
Entre les deux hommes, la déchirure était béante et définitive. Pendant qu’Ould Abdel Aziz accusait sur toutes les tribunes son cousin de détournement de biens publics, Ely était descendu carrément sur le champ de la contestation à côté de l’opposition, pour réclamer son départ du pouvoir. Entre temps, Mohamed Ould Bouamatou, qui avait remué ciel et terre, utilisé ses fonds et ses relations pour la reconnaissance aussi bien du coup d’Etat de 2005 que celui de 2008 pour desserrer l’étau des sanctions internationales, s’était rangé du côté de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il assurera sa victoire aux élections présidentielles de 2009, en injectant des milliards d’ouguiyas dans sa campagne électorale. Naturellement, en tout bon homme d’affaires, il s’attendait au renvoi de l’ascenseur, une fois Aziz élu. Mais ce dernier entreprendra de le détruire à petit feu.
D’abord, Mohamed Ould Abdel Aziz commencera par enlever à Ould Bouamatou les énormes subsides générés par l’assurance de la SNIM. Il déviera ses fonds vers sa propre boîte d’assurance qu’il avait ouverte, via de proches prêtes-non. Deuxième coup porté à Mohamed Ould Bouamatou, le projet de construction du nouvel aéroport international de Nouakchott. Alors que Bouamatou qui avait entre temps mis en place une société de construction, espérait avoir ce projet, il se vit refuser cet honneur. Le projet fut confié à Ould Saleck, le patron de Ciment de Mauritanie. Plus tard, une autre savate était portée par Mohamed Ould Abdel Aziz à Mohamed Ould Bouamatou. C’était l’affaire de Mauritania Airways, une compagnie qui avait eu la chance de bénéficier d’un contexte régional favorable pour son ascension. En effet, la création de cette compagnie mauritano-tunisienne, détenue à plus de 35% par l’homme d’affaires Bouamatou, coïncidait avec la mort d’Air Sénégal, d’Air Ivoire et d’Air Burkina.

Mais Ould Abdel Aziz refusera cette proposition. Il créa Mauritania Airlines, signant du coup la faillite de Mauritania Airways, car il est de notoriété qu’aucune compagnie ne peut se développer dans un pays sans le concours de l’Etat concerné. Déçu par tous ses coups que lui a portés Mohamed Ould Abdel Aziz, Mohamed Ould Bouamatou, décida alors de s’exiler au Maroc où il vit maintenant depuis des années et où il compterait rester encore. C’est à partir de sa résidence de Marrakech qu’il dirigeait son empire financier en Mauritanie. Une attitude qui a fini par irriter Mohamed Ould Abdel Aziz qui a décidé de lui faire la guerre, en lançant le fisc contre lui.
Les résultats sont connus, un redressement fiscal dressé à la tête du « client Bouamattou » de plusieurs milliards d’ouguiyas, la menace de fermeture de plusieurs de ses sociétés, le décaissement de tous les avoirs de l’Etat et des entreprises publiques de la Général banque de Mauritanie (GBM). Dernier acte, l’arrestation puis emprisonnement de son bras droit, Mohamed Ould Dabagh pour dit-on « mauvaise gestion », alors que cet homme, qui n’était que président de conseil d’administrtaion, n’avait absolument rien à voir avec la gestion de la Mauritanie Airways. Comme entre ely et Ould µabdel Aziz, la rupture semble établie entre Ould Bouamattou et son cousin Ould Abdel Aziz.
Aujourd’hui, l’ampleur du divorce ayant atteint son paroxysme entre Mohamed Ould Abdel Aziz, Ely Ould Mohamed Vall et Mohamed Ould Bouamatou, le feu de la dissension couve ainsi depuis des jours au sein de la tribu des Oulad Bousbaa. Les partisans de Bouamatou multiplient les marches, pour demander la libération de Ould Dabagh, tout en fustigeant la persécution infondée lancée contre l’homme d’affaires. Aux dernières nouvelles, Mohamed Ould Abel Aziz aurait entamé une procédure domaniale de dépossession à l’encontre du colonel Ely Ould Mohamed Vall, dont une partie des avoirs fonciers à Toujounine aurait été saisie par les pouvoirs publics. Ce bras de fer entre cousins, en plus d’attiser la tension sociale déjà exacerbée, met à rude épreuve la stabilité du pays, à l’heure où la contestation populaire fuse de toute part, avec la marche des Négro-africains pour l’annulation de la loi d’amnistie de 1993 qui avait absous les crimes commis entre 1989 et 1991, ainsi que la protestation des Haratines contre la persistance de l’esclavage.
JOB
Pour l’authentique
Comme prévu, le parti « Alliance pour la Justice et la Démocratie, Mouvement pour la Rénovation » (AJD/MR) a organisé un meeting pour exiger l’abolition de la loi d’amnistie votée, en 1993, par le Parlement mauritanien, afin de protéger les auteurs des crimes extrajudiciaires perpétrées dans les casernes militaires de 1989 à 1991. Imposante marche, mobilisation exemplaire, sans précédent dans les annales, non seulement, du parti d’Ibrahima Moctar, excepté la présidentielle de 2007, mais, aussi, des autres partis d’obédience négro-africaine. De tous les quartiers, ont accouru les populations noires vers le point de départ de la marche, fixé devant le CFPP de Nouakchott, à côté de la nouvelle Maison des jeunes, où un podium avait été dressé. Le parti avait entrepris une vaste campagne de sensibilisation et de mobilisation dans les différents quartiers de la capitale : la mayonnaise a bel et bien pris.
29 Mai 1993 : une loi d’amnistie est votée par les parlementaires, loi qui interdit toute poursuite à l’encontre « des membres des forces armées et de sécurité auteurs de délits qui ont rapport avec les évènements qui se sont déroulés au sein de celles ci et qui ont entraîné des opérations armées et des actes de violence pour la période allant du 1er Avril 1989 au 18 Avril 1992 ».
Comme prévu et attendu par toute la classe politique mauritanienne, l’initiative du président de l’Assemblée Nationale Messaoud Ould Boulkheir a été lancée, ce 11 février, en fin de journée, au palais des congrès. A l’occasion cette bâtisse a refusé du monde. Presque tout Nouakchott a effectué le déplacement. Et un cadre de l’APP, euphorique dira : ces gens ne se sont pas déplacés pour rien, ils fondent un grand espoir sur cette contribution à la sortie de crise politique que vit notre pays. C’est dire que cette initiative semble a l’adhésion de la grande majorité silencieuse des mauritaniens. Et pour cause, elle est censée rapprocher les positions tranchées de ce qu’on appelle l’opposition radicale, rassemblée au sein de la coordination de l’opposition démocratique (COD) et la majorité autour du président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, même si, dans ce dernier camp, ceux qui étaient là rappelaient de façon gênée le refus de leur mentor, la formation d’un gouvernement de large ouverture.
Le Président du mouvement IRA, Biram Ould Dah Ould Abeidi, s’en est violemment pris aux partis de la COD, notamment Tawassoul et Hatem, ainsi qu’à l’érudit Mohamd El-Hacen Ould Dedew. Il les a tous accusés “d’abriter et défendre l’esclavage” en Mauritanie.



