Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 03/11/2016

Interview de M.l’Ambassadeur de France en Mauritanie, M. Joël MEYER, au journal La Tribune

Interview de M.l’Ambassadeur de France en Mauritanie, M. Joël MEYER, au journal La TribuneLa Tribune – Vous êtes là depuis deux ans. Quel bilan peut nous faire l’Ambassadeur de France de la coopération entre les deux pays ?

C’est un bilan particulièrement riche et l’enseignement que j’en tire, c’est que la coopération entre la Mauritanie et la France est à la fois constante et évolutive. Je m’explique sur ce constat qui peut paraître paradoxal.

Notre coopération est constante, dans sa qualité, dans la détermination de ses acteurs, qu’ils soient institutionnels ou de la société civile, et dans leur volonté commune de travailler ensemble, et au-delà même de la relation purement bilatérale pour répondre aux grands défis régionaux et globaux.

Je pense, en premier lieu, à la sécurité et au combat contre le terrorisme, au Sahel comme ailleurs, je pense aussi – et notre contribution commune a prouvé son efficacité lors de la présidence conjointe, par les chefs d’Etat mauritanien et français, d’une réunion spécifiquement consacrée au continent africain à l’occasion de la COP 21 – à la poursuite de notre concertation sur la lutte contre les changements climatiques dans la suite des décisions du sommet de Paris et en vue de la très prochaine COP22 de Marrakech.

Mais notre partenariat est aussi évolutif et je me réjouis que, parallèlement à notre collaboration avec l’Etat mauritanien et le plus souvent en complémentarité avec lui, cette ambassade ait pour interlocuteurs de plus en plus nombreux la société civile, les collectivités locales, le secteur économique privé, les associations de jeunesse, les universitaires et les étudiants, les parlementaires, les médias. Nous entendons travailler avec chacun, les ministères et les différentes institutions de l’Etat bien sûr, mais aussi les acteurs de la société civile que je viens de citer – et à l’action desquels il convient de rendre hommage- pour contribuer au renforcement de nos échanges bilatéraux dans tous les domaines, à la cohésion sociale et économique du pays, à la réalisation d’un développement qui soit inclusif et à la consolidation de l’Etat de droit.

La Tribune : l’un des axes prioritaires de cette coopération est sans doute le domaine sécuritaire. Qu’est ce qui est fait dans ce domaine ?

Permettez-moi, à quelques jours du triste anniversaire des attentats de Paris, malheureusement suivis quelques mois plus tard de l’acte insensé commis à Nice, d’avoir une pensée pour toutes les victimes du terrorisme, qui a aveuglément frappé ces derniers mois l’ensemble des continents. Ceci, il faut le souligner, sans distinction de religion ni de nationalité. Je m’autoriserai ensuite une introduction générale. La Mauritanie et la France partagent cette même vision en matière de sécurité. C’est-à-dire, premièrement, qu’un pays seul ne peut pas faire face à un fléau, le terrorisme, qui se fie des frontières et cherche à étendre son action sur plusieurs pays et régions. Ensuite, qu’il n’y a pas de développement ni de prospérité sans sécurité. Voilà le sens du partenariat que nous menons et qui constitue, comme vous le soulignez à juste titre et sans qu’il soit exclusif, un axe fort de notre coopération bilatérale et aussi de notre action dans la région du Sahel. Je veux à cet égard saluer les efforts constants de la Mauritanie pour favoriser la paix dans la région. Nous savons combien est décisive la contribution mauritanienne au sein du Comité de suivi de l’accord de paix au Mali. De même, convient-il de féliciter M. le Président de la République islamique de Mauritanie pour l’engagement sans faille de son pays dans la construction de l’organisation régionale du G5 Sahel, qui a son siège à Nouakchott.

La situation au Sahel était d’ailleurs à l’agenda de l’entretien bilatéral que vient d’avoir, jeudi 27 octobre, M. le Ministre des Affaires et de la Coopération internationale avec son homologue français, en marge de la Conférence internationale sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies en environnement francophone. Ils ont également eu l’occasion d’évoquer la sécurité régionale de façon plus large avec leurs homologues des rives nord et sud de la méditerranée, lors de la réunion du dialogue euro-méditerranéen qui s’est tenue vendredi dernier à Marseille.

Au-delà du Sahel, je voudrais donc aussi souligner la participation exemplaire de la Mauritanie aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, avec l’envoi d’un important détachement des forces armées en Centrafrique, de la Garde nationale en Côte d’Ivoire au sein de la force de police, ou encore le rôle d’officiers mauritaniens auprès de la Minusma au Mali.

La Tribune: même si la Mauritanie est une pièce centrale dans la sécurisation du Sahel, elle ne fait pas partie du dispositif Barkhane. Quels sont les aspects concrets de cette coopération ?

Nous avons quatre grandes lignes directrices de partenariat: la coopération bilatérale en matière de sécurité intérieure – y compris dans la lutte contre la criminalité organisée, comme le trafic de drogue -, la coopération bilatérale en matière de défense, l’appui au G5 Sahel et à la mobilisation des pays de toute la région, et le rôle de la Force Barkhane. Notre accompagnement vise à répondre aux besoins exprimés par la Mauritanie ou le G5 et il a vocation à s’adapter en fonction des demandes des partenaires et de la situation.

Cela se traduit de manière très concrète par des réunions politiques au niveau ministériel ou de hauts fonctionnaires –le ministre français de l’Intérieur vient d’inviter son homologue mauritanien à participer à une conférence à Paris ; le directeur de la gendarmerie française et son homologue mauritanien ont présidé en mai dernier à Nouakchott une réunion régionale qui a notamment débouché sur la décision de création et de formation d’unités d’action rapides de gendarmerie dans les pays du G5- ; par un appui à la mise en place (Zouerat, Rosso) d’antennes de la police pour lutter contre le trafic de drogue ; par des formations de haut niveau pour les unités d’élite (SOP ou GSIGN) ; par des missions d’entraînement au profit d’unités des forces armées mauritaniennes, des stages de haut niveau dans les écoles militaires françaises, des missions d’expertise et de conseil ; par une expertise très opérationnelle auprès du G5 Sahel (équipement de la plateforme de coopération régionale en matière de sécurité, détachement d’un conseiller français auprès du Secrétaire permanent, d’un conseiller auprès du collège de défense à Nouakchott, appui avec l’Union européenne au collège de sécurité intérieure à Bamako, etc..).

La Force Barkhane s’inscrit dans cette logique de partenariat avec les pays membres du G5 et, à ce titre, les échanges sont nombreux avec la Mauritanie. Le général commandant la Force se rend régulièrement à Nouakchott pour recueillir les avis des plus hautes autorités civiles et militaires.

La Tribune : sur le plan économique, la Mauritanie vient de gagner quelques points dans le classement des affaires. Quel est le niveau de la présence de l’investissement français dans notre pays ?

Effectivement, la Société financière Internationale (SFI) du groupe de la Banque mondiale vient de publier l’édition 2017 de son classement sur le climat des affaires, le fameux «Doing Business ». La Mauritanie a gagné huit places et il faut en féliciter le gouvernement mauritanien.

C’est une étape essentielle pour l’attractivité du pays, je l’ai bien noté. J’ai fait à Paris en juin dernier, avec le chef du service économique, une présentation des potentiels économiques de la Mauritanie devant le Medef et Business France, les fédérations des chefs d’entreprises français. Plus de soixante-dix entreprises étaient représentées, qui ont relevé les initiatives prises pour diversifier l’activité économique en Mauritanie. Il faut donc consolider ces acquis par un climat qui permette de sécuriser pleinement les échanges commerciaux et les investissements privés et nous voulons travailler avec les responsables mauritaniens dans ce sens. A cet égard, je salue la création – dont il faut souhaiter qu’elle soit rapidement opérationnelle- d’une chambre de médiation et d’arbitrage pour régler les éventuels contentieux commerciaux. Parallèlement, j’ai relevé la toute récente adoption en Conseil des Ministres de la loi cadre sur les partenariats publics privés, capitale pour mobiliser les investissements privés, nationaux ou étrangers, sur les grands projets d’infrastructures en particulier. Actuellement, plus de soixantaine sociétés françaises ou filiales sont présentes en Mauritanie ; ces entreprises ont créé trois mille emplois mauritaniens directs et des dizaines de milliers de familles dépendent de leurs activités. Leur savoir-faire est apprécié, dans le secteur de l’énergie, dont l’énergie renouvelable, du BTP, de la logistique, des services bancaires etc… . L’Agence française de développement et la Chambre de commerce de Marseille sont par ailleurs engagées dans un important programme de coopération avec la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Mauritanie, cette dernière étant un relais essentiel pour développer nos échanges.

Je n’oublierai pas non plus la relation historique entre l’Agence française de développement et la SNIM que nous voulons continuer à accompagner dans son développement.

La Tribune : la visite récente de délégations parlementaires françaises en Mauritanie a révélé d’autres aspects de la coopération entre les deux pays… Quel est le niveau de coopération avec la société civile de chez nous ?

Après quelques années d’absence, et à l’initiative notamment de l’Assemblée nationale mauritanienne, ce qu’on appelle la « diplomatie parlementaire » a marqué cette année la relation bilatérale, avec pas moins de trois visites cet automne de députés français: le groupe d’amitié France-Mauritanie, la Commission des affaires étrangères et le député représentant les Français de l’étranger pour la région Maghreb/Afrique de l’Ouest. Ces délégations, qui, pour le groupe d’amitié, ont pu se rendre aussi en région, ont mesuré les progrès accomplis ces dernières années en matière de sécurité et de développement. Elles ont pu aussi aborder sans réserve tous les sujets d’actualité et les sujets sociétaux. Elles ont pu mieux se rendre compte de la réalité de la Mauritanie mais aussi, et j’en suis certain car le dialogue a été sincère comme il se doit entre amis, de mieux aider à percevoir en Mauritanie la sensibilité de l’opinion française sur les questions sociétales et la cohésion entre les différentes composantes de la société mauritanienne.

Le résultat de ces missions est aussi la décision d’engager une coopération administrative avec l’Assemblée nationale mauritanienne.

La Tribune: parlant de société civile, une journée a été récemment par quelques associations mauritaniennes a l’assemblée nationale française pour parler d’esclavage. Comment voyez vous cette problématique et quelle appréciation faites-vous de son évolution ?

Au–delà des échanges parlementaires, la relation entre la société civile mauritanienne et la France -que ce soit via cette ambassade ou grâce aux acteurs non étatiques français- est extraordinairement foisonnante. Je ne citerai donc que quelques exemples, dont j’ai pu vérifier par moi-même le succès lors de missions, avant l’été, au Gorgol et au Guidimakha. Avec l’appui du Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France, de l’Agence française de développement ainsi que de grandes collectivités territoriales françaises, les ONG françaises font un travail de terrain remarquable avec leurs partenaires mauritaniens et des élus locaux fort dynamiques. Que ce soit dans le domaine de la santé, de la nutrition infantile, de l’assainissement ou encore de l’accès à l’eau. Il y aussi l’appui de l’Afd à la gouvernance locale.

Enfin, je mentionnerai une expérience toute récente et à laquelle nous tenons, notre appui à la jeunesse, auprès d’acteurs très prometteurs qui veulent servir leur pays. Quinze associations de jeunes, en particulier de jeunes femmes mais représentatives de la diversité sociale de ce pays, sont accompagnées par le Service de Coopération après avoir présenté des projets d’initiative citoyenne. C’est notre programme FAJR. Et pour mettre davantage en valeur l’apport de cette jeunesse qui veut accompagner le destin de son pays, nous avons décidé de remettre chaque année un prix, le « Prix de l’Ambassade de France pour l’Engagement Associatif « , qui a été décerné en 2016 à « l’Association des Jeunes Filles Actives dans la Société ».

Il faut faire confiance à la jeunesse, notamment quand je vois le bouillonnement d’idées qu’elle agite, souvent en faisant fi des barrières sociales ou communautaires. C’est aussi pour cela que nous avons créé par ailleurs, avec Campus France, un réseau social (www.mauritanie.francealumini.fr) destiné aux nombreux étudiants passés par la France pour leurs cursus universitaires et qui peuvent aussi contribuer à l’essor de notre relation.

La Tribune : toujours a propos d’esclavage, le chef de l’organisation IRA, Biram Ould Abeidi, ancien candidat a la présidence, aurait été reçu a l’Elysée, pourquoi ?

Biram Ould Abeidi a été reçu par un conseiller du Président de la République. Parce qu’il a le statut d’ancien candidat à une élection présidentielle et parce que nous pensons, d’une manière générale et sans nous immiscer dans la vie publique mauritanienne, que l’écoute et le dialogue sont une bonne chose. Je rencontre moi-même tous les représentants de la société civile qui le souhaitent, y compris les responsables d’associations qui représentent des Harratines. Ceci en toute transparence. Ce que nous disons aussi, c’est que quelle que soit la cause, celle–ci doit être plaidée par le dialogue et la conviction. Il est essentiel de se parler, et pour éviter les frustrations, voir comment on peut répondre concrètement aux attentes sur le terrain.

Il m’apparaît aussi pertinent de saluer les décisions significatives qui ont été prises par le gouvernement cette année, sur les plans légal et judiciaire, en matière de prévention et de lutte contre l’esclavage et ses séquelles. Nous soutenons les efforts de la Mauritanie pour parvenir au règlement définitif de cette question.

J’ajouterai que, si notre coopération ne se fait pas en faveur de telle ou telle communauté spécifique, nos actions, en nous adossant aux priorités nationales mauritaniennes, visent à lutter contre l’extrême pauvreté et à renforcer la cohésion sociale et économique du pays. Et elles sont destinées en premier lieu à améliorer la vie des populations les plus précaires, dans les régions les plus fragiles, en répondant aux besoins vitaux de toutes les composantes de la société – et de fait la composante Harattine-, dans les régions du centre et du sud du pays.

La Tribune: le pays vient de vivre un dialogue que certaines forces politiques ont boycotté. Que pensez-vous des résultats de ce dialogue et des perspectives qu’il ouvre ?

La Mauritanie étant un grand pays ami et un partenaire stratégique, et parce que la communauté internationale avait à l’époque, en 2009, été appelée comme témoin des accords pour la normalisation de la vie politique du pays, il est normal que la France ne se désintéresse pas de ce qui se passe actuellement dans ce pays, comme certainement la Mauritanie est attentive à la vie publique française.

A cet égard, nous pensons que les déclarations de M. le Président de la République islamique de Mauritanie, à la clôture du « dialogue politique », constituent une étape essentielle dans l’histoire du pays. Elles doivent confirmer l’ancrage de la Mauritanie dans une culture de l’alternance présidentielle, de manière démocratique. La France salue la position publique du chef de l’Etat notamment sur l’article 28 de la Constitution et la limitation des mandats présidentiels. Le président Aziz l’a très bien dit : il ne faut pas modifier la Loi fondamentale pour des intérêts particuliers et l’objectif, ce sont l’intérêt général et l’impératif de consolidation de démocratie et de développement. Il n’est pas exagéré d’assurer que ces déclarations, dans le contexte des débats qui agitent actuellement certains pays d’Afrique, ont une forte résonance à l’extérieur et ont valeur d’exemple.

Il faut aussi relever que les conclusions de la concertation qui vient de se terminer sont denses et abordent, de manière globale me semble-t-il, des questions de fond capitales pour le présent et l’avenir du pays. Le suivi de ces conclusions doit pouvoir les approfondir. Encore une fois, je ne suis qu’un observateur mais pour la suite, et par principe, on ne peut qu’être favorable au dialogue entre tous les acteurs de la vie citoyenne. Mais il appartient bien sûr à ces mêmes acteurs de définir le cadre et le fond de leur discussion.

Permettez-moi en conclusion de me répéter mais j’aime le souligner : la première richesse d’un pays, c’est sa diversité humaine et culturelle. En deux ans ici, j’ai rencontré des interlocuteurs remarquables et dévoués. Des personnalités engagées depuis longtemps dans l’action politique, sociale ou économique, mais aussi de jeunes citoyens comme ceux que j’ai mentionnés plus haut. J’espère vivement que tous ces talents qui constituent les forces vives du pays et qui viennent de toutes les composantes de sa société, puissent conjuguer leurs compétences pour préparer leur avenir ensemble, dans un esprit de respect mutuel, sans qu’aucune communauté ne se sente exclue au sein de la grande Nation mauritanienne.

La Tribune : Le récent communiqué de l’ambassade a fait peur. Qu’a-t-il derrière?

Une ressortissante française a malheureusement été victime d’une agression criminelle, grave, et ce en plein jour. Je ne doute pas que la police, qui a été réactive, mettra tout en oeuvre pour arrêter les coupables. Nous avons pour notre part, comme toutes les ambassades le font en ce genre de situation dans le monde -et cela peut arriver partout hélas-, émis un avis de prudence à destination de la communauté française résidente à Nouakchott, pour rappeler que la délinquance et la criminalité constituent un facteur de risque auquel il convient d’être attentif. Ce communiqué n’a aucun lien avec celui publié, peu avant, par l’ambassade des Etats-Unis.

Propos recueillis par MFO

 
cridem

Niger: 38 arrestations après la mort de 18 villageois

content_imageCes conflits sont récurrents au Niger, notamment pendant la période des récoltes qui coïncide avec les mouvements du bétail vers les grandes aires de pâturage.

Au Niger, 38 personnes, essentiellement de jeunes agriculteurs, ont été arrêtées par la police après la mort mardi de 18 villageois. Des affrontements avaient éclaté entre agriculteurs et éleveurs près de Bangui, une commune de la région de Tahoua, dans l’ouest du pays. Des affrontements qui ont fait aussi plus de 40 blessés.

Tout a commencé mardi matin lorsqu’un troupeau de bovins dévaste un champ de céréales. Dans l’altercation qui suit le propriétaire du champ meurt. Dans son communiqué, le ministère de l’Intérieur appelle cela une « bagarre ». Une « bagarre » entre agriculteurs et éleveurs peuls qui a quand même fait 18 morts, dont 7 brûlés vifs – des femmes, des enfants et des vieillards -, 43 blessés et 22 maisons incendiées. Cent vingt-trois femmes et enfants menacés par les assaillants surexcités ont été vite placés sous protection dans le commissariat.

Ces conflits sont récurrents au Niger, notamment pendant la période des récoltes qui coïncide également avec les mouvements du bétail vers les grandes aires de pâturage.

Un conflit communautaire ?

Ce qu’on appelle pudiquement conflit entre agriculteurs et éleveurs est un conflit communautaire qui ne dit pas son nom, avec à chaque fois les mêmes victimes, les Peuls, qu’ils soient éleveurs ou pas.

Harouna Abarchi, responsable du pastoralisme et de l’environnement à l’Association pour la redynamisation de l’élevage au Niger (Aren) explique :

« A son début, cela peut être un conflit entre agriculteurs et éleveurs, mais quand ça dégénère, on s’en prend à tout ce qui peut ressembler à un Peul. Les gens ont été attaqués, assassinés, calcinés sur la base de leur appartenance à une communauté. Imaginez des enfants assis dans leur maison et qu’on vienne brûler la maison. La faute revient véritablement aux autorités locales et même nationales. »

Par le passé, l’Etat et ses représentants – préfets, gouverneurs -, ont plutôt brillé par leur laxisme. Laxisme et fatalisme – c’est la faute à Dieu. Toujours est-il que très souvent les personnes coupables d’actes atroces arrêtées sont très vite libérées.

« Cette impunité doit finir, affirme Harouna Abarchi, sinon nous serons amené à dire bêtement : ah ces conflits sont récurrents, on ne peut rien faire. Cette fois, et bien le gouvernement doit agir, inch Allah », conclut Harouna.

 

Auteur: RFI – RFI

Ces conflits sont récurrents au Niger, notamment pendant la période des récoltes qui coïncide avec les mouvements du bétail vers les grandes aires de pâturage.

Au Niger, 38 personnes, essentiellement de jeunes agriculteurs, ont été arrêtées par la police après la mort mardi de 18 villageois. Des affrontements avaient éclaté entre agriculteurs et éleveurs près de Bangui, une commune de la région de Tahoua, dans l’ouest du pays. Des affrontements qui ont fait aussi plus de 40 blessés.

Tout a commencé mardi matin lorsqu’un troupeau de bovins dévaste un champ de céréales. Dans l’altercation qui suit le propriétaire du champ meurt. Dans son communiqué, le ministère de l’Intérieur appelle cela une « bagarre ». Une « bagarre » entre agriculteurs et éleveurs peuls qui a quand même fait 18 morts, dont 7 brûlés vifs – des femmes, des enfants et des vieillards -, 43 blessés et 22 maisons incendiées. Cent vingt-trois femmes et enfants menacés par les assaillants surexcités ont été vite placés sous protection dans le commissariat.

Ces conflits sont récurrents au Niger, notamment pendant la période des récoltes qui coïncide également avec les mouvements du bétail vers les grandes aires de pâturage.

Un conflit communautaire ?

Ce qu’on appelle pudiquement conflit entre agriculteurs et éleveurs est un conflit communautaire qui ne dit pas son nom, avec à chaque fois les mêmes victimes, les Peuls, qu’ils soient éleveurs ou pas.

Harouna Abarchi, responsable du pastoralisme et de l’environnement à l’Association pour la redynamisation de l’élevage au Niger (Aren) explique :

« A son début, cela peut être un conflit entre agriculteurs et éleveurs, mais quand ça dégénère, on s’en prend à tout ce qui peut ressembler à un Peul. Les gens ont été attaqués, assassinés, calcinés sur la base de leur appartenance à une communauté. Imaginez des enfants assis dans leur maison et qu’on vienne brûler la maison. La faute revient véritablement aux autorités locales et même nationales. »

Par le passé, l’Etat et ses représentants – préfets, gouverneurs -, ont plutôt brillé par leur laxisme. Laxisme et fatalisme – c’est la faute à Dieu. Toujours est-il que très souvent les personnes coupables d’actes atroces arrêtées sont très vite libérées.

« Cette impunité doit finir, affirme Harouna Abarchi, sinon nous serons amené à dire bêtement : ah ces conflits sont récurrents, on ne peut rien faire. Cette fois, et bien le gouvernement doit agir, inch Allah », conclut Harouna.

Auteur: RFI – RFI

À bas la langue Arabe! Manifeste pour la langue tunisienne

TUNISIA FLAGNéji Jalloul, ministre de l’éducation a récemment déclaré qu’il comptait faire de l’anglais la deuxième langue dans l’enseignement tunisien. Cette déclaration a provoqué tout un débat à propos de l’enseignement des langues en Tunisie. Un des volets de ce débat était la question de la langue arabe. Doit-on continuer à utiliser l’Arabe comme langue officielle?

Ma réponse est clairement: non. Et voilà pourquoi:

Si l’on veut comprendre tout d’abord pourquoi il ne faut plus considérer l’Arabe comme langue officielle, il faut comprendre l’origine de l’avènement de l’Arabe comme langue officielle. Contrairement à ce que pensent beaucoup, l’arabisation du Maghreb ne s’est pas faite directement avec les conquêtes arabes. Non, il faudra attendre le XIème siècle et la venue des Beni Hilal, tribus bédouines, pour marquer le véritable point de départ de l’arabisation du Maghreb.

Sans rentrer dans les détails historiques, car ce n’est pas le but de ce manifeste, on peut affirmer que l’Afrique du Nord vécut alors un long et douloureux processus d’arabisation marqué par la sauvagerie des Beni Hilal: pillages, persécutions, destructions et anarchie. Voilà l’origine de l’arabisation du Maghreb.

A partir de là, tous ceux qui se placent en tant que porte-drapeau de la défense de la langue arabe car étant notre langue d’origine, par je ne sais quels nationalisme ou conservatisme, sont en fait les simples défenseurs de la langue de colons, qui s’est imposée par la terreur et la peur.

Leurs arguments contre l’intrusion du français dans le dialecte tunisien deviennent alors caduques étant donné qu’historiquement le Français comme l’Arabe ont été d’une façon ou une autre une langue imposée aux populations autochtones. Il n’y a donc pas de différence dans le processus d’installation de ces deux langues.

Pourquoi donc avoir choisi l’Arabe comme langue officielle? Une théorie, à mon sens plausible, qui est celle de la recherche de l’unité nationale dans le combat pour la décolonisation.

Les premières bases pour construire un État-Nation résident dans une langue commune et un mythe créateur. L’Arabe était la langue officielle avant l’avènement des colons français, et pour l’imaginaire collectif, nous sommes un peuple arabe. Les leaders du mouvement nationaliste ont donc usé de cette croyance populaire pour rassembler les gens autour d’une seule et même identité, tunisienne, arabo-musulmane, afin de mener à bien leur combat.

Si l’on veut résumer tout ceci en une phrase, nous pourrions dire que le choix de l’Arabe comme langue officielle relève de la création d’un mythe d’identité national, basé lui-même sur un épisode historique entaché de sang, mais bien sur, on oublie de mentionner ce petit détail. L’instauration de l’Arabe comme langue officielle est donc un mensonge et une insulte à la mémoire nationale.

D’un autre coté, qui aujourd’hui parle l’Arabe littéral? Les hommes politiques dans les cérémonies officielles et certains journalistes. Maintenant, qui est capable de parler l’arabe littéral? Une petite partie éduquée et cultivée de la population, la “noblesse” si l’on veut utiliser un terme anachronique. Le reste de la population, qui en fait représente l’écrasante majorité est capable d’aligner quelques phrases, mais certainement pas d’entretenir une conversation assez longue en Arabe littéral. Ceci n’est pas un dénigrement de cette partie là de la population, loin de moi l’intention de la rabaisser, mais c’est une réalité logique, car l’Arabe littéral n’est pratiqué nulle part, et tout le monde sait qu’à force de ne pas pratiquer une langue, on la perd.

Aujourd’hui, l’Arabe littéral est donc une langue perdue. Une langue écrite, et étudiée, mais rien de plus. Ses défenseurs diront que laisser tomber cette langue au profit du dialecte tunisien est un nivellement par le bas. Mieux encore, ils disent que les Français parlent tous Français, de même pour les Italiens avec leur langue, et ainsi de suite, alors pourquoi pas nous avec l’Arabe?

La meilleure réponse qu’on peut leur donner est, encore une fois, un retour à l’Histoire: Le Français, comme l’Italien aux XIVème, XVème et XVIème siècles étaient, messieurs, considérés comme des langues bâtardes, langues du “peuple” dans le sens péjoratif du terme, et ce sont des auteurs tels que Dante, Petrarque en Italie ou encore De Bellay en France qui se sont battus pour la victoire de leurs langues respectives sur le latin, alors langue officielle et de la “noblesse”. C’est ainsi que sont nés les langues française et italienne, et c’est donc ainsi que l’on a pu avoir des Hugo, Baudelaire, Gramsci et autres.

Ce combat pour la langue est à mon sens un combat civilisationnel, un combat entre le progrès et le conservatisme, un combat entre le passé et le futur. Mais c’est aussi un combat social, entre la langue du peuple, et la langue de l’élite.

Le choix de la langue est donc un choix crucial dans la construction de cette jeune République: voulons-nous une république pour tous, ou une république déconnectée de la réalité de son peuple?

Personnellement, c’est la première option qui me fait rêver. Il faut instituer une langue tunisienne.

Bien évidemment, sa mise en place et sa codification ne seront pas chose facile. Cela prendra peut-être plusieurs générations. Il faudra commencer par créer une Académie tunisienne. Les Académiciens seront chargés de codifier la grammaire, de fixer un dictionnaire et les règles de conjugaison.

Les écrivains et poètes tunisiens devront se mettre à produire des œuvres tunisiennes à 100% pour donner à cette nouvelle langue plus de légitimité et plus de connexion avec les lecteurs. Faire vivre cette langue passera donc par la production artistique, mais aussi par les traductions: traduire les grandes œuvres classiques, de chaque langue pour les rendre accessibles à tous, pourquoi pas aussi doubler les grands films.

Pour ce qui est de l’alphabet, le Tunisien étant composé à majorité par des mots d’origine arabe, l’alphabet arabe est à mon sens le plus approprié pour cette nouvelle langue. Il faudra néanmoins introduire de nouvelles lettres pour exprimer les sons absents de l’alphabet arabe tels que le “g” ou encore le “v”.

L’autre but de l’instauration de cette nouvelle langue, mis à part sa proximité avec le peuple, est de nous réconcilier avec notre propre histoire. Trop longtemps, le mythe de l’arabité de la Tunisie a dominé dans l’inconscient collectif. La Tunisie était déjà civilisée avant les conquêtes arabes.

Sans refaire le discours des 3000 ans d’histoire, la place qu’a occupée l’Arabe a éclipsé le reste de notre culture. Être Tunisien, c’est être arabe, mais aussi africain, berbère, punique, romain, turque, français, méditerranéen, etc …

Nous avions une langue avant l’occupation arabe et l’injustice est de faire croire au peuple le contraire. La Tunisie, n’est pas arabo-musulmane, terme inventé pour nous caser dans une aire culturelle afin de simplifier les lectures géopolitiques, elle est pluriculturelle et riche en diversité.

Ce n’est qu’en comprenant cela que nous arriverons à nous réconcilier avec nous-mêmes et à avancer.

Si l’on veut créer une grande nation, il nous faut détruire ce mythe de l’arabité, et le remplacer par une véritable identité nationale basée sur la vérité historique. Nous qui nous vantons toujours de “l’exception tunisienne”, c’est aujourd’hui plus que jamais le moment de procurer à cette exception une identité, quelque chose sur quoi elle se fonde, et ainsi devenir le premier pays dit “Arabe” à s’émanciper de cette énorme supercherie qu’est l’Arabité.

 

 http://www.huffpostmaghreb.com