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Recensement et double nationalité Par Ousmane Ba des FLAM-Europe de l´Ouest
Même si les Mauritaniens naturalisés en France ou ailleurs sont responsables de leurs décisions de naturalisation après plusieurs années d’exil politique, je voudrais quand même faire une analyse entre cette conséquence et le recensement en cours au pays.
Lorsque le recensement dit « fiable » a été lancé au mois de Mai dernier en Mauritanie, on a observé au paravent la fermeture, pour des raisons douteuses, des consulats mauritaniens à Dakar et à Paris qui enregistrent de fortes concentrations de communautés noires mauritaniennes.
Le recensement sera fait à l’ambassade ; mais pour se faire recenser, on doit présenter, en plus des papiers d’Etat civil mauritaniens, le titre de séjour français pour le cas de l’enrôlement en France. En exigeant le titre de séjour français les autorités mauritaniennes ont voulu écarter délibérément des milliers de Noirs mauritaniens exilés en France à cause de la répression et la terreur qui les avaient frappés, à l’époque du régime assassin de Moawiya Ould Sidi Ahmed Taya en Mauritanie. Il y’a une autre tracasserie administrative que les Mauritaniens ayant obtenu la nationalité française subissent à l’ambassade de Mauritanie à Paris quand ils s’y rendent pour demander un visa d’entrée : Au-delà des frais de visas qu’il faut payer, on leur exige aussi une pièce d’Etat civil prouvant qu’ils sont ou qu’ils étaient mauritaniens.
Pourquoi exiger un acte de naissance en plus du passeport pour établir un visa à quelqu’un ? Les autorités plénipotentiaires mauritaniennes ne chercheraient-elles pas à établir une liste rouge des Mauritaniens ayant une autre nationalité dans le but de les priver définitivement de la nationalité mauritanienne en les empêchant de se faire recenser ? Les mauritaniens naturalisés français et refugiés politiques ne disposant pas de la carte d’identité mauritanienne ne peuvent pas se faire recenser.
Ce recensement est fait malheureusement dans le but de diviser les Mauritaniens les uns contre les autres. Le critère de recensement n’est pas le même selon qu’on vit en exil (un exil qu’on n’a pas choisi) ou qu’on est né à l’étranger. Ce critère devrait être simple et unique pour tous les Mauritaniens.
Quand Mohamed Ould Abdel Aziz traitait les manifestants mauritaniens à Paris contre le recensement de Français et quand il répondait que les Mauritaniens ne demandent pas de visas pour se rendre en Mauritanie suite à une question de Kassataya sur les tracasseries de visas pour les Mauritaniens qui veulent se rendre en Mauritanie, ce n’était pas fortuit.... Et pourtant il connait parfaitement l’existence de la double nationalité à travers la Mauritanie et tous ses pays limitrophes. Il y’a des millions d’Algériens qui font chaque année des allers et retours entre la France et l’Algérie sans aucune tracasserie administrative et participent à toutes les élections algériennes en France. Pourquoi ? Parce que les autorités algériennes aiment et protègent leurs concitoyens quels qu’ils soient partout dans le monde. Elles savent que la double nationalité est une opportunité sociale et économique pour l’Algérie et non une tare. On voit la même chose à travers les immigrés maliens, sénégalais, marocains, tunisiens, togolaise, etc. Ce qui n’est pas le cas des autorités mauritaniennes vis-à-vis des Noirs mauritaniens qu’ils massacrent ou vouent à la servilité sociale. Si le gouvernement actuel est réellement démocratique, il aurait dû faire une rupture totale des pratiques des régimes militaires qui l’ont précédé en favorisant l’ouverture et le dialogue avec les exilés mauritaniens au lieu de les stigmatiser.
De mon point de vue la nationalité est un fait naturel, inné et inaliénable. Car, on appartient naturellement à un pays (le village, la région) comme on appartient à une famille (avec les parents, les frères et sœurs, la tribu…). Le décret présidentiel qui consisterait à dire que tel citoyen ou telle citoyenne pourrait ou pas conserver sa nationalité mauritanienne est un non sens pour moi.
Les Mauritaniens de la diaspora doivent rester mobilisés et vigilants face au système de gouvernement raciste mauritanien qui cherche vaille que vaille à déposséder des Noirs mauritaniens de tout acquis naturel soit-il ou de toute possibilité d’améliorer leurs conditions de vie
Si du point de vue philosophique on définit l’Etat comme un instrument de domination économique et sociale, on voit bien que l’Etat mauritanien joue ce rôle à merveille contre les Noirs mauritaniens.
Ousmane BA
Le Pecq France
30/11/11
Birame: “Que Aziz traduise en justice les auteurs des crimes d’Inal”
ALAKHBAR (Nouakchott) – Les associations et organisations des droits de l’homme qui avaient fait le déplacement à Inal, les 27 et 28 Novembre courant, ont tenu un meeting, mardiaprès-midi dans la grande salle de spectacle de Liv Rigue à Riad, pour expliquer leur position vis à vis des “crimes subis par les noirs de ce pays” , de la “sombre nuit 28 Novembre 1990” et de la “fête nationale souillée”. Étaient présents à cette cérémonie, les présidents et représentants de IRA-Maurianie,Birame Dah ould Abeidi, Boubacar Ould Messaoud, de SOS-ESCLAVES,Sarr Mamdou, du Fonadh,les collectifs des veuves, orphelins,rescapés des évènements de 1989,1990 et 1991,Cheikh Oumar Bâ, des Flam en France.
Les présidents et représentants des organisations ont tour à tour pris la parole pour dénoncer et fustiger les exactions extra judiciaires, tortures et expulsions dont ont été victimes les soldats et civiles négro mauritaniens sous le régime de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya.
Le leader et président de IRA-Mauritanie,s’est déclaré pour le combat jusqu’à que la lumière soit faite sur la mort des soldats noirs à inal, Azlatt, Sory Malé,Wothie,Walata, Jreida et dans la vallée.
“Nous demandons à Ould Aziz de faire sortir les tortionnaires et auteurs de crimes qu’il protège et qu’il continue de décorer et de les traduire en justice”a dit Birame. Et, il a dit par la suite, que,même si Ould Taya avait donné l’ordre que les soldats noirs soient torturés et tués, Mohamed Ould Abdel Aziz,El Arbi Ould Jedeine, et tant d’autres en font partie et ils seront jugés et punis.
Birame a par ailleurs dit que les soldats haratines qui ont exécuté les ordres de leurs supérieurs en torturant et tuant les innocents qu’ils seront eux aussi punis!.
“Les militants d’IRA et moi, je vous jure qu’on ne travaillera pas en Mauritanie et nous ne serons jamais en commun accord avec ceux qui gouvernent le pays tant que les veuves, les orphelins, les rescapés et les esclaves n’ont pas eu leurs droits et les tortionnaires, les auteurs et les bourreaux ne sont pas traduits en justice et sanctionnés conformément à la loi” a déclaré Birame Dah Ould Abeidi.
Notons que pour conclure, tous les orateurs qui se sont succédé devant le public, ont affirmé que “des assassins extrémistes ont souillé la date de l’indépendance de la Mauritanie de sang de ses braves et courageux fils dans la nuit du 28 Novembre 1990 en plein désert à Inal, loin des regards et des écoutes”.
Déclaration des veuves, des rescapés et le Fonadh
28 Novembre 2011, la Mauritanie célèbre le 51eme anniversaire de son indépendance. Une manière singulière de célébrer une fête nationale désormais souillée du sang des innocents des nôtres. Une date qui restera à jamais marquée par 21 ans de souffrance et de larmes pour les familles des martyrs sauvagement assassinés à INNAL par le régime chauvin et raciste de Maouyaa.
Ils étaient 28 enfants de la Patrie. Ils s’étaient engagés sur l’Honneur à défendre cette Partie qui leur était chère, ainsi que la Fraternité et la Justice auxquelles ils croyaient.
Ils étaient 28 enfants de mères qui les ont portés, les ont bercés aux harmonies mélodieuses de cette Patrie, de cette terre aimée. 28 mères qui comptaient s’appuyer sur leurs épaules généreuses. Ils étaient 28 maris magnanimes de femmes aimantes, dévouées, généreuses porteuses de leurs futurs qu’ils s’attachaient à préparer lumineux.
Ils étaient 28 enfants de la Patrie qui ont servi leur pays avec Honneur, Fraternité et Justice. Ils étaient 28 de nos frères, de nos amis, accueillants, désintéressés, toujours prêts à servir leur pays.
Et ce 28 novembre 1990, certains de leurs « frères d’armes », nourris à l’idéologie haineuse du chauvinisme nationaliste arabe, infiltrés à tous les niveaux des forces armées et de sécurité, décidèrent de les sacrifier pour assouvir leur haine et celle de leurs supérieurs.
Ces 28 frères d’armes, décrétés traitres parce négro-africains par les chauvins haineux, payaient ainsi pour avoir survécu sur divers fronts (Sahara et contingents de Nations Unies) dans leurs héroïques combats pour défendre l’Honneur de la Patrie, la Fraternité et la Justice. Dans les autres casernes, plusieurs militaires négro-africains séquestrés, atrocement torturés, dont plus de 500 succombent à une véritable épuration ethnique.
Depuis cette barbarie, le 28 novembre est devenue une journée de larmes pour des milliers de mauritaniens et une faille dans l’unité nationale. Il ne faut surtout pas se laisser tromper par la « Prière de l’absent » de Kaédi et les autres mesures d’accompagnement de ce Pardon télécommandé par le Général-Président et de quelques lieutenants négro-africains qui ont accompagné cette manipulation.
Cette fête de l‘indépendance rappelle plutôt des souvenirs douloureux et des frustrations accumulées. C’est pourquoi, en cette journée de réjouissances pour certains, mais de souvenirs pénibles accumulés pour d’autres, nous réitérons nos revendications pour la vérité, la justice et le rétablissement des droits indéfectibles de toutes les victimes de cette répression barbare aussi bien les militaires que et les civils.
Nous, Mouvement des Veuves et Rescapés Unis pour la Dignité Humaine et le Forum des Organisations Nationales de Droits de l’Homme (FONADH), appelons tous les mauritaniennes et mauritaniens, les associations de la société civile et les partis politiques mauritaniens patriotiques et démocratiques de poursuivre le combat de ces 21 dernières années pour que triomphent la Justice et la Fraternité dans notre peuple.
Nous lançons le même appel pressant aux Institutions internationales, aux associations humanitaires et de défense des droits de l’Homme internationales pour que triomphent en Mauritanie la Vérité, la Justice et la Réconciliation.
Le M V R U D U Le FONADH
Abdoulaye Diop Mamadou Moctar Sarr
Houlèye Sall
Nouakchott le 27 novembre 2011
Liste des sous-officiers et soldats pendus le 28 novembre 1990 à Inal
1. Adjudant chef Djigo Abdoulaye 2. 1ere classe Samba Baba Ndiaye 3. 1ere classe Ndiaye Samba Oumar 4. 1ere classe Diallo Ibrahima 5. 1ere classe Sy Mamadou Hamadi 6. Sergent Mbodj Abdel Kader 7. 2ème classe Samba Coulibaly 8. 2ème classe Diallo Demba 9. 1ere classe Thiam Amadou Saïdou 10. 1ere classe Sy Mamadou Oumar 11. 1ere classe Diallo Abderrahmane 12. 1ere classe Ly Mamadou Ousmane 13. Soldat Sarr Alassane Yéro 14. Caporal Bâ Amadou Mamadou 15. Sergent Lam Toro Camara 16. Sergent Bâ Souleymane Moussa 17. Sergent chef Bâ Oumar Kalidou 18. Sergent Thiam Amadou Mamadou 19. Sergent Sall Samba 20. 2ème classe Diallo Abdoullaye Boye 21. 1ere classe Dia Cheikh Tidiane 22. 2ème classe Soumaré Demba Bocar 23. 1ere classe Ngaïdé Moussa 24. 1ere classe Sy Demba Oumar 25. 1ere classe Lô Ciradio 26. Sergent Ly Adama Yéro 27. Caporal Bâ Djibril Samba 28. Caporal Sy Mamadou Demba
28 novembre 2011 à Inal: Prières et recueillement à la mémoire des disparus
Inal (LE CALAME) : Les festivités commémoratives se sont déroulées, le lundi 28 novembre 2011 sous une haute surveillance de la brigade de gendarmerie d’Inal qui s’est évertuée à enregistrer tous les caravaniers. 26 orphelins, emmenés par le président du comité des orphelins des victimes militaires et civils, Boubacar Lamtoro Camara et 12 veuves, soutenus techniquement par l’AVOMM, des membres de la diaspora (association des femmes de la vallée), des FLAM, l’auteur de l’ouvrage « l’Enfer d’Inal » Sy Mouhamedou, des représentants de certains partis politiques,le sénateur de M’Bout, le maire de Tokomadji se sont recueillis au cimetière d’Inal où vraisemblement les 28 militaires seraient enterrés dans une fosse commune. Tous les caravaniers ont formulé le vœu que ce que l’endroit où était détenus, durant de longs mois avec son lot de souffrances avant leur exécution sommaire, des soldats, sous-officiers et officiers négro mauritaniens ligotés et entassés , soit un « lieu de pèlerinage » et de « recueillement sur les tombes des disparus » .
Les cérémonies commémoratives ont été empreintes d’émotion. Toute l’assistance a fondu en larmes devant l’évocation des atrocités barbares subis dans les camps de concentration par des hommes coupables d’appartenir à une communauté ciblée par un régime ethnogénocidaire, dans le cadre d’une vaste politique d’épuration ethnique. D’ailleurs, une liste de 144 tortionnaires de l’armée mauritanienne a été diffusée, lors de cette journée mémorable.
Les banderoles dressées par le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie exprimaient largement les attentes des victimes « Non au silence »,
« Non à l’impunité », « Non à la banalisation » ; « Non au pardon forcé », « 28 novembre 1990 :28 militaires négro- africains tués par leurs frères d’arme pour célébrer la fête de l’indépendance »
THILO Coulibaly, veuve, réfute tout « arrangement ». « Nous ne voulons rien sauf la justice ».
Les lieux de pendaison et d’incarcération, dans des conditions atroces ont été identifiés par la délégation officielle.
La procession au premier rang de laquelle se trouvaient les orphelins et les veuves, la main dans la main, s’est ébranlée vers les lieux de pendaison, en entonnant « Allahou Akbar, La Ilaha Ilallah ». Moment fort intense où s’entremêlaient pleurs et larmes.
“La lutte continuera et la victoire sera acquise, un jour”
Birame espère que dans un temps proche la lutte menée, depuis de nombreuses années par les militants des droits de l’homme et le sacrifice fait se traduisent dans les faits par l’arrestation et le jugement des bourreaux. Il arrivera un jour où les coupables menottes aux poings soient traduits devant la justice pour répondre de leur forfait. Il s’est félicité de la concrétisation de ce pèlerinage qui constitue, selon lui, un premier pas dans le sens de l’émergence de la justice.
Il souhaite une délimitation des lieux de pendaison et d’enterrement des martyrs.« Avec l’engagement, nous avons espoir que tout cela va aboutir. Il suffit d’y croire », fait-il remarquer. « Il n’y aura pas de réconciliation sans justice. Les veuves et orphelins récusent tout « arrangement par le biais de la corruption » réitérant son désir de voir la justice triompher afin qu’il y ait une tranquillité pour les victimes, les populations traumatisées. C’est l’une des demandes fondamentales », a-t-il ajouté. Il a exhorté les autres dirigeants d’associations et les militants à remplir leur « cœur de l’espoir ».
Le maire de Tokomadji, Diaw Abdoulaye Djimé, a appelé les militants, sympathisants, dirigeants des organisations, les veuves et orphelins à saisir cette occasion pour que « l’oubli ne s’installe pas » et que le flambeau de la justice soit portée.
Youssouf Sylla s’est félicité de la matérialisation de cette initiative prise, le 5 mai dernier qu’ «on aurait du faire, depuis longtemps à savoir se recueillir sur les lieux où une partie de nous a été meurtrie. Le sénateur de M’Bout a demandé une application stricte du droit devant se concrétiser par le jugement des bourreaux. C’est, ajoute-t-il, une « revendication nationale. Nous refusons l’injustice et l’impunité », dira-t-il.
Les veuves entament avec ce recueillement le deuil de l’être parti à jamais, dans des conditions atroces. Restant sur leurs gardes, les veuves ne perdent pas de vue les duperies du pouvoir. « C’est une tromperie et une tentative maladroite de vouloir diviser par le biais de la corruption les veuves et les orphelins », tonne Djarietou Toumbo, veuve du lieutenant Sall Oumar, qui dénonce les actions de sape entreprises par les autorités avec la complicité de certaines organisations.
Faisant prévaloir son refus catégorique de tout dédommagement sans la mise sur pied d’une commission indépendante d’enquête devant élucider les conditions de détention et d’exécution des disparus et le jugement des bourreaux. « Nous ne renoncerons jamais à notre lutte et à nos revendications fort légitimes », lance au bord des larmes Djarietou Coumba.
Quant à Ly Fati Salif, elle a remercié Allah, le Tout Puissant d’avoir permis aux familles des victimes et des militants de droits de l’homme de commémorer cet instant mémorable qui restera à jamais gravé dans leur mémoire. « Nous ne renoncerons jamais à nos droits et réfutons les actions dilatoires entreprises par le régime de Ould Abdel Aziz ». Ly Fati a exprimé, à l’image des autres veuves, « le refus du processus entamé ». « On a mis, ironise-t-il, une corde autour de notre cou mais nous n’avons pas peur ».
Maïmouna Alpha Sy, présidente du collectif des veuves a indiqué que « personne n’aurait pensé qu’on serait là (à Inal). Nous n’oublierons jamais. La victoire est pour nous et le reste, prédit elle, viendra ».
Barbaries d’un régime
Revenant sur les lieux où il a vécu un véritable « enfer sur terre » et où d’autres ont subi un carnage, l’ex Lieutenant de l’armée, Sy Mahamadou, auteur du célèbre ouvrage ayant dévoilé l’horreur dans le camp d’extermination, « L’enfer d’Inal », a indiqué que : « les auteurs de ces crimes ont commis du tort à la Mauritanie en général et à leurs enfants en particulier ». N’ayant, affirme-t-il, pas « de haine contre personne mais que la justice soit faite», le rescapé de la «Tragédie d’Inal » qui a fait le déplacement pour cette bourgade de l’extermination a relaté «l’horreur ». Sy, la voix enroulée et ému, révèle que « le 11 Octobre 1990, nous sommes venus ici, au nombre de 250 entre soldats, sous-officiers et officiers négro mauritaniens ligotés et entassés dans des camions militaires de type 19/24. A notre arrivée, des tortionnaires déterminés, nous ont accueillis avec les méthodes les plus atroces et criminelles de tortures et d’enquêtes ». Et ce rescapé très décontracté d’affirmer qu’il ne se passait pas un jour ni une nuit sans entendre des cris assourdissants et des pleurs d’hommes. Ensuite, il dira qu’il ne se passait un moment sans voir des cadavres d’hommes trainerpar des soldats pour être jetés dans les fosses communes.
Evoquant, le « pèlerinage » dans ce que furent les « camps de l’horreur », Sy a laissé entendre que : « je ne peux pas être content, ni joyeux, parce que j’ai subi du mal ici, j’ai perdu des amis, des frères et des compagnons d’armes à tort”. Il a précisé que «les fils et les parents des bourreaux, des tortionnaires, des assassins ne sont pas comptables, mais les coupables doivent être dénoncés et jugés “.
Sy Mouhamadou déplore que des gens animés d’un chauvinisme et d’un racisme primaire aient travesti l’indépendance nationale et entaché de sang l’accession du pays à l’indépendance. Ils ont fait du tort, souligne SY à tout le monde. Ils ont blessé tous les mauritaniens. Trop de souvenirs remontent à la surface, en évoquant la nuit de l’extermination, celle du 27 au 28 Novembre 1990 où 28 soldats ont été pendus dans la caserne qui se trouvait ici, en guise de « festin » d’indépendance. Selon Mouhamadou Sy, il ne s’est pas passé un jour, une seconde, une minute sans que des cris ou des pleurs ne troublent les consciences des prisonniers. Mon principal tortionnaire était le Caporal, Ould Demba, qui m’étranglait chaque matin avec son ceinturond. Il estimera que sur les « 250 militaires noirs qui étaient acheminés à Inal, le 11 Octobre 1990, seuls 96 ont survécu et ils on été amenés à Nouadhibou. Et, là-bas plusieurs parmi eux y ont trouvé la mort. Les autres dont moi, on nous a déposés à la base de Jreida pour subir un interrogatoire avant d’être libérés ».
Sy Mouhamadou a déclaré qu’il est assoiffé de justice avant de dire qu’il « admire le courage et la ténacité de Birame Dah Ould Abeid, des veuves, des orphelins, des militants de IRA, des parlementaires et élus locaux et des représentants de partis politiques et des organisations des droits de l’homme, de toutes les ethnies et races de Mauritanie qui ont bravé toutes les barrières. Vous ne devez jamais vous décourager ».
A la fin des activités, une marche de soutien des femmes de la localité, rendue tristement célèbre en raison du camp d’extermination d’officiers halpulaar, a été organisée. Partie du centre de cette bourgade, la marche s’est terminée à l’entrée de la base 101 d’Inal.
THIAM Mamadou
Envoyé spécial à INAL
Inal: Des larmes 21 ans après sur la place des 28 martyrs
ALAKHBAR (Inal) – Les délégations qui avaient quitté Nouakchott, l’aube du 27 Novembre dernier, pour aller commémorer la pendaison des 28 soldats noirs, le soir du 28 novembre 1990, dans la caserne militaire d’Inal, y sont arrivées après de vives tracasseries. Arrêtées à plusieurs reprises par les forces de sécurité durant tout le trajet. A en croire que, plusieurs dizaines d’organisations venues de la France et des Etats Unis ont pris part à cette cérémonie. D’ailleurs quelques, partis politiques mauritaniens faisaient partie de la délégation d’Inal et d’autres ont apporté leur soutien.
Le 28 Novembre à 12 heures, le convoi constitué de quarante et un véhicules transportant plus de 300 personnes, arrive à destination. La délégation dirigée IRA-Mauritanie comprenait, le collectif des veuves, des orphelins, des rescapés, le collectif de solidarité avec les victimes des violations des droits humains en Mauritanie, des organisations de droits de l’homme, des parlementaires et des élus locaux.
Sur la place publique située au centre d’Inal, devant un important dispositif sécuritaire de la gendarmerie, les veuves, les orphelins, des grands-mères et proches parents des soldats tués, dans cette localité, n’ont pas pu retenir leurs chaudes larmes et leurs cris de détresse.
Après s’être rendue sur la place de la caserne , aujourd’hui transformée en terrain de sport , où les soldats noirs avaient été torturés avant d’être exécutés et , là, où, se trouvait la fosse commune, Birame Ould Dah Ould Abeidi, entouré du Sénateur de Mbout, Youssouf Sylla, du Maire de Tokomadji,Diaw Abdoulaye Djimé, des veuves, des orphelins, de l’auteur du l’Enfer d’Inal, Lieutenant Sy Mahamdou, rescapé d’Inal et de ses proches collaborateurs, a , tenu un point de presse, dans lequel, il s’est déclaré content d’avoir découvert , l’endroit où ses frères ont été tués sommairement et enterrés, mais aussi triste de voir des veuves et des orphelins qui n’ont pas pu connaitre pourquoi les leurs ont subi ce sort injuste.
“La lutte continuera et la victoire sera acquise, un jour !”S’est-il exclamé. Et Birame de demander aux ayants droit d’avoir l’espoir et de ne jamais désespérer. Il a ajouté dans son mot, qu’un” jour, ils feront déplacer à Inal, des juges, des rescapés, des ayants droit, des organisations internationales, les coupables, les tortionnaires menottés pour témoigner de leurs actes”.
Ensuite,c’était à la lecture du Coran à la mémoire des martyrs d’Inal qui s’est achevée par des prières(Doua).
Vers 16 heures, la forte délégation s’est rendue sur l’ancienne place du Camp militaire, où, les soldats ont passé sous les” tortures atroces”,” la place des pendaisons” et ” là, où, se trouvait la fosse commune qui a été déplacée et le reste rasé par des bulldozers du génie militaire”. Sur, ces lieux, des veuves et des orphelins se sont écroulés en pleurant. Et une plaque a été placée au lieu mémorial.
La place qui abritait la base militaire les années passées, est devenue aujourd’hui, un terrain de football, pour les Inalois. Mais les traces du mur, des chambres qui servaient de bureaux et de cellules et des débris des poteaux sont encore bien visibles. A 16 heures 30, c’était la prière à la mémoire des disparus. Elle a eu lieu plusieurs mètres devant la nouvelle base militaire d’Inal, aujourd’hui bien construite, (Sous groupement N°101). Notons que la prière a été dirigée par l’Imam titulaire de Birett(Trarza),Lehib Ould Lemlih.
Et c’est vers 18heures, que le cortège escorté par des gendarmes prend le chemin pour Nouakchott, pour y arriver tard dans la nuit du mardi 29 Novembre.




