Monthly Archives: March 2016
L’éditorial du calame : Lettre ouverte à madame Mercedes Vera Martin
Salutations distinguées,
Vous ne me connaissez pas. Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de moi. Je me permets quand même de vous aborder. Le sujet est d’une telle importance qu’il n’est désormais plus possible de se taire. Votre institution, le Fonds Monétaire International (FMI) vous a fait hériter du dossier Mauritanie en 2013. Je n’ai cessé de suivre, depuis, vos visites dans notre pays, vos déclarations et communiqués sanctionnant chaque mission.
Vous êtes arrivée en pleine période faste, marquée, notamment, par une hausse sans précédent des cours du fer qui permirent, à la SNIM et, par conséquent, à l’Etat, son principal actionnaire, d’engranger des recettes-records. Les entrées fiscales et douanières étaient, elles aussi, au beau fixe. Mais, au fil du temps, la situation a changé du tout au tout. Les cours du fer ont plongé vers des abysses et les autres recettes n’ont pas compensé le manque à gagner. Vous deviez donc tirer la sonnette d’alarme.
Vous l’avez certes fait mais en termes tellement diplomatiques qu’on vous croit feindre d’ignorer l’ampleur de la crise que traverse notre pays. Votre dernier communiqué, publié il y a quelques semaines, évoque ‘’un environnement extérieur plus difficile’’, ‘’les incertitudes accrues, au sujet des perspectives économiques mondiales, et les développements négatifs, sur les marchés mondiaux du minerai de fer [qui] ont beaucoup impacté l’économie mauritanienne et sont en train de modifier ses perspectives économiques’’. Après avoir fait preuve de beaucoup de complaisance, au cours des années passées, vous voilà rattrapée par l’amère réalité.
Ne vous êtes-vous jamais interrogée sur où sont passés les fruits de la croissance de 5 à 6% que vos « experts » s’ingéniaient, chaque année, à nous faire avaler ? Pourquoi n’avez-vous jamais posé de questions sur les sept milliards de dollars que la SNIM a encaissés, entre 2010 et 2014, grâce à la hausse spectaculaire des prix du fer ? Sur le racket auquel s’adonne le fisc, provoquant la faillite de dizaines d’entreprises et sur l’off shore trusté par le clan ? Sur l’appauvrissement, continu, des couches les plus défavorisées ? La mainmise, sur le tissu économique, d’un cartel bénéficiant de passe-droits et d’avantages indus ? La multiplication des agréments bancaires délivrés en toute complaisance ? Les milliards du projet Emel, destinés, en principe, aux pauvres, et qui ne font qu’engraisser les mêmes parvenus ?
Madame,
Ignorez-vous qu’un seul et même opérateur importe 90% des besoins du pays, a droit à l’exclusivité des devises et ne paie, pour autant, que 10 % des droits de douane ? Un simple calcul permet, pourtant, de déceler la supercherie : devises octroyées contre droits de douane (im)payées. Avez-vous seulement une idée de la dépréciation rampante de l’ouguiya ? Le dollar s’achetait 230 ouguiyas, en 2008. Il en consomme 350, actuellement, malgré la bonne tenue économique que vous vantez. Et la COFACE qui a décidé de ne plus garantir les prêts contractés par la SNIM ? Des lanceurs d’alerte anonymes avaient pourtant attiré votre attention, en vous transmettant des informations fiables sur la situation. Au lieu de les exploiter, pour aider le gouvernement à redresser la barre ou dénoncer les pilleurs, on n’ose imaginer ce que vous en avez fait.
Madame,
Vous êtes ressortissante d’Espagne, un pays qui a connu la misère et la pauvreté, au cours de la première moitié du 20ème siècle et même avant. Pensez, un instant, à ces enfants mauritaniens qui dorment le ventre vide, parce que leur gouvernement a été incapable de répartir les immenses richesses du pays, entre tous ses citoyens, et qui n’ont pas droit aux soins ni à une éducation digne de ce nom. Vous ne péchez ni par incompétence ni mauvaise foi. Vous pouvez encore vous rattraper, à moins que vous ne vouliez voir nos enfants devenir ‘’the Children’’ de la célèbre chanson visant à récolter des fonds pour l’Ethiopie.
Madame, les avantages dont vous bénéficiez et les honneurs dont on vous entoure justifient-ils de fermer les yeux sur tous ces dépassements ? N’avez-vous pas tiré une leçon de la malheureuse expérience des faux chiffres de 2003 et 2004 que la Mauritanie communiquait à votre institution et que vos experts, censés bien formés, gobaient (incon)-sciemment ? Je n’arrive pas à imaginer que vous soyez, comme vos collègues, tombée dans le panneau, en prenant, pour argent comptant, les chiffres et tableaux qu’on vous communique, entre quatre murs ; sinon, entre la poire et le fromage.
Il est temps d’ouvrir les yeux ; de se rendre compte que les grands équilibres macro-économiques, dont le respect vous est un sacro-saint principe, ne veulent pas dire grand-chose, dans un pays comme le nôtre où l’informel est roi. Que signifie une croissance de 5, 6 ou 7% quand les salaires stagnent, les prix flambent, le chômage atteint des sommets, la pression fiscale, son comble, alors que les secteurs sociaux tombent à l’abandon ? Un simple constat aurait pourtant pu vous mettre la puce à l’oreille : qu’a fait l’Etat, des milliards de dollars engrangés, lors des années fastes pour le fer, l’or et le pétrole ? Détournés ou mal gérés, dans les deux cas, vous auriez dû vous alarmer. Si le gouvernement avait fait preuve d’un minimum de prévoyance, en pensant aux mauvais jours, il n’allait pas se retrouver dans d’aussi sales draps. Le choc que l’économie mauritanienne connaît actuellement, et que vous reconnaissez à demi-mots, allait, sans aucun doute, être moins violent. C’est à votre institution qu’incombait la responsabilité de ne pas laisser faire, de rappeler que « gouverner, c’est prévoir ».
A présent que vous héritez d’une situation que seule une hypothétique hausse des prix du fer pourrait atténuer, qu’envisagez-vous ? Proposer une dévaluation de l’ouguiya qu’on vous soupçonne d’encourager vivement, au risque d’entraîner une paupérisation encore plus poussée de la grande majorité, celle qui vit avec moins de deux dollars par jour, et creuser, un peu plus, le fossé entre riches et pauvres? Faire appel aux emprunts extérieurs, pour aider l’Etat à assumer ses charges ? Emettre des bons du Trésor, pour rentrer de l’argent frais ?
Une chose est certaine : votre responsabilité sera sérieusement engagée, en cas d’effondrement économique du pays. Vous aurez gagné, au moins, sur un point, en apportant de l’eau au moulin de ceux qui croient, dur comme fer, que les institutions de Bretton Woods sont loin d’être la panacée ; pas plus que leur programme d’ajustement structurel et autres, des remèdes-miracles, pour des économies mal en point dont les principaux fossoyeurs ne sont, paradoxalement, que ceux-là mêmes censés veiller à leur bonne tenue. Et je vous dis tout cela, madame, sans aucune rancune. Mais si tristement, madame, si tristement…
Ahmed ould Cheikh
Malaise perceptible dans le corps des magistrats
Des dysfonctionnements graves risquent de remettre en cause la marche opérée visant à renforcer l’État de droit, l’équilibre des pouvoirs et la stabilité. Le ministre de la Justice compte opérer un passage en force..
Sur les 85 postulants soit 50 % des magistrats (267 au total), il y a une bonne quarantaine de stagiaires.L’ensemble des postulants vont être répartis de façon exceptionnelle au sein du troisième et deuxième grade. Alors qu’ils n’ont pas encore intégrés le corps, Me Brahim Ould Daddah espère faire bénéficier à ces novices de cette mesure inique.
D’où des grincements de dents notées au sein de la corporation.
« Ces derniers ne disposent ni de la connaissance, ni de l’exercice du dossier», fulmine-t-on. Une décision qui suscite bien de controverses et en contradiction avec les différents textes régissant le corps des magistrats. Le malaise est déjà perceptible. Pourtant, ces textes, loin d’être en désuétude, fixent de façon claire les modalités de passage d’un grade à un autre et le passage de façon exceptionnelle de grade. « Ces règles sont complexes et précises », dit-on.
Ces 50 % sont répartis en quatre échelons. Il faut au minimum deux ans pour passer d’un échelon à un autre. Huit ans sont nécessaires pour atteindre les quatre échelons. Au troisième grade, on compte trois échelons soit 25 % des effectifs. Six ans sont nécessaires pour atteindre le troisième échelon. Au deuxième grade soit 15% des magistrats, il va falloir six ans pour y accéder. Enfin, le premier grade regroupe 10 %. Selon les dispositions des textes, on ne saurait « faire avancer » un magistrat sans qu’il ne remplisse deux conditions essentielles : disposer d’une meilleure note (le mérite) et de l’ancienneté. Le président de la Cour Suprême propose parmi les magistrats assis des postulants. Tandis que le procureur général en fait de même pour les magistrats debout. Et le ministre de la Justice choisit parmi ses proches collaborateurs et après compilation, le tableau d’avancement est dressé et présenté au haut conseil de la magistrature.
Si cette proposition est entérinée, elle risque de biaiser les réformes entreprises dans le système judiciaire visant à asseoir un État de droit et remettrait en cause bien des acquis. “On ne saurait aussi comprendre l’attitude du ministre de la Justice qui fut trois ans conseiller juridique du Chef de l’État. Disposant de plus d’une trentaine d’années d’expérience dans le barreau, Me Daddah est de la trempe des grands juristes de ce pays et a suivi de près le cheminement de l’appareil judiciaire. C’est dire que Me Daddah disposerait d’une idée profonde de la nécessité des réformes et de leur applicabilité”, fait-on remarquer.
A l’heure actuelle, bien de questions se posent sur le bien fondé, le sérieux et les buts recherchés à travers les propositions du ministre de la Justice tout en sachant que le reste de l’effectif soit 15 % disposent d’une compétence confirmée en la matière. Il y aura un dépassement des effectifs même si on note le départ à la retraite de 10%.
le calame
Trump attaqué sur le KKK et Mussolini, Clinton en force
Malgré de nouvelles polémiques et les efforts du camp républicain pour le mettre en échec, Donald Trump aborde le scrutin du “super mardi” des primaires présidentielles américaines en position de force, de même qu’Hillary Clinton, large vainqueur en Caroline du Sud samedi.
Le ralliement vendredi du gouverneur du New Jersey Chris Christie a donné encore un peu plus d’élan à l’homme d’affaires, en tête dans les sondages d’une majorité des Etats qui se prononcent mardi, à l’exception notable du Texas, fief du candidat Ted Cruz.
Le magnat de l’immobilier, déjà au centre de l’attention médiatique, a déclenché dimanche deux nouvelles polémiques qui ont mis, une nouvelle fois, les chaînes de télévision et les réseaux sociaux en effervescence.
Donald Trump a d’abord été critiqué pour avoir retweeté une citation de Benito Mussolini.
Avec son assurance coutumière, il a défendu son geste et expliqué qu’il ne s’intéressait pas à l’auteur mais à la phrase en elle-même.
Dimanche toujours, il a refusé de prendre ses distances avec David Duke, personnalité publique d’extrême-droite et ancien chef de file du Ku Klux Klan, qui soutient l’homme d’affaires.
Bien qu’ayant indiqué vendredi qu’il désavouait ce soutien, il est revenu sur ses propos, assurant ne rien savoir de David Duke.
Pressé de condamner le Ku Klux Klan et les mouvements que soutient l’extrémiste, Donald Trump a expliqué qu’il lui faudrait d’abord se “renseigner” sur ces groupes.
Ces propos ambigus ont été dénoncés par trois des quatre autres candidats républicains, Ted Cruz, Marco Rubio et John Kasich.
“Nous ne pouvons pas être un parti qui désigne quelqu’un qui refuse de condamner les tenants de la suprématie blanche et le Ku Klux Klan”, a tweeté Marco Rubio.
“Le premier président noir des Etats-Unis ne peut pas avoir et n’aura pas pour successeur quelqu’un qui incite à la haine et refuse de condamner le KKK”, a dit, sur son compte Twitter, Bernie Sanders, message retweeté –fait rare– par sa rivale Hillary Clinton.
Le blog Boing Boing avait relevé, en septembre, que le père de Donald Trump, avait été interpellé alors qu’il participait à un cortège du Ku Klux Klan en 1927. Les faits ont été contestés par Donald Trump.
– Appel au calme –
L’heure de la mobilisation a sonné au sein du parti républicain, pour tenter de faire échec au favori des sondages.
L’ensemble des rivaux républicains de Donald Trump cherchent plus que jamais à présenter le milliardaire comme incapable de remporter l’élection présidentielle face à Hillary Clinton s’il obtenait l’investiture.
“Il est d’accord avec elle sur trop de sujets et il est vulnérable dans un scrutin national”, a martelé Ted Cruz sur la chaîne Fox News.
Sur Twitter, le mot-clé (hashtag) #NeverTrump, lancé par des républicains opposés au favori des sondages, a été repris par plusieurs milliers d’internautes.
En coulisses, les barons du parti républicain tentent de manoeuvrer pour le torpiller.
Ils restent néanmoins prudents, pour éviter que cette stratégie ne renforce encore la popularité de Donald Trump qui se présente depuis le début de sa campagne comme un candidat anti-establishment.
“Ils vont avoir un gros problème avec moi”, a prévenu dimanche Donald Trump sur CNN. “Nous réunissons un nombre considérable de gens”, a-t-il rétorqué, des citoyens “en colère à cause de la façon dont ce pays est géré” mais aussi à cause de “la manière dont est géré le parti républicain”.
Samedi, Ted Cruz et Marco Rubio, les deux candidats les mieux placés derrière Trump, ont concentré leurs critiques sur le promoteur new-yorkais.
Ils ont publié conjointement leurs déclarations de revenus samedi et mis au défi Donald Trump d’en faire de même. Donald Trump a contre-attaqué dimanche en assurant avoir déjà publié des documents sur l’état de ses finances.
Face à ces querelles, le magnat des médias Rupert Murdoch a appelé dimanche, dans un tweet, tous les protagonistes républicains à “se calmer” et à “serrer les rangs pour combattre le véritable ennemi”.
“Trump, Rubio et Kasich peuvent tous remporter l’élection présidentielle”, a-t-il affirmé.
Pour Rupert Murdoch, “l’ennemi”, c’est l’ancienne sénatrice de l’Etat de New York, qui se présente au “super mardi” forte de sa nette victoire à la primaire démocrate de Caroline du Sud, samedi.
Huit ans après avoir été sévèrement battue par Barack Obama dans ce même Etat, Hillary Clinton a emporté 73,5% des voix contre 26% à Bernie Sanders, grâce à l’électorat noir.
Vainqueur de trois des quatre premières primaires, Hillary Clinton est en tête des sondages dans la plupart des 11 Etats qui se prononceront mardi aux primaires démocrates.
28/02/2016 22:04:35 – New York (AFP) – © 2016 AFP
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