Zones d’ombre du recensement administratif : Kadiata Malick Diallo embarrasse Ould Boilil
L’opération du recensement lancée officiellement depuis le 5 mai dernier par le président de la république, continue de soulever des vagues aussi bien dans les médias, les discussions entre citoyens lambda que dans les débats houleux à l’assemblée nationale.Dimanche dernier, le ministre de l’intérieur et de la décentralisation a été interpellé devant cet auguste hémicycle pour répondre sur les non-dits de ce recensement administratif, résumés dans une question orale soulevée par la députée Ufp Kadiata Malick Diallo à propos de cette opération.
Après un rappel succinct du coup d’envoi officiel de l’opération dite « enrôlement des citoyens », le 5 mai dernier par le Président de la République, autrement dit le recensement administratif annoncé depuis plus d’un an environ, .la députée Ufp a interpellé le ministre le l’intérieur et de la décentralisation Mohamed Ould Boilil en soulignant que cette opération, présentée par le gouvernement comme un phénomène qui doit révolutionner le état civil « a l’air de se dérouler dans la semi-clandestinité à cause du manque d’explication, de sensibilisation et d’implication de l’ensemble des acteurs, indiquant que «tout le monde se pose la question : « qu’est ce qui est entrain de se faire là ? ».
Dans son développement illustré et appuyé, la députée Kadiata Malick Diallo n y est pas allée du dot de la cuillère pour démontrer l’ampleur des erreurs qui peuvent résulter d’une opération aussi importante organisée à la va-vite et sans moyens de sensibilisation à la hauteur du recensement.
Elle a mis à contribution dans son argumentaire, les nombreuses erreurs constatées dans des recensements antérieurs, où, pourtant toutes les dispositions avaient été prises pour assurer leur total succès, aboutissant à la non inscription de 20 à 25% des mauritaniens.
Il s’agit malgré tout de démembrements précédés d’une campagne de sensibilisation large et diversifiée avec un déploiement des équipes d’enquêteurs sur toute l’étendue du territoire national, ainsi que de l’organisation d’un recensement porte à porte systématique, mais qui n’ont pu s’épargner de telles considérables imperfections.
S’il en tel pour les recensements antérieurs, quel sera alors le degré des erreurs dans l’actuel enrôlement des citoyens qui souffre cruellement d’une absence de sensibilisation aussi soulevée par la députée Ufp que reconnue par le ministre de l’intérieur, lequel a promis de combler dans les prochains jours le retard accusé en la matière.
La députée a posé également le problème de la centralisation extrême rendant l’opération impossible, déplorant le fait que la commission départementale soit installée au seul chef lieu de la Moughataa, vers lequel il faut malheureusement déplacer tout le monde (personnes âgées, handicapées, enfants…. « Vous imaginez ce que cela demande (transport, hébergement, perte de temps et autres a –t-elle demandé au ministre de l’intérieur.
Elle a cité à ce stade l’exemple du village de Warganguet situé à 620km de la Moughataa de Oualata dont il relève. « Il faut un voyage de sept (7) jours à dos de chameau pour aller du village au chef lieu de la Moughataa » souligne-t-elle, s’adressant en ces termes au ministre « vous pensez que les populations de ce village vont voir l’intérêt de cette opération qu’on n’a même pas pris le soin de leur expliquer pour faire tant de sacrifices pour aller se faire recenser », évoquant un cas concret qui vient d’ailleurs de se passer à Kiffa où « un chef traditionnel qui est déjà assez âgé est venu se faire recenser et lorsqu’on lui a dit d’aller d’abord chercher sa mère qui est vivante pour la faire enregistrer avant lui, il a répondu que sa mère vu son état ne sera jamais déplacée de son village pour un recensement ! Que faire alors» a-t-elle ajouté.
La député a poursuit dans sa lancée la mise à nu de l’opération, répertoriant les lacunes constatés dans les autres aspects de ce recensement administratif dont les cas des mauritaniens résidents à l’extérieur, qui ne semblent pas être concernés par ce démembrement, l’absence de procédures préalablement établies, les dispositions humiliantes et dégradantes pour les citoyens et comportement provocateur de la commission de recensement…
Evoquant la réticence des communautés mauritaniennes vis-à-vis de cette opération, elle a souligné que les négro-africains ont le sentiment que ce recensement est destiné à les exclure, que le pouvoir ne fait rien pour les rassurer sans compter l’attitude pire des commissions à leur égard qui justifie leurs craintes. Pour les arabes, à cause des obstacles et difficultés et du fait du manque de sensibilisation pour montrer l’importance de l’opération, ils ne seront certainement pas nombreux à venir au lieu de recensement estime-t-elle, soulignant le faible effectif pris par jour et par centre (en moyenne 40 personnes par jour et par centre).
« A Nouakchott par exemple et à ce rythme, les 9 Moughataa recenseront par jour 360 personnes en moyenne et donc 10800 personnes par mois. La population de Nouakchott étant proche de 1.000.000 d’habitants, il faudra alors 92 mois c’est-à-dire 7 ans et demi pour terminer le recensement et cela en y incluant même les week-ends. Si on exclut les week-ends il faudra 11ans pour finir. C’est donc une opération sans fin » ajoute la députée.
Soulevant d’autres difficultés de l’opération, elle souligné qu’en cas d’erreurs il n’y a pas de correction ou du moins pas maintenant. « Voila un enfant né en 2009 et dont les parents se sont mariés en 2008 et ont établi un certificat de mariage le 1er décembre 2008 et le nouvel acte de naissance de l’enfant établi le 10 mai 2011 dit qu’il est né en 2007. Le père de l’enfant a tout fait pour corriger, on lui a dit que seul un tel doit corriger et ce dernier contacté a fait savoir qu’il n’y a pas de corrections ».
La députée Kadiata Malick Diallo conclut sa question orale en abordant les aspects financiers de l’opération et le coût exorbitant qu’elle représente pour l’Etat aussi bien en termes d’argent que de temps perdu dans une opération vouée à l’échec.
« Dans l’opération actuelle, beaucoup de moyens ont été dégagés et elle a déjà coûté dit-on 13.000.000.000 UM pour un résultat qui va être un fiasco. Comment appeler ça si ce n’est pas la gabegie » dit-elle, soulignant la destruction de l’ancien état civil et le risque pour le nouveau de ne pas voir le jour.
« Vous-mêmes vous ne croyez certainement pas à cette opération mais vous faites semblant. Je crois Monsieur le Ministre que vous n’avez pas le droit de vous jouer comme ça de la Mauritanie, parce que ce qui est en train de se faire est un crime contre l’Etat mauritanien et les responsables un jour devront rendre des comptes » lance-t-elle à l’adresse du ministre, lui signifiant qu’il faut mieux signer l’échec et repartir d’un bon pied en révisant tout l’arsenal juridique de l’Etat civil en particulier la loi 2011-003 portant code de l’Etat civil et ses décrets et arrêtés d’application.
Cela présente selon la député les avantages de se débarrasser de l’actuel logiciel et de désigner des fonctionnaires compétents et neutres à la tête du département en charge de l’Etat civil ainsi qu’arrêter des procédures claires, transparentes et applicables tant au niveau des structures que de la méthodologie. « Le recensement est un service de proximité et on peut le faire sans déployer des équipes mobiles vers les domiciles des citoyens » finit-elle.
Synthèse de MOML –Le Rénovateur




