Daily Archives: 12/11/2011
Flamnet-Agora : Enrôlement des populations : les dessous de l’opération par Bara Ba(Suite et fin )
Dans cette deuxième partie je voudrais examiner, avec vous chers lecteurs, cette opération, plus en profondeur, en en montrant les aspects absurdes voire irrationnels, en même temps que les soubassements véritables!
Rappelons, pour commencer, que cet enrôlement est basé, comme nous le constatons, principalement sur l’acte de naissance (de l’ascendant) -pièce maîtresse de tout le montage ! C’est-à-dire que lorsque vous êtes agé de 44 , 45 ans, vous êtes tenu de présenter le certificat de naissance d’un de vos ascendants, à défaut, son certificat de décès!
Dans le cas d’un père décédé, le requérant devra obtenir du cadi, du juge , ou du médecin, un certificat de décès; notez le ridicule : un juge vous établira, contre une taxe de 10.000um, un certificat de décès pour un défunt qui n’a jamais été enregistré nulle part, puisqu’il n’existe pas de registres de décès !
Où est la fiabilité d’un fichier qu’on prétend vouloir assainir, si à a chaque fois que quelqu’un décroche un certificat de décès il est assuré d’être enrôlé ?
-Autre aspect, non moins absurde, dans la conception de cette opération :
Vous êtes âgé de 44 ou 45 ans , et l’on vous demande de fournir un acte de naissance de votre père censé être âgé, au moins de 65 ans ( si l’on considère 20 ans comme différence minimale entre père et fils ), dans une Mauritanie, qui n’existe, officiellement, que depuis 1960 ! N’est-ce pas incohérent ?… à moins de chercher à rendre la vie impossible à certains, pour les besoins d’un alibi que requiert l’application d’un plan secret !
Mais si c’est à la Mauritanie de 1904 que l’ on se réfère et non à la Mauritanie post-indépendance , alors, il n’y avait qu’à revenir aux registres des impôts établis par le colon dans les années 40-50 , si tant est qu’on tient, vraiment, à remonter aux ascendants ! A condition bien entendu que les archives n’aient pas été encore détruites par l’administration arabo-berbère , à son habitude, comme pour effacer toute trace du passé dans le Sud !
-Poursuivons :
Il n’échappe à personne que nous, mauritaniens, n’avons pas encore intégré la pratique du recours à l’acte de naissance, dès que le bébé naissait .
En 1960 , et jusque dans les années 70, personne ne semblait en éprouver le besoin ; c’était le cadet de nos soucis ! A à nos jours , combien de bébés naissaient et grandissaient sans papiers , dans nos campagnes, dans nos villes et à leur périphérie ? S’il en est ainsi, à l’heure actuelle , que dire , à fortiori, de la génération de la soixantaine , essentiellement concernée , puisqu’étant choisie comme base de départ dans cette fameuse opération d’enrôlement ?
Les Bidhaans, nomades, et les Peulhs, nomades, en majorité , ne possèdent toujours pas d’actes de naissance! chez les Haratines, c’est encore pire, car dans leurs adwabas on ne connaît ni certificat de mariage, ni acte de naissance. Ils sont comptés comme des « biens » de la tribu, pris en charge par le chef tribal.
Bref nos populations étaient et demeurent, dans leur écrasante majorité, dépourvues de pièces d’état civil , même en milieu sédentaire . La minorité qui sollicitait la pièce d’acte de naissance auprès de l’Administration le faisait, généralement, en cas de projet de voyage ; lorsqu’on était candidat à l’immigration lointaine.
La pratique du recours à l’établissement de l’acte de naissance ne s’est généralisée, qu’avec la catégorie des fonctionnaires de l’Etat et des ouvriers , pour des besoins administratifs ; pour des allocations familiales. L´acte de naissance était également établi dans les centres urbains ou dans les gros bourgs pour l’enfant qu’on s’apprêtait à inscrire à l’école, ou pour l’élève, à la veille des examens ou concours à passer , en fin du cycle primaire.
Comme on le voit donc, la pratique d’établissement de l’acte de naissance n’est pas entrée dans les mœurs et traditions des mauritaniens.
Concernant l’acte de décès il reste complètement méconnu, à nos jours, jusque dans le milieu urbain ; seules les veuves de fonctionnaires y recourent pour constituer des dossiers administratifs, afin de percevoir la pension de leurs maris défunts . Pour tous les autres cas, quand le conjoint décédait “il était parti , c’est tout …rappelé à Dieu”! Dans ce pays , ne l’oublions pas , face à la mort la mentalité reposait et repose encore , largement, sur la formule que « Dieu avait crée … il a repris » !
Comment, dès lors, avec une telle mentalité et face à une telle réalité , se réveiller un beau matin , et baser un recensement , aussi important que celui des populations, sur des critères aussi évanescents, voire inexistants ? Comment exiger la présentation d’une pièce administrative à une population qui n’en possédait pas, au moins pour les trois quarts (¾ ) ?
Le gouvernement, à travers ses commissions, demandait des papiers qu’il était assuré, par avance, de ne pouvoir obtenir d’une population qui ne pouvait les lui fournir , puisqu’elle n’en possédait pas !!!
Tous ces Bidhaans de la ‘’Badya’’, tous ces Peulh nomades et tous ces Haratines des adwabas, seraient laissés en rade, soit les ¾ de la population exclus, si ce critère était appliqué !
Quelle était donc la logique, derrière cette démarche , qui ne menait nulle part ?
La seule logique cohérente qui , à mon sens , s’offrait à l’esprit est celle-ci : tout ce à quoi nous assistons était une mise en scène destinée à noyer le poisson ; un prétexte !
La réalité est que ce critère (présentation exigée de l’acte de naissance de l’ascendant ) ne sera pas appliqué à tout le monde ; l’application se fera sélectivement, et ne concernera que les indésirables, c’est-à-dire les Négro -africains, et les Haratines insoumis !
Car ceux qui gèrent et contrôlent ces commissions , en amont et en aval , sont ceux- là mêmes qui contrôlent l’office des statistiques , interdit d’accès ! Dans le secret de leurs bureaux ils auront les coudées franches pour retenir ou gommer qui ils voudront !
Ce projet est mis en œuvre, en vérité , parce que la marche inexorable du pays vers la démocratie fait resurgir la peur ; peur de voir le pouvoir changer de mains ; d’où la nécessité de prendre des dispositions , – entre autre cet enrôlement- , pour prévenir cette inquiétante perspective .
Voilà pourquoi cet enrôlement a été conçu.
Voilà pourquoi il ne pouvait être que de nature , foncièrement, discriminatoire et raciste !
Voilà qui justifie que dans une Mauritanie qui se définit comme un pays multi-culturel et pluri-ethnique, des agents recenseurs interrogeaient Negro africains ( Pulaars Soninkés ,Wolofs ) en arabe ! comme si parler arabe constitue le critère essentiel pour déterminer la mauritanité ! on rejetait ces populations , on doutait de leur mauritanité, parce qu’elles ne parlaient pas cette langue ? combien d’arabo-berbères parlaient pulaar ou soninké?
Ces agents s’amusaient , en outre , à exiger des Négro-africains la récitation d’une sourate , comme pour tester leur foi , alors que le rapport de Dieu avec chacun est d’ordre strictement privé, personnel !
Cette attitude de mépris des agents recenseurs vient s’ajouter à une autre , devenue habituelle, qui s’exerce pendant les contrôles routiers opérés au faciès , au cours desquels seuls les Negro -africains sont sommés de présenter la pièce d’identité au gendarme !
Votre mauritanité est affichée au visage , suivant que vous serez Blanc ou Noir !
Autre pratique vexatoire de ces mêmes commissions : obliger les villageois à se rendre au chef-lieu de préfecture ou de région pour se faire enrôler ; La moitié ne s’y rend pas , faute de moyens pour transporter des familles nombreuses . L’autre moitié qui s’y rend finit , lassée après des semaines voire des mois d’attente , par repartir pour ne plus revenir , profondément déçue ! Même situation pour les réfugiés , complètement démunis , auxquels il est demandé de se prendre en charge, pour se transporter avec leurs familles, vers les centres urbains .
L’objectif du gouvernement arabo-berbère, à travers ces conditions contraignantes, est , manifestement , de susciter un découragement généralisé, qui amènera la moitié de la population Négro-africaine à renoncer à l’enrôlement !
Si parler aux gens une langue qu’ils ne comprennent pas , ou tester leur foi passe encore , en dépit du caractère provocateur, ce qui est inacceptable et qu’on ne peut laisser passer , c’est la composition de ces commissions, qui montre à quel point le régime du Président Ould Abdel Aziz est un régime raciste . Plus que ces comportements vexatoires il y’a , par-dessus tout , cette façon inacceptable, de constituer ces commissions , composées et dirigées par la seule composante arabo-berbère . La commission centrale de supervision , composée de 13 membres compte un seul Negro -africain et un seul Haratine ; la centaine de commissions régionales, composées essentiellement par des Arabo-berbères restent dirigées par eux !
Le Système d’Apartheid n’aurait pas fait mieux !
S’il est admis que la Mauritanie est un pays bi-racial , pluri-ethnique et multi-culturel , dont tous les fils sont , dit-on , égaux en droits et en devoirs , au nom de quelle logique , une composante nationale s’arrogerait –elle, toute seule , le droit et le privilège de décompter les autres ?
D’aucuns nous parlent de déficit de communication de la part du gouvernement , comme pour mettre de l’eau dans son moulin, mais ils passent sous silence que ces mêmes commissions refusent de s’entourer d’interprètes pour, justement, communiquer avec ces populations !
Sur ce point précis portant sur le déséquilibre , il n’y a rien n’à communiquer !- rien qui puisse le rendre tolérable ! La seule communication qu’il faille sur ce point là est sa correction ou sa suppression pure et simple !
Voilà le point, nodal, sur lequel le Mouvement MTPN devra mettre l’accent , en exigeant la restructuration ou la recomposition, équilibrée, de ces commissions !
On nous parle aussi d’améliorations apportées ! mais quel sens ou quelle portée leur donner tant que ce déséquilibre ou cette anomalie majeure persiste ?
Et pas géné, outre mesure, par ces iniquités et toutes ces provocations, voilà que le directeur de l’agence chargé de l’enrôlement en rajoute, par cette réponse à une question portant, justement sur ce déséquilibre: « moi j’ engage selon les compétences» !
Propos très graves!
Car c’est prétendre que seuls les Bidhaans étaient compétents ! Que certaines races seraient supérieures à d’autres; Que la race Bidhaani serait supérieure à la race noire…
On croirait entendre Gobineau !
Dans le camp de nos intellectuels et hommes politiques, personne pour dénoncer, sérieusement , ces attitudes et cette situation de racisme flagrant , excepté les journalistes Ould Beja et Ahmed Ould Jiddou Aly !
Et lorsque des jeunes du MTPN , indignés , se révoltent et brûlent des pneus , des intellectuels arabo-berbères de …Clermont F et d’ailleurs, avec leurs compères , s’empressent d’appeler au calme !
Cet enrôlement, en conclusion, foncièrement raciste, a pour pour but de fonder, légalement, le déni de citoyenneté des Noirs mauritaniens, dont le poids démographique est perçu comme une menace à la pérennité du Pouvoir arabo-berbère ! Lorsqu’il sera terminé , si rien n’est entrepris d’ici là pour le stopper , des milliers de Négro –mauritaniens se retrouveront apatrides, dans leur propre pays !
Voilà pourquoi j’appelle les jeunes à continuer de résister ; voilà pourquoi je les invite à s’approprier ces paroles du célèbre penseur américain F Douglass : « there are only three ways to make changes : « agitate , agitate , agitate » !
Il n’y a que trois manières pour susciter des changements : agiter , agiter , agiter (le Système ) !
La lutte continue.
BARA BA
Dakar –Sénégal
Novembre 2011




