Monthly Archives: April 2015
Pr Souleymane Bachir Diagne (Columbia University) : « la création d’une monnaie ouest-africaine nous rendra plus forts. »
Dans la deuxième partie des confidences avec le Pr Bachir Diagne rencontré à Washington et à Genève, le philosophe porte le manteau de l’historien et donne quelques pistes sur les raisons de la dislocation de la Fédération du Mali, il donne aussi l’exégèse de la critique de Boris Diop sur « la trahison des élites africaines ». Diagne plonge dans l’économie et soutient qu’une monnaie ouest-africaine est nécessaire pour le développement de la sous région et au delà. Renvoyant dos à dos l’afro pessimisme et l’afro optimisme, il prône la prise des responsabilités individuelles et collectives qui se mesure à l’aune du courage, de l’honnêteté et du travail. (Entretiens)
Dislocation de la fédération du Mali?
… Pour la Fédération du Mali, disons d’emblée que cette dernière était condamnée. On était en face de replis successifs. Le Sénégal avait insisté sur le fait que l’Afrique de l’Ouest ne devait pas être balkanisée. Pierre Messmer lors de l’hommage rendu à la mémoire de Senghor rappelait les moments de la décolonisation sur une question relative à son opposition au maintien de l’AOF (Afrique occidentale française), il répondait que “l’AOF était constituée pour la France et je ne pense pas qu’elle était véritablement une chose que les Africains pouvaient eux-mêmes maintenir”.
C’est à dire que la France avait décidé à un moment donné que ce qui était bien pour elle ne l’était pas pour nous. L’idée était de décoloniser territoire par territoire. Certes il y a donc la responsabilité de la France mais il s’est trouvé des leaders à courte vue pour accompagner la France dans son idée.
Le Président Houphouët Boigny était un des relais de cette politique de la territorialisation de nos indépendances. Là encore on peut se dire qu’est ce que les choses auraient été si nous avions conservé l’AOF et si l’indépendance avait été acquise dans ce cadre.
Le maintien de l’AOF étant raté, on s’est replié sur le concept du Conseil de l’Entente: Sénégal, Mali, Guinée, Togo, Bénin. La Côte d’Ivoire a pu convaincre les autres d’en sortir. Il ne restait plus que notre tête à tête avec le Mali qui a duré le temps que cela a duré mais c’était condamné, quoi qu’il en soit car finalement la machine à décoloniser territoire par territoire s’est mise en route. La dislocation de la Fédération du Mali était inévitable. Maintenant c’est à nous de renverser les choses.
Récemment sur TV5, le président Abdou Diouf qui a fait son dernier mandat à la tête de l’OIF (organisation internationale de la Francophonie) disait que « le rêve des gens de sa génération était de reconstituer les fédérations de faire en sorte que l’Afrique soit une ensemble de 5 fédérations », ces fameuses régions de développement pour arriver à une confédération.
Voilà un rêve qui nous est offert, qui est donc offert aux jeunes générations et c’est un rêve que nous avons la responsabilité d’essayer de rendre réel.
Les Africains victimes de leurs élites
?Interpellé sur les propos de l’écrivain Boubacar Boris Diop qui croit savoir que l’Afrique est victime de ses élites notamment intellectuelles, le philosophe sénégalais a tenté une explication à ce réquisitoire de son ami écrivain. “ Boris a une exigence très forte pour ce qui est de la responsabilité des intellectuels et je crois qu’il a raison lorsqu’il estime que les intellectuels ont une mission à remplir.
?Le dire ne va pas non plus de soi car qui leur a confié cette mission? Mais si vous réfléchissez au regard des circonstances qui font qu’on a une voix qui porte, à ce moment là, il est de votre responsabilité de ne point vous dérober dès lors qu’il y a un problème qui se pose. Il est infiniment plus aisé et plus simple pour un intellectuel dont le travail est un travail d’écriture et de paroles ou d’enseignement de se replier sur ses propres travaux, ses livres et ses articles, de rester dans son propre coin parce qu’à ce moment là, vous n’avez de critique de personne. Si vous vous mêlez de certaines choses dont certains estiment qu’elles leur appartiennent, là vous êtes sûr de ne plus faire l’unanimité du tout. Cependant, il est de votre responsabilité (Ndlr de l’intellectuel) de faire des choses dont vous n’avez aucune envie simplement parce que vous estimez que vous ne devez pas vous dérober. C’est cela que Boris voudrait insuffler aux intellectuels et c’est pour cela qu’il a dit que nous étions victimes de nos intellectuels.”?
Sortir de la parité CFA –EURO ?
?L’un des avantages comparatifs que nous pouvons avoir c’est le prix de notre main d’oeuvre. Si nous produisons X à tel prix dans le prix de X notre main d’oeuvre entre. Si un autre pays produit la même chose, le prix de la main d’oeuvre dans le pays y entre également. Nous surenchérissons sur notre main d’oeuvre parce que l’euro par exemple est sur évalué. Nous nous retrouvons avec un travail plus cher que ceux qui sont avec nous dans la compétition internationale non pas de notre propre fait mais du fait que la monnaie européenne est extrêmement élevée. Il nous faut reprendre l’initiative.
Il nous faut avoir la maîtrise de ce levier monétaire. Rappelez vous la dévaluation de sinistre mémoire: personne parmi les présidents réunis à l’Hôtel Méridien Président ne voulait prendre la responsabilité de dire nous dévaluons. Il a fallu une personne extérieure pour venir sur les télévisions africaines et nous apprendre que cette monnaie dont nous pouvions encore penser qu’elle était la nôtre allait être dévaluée! Vous ne pouvez avoir un phénomène aussi important que ce phénomène de dépossession.
Cependant les pays ne doivent pas également avoir des humeurs ou des émotions, sortir de la zone euro en claquant la porte comme la Guinée l’avait fait à un moment donné de même que le Mali n’est pas notre manière de faire. Nous avons une manière plus calme et réfléchie et notre diplomatie du reste fonctionne de cette manière, c’est à dire regarder les choses à plus long terme.
Nous avons aujourd’hui un plan où il est question que les pays de l’UEMOA attendent que nos amis des pays Anglophones arrivent au stade de la construction d’une monnaie unique pour que les deux monnaies uniques aillent ensemble vers la création d’une monnaie ouest-africaine. C’est le moment donc d’essayer de créer une monnaie ouest-africaine qui nous rendra plus forts. Ainsi nous ne nous précipiterons pas.
En matière de politique monétaire nous prendrons les choses en mains pour peser de tout notre poids à la fois économique et diplomatique. Partir de la zone euro en bon ordre parce que nous sommes unis semble la voie la plus sage et celle qu’il faudra suivre.
Ne pas couper avec notre identité francophone
?Il faut que nous soyons riches de notre pluralisme. La France pour le meilleur et pour le pire fait aussi partie de nous, désormais ! Et sa langue et sa culture sont partie intégrante de qui nous sommes. Nous n’avons pas le droit de nous couper de qui nous sommes. Nous avons le devoir en revanche de multiplier qui nous sommes. Le Prophète de l’Islam Paix et Salut sur lui a dit la chose suivante : « Autant de langues tu parles autant d’hommes tu vaux ». Lorsque nous avons la possibilité d’être riches d’un pluralisme identitaire, il faut que nous ne nous coupions de rien. En revanche, il faut que nous ayons la maîtrise profonde de cette identité, c’est à dire, l’organisation des identités multiples que nous sommes. En définitive, nous sommes un peuple Finistère, eh bien, il est de notre responsabilité à nous de l’organiser et non à quelque pays que ce soit de l’organiser pour nous, de l’extérieur.
Le rêve est –il permis ?
?La difficulté de réunir tout le monde autour de l’essentiel est une réelle difficulté mais il ne faut jamais abandonner. Contre les rigidités et les corporatismes, il faut toujours garder le cap se dire qu’il faut toujours continuer à reformer. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage disait le poète. Il faut donc cent fois sur le métier, remettre son ouvrage puisque de toute façon l’avenir est à ce prix.
??Propos rassemblés par El Hadji Gorgui Wade NDOYE, directeur des publications du magazine panafricain en ligne www.ContinentPremier.Com
Dislocation de la fédération du Mali?
… Pour la Fédération du Mali, disons d’emblée que cette dernière était condamnée. On était en face de replis successifs. Le Sénégal avait insisté sur le fait que l’Afrique de l’Ouest ne devait pas être balkanisée. Pierre Messmer lors de l’hommage rendu à la mémoire de Senghor rappelait les moments de la décolonisation sur une question relative à son opposition au maintien de l’AOF (Afrique occidentale française), il répondait que “l’AOF était constituée pour la France et je ne pense pas qu’elle était véritablement une chose que les Africains pouvaient eux-mêmes maintenir”.
C’est à dire que la France avait décidé à un moment donné que ce qui était bien pour elle ne l’était pas pour nous. L’idée était de décoloniser territoire par territoire. Certes il y a donc la responsabilité de la France mais il s’est trouvé des leaders à courte vue pour accompagner la France dans son idée.
Le Président Houphouët Boigny était un des relais de cette politique de la territorialisation de nos indépendances. Là encore on peut se dire qu’est ce que les choses auraient été si nous avions conservé l’AOF et si l’indépendance avait été acquise dans ce cadre.
Le maintien de l’AOF étant raté, on s’est replié sur le concept du Conseil de l’Entente: Sénégal, Mali, Guinée, Togo, Bénin. La Côte d’Ivoire a pu convaincre les autres d’en sortir. Il ne restait plus que notre tête à tête avec le Mali qui a duré le temps que cela a duré mais c’était condamné, quoi qu’il en soit car finalement la machine à décoloniser territoire par territoire s’est mise en route. La dislocation de la Fédération du Mali était inévitable. Maintenant c’est à nous de renverser les choses.
Récemment sur TV5, le président Abdou Diouf qui a fait son dernier mandat à la tête de l’OIF (organisation internationale de la Francophonie) disait que « le rêve des gens de sa génération était de reconstituer les fédérations de faire en sorte que l’Afrique soit une ensemble de 5 fédérations », ces fameuses régions de développement pour arriver à une confédération.
Voilà un rêve qui nous est offert, qui est donc offert aux jeunes générations et c’est un rêve que nous avons la responsabilité d’essayer de rendre réel.
Les Africains victimes de leurs élites
?Interpellé sur les propos de l’écrivain Boubacar Boris Diop qui croit savoir que l’Afrique est victime de ses élites notamment intellectuelles, le philosophe sénégalais a tenté une explication à ce réquisitoire de son ami écrivain. “ Boris a une exigence très forte pour ce qui est de la responsabilité des intellectuels et je crois qu’il a raison lorsqu’il estime que les intellectuels ont une mission à remplir.
?Le dire ne va pas non plus de soi car qui leur a confié cette mission? Mais si vous réfléchissez au regard des circonstances qui font qu’on a une voix qui porte, à ce moment là, il est de votre responsabilité de ne point vous dérober dès lors qu’il y a un problème qui se pose. Il est infiniment plus aisé et plus simple pour un intellectuel dont le travail est un travail d’écriture et de paroles ou d’enseignement de se replier sur ses propres travaux, ses livres et ses articles, de rester dans son propre coin parce qu’à ce moment là, vous n’avez de critique de personne. Si vous vous mêlez de certaines choses dont certains estiment qu’elles leur appartiennent, là vous êtes sûr de ne plus faire l’unanimité du tout. Cependant, il est de votre responsabilité (Ndlr de l’intellectuel) de faire des choses dont vous n’avez aucune envie simplement parce que vous estimez que vous ne devez pas vous dérober. C’est cela que Boris voudrait insuffler aux intellectuels et c’est pour cela qu’il a dit que nous étions victimes de nos intellectuels.”?
Sortir de la parité CFA –EURO ?
?L’un des avantages comparatifs que nous pouvons avoir c’est le prix de notre main d’oeuvre. Si nous produisons X à tel prix dans le prix de X notre main d’oeuvre entre. Si un autre pays produit la même chose, le prix de la main d’oeuvre dans le pays y entre également. Nous surenchérissons sur notre main d’oeuvre parce que l’euro par exemple est sur évalué. Nous nous retrouvons avec un travail plus cher que ceux qui sont avec nous dans la compétition internationale non pas de notre propre fait mais du fait que la monnaie européenne est extrêmement élevée. Il nous faut reprendre l’initiative.
Il nous faut avoir la maîtrise de ce levier monétaire. Rappelez vous la dévaluation de sinistre mémoire: personne parmi les présidents réunis à l’Hôtel Méridien Président ne voulait prendre la responsabilité de dire nous dévaluons. Il a fallu une personne extérieure pour venir sur les télévisions africaines et nous apprendre que cette monnaie dont nous pouvions encore penser qu’elle était la nôtre allait être dévaluée! Vous ne pouvez avoir un phénomène aussi important que ce phénomène de dépossession.
Cependant les pays ne doivent pas également avoir des humeurs ou des émotions, sortir de la zone euro en claquant la porte comme la Guinée l’avait fait à un moment donné de même que le Mali n’est pas notre manière de faire. Nous avons une manière plus calme et réfléchie et notre diplomatie du reste fonctionne de cette manière, c’est à dire regarder les choses à plus long terme.
Nous avons aujourd’hui un plan où il est question que les pays de l’UEMOA attendent que nos amis des pays Anglophones arrivent au stade de la construction d’une monnaie unique pour que les deux monnaies uniques aillent ensemble vers la création d’une monnaie ouest-africaine. C’est le moment donc d’essayer de créer une monnaie ouest-africaine qui nous rendra plus forts. Ainsi nous ne nous précipiterons pas.
En matière de politique monétaire nous prendrons les choses en mains pour peser de tout notre poids à la fois économique et diplomatique. Partir de la zone euro en bon ordre parce que nous sommes unis semble la voie la plus sage et celle qu’il faudra suivre.
Ne pas couper avec notre identité francophone
?Il faut que nous soyons riches de notre pluralisme. La France pour le meilleur et pour le pire fait aussi partie de nous, désormais ! Et sa langue et sa culture sont partie intégrante de qui nous sommes. Nous n’avons pas le droit de nous couper de qui nous sommes. Nous avons le devoir en revanche de multiplier qui nous sommes. Le Prophète de l’Islam Paix et Salut sur lui a dit la chose suivante : « Autant de langues tu parles autant d’hommes tu vaux ». Lorsque nous avons la possibilité d’être riches d’un pluralisme identitaire, il faut que nous ne nous coupions de rien. En revanche, il faut que nous ayons la maîtrise profonde de cette identité, c’est à dire, l’organisation des identités multiples que nous sommes. En définitive, nous sommes un peuple Finistère, eh bien, il est de notre responsabilité à nous de l’organiser et non à quelque pays que ce soit de l’organiser pour nous, de l’extérieur.
Le rêve est –il permis ?
?La difficulté de réunir tout le monde autour de l’essentiel est une réelle difficulté mais il ne faut jamais abandonner. Contre les rigidités et les corporatismes, il faut toujours garder le cap se dire qu’il faut toujours continuer à reformer. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage disait le poète. Il faut donc cent fois sur le métier, remettre son ouvrage puisque de toute façon l’avenir est à ce prix.
??Propos rassemblés par El Hadji Gorgui Wade NDOYE, directeur des publications du magazine panafricain en ligne www.ContinentPremier.Com
Sénégal: arrestation du coordinateur des associations des refugiés mauritaniens
“Nous avons pris les précautions d’informer les autorités depuis le 14 mars (…) aussi bien qu’au niveau du Ministère de l’Intérieur qu’au préfet de Dakar et que se soit une manifestation pacifique (…) pour formuler des prières et attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation en Mauritanie”, a expliqué Ajouma Cissoko, coordinateur des associations des refugiés mauritaniens au Sénégal. Il était interrogé par la radio privée sénégalaise RFM.
Ajouma Cissoko a déploré “surtout la manière de déporter ses propres citoyens parce qu’ils sont noirs parce qu’ils sont Poular, Soninké ou Wolof, pour essayer de déformer l’histoire en disant que la Mauritanie est un pays arabe et que ses populations noires sont des Sénégalais venus s’établir comme des migrants en Mauritanie, c’est un crime”.
Sénatoriales partielles : Le gouvernement menace de convoquer le collège électoral
Le Calame – A en croire certaines confidences, le gouvernement envisagerait de convoquer le collège électoral pour le renouvellement des groupes A et B du sénat et dont les mandats sont arrivés à terme depuis quelques temps. Les partielles du sénat avaient été fixées le 14 mars dernier avant d’être reportées, le 4 février, à une date indéterminée.
Ce report avait été considéré comme un geste d’ouverture en direction de l’opposition (FNDU) à laquelle le président de la République avait tendu la main depuis Chinguetti. Ceux qui avaient commencé à se réchauffer avaient vite rangé leur jogging.
Alors commencèrent les manœuvres et la confection des propositions. Le FNDU ayant mis beaucoup de temps à harmoniser la position de ses pôles finit par se mettre d’accord sur une réponse à l’offre de dialogue du pouvoir, laquelle proposition devrait être remise au pouvoir lors d’une rencontre reportée elle aussi sine die.
La question que tout le monde se pose est de savoir pourquoi le gouvernement a décidé, subitement de ressortir de ses tiroirs sa convocation du collège électoral qui pourrait intervenir lors du conseil ministre demain ou dans une semaine. Se faisant, le gouvernement mettrait la « pression » sur le FNDU qui lui a envoyé, selon ses proches, une délégation « pas du tout au niveau » pour les préliminaires.
Même si la majorité des partis politiques du FNDU n’est pas intéressée par les sénatoriales, la réponse du pouvoir pourrait peut-être inciter le forum à revoir la composition de sa délégation.
Dialogue politique : La délégation du FNDU récusée
La composition ou le niveau de « représentativité » de la délégation du forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) au dialogue politique serait, de l’avis de nombre d’acteurs politiques des deux camps mais aussi des observateurs, l’obstacle aux préliminaires du dialogue prévus, on se le rappelle, le jeudi dernier et désormais reportés, sine die. Comme aussi le dîner que le monsieur dialogue du pouvoir avait eu l’intention d’organiser au profit des responsables du Forum et de la majorité. Une façon pour Moulaye Ould Mohaled Lagdhaf de déblayer le terrain avant le démarrage des préliminaires. Tout semblait donc prêt pour un premier tour de table entre les protagonistes, mais c’était sans compter sur une méfiance à la peau trop dure mais aussi aux calculs des uns et des autres.
Après avoir réussi à maintenir la cohésion de ses pôles politiques, personnalités indépendantes, société civile et syndicats, le FNDU a finalisé son document réponse à la proposition du pouvoir et constitué une délégation composée de Me Mahfoudh Ould Betah, président du pôle politique, Samory Ould Beye, des syndicats, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeyni (personnalités indépendantes) et Sarr Mamadou (société civile). Cette délégation avait donc pour mandat de discuter les préliminaires avec une délégation de la majorité.
Une délégation constituée, selon diverses sources d’un conseiller du président de la République, d’un conseiller du premier ministre et d’une personnalité des partis de la majorité présidentielle.
Au vu de la délégation du Front, le pouvoir se rétracte et « récuse » presque et la composition de la délégation et son « niveau de représentativité ». En effet, selon un député de la majorité au fait des tractations, le pouvoir a décidé de « débrayer ». Le dialogue étant politique, le pouvoir ne comprend pas que le Forum lui envoie une délégation où le politique est largement en minorité. Selon ce parlementaire, les questions politiques, donc l’avenir de la Mauritanie doit se discuter entre les partis politiques et non avec les syndicats, la société civile et les personnalités indépendantes.
Il apparaît clairement ici que le pouvoir, en proposant le dialogue avec son opposition, notamment le FNDU souhaitait débattre avec des grands partis du forum. «On ne peut envisager un dialogue avec l’opposition sans l’essentiel des partis politiques», précise notre député. Il est clair désormais que le pouvoir ne voudrait pas discuter avec le forum sans certains partis dits «traditionnels » du FNDU comme le Rfd d’Ahmed Ould Daddah et l’UFP de Mohamed Ould Maouloud. Des partis qui pèsent sur l’arène politique nationale, au vu de leurs performances et leurs résultats électoraux. L’expérience de 2011 est passée par là. Visiblement, le pouvoir actuel n’entend plus désormais courir derrière le dialogue avec son opposition dite « radicale ».
Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz a, depuis 2011 cherché à dialoguer voire à « dompter » son opposition ; il n’a pas su ou pu, depuis lors, et en dépit de la volonté de certains partis d’aller au dialogue, les embarquer ou les rouler, comme à Dakar, dans la farine. Aujourd’hui, le dialogue politique avec l’opposition n’aurait de sens que s’il met en prise les partis politiques qui, d’une certaine façon, « troubleraient » le sommeil d’un président qui coule son dernier mandat et que l’opposition suspecte de « manœuvres » visant à l’embarquer dans cette entreprise.
Du côté de l’opposition, même si on semble minimiser ce énième « incident de parcours», l’affaire pourrait se débattre au cours d’une réunion du présidium du FNDU. Mais on commence de plus en plus à douter de la volonté réelle du pouvoir d’Ould Abdel Aziz d’aller à un dialogue sincère. Ses invitations répétées à plusieurs occasions finissent par se dégonfler au contact de la réalité. ‘’Il ne suffit pas de dire qu’on veut dialoguer, il faut joindre l’acte à la parole’’, nous a déclaré ce membre de l’opposition pour qui, ‘’si Ould Abdel Aziz était vraiment sincère, rien en l’empêche de mettre le dialogue sur les rails mais il n’en a nullement la volonté’’. Espérons que les faits le démentiront.
DL
Dialogue politique : Messaoud ould Boulkheïr refuse la marginalisation de l’APP et de la CUPAD
Au cours d’un rassemblement organisé à Arafat, le dimanche 5 Avril, par l’Alliance Populaire Progressiste (APP), le président Messaoud ould Boulkheïr a dénoncé les manœuvres visant à écarter son parti et la Convention pour l’Unité et la Pacifique Alternance Démocratique (CUPAD) du dialogue politique en gestation entre le pouvoir et le FNDU. « Nous refusons d’être marginalisé des tractations en vue d’organiser un dialogue politique national », a-t-il déclaré. Pour l’ancien président de l’Assemblée nationale, on ne peut pas ignorer le rôle et le poids de ce pôle politique et de son parti, dans toutes les initiatives visant à trouver des solutions aux problèmes du pays. Devant un parterre de militants tout acquis à ses thèses, le leader haratine a rappelé qu’il a toujours inscrit son action dans la recherche de solutions consensuelles aux problèmes que connaît le pays. Des problèmes qui ont pour noms : injustice, racisme, tribalisme, népotisme et pillage des ressources. « Nous n’avons jamais pratiqué la politique du ventre, nous osons élever haut la voix pour l’affirmer. Et, pour preuve, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes malades, nous avons des problèmes d’éducation ; en somme, nous manquons de tout », a martelé Ould Boukheïr, « mais l’APP demeure debout et fort, il est le premier parti politique de la Mauritanie ! ». Et le président du Conseil Economique et Social (CES) de réitérer son appel à un dialogue politique inclusif.
Abordant la question qui agite le parti depuis quarante-huit heures, suite aux propos tenus, l’avant-veille à Dar Naïm, par son président, celui-ci recadre : « Si j’ai remercié nommément certains cadres du parti pour leur travail et dévouement, ce n’est pas pour critiquer ceux que je n’ai pas cités et je m’en vais rappeler, ici, que si le parti a conquis le cœur des Mauritaniens, s’il s’est imposé sur l’échiquier politique du pays, c’est grâce, évidement, à la synergie des actions de tous ses cadres, hommes, femmes, jeunes… ». De l’avis d’un de ces cadres, les propos du président Messaoud avaient surtout choqué certains membres du bureau exécutif, à qui il serait reproché, non seulement, de n’avoir rien fait, pour la massification de leur parti, mais, surtout, de n’avoir pas porté haut l’initiative de son président. Revenant sur le dialogue en gestation et sa propre initiative de compromis national, lancée il y a bientôt deux ans, le président Ould Boulkheïr a, en effet, déploré le peu d’enthousiasme des cadres de l’APP à vulgariser cette dernière auprès de la classe politique du pays, alors qu’il leur revenait, selon lui, d’en constituer le fer de lance, pour la vendre à tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, etc.
Avant l’intervention de leur leader, responsables des jeunes et des femmes, députée nationale et secrétaire général de la section d’Arafat s’étaient relayés pour saluer ‘’l’homme qui a placé, tout au long de sa vie de militant, l’intérêt de la Mauritanie avant tous les autres’’, selon eux.
le calame
Génocide au Rwanda : la présidence française annonce la déclassification de ses archives
C’est un pas historique que vient de franchir la présidence française en annonçant, mardi 7 avril, la déclassification de ses archives sur le Rwanda de 1990 à 1995, et donc sur le génocide des Tutsis en 1994.
Mis à jour le 8/04 à 08h38.
C’est un symbole fort. Au jour de la commémoration du 21e anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda, mardi 7 avril, la présidence française a annoncé l’ouverture de ses archives sur le génocide. “Le secrétaire général [Jean-Pierre Jouyet] a signé aujourd’hui la décision portant déclassification des archives des documents de l’Élysée relatifs au Rwanda entre 1990 et 1995”, a appris l’AFP de l’entourage de François Hollande. Une décision qui a été signée en présence de Dominique Bertinotti, ancienne ministre et mandataire des archives de la présidence de François Mitterrand, a-t-on précisé.
Notes et compte-rendus diplomatiques et militaires
“Le président [François Hollande] avait annoncé il y a un an que la France devrait faire preuve de transparence et faciliter le travail de mémoire sur cette période sans que cette décision ne soit rendue publique”, a ajouté l’entourage du chef de l’État. Le recensement des archives a par la suite été “lancé et coordonné” par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Les documents concernés mêlent notes de conseillers diplomatiques et militaires de l’Élysée, mais aussi des comptes rendus de conseils restreints de défense ou de réunions ministérielles. Ces archives seront à la disposition des chercheurs ou des associations de victimes, indique la présidence française.
Cette procédure de déclassification, précise-t-on par ailleurs à l’Elysée, est distincte de la vingtaine de procédures judiciaires toujours en cours au pôle “crimes contre l’humanité” du tribunal de Paris. Mais ce n’est pas tout. Cette première annonce des autorités françaises sera suivi par d’autres, notamment l’ouverture des archives de l’Assemblée nationale et des ministères des Affaires étrangères et de la Défense, chacune allant “à son rythme” dans une procédure soigneusement contrôlée par Paris.
On y trouvera notamment les “archives Quilès”, du nom de l’ancien ministre socialiste Paul Quilès qui avait présidé la mission des commissions de la Défense et des Affaires étrangères de l’Assemblée sur les opérations militaires conduites par la France et l’ONU, notamment, au Rwanda entre 1990 et 1994. Son rapport controversé avait été publié en décembre 1998.
Réactions positives
Les réactions positives – mais sans optimisme excessif – ont été nombreuses pour féliciter la déclassification annoncée par la France, notamment au Rwanda. Gouvernement, association de victimes du génocide ou chercheurs saluent la nouvelle, tout en espérant que des documents cruciaux n’aient pas été expurgés des fonds mis à leur disposition. L’actuel président rwandais Paul Kagamé accuse toujours la France de complicité dans le génocide, reprochant à Paris d’avoir soutenu le gouvernement extrémiste hutu qui avait déclenché les tueries. Ce que Paris a toujours fermement démenti.
“Depuis plusieurs années, la France a soufflé le chaud et le froid face à la responsabilité de certains de ses ressortissants dans la préparation et le déroulement du génocide”, or “le respect dû aux victimes de ce drame tout autant que la reconstruction des rescapés ne peuvent se faire que par une exigence de vérité et de transparence à laquelle participe François Hollande à travers cet acte”, estime l’association antiraciste SOS Racisme.
SOS Racisme considère néanmoins que “le chemin est encore long et escarpé” : la France devra notamment “accepter de reconnaître l’implication de certains de ses ressortissants” dans le génocide “et faire en sorte qu’ils aient à répondre de leurs actes devant la justice”. L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) “salue” elle aussi “un pas important”, espérant qu’il “facilitera la lutte contre le négationnisme malheureusement répandu au sein d’une partie de la classe politique française”. Le génocide des Tutsis et les massacres de 1994 avaient fait quelque 800 000 morts en quelques mois.
(Avec AFP)
jeuneafrique.com




