Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: January 2016

Rentrée politique: Quelles perspectives?

Les Mauritaniens attendent, depuis quelques jours, le retour du président de la République Mohamed ould Abdel Aziz, parti passer quelques jours  de vacances, dans un Tiris, particulièrement verdoyant cette semaine grâce à une bonne pluviométrie. Des vacances qui ressemblent fort à un deuil, suite au tragique accident qui a emporté  son fils et  deux  journalistes  de sa fondation Rahma.

Surmontant sa tristesse, le président de la République aura certainement mis à profit ce repos  pour avancer quelques pions, échafauder, loin  des indiscrétions  et  des bruits du Palais gris, quelques scénarii pour marquer la rentrée politiques 2016. Selon diverses indiscrétions concordantes, il aurait même tenu une réunion avec les chefs de corps des forces armées et de sécurité. De quoi  ont-ils parlé ? Mystère !

En tout cas, impatients  de savoir  par quel  bout le Raïs va entamer la nouvelle année, les  Mauritaniens  spéculent à tout va. Beaucoup parient sur quelques touches ou retouches à son gouvernement. On imagine le stress – pour ne pas dire  la trouille – qui frappe certains membres de celui-là, inquiets de leur sort. Une chose est sûre, l’immobilisme auquel on assiste ne peut pas durer : l’année 2016 s’annonçant très difficile, le Président devra  vite  trouver le moyen d’impulser une dynamique à l’action gouvernementale, anticiper les  lourdes conséquences des prévisions généralement pessimistes des économistes. Cela passera-t-il nécessairement par un changement d’attelage gouvernemental ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est, par contre, certain, c’est que le discours  d’autosatisfaction du Premier ministre, il y a quelques jours, devant le Parlement, ne présage rien de bon. Yahya ould Hademine  ne semble percevoir aucune des difficultés qui attendent les Mauritaniens en cette année 2016. La baisse des recettes minières, principales ressources financières du pays, et l’augmentation de la TVA sur divers produits vont peser lourdement sur le bas peuple. Une situation qui ne manquera, certainement pas, d’occasionner, de surcroît, une pression sur les recettes que l’Etat se hâte de combler par une  pression fiscale accrue qui frappe, déjà, plusieurs  entreprises de la place, avec un fort risque de  troubles sociaux. Les dockers du PANPA viennent, d’ailleurs, d’en donner le coup d’envoi, en  menaçant d’aller en grève.  Les prix des produits de première nécessité flambent depuis quelques jours  et rien n’est avancé, dans la déclaration du Premier ministre, pour rassurer les populations.

Mauvais exemple

Si la situation économique est loin d‘être rose, la politique reste, pour sa part, complètement bloquée, depuis l’échec de la dernière tentative de reprise des pourparlers,  entre le pouvoir et  le FNDU. La rencontre tant attendue, entre une délégation de celui-ci et le monsieur Dialogue de  celui-là, le docteur Moulaye ould Mohamed Lagdhaf,  s’est soldée par un énième bide. Le pouvoir  refusant toujours de se prononcer, par écrit, sur la vision du FNDU remise, au gouvernement, en Septembre dernier. Même si le Premier ministre a laissé entendre, dans son discours, que notre démocratie serait « renforcée par la promotion de la culture du dialogue et du pluralisme politique », ce qui, du reste, ne signifie pas grand-chose,  l’horizon demeure bouché. Soit dit en passant, opposition et pouvoir y ont, chacun, sa part de responsabilité. Interrogé sur l’avenir du dialogue en cette année nouvelle, un  responsable de l’opposition affirme cependant que « tout dépend du gouvernement à qui revient l’initiative de débloquer la situation ». Le fera-t-il ? On attend la sortie du Président  ou les décisions du premier Conseil des ministres de la rentrée.

En tout cas, le pays a vraiment  besoin de sortir de cette situation de ni paix, ni guerre. Les différents camps doivent œuvrer à briser le mur de méfiance et aller de l’avant, pour ancrer davantage notre démocratie. Assez tergiversé ! Depuis 2008, on n’a pas réussi à tenir le moindre dialogue inclusif et sincère, alors que nous avons largement les moyens d’y arriver. Intellectuels de la diaspora, imams et érudits, qui ont surtout brillé, jusqu’ici, par leur silence, peuvent et  doivent s’impliquer pour pousser les acteurs politiques à sortir de l’impasse. Toutes les chances ne sont pas épuisées.  La Mauritanie aurait ainsi bien besoin de l’expertise d’un Ahmedou ould Abdallah, ancien ministre, ancien ambassadeur et représentant des Nations Unies ; d’un El Ghassem Wane, depuis peu aux Nations Unies,  de  Kane Mouhamadou, représentant de l’UA au Soudan, d’un Abdessalam ould Mohamed Salah, représentant de la FAO au Liban, avec tant d’autres intellectuels  et sages, pour résoudre, en interne,  ses divergences  politiques. Le président de la République qui  prêche et vante les vertus du dialogue se doit de lui donner, au moins, une chance d’exister. L’excès de velléités détruit notre capacité naturelle à négocier et trouver des solutions apaisantes : c’est bien là le pire exemple que peut donner un président de la République au peuple qu’il est censé représenter, en totalité, au-dessus des partis… alors même que l’amoncellement des difficultés pousse chacun à se replier sur lui-même, son clan, son ethnie, sa classe sociale… 

DL

le calame

Aleg la cosmopolite

altPlus de cent ans après sa fondation, la ville d’Aleg nargue toujours le temps et ses aléas, du haut des dizaines de mètres de sa célèbre colline où les colons français construisirent, vers 1900, un fort militaire. Celui-ci surplombe encore toutes les constructions de la vieille cité. Dans sa route vers Tidjikdja, Xavier Coppoloni aurait passé un jour ou deux dans le nouveau fief établi par la puissance colonisatrice française. Sur la date exacte de la fondation de Lekdeya (montagnette) ou Goueibina pour les taquins – deux autres noms d’Aleg – chacun y va de sa version personnelle. Les campements dont sont issus plusieurs des premiers habitants de la ville datent de très longtemps. Le lac dont la ville tire le nom et la plaine dont elle tire la vie constituent des éléments naturels essentiels incontestables pour justifier amplement de l’aura de la cité, dans un environnement agropastoral emblématique de toute la wilaya du Brakna dont Aleg deviendra la capitale. Jusqu’aux années 1980, la ville est restée paisiblement calfeutrée sur ses trois principaux quartiers : Médina, Jedida, deux excroissances de sa plus ancienne favela : Liberté ou Derissa qui  en est le noyau et où vinrent se regrouper les tout premiers esclaves rebelles qui quittaient leurs maîtres des campements environnants, les employés coloniaux indigènes, les commerçants venus, surtout, du Tagant voisin ou de l’Adrar, et quelques autres « coupés de chaussures », débarquant d’on ne sait où, en aventuriers ou errants. Ainsi, de la bâtisse de la brigade de gendarmerie à la célèbre grand-rue, en passant par les locaux de l’élevage et du dispensaire, c’est tout un cosmopolitisme de populations venues de partout. Certains noms  peuvent même faire croire, aux visiteurs, qu’ils sont quelque part au Mali, en Guinée ou au Sénégal : Birama Dembélé, Tiécoura Moussa N’Diaye, Demba Faye, Meïmad Diallo (déformation de Mamadou Diallo), Mersou (déformation d’Oumar Sow), Louis Diallo, Boubacar Sarr, Mohamed Lemine Diallo, Cheikh Sarr, Amad Djibi (déformation d’Amadou Djibi), Mbey Diangou (déformation de M’Baye Ndiong), M’baye Guèye, Maga Traoré et autres Bakari Traoré, Mor Cissé, Mama Cissé, Kati Kamara, Ethmane Diop,  Demba Ama, parmi beaucoup d’autres, sont d’illustres Alégois dont les maisons se situent en plein cœur de l’inénarrable quartier Liberté. Des chauffeurs et cuisiniers coloniaux, boulangers, postiers et autres puisatiers, partisans ou goumiers redevenus gardes ou gendarmes dont certains venaient du Sénégal, du Mali, de la Guinée et, parfois, même de la Haute Volta (actuel Burkina Faso). Tous ces noms sont assortis, systématiquement, d’un Ehel untel, complètement adapté aux us et coutumes d’une communauté qui n’a plus aucun secret pour eux. Aleg la rebelle est un véritable melting-pot : Les familles Lopez, Pedro et autres sont des ressortissants à part entière de cette vieille « guérite » militaire qui vit naître la Mauritanie, un certain 5 Mai 1958, lors de l’historique congrès d’Aleg.

Après cent cinquante ans d’existence, Lekdeya reste encore un gros village. Plusieurs de ses gouvernants, notamment le hakem de la ville, et la maison de son gouverneur restent toujours haut perchés sur la montagnette, comme pour bien voir les gens de la ville vaquer à leurs occupations dans le vieux marché au pied de la colline ou, là-bas, dans la plaine agricole de Lekleïla, à quelques centaines de mètres du vieux fort, vers le petit village de Teyba. Quelques bâtiments construits au cours de la colonisation narguent encore le temps et ses infortunes. Il y a, d’abord, la Sangu’a : une vingtaine de très anciennes petites maisons où logeaient les gardes coloniaux et leurs familles, demeures, aujourd’hui, de quelques éléments de la Garde nationale. Il y a, ensuite, la brigade de gendarmerie et le poste d’élevage, toujours d’aplomb, sans rien envier aux nouvelles constructions officielles qui les entourent. Il y a, enfin, l’école 1 d’Aleg, superbement construite dans les années 1930 et qui a vu défiler des générations et des générations de brillants élèves formés par de plus encore brillants et célèbres instituteurs. Ce n’est certainement pas un hasard que cette école est la seule du pays à pouvoir se vanter d’avoir « sorti » un président de la République, Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi, et trois administrateurs directeurs généraux de la SNIM, Ismaïl ould Amar, Baba ould Ahmed Youra et Mohamed Abdallahi ould Oudaa. Autrefois célèbre pour ses moustiques, Aleg l’est aujourd’hui plus par son croustillant méchoui dont raffolent les voyageurs de toutes provenances qui ne manquent jamais de s’en délecter, à la moindre occasion. C’est aussi dans cette ville que se trouve la tombe de feu Mohamed ould M’sseïka, résistant pour les uns et bandit de grand chemin pour les autres. Comme par hasard, la tombe de cet homme qui fit tant parler de lui se situe à quelques encablures de la nouvelle prison, comme pour rappeler l’anecdote selon laquelle, averti, par les prisonniers, alors qu’il venait d’être incarcéré à Aleg, de la dangerosité des moustiques de Lekdeya, Ould M’sseïka répondit par une formule qui devint, par la suite, un adage : « Dites-le à celui qui passe l’hivernage à Aleg ». Les gens racontent que Mohamed ne passa, de fait, pas même une nuit en prison.

Après un siècle et demi d’existence, Aleg avance. Lentement. Juste onze écoles fondamentales, un lycée et un collège. Un hôpital régional et un dispensaire. Une école d’ingénieurs et une petite industrie de tuyauterie, made in SNIM. Une 7ème région militaire et une zone-centre de gendarmerie. Et, tenez-vous bien, la plus grande prison du pays. Pour plus de cent cinquante ans de vie, ce n’est pas beaucoup. Aleg la rebelle  devra donc attendre l’avènement d’un providentiel second président. Qui restera, cette fois, un peu plus longtemps, espérons-le, pour faire, de sa ville, une des plus en vue du pays.

Sneïba El Kory

 

Le calame

A.G DE LA LIGUE DES JEUNES FPC: Invitation

altLa ligue des jeunes des FPC informe aux membres, qu’ une assemblée générale de la ligue aura lieu le samedi 16 janvier 2016 à 16h30 au siège des FPC. La présence de tous les militants et sympathisants est vivement souhaitée.
La lutte continue!

Opinion : La Gouera : La Mauritanie dans tous ses droits face à un Maroc dans toute l’illégalité

La Gouera : La Mauritanie dans tous ses droits face à un Maroc dans toute l'illégalitéDernièrement, le magazine Jeune-Afriquenous révélait l’un des points d’ombre dans les relations maroco-mauritaniennes : le statut de la bourgade de Lagouera au Sahara Occidental. Et comme il fallait s’y attendre, toute la presse marocaine s’en est donné à cœur joie, reprochant même à la Mauritanie d’avoir hissé son drapeau national! Pourtant, il ne devait y avoir d’équivoque à cet égard. 

Le 14 novembre 1975, à Madrid, l’Espagne, alors puissance coloniale, signait un accord avec la Mauritanie et le Maroc, dit«Accord de Madrid». En vertu de cet accord, la région du Sud (Wadi Edahab), à savoir les villes de Dakhla, Awserd, El Argoub, Tichla, Legouéra, etc, revenaient à la Mauritanie et Lâyoun, Smara, Boujdour et tout le Nord revenaient au Maroc.

Le 5 août 1979, un accord de paix fut signé entre la Mauritanie et le Front Polisario. À l’article 3 I.a) de cet accord il est spécifié que:

«La République Islamique de Mauritanie déclare solennellement qu’elle n’a et n’aura pas de revendications territoriales ou autres sur le Sahara Occidental». 

Nulle part dans cet accord, la Mauritanie n’a renoncé à son statut de «puissance administrante» de la partie du territoire qu’elle occupait. Cette réserve se comprend aisément aujourd’hui, compte tenu des enjeux relatifs à la sécurité de ses frontières et à l’incertitude entourant l’avenir du Sahara Occidental en tant que tel.

Sans chercher à renégocier avec la Mauritanie et l’Espagne les termes de l’accord de Madrid du 14 novembre 1975, le Maroc a tout bonnement, unilatéralement et illégalement, annexé les parties Sud du territoire délaissées volontairement par la Mauritanie dans la précipitation et l’écœurement. 

En revanche, la Mauritanie a tenu à conserver la bourgade de Lagouéra. Décision qui a été respectée par le Maroc, compte tenu de sa reconnaissance expresse, suivant l’accord de Madrid le 14 novembre 1975, de la souveraineté de la Mauritanie sur le Wad Edhahab. 

Alors, en vertu de quel droit, accord, traité ou reconnaissance internationale le Maroc peut revendiquer aujourd’hui un statut quelconque sur Lagouéra? AUCUN!

Mieux: en tant que «puissance administrante», à laquelle l’Espagne a remis le territoire, la Mauritanie peut juridiquement et valablement demander au Maroc le retrait pur et simple de toutes les zones du Sud qui lui revenaient suivant l’accord de Madrid du 14 novembre 1975. Ce n’est pas parce que la Mauritanie a renoncé à toute revendication sur le Sahara Occidental, que cela lui enlève pour autant le droit de conserver et de gérer ce territoire en tant que «puissance administrante», en attendant un règlement définitif, accepté par les parties et entériné par les Nations-Unies.

Le jour où un tel règlement interviendrait, la Mauritanie a déjà reconnu, et le réitère à chaque fois que l’occasion se présente, qu’elle n’a pas de revendication sur le Sahara Occidental et qu’elle s’attache aux principes inviolables des Chartes de L’ONU et de l’Union Africaine relatifs au droit des peuples de disposer d’eux-mêmes et à l’intangibilité des frontières héritées de l’époque coloniale.

Il est donc dans l’intérêt du Maroc de se tenir bien tranquille quand vient le temps de parler de la zone de Lagouéra, car elle met en évidence sa position illégale dans la partie Sud du Sahara Occidental, à l’instar de son statut dans le Nord de ce territoire, de plus en plus décrié, y compris par la Cour Européenne de Justice le 10 décembre 2015.

Maître Takioullah Eidda, avocat

Montréal, Canada

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plan-paix-onu.blogspot.com

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L’islam, ce n’est pas le terrorisme

L’islam, ce n’est pas le terrorismeRien n’est plus blasphématoire que de crier le nom d’Allah avant de se faire exploser au milieu d’une foule, tuant aveuglément des innocents ! Tuer un homme, au nom de Dieu, est la pire des hérésies. Il ne se passe un seul jour sans qu’il y ait quelque part dans le monde des morts au nom de l’islam. Comment peut-on expliquer, par exemple, la destruction en janvier 2012 par Boko haram, de seize villages, faisant 2 000 morts (jeunes, vieillards, femmes, enfants) et plus de 20 mille déplacés ? Au nom de la foi. Mais Allah n’a dit nulle part aux croyants qu’il faut tuer pour manifester sa foi.

On ne manifeste pas sa foi en tuant, mais en se faisant tuer pour elle. Se faire tuer, non pas au sens d’une attaque-suicide (à la kamikazes), car le Coran condamne clairement le suicide, mais en mettant toute sa vie, tout son savoir et toute sa fortune au service de la bonne foi. Ces «terroristes» qui prétendent faire du djihâd en massacrant des innocents, ne peuvent pas être des musulmans. Ce sont des opportunistes qui se servent du nom Très Haut d’Allah pour accomplir leurs sombres desseins. Satan est leur référence, car Allah, lui, est miséricordieux. Le jour du Jugement, quand ils diront à Dieu : «Nous avons été avec Toi.» Il leur répondra : «Ne vous approchez pas de moi, assassins ! Tuer un homme ce n’est pas défendre la foi, c’est tuer un homme, c’est transgresser.» 
En réalité, le musulman, c’est celui-là qui, dès qu’il prononce le nom d’Allah, renonce à tous les maux, aux injures et à la violence, quoique légitimes soient-ils. Quels que soient le degré de corruption et de mécréance d’un homme, s’il n’a tué personne et, tant qu’il ne constituerait pas une menace à la communauté musulmane, il ne faut pas s’attaquer à lui et le tuer. Il faut tenter de sauver son âme. S’il refuse de suivre la voie de Dieu, alors il est recommandé de le laisser en paix aussi longtemps qu’il se tiendra hors d’état de nuire. 
A baqarah (La vache) est la sourate du Saint Coran qui renseigne sur le rapport du croyant à «ceux qui ont troqué leur chemin contre l’égarement» (2 :16). Elle enseigne nettement qu’il faut combattre par la dissuasion, sans jamais agresser : «Combattez-les dans le soutien d’Allah ceux qui vous combattent et ne transgressez pas. Certes Allah n’aime pas les transgresseurs» (2 :190). Or ceux qui se livrent au terrorisme en tuant des innocents, transgressent. En bravant ainsi les interdits du Coran aux yeux des musulmans, ces transgresseurs ont jeté l’anathème sur l’islam qui est la religion de l’humanité entière, enseignée par tous les prophètes envoyés par Dieu. En réalité, il ne s’agit pas d’une nouvelle religion, la troisième des trois religions «abrahamiques». L’islam était la religion de Adam, de Abraham, de Moïse et de Jésus (paix sur eux). Peu importe que l’on s’appelle musulman, chrétien, juif ou «animiste», l’essentiel c’est de connaître Dieu et de se soumettre à sa volonté. Et l’islam est, sans doute, la meilleure des voies qui mène à Dieu. C’est une religion qui est riche des enseignements de tous les prophètes, apporte à l’humanité la solution à tous ses problèmes. 
Aujourd’hui, cette religion est assimilée, particulièrement en Occident, au terrorisme et le Coran présenté comme un livre de la haine et de la violence. L’Occident a produit tout un univers de diatribes à l’encontre de l’islam et du Saint Coran. Lord Gladstone (1809-1898) qui a été quatre fois Premier ministre britannique, appelait le Coran «an accursed book» («un livre maudit»). Lors d’une session parlementaire en 1868, il déclarait : «So long as there is this book, there will be no peace in the world» («Tant qu’il y a ce livre, il n’aura aucune paix dans le monde»). En 1988, le romancier britannique, Salman Rushdie, publie The Satanic verses (Les Versets sataniques), ouvrage qui reçoit un accueil favorable en Occident, malgré l’indignation qu’il a suscitée dans des communautés musulmanes de certains pays, qui y voient une attaque blasphématoire contre le Coran, Mahomet et la foi islamique. Le 18 octobre 2012 sur la chaîne française Lci, le philosophe français, Michel Onfray, était l’invité de «On n’est pas couché…». Au cours de l’émission, il soutient que «l’islam n’est pas une religion de paix, de tolérance et d’amour». Pour appuyer son propos, Onfray invite à lire la conclusion de la chronique de Hélios de Alexandrie intitulée : L’islam et la sanctification de la violence, publiée le 17 septembre 2012. En voici un extrait : «La violence islamique se distingue nettement des autres violences religieuses par le fait qu’elle ne peut être dissociée de la divinité qui l’ordonne, qui la sacralise et qui en fait la voie la plus sûre du salut. Le jihad est indissociable de la foi en Allah, la terreur est son instrument de conquête privilégié. Le musulman qui s’engage dans le jihad doit tout faire pour instiller la terreur dans le cœur du non-musulman, c’est par la terreur que l’islam conquiert et se répand. […] L’arbre de la terreur et de la tyrannie a été planté il y a quatorze siècles, depuis, l’humanité n’a cessé de récolter ses fruits empoisonnés. Les musulmans sont prisonniers du coran et de la violence dont il est rempli ; ils ne peuvent embrasser sincèrement la paix, la tolérance et le bon voisinage sans renier, en tout ou en partie, leur croyance ; […].» Yves Durand, dans un article publié le 27 novembre 2013, adhère parfaitement à cette idée quand il écrit : «Il faut lire le coran pour comprendre les versets qui appellent à tuer, et comment il faut tuer, en décapitant, et qui il faut tuer, c’est de la pure violence pour effrayer les gens, c’est du terrorisme pure. Prétendre que c’est une religion de paix et d’amour…c’est de l’hypocrisie du diable.» Pour beaucoup d’occidentaux, l’islam n’est pas une religion, mais une dangereuse idéologie au même titre que le communisme et le fascisme, qu’il convient d’éradiquer.
Non, l’islam n’a rien à voir avec la violence, ce n’est pas le terrorisme, bien au contraire. C’est une religion au service exclusif de la paix dans le monde, à travers la promotion des valeurs de l’égalité, de la solidarité et de l’assistance mutuelle. Le djihad ne doit pas être réduit exclusivement au combat armé. Celui-ci n’en est qu’une forme parmi d’autres. Il existe quatre types de djihad en islam : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée. Le djihad ne prend la forme armée que quand des non-musulmans envahissent une terre musulmane, capturent ou emprisonnent un groupe de musulmans. Nous voyons qu’il s’agit là d’une sorte de légitime défense, une résistance naturelle à la domination et à l’oppression, qui n’a rien à voir avec la religion. Le djihad par l’épée est destiné soit pour se défendre soit pour libérer. Par conséquent, il n’est sous-tendu par aucune idéologie ; il est tout simplement réglementé, notamment dans son mode opératoire et en ce qui concerne le traitement des prisonniers. Hocine Kerzazi (doctorant en histoire à l’université de Maine) pense que la lutte armée ne fait même pas partie du djihad : «Nulle part le Coran n’attribue au terme «djihad» le sens de conflit armé, lequel est désigné par l’expression «qital» («combat», «guerre»)», écrit-il dans  Le djihadisme n’existe pas en Islam, publié le 6 juillet 2014.
Il ne faut donc pas tomber dans le piège des «mécréants» qui sèment la terreur et la désolation partout dans le monde au nom de l’islam. Ce sont des fanatiques «assoiffés» de sang d’innocents qui ne comprennent pas le Coran et refusent d’agréer les enseignements du prophète. Mouhamed (Psl) interdisait aux soldats de tuer les enfants, les fous, les femmes, les prêtres, les vieillards et les infirmes sauf s’ils ont pris part au combat. On retrouve une interdiction analogue dans une ode du fondateur du «mouridisme», Cheikh Ahmadou Bamba, intitulée Poème de la fin des temps : «Ne tuez jamais un être innocent. C’est une interdiction sans équivoque», écrit-il. En 1886, après la mort de Lat Dior, dans une Sénégambie marquée par le recul de la religiosité et, face à la domination et la violence coloniales françaises, Cheikh Ahmadou Bamba va éditer une ligne de conduite assez particulière pour sauver l’âme et la personnalité des Africains. Il se sentait investi d’une mission, celle de faire de ses contemporains, non par l’épée, mais par la douceur, la dissuasion et l’exemple, les meilleurs musulmans possibles, sans jamais verser une seule goutte de sang. A la forme guerrière du djihad, Serigne Touba préférait la «guerre sainte de l’âme» qu’il considérait comme le «suprême combat». Et dans l’ode intitulée Education des disciples, il écrit : «Quiconque s’applique à la guerre sainte de l’âme sera vainqueur au jour de la résurrection». Aujourd’hui, les mourides du Sénégal sont parmi les musulmans les plus pieux, les plus tolérants, les plus dociles, les plus humbles et les plus rigoureux dans le travail. A travers le mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba a mis à la disposition des hommes les moyens d’améliorer la société et de bâtir le développement dans la paix et le respect des dispositions du Coran et de la Sunna prophétique. 
C’est tout à fait inexact de penser que le djihad est indissociable de la terreur. Les musulmans qui maîtrisent le Coran savent que le djihad n’a aucun caractère agressif ou violent. Ceux qui se livrent à la violence aveugle et à la destruction de biens sont des mercenaires au service des «démons» du «Système-Monde» actuel dont l’ambition est de conduire l’humanité à l’abîme, conformément au bon vouloir de Satan le diable. Le terrorisme, sous la forme du «djihadisme» radical, ne relève que du banditisme transnational, organisé et financé par des «bailleurs invisibles» qui sont mus par des raisons politiques, économiques ou idéologiques. C’est une nouvelle forme de poussée impérialiste dont la méthode consiste à semer la terreur partout pour déstabiliser les Etats, dépraver pour affaiblir l’humanité par la promotion des anti-valeurs véhiculés par la «mondialisation», dans le seul but de dominer le monde et de le réorganiser sur la base des principes et règles du capitalisme néolibéral. 
Invisibles et très puissants, ces sataniques «maîtres du monde», soi-disant défenseurs d’un «Nouvel ordre mondial» (The new world order ), sont des thuriféraires de Satan dans son eternel combat pour détourner les créatures de la voie indiquée par le Créateur. Ils sont certes puissants, car possesseurs de la bombe H et des missiles de croisière, mais non invincibles. Allah est si puissant qu’il est capable de les anéantir en un clin d’œil. Mais qu’ils cessent de se faire des illusions, car tôt ou tard, la vérité triomphera sur le mensonge. Et ce sera à l’issue d’un «mortal kombat» entre le bien et le mal que la terre sera délivrée de ce fléau qu’est le «terrorisme» religieux qui instrumentalise de soi-disant musulmans pour discréditer l’islam et le Coran.
Mais s’il existe des pays, comme le Sénégal, qui ne peuvent jamais être des terres de prédilection du «djihadisme» à la Boko haram, il est fort évident qu’aucun pays sur terre n’est aujourd’hui à l’abri de la «délinquance transnationale» communément appelée «terrorisme», contre laquelle il est nécessaire de protéger nos jeunes qui représentent des proies faciles à cause de l’ignorance, le manque de formation et surtout d’emplois. A cet effet, il faut leur donner une bonne éducation. Il s’agira d’une éducation à la paix pour la reconversion des cœurs et des esprits que la mondialisation «néolibérale» est en train de corrompre dangereusement. Aujourd’hui, le manque de sérieux et la méchanceté gratuite gagnent du terrain dans toutes les sociétés. Cela s’explique, bien sûr, par le fait, nous l’apprend l’historien tunisien Mohamed Talbi, que l’«homme, par nature, est à la fois sociable et agressif». Il est «Eros» et «Tha­natos», nous explique Sigmund Freud, dans Pulsions de vie et pulsions de mort. Par l’éducation à la paix, il est possible de décourager «Thanatos» et d’encourager «Eros». Pour bâtir une paix durable dans le monde, il faut combattre la dépravation des mœurs, limiter les libertés individuelles et lutter efficacement contre l’injustice qui est la mère de toutes les formes de violence.  

Moustapha CAMARAProfesseur d’histoire et 
de géographie mcamara57@yahoo.fr

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