Monthly Archives: August 2015
MAURITANIE : LES FPC « DEBOUTES » MAIS PLUS DETERMINES
Après 9 mois de gestation dans les arcanes du ministère mauritanien de l’Intérieur, la demande de reconnaissance des Forces du Progrés du Changement ( FPC)est finalement rejetée pour des raisons politiques.
Pour les observateurs les FPC tout comme le RAG ( Radical pour une Action Globale) de l’IRA sont pointés du doigt par les autorités de Nouakchott comme étant des extrémistes négro-mauritaniens.Dés cet instant les FPC rentrent dans l’histoire de la même manière qu’elles ont géré leur redéploiement en Mauritanie. Ce deuxième refus de reconnaissance à un parti négro-mauritanien en un laps de temps est la traduction logique de la radicalisation du régime de Ould Aziz. Une bataille juridique ne servirait à rien dans un pays gouverné jusqu’ici depuis 1960 par la classe politique Beydane.
En réalité les observateurs ne sont pas surpris du refus des autorités de Nouakchott de reconnaître les FPC ce nouveau parti né de la scission des FLAM après leur dernier congrés à Nouakchott en 2014. I l aura suffit 9 mois de gestation dans les arcanes du ministère de l’Intérieur pour s’opposer aux forces progressistes naissantes d’un des plus vieux mouvements politiques négro-mauritaniens qui a entamé sa longue marche de liberté depuis plus de trois décennies.Samba Thiam président des FPC et Birane Ould Abeid le président de l’IRA sont devenus en l’espace de quelques années des leaders incontestés de la communauté noire et constituent des ovnis pour la scène du pouvoir mauritanien.Dans un pays habitué à une seule couleur, paternaliste et à forte tendance tribale et régionaliste, ces deux nouveaux chefs ont réussi à incarner à eux deux des partis qui les conduits à leur tête et pour l’anti-esclavagiste et grand défenseur des droit de l’homme aux portes du pouvoir lors des dernières présidentielles.C’est conscient de ce danger que le régime de Ould Aziz s’est tourné résolument vers la radicalisation. La confirmation en a été faite lors de l’investiture du président Ould Aziz réélu pour un second mandat.
Ce nouveau quinquennat lui a permis de passer à la vitesse supérieure en condamnant à deux ans de prison ferme le président de l’IRA et son numéro deux ainsi que le président de l’Association Kawtal très active dans le social en liberté provisoire pour des raisons de santé. Le refus du récépissé aux FPC s’inscrit dans ce processus de diabolisation des partis populaires capables de concurrencer l’UPR et même les vieux partis de l’opposition qui n’ont pas encore réagi à la nouvelle donnant ainsi l’image d’une opposition de contribution au parti de la majorité l’UPR. Quoiqu’il en soit force est de reconnaître que malgré cette nouvelle mesure les FPC sont déjà reconnues par la communauté internationale et beaucoup de leaders d’opinion toute tendance confondue ainsi que des hommes d’affaires mauritaniens et de l’intelligentsia du pays. Ould Aziz ne peut pas prôner une démocratie et appliquer une dictature. C’est un signe supplémentaire d’un mensonge politique et l’instauration d’un régime à caractère raciste.Une bataille juridique c’est à dire faire appel à cette décision ne servirait à rien dans un pays où la justice est verrouillée au profit du premier magistrat.
Bakala Kane
Kassataya
Le rejet de la demande de reconnaissance des FPC à la une de la presse
La presse parue en Mauritanie cette semaine a commenté divers sujets parmi lesquels le refus de l’administration de reconnaître les Forces Progressistes pour le Changement (FPC), une formation de la mouvance nationaliste négro africaine, fondée par les dirigeants des anciennes Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM), rentrées au pays depuis 2 ans, après la répression des années 80/90, suivie d’une trentaine d’années d’exil.
Mauritanie : Samba Thiam ne renonce pas à la liberté
Le gouvernement de Ould Hademine est dans l’illégalité totale en rejetant la demande des FPC tant au plan de la procédure que les raisons invoquées par celui-ci.
C’est ce qui ressort de la conférence de presse du président de ce nouveau parti mauritanien Samba Thiam, mercredi dernier à Nouakchott. Face à cette injustice le chef historique du changement usera de tous ces droits pour combattre un tel régime « discriminatoire et inique ».Pour les observateurs une telle polarisation de plus dans le paysage politique mauritanien risque de basculer le pays dans des violences gratuites.
En refusant ainsi le récépissé à un des plus vieux mouvements de libération de la Mauritanie le gouvernement de Ould Hademine continue de diaboliser une communauté et des dirigeants négro-mauritaniens et pourtant qui ont choisi de rentrer au bercail dans la légalité.Ce rejet est très maladroit dans un contexte de crise politique qui perdure depuis juillet 2009.C’est une façon peu commode pour le régime de Ould Aziz de s’exonérer de ses responsabilités.
Une fuite en avant pour solutionner la difficile cohabitation entre les différentes communautés existantes. Vouloir réduire les FPC à un parti extrémiste anti arabo-africain est un fiasco politique et les tenants de cette équation sont ainsi dans l’illégalité au nom de la constitution mauritanienne et les lois en vigueur dans ce pays.C’est ce que Samba Thiam a essayé de traduire dans sa conférence de presse mercredi dernier à Nouakchott au lendemain de cette décision du ministère de l’Intérieur.Face à cette injustice les FPC useront de leurs droits pour combattre un tel système discriminatoire et inique a précisé le leader des ex-FLAM . Autrement dit il ne renoncera pas à la liberté et les flammes qui animent cet idéal sont aujourd’hui plus vives . Ould Aziz devra en assumer toutes les conséquences a prévenu un des plus anciens prisonniers de Ould Taya. A une politique de fer les FPC opposeront toujours leur légendaire résistance comme en témoignent les années de braise de 86 à 91. Une deuxième bataille vient de naître et la guerre sera plus longue que prévue.Résistance, appels de soutien et implantations rapides ce sont les trois dossiers qui attendent les FPC à partir de maintenant.
Bakala Kane
kassataya
Repenser les termes Arabo-berbère, négro-africain, Harratin etc.…
Plusieurs compatriotes s’offusquent quand on leur dit qu’ils sont « arabo-berbères ». D’autres n’aiment pas le qualificatif « négro-africains ». Certains trouvent inappropriés les termes : « Haratins », »Maures », « Halpoular », « Bidan » etc…. Ne doit –on pas repenser notre vocabulaire identitaire devenu source de stigmatisation, frustration et méfiance ? Il n’est que temps.
En fait, chacun sait que les Historiens, anthropologues, ethnologues, explorateurs et chercheurs s’accordent à dire que la bande sahélo saharienne dont fait partie la Mauritanie, était , avant sa colonisation ,habitée à majorité par des berbères et /ou populations noires.
Sa 1ere colonisation le fut ,vers le XVe siècle par les tribus arabes Hassan. Elle aboutit à imposer, à la plupart des autochtones, la culture arabo-islamique (dont la langue arabe, métissée en Hassanya). La 2éme invasion de ces terres sahélo-sahariennes l’était par les Français vers le XIX éme siècle, introduisant et imposant quant à elle, les termes : « Maures et Mauritanie ».
Cette Mauritanie devenue Etat indépendant en 1960, est constituée divers groupes sociaux s’identifiant chacun sous une dénomination inappropriée mais pourtant, communément admise.
Il y’a les Maures pour désigner les Bidane . Mais ces deux termes ne portent pas le même sens. Le premier est un mot français ainsi défini : « Les Maures, ou anciennement Mores, sont originellement des populations berbères peuplant le Maghreb… le terme « maure » va devenir un synonyme de « musulman », plus particulièrement de n’importe quel musulman vivant en Andalousie, qu’il soit d’origine berbère, arabe ou ibérique ».
Dans notre cas en Mauritanie ce terme est restrictif car attribué à une partie et non pas tous les habitants de la Mauritanie. Le second terme ou « Bidan » est un mot arabe qui fait référence au blanc épidermique et couleur de la peau.
Or, il se trouve que les individus qui se reconnaissent sous ce pseudo « Bidane » ne sont pas tous blancs. Ils sont en majorité Khi6driyine, noirs, bleus, rouges et surtout « café au lait » (entendre mixage du lait ou blanc d’Arabie et café noir d’Afrique).
Il y’a les Harratins. Ce terme est définie Wikipédia ainsi : « Les Haratins (ou Haratines ; singul. hartani), également appelés Maures Noirs, sont les habitants noirs des oasis du nord-ouest de l’Afrique. C’est un exonyme, qui contient des connotations négatives ».
Chez nous en Mauritanie, Il concerne en premier, les descendants d’anciens esclaves mais dans le langage courant il désigne tous les Maures noirs à cheveux crépus, y compris les nés « du concubinage servile , (droit du maitre sur sa servante) » et autres divers métis dont certains descendants des Chorfas, Emirs ainsi que tous les fortement bronzés par le soleil.
Il y’a ensuite les peuls, toucouleurs communément appelés Halpoular . Ce terme qui signifie littéralement : « Ceux qui parlent la langue poular » n’est, lui aussi, pas approprié. Il en est de même pour les termes « Hassanophones » , « Soninkés » et « Ouolofs » car Les Hassanophones, Soninkés, Ouolofs et Fulaphones (Halpoular) sont les locuteurs des langues Hassanya, Soninkés, Ouolof et poular où qu’ils résident et pas seulement en Mauritanie (dans les pays voisins).
Il y’a aussi ce qu’on appelle les négro-africains et les arabo-berbères. Le terme « negro » (noir en Espagnol) est, pour certains, péjoratif ou tout au plus diminutif. Sous cette appellation « Negro-Africains »sont classées les appartenant aux groupes ethniques Halpoular, Soninké et Ouolof considérés d’origine généalogique Africaine. Et les Haratins ? Ne sont –ils pas issus aussi de cette origine Africaine ? Pourquoi les en priver ?
Le terme « Arabo-berbère » se dit des « Bidane » ou Maures. Là aussi, le terme prête à équivoque. En Fait ! Il est vrai que ce groupe social est arabe de par sa culture et berbère de par sa généalogie et souvent sa biologie mais en quoi cela diminue-t-il de son Africanité ? Arabo-berbero-Africain est plus conforme.
Ely Salem Khayar
Procès Habré et Fondation pour l’égalité des chances en Afrique : éclaircir la jungle
Deux événements récents interpellent, non seulement, par leur coïncidence mais, aussi, par leur médiatisation remarquée. Le premier, l’ouverture du procès de Hissène Habré, le 20 Juillet, à Dakar, en certes beaucoup plus grande part que le second, la déclaration officielle de la toute nouvelle fondation de Mohammed ould Bouamatou : « Pour l’égalité des chances en Afrique ». Analyse express au-delà des apparences…
Par un de ces hasards qui ont bien du mal à paraître tel, il se trouve qu’un des avocats appelés à promouvoir ladite fondation est également partie prenante dans la défense des quelque quatre mille deux cents victimes, directes et indirectes, qui se sont portés parties civiles contre le dictateur tchadien. Maître Georges-Henri Beauthier a pu ainsi surfer, au « Grand Angle » du 64’ de TV5 Monde (1), sur cette coïncidence, en insistant sur l’aspect « développement de la démocratie et lutte contre la corruption » qu’entend développer prioritairement la nouvelle fondation de Bouamatou.
Une telle opportunité permettra-t-elle de dissiper le malaise que pourrait éprouver le moindre observateur attentif de l’actualité ne connaissant pas personnellement le célèbre homme d’affaires mauritanien ? Sa Fondation pour l’égalité des chances paraît, en effet, de l’acabit de diverses autres de même nom qui ont toutes en commun d’être parrainées, en tout ou en partie, par des personnes ou des multinationales très impliquées dans le maniement des dérivés bancaires – essentiellement produits par les assurances.
Commençons par abattre l’arbre !
Il n’en reste pas moins que le procès du lampiste – Hissène Habré en l’occurrence – constitue une réelle chance d’avancée notable, pour la démocratie et l’éveil citoyen en Afrique. Se maintenir indéfiniment au pouvoir, tel un monarque absolu, massacrer les opposants – Hissène Habré est marqué, au fer rouge, par les quarante mille morts et les quelque deux cent mille personnes torturées par sa sanguinaire police secrète, la DDS, placée directement sous son autorité, durant les huit années de son règne– spolier les biens d’autrui, appauvrir des hommes d’affaires et en élever d’autres ex-nihilo, promulguer des lois et en abroger d’autres, juste pour servir ses intérêts personnels et ceux de son clan, tout cela par instrumentalisation de l’appareil d’Etat, voilà que cela ne serait enfin plus possible, notamment grâce aux avancées dans la protection des droits de l’homme ? Allons-y donc, résolument, et si la contribution, à cette fin, de Mohammed ould Bouamatou et consorts ne peut pas nous faire oublier les responsabilités réelles, dans l’établissement – et, souvent, le maintien – des dictatures, elle n’en est pas moins bienvenue.
Certains voudraient m’opposer, ici, mon amitié envers l’homme. Elle est réelle et indéfectible : je connais sa valeur. Mais elle n’a été et ne sera jamais aveugle. Lorsqu’en 2009, celui-ci m’a sollicité pour le soutien de son cousin candidat à l’élection présidentielle – il croyait, sincèrement, en l’affiche de rectification du système mauritanien – je lui ai opposé un refus net et sans appel. « Tu te méprends sur lui. Il te caresse, aujourd’hui, dans le bon sens du poil car il a besoin de toi mais, une fois arrivé à ses fins, il tournera le dos à ses alléchantes promesses et te poignardera dans le tien, sitôt qu’il le pourra : jamais il ne se résoudra à s’accepter redevable de quoi que ce soit à qui que ce soit ». Il n’a fallu guère de temps, aux évènements, pour confirmer mon diagnostic et Mohamed ould Bouamatou a eu, lui, cette lucide droiture de me faire part de sa justesse, reconnaissant humblement son erreur. Cela donne, à sa nouvelle Fondation, une toute autre dimension qu’une simple opération de communication.
Clairières dans la jungle…
On s’étonne, cependant, du gigantisme de la tâche annoncée. L’Afrique, c’est, tout de même, un milliard d’habitants et l’étendue du besoin, pour seulement faire frémir un début de dynamisme vers l’égalité de leurs chances, dépasse, très largement, les capacités d’un seul mécène, aussi fortuné soit-il. « Nous sommes modestes », a rappelé maître Beauthier, dans son intervention à « Grand Angle », signifiant, par-là, qu’il coulera bien des eaux sous les ponts, souffleront bien des vents sur les dunes, avant que ne se dessine quelque chose de significatif, à l’échelle continentale, de l’objectif affiché.
En attendant et au-delà des efforts, conséquents, déjà entrepris dans le domaine de la santé en Mauritanie – l’hôpital ophtalmologique de Nouakchott en est la plus patente illustration – c’est dans l’aide aux media indépendants, la formation des cadres et l’alternative à l’immigration que la nouvelle fondation entend se distinguer, en se focalisant sur quelques pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Mauritanie, Sénégal, notamment, indique maître Beauthier). En tout cela, on peut entendre une certaine compréhension de la nécessité, désormais vitale pour l’humanité, de (re)construire des ponts entre le global et le local, le quotidien, l’hier et le lendemain, le proche et le lointain. L’initiative fera-t-elle des émules, à défaut d’attirer, en son sein, suffisamment de donateurs pour la développer sur tout le continent ?
Tout est là. Sans doute n’abattra-t-on jamais la jungle et cela se révèlera heureux, en définitive, dans la mesure où l’on aura su y tailler, tout de même, suffisamment de clairières pour qu’autour de bons feux alimentés par la forêt voisine, les citoyens y puissent échanger savoirs, expériences et sagesses, à égalité de chances de faire fructifier, chacun, ses qualités et, tous ensemble, leur humanité commune. Une vieille utopie, sans doute. Mais qui prend, sous le fouet de l’hydre financière mondiale, l’allure d’un réflexe vital et ce n’est pas le moindre des signes précurseurs de cette conscience retrouvée que de voir les plus instruits des méfaits de l’oligopole commencer à abattre quelques arbres, ici et là…
Ahmed Ould Cheikh
LE CALAME




