28 novembre 2011 à Inal: Prières et recueillement à la mémoire des disparus
Inal (LE CALAME) : Les festivités commémoratives se sont déroulées, le lundi 28 novembre 2011 sous une haute surveillance de la brigade de gendarmerie d’Inal qui s’est évertuée à enregistrer tous les caravaniers. 26 orphelins, emmenés par le président du comité des orphelins des victimes militaires et civils, Boubacar Lamtoro Camara et 12 veuves, soutenus techniquement par l’AVOMM, des membres de la diaspora (association des femmes de la vallée), des FLAM, l’auteur de l’ouvrage « l’Enfer d’Inal » Sy Mouhamedou, des représentants de certains partis politiques,le sénateur de M’Bout, le maire de Tokomadji se sont recueillis au cimetière d’Inal où vraisemblement les 28 militaires seraient enterrés dans une fosse commune. Tous les caravaniers ont formulé le vœu que ce que l’endroit où était détenus, durant de longs mois avec son lot de souffrances avant leur exécution sommaire, des soldats, sous-officiers et officiers négro mauritaniens ligotés et entassés , soit un « lieu de pèlerinage » et de « recueillement sur les tombes des disparus » .
Les cérémonies commémoratives ont été empreintes d’émotion. Toute l’assistance a fondu en larmes devant l’évocation des atrocités barbares subis dans les camps de concentration par des hommes coupables d’appartenir à une communauté ciblée par un régime ethnogénocidaire, dans le cadre d’une vaste politique d’épuration ethnique. D’ailleurs, une liste de 144 tortionnaires de l’armée mauritanienne a été diffusée, lors de cette journée mémorable.
Les banderoles dressées par le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie exprimaient largement les attentes des victimes « Non au silence »,
« Non à l’impunité », « Non à la banalisation » ; « Non au pardon forcé », « 28 novembre 1990 :28 militaires négro- africains tués par leurs frères d’arme pour célébrer la fête de l’indépendance »
THILO Coulibaly, veuve, réfute tout « arrangement ». « Nous ne voulons rien sauf la justice ».
Les lieux de pendaison et d’incarcération, dans des conditions atroces ont été identifiés par la délégation officielle.
La procession au premier rang de laquelle se trouvaient les orphelins et les veuves, la main dans la main, s’est ébranlée vers les lieux de pendaison, en entonnant « Allahou Akbar, La Ilaha Ilallah ». Moment fort intense où s’entremêlaient pleurs et larmes.
“La lutte continuera et la victoire sera acquise, un jour”
Birame espère que dans un temps proche la lutte menée, depuis de nombreuses années par les militants des droits de l’homme et le sacrifice fait se traduisent dans les faits par l’arrestation et le jugement des bourreaux. Il arrivera un jour où les coupables menottes aux poings soient traduits devant la justice pour répondre de leur forfait. Il s’est félicité de la concrétisation de ce pèlerinage qui constitue, selon lui, un premier pas dans le sens de l’émergence de la justice.
Il souhaite une délimitation des lieux de pendaison et d’enterrement des martyrs.« Avec l’engagement, nous avons espoir que tout cela va aboutir. Il suffit d’y croire », fait-il remarquer. « Il n’y aura pas de réconciliation sans justice. Les veuves et orphelins récusent tout « arrangement par le biais de la corruption » réitérant son désir de voir la justice triompher afin qu’il y ait une tranquillité pour les victimes, les populations traumatisées. C’est l’une des demandes fondamentales », a-t-il ajouté. Il a exhorté les autres dirigeants d’associations et les militants à remplir leur « cœur de l’espoir ».
Le maire de Tokomadji, Diaw Abdoulaye Djimé, a appelé les militants, sympathisants, dirigeants des organisations, les veuves et orphelins à saisir cette occasion pour que « l’oubli ne s’installe pas » et que le flambeau de la justice soit portée.
Youssouf Sylla s’est félicité de la matérialisation de cette initiative prise, le 5 mai dernier qu’ «on aurait du faire, depuis longtemps à savoir se recueillir sur les lieux où une partie de nous a été meurtrie. Le sénateur de M’Bout a demandé une application stricte du droit devant se concrétiser par le jugement des bourreaux. C’est, ajoute-t-il, une « revendication nationale. Nous refusons l’injustice et l’impunité », dira-t-il.
Les veuves entament avec ce recueillement le deuil de l’être parti à jamais, dans des conditions atroces. Restant sur leurs gardes, les veuves ne perdent pas de vue les duperies du pouvoir. « C’est une tromperie et une tentative maladroite de vouloir diviser par le biais de la corruption les veuves et les orphelins », tonne Djarietou Toumbo, veuve du lieutenant Sall Oumar, qui dénonce les actions de sape entreprises par les autorités avec la complicité de certaines organisations.
Faisant prévaloir son refus catégorique de tout dédommagement sans la mise sur pied d’une commission indépendante d’enquête devant élucider les conditions de détention et d’exécution des disparus et le jugement des bourreaux. « Nous ne renoncerons jamais à notre lutte et à nos revendications fort légitimes », lance au bord des larmes Djarietou Coumba.
Quant à Ly Fati Salif, elle a remercié Allah, le Tout Puissant d’avoir permis aux familles des victimes et des militants de droits de l’homme de commémorer cet instant mémorable qui restera à jamais gravé dans leur mémoire. « Nous ne renoncerons jamais à nos droits et réfutons les actions dilatoires entreprises par le régime de Ould Abdel Aziz ». Ly Fati a exprimé, à l’image des autres veuves, « le refus du processus entamé ». « On a mis, ironise-t-il, une corde autour de notre cou mais nous n’avons pas peur ».
Maïmouna Alpha Sy, présidente du collectif des veuves a indiqué que « personne n’aurait pensé qu’on serait là (à Inal). Nous n’oublierons jamais. La victoire est pour nous et le reste, prédit elle, viendra ».
Barbaries d’un régime
Revenant sur les lieux où il a vécu un véritable « enfer sur terre » et où d’autres ont subi un carnage, l’ex Lieutenant de l’armée, Sy Mahamadou, auteur du célèbre ouvrage ayant dévoilé l’horreur dans le camp d’extermination, « L’enfer d’Inal », a indiqué que : « les auteurs de ces crimes ont commis du tort à la Mauritanie en général et à leurs enfants en particulier ». N’ayant, affirme-t-il, pas « de haine contre personne mais que la justice soit faite», le rescapé de la «Tragédie d’Inal » qui a fait le déplacement pour cette bourgade de l’extermination a relaté «l’horreur ». Sy, la voix enroulée et ému, révèle que « le 11 Octobre 1990, nous sommes venus ici, au nombre de 250 entre soldats, sous-officiers et officiers négro mauritaniens ligotés et entassés dans des camions militaires de type 19/24. A notre arrivée, des tortionnaires déterminés, nous ont accueillis avec les méthodes les plus atroces et criminelles de tortures et d’enquêtes ». Et ce rescapé très décontracté d’affirmer qu’il ne se passait pas un jour ni une nuit sans entendre des cris assourdissants et des pleurs d’hommes. Ensuite, il dira qu’il ne se passait un moment sans voir des cadavres d’hommes trainerpar des soldats pour être jetés dans les fosses communes.
Evoquant, le « pèlerinage » dans ce que furent les « camps de l’horreur », Sy a laissé entendre que : « je ne peux pas être content, ni joyeux, parce que j’ai subi du mal ici, j’ai perdu des amis, des frères et des compagnons d’armes à tort”. Il a précisé que «les fils et les parents des bourreaux, des tortionnaires, des assassins ne sont pas comptables, mais les coupables doivent être dénoncés et jugés “.
Sy Mouhamadou déplore que des gens animés d’un chauvinisme et d’un racisme primaire aient travesti l’indépendance nationale et entaché de sang l’accession du pays à l’indépendance. Ils ont fait du tort, souligne SY à tout le monde. Ils ont blessé tous les mauritaniens. Trop de souvenirs remontent à la surface, en évoquant la nuit de l’extermination, celle du 27 au 28 Novembre 1990 où 28 soldats ont été pendus dans la caserne qui se trouvait ici, en guise de « festin » d’indépendance. Selon Mouhamadou Sy, il ne s’est pas passé un jour, une seconde, une minute sans que des cris ou des pleurs ne troublent les consciences des prisonniers. Mon principal tortionnaire était le Caporal, Ould Demba, qui m’étranglait chaque matin avec son ceinturond. Il estimera que sur les « 250 militaires noirs qui étaient acheminés à Inal, le 11 Octobre 1990, seuls 96 ont survécu et ils on été amenés à Nouadhibou. Et, là-bas plusieurs parmi eux y ont trouvé la mort. Les autres dont moi, on nous a déposés à la base de Jreida pour subir un interrogatoire avant d’être libérés ».
Sy Mouhamadou a déclaré qu’il est assoiffé de justice avant de dire qu’il « admire le courage et la ténacité de Birame Dah Ould Abeid, des veuves, des orphelins, des militants de IRA, des parlementaires et élus locaux et des représentants de partis politiques et des organisations des droits de l’homme, de toutes les ethnies et races de Mauritanie qui ont bravé toutes les barrières. Vous ne devez jamais vous décourager ».
A la fin des activités, une marche de soutien des femmes de la localité, rendue tristement célèbre en raison du camp d’extermination d’officiers halpulaar, a été organisée. Partie du centre de cette bourgade, la marche s’est terminée à l’entrée de la base 101 d’Inal.
THIAM Mamadou
Envoyé spécial à INAL




