Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 28/04/2012

FLAMNET-ARCHIVES: SPÉCIAL- DÉPORTATIONS: Nouakchott fait le grand ménage anti-Noirs

altNouakchott, de notre envoyé spécial : Alors que la majorité des réfugiés sénégalais ont pu regagner leur pays, les autorités expulsent maintenant des Mauritaniens ayant obtenu la nationalité après 1966. Des départs massifs qui risquent d’être dramatiques pour l’économie mauritanienne.

 

Après les violences physiques, les oukases administratifs. Alors que la majorité des réfugiés sénégalais ont pu regagner leur pays, les autorités mauritaniennes poursuivent le « travail » commencé dans la rue par une partie de la population en expulsant, non seulement les sénégalais qui n’avaient pas l’intention de partir mais les Mauritaniens d’origines sénégalaise. Officiellement, on parle de nationaux ayant obtenu illégalement la nationalité mauritanienne, en réalité, il semble que l’on conduise dans les centre de regroupement puis dans les aéroports tous les Mauritaniens ayant obtenu la nationalité après 1966…..Parmi eux, des Wolofs mauritaniens mais aussi des Mauritaniens toucouleurs, des Maliens, des Guinenens.

 

C’est le grand règlement de comptes entre Maures blancs, assistés de leurs anciens esclaves Haratines, et négro-africains. Illustration de ce qu’avaient dénoncé ces derniers lors de violentes manifestations de 1986 lorsqu’ils parlaient « d’apartheid entre Blancs et Noirs » en Mauritanie. La foire internationale qui vide ces derniers jours est à nouveau remplie. Entassés dans des tentes , ou accroupis en files en plein soleil, en attendant les camions qui les conduisent à l’aéroport, des hommes, des femmes et des enfants ont rejoint les réfugiés des premiers jours. Il y a ici beaucoup de Sénégalais, mais aussi des Mauritaniens dont les policiers ont déchiré les Papiers.

 

Un jeune proteste : « je suis né ici, j’ai la nationalité mauritanienne,ils veulent que je m’en aille ……ce n’est plus la chasse aux Sénégalais, c’est la chasse aux Nègres. On dénonce ce qui se passe en Afrique du sud , mais c’est la même chose en Mauritanie……….. » un infirmier mauritanien , représentant du croissant-rouge, s’approche : «  ce qu’il dit vrai. Ce n’est pas normal de faire attendre des femmes et des enfants en plein soleil pendant des heures. Les conditions d’hygiène dans ce camps sont déplorables . J’ai honte pour mon pays » tout autour, le terrain est jonché d’habits, d’objets divers : « les militaires voulaient nous les confisquer, alors on a tout détruit pour qu’ils ne s’en servent pas »

 

Plusieurs chefs d’entreprises européens ont vu leurs collaborateurs Sénégalais ou Mauritaniens arriver affolés : « la police est à la maison, ils cassent tout, ils volent et ils me cherchent pour m’expulser » ils se sont rendus sur place , ont effectivement vu les policiers faire le ménage et ont dû abandonner ceux qui leur demandaient de l’aide . cette vague de règlement de comptes touche, non seulement les ouvriers, les techniciens, les fonctionnaires, mais aussi des hauts responsables de l’administration mauritanienne . Ainsi le directeur de la sécurité sociale a été arrêté, expédié à Dakar . La maison du directeur d’Air Sénégal a été pillée, et il n’a du son salut qu’à la présentation de ses papiers mauritaniens établis bien avant 1970.

 

Quelques centaines de fonctionnaires mauritaniens d’origine sénégalaise ont été conduits dans les locaux des nations unies où ils attendent un avion pour rejoindre le pays de leur ancêtres. Ces départs massifs risquent d’être dramatiques pour la Mauritanie . En effet , tout le monde se demande comment vont fonctionner entreprises ou administrations dont les cadres étaient souvent d’origine sénégalaise.

 

Ces derniers ne faisaient pas simplement fonctionner le pays, ils le nourrissaient aussi.   Une visite au port de Nouakchott est éloquente . Finies les barques qui se bousculaient sur la plage, finie la foule grouillante qui se pressait autour des étals. Il ne reste plus que quelques pécheurs wolofs en ciré jaune qui, désespérés, tiennent de tristes conciliabules à deux pas de la mer. Un jeune Maure, annonçait une catastrophe : « nous ne n’avons jamais été des pécheurs. Il n y ‘a qu’eux qui connaissaient le coins, qui savaient jeter les filets……….lorsqu’ils ont appris ce qui se passait en ville, ils ont tous pris la fuite. Maintenant le kilo de poisson qui valait 80 ougiuyas(la monnaie locale) en vaut 250 …..tout ceci  à cause de nos conneries » Pour les légumes, c’est la même chose. Les commerçants sénégalais tenaient le marché et, depuis leur départ, le prix des pommes de terre et des tomates à quadruplé.

 

Certains Maures se montrent pourtant confiants :cela va nous permettre d’être maitres de notre destin. Nous allons apprendre les métiers que nous ne pratiquions pas. Nous allons devenir pécheurs, soudeurs, mécaniciens………. » le seul problème, comme le reconnaissent d’autres, c’est qu’il sera plus facile aux Sénégalais d’apprendre à tenir des épiceries, ce qui faisaient les maures au Sénégal qu’aux Mauritaniens à devenir ouvriers spécialisés, comptables ou mécaniciens…..

 

Mais dernier cette affaire, c’est l’histoire de la Mauritanie qui est en train de se jouer. Pays à demi-arabe dont la colonisation avait fait un pays d’Afrique noire et qui, d’année en année, a voulu retrouver l’identité qui n’était celle que d’une partie de sa population………en éliminant ses ressortissants noirs.

 

Gilles MILLET-LE MONDE

FLAMNET- ARCHIVES- SPÉCIAL- DÉPORTATIONS: Mauritanie- Sénégal: L´intolérable exode

altLe gouvernement mauritanien a-t-il pour objectif l’expulsion de tous les Noirs pour s’emparer de leurs terres ?
“Toutes les  nuits, des dizaines et, parfois, des centaines de Négro-Mauritaniens traversent le fleuve Sénégal depuis Boghé, d’où ils sont chassés, spoliés de tous leurs biens. Les forces de sécurité mauritaniennes les rassemblent dans une grande salle où ils doivent se déshabiller avant d’être conduits au fleuve. J’ai vu des femmes à qui on avait carrément arraché leurs boucles d’oreilles. Certains des expulsés sont blessés ou portent des traces de coups. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la collecte et la destruction systématique de leurs papiers d’identité, cartes
professionnelles et autres. C’est comme si on voulait les radier de tous les registres, à jamais effacer leur appartenance à la nation mauritanienne». Fin juin, l’agronome français Louis de Crisenoy a rapporté ce témoignage d’un séjour d’une semaine dans la vallée du fleuve Sénégal. « Il faut que je me délivre de ce que j’ai vu », s’est-il expliqué en invoquant le «profond sentiment d’abandon des expulsés».

Selon les chiffres avancés par les organisations non-gouvernementales, quelque 45.000 Noirs mauritaniens campaient, à la mi-juin, sur la rive sénégalaise du fleuve. «Ils ont été arbitrairement expulsés, ils ont tout perdu et se trouvent sous des abris de branchages, alors que les premières pluies sont tombées le dimanche 11 juin ». Pourquoi le gouvernement sénégalais ne réagit-il pas ?. « Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu », a-t-on affirmé à Dakar où entre-temps, le gouvernement semblait avoir relu le fameux décret du 8 décembre 1933, contrairement à ce qui avait été affirmé dans un premier temps, la délimitation de la frontière entre les deux colonies de part et d’autre du fleuve Sénégal ne fit pas mention de «la ligne des hautes eaux».

 C’est pourtant sur cette disposition que Dakar avait cru bon de fonder le droit coutumier de ses ressortissants de cultiver la rive septentrionale du fleuve…
L’enjeu du conflit entre le Sénégal et la Mauritanie qui a fait des centaines de morts lors des tueries du mois d’avril, c’est bien cette vallée du fleuve Sénégal, désormais cultivable grâce aux barrages de Manantali, en amont, et de Diama, à l’embouchure.

Dans une prise de position sur «les origines du conflit sénégalo-mauritanien», le Khalife général de la confrérie musulmane des Tidianes. Serigne Abdoul Aziz Sy, l’affirme sans ambiguïté : «A l’époque coloniale, nous étions partout chez nous dans la vallée. Au moment des indépendances, il en était encore ainsi et jamais un Maure n’avait eu une motte de terre chez nous. Aujourd’hui, le gouvernement actuel de Mauritanie est sur le point de réaliser son objectif, à savoir l’expulsion de tous les Noirs de leur patrie pour s’emparer de leurs terres. »

Selon Louis de Crisenoy. Les récits de tous tes expulsés noirs de Mauritanie concordent sur ce point. Dans une déclaration qui lui a été remise par «les déportés mauritaniens» qui ont trouvé refuge à Thiés, à l’intérieur du Sénégal, il est même question d’un «plan machiavélique dont l’objectif inavoué est de vider la Mauritanie de sa composante negro africaine. Selon ces témoignages, des villages entiers ont été vidés et, parfois, incendiés, comme par exemple Diaw, Hamdalaye et Dar Salam dans le seul département de Boghé.

Selon un document détaillé, établi par des organismes d’aide intervenant dans le sud de la Mauritanie, sur 3.425 familles recensées dans 67 villages entre Rosso et Leqceibar, en face de la ville sénégalaise de Podor ; 1.269 on dû quitter le pays au cours du seul mois de mai, soit au moins 6.000 personnes. «Grâce à la Croix Rouge, l’église lutherie allemande et l’incroyable solidarité dans les villages sénégalais, ils ont été pourvus du nécessaire pour survivre», a rapporté Louis de Crisenoy, ajoutant : «Mais à présent, le problème a pris des proportions insurmontables à ce niveau-là».

A Dakar, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (H.C.R.) s’apprête à intervenir début juillet. 45.000 métrés carrés de bâche avaient déjà été commandés pour abriter les expulsés mauritaniens. Mais ceux-ci s’insurgeaient contre «le silence honteux» entourant leur sort et réclamaient «justice». Certains, passant de l’impuissance à un sentiment de révolte, devaient même commencer à demander « des armes plutôt que des secours ».

A Démet, le village sénégalais situé juste en face de Boghé, un jeune expulsé Dahir Thiam. avait confié : «Si on nous aide en armes, nous récupérerons nos biens ». De telles excursions nocturnes de «récupération» étaient déjà parties et plusieurs incidents violents s’étaient produits au mois de juin. Sans doute pour dissuader ces aventures, les garde-frontières mauritaniens avaient pris position de façon à être visibles depuis la rive sénégalaise.

A Dara Halaybé, un village sénégalais, ils auraient même abattu du bétail en tirant à travers le fleuve. «C’est un miracle qu’ils n’aient tué personne», a affirmé un habitant.
 Entre-temps, l’armée sénégalaise rongeait son frein, d’autant que les galonnés sénégalais ont du vague à âme depuis le limogeage du général Joseph-Louis Tavares de Souza, en mars dernier.
Dans la vallée du fleuve, certains chefs religieux accusent le gouvernement de Dakar « d’attentisme depuis plus d’un an » en rappelant l’arrêté du préfet de Boghé qui, le 10 mai 1989, aurait d’un trait de plume « confisqué les terres de culture appartenant aux populations noires du Sénégal et de Mauritanie ». Certains laissaient même entendre que l’inertie du gouvernement expliquerait la colère populaire qui s’est déchargée en avril, contre les commerçants maures installés an Sénégal. Le Khalife général des Tidianes soulignait pour sa part que, « devant la passivité des autorités de leurs pays et une certaine indifférence à leurs problèmes. Les populations dans la vallée, du fleuve ont l’impression de n’être pas défendues, protégées contre un ennemi qui affiche au grand jour et de façon provocante ses intentions de dissocier la terre de ses légitimes propriétaires. » Et sa conclusion était sans appel : «Cela prouve que la coexistence sur cette base entre les Maures et les Noirs est impossible. Toute tentative de conciliation est vouée à l’échec, si elle ne tient pas compte de l’unité fondamentale de la vallée au plan  humain, culturel et économique et si elle ignore l’exigence d’égalité entre  partenaires de toutes races dans la nation mauritanienne. »
L’égalité entre les partenaires de toutes races semble, moins que jamais d’actualité à Nouakchott  Depuis les massacres d’avril, de part et d’autre du fleuve Sénégal, les «Nasseriens» – la frange la plus chauvine de la mouvance panarabe, alliée a la Libye tiennent le haut du pavé dans la capitale mauritanienne. A tel point que le seul dirigeant en liberté du mouvement baasiste De wali Ould Chein a tenu à rappeler, depuis les îles Canaries, que « la formation des Baasisies en Mauritanie a été décapitée par la répression en août dernier. Nos plus hauts responsables sont toujours en prison ». Une façon de se démarquer du rêve – hallucinant d’une «Mauritanie blanche» ou  au contraire, une offre de ralliement, à condition que les leaders baasistes soient libérés ? Contrairement à l’amalgame qui – à la place des Nassériens – a accablé de tous les maux les Baasistes de Mauritanie, ceux-ci se sont rapprochés, depuis un an, du mouvement démocratique. De là à trancher la question si, oui ou non, il s’agit d’une simple alliance tactique commandée par la détention de ses têtes pensantes, il y a qu’un pas.

Le fait est que, à la mi-juin, le cousin du président Ould Taya et directeur de la sûreté, Dedahi Ould Abdellahi, s’est rendu à Las Palmas pour approcher les «opposants susceptibles de renforcer le front intérieur»…

Fin juin, les rangs paraissaient pourtant déjà bien serrés. Dans la capitale Nouakchott, le couvre-feu restait en vigueur, permettant des arrestations nocturnes « sans que personne n’ait le temps d’intervenir ». Dans pratiquement toutes les entreprises nationales, dans l’administration, la télévision et la radio, des « commissions de liste » s’étaient créées pour recenser les Noirs dont la nationalité mauritanienne était, pour une raison ou une autre, mise en doute. Au ministère du Développement rural où le nombre de cadres Négro-mauritaniens est particulièrement élevé, une « antenne » de la police s’était carrément installée en permanence pour dresser ces listes noires – au propre et au figuré- . Pendant ce temps, une forte pression s’exerçait sur les notables de la communauté négro-africaine de prêter publiquement serment d’allégeance. L’un des premiers à être intervenu à la télévision nationale pour affirmer « qu’il n’y a pas de racisme en Mauritanie », Alassane N’Gaydé. s’est vu promu, deux jours plus tard, conseiller de presse à la présidence…                           

Stephen SMITH
Africa international n° 218 juillet – août 1989.

Les Négro-Mauritaniens se sentent enfin chez eux… ou presque

altAmorcé en janvier 2008, le “rapatriement volontaire organisé” des Négro-Mauritaniens explusés il y a près de vingt ans a pris fin le 25 mars. Le 25 mars, 3 millions de Sénégalais changeaient le destin de toute une nation en élisant Macky Sall président de la République. Au même moment, une poignée de Mauritaniens traversaient le fleuve Sénégal.

En foulant pour la première fois depuis deux décennies la terre de leurs ancêtres en présence du président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, ils vivaient peut-être le jour le plus important de leur vie. La plupart d’entre eux avaient été expulsés de Mauritanie entre 1989 et 1991. À l’époque, près de 60 000 Négro-Mauritaniens avaient connu le même sort. Une petite partie s’était retrouvée au Mali, la majorité au Sénégal, où ils ont vécu pendant des années dans des camps de fortune qui longent la frontière ou dans les quartiers périphériques et souvent miséreux des grandes villes.

S’ils ont été accueillis par le président à Rosso, à 200 km de Nouakchott, c’est parce que ces quelque 300 Mauritaniens appartiennent au dernier contingent de rapatriés du Sénégal. La phase dite de « rapatriement volontaire organisé », débutée le 29 janvier 2008 et menée conjointement par Nouakchott, Dakar et le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), a en effet pris fin ce 25 mars. « Le gouvernement voulait clore définitivement cette opération. Dorénavant, les retours se feront de manière individuelle », explique Diawara Kane, un responsable de l’Agence nationale d’appui et d’insertion des réfugiés (Anair), une structure étatique créée en juin 2008 pour organiser ces retours.

Au total, quelque 24 000 réfugiés (plus de 5 000 familles) sont rentrés au pays. À leur retour, ils ont été inscrits dans les registres, puis acheminés vers l’un des 118 camps de rapatriés sommairement aménagés dans le sud du pays. Là, chaque famille s’est vu attribuer une parcelle désertique, une tente, une à trois vaches et, pour les plus chanceux, une pièce de 4 mètres sur 5 devant servir de chambre. L’Anair a fait en sorte de les aider à trouver du travail en leur offrant des magasins communautaires ou des moulins à grain. Au final, « le bilan est globalement positif », affirme Diawara Kane.

Une “réussite”

Pour la représentante du HCR Nada Assaad Merheb, le programme qui vient de se clore est « l’un des meilleurs » menés par l’ONU. Cette « réussite » est due, selon elle, à la « bonne volonté » des autorités mauritaniennes. Quant aux critiques émises par les rapatriés eux-mêmes, elle les balaie d’un revers de main. « Certains font de la politique », glisse-t-elle. S’il l’entendait, Mouhamadou, la cinquantaine, aurait bien du mal à garder son sang-froid. Sous la tente dont il a hérité à son retour en 2008, cet ex-fonctionnaire de police qui ne veut pas dévoiler son nom peste à intervalles réguliers contre « ces nantis » du HCR qui « utilisent tout l’argent qu’ils ont pour se déplacer en 4×4 climatisés », mais qui « ne font rien pour nous aider ».

Pour certains, cette reconnaissance est une victoire, pour d’autres, c’est un trompe-l’oeil.

Au camp de Rosso Lycée, situé à cinq minutes du fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie, on trouve 126 familles, plus de 600 rapatriés, deux écoles, un marché, un magasin communautaire aux portes closes, des chèvres mais plus de vaches. Les siennes, les deux que lui avaient données les autorités, Mouhamadou les a vendues aussitôt. « Que vouliez-vous que j’en fasse ? Je n’avais rien pour les nourrir ! » Au Sénégal, où il a vécu pendant dix-neuf ans, « c’était dur », mais, au moins, il cultivait du riz. Ici, il n’a aucun moyen de gagner sa vie. Régulièrement, il franchit le fleuve et part travailler dans un champ situé à une trentaine de kilomètres. Si Mouhamadou fulmine, c’est parce qu’il se sent trahi. « On nous avait promis qu’on retrouverait nos terres ; ce n’est pas le cas. On nous avait promis, à nous les fonctionnaires, qu’on retrouverait notre emploi : on attend toujours. On nous avait promis de l’aide : au début, on nous a donné du blé et de l’huile, mais c’est fini… Si j’avais su, je serais resté au Sénégal. »

Bocar Mbodj, le responsable du site, qui vit à trois tentes de Mouhamadou, est moins critique. Pour ce père de trois enfants, un ancien fonctionnaire chassé de ses terres en août 1990 et rapatrié en mars 2008, c’est déjà une victoire que d’avoir obtenu le droit de revenir. « Pendant vingt ans, je me suis battu pour ça. L’État nous a reconnus, c’est une satisfaction. » Il admet cependant des « insuffisances ». Et s’il dit vouloir « rester au pays pour continuer la lutte », il comprend ceux qui ne veulent pas rentrer dans ces conditions. Abdoulaye Diallo et Mamadou Wane, rencontrés à Dakar, en font partie. Pour eux, ce retour organisé est un trompe-l’oeil. « On nous propose de rentrer, mais de tirer un trait sur nos terres. Ceux qui sont rentrés sont aujourd’hui employés sur leur propre terre ! » dénonce le premier. Tous deux disent aussi être restés pour leurs enfants : « Ils sont nés ici, ils ont des papiers sénégalais, ils sont exclus de la nationalité mauritanienne », pensent-ils. Bientôt, un troisième homme les rejoint. Il se nomme Ousmane Sy. En 2008, il a fait partie des premiers rapatriés. Mais depuis, il est revenu au Sénégal. « Là-bas, on ne peut pas nourrir ses enfants », explique-t-il.

Des associations estiment à 15 000 le nombre de réfugiés au Sénégal qu’il reste à rapatrier, sans compter ceux qui se trouvent au Mali, où aucun recensement n’a été effectué. « Ces gens vivent dans la misère. Ils n’ont pas de travail et aucune aide. Certains ont le même récépissé depuis vingt-deux ans. Ils n’existent plus pour l’administration », déplore Abdoulaye Diop, président d’une association de réfugiés à Saint-Louis qui fut expulsé en 1989. Les yeux rongés par un glaucome, il ne voit plus très bien. Tout est flou pour lui, à commencer par la situation de ses enfants, dont trois sont nés à Saint-Louis. Sont-ils sénégalais ou mauritaniens ? Une chose est sûre : il ne rentrera pas dans ces conditions. « Qu’on nous redonne ce qui nous appartient : nos terres, notre emploi… On ne demande rien d’autre.»

 

Par Rémi Carayol, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

 

 

IRA: Birame incinére des livres du rite Malikite à Riyadh

altALAKHBAR (Nouakchott) – Après une prière organisée vendredi par IRA,non loin du domicile de son leader,dans la Moughataa de Riyadh,le président de ce mouvement Birame Ould Dah Ould Abeid a tenu un point de presse au courant duquel il a déclaré que les recueils de Khalil, Ebn Acher, Risalla, Alakhdary et d’autres sont une sorte de légalisation de l’esclavage. Il a ensuite souligné que tous ceux qui consultent ces livres favorisent l’esclavage et sa pratique.
Birame a par la suite passé à l’acte qui est de mettre feu à un bon nombre recueils de Khlil,Ebn Acher,sans ternir compte que ces livres contiennent des versets coraniques et des passages de Hadhit. Il a par ailleurs critiqué certains professeurs et érudits de la place en les accusant de pro-esclavagistes.

Selon Birame,c’est le début d’une vaste campagne que IRA compte entreprendre dans plusieurs villes et moughataas de la Mauritanie. En conclusion,il a dit qu’à chaque fois des livres seront brûlés pour lever le doute et dénoncer les esclavagistes.