Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: April 2014

Litiges fonciers dans la vallée du fleuve : Ould Abdel Aziz reste muet sur la problématique, pourquoi ?

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Les terres de la vallée du fleuve font encore jaser. Elles font parler d’elles du fait de l’expropriation illégale quasi discontinue dont elles sont l’objet. La situation ne date pas d’aujourd’hui mais depuis qu’Ould Abdel Aziz a tordu le coup à la constitution, le phénomène a pris de l’ampleur.
 Une affaire récurrente, si l’on peut dire. Il ne se passe pas un jour sans que l’opinion ne soit interpellée par cette problématique, à savoir : les terres de culture de la vallée du fleuve. Pour l’heure les gémissements viennent de la localité de Donaye situé dans l’arrondissement de Dar El Barka à l’ouest du département de Boghé. Dans cette localité, les populations crient au loup.


Apparemment, ils peinent à être entendu par le président de la république pour ce qu’ils veulent. Ils réclament du chef de l’Etat, le respect de leur dignité, ni plus ni moins. Face à l’impunité qui sévit toujours et à l’absence de justice pour lire le droit et rien que le droit, le magistrat suprême qui a été interpellé sur ce problème, continue de garder un silence coupable d’une certaine complicité à première vue.


De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’une expropriation foncière au bénéfice d’un nommé Hamdou Saleck au détriment des villageois de Donaye avec la complicité des autorités régionales, départementales et d’arrondissements. Ainsi, le PMC qui semble prendre la question en charge, réclame la démission du ministre de l’intérieur, le limogeage du wali du Brakna et la relève de leurs fonctions le Hakem de Boghé et chef arrondissement de Dar El Barka.

Parce qu’au terme d’une entrevue entre le responsable politique du PMC, M. Bâ Alassane Hamadi dit Balas et le wali du Brakna, rien de sérieux et de véridique n’a été apportée pour trancher le problème litigieux. Rappelons que les Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM) avaient publié une déclaration dénonçant la vente après expropriation, des propriétaires autochtones des terres de la vallée du fleuve Sénégal à des businessmen d’origine saoudienne.

Equivalant, au total, à 31 000 hectares, ces terres se situent à Boghé, localité distante de 300 km au sud-est de Nouakchott. C’est le gouvernement mauritanien qui les a cédées à des hommes d’affaires saoudiens qui entendent investir une enveloppe d’un milliard de dollars dans l’agriculture, l’aquaculture et la production d’aliments pour bétail.

Selon la déclaration « la décision du gouvernement ignore l’avis, les intérêts des populations et constitue un déni du droit de propriété et aura pour effet de transformer celles-ci en ouvriers agricoles sur leurs terres ». Tout en exigeant «une véritable réforme agraire nationale », cette mouvance s’en est également prise à la législation foncière en vigueur dans le pays, qu’elle assimile à « un texte à deux vitesses ».

Les FLAM ont soutenu, dans le même document, que la terre doit d’abord «revenir aux Mauritaniens issus du terroir, puis aux autres nationaux » avant les « investisseurs sous-régionaux et internationaux » et ce, dans le respect du cadre environnant.

Le plus inquiétant, ce n’est pas la première dénonciation de ce genre. Les populations de la vallée du fleuve Sénégal avaient eux-mêmes pris l’initiative de saisir le chef d’Etat mauritanien à propos de cette mesure. Ce problème est vieux de plus de trois décennies, les premières revendications datent d’avant 1983. Au cours de cette année, le pouvoir en place avait adopté une ordonnance, servant de justificatif à l’expropriation.

Diop Moussa- LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT.

 

FLAMNET-RÉTRO: TEMOIGNAGE SUR LES DEPORTATIONS EN MAURITANIE 1989; CAS DU TAGANT

altLa déportation est l’action  d’obliger quelqu’un, le plus souvent un groupe de  personnes, de quitter son  habitat, son territoire  ou son pays.

Dans le droit français, la déportation occupe la troisième place après la  peine de mort et  les travaux forcés à perpétuité pour sanctionner ceux qui ont commis des crimes  contre la sûreté de l’état ; dans certains cas, la déportation a pour objectif  la destruction physique  notamment  dans le génocide des Arméniens, des Juifs et des Tsiganes.

C’est cette destruction physique que visaient les déportations en Mauritanie dont les victimes ne sont coupables d’aucun crimes ; sinon d’être nés noirs et de vouloir le rester.

Le prétexte que prirent les autorités mauritaniennes fut un banal incident entre éleveurs mauritaniens et paysans sénégalais qui malheureusement dégénéra  occasionnant  des conséquences incalculables, dont   les journées macabres à Dakar puis à Nouakchott qui resteront  à jamais inoubliables :

Des massacres et pillages biens eurent lieu des deux côtés. Les  sénégalais en Mauritanie furent l’objet de rapatriement chez eux.

La communauté internationale découvrit avec surprise et stupeur que la Mauritanie, lors du rapatriement des rescapés sénégalais déportait en même temps plusieurs dizaines de milliers  de ses citoyens noirs au Sénégal et au Mali (Peuls, Wolofs, Bamana et Soninko)

 

Les différents  recensements du HCR  à leur sujet  avancent des chiffres  oscillant  entre  65 000 et 70  000 au altSénégal, et 10 000 et 15 000 au Mali.

 

Dans des villes comme Nouakchott Nouadhibou des fonctionnaires, des ouvriers furent arrêtés dans leur lieu de travail, certains furent détenus arbitrairement avant d’être déportés, d’autres le furent directement, laissant derrière eux leurs  familles entières (conjoint-e, enfants, pères, mères, etc.).

 

A l’intérieur du pays,  un autre mode opératoire minutieusement  planifié fut  exécuté par des gouverneurs qui rivalisèrent de zèle, de brutalité et de haine contre de paisibles citoyens.

Des militaires, des gendarmes et autres milices armées encerclent les  villages. Les hommes sont triés et conduits  très loin  hors du village, où ils seront  torturés et humiliés avant d’être conduits au fleuve (la frontière) pour se retrouver au Sénégal.

Les femmes et les enfants séquestrés un ou deux jours durant, à la merci de leurs bourreaux, subissent viols et violence avant de connaître le même sort que les hommes.

Dans un article écrit par feu Sennen  ANDRIAMIRADO  paru dans Jeune Afrique n° 1487, juillet 1989  on  peut lire : « un vieillard montrer sa carte d’identité  nationale  mauritanienne  et raconte. Des soldats haratines  commandés par des Beydanes  sont venus nous réveiller à 2 heures du matin. Ils ont rassemblé tous les habitants  à la maison communautaire. Les bijoux des femmes et des jeunes filles  ont été arrachés ; on nous a demandé nos papiers pour vérification d’identité, puis ils les ont déchirés. Tous les hommes ont été déshabillés complètement .A 4heures du  matin  on nous a embarqués dans des camions jusqu’à environ 70 km de notre village. Là on nous a fait  monter dans des pirogues  pour nous faire traverser le fleuve, à un endroit où il n’y avait pas, de l’autre côté  des villages sénégalais. Les jeunes ont voulu résister, ils ont été tabassés. »

Il écrit plus loin , «  tous les soirs  des centaines de nouveaux arrivants , cette  fois exclusivement des Négro-mauritaniens « déportés » débarquent  dans les villages sénégalais  des départements de  Dagana, Podor, Matam et Bakel ;certains ont franchi le fleuve en pirogues, d’autres  à gué ou à la nage. ».

Dans la région de Tagant, le gouverneur a procédé autrement, ce que  nous expliquerons  à travers notre  témoignage qui  est aussi celui de nos  compagnons  d’infortune.

 Tous  les fonctionnaires noirs qui servaient au Tagant  en 1989 furent déportés au Sénégal.

Après l’expulsion des  sénégalais,  nous,   noirs  non haratines fûmes convoqués et  parqués deux jours durant  à l’escadron de la garde nationale à Tidjikja pour  vérifier notre nationalité par une commission  composée :

 

  • du gouverneur de la région
  • du directeur de  sûreté régionale
  • du  commandant de la région militaire
  • du  chef de brigade de la gendarmerie
  • du chef de  brigade de la garde régionale.

Devant cette commission, il fallait   présenter tous nos papiers d’état civil :

  • Acte de naissance
  • Carte d’identité nationale
  • Certificat de nationalité
  • Diplômes

Ensuite  répondre à une série de questions dont :

 

Quelle est votre position par rapport au conflit qui oppose la Mauritanie au Sénégal ?

Est-ce que vous avez de la famille au Sénégal ?

Est-ce que dans le passé vous avez eu à faire des séjours au Sénégal ?

Qu’est ce que vous connaissez des FLAM,

Connaissez-vous les officiers putschistes de 1987 ?

 

Nous fûmes tous  libérés  mais  nos papiers  confisqués. Notre répit fut de  très courte durée.

Le directeur régional  de la sureté et son adjoint tous noirs (peuls) furent arrêtés et  envoyés  à Nouakchott.

Alors,  les arrestations  et  détentions  de tous les fonctionnaires  noirs  reprirent.

A la date du 25 mai 1989,  tous les négro-mauritaniens étaient détenus et ramenés à Tidjikja au commissariat de police et en prison où nous sommes restés pendant 4 jours avant le grand rassemblement des familles qui annonçait la déportation.

 

Dans la nuit  du 28 mai  1989, des camions bennes furent envoyés à nos domiciles pour embarquer nos familles, ne leur laissant  rien  prendre (comme les hommes), sauf les vêtements qu’elles portaient.

Au petit matin, lorsqu’on  nous sortit  de nos cellules c’est pour les rejoindre  pour une destination inconnue.

 

Au sortir de Tidjikja,  notre convoi fit une halte dans une cuvette où nous attendaient  toutes les autorités de la région,  le gouverneur  à  leur  tête.

Avec une brutalité bestiale, les gardes nous firent descendre pour une fouille systématique et humiliante ; ils nous reprirent tout, jusqu’à  nos bagues.

Lorsque  notre convoi  reprit la route,  les militaires, gendarmes  et gardes lourdement armés pour nous escorter  étaient plus nombreux que nous.

 

Entassés comme du bétail, nous  endurâmes les difficultés du voyage ( on était des cibles des villages que nous traversions ; insultes, jets de pierres) jusqu’au lendemain à midi, pour arriver à Boghé où nous fûmes accueillis par des gardes et des policiers, plus hargneux, plus zélés.

Furieux et déçus  de n’avoir rien trouvé sur  nous  à reprendre après une dernière fouille, ils  obligèrent certains   à  échanger leurs habits encore en bon état  contre  des haillons repris de ceux qui nous ont précédés..

Des armes braquées  sur nous, sans chaussures alors que la  température dépassait  les  50 degrés   à l’ombre  nous fûmes conduits comme du bétail  au fleuve.

De la rive sénégalaise, des piroguiers nous voyant arriver, nous apportèrent  des pirogues  pour nous faire traverser le fleuve. Nous avons marché les pieds nus sur le sable chaud d’un soleil de mai de la rive au village de Demeth.

Les habitants du village sénégalais nous accueillirent spontanément  et chaleureusement, nous faisant oublier le calvaire que venions de vivre.

C’était le 30 mai 1989 à 13heures.

Ce sera pour certains  d’entre nous un aller sans retour .Ils seront  nombreux  à succomber  aux  maladies, à la misère, au chagrin de cet exil forcé, emportant dans leur tombe l’espoir d’un retour dans leur patrie parce que c’était à l’espoir que caressaient tous  les déportés

Au vu de ce qui s’est passé, nous exigeons aux autorités mauritaniennes que ceux qui sont rentrés au pays soient indemnisés à la hauteur du préjudice subi( moral et matériel) et qu’ils retrouvent leur travail en tenant compte des réalités en place. Ce n’est point 2 millions d’ouguiyas qui effaceront la souffrance subie.

Nous voudrions   terminer  en vous  invitant  ici ,  maintenant et pour  toujours,  d’ avoir pour eux une pensée pieuse,  une prière pour que reposent en paix leurs  âmes en   terres  étrangères.

 

 NIANG Amadou Boubou et DIA Ibrahima Aly dit Yaaya Maabel

Anciens enseignants et déportés Mauritaniens au Sénégal.

Membres de la section des FLAM-Europe de l´ouest.

Decembre 2013

www.flamnet.info

 

Communiqué du SNEM : Arrestations de membres du SNEM

altNous venons d’apprendre que des militants du SNEM ont été arrêté par la police suite au mot d’ordre de grève, lancé par l‘Union Autonome des Etudiants Mauritaniens, l’Union Libre des Etudiants Mauritaniens, l’Union des Etudiants Nationauxet le Syndicat National des Etudiants de Mauritanie (SNEM). 

Il s’agit du Sécrétaire général du SNEM Boubou Yatou Thiam, de Bouyagui harouna Sall Trésorier Général du SNEM, de Cheikhna Diakité Secrétaire aux affaires sportives et Mouhamed Ibrahima Sarr, 2ème Secrétaire Général adjoint du SNEM

Nous condamnons vigoureusement cette attitude indigne d’un Etat qui se revendique Etat de droit, l’intimidation et la répression ne sont nullement la solution. Nous exigeons la libération inconditionnelle de ces syndicalistes étudiants qui ont usé de leur droit de grève, conforment au règlement intérieur qui régit l’Université de Nouakchott

Les démons du passé semblent être de retour mais cela ne nous détournera pas de l’essentiel, la résolution des problèmes estudiantins.  

Nous lançons un appel à la mobilisation

1. Aux militants et étudiants
2. Aux médias 
3. A la Société civile 
4. Ainsi qu’à l’opinion nationale et internationale. 

Quand on lutte pour un idéal commun et juste, le prix à payer importe peu.

Tendez les oreilles, écarquillez les yeux et soyez presents à répondre à l’appel quand il sera lancé !

Mercredi, 09/04/2014

FLAMNET-MÉMOIRE- Les déportations 25 ans après: Les années de braise racontées à mon fils

altPour lutter contre l´oubli du génocide les pères doivent pratiquer sur leurs enfants une “transfusion de mémoire” Thomas FERENZCI.

 

C´était le 4 septembre 1986 que débuta la répression sauvage contre des militants et sympathisants des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM) suite à la publication du “Manifeste du négro-mauritanien opprimé”. En publiant ce manifeste en 1986, nous avions montré que des problèmes réels de coexistence entre les deux communautés raciales existaient. Nous avions aussi montré par quels mécanismes, ils avaient été engendrés. Nous avions également indiqué les perspectives dangereuses(guerre civile) sur lesquelles pouvaient déboucher ces problèmes, s´ils n´étaient pas résolus à temps correctement.

Nous avions enfin appelé à un débat national:” Les problèmes mauritaniens doivent être posés par des Mauritaniens, discutés entre Mauritaniens et solutionnés par les Mauritaniens eux-mêmes. Notre amour pour ce pays nous commande à inviter toutes nos nationalités à un dialogue des races et des cultures, dans lequel nous nous dirons la Vérité pour guérir nos maux.

Il faut que nous traduisons dans la réalité nos appels au Salut National et au Redressement de notre pays, au lieu de dépenser toutes nos ressources et toutes nos potentialités humaines dans des querelles raciales et culturelles dont les principaux bénéficiaires ne seraient certainement pas les Mauritaniens“. (Manifeste du négro-mauritanien opprimé- avril 1986).

L´esprit du Manifeste était, en patriotes sincères d´attirer l´attention des pouvoirs publics sur les problèmes de la nation, en vue de leur trouver des solutions avant qu´il ne fut trop tard.

Quelle fut la réponse du gouvernement raciste de Ould Taya? cinglante, féroce et sanglante.

Depuis 1986, le régime raciste a systématisé dans le cadre de sa consolidation la politique de répression et de la mise à l´écart de la communauté noire et cela dans tous les domaines de la vie politique.

Ainsi en septembre de la même année, prenant comme prétexte la parution du “Manifeste du négro-mauritanien opprimé” le système  procéda arbitrairement à l´arrestation d´une centaine d´intellectuels noirs (parce qu´il n´avait pas des idées à nous opposer)qui furent inhumainement torturés, sommairement jugés et lourdement condamnés. Plusieurs centaines d´autres seront révoqués de la fonction publique ou contraints à l´exil.

En 1987, les corps militaires et  para-militaires connaitront une véritable purge qui se soldera par la radiation de plus de 3000 gendarmes, policiers, gardes et militaires noirs. Cette politique de mise à l´écart s´accompagne d´une volonté délibérée d´extermination de la communauté négro-mauritanienne déjà largement sous représentée dans tous les secteurs de l´Etat.

Ainsi, après l´assassinat le 6 décembre 1987 des lieutenants BA SEYDI, SY SAÏDOU et SARR AMADOU, le régime de Maawiya Ould Taya  s´attela à la liquidation physique des prisonniers politiques envoyés à cet effet à la prison mouroir de Oualata, l´écrivain TENE YOUSSOUF GUEYE, L´ADJUDANT-CHEF BA ALASSANE OUMAR, LE LIEUTENANT BA ABDOUL GHOUDOUSS, LE DOYEN DJIGO TAFSIROU y seront froidement assassinés. Le pouvoir raciste engagé dans le démentélement de la composante noire s´appuie essentiellement sur les Baathistes et Nassériens qui infiltrent l´appareil d´Etat à tous les niveaux en rivalisant d´ardeur dans la répression des noirs. C´est ainsi que durant toute l´année 1988, les exactions contre les noirs étaient devenues des pratiques quotidiennes. Les élèves , étudiants et civils noirs qui avaient tenté de manifester contre cette situation d´injustice à Nouakchott furent arrêtés, torturés et obligés à payer des lourdes amendes que les officiers de police baathistes fixaient selon leurs humeurs. 

A Kaëdi, Diowol, Rosso, Sélibaby, Nouadhibou, Zouératt, c´était la même atmosphère de terreur contre les civils noirs avec arrestations, tortures et amendes à ceux qui disaient non à l´injustice. Durant la même année 1988, le gouvernement envoya dans le Sud des brigades militaires beydanes, pour exproprier les terres, perquisitionner et désarmer les villageois négro-africains, en état de siége.

C´est dans ce contexte de chasse à l´homme généralisée contre les Négro-africains que survient le conflit “sénégalo-mauritanien”.

Profitant d´une crise sciemment provoquée avec son voisin le Sénégal, le Système affiche au grand jour sa parenté optionnelle avec la théorie nazie en reprenant à son compte les recettes désuètes des exécutions extra-judiciares et des déportations vers le Sénégal et le Mali de plusieurs centaines de Négro-mauritaniens. Utilisant à bon escient la fermeture de la frontière avec le Sénégal, les hordes barbares d´Ould Taya installent la terreur dans toute la vallée, violant des femmes, violentant des notabilités traditionnelles et chefs religieux, massacrant froidement de paisibles citoyens et contraignant d´autres à l´exil.

Alors qu´en Afrique du Sud de l´apartheïd on est persecuté à cause des idées et opinions de remise en cause de l´apartheïd, en Mauritanie où l´Etat se veut arabe, on est persécuté parce que non arabe. Autre comparaison qui irrite certainement , c´est en Afrique du Sud de Botha le pouvoir blanc, tout raciste qu´il était, n´est pas allé jusqu´à déporter les noirs du pays,  il se ” contentait”, si l´on peut dire, de les parquer dans les bantoustans et au mieux dans les townships. C´est la volonté d´épuration et cette logique sanguinaire et raciste qui permettent d´expliquer les évènements d´octobre 1990-mars 1991.

Le régime de Taya, conformément aux prétextes classiques, accusa des négro-africains(militaires, bergers, paysans, vendeurs ambulants, étudiants, chômeurs, simples fonctionnaires) d´avoir “comploté contre le régime” et procéda à l´arrestation de plus de 3000 Négro-mauritaniens. Le choix par le régime du génocide de la composante noire comme solution aux problèmes mauritaniens, à travers les évènements d´avril 1989, dans leur préparation méthodique, les conséquences horribles montrent à quel point la communauté noire était menacée dans son existence.

En mars 1991, avec la pression nationale et internationale, la dictature raciste recula et procéda à  des “remises de peine grâcieuses” qui devaient aboutir à la “libération”des prisonniers politiques négro-mauritaniens. Le bilan de ces arrestations s´élève à des centaines de morts tous exécutés extra-judiciairement, des milliers de cas de disparition dans la vallée pendant ces années de braise. Aujourd´hui, dans la totalité des villes et villages du Sud (de Ndiago à Daffor) il n´y a aucune famille négro-africaine qui ne compte en son sein, soit un exilé, soit un déporté, un assassiné ou estropié à vie.

Ould Taya est parti, Ould Mohamed Vall est passé, Ould Abdel Aziz a repris le flambeau mais on a impression que le système  est têtu, la même politique d´exclusion demeure entière. Ne dit-on pas  Chasser le naturel il revient au galop?

Le 4 septembre 86, l´histoire des années de braise commencait par là et elle continue toujours à faire des ravages et laisser des traces.  L´enrôlement discriminatoire initié par le Général-putschiste vient de prouver que les tenants du Système ne veulent pas revenir sur les “acquis” de l´arabisation. les FLAM portèrent les premières le flambeau de la résistance et elles continuent à lutter et à résister aux coups d´assaut du systéme et de ses valets. Rien et personne ne détournera ses membres de l’objectif visé: la justice et l’égalité.

On a beau critiquer, dénoncer, réformuler, réformer, refonder, on revient au même constat du manifeste de 1986 et reformuler ses recommandations: le dialogue inter-communautaire pour un Etat juste, égalitaire et non-racial.

On ne le dira jamais assez que l’exclusion est en soi économiquement mauvaise, socialement corrosive et politiquement explosive. Tentons dès à présent de sortir de ce cul-de-sac qui, tout le monde le sait, ne mène nulle part. Pour en sortir, il faut, à notre avis, une attitude, un climat et des conditions. Une attitude courageuse, d’ouverture sincère et de reconnaissance du problème de fond. Un climat de décrispation sociale grâce à un train de mesures positives à l’endroit de tous ceux qui, victimes et blessés dans leur chair, ont subi des préjudices matériels et moraux. La sanction des crimes commis pour rendre leur dignité aux victimes, à leurs veuves et à leurs enfants.

Je crois qu’il faut se parler, car ce formidable potentiel de révolte enfouie commence à gronder. Il serait erroné de croire qu´avec des simples promesses on peut calmer la tempête. Il faut un débat national sur la question nationale  dont les conclusions pourraient éventuellement être soumises au peuple, pour aborder enfin la phase d’une véritable réconciliation et de démocratisation.

Nos pensées pieuses et patriotiques vont toujours à nos vaillants martyrs de Oualata, Djreïda, Inal, N´beyka, Azlat et dans toute la vallée.

La lutte continue !

Kaaw TOURÉ- FLAMNET

09 avril 2014

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Mauritanie: l’expropriation des terres de la Vallée avance à grands pas

altDepuis 89 les populations des régions du Sud de la Mauritanie sont confrontées à l’expropriation de leurs terres. De Rosso à Dar El Barka en passant par Boghé et Donnaye, le calvaire est le même. Les habitants semblent aujourd’hui à genou pour survivre. Une situation aggravée de plus en plus par la présence sur le terrain d’exploitants véreux nationaux avec la complicité des autorités locales et les investisseurs étrangers notamment saoudiens. Pour les autorités de Nouakchott il s’agit d’une mise en valeur des terres de la vallée pour satisfaire les 60 pour cent des besoins alimentaires de la Mauritanie alors que pour les ONG et associations nationales des Droits de l’Homme parlent de scandales fonciers du régime de Ould Aziz.

L’origine des litiges fonciers qui planent aujourd’hui sur les collectivités traditionnelles dans les régions du Sud remonte à l’ordonnance 83 révisée en 2000 et qui stipule que « les terres appartiennent à l’Etat et font partie de personnes privées et protégées en tant que telles les terres mises en valeur par ces dernières ». Autrement dit la terre appartient à ceux qui la travaillent et non qui la possèdent. C’est ainsi qu’en 89 après la déportation de près de trois quarts de la population de la vallée les terres ont été confisquées par l’Etat. Des milliers d’hectares sont entre les mains de nouveaux propriétaires c’est à dire l’Etat, les exploitants nationaux et les investisseurs étrangers au détriment des anciens propriétaires dont la plupart sont des rapatriés du Sénégal depuis 2009.

Boghé, Dar El Barka et Donnaye au bord du Fleuve Sénégal sont les principales localités qui souffrent des dommages collatéraux des événements de 89. Le gouvernement de Ould Laghdaf ne cache plus ses ambitions. Les projets agricoles fleurissent dont le dernier en date avec les fonds saoudiens pour la construction d’une usine laitière à Boghé prochainement. L’objectif est de satisfaire les 60 pour cent en besoin alimentaire des mauritaniens. Et pendant ce temps des villages entiers dans cette contrée du Brakna sont réduits à un strict minimum de possession de surfaces cultivables pour eux-mêmes avec la complicité des autorités locales. Les habitants ont l’impression de vivre des cauchemars interminables et d’avoir tout perdu. Mais pour les pouvoirs publics il s’agit ni plus ni moins qu’une mise en valeur des terres de la vallée alors que les ONG et associations nationales des droits de l’homme parle de scandales fonciers. Ce qui inquiète surtout les observateurs c’est la progression de l’expropriation des terres de la vallée au profit de l’agro-business qui coïncide avec la dissémination des rapatriés du Sénégal dans le Sud du pays dont la réintégration sociale pose un casse-tête pour le régime de Ould Aziz. Ce sont les chefs de village qui font l’objet d’ humiliations quotidiennes dans les postes de police pour des litiges fonciers . L’heure n’est pas à l’apaisement mais à la mobilisation..

Yaya Chérif KANE-Journaliste