Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 17/03/2018

Lobatt Fall parle – «Quand on est opérateur économique, il faut être du côté du pouvoir»

Lobatt Fall parle – «Quand on est opérateur économique, il faut être du côté du pouvoir»«Pompiers» ne bruit plus de ses klaxons de véhicules d’antan, depuis le transfert de la gare routière aux Baux maraîchers. Tous les transporteurs ont quitté, mais Lobatt Fall lui, a choisi de ne pas bouger. Dans ce jadis centre du Sénégal aux départs et arrivées informels, reliant toutes les régions, le vétéran politique y gagne encore sa vie, et pas seulement dans le transport. Le téléphone sonne «Saygué», cette chanson reprise par un autre Thioubalo, comme lui, Baba Maal. Qui ne connaît pas cet as du transport public à la future Cité de l’émergence ? Rien d’un milliardaire, ou même d’un petit millionnaire. Il a laissé ses bureaux pour vivre l’ambiance à laquelle il est habitué : Restaurants, ateliers mécaniques, magasins… «Il est là, allez-y !» Ô surprise ! Le doigt de ce guide est pointé vers un hangar noyé par des gargotes. Un boubou violet, des cheveux encore noirs et un crâne qui ne résiste pas à ses 86 ans. L’ancien député du Parti socialiste, puis conseiller économique et social version Pds, et aujourd’hui conseiller départemental apr, ne renonce pas à la politique. «Je ne peux être qu’avec le pouvoir. L’opposition, ce n’est que des problèmes», dit-il, sans autre théorie. C’est à l’image de ses temps de parole à l’Assemblée nationale, exclusivement en pulaar, souvent mâtinés d’un français saccagé plongeant l’Hémicycle dans une séquence d’hilarité. Dans sa couchette de misérable, cachée par une couverture veloutée, l’enfant de Thioubalel Lao, rêve même d’un «troisième ou quatrième mandat» pour Macky Sall. Il prépare son meeting de soutien au président de la République, parrainé par le ministre des Finances Amadou Bâ. Depuis «Pompiers», montez à bord avec Lobatt Fall. 

Quel est le sens de votre meeting du samedi 23 avril ? 
Après la victoire du «Oui» dans le département de Podor, nous avons décidé de travailler pour la réélection du Président Macky Sall en 2019. Nous sommes tous contents que notre département soit le premier en termes de voix en faveur du «Oui». Le meeting de soutien que nous comptons organiser samedi (demain), sous la présidence du ministre de l’Economie et des finances, Amadou Bâ, sera une occasion de sonner la mobilisation. Au-delà de Podor, nous comptons sur tous les ressortissants du Fouta pour que ce meeting soit un véritable succès. Je puis vous dire que certains doivent quitter les différentes localités de Podor ce vendredi pour participer à cette manifestation et soutenir le ministre Amadou Bâ et moi. 

Pourquoi avez-vous choisi Amadou Bâ pour présider ce meeting ? 
Je l’ai choisi parce que c’est d’abord un parent, mais aussi parce que c’est un militant du parti engagé. A travers lui, je souhaite que tous les ressortissants de cette zone soient unis pour soutenir le président de la République. Si j’avais vu un autre militant comme Amadou Bâ, qui a autant d’engagement pour accompagner Macky Sall dans sa volonté de faire émerger le pays, je l’aurais choisi. 

Quand est-ce que vous avez rallié l’Apr ? 
Avant même le premier tour de l’élection présidentielle de 2012, Macky Sall était venu me voir chez moi. Nous avons discuté et je lui ai dit que je le considérais comme un neveu. Donc, je ne le soutiens pas parce qu’il est devenu président de la Répu­blique mais parce c’est un neveu et un parent. Et nous ne ménagerons aucun effort pour nous donner les moyens de le faire réélire. 

C’est déjà connu qu’en étant militant de l’Apr, vous soutenez son leader. Pourquoi alors aujourd’hui un meeting de soutien ? 
Nous avons décidé de tenir ce meeting au lendemain de la victoire du «Oui» au référendum du 20 mars dernier. Et donc, nous avons estimé que cela méritait d’être célébré et, en même temps, que nous exprimions toute notre satisfaction à l’endroit du Président et de son ministre des Finances. 

Vous dites que le département de Podor est premier, mais certains responsables de Matam aussi disent la même chose ? 
Non ! Matam vient après nous. Si vous revoyez les résultats, vous vous rendrez compte que le «Oui» a engrangé plus de voix à Podor. Mais bon, c’est la même chose parce que nous avons le même but : aider le Président, son Gouvernement, son ministre des Finances. 

Quel âge avez-vous au­jour­d’hui ? 
Je suis né en 1930, je dois avoir 86 ans. 

A cet âge, vous ne pensez pas que vous devriez prendre votre retraite politique ?
J’ai commencé à faire de la politique avec Senghor, Lamine Guèye, puis avec Abdou Diouf et dernièrement avec Abdoulaye Wade. C’est vous dire que j’ai soutenu tous ces hommes politiques. 

Est-ce parce qu’il n’est pas facile d’abandonner la politique ? 
Non ! Ce n’est pas cela, je le fais juste pour aider les gens. Quand on est vieux, il faut aider les plus jeunes. J’ai des sympathisants à qui je peux demander de m’aider à soutenir un homme politique. Chez nous, au Fouta, nous cultivons des valeurs com­me l’entraide. 

Puisque vous avez pratiqué tous les chefs d’Etat. Qui est le meilleur parmi les quatre ? 
J’ai la même considération pour chacun d’entre eux. Chacun d’entre eux a fait pour moi ce qu’il devait faire. 

Pourquoi vous soutenez toujours celui qui est au pouvoir ? 
Je suis au Sénégal et je suis un homme d’affaires. Quand on travaille dans le secteur de l’économie, il faut toujours être du côté du pouvoir. Ça ne sert à rien de se mettre à dos un Gouver­ne­ment. C’est seulement l’opérateur économique qui risque d’en pâtir. Donc, quel que soit le régime en place, si celui-ci accepte de travailler avec vous, il n’y a aucun problème. J’ai eu à travai­ller avec chacun de ces Prési­dents et en de bons termes. 

Si, demain, il y a un autre président de la République, vous ferez pareil ? 
Oui, je travaillerai aussi avec lui. 

Vous ne vous souciez pas de la transhumance ? 
Non ! Ce qui importe, c’est de travailler avec le Gouvernement en place. 

Vous avez été député sous le régime socialiste, membre du Conseil économique et social sous Wade… 
(Il coupe) J’ai été député pendant 10 ans, membre du Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales (Craes)… 

Et aujourd’hui, qu’attendez-vous du Président Ma­cky Sall ? 
Je veux juste l’aider à atteindre ses objectifs. On ne peut pas dire qu’on n’attend rien de personne, mais je veux juste préciser que je ne le soutiens pas pour avoir un poste en retour. 

Vous êtes conseiller dé­par­temental à Podor. Cela vous agréerait-il d’être mem­­bre du Haut conseil des collectivités territoriales ? 
J’en ai entendu parler, mais on ne se nomme pas dans cette structure… 

Mais si on vous le propose, allez-vous accepter de siéger ? 
Bien sûr que je prendrai ce siège (éclats de rire). 

Votre conception de la politique, c’est de toujours soutenir le président de la République… 
Je ne lâcherai jamais quelqu’un qui est au pouvoir. 

Vous ne voulez pas être dans l’opposition ? 
Non ! Je ne veux pas être dans l’opposition. 

Pourquoi ? 
Parce que l’opposition, ce ne sont que des problèmes, des divergences, de la haine. Quand quelqu’un devient Président, il faut accepter que c’est la volonté divine et le soutenir. Et tout le reste n’a pas d’importance. Donc, quelle que soit la décision que je prends, je veux qu’elle soit celle de Dieu avec l’aide de ma famille, du Gouvernement et que le Président ne se fâche pas contre moi. 

Qu’est-ce que le régime de Macky Sall a réalisé à Po­dor ? 
Vous avez déjà entendu parler des projets qui sont prévus là-bas. 

Ce sont des projets dans quels domaines ? 
Dans le domaine des infrastructures, des routes, il y a différents types de projets qui sont prévus dans cette zone. 

Est-ce qu’ils sont en train d’être mis en œuvre ? 
Oui, ils ont commencé à les mettre en œuvre. 

C’est ce qui explique votre soutien à l’endroit du Prési­dent Sall ? 
Je vous ai dit que c’est d’abord parce que c’est un neveu et un parent. Quand il passait dans ma zone, il disait : «C’est le village de mon oncle Lobatt.» 

Mais quand votre «neveu» a eu des problèmes avec Abdoulaye Wade, vous ne l’aviez pas soutenu à l’époque ? 
J’ai commencé à le soutenir depuis qu’il a commencé ses activités. A la veille de la Présidentielle, il est resté chez moi jusqu’à 23h. Nous avons partagé le dîner et pris du thé ensemble… 

Mais à cette époque, vous étiez encore au Conseil économique et social… 
Oui à l’époque, c’était le Craes. 

Quelle analyse faites-vous de la situation du pays ? 
Je veux juste qu’on aide le Président à avoir un deuxième mandat. 

Dans vos activités, avez-vous ressenti le transfert de la gare de «Pompiers» vers les Baux maraîchers ? 
J’ai décidé de rester à «Pompiers» parce que c’est ici que j’ai mes magasins, mon bureau, toutes mes activités tournent autour de cet espace. Rien n’a changé dans mes activités. Si ça n’a pas connu une hausse d’ailleurs… 

Vous avez constaté une meilleure santé de vos activités ? 
Je rends grâce à Dieu. 

N’êtes-vous pas frustré par le fait que le Gouver­ne­ment ait transféré la gare à Pikine ? 
Je ne peux pas être frustré parce que le Gouvernement a pris sa décision et je n’y peux rien. 

Mais c’est une décision qui ne vous a pas plu ? 
Tout ce que je peux dire, c’est que je ne peux pas quitter «Pompiers». 

Est-ce qu’on peut toujours dire que Lobatt Fall est un homme riche ? 
Je dis Alhamdoulilah, j’arrive à satisfaire mes besoins. 

lequotidien.sn

leral.net

Mali : Conflit communautaire entre peulhs et dogons au Centre du pays : Les jeunes de l’association Tabital Pulaaku disent halte à l’amalgame !

Les jeunes peulhs au cours du meeting de ce matinAprès le récent conflit communautaire entre peulhs et dogons dans la région de Mopti ayant fait au moins 25 morts, les jeunes de l’association Pulaaku ont décidé de se faire entendre. C’était à la Bourse du Travail hier jeudi 15 mars.

Pour eux, cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un conflit classique entre agriculteurs dogons et éleveurs peulhs. Mais d’un groupe d’autodéfense qui s’appelle, ‘’Da Na Amassagou’’ qui pourchasse des présumés djihadistes peulhs dans le Centre du Mali.

Selon les jeunes  de l’association Tabital Pulaaku, principale association de la communauté peulh du Mali, il y a un amalgame. Car, ce sont essentiellement des civils peulhs qui sont attaqués.

Pour l’heure, ils demandent  à la population d’éviter l’amalgame à travers une déclaration ainsi libellée : « Nous , jeunes Maliens, jeunes vivant au Mali, jeunes élevés avec le souci de vivre ensemble, de la paix, de la justice, de la construction d’un Mali  grandiose, nous nous adressons à tous nos compatriotes et au monde entier aujourd’hui. Nous jeunes des organisations pulaaku, des communautés culturelles peulhs toute appartenance lignagère confondue. Nous venons vous faire entendre notre douleur et notre consternation. Nos parents, qui devraient être les parents de tous les Maliens, sont aujourd’hui pris à partie, traqués, stigmatisés, tués, au Centre du Mali.…. ».

Dans la même déclaration, les jeunes de l’association Tabital Pulaaku  disent ceci : « Ce ne sont pas les peulhs qui s’en prennent aux Dogons ou aux  Bambaras. Ni les Dogons ou les Bambaras qui s’en prennent aux peulhs. Nous faisons face ni plus ni moins à du terrorisme domestique de la part de groupuscules minoritaires. Il est du ressort de notre Etat d’apporter la paix à toutes les communautés susmentionnées. Pour cela, nous demandons le désarmement pur et simple de toutes les milices en commençant par celle-là qui dit ne pas craindre l’Etat et qui dit ouvertement agir avec sa complicité. Leur condamnation est une nécessité, mais leur désarmement est ce qui gardera la paix dans l’immédiat. Et il y a urgence. Nous demandons également des enquêtes sur les sources de toutes les armes utilisées afin de pouvoir remonter les chaines de responsabilités et ainsi incriminer ou disculper les bonnes personnes. Sachant que  des membres de l’exécutif sont accusés, il en va de la paix sociale et de la légitimité du Mali d’exécuter cette étape au mieux. Nous demandons un cadre de dialogue réunissant toutes les parties dont nous-mêmes, de  veiller au partage d’information et à la pédagogie auprès de tous les agents de l’Etat (militaires, juristes, médecins, etc.) déployés dans les zones du Centre du Mali, afin que leur mission soit facilitée et que les civils en tirent le meilleur bénéfice… ».

Solo Minta
Source : Tjikan

Maliactu.net

 

Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces du Progrès (UFP) et président en exercice du FNDU : ‘’Le régime en place est usé, à bout de souffle, handicapé par le passif de longues années de mauvaise gestion et par une impopularité sans précéd

altLe Calame : Vous prenez la présidence du FNDU à quelques mois d’échéances électorales capitales pour le pays. Outre les régionales, municipales et législatives, cette année, les mauritaniens  éliront  leur président de la République en 2019. Comment  appréhendez-vous les échéances en vue?

Mohamed Ould Maouloud : Echéances de tous les espoirs et de tous les risques. C’est ce qui fait la spécificité des prochaines élections et qui les distinguent de celles qui les ont précédées et de celles qui les suivront.

Echéances de tous les risques. Notre pays traversera durant les prochains mois une nouvelle et courte période de transition dont l’enjeu est capital pour son avenir, pour sa stabilité, pour l’unité de son peuple, pour sa démocratie et l’Etat de droit

Prenons conscience de ces risques :

D’abord un certain vide potentiel de pouvoir : le maitre des lieux, Mohamed Ould Abdel Aziz au terme de son long règne sans partage doit à présent s’occuper de faire ses valises alors que son successeur est encore attendu, au terme d’un scrutin dont l’issue est en principe incertaine. C’est donc un temps de flottement, de grande fragilité de l’Etat qui sera pourtant soumis à de très vives tensions liées à la compétition entre acteurs pour remplir le vide et s’emparer des pouvoirs mis  en jeu.

Durant les prochains mois notre pays sera, pour emprunter le jargon des sportifs, le théâtre d’un gigantesque tournoi politique où interviennent des acteurs de toutes sortes visibles et moins visibles, pour des compétitions locales et nationales, mais aussi peut-être dans certains cas, pour exprimer des rivalités ou interventions étrangères. C’est aussi l’occasion de l’expression de toutes les attentes sociales ou identitaires longtemps marginalisées ou étouffées mais aussi de mobilisations ethniques, régionalistes ou tribalistes engendrant des risques pour l’unité de notre peuple.

La persistance de la crise politique (gestion unilatérale du processus électoral, poursuites contre les opposants, étouffement des libertés) fait peser un autre risque. Notre peuple, toutes couches de la population et toutes forces démocratiques confondues, a soif de changement, ne peut plus supporter le régime des généraux. Mais la tentation est grande chez les tenants du pouvoir à chercher à se maintenir en place sous une forme ou une autre par la manipulation des élections et la répression. Des signes avant-coureurs dans ce sens sont déjà perceptibles. D’où le risque réel de confrontations au cours de ces élections et, qu’à Dieu ne plaise, de dérapages et d’instabilité.

Echéances aussi de tous les espoirs. Pour la première fois depuis une décennie, les forces démocratiques sont capables de gagner l’alternance démocratique. Une certaine opinion (« Ould Abdel Aziz imposera un 3e mandat », « les élections seront truquées ») conduit au pessimisme, voire au défaitisme. Dans la réalité, le régime en place est usé, à bout de souffle, handicapé par le passif de longues années de mauvaise gestion et par une impopularité sans précédent, et son chef, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, contraint de se retirer du pouvoir et de passer la main. Alors que l’opposition est unie comme jamais auparavant et le peuple désireux du changement. Quelles circonstances seraient plus favorables pour une alternance démocratique ?

Si le peuple se mobilise, refuse toutes les sirènes de la division et se bat pour imposer des élections concertées libres et transparentes, il sera capable d’en finir pacifiquement avec le régime despotique. Mais aussi de satisfaire les attentes d’égalité, de justice et de bien-être grâce à la restauration de sa souveraineté et à la gestion judicieuse des importantes ressources naturelles, notamment minières récemment mises au jour.

Il n’est pas non plus impossible que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz et autres tenants du pouvoir se rendent compte, qu’il est dangereux de chercher à bloquer la roue de l’Histoire. Qu’ils ont plus à gagner dans une transition apaisée, à travers une entente nationale, des règles du jeu consensuelles et au final des résultats acceptés par tous.

La question du 3e mandat était une fixation pour le  forum, ses militants et  sympathisants. Peut-on dire que la récente sortie du président Aziz dans le Magazine  Jeune Afrique dans laquelle il réaffirme qu’il ne touche pas à la Constitution pour briguer un 3e mandat  vous a enfin rassurés ? Ou bien continuez-vous, au niveau  du  forum, à avoir des craintes sur le déroulement  du processus  électoral  à venir et sur la succession d’Ould Abdel Aziz?

 Ce sont plutôt les tenants du pouvoir qui ne semblent pas se résigner à l’évidence. On peut comprendre qu’ils vivent difficilement cette fin de règne, mais pas au point d’être sujet à une véritable psychose et de se livrer à un jeu ridicule de cache-cache où le partisan met en cause la sincérité et la crédibilité des intentions proclamées par son « président irremplaçable ». La récente déclaration du Président Ould Abdel Aziz à « Jeune Afrique » est la troisième du genre mais tout de même la plus explicite. Bien sûr, la question du nombre de mandats ne dépend pas de ce qu’il veut ou ne veut pas. Il n’y aura pas de « troisième mandat »  parce que tout simplement la constitution, le rapport de forces global ne le permettent pas. Mais à notre avis la question n’est plus d’actualité pour tout le monde. Par contre, la persistance de la gestion unilatérale du processus des élections municipales et parlementaires de 2018 qui préparent la présidentielle de 2019, laisse deviner l’intention du Président d’imposer un dauphin.

Les élections locales se dérouleront  probablement en octobre prochain. L’UPR se prépare  déjà, elle s’apprête à démarrer  une campagne d’adhésion. Où  en  êtes –vous  au niveau du forum ?

Qui de la haute administration ou de l’UPR instrumentalise l’autre ? La confusion des genres est totale ; l’administration territoriale et même les hauts fonctionnaires, membres des cabinets ministériels sont mis à contribution dans la campagne de sensibilisation de ce parti. Certes cela est en soi un aveu de faiblesse mais aussi d’intention coupable de fausser le jeu électoral en vue. Quant à nous au Forum, nous ne pouvons pas bien sûr rester indifférents à la transition qui s’annonce. Toutes les composantes du FNDU étudient actuellement la question et la position qui sera adoptée sera notre contribution à la concertation nécessaire avec nos alliés du G8 en vue d’une décision et d’une stratégie communes. En attendant, des missions prévues depuis quelque temps partiront pour les régions de l’intérieur dès cette semaine pour exprimer notre solidarité avec les populations confrontées à la catastrophe de la sécheresse et dénoncer l’indifférence coupable du pouvoir.

Le forum  dénonce depuis  bien longtemps la gestion unilatérale du processus  électoral par le seul pouvoir. Est-ce qu’on peut  tout de même s’attendre  à  votre  participation, comme  le  suspectent  certains? Attendez-vous  un geste  de la part du pouvoir pour vous engager? Sinon, qu’entendez-vous  faire pour peser sur l’agenda du gouvernement ?

Les expériences passées ont, semble-t-il, créé chez certains un « complexe de la participation ou du boycott ». Or la question ne pose pas en ces termes. Il y a des élections capitales en vue. La seule question qui vaille est de savoir s’il est possible de les gagner et comment.

 Il y a deux obstacles majeurs à surmonter. Le premier est la gestion unilatérale et la manipulation du processus par le pouvoir et l’usage de la corruption électorale.  Le référendum d’août dernier en a été l’illustration la plus grossière (retour aux pratiques de fraude d’il y a plus de vingt ans, violation des accords antérieurs, utilisation au grand jour de l’administration publique, manipulation de la CENI). Le deuxième obstacle est l’impréparation pratique de l’opposition, en termes de moyens matériels, de stratégie électorale et de gestion d’un temps imparti relativement court. Mais il est possible de surmonter ces deux difficultés.

D’abord il faut donner à nos populations l’espoir qu’il est possible de réaliser le changement souhaité. Susciter et encadrer un puissant mouvement national pour le changement, capable de livrer et de gagner la bataille de la transparence avant, pendant et au lendemain du scrutin. Pour imposer une gestion concertée du processus et le respect des dispositions légales ou des accords, et de dissuader la fraude et la manipulation des résultats. C’est ce type de mouvement qui a permis l’alternance au Sénégal en 2000.

L’alternance démocratique est impensable sans la préservation et la consolidation de l’unité de notre peuple. Ce mouvement pour le changement devra donc veiller particulièrement, à cette fin, à prendre en charge les préoccupations légitimes de toutes ses composantes. Et dans le même temps, rejeter tous les appels à la division.

 Certains observateurs croient savoir que le Forum  pourrait présenter des listes communes pour les élections locales et qu’il se prépare   en conséquence. Qu’en est-il ? 

J’ai répondu plus haut à la question. Effectivement, nous étudions toutes les options et évidemment sommes favorables, le cas échéant, à établir des alliances électorales entre les forces de l’opposition démocratique.

Au cours de votre première conférence de presse, en tant que président  du FNDU, vous avez exprimé vos craintes de voir la crise multiforme que connait le pays affecter l’alternance en 2019. Pourquoi ce pessimisme ? Est-ce à dire  que les  conditions ne sont pas réunies  pour des élections inclusives et transparentes ?

 Comme je l’ai mentionné plus haut, il y a lieu d’être vigilant et de prévenir les risques sur la stabilité et la paix civile. Surtout lorsque les élections ouvriront la vanne au déchaînement des passions de toutes natures dans un contexte d’aggravation de la paupérisation et des difficultés de survie, de sentiment d’exclusion et de marginalisation de composantes importantes de la population avec de surcroît la persistance de l’impasse politique (gestion unilatérale du processus électoral qui empêche tout changement pacifique). Ce à quoi s’ajoute la persistance d’une mauvaise gestion au grand jour suscitant davantage de colère et l’exaspération dans l’opinion publique. Deux exemples pour illustrer ce dernier propos : la gestion de la catastrophe de la sécheresse et la coûteuse opération de prestige mal placé de l’accueil du sommet de l’Union Africaine.

A la veille du référendum, l’opposition s’est élargie et créé un G8. On en parle presque plus. Que s’est-il passé depuis ?

C’est vrai il a connu, après la bataille du référendum et pendant quelques mois, une certaine léthargie. Mais il a conservé son unité, son énergie et sa capacité de mobilisation. La preuve en a été donnée par la grande marche du 16 décembre dernier. Et ses différentes composantes ne sont pas inactives comme en témoignent les nombreuses manifestations de ces deux derniers mois. Le G8 est un vaste rassemblement, il devra peut-être à l’avenir se consacrer aux actions majeures et laisser à ses membres la possibilité de déployer leurs initiatives et exprimer leurs personnalités propres. Dans les prochaines semaines, il aura à prendre des initiatives pour unir l’ensemble des forces démocratiques autour d’une stratégie et un plan d’action communs pour la période électorale en perspective.

On reproche souvent à l’opposition mauritanienne de ne bouger que pour des élections ; elle ne pèse pas sur le pouvoir, n’a pas réussi à imposer une alternative crédible censée susciter l’espoir des populations.

Chacun est libre d’avoir son opinion sur l’opposition. Mais ce jugement me semble trop sévère pour ne pas dire outrancier. L’opposition se bat depuis dix ans contre un régime autoritaire. Elle a réussi à lui tenir tête sans jamais faiblir, a œuvré à sa mise à nu et à son isolement politique, a préservé ou rétabli et constamment élargi et renforcé son unité (la COD a fait place au FNDU qui est devenu une Composante d’un front plus large, communément appelé G8). Elle a aussi réussi à imposer par son boycott des élections de 2013 la révision des règles du jeu électoral (celles convenues dans le dialogue non inclusif de 2016 sont à parfaire), a pu réussir un boycott massif du référendum anticonstitutionnel d’août dernier, a soutenu toutes les causes justes et défendu les libertés publiques et privées et se trouve aujourd’hui, politiquement, dans les meilleures conditions pour constituer le bon choix pour notre peuple. Reprocherait-on à l’opposition démocratique de ne pas avoir réussi à neutraliser ou à renverser le pouvoir ? On espère toujours y parvenir. Mais seulement par les urnes. C’est la voie que nous nous sommes choisie et qui nous convient. Il en existe bien sûr d’autres ; le soulèvement populaire, mais il est l’affaire du peuple ; le coup de force militaire, celle de l’armée. Ces précisions faites, nous devons reconnaître qu’au cours des mois qui ont suivi le référendum, l’opposition démocratique a commis l’erreur de baisser les bras. Laissant le terrain libre à la campagne de répression du pouvoir contre les sénateurs pour les punir de leur rejet du référendum (détention de Mohamed Ould Ghadda et poursuite contre d’autres), au maintien en détention de défenseurs des droits de l’homme (prisonniers de l’IRA), aux poursuites contre les leaders syndicalistes et les  journalistes insoumis, aux mesures pour faire taire ou étouffer les médias indépendants, à la mise au pas du syndicat patronal etc. Mais depuis, nous avons redressé la barre autant que possible et sommes soucieux d’assumer nos responsabilités sur ce plan.

 Dans la perspective des élections de 2019, le FORUM travaillerait  pour une « alliance électorale » ; d’aucuns ont même évoqué une candidature unique, même si certains leaders le qualifient  en off d’utopie. Où en est ce projet ?

R Vous avez raison en partie. Une commission centrale du FNDU est chargée, depuis l’an dernier, du dossier de l’alternance 2018-2019. Sa direction, depuis la dernière réorganisation, est confiée à Mohamed Mahmoud O Seyyidi, président de Tewassoul, en remplacement de Yahya Ould Waghf, désormais en charge des Relations extérieures. Par contre, pour le moment, toutes les options sont sur la table et nous attendons le rapport de cette commission pour adopter la stratégie qui nous semblera la meilleure.

 Que répondez-vous à ceux qui accusent  l’opposition de n’avoir pas réussi, jusqu’ici, en tout cas, à imposer  au pouvoir, un rapport de forces en sa faveur, voire  une  « alternative crédible »?  Me Bouhoubeyni  n’aurait-il raison quand il affirme que l’opposition a échoué sur toute la ligne ?

Je crois avoir répondu à cette question et à ce jugement. Quant au reste, je reconnais à chacun le droit de penser ce qu’il veut de l’action de l’opposition.

 Face un déficit pluviométrique, le gouvernement mauritanien a décidé de décaisser  sur fonds propres, une enveloppe de 41 milliards d’Ouguiya. Ne trouvez-vous que c’est là un engagement fort en cette période de  rareté de ressources ? Est-ce suffisant?

Les populations rurales ne voient rien venir de significatif depuis des mois. Elles sont menacées de famine et notre richesse animale d’anéantissement. Combien de ces 41 milliards d’anciens ouguiyas dégagés dans le budget sera réellement consacré à leur fournir des vivres et de l’aliment de bétail ?  Il n’y a pas de plan d’intervention concerté au niveau local et national avec les autorités compétentes et les représentants des populations rurales. Et il est à craindre que dans l’opacité qui l’entoure, cette opération ne soit l’objet de détournement et que le peu d’aide distribué ne parvienne aux populations trop tard ; en quelque sorte  «le médecin après la mort » comme lors de la sécheresse de 2012.

La question de l’unité nationale continue à diviser les  mauritaniens,  et  en dépit des proclamations  et du pouvoir et de l’opposition, des  solutions consensuelles autour  du  « passif humanitaire » et  des pratiques de l’esclavage  tardent à se concrétiser. Pourquoi, à votre avis ?

Comme vous l’avez dit, les conditions favorables à la solution du problème sont réunies (feuille de route depuis 2007, consensus national). Mais, il a toujours manqué au pouvoir une réelle volonté politique de la mettre en œuvre. L’espoir est que le successeur de Ould Abdel Aziz soit un responsable politique patriote et démocrate soucieux de l’unité nationale et convaincu de l’urgence de prendre en charge le dossier à mettre un terme aux calvaires des victimes et ayants droit.

La justice vient de prolonger la détention du sénateur Ould Ghadda et le placement sous contrôle judiciaire d’autres sénateurs, syndicalistes et  journalistes impliqués dans le dossier  dit Bouamatou et consorts. Qu’en pensez-vous ?

J’ai déjà évoqué la question plus haut.  Ce que je peux ajouter c’est de dire que cette détention et ces poursuites arbitraires ne sont qu’un règlement de compte intolérable ; et toutes les forces démocratiques doivent agir pour y mettre un terme.

Nos rapports avec notre voisin le Sénégal connaissent, depuis quelques années des hauts et des bas. Pensez-vous que la gestion et le partage des gisements de gaz à ladite frontière pourraient  apaiser ces tensions récurrentes ou plutôt les accentuer ?

Les intérêts communs aux deux peuples sont nombreux (liens de sang, religieux, culturels et économiques etc.) et pas moins importants que l’exploitation du gisement de gaz. De sorte que nuire à l’un des deux peuples, c’est nuire à l’autre. Aucun prétexte ne peut être invoqué pour justifier de mettre en péril les rapports de bon voisinage et de coopération. J’espère que l’esprit de responsabilité empêchera à l’avenir les gouvernements des deux pays de répercuter sur les peuples les différends qui pourraient surgir entre eux.

Propos recueillis par DL et AOC

le calame