Monthly Archives: June 2011
Zones d’ombre du recensement administratif : Kadiata Malick Diallo embarrasse Ould Boilil
L’opération du recensement lancée officiellement depuis le 5 mai dernier par le président de la république, continue de soulever des vagues aussi bien dans les médias, les discussions entre citoyens lambda que dans les débats houleux à l’assemblée nationale.Dimanche dernier, le ministre de l’intérieur et de la décentralisation a été interpellé devant cet auguste hémicycle pour répondre sur les non-dits de ce recensement administratif, résumés dans une question orale soulevée par la députée Ufp Kadiata Malick Diallo à propos de cette opération.
Après un rappel succinct du coup d’envoi officiel de l’opération dite « enrôlement des citoyens », le 5 mai dernier par le Président de la République, autrement dit le recensement administratif annoncé depuis plus d’un an environ, .la députée Ufp a interpellé le ministre le l’intérieur et de la décentralisation Mohamed Ould Boilil en soulignant que cette opération, présentée par le gouvernement comme un phénomène qui doit révolutionner le état civil « a l’air de se dérouler dans la semi-clandestinité à cause du manque d’explication, de sensibilisation et d’implication de l’ensemble des acteurs, indiquant que «tout le monde se pose la question : « qu’est ce qui est entrain de se faire là ? ».
Dans son développement illustré et appuyé, la députée Kadiata Malick Diallo n y est pas allée du dot de la cuillère pour démontrer l’ampleur des erreurs qui peuvent résulter d’une opération aussi importante organisée à la va-vite et sans moyens de sensibilisation à la hauteur du recensement.
Elle a mis à contribution dans son argumentaire, les nombreuses erreurs constatées dans des recensements antérieurs, où, pourtant toutes les dispositions avaient été prises pour assurer leur total succès, aboutissant à la non inscription de 20 à 25% des mauritaniens.
Il s’agit malgré tout de démembrements précédés d’une campagne de sensibilisation large et diversifiée avec un déploiement des équipes d’enquêteurs sur toute l’étendue du territoire national, ainsi que de l’organisation d’un recensement porte à porte systématique, mais qui n’ont pu s’épargner de telles considérables imperfections.
S’il en tel pour les recensements antérieurs, quel sera alors le degré des erreurs dans l’actuel enrôlement des citoyens qui souffre cruellement d’une absence de sensibilisation aussi soulevée par la députée Ufp que reconnue par le ministre de l’intérieur, lequel a promis de combler dans les prochains jours le retard accusé en la matière.
La députée a posé également le problème de la centralisation extrême rendant l’opération impossible, déplorant le fait que la commission départementale soit installée au seul chef lieu de la Moughataa, vers lequel il faut malheureusement déplacer tout le monde (personnes âgées, handicapées, enfants…. « Vous imaginez ce que cela demande (transport, hébergement, perte de temps et autres a –t-elle demandé au ministre de l’intérieur.
Elle a cité à ce stade l’exemple du village de Warganguet situé à 620km de la Moughataa de Oualata dont il relève. « Il faut un voyage de sept (7) jours à dos de chameau pour aller du village au chef lieu de la Moughataa » souligne-t-elle, s’adressant en ces termes au ministre « vous pensez que les populations de ce village vont voir l’intérêt de cette opération qu’on n’a même pas pris le soin de leur expliquer pour faire tant de sacrifices pour aller se faire recenser », évoquant un cas concret qui vient d’ailleurs de se passer à Kiffa où « un chef traditionnel qui est déjà assez âgé est venu se faire recenser et lorsqu’on lui a dit d’aller d’abord chercher sa mère qui est vivante pour la faire enregistrer avant lui, il a répondu que sa mère vu son état ne sera jamais déplacée de son village pour un recensement ! Que faire alors» a-t-elle ajouté.
La député a poursuit dans sa lancée la mise à nu de l’opération, répertoriant les lacunes constatés dans les autres aspects de ce recensement administratif dont les cas des mauritaniens résidents à l’extérieur, qui ne semblent pas être concernés par ce démembrement, l’absence de procédures préalablement établies, les dispositions humiliantes et dégradantes pour les citoyens et comportement provocateur de la commission de recensement…
Evoquant la réticence des communautés mauritaniennes vis-à-vis de cette opération, elle a souligné que les négro-africains ont le sentiment que ce recensement est destiné à les exclure, que le pouvoir ne fait rien pour les rassurer sans compter l’attitude pire des commissions à leur égard qui justifie leurs craintes. Pour les arabes, à cause des obstacles et difficultés et du fait du manque de sensibilisation pour montrer l’importance de l’opération, ils ne seront certainement pas nombreux à venir au lieu de recensement estime-t-elle, soulignant le faible effectif pris par jour et par centre (en moyenne 40 personnes par jour et par centre).
« A Nouakchott par exemple et à ce rythme, les 9 Moughataa recenseront par jour 360 personnes en moyenne et donc 10800 personnes par mois. La population de Nouakchott étant proche de 1.000.000 d’habitants, il faudra alors 92 mois c’est-à-dire 7 ans et demi pour terminer le recensement et cela en y incluant même les week-ends. Si on exclut les week-ends il faudra 11ans pour finir. C’est donc une opération sans fin » ajoute la députée.
Soulevant d’autres difficultés de l’opération, elle souligné qu’en cas d’erreurs il n’y a pas de correction ou du moins pas maintenant. « Voila un enfant né en 2009 et dont les parents se sont mariés en 2008 et ont établi un certificat de mariage le 1er décembre 2008 et le nouvel acte de naissance de l’enfant établi le 10 mai 2011 dit qu’il est né en 2007. Le père de l’enfant a tout fait pour corriger, on lui a dit que seul un tel doit corriger et ce dernier contacté a fait savoir qu’il n’y a pas de corrections ».
La députée Kadiata Malick Diallo conclut sa question orale en abordant les aspects financiers de l’opération et le coût exorbitant qu’elle représente pour l’Etat aussi bien en termes d’argent que de temps perdu dans une opération vouée à l’échec.
« Dans l’opération actuelle, beaucoup de moyens ont été dégagés et elle a déjà coûté dit-on 13.000.000.000 UM pour un résultat qui va être un fiasco. Comment appeler ça si ce n’est pas la gabegie » dit-elle, soulignant la destruction de l’ancien état civil et le risque pour le nouveau de ne pas voir le jour.
« Vous-mêmes vous ne croyez certainement pas à cette opération mais vous faites semblant. Je crois Monsieur le Ministre que vous n’avez pas le droit de vous jouer comme ça de la Mauritanie, parce que ce qui est en train de se faire est un crime contre l’Etat mauritanien et les responsables un jour devront rendre des comptes » lance-t-elle à l’adresse du ministre, lui signifiant qu’il faut mieux signer l’échec et repartir d’un bon pied en révisant tout l’arsenal juridique de l’Etat civil en particulier la loi 2011-003 portant code de l’Etat civil et ses décrets et arrêtés d’application.
Cela présente selon la député les avantages de se débarrasser de l’actuel logiciel et de désigner des fonctionnaires compétents et neutres à la tête du département en charge de l’Etat civil ainsi qu’arrêter des procédures claires, transparentes et applicables tant au niveau des structures que de la méthodologie. « Le recensement est un service de proximité et on peut le faire sans déployer des équipes mobiles vers les domiciles des citoyens » finit-elle.
Synthèse de MOML –Le Rénovateur
Editorial du Calame: A chacun son souci
Après les éructations consécutives à la poussée de la jeunesse du 25 février, qui ont, apparemment, fait long feu – pour des raisons sur lesquelles il faudra revenir – la scène politique frémit à nouveau. C’est, d’abord, le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, qui jette un énorme pavé dans la mare, en affirmant qu’Ould Abdel Aziz est sincère, dans sa volonté de dialogue. Contrairement à ce que pense la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) à laquelle il appartient. Quelques jours après, il revient, de nouveau, à la charge, en déclarant qu’il est prêt à dialoguer avec le pouvoir, même si ses amis ne s’y résolvent pas. Stupeur et consternation, à la COD, dont certains éléments avaient, déjà, remarqué, depuis quelque temps, que le pourfendeur du coup d’Etat du 6 août 2008, celui qui tenait la dragée, si haute, à Ould Abdel Aziz, commençait à «flancher» dangereusement. Ce à quoi le vieux leader haratine réplique qu’il s’est opposé, quand il le fallait, et qu’à présent, il opte pour l’apaisement. Que récoltera cette main tendue? Un dialogue franc, sincère et honnête, sur les problèmes de l’heure, notamment les prochaines élections qui pointent à l’horizon? Ou, encore une fois, les désillusions d’une énième manœuvre d’Ould Abdel Aziz pour diviser l’opposition, renforcer sa position, en attendant le passage de l’orage du mécontentement populaire grandissant? Comme ce qui s’est passé avec Ould Daddah, pour qui le général avait les yeux de Chimène, après le coup d’Etat de 2008, et à qui il fit une cour, assidue, avant de le lâcher, avec fracas. Certes, rien n’indique qu’il fera la même chose avec Messaoud. Opposant échaudé devrait, pourtant, craindre l’eau froide. A moins que Messaoud ne veille faire payer, à Ould Daddah, son soutien à Ould Abdel Aziz, aux premières heures de la «rectification».
Autre pierre jetée dans le marigot: la déclaration d’Ould Daddah selon laquelle son parti ne serait pas concerné par les élections municipales et législatives prévues pour la fin de l’année en cours. Le chef de file de l’opposition a multiplié, ces derniers temps, les sorties, au vitriol, contre le pouvoir en place; qui ne fait pas grand-chose, en retour, pour maintenir le contact avec ceux de l’autre camp, gérant le pays de manière unilatérale. Même pour des élections aussi importantes que celles qu’il compte organiser, il n’a posé, jusqu’à présent, aucun geste, à l’endroit de partis pourtant concernés, au premier chef. Le code électoral n’a toujours pas été débattu, pas plus que la mise en place d’une CENI et autres dispositions liées à l’organisation matérielle du scrutin. Le pouvoir gagnerait, cependant, à associer tous les acteurs, ne serait-ce que pour éviter des contestations. Cela pourrait, surtout, permettre, à Ould Abdel Aziz, de tester, en amont, sa vraie popularité et de se rendre compte si la «vague» qui l’a porté au pouvoir croit, toujours, aux lendemains qu’il lui a promis. Mais est-ce là son principal souci?
AHMED OULD CHEIKH- LE CALAME
Djigo Moussa, à propos de la mise a disposition de terres au profit d’investisseurs saoudiens : « C’est la mort programmée de l’élevage local… »
Djigo Moussa est président du comité de suivi des affaires foncières, une structure mise en place par les représentants de 60 villages de la Moughata’a de Boghé pour produire un document par lequel, les populations feront valoir leurs droits sur les terres du Brakna mises à disposition d’investisseurs saoudiens par les autorités mauritaniennes. M. Djigo est un ancien cadre de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) où il occupa pendant de longues années le poste de chef de service de travail et migrants. Depuis 2002 après avoir démissionné de cette boîte, il travaille à la mairie de Boghé comme responsable du service technique de la commune. Il a accepté de répondre à nos questions.
Le Quotidien de Nouakchott : Le gouvernement Mauritanien vient de rendre publique un avis par lequel, il annonce son intention de mettre une importante superficie de terrains à usage agricole situées dans la Wilaya du Brakna à la disposition d’investisseurs saoudiens. En tant que citoyen président du comité de suivi des affaires foncières mis en place par les représentants de 60 villages qui s’opposent à ce projet, et un citoyen Mauritanien tout court, qu’en pensez vous ?
Djigo Moussa : La crise alimentaire mondiale de ces dernières années, l’accentuation du réchauffement climatique et ses effets notamment la raréfaction de l’eau (surtout dans les pays de la péninsule arabique), la recherches de solutions alternatives par les biocarburants, constituent aujourd’hui un leitmotiv pour les dirigeants des pays riches et/ou émergeants. Ces pays se projettent déjà dans l’avenir pendant que nos dirigeants paradent dans l’insouciance pour ne pas dire l’inconscience. Les tentatives de résolution de ces problèmes et leurs effets politiques, sociaux et économiques, empreintes des voies inattendues, insolites voire perverses. Les voies forcent les portes des pays pauvres de la planète, en particulier les portes des pays africains. Mais de tous les pays pauvres, les pays les plus facilement forcées-avec désinvolture- sont des pays où la démocratie est encore un habit. Il est surprenant après plus de cinquante ans d’indépendance que les administrations compétentes de l’Etat, ne sachent pas la nature de zone de grand pastoralisme de cette partie qu’ils projettent de concéder aux Saoudiens.
Voilà qu’après 50 ans d’indépendance que l’Etat Mauritanien reste encore à faire. Jusqu’ici, les intérêts des affairistes viennent avant ceux, fondamentaux, essentiels, communs, du peuple Mauritanien dans ses différentes composantes. Voilà, des investisseurs qui veulent se libérer de leur dépendance alimentaire avec l’aide de nos dirigeants et nous laisser nous, les citoyens, continuer à dépendre des importations, dans un contexte mondial de rareté chaque jour plus importante, des produits alimentaires.
Voilà des investisseurs qui cherchent à se faire concéder nos terres pour les biocarburants alors que nos populations continuent à végéter dans la misère et mourir de faim pendant que nos populations restent encore soutenues, à bras le corps, par les organisations internationales.
Voilà des investisseurs qui viennent chez nous pour préserver et économiser leurs réserves d’eau et utiliser les nôtres pendant que nos populations vivent dans l’eau et ne savent qu’en faire. Le Crédit Agricole leur étant totalement fermé mais ouvert exclusivement aux parasites du pouvoir.
Le contrat-bail que l’Etat a fait ou fera avec les investisseurs est tout sauf lisible ; un contrat lisible devrait être connu de l’administration, des élus (députés et sénateurs) et la ou les contreparties devraient être connues, les retombées prévues précisées. Tout porte à croire que c’est un projet conçu entre l’Etat Mauritanien et des affairistes nationaux d’une part et les investisseurs Saoudiens d’autre part. Dans ces conditions, il y’aura un contrat officiel insignifiant du point de vue des avantages pour le pays et un contrat de l’ombre qui sera de loin le plus important et par lequel des comptes à étranger des hommes du pouvoir et de leurs lieutenants seront remplis de pétrodollars.
Quotidien de Nouakchott : Pouvez-vous nous fournir des indications plus détaillée sur la position exacte des populations de Boghé exprimée à travers les représentants de 60 villages qui vous ont désigné à la tête du comité de suivi ?
Djigo Moussa : Les délégués des différents villages de la commune de Boghé comme de tous les quartiers de la ville de Boghé, comme toutes les organisations d’agriculteurs et d’éleveurs comme des organisations des femmes et des jeunes, se sont réunis le jeudi, 26 Mai pour réaffirmer sans équivoque et de manière unanime, leur rejet solennel et total du projet de l’Etat de concéder cette zone agropastorale aux Saoudiens. Je dis réaffirmé parce qu’il a paru du fait d’une réaction antérieure qui prête à interprétation, que ce projet était susceptible d’être accepté sous certaines conditions. Il n’en est rien. Cette rédaction était une tricherie conçue par un homme qui ne représente que sa seule personne. La position des populations, c’est non.
Ce projet se fonde ; d’une part, sur les dispositions pertinentes de la législation foncière et domaniale du pays, notamment du décret N° 2010-080 abrogeant et remplaçant le décret N° 2000/089 du 17 juillet 2000 portant application de l’ordonnance 83. 127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale et d’autre part, sur le fait qu’un tel projet constitue, objectivement un attentat à la vie du cheptel et des populations des localités concernées, étant donné que c’est la seule zone de grand pastoralisme du département.
Quotidien de Nouakchott : Quel sera, selon vous l’impact du projet Saoudien, sur la vie des populations et du cheptel de la région au cas le président de la république, M. Mohamed O Abdel Aziz déciderait d’attribuer cet espace vital aux investisseurs du royaume d’Arabie Saoudite ?
Djigo Moussa : L’impact ne peut être que négatif. A la fois du point de vue du pastoralisme, du point de vue économique et social que du point de vue environnemental et sanitaire. Je pense un tout premier lieu que l’Etat Mauritanien est entrain, en toute connaissance de cause, d’attenter à la vie des populations du département, car, ces populations vivent pour une bonne partie d’entre elles, principalement des revenus de l’élevage. Or, la seule zone pastorale dans laquelle se menait cet élevage est précisément celle que l’Etat veut attribuer. Cela signifie pour ma part la mort programmé de l’élevage local. Il y’a une deuxième conséquence de la mise en œuvre de ce projet : les terres agricoles riveraines du fleuve ne pourront plus être cultivées car le cheptel se rabattra forcément au sud pour se préserver et s’abreuver, s’il ne passe pas au Gorgol, au Guidimakha, au Mali ou au Sénégal. Les champs deviendront des pâturages (ils l’étaient déjà, mais à un moindre degré). La troisième conséquence, ce sera la résurgence, la multiplication, l’amplification des conflits entre agriculteurs et paysans. La quatrième conséquence, au sud du pays, il n y’a pas suffisamment de forages pastoraux capables d’abreuver le cheptel qui dépendait avant de mares, de marigots, des dépressions, des puits pastoraux que contenaient la zone. La cinquième conséquence est que la pression sur la faune sera d’autant plus importante qu’elle s’appliquera sur une partie très réduite de parcours, et à terme, tout pâturage disparaîtra. La sixième conséquence, c’est que ce projet, qu’il utilise l’eau provenant de forages ou de l’eau provenant du fleuve, aura des répercussions à long terme sur nos réserves d’eau, épuisera rapidement les nappes phréatiques et accéléra le phénomène de la sécheresse. La septième conséquence sera que le paludisme, auparavant circonscrit au sud remontera au nord et le répit annuel que connaissait les populations et le bétail prendra fin de manière définitive.
Enfin, le bétail cherchant de l’eau et des pâturages et qui sera forcément attiré par ces nouvelles zones humides et vertes, provoquera des dégâts qui seront sources de conflits entre pasteurs et nouveaux occupants du terrain.
Le Quotidien de Nouakchott : Comment compter vous réagir pour faire échec à ce projet du gouvernement Mauritanien ?
Djigo Moussa : Nous sensibiliseront toutes les populations du département, tous les élus, tous les ressortissants demeurant à Nouakchott et à l’intérieur du pays et à l’étranger autour de notre refus. Nous saisirons la presse nationale et internationale, l’ensemble des partis politiques, des organisations de la société civile du pays. Nous saisirons un avocat et nous porterons cette affaire devant les juridictions compétentes. Nous comptons aller plus loin en saisissant la commission des Nations Unies chargée des affaires foncières. Une série de marches de protestation sont programmées dans notre plan d’action à la fois au plan local que celui de Nouakchott. Nous établirons une liste noire de nos cadres dont le comportement nous apparaitra suspect. Nous mobiliseront les populations pour des journées ville morte. A l’administration locale, nous remettrons un dossier circonstancié et documenté dans lequel nous exprimerons notre refus et les raisons qui le fondent. Enfin, nous solliciterons de tous nos marabouts, des prières contre tous ceux qui sont derrière ce projet. Je vous remercie.
Propos recueillis par Thièrno Souleymane CP Brakna Quotidien de Nouakchott.
Projet d’identification des tombes : Sorimalé n’oublie pas
La décision du gouvernement mauritanien de procéder à la localiser des tombes des personnes disparus dans des conditions ambigües depuis 1960 suscitent souvenir et espoir chez les parents des victimes d’exécutions sommaires dans les années 1989. A l’époque, dans la localité de Sorimalé (commune de Niabina) la presse et les ONG de droits de l’Homme avaient révélé l’existence d’une fosse commune. Les habitants de Sorimalé, se souviennent toujours des victimes…
Le village est en bordure du fleuve Sénégal à quelques 15 Km de Niabina. Il a été rendu célèbre par les atrocités qui y ont été commises entre 1989 et 1991 et dénoncées par la presse indépendante et les organisations internationales des droits de l’Homme dont principalement « Agir Ensemble ». Dans la fosse commune à l’origine du scandale étaient enterrés Mamadou Thiawgou, Thierno Moctar et Samba Diouldé et à côté d’eux dans une autre tombe, Abou Ly fils de Mamadou Thiawgou, rappelle Ali Maya un ancien militaire et aussi un ancien garde que nous avons rencontré à son domicile à Sorimalé. Tout tremblotant, il explique que sa maladie fait suite aux tortures que lui ont fait subir les gendarmes après la mort d’un commerçant du village tué par des inconnus. Idem, ajoute t-il, pour Hamath Atoumani torturé également à mort pour les mêmes faits avant de succomber de ses supplices corporels. La liste des atrocités est longue selon Ali Maya qui cite quelques victimes, notamment : Ibrahima Samba Anne, conducteur de blindé tué et enterré à Inal en 1990, le militaire Abou Alassane Gaye à NBeïka, Amadou Diouldé Thiongane tué par des gardes dans la périphérie du village de Sorimalé puis enterré à côté d’un vieux four abandonné avant d’être déplacé à un endroit inconnu. Il évoque aussi le crime commis à l’endroit d’un malade mental du village de Sorimalé, Abou Guèye tué froidement par des gardes qui l’avaient croisé. Son corps repose depuis lors au cimetière du village. « Ici, de 1989 jus qu’en 91, les forces de sécurité avait la gâchette facile tirant sur des individus comme s’ils chassaient du gibier en plein village sous l’œil d’une population terrorisée » explique t-il quelques larmes aux yeux.
Sorimalé souffre toujours…
Sorimalé est un village meurtri par ces atrocités d’un tout autre âge. Ses habitants souffrent dans le silence de l’enclavement, du manque d’infirmier pour le poste de santé, puisque tous les professionnels de santé qui y sont affectés finissent par déserter les lieux pour des endroits plus cléments. Il faut dire que la vie dans le village est dure. Bien qu’au bord du fleuve, l’approvisionnement en eau est une véritable corvée pour ses habitants. Les foyers s’approvisionnent dans un puits du village et puiser pour ses femmes n’est pas chose aisée. Le marché est peu fourni et quand il l’est cela vient du côté sénégalais. Il n’y a pas d’électricité sauf quelques éclairages solaires. Le transport pour se déplacer à l’intérieur de la commune est difficile. Peu de véhicules circulent dans la zone obligeant les habitants à recourir régulièrement aux charrettes. L’Etat mauritanien y est quasi absent. En période d’hivernage le village est coupé de la commune de Niabina disons de tout le département à cause des eaux.
Pour l’histoire, les habitants de la commune de Niabina se souviennent des douloureux évènements de 1989 qui ont conduit à des déportations massives de citoyens Mauritaniens et des exécutions sommaires dans plusieurs localités de la commune jusqu’ici non élucidées. Si certaines tombes sont connues d’autres ne le sont pas et les familles endeuillées crient leurs douleurs. Mme Rougui Kowri Sy (Photo) n’arrive pas à oublier le décès de son mari à Nouadhibou en 1990, feu Adama Ibra NDongo électricien à la SNIM. Elle raconte : « Il a été arrêté une première fois avec d’autres avant d’être relâché. Quelques temps après, il est arrêté une seconde fois avant que je n’apprenne son décès en captivité trois jours plus tard. Pourquoi est-il mort subitement alors qu’il ne souffrait de rien ? Je ne sais pas jusqu’ici où il a été enterré ». Selon elle, Adama Ibra NDongo avait trois femmes et 10 enfants.
Abdoulaye Idi Ly (Photo), agriculteur de son état à Niabina, raconte pour sa part que son grand frère Demba Idi Ly et sa sœur Coumba Idi Ly ont été exécutés en 1989 froidement par des forces de sécurité mauritanienne à la berge du fleuve à « dirol » situé à l’est du village de Dawalel non loin de MBagne. (NDLR) : Dirol est une plaine définie comme une zone d’épandage du Sénégal. Selon lui au moment des faits il était en Libye où il gagnait son pain. « J’ai été informé du drame par lettre avant que je ne décide de rentrer précipitamment au pays ». A en croire Abdoulaye Idi Ly, le drame s’est passé au bord du fleuve au moment où ils voulaient traverser le fleuve tôt le matin à cet endroit-là. « L’histoire est connue de tout Niabina et personne ne sait avec précision où ils ont été enterrés sauf que c’est dans la zone de dirol. Il est possible que les corps soient finalement emportés par les eaux du fleuve sous la pression des forts courants. Jusqu’ici le deuil n’a pas été fait. Parce que à l’époque l’Etat ne communiquait pas et il était interdit de se regrouper même pour des condoléances ».
Reportage Moussa Diop –LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT
Le parti Hatem se retire de la majorité présidentielle
Le parti Hatem de Saleh Ould Hanenna a annoncé, lundi, son retrait de la majorité présidentielle, aprés avoir appartenu, pendant trois ans, aux soutiens du président Moahmed Ould Abdel Aziz. Ce nouveau positionnement de Ould Hanenna a été annoncé au cours d’une conférence de presse animée par les dirigeants de ce parti, au cours de laquelle Saleh Ould Hanenna en a expliqué les motivations, notamment « l’absence de concertation au sein des soutiens du président Mohaed Ould Abdel Aziz et la gestion unilatérale des affaires politiques ». Dans une déclaration rendue publique en marge de cette conférence de presse, le parti Hatem a lancé un appel à l’endroit « des forces vives du pays afin qu’elles agissent pour éviter le pire à un moment où le pays risque de s’acheminer vers l’impasse et de se retrouver au bord du précipice»
ANI




