djiby qui avait perdu conscience sous l’effet des coups de pied.
Le rappeur qui a été évacué à l’hôpital de Boghé serait toujours, selon des sources familiales, en salle de réanimation, en raison de fractures survenues au cours de cette agression.
Demain, à l’étape du Trarza, l’accueil risque de connaître la même tension, avec un accueil bouleversé depuis Rosso, là d’où est parti le fameux procès des détenus d’Aleg. Selon des sources, les services sécuritaires sont mobilisés au maximum pour maîtriser une situation, en attendant que le Président de la République, médite à son bref passage à Nouakchott profondément sur les causes de cette popularité au pied d’argile, brandis par des affairistes politiques et mercantiles de tout bord qui sont toujours prêts à toutes les apologies au prix de piétiner l’intérêt général, l’unité, la justice sociale.
En dehors de ces cercles populaires qui reprochent à l’homme fort de Nouakchott son subjectivisme politique, Ould Abdel Aziz est sans doute la bête noire des opposants, de l’IRA, des FPC et des autres cercles silencieux de la majorité, qui à leur tour militent tous, en haut ou en catimini pour sa disparition.
Sur le plan extérieur, après le Maroc, le Mali, c’est autour du Sénégal et de l’Algérie de manifester leur désamour après les européens et les autres pays de la communauté internationale.
MOML avec agences
Adrar-info
Quand les « FLAM » parlent de questions qu’elles ne connaissent pas beaucoup
Atlanticmédia – Le parti des FPC, l’aile politique du mouvement des ex-FLAM, a accusé le Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, de recourir de manière peu scrupuleuse, à la vente des rares espaces agricoles qui restent de la vallée, décrivant cette mesure de poursuite des mêmes politiques de confiscation programmées depuis la réforme injuste de 1983.
Le parti a présenté ses propositions sur le problème foncier dans la vallée, précisant que toute réforme foncière doit reposer sur des principes, dont le premier porte sur l’attribution de « la zone du Waalo» (surface inondable) aux autochtones, eu égard aux critères de l’encouragement de l’initiative privée et de l’intégration économique ainsi que de la proximité géographique ou culturelle » fin de citation.
En fait, le mouvement des « FLAM » ne cesse de parler de questions qu’il maîtrise peu, mettant à contribution le climat inédit des libertés en Mauritanie, dont le privilège revient au Président Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir au moment où les les leaders du mouvement étaient exilés à l’étranger , leur ouvrant les portes, sans tracasserie aucune, jusqu’à demander la sécession du Sud mauritanien, à partir de Nouakchott, au cours d’une conférence de presse organisée librement à Nouakchott.
Parler actuellement de la vente des terres et de l’injustice sociale est contraire à la réalité et ne manque pas de supercherie politique découverte.
Les leaders des « FLAM » doivent t être conscients que les choses en Mauritanie, ne sont plus comme auparavant, que l’ère du marchandage des questions sociales est à jamais révolue, que l’Occident n’est plus intéressé par ceux qui parlent d’exclusion et de marginalisation, afin de leur établir des visas d’asile politique comme cela était le cas dans les années 80 du siècle dernier.
La Mauritanie qui accueille tous ses citoyens dans un climat de liberté sans précédent, n’est plus cette vache à lait détenue par ceux qui lèvent le slogan «Prenez ses biens et n’en faites pas une nation ».
Les mauritaniens, y compris les « Flam » doivent assimiler la leçon et vivre entre les leurs ainsi qu’à laisser les slogans creux, dés lors où tout le monde est unanime que la Mauritanie est une et indivisible, pour toutes ses composantes.
Les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires sont par ailleurs capables de rendre justice à toute victime sur cette chère terre.
L’option disponible aujourd’hui est de monter à bord de la locomotive conduite par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, sinon, continuer à se larmoyer sur les ères dictatoriales odieuses qui ne reverront jamais le jour.
Cridem
Humeurs entre Setif et Tidiane N’Diaye…
Et aujourd’hui veille du 10 mai comment ne pas évoquer ce crime odieux contre l’humanité: l’esclavage? Certes l’esclavage est illustré aujourd’hui par ce Crime du commerce triangulaire mais ne peut se contenter de ce segment trop réduit tant dans son histoire l’humanité n’a eu de cesse de développer cette sorte d’économie, de domination. Prendre conscience comment même des textes “sacrés” entérinent l’esclavage… Et qu’aujourd’hui plane sur cette question un déni que certains auteurs courageux finissent par aborder. J’en veux l’exemple de Tidiane N’Diaye. On s’apprête à fêter la “Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition” axée principalement sur la traite transatlantique. Pan tragique de notre histoire mis en exergue. Mais… Mais l’Europe n’a pas eu le monopole de la traite. Il y a eu d’autres traites, au moins et sinon plus importantes, à savoir les traites orientales et transsaharienne s organisées par les Arabes. Ces dernières furent tout aussi violentes et dévastatrices pour l’Afrique et leurs descendants que la traite transatlantique, et cautionnées par l’islam tout comme le christianisme a pendant longtemps justifié l’esclavage. Importance du livre ” sacré” dont les remises en question impossibles ont autorisés les justifications de la mise en esclavage et surtout de sa permanence comme système économique de domination. J’en reviens donc au courage de ceux qui s’opposent au déni et mettent au défi ceux qui veulent tout simplement ne pas regarder leur histoire droit dans les yeux. Tidianne N’Diaye écrit: ” Alors que la traite transatlantique a duré quatre siècles, c’est pendant treize siècles sans interruption que les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne ” ” La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains et de la castration généralisée “.
Aujourd’hui j’ai cette neuve de rappeler l’interview qu’il a accordé à la chaîne Outre-Mer 1ère lors de la publication de son ouvrage ” le génocide voilé ” publié chez Gallimard. Ce n’est pas la première fois que je cite les travaux de l’économiste et historien sénégalais. C’est un homme absolument remarquable qui mérite toute l’attention des humanistes.
Sur un plan historique, écrivez-vous, la traite négrière est une invention du monde arabo-musulman. Comment cela ?
Tidiane N’Diaye :“J’ai l’habitude de rappeler que mon travail ne cherche à communautariser ni l’histoire ni les mémoires. Ce qui serait la porte ouverte à une hiérarchisation victimaire, donc une approche dénuée de tout caractère scientifique. Par conséquent pour ce qui nous intéresse ici, puisque j’ai titré cet ouvrage ” Le génocide voilé “, faisant allusion à la castration massive que subissaient les captifs africains, au cours de la traite arabo-musulmane, je n’ai pas oublié de rappeler d’abord, que les premières victimes de cette calamité furent les Slaves, que les Vénitiens et les Marseillais allaient razzier en Europe centrale et orientale, pour les vendre aux notables du monde arabo-musulman. Cela devait durer toute l’époque carolingienne au Xème siècle sous les monarques saxons Henri l’oiseleur et Otton Ier. Comme on sait, il fallut l’émergence d’États puissants en Europe de l’Ouest et l’arrêt de l’expansion arabe aux Pyrénées pour que cela cesse. Et c’est pour combler ce déficit en eunuques et esclaves blancs, que les Arabo-musulmans allaient massivement se tourner vers les peuples négro-africains. Ainsi on trouve traces d’hommes ou de peuples asservis, sous diverses formes à travers toutes les aires de l’histoire de l’humanité et sur tous les continents. C’est un fait universellement connu et qui n’est donc pas spécifique aux peuples noirs. Ce qui est moins connu cependant, c’est que la traite négrière arabo-musulmane, fut inaugurée par les Arabo-musulmans et a duré près de treize siècles sans interruption, avec la mutilation généralisée d’un nombre incalculable de captifs noirs. Déjà il faut dire que le plus loin qu’on puisse remonter, c’est en Égypte pharaonique qu’on trouve traces d’hommes noirs, soumis à des formes d’exploitation comparables à de l’esclavage. Après les Hébreux, les Égyptiens avaient aussi réduit en servitude de nombreux peuples voisins essentiellement originaires d’Éthiopie et des régions nubiennes comme le Darfour. Mais en fait, ces importations de populations n’avaient pas encore pris une dimension industrielle ou véritablement planifiée.”
“Cette pratique devait durer jusqu’à l’invasion arabe de ce pays. Une invasion qui date du VIIème siècle de notre ère et qui correspond aussi à la première traite négrière en grand. Puisque après avoir occupé l’Égypte, les Arabes qui étaient sur le sentier du Jihad, c’est à dire de la guerre sainte, avaient décidé aussi d’envahir la Nubie. Comme le seul point commun entre tous les peuples négriers ravitaillés par les Arabes était la religion, voilà pourquoi dans cet essai, j’emploie souvent le vocable d’arabo-musulmane, pour qualifier cette première traite négrière en grand, qui fut non seulement la plus longue de l’histoire de l’humanité, puisqu’elle a duré treize siècles sans interruption, mais aura également opéré une ponction humaine largement supérieure à celle de la traite transatlantique vers les Amériques. Et le plus triste dans cette tragédie, est que la plupart des déportés n’ont jamais assuré de descendance, du fait de la castration massive que pratiquaient les Arabes.”
Quelles ont été les caractéristiques de la traite arabe par rapport à la traite transatlantique ?
Tidiane N’Diaye :“Pour la traite transatlantique, en dépit de la monstruosité des traitements, des humiliations et autres calamités, un esclave avait une valeur vénale. Le maître le voulait productif et rentable à long terme. Le but n’était donc pas l’extermination d’un peuple malgré la querelle sémantique opposant certains chercheurs à ceux qui veulent qualifier ce crime contre l’humanité de génocide. Alors que pour ce qui est de la traite arabo-musulmane, plus que le crime des occidentaux, les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne pendant treize siècles. La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés, ont presque tous disparu du fait des traitements inhumains, de l’infanticide et de la castration généralisée, pour qu’ils ne fassent pas souche dans le monde arabo-musulman. Il faut dire qu’à partir du moment où l’Afrique noire devenait leur principale source d’approvisionnement en esclaves, dans l’inconscient collectif des Arabes, l’homme noir devenait aussi symbole ou synonyme de servitude. Et sa couleur de peau sera même associée à un déni d’islam. Alors que cette religion comme toutes les autres, a hérité du joug de l’esclavage. Et si l’islam tolérait, voire recommandait l’asservissement de non convertis, il n’a jamais clairement ciblé les peuples noirs comme particulièrement prédestinés à l’asservissement. Mais des érudits respectés et très écoutés dans le monde arabe, allaient interpréter les textes sacrés, pour justifier et perpétuer la traite et l’esclavage des Noirs. Ainsi bien avant que les chercheurs européens de l’anthropologie physique n’élaborent au 19ème siècle les théories raciales fantaisistes que l’on sait, dans le monde arabe on avait déjà figé dans le temps et de manière presque irréversible l’infériorité de l’homme noir. Ce qui explique sans doute que les traitements inhumains et la mutilation généralisée des captifs noirs étaient acceptés et passaient pour un moyen commode pour empêcher que ces ” animaux ” ne prolifèrent sur leurs lieux de déportation. Le résultat est que de nos jours, ils ont presque tous disparu en Turquie, au Yémen, en Irak et on en trouve très peu au Maghreb ou en Arabie Saoudite.”
“Pour ce qui est du bilan, j’ai dû croiser mes trouvailles dans les archives de ces pays, avec des variables que sont les témoignages directs d’explorateurs comme Cameron, Stanley, le Dr Livingstone ou Mgr Lavigerie, sans oublier les récits effrayants de marchands arabes qui opéraient dans les centres de mutilation des captifs où 70 à 80 % périssaient. Ces données confrontées ensuite aux travaux plus récents de mon confrère américain Ralph Austin, dégagent une estimation qui donne froid dans le dos. Rien que pour le Sahara, plus de 9 millions de captifs africains ont été transportés dans des conditions inhumaines dont 2 millions ont péri ou sont restés en bordure du désert. Quant à la traite orientale qui se déroulait dans les régions proches de l’océan Indien et de la mer Rouge, on évalue à plus de 8 millions le nombre de victimes. On arrive ainsi à une évaluation proche des 17 millions de morts ou de déportés dont la plupart étaient des survivants castrés par les Arabes. Force est donc de reconnaître, que cette traite arabo-musulmane fut un véritable génocide de peuples noirs par razzias sanglantes, massacres et castration massive. A titre de comparaison, si de nos jours près de 70 millions de descendants ou de métis d’Africains peuplent le continent américain, des États-Unis au Brésil passant par les Iles de la Caraïbe, seule une infime minorité de Noirs a pu survivre en terres arabo-musulmanes.”
Quel a été l’impact de cette traite sur l’Afrique subsaharienne ?
Tidiane N’Diaye (photo) : “Bien qu’il n’existe pas de degrés dans l’horreur ni de monopole de la cruauté, l’on peut soutenir sans risque de se tromper, que le commerce négrier et les expéditions guerrières provoquées par les Arabo-musulmans, furent pour l’Afrique noire et tout au long des siècles, bien plus dévastateurs que la traite transatlantique. De même que l’islamisation de nombreux peuples négro-africains et tout ce que cela a engendré, comme les jihads, n’en fut pas moins à la source d’innombrables implosions.
“Pour avoir une idée du mal, il faut savoir que les observateurs avaient constaté que pour chasser et enlever de force cinq cent mille individus, il fallait en faire périr près de deux millions d’autres (résistants ou fuyards.) Ainsi si les naissances avaient cessé à l’époque, en moins d’un demi-siècle, les régions de l’intérieur de l’Afrique ne seraient plus de nos jours, qu’une solitude désolée. Ces implosions précoloniales ont indéniablement éreinté les peuples africains, qui n’ont pas eu de répit depuis l’arrivée des Arabes. Leur conquête du continent noir, avait inauguré l’ère des ravages permanents des villages et de terribles guerres saintes menées par les convertis, pour se procurer des captifs chez des voisins qualifiés de païens. Lorsque cela ne suffisait pas, ils razziaient d’autres supposés ” frères musulmans ” et confisquaient leurs biens. Sous cette traite arabo-musulmane, les peuples africains étaient ponctionnés et pris en otage en permanence. Aussi, force est de reconnaître que les misères, la pauvreté, la longue stagnation démographique et les retards de développement actuels du continent noir, ne sont pas le seul fait des conséquences du commerce triangulaire, comme bien des personnes se l’imaginent, loin de là. Rien n’est comparable à l’infamie qui a ravagé les populations africaines, avec l’arrivée des Arabes et la traite négrière à grande échelle qu’ils inaugurèrent. L’Afrique en subit encore les conséquences.”
Pourquoi la traite arabo-musulmane est-elle si peu connue et étudiée, sinon carrément occultée ?
Tidiane N’Diaye : “En fait cette traite, qu’il est difficile de ne pas qualifier de génocide de peuples noirs par massacres, razzias sanglantes puis castration massive, chose curieuse, très nombreux sont ceux qui souhaiteraient le voir recouvert à jamais du voile de l’oubli, souvent au nom d’une certaine solidarité religieuse, voire idéologique. C’est comme un pacte virtuel scellé entre les descendants des victimes et ceux des bourreaux, qui aboutit à ce déni. L’entente tacite est bien réelle. Parce que dans cette sorte de ” syndrome de Stockholm à l’africaine “, Arabo-musulmans et Africains convertis s’arrangent sur le dos de l’Occident. Les descendants des victimes sont devenus des obligés, amis et solidaires des descendants des bourreaux, sur qui ils décident de ne rien dire. Ce silence ou la sous-estimation du mal arabe permet de mieux braquer les projecteurs, uniquement sur la traite transatlantique. Ceci comme un ciment devant réaliser la fusion des Arabes et des populations négro-africaines, longtemps ” victimes solidaires ” du colonialisme occidental.”
“Alors, que des lettrés et autres intellectuels arabo-musulmans, tentent de faire disparaître jusqu’au simple souvenir de cette infamie, comme si elle n’avait jamais existé, peut encore se comprendre. Ces derniers ne se décident toujours pas à regarder leur histoire en face et à en débattre avec leurs compatriotes. Ce qui explique que ce pan de l’histoire de l’humanité, reste encore profondément enfoui dans la mémoire coupable de ces peuples qui en sont responsables. En revanche, il est difficile de comprendre l’attitude de nombreux chercheurs – et même d’Africains américains qui se convertissent de plus en plus à l’Islam – qui n’est pas toujours très saine et fortement animée par une sorte d’autocensure. Comme si évoquer le passé négrier des Arabo-musulmans revenait à essayer de minimiser la traite transatlantique. C’est ainsi qu’un voile de silence a longtemps recouvert cette sombre page de notre histoire commune, parce qu’on y observe une étrange amnésie même de la part des élites noires. Elles ont du mal à passer d’une vision mémorielle affective de ce génocide, pour des raisons de solidarité religieuse, à tout simplement une approche distanciée et scientifique de l’histoire qui elle, ne traite que de faits avérés, comme c’est le cas pour la traite transatlantique. Voilà pourquoi le but de mon travail à travers cet ouvrage est tout simplement de lever le voile et sans complaisance, sur cette sombre page de notre histoire commune, pour éviter aussi que le travail de mémoire engagé sur les traites négrières et plus généralement sur le martyr des peuples noirs, ne continue que dans un sens hypocritement sélectif en braquant uniquement les projecteurs sur le crime des Occidentaux. Car à mon sens, par une telle approche, la démarche historique ne saurait en aucun cas en être éclairée.”
Tidiane N’Diaye, ” Le génocide voilé ” – éditions Gallimard, 2008, 254 pages.
Tidiane N’Diaye a également publié aux éditions Gallimard
” Le jaune et le noir ” (2013), une enquête historique sur la stratégie économique et politique de la Chine en Afrique, ainsi que ” Par-delà les ténèbres blanches ” (2010), un ouvrage sur la résistance des Sud-Africains à l’apartheid et le parcours de Nelson Mandela.
“Alors, que des lettrés et autres intellectuels arabo-musulmans, tentent de faire disparaître jusqu’au simple souvenir de cette infamie, comme si elle n’avait jamais existé, peut encore se comprendre. Ces derniers ne se décident toujours pas à regarder leur histoire en face et à en débattre avec leurs compatriotes. Ce qui explique que ce pan de l’histoire de l’humanité, reste encore profondément enfoui dans la mémoire coupable de ces peuples qui en sont responsables. En revanche, il est difficile de comprendre l’attitude de nombreux chercheurs – et même d’Africains américains qui se convertissent de plus en plus à l’Islam – qui n’est pas toujours très saine et fortement animée par une sorte d’autocensure. Comme si évoquer le passé négrier des Arabo-musulmans revenait à essayer de minimiser la traite transatlantique. C’est ainsi qu’un voile de silence a longtemps recouvert cette sombre page de notre histoire commune, parce qu’on y observe une étrange amnésie même de la part des élites noires. Elles ont du mal à passer d’une vision mémorielle affective de ce génocide, pour des raisons de solidarité religieuse, à tout simplement une approche distanciée et scientifique de l’histoire qui elle, ne traite que de faits avérés, comme c’est le cas pour la traite transatlantique. Voilà pourquoi le but de mon travail à travers cet ouvrage est tout simplement de lever le voile et sans complaisance, sur cette sombre page de notre histoire commune, pour éviter aussi que le travail de mémoire engagé sur les traites négrières et plus généralement sur le martyr des peuples noirs, ne continue que dans un sens hypocritement sélectif en braquant uniquement les projecteurs sur le crime des Occidentaux. Car à mon sens, par une telle approche, la démarche historique ne saurait en aucun cas en être éclairée.”
Tidiane N’Diaye, ” Le génocide voilé ” – éditions Gallimard, 2008, 254 pages.
Touche pas à ma nationalité dénonce les rafles au faciès d’étrangers
La campagne engagée par les forces de l’ordre du système raciste et esclavagiste de Mohamed Ould Abdel Aziz contre les étrangers en situation irrégulière est une nouvelle preuve du peu de cas que fait le régime des populations noires. En effet, les seuls étrangers ciblés par cette campagne sont, comme par hasard, les ressortissants ouest-africains, en particulier les Sénégalais et les Maliens. Si l’on est en droit d’exiger des étrangers de disposer de la carte de séjour et d’être en règle vis-à-vis de la loi, il n’est pas en revanche permis, sous quelque prétexte que ce soit, de ne cibler qu’une seule catégorie d’étrangers et encore moins d’exposer cette catégorie aux scènes de brutalités, d’humiliations et de rackets auxquelles l’on assiste au quotidien à Nouakchott. Mais ces rafles au faciès, pour insupportables qu’elles soient, ne concernent pas que les seuls étrangers ouest-africains, elles touchent également des citoyens mauritaniens noirs privés de leur état-civil à cause de l’enrôlement raciste encore en cours.
Ces exactions perpétrées par la police aussi bien que par le GGSR viennent s’ajouter aux vexations et humiliations que vivent au quotidien les populations de la vallée du fleuve. Les expropriations des terres de culture au nom de la loi domaniale de 1983 continuent de plus belle et ne concernent que les seules populations noires du sud. Thiambène et Dar El Barka se démènent encore contre ces spoliations. La récente prise en otage de Niabina par une tribu, les Oualds Berrou, pour ne pas les nommer, aidée des autorités administratives et sécuritaires de la région du Brakna pour la supposée disparition d’un berger appartenant à la tribu en question et la violente répression des jeunes manifestants hostiles à la visite du Président Ould Abdel Aziz à Boghé, pour ne citer que ces cas, démontrent à souhait le degré d’estime du régime vis-à-vis des populations noires.
Touche pas à ma nationalité rappelle qu’un régime, non seulement incapable de respecter les droits inaliénables de son peuple, mais en plus coupable d’une politique ouvertement discriminatoire et raciste envers une partie de ce peuple, ne peut respecter les doits d’autrui, en l’occurrence les étrangers ouest africains vivant parmi nous.
Touche pas à ma nationalité dénonce avec la dernière énergie les exactions commises envers nos hôtes ouest-africains et met en garde contre la tentation de la réciprocité que de tels comportements pourraient susciter contre nos compatriotes établis à l’étranger.
Nouakchott, le 1er juin 2015
Pour le Bureau Exécutif,
Le Président,
Alassane DIA




