Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: December 2012

Les FLAM au Canada

altDans le cadre de ses activités, la section FLAM/Amérique du Nord organise une conférence-débat à Montréal le samedi 29 decembre 2012 sous le thème: La longue marche des FLAM: bilan d’étape et perspectives.

Cette rencontre se déroulera à l’adresse suivante: CENTRE PATRO LE PREVOST

7355 AVENUE CHRISTOPHE-COLOMB, MONTREAL, H2R 2S5, 2ème ÉTAGE

15H À 21H00

STATIONNEMENT GRATUIT

MÉTRO IBERVILLE, FABRE, BUS 93

INTERSECTION JEAN-TALON ET CHRISTOPH-COLOMB

La conférence sera animée par les camarades Mamadou Barry conseiller du président des FLAM et Houleye Thiam secrétaire aux affaires sociales de la section.

Pour plus d’informations, veillez contacter M. Djibril Senghott au (215) 475-6644.

www.flamonline.com

www.flamnet.info

La lutte continue!

 

Défense/armées africaines : pourquoi sont-elles si nulles ?

Les crises actuelles au Mali et en RDC le confirment une nouvelle fois. Mal équipées, mal commandées, mal entraînées et… mal aimées, la plupart des forces de sécurité subsahariennes sont dans un piteux état. Enquête.Défense/armées africaines : pourquoi sont-elles si nulles ?

 

Le patron d’Africom – le commandement militaire américain pour l’Afrique – est allé droit au but lors d’un briefing accordé le 3 décembre au Homeland Security Policy Institute, un think-tank réputé de Washington. Prié de s’exprimer sur les chances de réussite d’une opération militaire au Nord-Mali, le général Carter F. Ham s’est dit très sceptique sur les capacités d’une force conjointe africaine à mener seule une telle action. Depuis des années, a-t-il expliqué, les rares armées opérationnelles du continent ont été entraînées et équipées pour participer à des opérations de maintien de la paix, mais elles sont incapables de mener une guerre offensive.

En d’autres termes : si nous, Occidentaux, ne prenons pas les choses en main – ce qui, en l’état, n’est ni envisageable ni souhaitable -, il ne se passera rien. Le diagnostic est cruel, mais il est juste. Et ce qui vaut pour l’armée malienne en déroute, chassée de Kidal, Gao et Tombouctou en moins de trois mois après avoir abandonné armes, bagages et munitions aux mains des insurgés, vaut aussi pour une bonne partie de l’Afrique francophone : cinquante ans après les indépendances, aucune armée ou presque n’est en mesure de défendre son propre territoire national. Comme d’habitude, c’est de ce révélateur des crises africaines qu’est la RDC que nous viennent les images les plus choquantes de cette faillite. La chute de Goma, le 20 novembre, a jeté sur la route de Bukavu un troupeau informe d’hommes en uniforme de l’armée congolaise, officiers en tête, comme aspirés par le siphon de la débâcle. Une masse à la fois folle et molle soldant au fil des kilomètres ce qui lui restait de dignité dans l’allure comme dans la tenue, les bras chargés du butin des pillages, souvent abrutie par l’alcool et le chanvre, délivrée de toute discipline. Ces naufragés débraillés aux visages hébétés de fatigue, raclant le sol de leurs godillots, de leurs baskets ou de leurs tongs, le casque sur l’oreille, constituent pour les civils réfugiés auxquels ils se mêlent une menace latente.

Derrière ce défilé pathétique des chemineaux de la défaite, c’est toute une nation qui s’effondre. De Bamako à Kinshasa, quand une armée en déroute ne suscite plus de la part des citoyens que colère, amertume, sarcasmes et parfois terreur au passage de la cohorte chancelante et prédatrice de ces silhouettes avachies qui se nourrissent sur la bête, c’est le pays tout entier qui subit une sorte de castration symbolique.

 


Défense/armées africaines : pourquoi sont-elles si nulles ?
Ce mauvais film où une soldatesque en fuite dépouille ceux qu’elle est censée protéger, les habitants des deux Kivus ne l’ont que trop vu depuis quinze ans. Mais ils ne sont pas les seuls. En 1996 et 1997, ce sont toutes les villes traversées lors de leur retraite éperdue que les ex-FAZ, ces Forces armées zaïroises dont Mobutu était si fier, ont soumises à la loi du racket. En Centrafrique, le moindre coup de boutoir d’une rébellion de coupeurs de route fait reculer la Garde présidentielle jusqu’aux portes de la capitale. En Ouganda, les tueurs de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) et leur chef Joseph Kony se jouent depuis des années des bataillons de l’armée régulière lancés à leur poursuite. En Côte d’Ivoire, les Forces de défense et de sécurité de Laurent Gbagbo ne sont jamais parvenues à reprendre le contrôle de la moitié nord du pays et la nouvelle armée de son successeur Alassane Ouattara n’a de républicaine que le nom, tant sa composition et son comportement sur le terrain paraissent unilatéraux. Au Congo-Brazzaville, cinq mois de guerre civile en 1997 n’ont même pas permis à l’armée loyaliste de s’emparer des quartiers nord de la capitale, avant de se faire balayer par les miliciens Cobras. L’on pourrait multiplier les exemples de ces armées de parade, aussi remarquables les jours de défilé qu’inaptes sous le feu, aussi redoutables dès qu’il s’agit de taxer les véhicules qui s’aventurent aux abords de leurs barrages qu’incapables de tenir leurs positions sous la mitraille, souvent contraintes par carence et aboulie de sous-traiter les lignes de front à des supplétifs incontrôlés : Maï-Maï en RDC, Ganda-Koy et Ganda-Izo au Mali, Libériens et Dozos en Côte d’Ivoire, Djandjawid au Soudan.

Peur

Les raisons de cet échec collectif ne tiennent évidemment pas à la qualité intrinsèque des hommes de troupe, ni à la formation des officiers (tout au moins les officiers supérieurs), issus souvent des meilleures écoles. Outre la logistique et les moyens adéquats, ce qui manque le plus à ces armées en gestation sont la motivation et le sens de la mission qui leur est confiée. Se battre sans savoir pourquoi on se bat et avec l’impression constante de ne pas être respecté ni soutenu par un pouvoir politique fort et un leadership uni sont des handicaps rédhibitoires. Au Mali comme en RDC, les militaires ont eu la conviction d’avoir été trahis par l’arrière, au point de développer une obsession de la cinquième colonne comme syndrome compensatoire à leur propre humiliation. Ils se méfient de l’État et l’État se méfie d’eux, au point qu’aujourd’hui encore certains chefs d’état-major, voire certains présidents, ne distribuent armes et cartouches qu’avec une extrême parcimonie, de peur qu’elles ne se retournent contre eux. Tout en somme est affaire de gouvernance. Et sur ce point, l’Afrique a encore un long chemin devant elle…

Les problèmes structurels dont souffrent les armées subsahariennes ne doivent pas occulter leurs qualités, ou les progrès accomplis au cours des dix dernières années par certaines d’entre elles. Après avoir contribué avec succès à la transition de l’apartheid à la démocratie, l’armée sud-africaine reste ainsi l’une des plus puissantes du continent, en particulier grâce à son aviation de combat et de transport… En outre, elle déploie un peu plus de 1 000 hommes au sein de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco).

Le Kenya compte parmi les autres armées bien notées : ses troupes s’entraînent régulièrement, y compris avec les Britanniques et les Américains. Les bénéfices sont là, comme en témoigne le bon comportement des soldats kényans engagés contre les Shebab à travers la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom). Même si son matériel est vieillissant, il reste tout à fait opérationnel. Cette efficacité se traduit par les déploiements à l’étranger : observateurs en RD Congo, importants contingents en Somalie et au Soudan du Sud, instructeurs en Ouganda…

Toujours en Somalie, les 5 000 soldats ougandais engagés ont fait preuve d’une certaine efficacité en dépit de lourdes pertes, tandis que le pays modernise son arsenal et que les États-Unis pourraient transférer des appareils de surveillance et de reconnaissance. Accusé par l’ONU de soutenir les rebelles du M23 en RD Congo, le pouvoir de Kampala a fait savoir qu’il pouvait envisager un retrait de Somalie. S’il survenait, l’Éthiopie enverrait alors une dizaine de milliers d’hommes. Ses militaires connaissent déjà bien le terrain pour y avoir affronté et battu les Shebab.

Également accusé de soutien au M23, le Rwanda dispose de forces efficientes, surtout dans le domaine des opérations d’infanterie légère et de lutte antiguérilla. Déployées notamment au Darfour, ces troupes sont reconnues aux Nations unies pour leurs compétences, en particulier dans les actions civilo-militaires.

D’autres pays entrent également dans cette catégorie des élèves en net progrès : le Ghana et la Tanzanie participent à plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations unies ; le Tchad et la Mauritanie, avec leurs unités spécialisées, sont considérés par les experts militaires comme les seuls pays de la sous-région à vraiment pouvoir faire la différence face aux jihadistes dans le nord du Mali.

Source : JA

 

 

Les manifestants du RFD exigent le départ du régime

altDes centaines de sympathisants du rassemblement de forces démocratiques(RFD) ont pris part à un rassemblement organisé, mardi, par ce parti sur la place Ibn Abbass au cours duquel ils ont revendiqué le départ du régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz.
 

Au cours de ce rassemblement, le président du RFD s’est livré à une critique acerbe de la politique du gouvernement, soulignant que le pays connait la recrudescence de la gabegie dans tous les secteurs essentiels.
Il a également ajouté que son parti reste fortement attaché au refus de toute participation de la Mauritanie à la guerre dans le nord du Mali. Ould Daddah a ajouté que cette question représente une ligne rouge à ne pas franchir, avant de mettre en garde contre toute utilisation des aéroports ou de zones de frontières mauritaniens dans le cadre de cette guerre. Ce qui selon, lui, représente un engagement dans cette guerre.
Ahmed Ould Daddah a demandé à ce que les efforts du pays soient orientés vers la lutte contre l’ignorance et la pauvreté au lieu de s’engager dans une guerre « par procuration », soulignant toutefois que son parti demeure fondamentalement opposé au terrorisme. Il a déploré les risques liés à un éventuel appui logistique de la Mauritanie pour les troupes qui participeront à la guerre au Mali, notamment avec les risques d’impliquer le pays dans cette guerre que cela pourrait comporter.
Le président du RFD s’est demandé où sont parti les richesses du pays, notamment l’or et le phosphate qui, selon lui, n’ont pas été utilisées pour améliorer les conditions de vie des populations.
 

Source: ANI

Mauritanie 1984/2012 : On prend les mêmes et on recommence…

28 ans après l’arrivée au pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, véritable Attila des valeurs mauritaniennes, l’herbe n’a toujours pas repoussé après son passage, malgré le bref espoir porté par la fameuse période dite de la «transition» dans laquelle le pays est toujours embourbé en réalité. Perspective.

altDans une vidéo que Noorinfo a publié il y a bientôt un an sur son site par rapport au coup d’état de Maouiya, on voyait déjà la garde bureaucratique et dite démocratique, alors bien militaire. Comme notre président actuel.

Une vidéo publiée aujourd’hui même montre Aziz en Cerbère de l’ancien dictateur.

Au-delà de ces visuels symboliques, la manière de gouverner, l’entourage du chef d’état, et la totalité des motifs qui ont servi à justifier le coup d’état de 2005, et celui de 2008, plus grave car contre un président démocratiquement élu, n’ont pas changé.

«Qui oublie son histoire se condamne à le vivre»
disait justement Winston Churchill. A ce titre on est en plein «review» du navet cinématographique qui a duré 21 ans en Mauritanie.

Rappel des faits : Après 21 ans au pouvoir, Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya est destitué en août 2005, après un coup d’état qui annonce «une période de transition vers la démocratie», après la sombre période qui a débuté en 1978 avec l’avènement des militaires.

Trois ans après ce coup d’état, et une transition cahin-caha qui débouche sur l’élection (presque) transparente, pour la première fois de l’histoire mauritanienne, d’un président mauritanien, au suffrage universel direct, dans les faits, les militaires sont toujours au pouvoir.

Les principaux tenants du coup d’état, que Sidi Ould Cheikh Abdallahi tentait de garder loin du pouvoir, les généraux d’aujourd’hui, reprochant au président de s’entourer des proches, corrompus ou non, et gabégistes ou non, de l’époque de Taya.

Quatre ans après ce coup d’état avalisé par une élection en 2009 qui consacre l’ancien chef du BASEP à la tête de l’état, on retrouve les pires voleurs des contribuables à sa tête, et surtout à ses côtés, en pleine lumière, ou en coulisses, en tant qu’alliés politiques, à la tête de sociétés minières, pourtant se disant de l’opposition, et jurant qu’ils seraient les premiers à applaudir Aziz en cas de réélection en 2014. Les Tommy à Tasiast, les Ould Boydiel à El Wiam, dans un parti dit de l’opposition sont autant de figures symboliques du Tayisme, dont l’habitant du palais ocre d’aujourd’hui disait vouloir se débarrasser.

 

Messieurs-je-sais-tout

 Officiers supérieurs de l'arméeCoupé des réalités, porté par une paranoïa aigue sur sa sécurité, Taya sortait une fois par décennie une théorie sur les raisons du retard «intolérable» de la Mauritanie dans son développement : et à la fin des années 1990, il décrète que c’est le manque de culture, et le manque de connexion à internet, qui en est la principale cause, d’où les fameux Dar El Kitab (maisons du livre) déployées un peu partout dans les communes, et qui ont fait la fortune de quelques-uns.

Depuis 2009, certainement moins coupé des réalités, mais tout aussi orgueilleux par cette certitude affichée de seul avoir analysé tous les maux de la Mauritanie, et trouvé leurs solutions, tous secteurs confondus, sans passer par les spécialistes, mastérisés ou doctorants, le nouveau maître à bord du bateau mauritanien, enfile des perles de propagande pour marteler son omniscience sur toutes les situations que peut connaître la Mauritanie, que ce soit économiquement, socialement, culturellement, médicalement, «agricolement», scientifiquement, «minièrement», tristement hélas.
A chacun sa milice

Tout le monde l’a remarqué, et les policiers en premier : depuis deux-trois ans, la police tombe en totale décrépitude (déjà que c’était le cas avant) : prérogatives diminuées, au profit des marsupilamis (pardon du GGSR), en réalité milice du général Mesgharou, chacun des généraux ayant sa milice privée, obéissant d’abord à une personne ou un groupe de personnes, et défendant leurs intérêts avant ceux des citoyens.

Lors de la première commémoration d’Inal l’an passé, ce sont ces pseudo garants de la sécurité routière mauritanienne, qui ont pointé des armes ultra modernes sur les pèlerins, pour un «contrôle de routine» disait le jeune capitaine du mini-escadron qui s’était posté à 30km de Nouakchott.

Dans le même temps, la police coule, car «trop proche d’Ely Ould Mohamed Vall» selon un inspecteur de la capitale. «Aziz ne veut pas détruire la police ; elle ne le peut pas d’ailleurs, par rapport à la notion même de république, mais il peut la clochardiser ; et c’est ce qu’il a fait avec brio» rapporte l’inspecteur.

C’est le même Aziz créateur du tout-puissant BASEP chargé d’assurer à la base la sécurité de Taya, et qui s’est révélée avec le temps une véritable armée dans l’armée. Que Sidioca a voulu briser, avec le succès qu’on lui connaît.

«Mohamed Morsi s’est retrouvé dans la même situation en Egypte, et il a su faire ce que Sidioca aurait dû faire dès la première semaine de son élection : vider tous les généraux. Ces derniers n’auraient rien pu faire alors, Sidioca bénéficiant alors de son aura de président élu incontestablement» estime Saleck Ould Sidi Mahmoud, rapporteur du budget à l’assemblée nationale.

Gabegie hier, gabegie aujourd’hui
 
Un des grands thèmes de la campagne présidentielle de Mohamed Ould Abdel Aziz était la lutte contre la gabegie qui a mis à genoux, voire allongé, l’économie de la Mauritanie. Deux ans et demi plus tard, celle est à son comble et atteint un niveau «inimaginable». Que ce soit par les actes du président lui-même qui confond biens publics et biens privés, qui déloge l’ambassadeur mauritanien de sa résidence pour ensuite y faire des travaux d’une valeur d’environ 200.000 euros, avant d’y loger son épouse, qui y demeure presque la moitié de l’année, ou que ce soit par ses proches qui peuvent bénéficier de plusieurs salaires publics en même temps.

C’est le cas, d’Isselkou Ould Izidbih (e-recteur de l’Université de Nouakchott), qui a longtemps touché deux salaires dont celui de 400.000 UM à l’université, en plus de son salaire comme directeur du cabinet du Président », révélait le député de l’opposition Ould Moïne il y a quelques mois. Ou encore celui du ministre d’Etat chargé de l’éducation, Ahmed Ould Bahia,qui lui aussi touche deux salaires : 400.000 UM en tant que professeur à l’université et 1.600.000 UM comme ministre.

Quand la présidence de Sidioca touchait à sa fin, 50 millions de dollars avaient été gracieusement et discrètement offerts à la Mauritanie par l’Arabie Saoudite, dans le but de renforcer ses forces sécuritaires. Depuis le coup d’état, ils ont disparu comme par enchantement…

Les exemples peuvent être ainsi multipliés, avec un des points d’orgue l’an passé, le contrat léonin passé avec POLY Hong Dong dans le domaine halieutique.

L’opacité dans l’attribution des marchés est pire, aux dires même de la commission centrale des marchés, en début d’année 2012.

Noyer le poisson de l’audiovisuel

Mauritanie 1984/2012 : On prend les mêmes et on recommence...
Censure, interdiction, emprisonnement, saisie de matériel, étaient le lot des journalistes et des médias sous Taya.

Si l’émancipation de la presse indépendante est relativement récente et sa liberté consacrée durant la transition, aujourd’hui cette liberté est certes totale, mais celle qui permettrait au plus grand nombre d’y accéder, résiderait dans une vraie opération des ondes surtout audio. Depuis la pseudo-libéralisation des ondes de l’an passé, les acteurs mêmes du système réclament une ouverture totale des ondes radio.

«C’est le seul média le plus à même de toucher en même temps la plupart des mauritaniens ; vous trouvez des radios chez tout le monde, même à l’intérieur, dans les hameaux. Au lieu de cela, on annonce déjà la distribution de licences télé, après deux déjà accordées. Or le système démographique et économique mauritanien permet à peine la survie, et on ne parle même pas de rentabilité, d’une, voire extrêmement difficilement, de deux télévisions, qui sont aujourd’hui en réalité des instruments poussés de propagande pour l’état. La récente affaire liée à la ligne éditoriale, qui a débouché sur le licenciement de l’ancien DG de Sahel TV, Bah Ould Saleck le prouve» analyse longuement un spécialiste des médias.

D’aucuns y voient la méthode néo-transitionnelle d’Aziz, pour, à défaut d’interdire, cela étant devenu impossible, de noyer le poisson. Et ça marche pour le moment. En attendant la libéralisation des radios, la seule réellement importante.

 

Le racisme d’état continue

Le racisme d’état était dénoncé avec force au temps du dictateur déchu, et avec raison. La transition avait débuté en donnant l’impression rafraichissante que la citoyenneté et le mérite allaient enfin primer. Cet élan a été brisé net par Mohamed Ould Abdel Aziz, justement entouré des idéologues baathistes et bassement racistes qui avaient l’oreille de Maouiyaa à partir de la fin des années 80.

Et après la question des langues dans l’éducation nationales, l’arabisation galopante de l’administration en cours, éjectant de facto une large frange de la population mauritanienne, notamment noire.

Les nominations mono-communautaristes qui ne sont même plus voilées, les sorties pro-arabes complexées, de dames comme Aïchetou VERGES, ou encore la ministre d’aucune culture, qui parle à peine arabe, et qui a étudié à Lille, Cisse Mint Boyda, nouvelles chiennes de gardes d’une idéologie de cloisonnement.

L’attribution exclusive des licences audiovisuelles à des maures, la propagande de masse (dans l’affaire de l’incinération des livres de rite malékite), et le négationnisme de l’esclavagisme en Mauritanie, le recensement qui comptait redéfinir arbitrairement l’attribution de la nationalité mauritanienne, et qui aurait peut-être réussi sans le combat initié par TPMN, sont autant de faits sociaux qui démontrent le fourvoiement d’un système qui renoue avec ses vieux démons.

Mamoudou Lamine Kane

 
Noorinfo



 



Mauritanie : vivre et mourir en esclave par Faten Hayed(reportage)

 

altViol, torture, travail forcé… En Mauritanie, dernier pays au monde à avoir aboli l’esclavage en 1981, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vivent toujours cloîtrés et maltraités par leurs «maîtres», dans l’indifférence d’une société qui refuse de se regarder en face. El Watan Week-end a rencontré des militants et des esclaves affranchis qui se battent pour la dignité.

«Je ne me souviens pas de mes parents. Depuis que je suis toute petite, je n’ai connu que mes maîtres.» Mbarka, jeune esclave noire, a été libérée par le militant des droits de l’homme et anti-esclavagistes mauritanien, Birame Ould Dah Ould Abeid. «J’étais la propriété exclusive de mon maître, poursuit-elle. Je dormais sur une natte, j’étais chargée des travaux domestiques, de la cuisine, des animaux et d’autres travaux. Un jour, mon propriétaire m’a violée. Je crois que je n’avais pas encore mes règles, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Quelques semaines plus tard, c’est son fils, âgé de 20 ans, qui m’a persécutée et violée. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait ça, alors que j’étais très obéissante», raconte Mbarka. On a du mal à deviner son âge, puisqu’elle ne possède aucun papier de l’Etat civil, ni parents, ni lignée, ni carte nationale. Mbarka a les traits d’une poupée qu’on ne voudrait toucher, le regard pénétrant qui  raconte une intense douleur. «Quand ma maîtresse finissait de manger, elle crachait dans la marmite, ou dans ma gamelle avant que je ne mange moi-même, c’était mon quotidien et je l’acceptais.» L’esclavage en Mauritanie, pourtant aboli en 1981 et puni par la loi depuis 2007, est une réalité ancrée dans les traditions et les mœurs. A la fin du mois de novembre, le Conseil des ministres s’est réuni pour adopter un projet de loi prévoyant que les crimes d’esclavage et de torture soient classés crimes contre l’humanité. Le texte prévoit, à l’égard des auteurs de  crimes de torture et d’esclavage, des sanctions pénales : peines de prison, amendes et autres peines complémentaires comme la privation des droits civiques.

Propriété
«Il est impossible aujourd’hui d’avoir des chiffres ou des statistiques sur l’esclavage en Mauritanie, car l’Etat refuse de faire des enquêtes, alors que l’Union européenne a financé une étude qui n’a jamais été réalisée ! Quand on a essayé de faire des enquêtes à l’intérieur du pays, on a rencontré beaucoup de difficultés, dénonce Boubacar Messaoud, président de SOS Esclaves. L’esclavage en Mauritanie existe depuis des siècles. L’esclave appartient à son maître, il peut le frapper, le violer ou même l’assassiner. En Mauritanie et dans le monde musulman, l’esclavage n’a jamais été contesté. Il n’a pas été construit en tant que rapport humain. L’islam a été instrumentalisé pour justifier la domination et le rendre acceptable. L’esclave aujourd’hui se considère propriété de son maître et il peut même s’en vanter. Pour un esclave, c’est le maître qui est son modèle, et non son père, puisque la plupart ne connaissent pas leur père. C’est son unique identité.»
altA 67 ans, Boubacar Messaoud combat l’esclavage en Mauritanie, mais aussi en Afrique. Conscient que c’est un problème profond dans la société africaine, le militant explique que l’esclavage n’est pas propre aux «Blancs», puisque on trouve également ses racines «dans les ethnies africaines. Cependant, tant que l’esclave ne conteste pas, les maîtres nieront formellement son existence.»
Cicatrices
Il faut prendre un taxi pour se rendre chez Birame, le militant des droits de l’homme. La maison de Birame se situe dans l’extension de la capitale mauritanienne, là où le sable s’engouffre dans les maisons. Le taxi pénètre difficilement le quartier étroit et mal éclairé. Il faut compter sur la générosité des habitants pour nous montrer le chemin.
Quand on se trouve au centre-ville, tout le monde, ou presque, jure que Birame possède une grande maison avec des voitures, l’accusant de détourner «l’argent des étrangers».
Finalement, la maison n’est pas grande, elle est toujours en travaux. Deux ou trois lampes illuminent difficilement la pièce. On nous invite à nous asseoir à même le sol, sur une natte en plastique. Des enfants et des femmes s’approchent de nous. Ce sont tous des esclaves libérés. «J’avais une vie pénible. Je ne me sentais pas vivre, parce que je voyais tous les enfants aller à l’école pendant que je faisais le ménage. Je crois que ce sont les coups qui m’ont le plus marqué», confie Mokhtar. Comme Mbarka, libérée par l’association de Birame Ould Dah Ould Abeid, Mokhtar n’a aucun papier. Spontanément, il montre des cicatrices sur son torse, comme des griffures faites par un instrument métallique. Ce jeune adolescent, dont la sœur et le frère sont jusqu’à présent esclaves dans la demeure du maître de Mokhtar, a aujourd’hui intégré une école. «Mokhtar est un bon élève, ses bonnes notes font notre fierté», déclare Yacouba Diarra, membre du collectif de Birame.

Angoisse
Les militants abolitionnistes libèrent les esclaves en allant voir le maître en premier lieu, afin de proposer une médiation. Si ça ne fonctionne pas, ils engagent une action auprès de la police, en tentant de porter plainte. Souvent cette action échoue. Alors ils emploient les gros moyens. Birame, par exemple, a été emprisonné, et d’autres comme lui, en s’attaquant directement aux maîtres.
La plupart du temps ce sont de vraies opérations de «sauvetage»! Le cas de Said et Iyad est tout aussi révoltant. Les deux frères ont été secourus par Birame et ses militants. Said, 14 ans, est venu voir Birame pour l’aider à sauver son jeune frère. Après dix jours de détermination, ils y parviennent. Bilal, la trentaine, a fait l’objet d’un documentaire réalisé par Arte en 2008, Chasseurs d’esclaves, de Sophie Jeaneau et Anna Kwak. «J’ai échappé à mon maître, mais je n’avais en tête que sauver ma sœur», mtémoigne Bilal, les yeux dans le vague, parfois fuyants.

Livre maudit

Son histoire, il l’a racontée et la racontera longtemps. Bilal porte plainte et dénonce une famille maure, qui détient sa sœur. «L’image de ma sœur travaillant sans arrêt, puis violée m’insupportait, j’en été malade», ajoute-t-il. Les enfants et les femmes sont toujours les plus vulnérables. La sœur de Bilal, la quarantaine ou plus, maigre, enveloppée dans une mlahfa sombre, se lève et raconte toutes les exactions innommables qu’elle a endurées. Ses yeux traduisent une profonde angoisse qu’elle tente de cacher. «Les viols étaient mon quotidien. Je n’osais pas regarder mon violeur dans les yeux, alors je ne me souviens que des ombres. Je ne touche jamais ma peau, ni mon corps, de crainte de frôler mes blessures.»
Puis conclut dans un sourire, «Bilal m’a sauvée, je suis heureuse.» En avril 2012, l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) décide de brûler des livres auxquels ils reprochent «beaucoup de paragraphes sur ce que nous pouvons appeler la jurisprudence du faux, ce fiqh qui fonde l’esclavage et les pratiques similaires qui sont à l’antipode de la vraie religion». Moukhtassar Khalil, le livre de toutes les polémiques en Mauritanie. On le trouve aussi bien dans les librairies traditionnelles de Nouakchott, que dans d’autres pays africains. «Ce livre devient une référence pour les esclavagistes», dénonce Balla Touré, secrétaire aux relations extérieures de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie.

Castration
alt«On lit à la page 32 : “La femme esclave ne doit pas cacher son corps, contrairement à la femme libre, mais si son maître la possède et trouve un enfant avec elle, même sans mariage, elle doit se comporter comme les femmes de ‘‘bonne extraction’’ (se couvrir).» Le maître est alors autorisé à faire de son esclave «sa chose» et «à avoir avec elle des relations sexuelles, même quand elle est mariée, et ce, même devant son époux de même condition qu’elle !»
Par ailleurs, Balla Touré explique qu’à la page 118, il est écrit que le maître peut «à tout moment prononcer la nullité du mariage de son esclave (homme ou femme), s’il veut le ou la vendre, par exemple. Le maître peut castrer son esclave pour qu’il s’assure qu’il n’aura pas de rapports avec sa maîtresse.» Dans le milieu des Maures ou Beydanes se réclamant arabes, on ne veut pas parler d’esclavage. On nie même son existence. Pourtant, certains Maures tentent de renverser la tendance, comme ce journaliste de la télévision mauritanienne et militant à SOS Esclaves. «Les Beydanes se cachent derrière les imams et chouyoukh pour se justifier. Tant que les religieux ne s’insurgent pas contre cette pratique, la société mauritanienne ne réussira jamais son évolution.»
altKaaw Touré, porte-parole des Forces de libération des Africains de Mauritanie (FLAM) est plus intransigeant. Pour lui, la Mauritanie est «une bombe à retardement». Il suppose que le problème de coexistence entre les communautés négro-mauritaniennes et Beydanes repose sur une «politique volontairement et exclusivement panarabiste, privilégiant la communauté beydane à tous les points de vue au détriment de la communauté noire. A cause de cette désastreuse et chauvine politique, on constate qu’aujourd’hui les rapports entre ces populations restent marqués par la méfiance, la suspicion et le ressentiment au lieu de la solidarité et de la fraternité qui auraient dû fonder notre coexistence. Je ne vous apprends rien en vous disant que ces rapports ont été davantage altérés par les purges ethniques, les déportations et massacres des populations civiles et civiles noires des années 1986-1991.»

Faten Hayed  Elwatan-Algérie
du 14 decembre 2012.