Monthly Archives: January 2016
L’honneur perdu des intellectuels arabes et occidentaux
Le hasard en a décidé ainsi: le « j’accuse…! »de ZOLA -qui constitue un tournant dans l’histoire de la pensée politique -coïncide avec une mobilisation sans précédent des intellectuels arabes pour défendre Roger Garaudy,qu’ils assimilent à Zola. Le hasard aurait pu nous réserver un sort meilleur.Ou alors auraient pu éviter de ruiner davantage leur réputation,déjà mise a mal depuis longtemps.Le ridicule de leur position ne provient pas tant de l’image que donnent d’eux-mêmes ces intellectuels en occident:en effet,les occidentaux n’attendent pas que nous commettions des faux pas pour nous agresser ou nous mépriser. Non,le ridicule nait de l’oubli par nos intellectuels de leurs devoirs les plus élémentaires.
Nul doute que nous faisons partie du camp des victimes.Des avocats tels que Zola ou Sartre,il faudrait en bonne logique les chercher dans l’autre camp,Israël.Et, de fait,nombreux sont ceux qui assument cette responsabilité chez l’ennemi: citons Israël Shahak,David Grossman,Amos Oz ou encore Tom Segev,entre autres*.eux sont occupés à dénoncer toutes les falsifications contenues dans le discours Israélien et à défendre le droit des palestiniens.
Mais le fait que nous soyons victimes ne doit pas nous exempter d’être vigilants. Au contraire,l’immoralité de la victime est bien pire que celle du bourreau: ainsi, nous reprochons précisément aux juifs de s’être regroupés sous la bannière du sionisme et de passer ainsi de l’état de victimes à celui de bourreaux.Les Arabes, eux,ne se sont transformés en bourreaux qu’entre eux.Dans conflit Israélo-Arabe,ils sont toujours la partie qui encaissent les coups.Toutefois,certains,dans leur lecture de l’Histoire,rejoignent une logique qui a régné chez les bourreaux dans un passé récent. Concernant la question de l’extermination des juifs,il est temps de reconnaître que la conscience arabe dominante est partagée entre le doute sur la réalité des faits et le regret que l’extermination n’ait pas été accomplie jusqu’au bout.
Depuis une décennie,la pensée arabe connaît un net recul,conjointement au repli de la pensée de gauche,qui se veut le reflet de valeurs universelles,tel le refus du racisme sous toutes ses formes,y compris celui qui vise les juifs.
On attend pas de tous les intellectuels arabes qu’ils soient au courant des détails de la vie culturelle et politique française,bien qu’il eût été souhaitable qu’ils n’interviennent pas dans une affaire dont ils ne maîtrisent pas les enjeux.En revanche,on s’attendait à ce qu’ils aient enfin compris ce qui est utile pour combattre la propagande sioniste.En l’occurence il est inutile de s’aligner sur l’opinion publique,qui voit encore dans les PROTOCOLES DES SAGE DE SION -un texte antisémite forgé de toute pièce(par la police politique tsariste)-la base du confit israélo-arabe.D’autant que l’ampleur de l’extermination des juifs par les nazis ne justifie en rien les violences israéliennes d’aujourd’hui.Et, même si le nombre des victimes juives pendant le seconde guerre mondiale dépasse les 6 millions,il n’annule en aucun cas le droit des Arabes en Palestine.L’intellectuel engagé n’est pas celui qui participe aux combats de la dernière heure.Dans le cas du conflit israélo-arabe,l’intellectuel engagé,fusse-il Arabe ou,et surtout Occidental,doit chercher une conception innovante de la paix qui prenne en compte les droit arabes et une réalité sur le terrain vielle d’un demi-siècle.L’intellectuel engagé se doit de dire que les 6 millions de victimes juives sont des martyrs d’un crime commis par l’occident et dont nous sommes tenus de respecter la mémoire plus que quiconque -sans pour autant accepter qu’elles soient utilisées pour bafouer nos droits.Ainsi seulement pourrions-nous prétendre être fidèles au valeureux patrimoine légué par Emile ZOLA il y a belle lurette et mis en application par nos pères.Faisons-le avant que nous ne sombrions dans cette décadence qui s’intensifie de jour en jour attisée par les ennemis du droit et des trompeurs des Etats et des peuples souvent meurtris.
*Respectivement ancien président de la ligue des droits de l’homme en Israël,écrivain et partisan de la création d’un Etat Palestinien; Tom Segev,quant à lui,journaliste et écrivain,est auteur du SEPTIEME MILLION:les israéliens et le génocide(ed.Liana Levi,1993)
Mael Aïnine Nema Cherif
LE CALAME
Gambie : Interdiction formelle aux femmes de venir tête-nue au bureau
Depuis le 31 juillet 2015, il est interdit à tout employé de sexe féminin, travaillant dans l’administration gambienne, de venir à son lieu de travail sans mouchoir de tête.
Une directive émanant des services de Yaya Jammeh, dispose, en effet, qu’il est interdit à tous les personnels féminins au sein du Gouvernement, des ministères et agences gouvernementales d’exposer leurs cheveux durant les heures de travail.
La directive est entrée en vigueur le 31 décembre 2015. Les personnels féminins sont invités à utiliser un mouchoir de tête et envelopper soigneusement leurs cheveux.

SENEWB
Des diplomates africains mettent en garde: “Une escalade entre l’Arabie Saoudite et l’Iran ne sera profitable à personne”
Pour des experts et diplomates interrogés par Anadolu, cette crise ne sera profitable à aucun pays dans une région fragilisée par des tensions.
Le Proche-Orient doit absolument faire l’économie d’une nouvelle source de tension, s’accordent des experts et des diplomates africains contactés par Anadolu, réagissant à la crise diplomatique entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.
Cette crise a nourri, en Afrique du Nord, des réactions diplomatiques appelant au “calme”, encore que certaines affichent une position pro-saoudienne, alors que les pays de l’Afrique subsaharienne se sont gardées de réagir.
“Il n’est dans l’intérêt de personne que ces deux grandes puissances régionales soient en tension permanente, se mènent une guerre d’influence dans la région. Ce n’est pas souhaitable et cela ne sert ni l’intérêt de l’Arabie Saoudite ni celui de l’Iran”, résume, dans un entretien avec Anadolu, Salaheddine Jammali, un ancien ambassadeur tunisien, notamment à Ryad, à Damas et à Amman.
L’Arabie Saoudite a annoncé, dimanche, la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran, après l’attaque de son ambassade par des manifestants à Téhéran. Contenus, tardivement, par les forces de sécurité iraniennes, ces manifestants protestaient contre la décapitation d’un opposant saoudien chiite, Nimr Al-Nimr, accusé par son pays d’instaurer la discorde.
L’incident de l’ambassade est “très grave et contraire aux traditions diplomatiques”, poursuit Jammali qui donne raison, sur ce point précis, à la réaction saoudienne.
La tension devrait, pour autant, se résorber, le cas échéant elle pourrait affecter d’autres zones de conflit et points chauds dans la région, notamment la Syrie où les deux pays sont “très présents.”
Pour Ahmed Rajab, un expert égyptien spécialiste des questions arabes, “la crise pourrait impacter d’autres régions, à l’instar du Yémen, antichambre de l’Arabie Saoudite, vu que l’Iran y appuie les rebelles Houthis, alors que l’Arabie Saoudite est en tête d’une alliance arabe se proposant de rétablir la légalité dans ce pays.”
Le Bahreïn, à majorité chiite, pourrait subir, également, les soubresauts de cette crise, puisque ce pays fait déjà l’objet d’une “rivalité historique” datant des années 1960 entre les deux puissances précitées, selon cet observateur, interrogé par Anadolu.
A cette liste s’ajoutent également le Liban, concerné par le conflit syrien, ne serait-ce que par la présence du groupe Hezbollah, soutenu “inconditionnellement” par l’Iran, mais également l’Irak.
Nonobstant les récentes déclarations du Chef du Gouvernement irakien, Hayder Al-Abbadi, se défendant que son pays soit le “terrain de rivalités régionales”, les troubles communautaires semblent pointer du nez de nouveau, avec deux mosquées sunnites dans le centre de l’Irak, visées lundi, par des attentats à la bombe.
Dans une déclaration à Anadolu, Kofi Kpaye, conseiller au Ministère des affaires étrangères togolais, estime ainsi que cette crise diplomatique risque de raviver les susceptibilités communautaires. Cela va compromettre la paix dans la région, et n’arrangera personne”, dit l’expert togolais.
C’est ainsi “une crise qui intervient au mauvais moment” puisque l’Arabie saoudite est en train de créer une vaste coalition pour lutter contre le terrorisme, alors que, parallèlement, des efforts fournis par les pays de la région se poursuivent pour trouver une issue pacifique à la crise syrienne, analyse Kpaye, par ailleurs enseignant de relations internationales à l’Université de Lomé.
Selon le diplomate tchadien du Ministère du plan et de la coopération internationale, Digamnelem Moise, “l’intérêt international commande de mettre la balle à terre et jouer une médiation de haut niveau pour apaiser les tensions sinon, le monde, déjà affaibli par une faible croissance économique, souffrira”, a-t-il indiqué à Anadolu.
De fait, les cours du pétrole étaient orientés à la hausse lundi après la décision de Ryad de rompre ses relations avec Téhéran. Si elle devait se confirmer, cette tendance ne pourrait que nuire aux populations de la région, en premier lieu.
“Cela voudra dire plus d’argent pour s’armer. Or une économie de guerre est toujours une économie de déficit et d’austérité qui nuira aux investissements et au développement” estime Jammali.
“Tout serait perdu, en l’absence d’intervention de sages de la région ou d’ailleurs”, résume, pour sa part, Rajab.
Inspirés, sans doute, par cette même logique, et dans le quasi-mutisme de l’Afrique subsaharienne, des pays de l’Afrique du Nord, ont lancé des appels à l’apaisement.
La diplomatie marocaine a ainsi appelé, dimanche, les responsables saoudiens et iraniens à “la sagesse”, pour éviter que “la situation actuelle ne s’étende à d’autres pays la région déjà confrontés à de nombreux défis et à des éléments de fragilité multiples”. Une position “inhabituelle”, analyse le site marocain, Alfpost, puisque le Maroc, réputé proche des pays du Golf, s’est abstenu de condamner l’atteinte à la souveraineté saoudienne.
“Cette position de la diplomatie marocaine interpelle; s’agit-il simplement d’une attitude modérée dans cette crise, ou indique-t-elle plutôt un froid entachant les relations avec les pays du Golf, l’Arabie Saoudite en particulier”, poursuit Alfpost.
Pour sa part, la diplomatie tunisienne a qualifié, dimanche, l’attaque de l’ambassade saoudienne d’ “atteinte flagrante à la convention de Vienne sur les relations diplomatiques”. Le communiqué du Ministère des affaires étrangèrs a ensuite appelé à éviter “tout ce qui est de nature attiser les tensions dans la région, afin de préserver la sécurité et la stabilité des pays”.
Ces tensions semblent toutefois se propager au-delà de la région, puisque le Soudan a annoncé, lundi, la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran.
De son côté, la Mauritanie, tout comme l’Egypte, s’est contentée dans un communiqué de son Ministère des affaires étrangères de “condamner” les émeutes dirigées contre l’ambassade saoudienne en lran”, et de rappeler le “respect de la souveraineté et l’obligation de non ingérence dans les affaires internes des États”.
alwihdainfo.com
Burkina-Côte d’Ivoire : destins croisés
Voisins, quasi-jumeaux, frères ennemis… Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont tout cela à la fois. Retour sur deux histoires étroitement mêlées.
Septembre 2015, quelques jours après l’annonce du coup d’État du général Gilbert Diendéré, à Ouagadougou. Le pays est sur les dents. Ceux qui s’opposent au putsch, une partie de l’armée notamment, craignent qu’un soutien en mercenaires et en armes ne vienne renforcer les hommes de Diendéré depuis la Côte d’Ivoire, où l’ancien bras droit de Blaise Compaoré compte de nombreux appuis. Dans la capitale, les plaques d’immatriculation ivoiriennes sont suspectes. Pourtant, franchir la frontière entre Kaouara et Niangoloko est un jeu d’enfant. Quelques tracasseries côté burkinabè : des gendarmes vérifient plus longtemps que d’habitude les pièces d’identité dans une ambiance bon enfant. Aucun contrôle côté ivoirien, pas même un homme pour tamponner les passeports…
Il en est souvent ainsi avec ces deux pays dont la frontière commune, longue de 584 km, n’a de sens qu’en cas d’avis de forte tempête politique et n’a de réalité que sur une carte. Voilà près d’un siècle que les destins du Burkina Faso, anciennement la Haute-Volta, et de la Côte d’Ivoire s’entremêlent comme ceux de jumeaux qui ne se ressemblent pas, qui complotent l’un contre l’autre et se détestent parfois, mais qui, au plus profond de leurs entrailles, ressentent les mêmes choses et se savent condamnés à vivre ensemble. « Nous sommes intimement liés, rien ne pourra nous séparer », constate un homme d’affaires qui a fait fortune au Burkina avant d’investir en Côte d’Ivoire.
Une histoire coloniale
C’est à la colonisation française que l’on doit cette histoire si particulière. Le peuple mossi, autour duquel a été construite la Haute-Volta, colonie fondée en 1919, regarde naturellement vers la terre de ses ancêtres, que les colons britanniques appellent Gold Coast (le futur Ghana). La pression coloniale et les impôts y sont moindres, les conditions de travail plus attractives. En 1925, trois Voltaïques qui migrent sur quatre en prennent la direction.
Or, pour la France, l’eldorado a pour nom la Côte d’Ivoire. Et elle a besoin de bras. Très vite s’impose aux administrateurs coloniaux l’idée d’utiliser les Voltaïques, nombreux, comme force de travail dans les plantations et sur le chantier du chemin de fer ivoiriens. En septembre 1932, sous la pression des groupes économiques de la Côte d’Ivoire, qui voient là un moyen de recruter à tout-va, mais aussi parce qu’à Paris les anticléricaux se méfient de ce territoire fortement influencé par Mgr Joanny Thévenoud, un évêque ami des Mossis, la Haute-Volta est dissoute et partagée entre le Soudan occidental (futur Mali), le Niger et la Côte d’Ivoire.
Cette dernière récupère le plus gros morceau, voit sa population doubler d’un coup et sa frontière repoussée au-delà de Ouagadougou. Tout un pan de la Haute-Volta est désormais appelé Haute-Côte d’Ivoire. Le but est clair, ainsi que le résume à cette époque Albert Sarraut, le ministre des Colonies : « Mettre à la disposition de la Côte d’Ivoire une main-d’œuvre abondante et disciplinée qui seule lui manque pour insuffler une vigueur prometteuse. » L’enrôlement étant forcé, les Voltaïques n’ont d’autre choix que de prendre la route du Sud-Ouest, et non plus celle du Sud-Est. Ils affluent en masse en Côte d’Ivoire, où ils sont traités avec mépris de kanga (« esclaves »), surtout lorsque leur visage redessiné par les scarifications traditionnelles porte leur appartenance au peuple mossi.
Le rôle de Félix Houphouët-Boigny
La donne va changer après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle les Voltaïques ont fait preuve de loyauté envers la « France libre », le Mogho Naba (roi des Mossis) s’y étant rallié dès juin 1940. En avril 1946, le travail forcé est supprimé. Pour autant, le flux de migrants entre la Haute-Côte d’Ivoire et la Basse-Côte d’Ivoire ne faiblit pas. Puis, en septembre 1947, la Haute-Volta est reconstituée. Pour Paris, il ne s’agit pas uniquement de récompenser sa loyauté. Le calcul est bien plus cynique : il faut étouffer l’influence du Rassemblement démocratique africain (RDA). Le parti de Félix Houphouët-Boigny est alors d’obédience communiste. Sa base se situe en Côte d’Ivoire, mais il menace de s’étendre dans toute l’Afrique-Occidentale française (AOF) via la Haute-Volta. Un gouverneur qui, à Ouagadougou, « materait les tendances RDA, serait bien utile au système », écrivait l’ex-ambassadeur Frédéric Guirma dans un essai sur Maurice Yaméogo paru en 1991.
Les politiques des deux contrées ont appris à se connaître. Houphouët doit d’ailleurs sa percée à un Voltaïque : Ouezzin Coulibaly. La Côte d’Ivoire ne compte qu’un siège dans l’Assemblée nationale constituante qui voit le jour après la guerre en France : en se désistant en faveur de son aîné, opposé à un dignitaire mossi, et en lui apportant les voix de la région de Bobo-Dioulasso, Ouezzin a mis à Houphouët le pied à l’étrier, qui ne l’aurait certainement pas remporté sans ce soutien.
Les rapports entre Houphouët et Yaméogo, qui s’est imposé comme la principale figure politique de la Haute-Volta avant les indépendances, sont à l’image des relations entre les deux territoires : accidentés. Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » de Charles de Gaulle, les résume ainsi : « Il y avait des accrochages, mais Houphouët était tellement le patron […]. » Yaméogo s’allie au RDA, puis flirte avec Léopold Sédar Senghor avant de rallier le projet d’Union Sahel-Bénin (le futur Conseil de l’entente) défendu par Houphouët. Comme l’Ivoirien, Yaméogo n’est pas favorable à une indépendance immédiate. Comme l’Ivoirien, il devra suivre la volonté populaire. Les deux pays fêtent leur indépendance en même temps : le 5 août 1960 pour la Haute-Volta, le 7 août pour la Côte d’Ivoire.
Yaméogo prend un malin plaisir à ridiculiser des ministres ivoiriens de passage à Ouagadougou, qu’il qualifie en mooré et devant la foule de « gang’ninsé nus sous leur couverture de parade »
Les années suivantes, Yaméogo et Houphouët multiplient les rencontres. Les relations s’enveniment bien en 1961, quand le président voltaïque rend visite à l’ennemi d’Houphouët, le Ghanéen Kwame Nkrumah, et quand ils suppriment les barrières douanières entre leurs États. À cette époque, Yaméogo prend un malin plaisir à ridiculiser des ministres ivoiriens de passage à Ouagadougou, qu’il qualifie en mooré et devant la foule de « gang’ninsé nus sous leur couverture de parade ». Voilà qui plaît à des hommes et à des femmes souvent considérés comme des moins-que-rien de l’autre côté de la frontière. Mais Yaméogo rentre vite dans le rang et devient l’un des alliés les plus fidèles d’Houphouët.
Ce dernier conservera toute son amitié à Yaméogo après sa chute, en 1966. Il lui enverra de l’argent et ne le découragera pas quand il complotera pour faire tomber son successeur, le général Sangoulé Lamizana. Houphouët finira par accueillir Yaméogo lorsqu’il sera contraint à l’exil. Jacques Foccart a reconnu, avant sa mort, l’ingérence d’Houphouët dans les affaires burkinabè et son rejet de Lamizana : « Houphouët lui a manifesté cette hostilité plus longtemps qu’il ne l’a fait à l’égard d’Eyadéma, mais il s’était extrêmement bien entendu avec Yaméogo. Il estimait que la Haute-Volta devait être dirigée par les Mossis. »
Quand les Burkinabé étaient un problème
À mesure que les chefs d’État se succèdent à Ouagadougou (tous sont des militaires, ce qui a le don de refroidir l’Ivoirien), les rapports entre les deux voisins se normalisent. Les Burkinabè se méfient d’Houphouët, qu’ils accusent de vouloir les « vassaliser », mais ils doivent bien faire avec lui. Puis la situation se tend avec l’arrivée au pouvoir d’un quarteron de jeunes officiers révolutionnaires en 1983. C’est la fin d’une époque. La Haute-Volta devient le Burkina Faso, et avec cette mue s’éteint la dépendance politique vis-à-vis du « grand frère » ivoirien. Seule la mort de Thomas Sankara, en 1987, qu’Houphouët est soupçonné d’avoir ourdie, pouvait réconcilier le président ivoirien avec l’ancienne Haute-Volta. Avec Blaise Compaoré, qui a épousé une proche du président ivoirien, l’axe Abidjan-Ouagadougou redevient incontournable.
Mais les temps ont changé. Au début des années 1990, le « Vieux » est sur sa fin, sa succession s’annonce féroce, et le « miracle ivoirien » relève du passé. Les liens entre les deux pays sont alors plus étroits que jamais. Dans les années 1950, 1960 et 1970, les Voltaïques sont de plus en plus nombreux à vouloir profiter de ce fameux « miracle » – auquel il faut des bras. Un syndicat de recruteurs, construit autour des puissants planteurs, est créé en 1951. Les nouveaux venus s’installent partout où il y a des plantations, d’abord en qualité de manœuvres, puis comme planteurs. Pendant des années, cet afflux ne pose aucun problème. Il est même encouragé par une politique libérale d’accès à la terre, qu’Houphouët avait résumée ainsi en 1963 : « La terre appartient à celui qui la met en valeur. » En 1998, la Côte d’Ivoire compte 15 millions d’habitants, dont 2 millions à 3 millions (selon les sources) sont originaires du Burkina. Dans certaines régions, 80 % des paysans sont des « Burkinabè ».
À cette époque, un poison a déjà intoxiqué le pays : le concept d’« ivoirité ». La crise économique, qui a touché la Côte d’Ivoire à la fin des années 1970, a abouti à une recomposition des hiérarchies en faveur des immigrés burkinabè en milieu rural (ils ont la terre, puisqu’ils la travaillent), et à des rancœurs et à des frustrations que vont bientôt exploiter les acteurs de la guerre de succession qui éclatera après la mort d’Houphouët, en décembre 1993. Les étrangers – donc les Burkinabè – sont désormais perçus comme le problème.
En 1998, une nouvelle loi foncière interdit aux non-Ivoiriens d’être propriétaires terriens
Les trois successeurs d’Houphouët, Henri Konan Bédié (qui ne s’est jamais entendu avec Compaoré), puis le général Robert Gueï et enfin Laurent Gbagbo (longtemps soutenu par Compaoré lorsqu’il était dans l’opposition, une fois élu, l’Ivoirien a éveillé la méfiance du Burkinabè), exploiteront ce filon pour contrer les ambitions d’Alassane Ouattara, le dernier Premier ministre d’Houphouët, présenté comme un Burkinabè. En 1998, une nouvelle loi foncière interdit aux non-Ivoiriens d’être propriétaires terriens. Puis c’est l’instauration d’une carte de séjour, la fin du vote des étrangers et l’interdiction d’accéder à la magistrature suprême si le père, le grand-père et l’arrière-grand-père ne sont pas ivoiriens « de souche »…
En septembre 1999, à Tabou, dans l’Ouest ivoirien, un différend foncier opposant un autochtone à un planteur d’origine burkinabè dégénère et aboutit à des expéditions punitives soutenues par les élites locales. Le bilan est ancré dans les mémoires : une centaine de morts parmi les « Burkinabè » et 12 000 expulsés. Le divorce est consommé. Le projet de double nationalité automatique pour les ressortissants des deux pays, imaginé au temps d’Houphouët et de Yaméogo, mais vite abandonné, n’est plus qu’un lointain souvenir. Et l’élection de Gbagbo en 2000 n’y change rien. Jamais l’entente n’aura été si peu cordiale.
En janvier 2001, Abidjan soupçonne Ouaga d’avoir projeté un coup d’État. En août 2002, Ouaga accuse à son tour Abidjan d’avoir commandité l’assassinat de Balla Keïta, un député ivoirien réfugié au Burkina. En 2003, on dénombre 200 000 réfugiés au Burkina. Certains, que l’on appelle les « diaspos », s’y implanteront définitivement et modifieront sensiblement la sociologie du pays (notamment dans la capitale).
À cette époque, à Ouaga, les appels au patriotisme se multiplient. Face à la menace de voir affluer des centaines de milliers de ressortissants, Blaise Compaoré, très contesté alors, ne reste pas les bras croisés. Ne se faisant aucune illusion sur les intentions de Gbagbo (ce dernier a écourté sa visite officielle en décembre 2001, la réduisant de deux jours à six heures), il va, au début des années 2000, soutenir une rébellion fomentée par des militaires ivoiriens exilés dans la capitale burkinabè après avoir été victimes, en tant que « nordistes », d’une purge au sein de l’armée. On y retrouve Ibrahim Coulibaly, Tuo Fozié et Cherif Ousmane, bientôt rejoints par Guillaume Soro.
La crise ivoirienne
La suite a été maintes fois racontée. La crise ivoirienne devient aussi une crise burkinabè. Elle touche tous les secteurs : politique, social, économique (le port d’Abidjan est alors le « poumon économique » du Burkina). Compaoré met tous ses hommes de confiance au service de la rébellion : son chef d’état-major particulier, Gilbert Diendéré, son ministre de la Sécurité Djibrill Bassolé, son homme des missions secrètes Salif Diallo… Quand les rebelles viennent à Ouaga, leur base arrière après le déclenchement des combats, en septembre 2002, ils sont hébergés par les barons du régime – ils y étaient d’ailleurs toujours les bienvenus jusqu’à il y a peu.
Le Burkina les arme et leur fournit mercenaires, conseils opérationnels et soutien diplomatique. En janvier 2003, Compaoré compare, dans une interview accordée au quotidien français Le Parisien, Gbagbo au Serbe Slobodan Miloševic. « À terme, la seule solution est qu’il s’en aille », déclare-t-il… Sa nomination en tant que médiateur, quelques années plus tard, n’arrangera rien : les deux hommes seront irréconciliables, d’autant que Compaoré joue la carte Ouattara depuis le début.
Rien de ce qui se passe à Ouaga n’est étranger à Abidjan. Et vice versa
L’élection de ce dernier en 2010, puis sa prise de fonctions en 2011 après des combats meurtriers, a marqué une nouvelle étape dans l’histoire des relations entre les deux pays, même si les tensions liées au foncier demeurent dans les campagnes ivoiriennes, notamment dans l’Ouest, et si le discours sur l’« ivoirité » n’a pas disparu à Abidjan. Lors de sa première visite à Ouaga, en 2011, le président ivoirien a affirmé qu’il était « urgent de continuer de renforcer l’axe Ouagadougou-Abidjan » et a entonné le chant d’Houphouët en déclarant que « chaque Ivoirien est chez lui au Burkina », et que « chaque Burkinabè est chez lui en Côte d’Ivoire ». Il n’imaginait certainement pas, alors, que l’un d’eux serait Compaoré lui-même, chassé du pouvoir en octobre 2014.
« Il y a trop de liens entre les classes politiques des deux pays pour que l’on retombe dans les travers du passé », croit savoir l’homme d’affaires cité plus haut, qui rappelle que la plupart des « Burkinabè » de Côte d’Ivoire y sont restés, même au plus fort de la crise. La tentative de coup d’État de septembre, à l’issue de laquelle les autorités burkinabè ont évoqué l’implication de Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, et qui a mis en lumière les liens entre certains des putschistes et d’anciens rebelles ivoiriens, a toutefois démontré que rien de ce qui se passe à Ouaga n’est étranger à Abidjan. Et vice versa.
jeuneafrique
Mélanges et parallèles / BÂ Kassoum Sidiki
Comment exprimer l’extrême respect dans la juste mesure d’un hommage, sans être en deçà? Dilemme d’une conscience peu portée sur les apparences, qui veut simplement honorer la mémoire et le combat de l’enfant royal, revenu à Qunu dans cette vérité de l’existence qu’est la fin de toute vie. Sort, fatalité, déterminisme, de quelque côté qu’on la prenne, elle est cette part de notre présence comme marque de notre fragilité. Force du destin contre laquelle l’homme ne lutte que par les œuvres durables de la civilisation. La finitude comme égalité suprême entre les êtres, rappel à la modestie, nous inscrit ainsi dans une dimension de sujet où nous sommes nos œuvres. Nous sommes alors conduits à l’interrogation sur le sens, à la quête d’une réponse, au substantiel. Que sont la vie et la mort, le temps et l’éternité, la nature humaine comme spécificité? Renvoyés au complexe des choses et des hommes, à la finalité de l’existence pour façonner un ordre, nous situer, nous nous engageons alors avec des fortunes diverses, là dans une passion amoureuse, ici dans une recherche forcenée des plaisirs et des honneurs, ailleurs vers le bien et le salut publics, ou tout pris dans la création, dans le sacerdoce d’une pratique religieuse. Autant d’enseignements de l’expérience qui mènent vers des buts et des valeurs hiérarchisés. Ceux de Mandela ont été de renoncer à l’éphémère et au circonstanciel. Une biographie serait même anecdotique, un décompte des actions en dessous de la leçon de vie, du choix éthique. C’est dans l’orientation de l’action qu’il y a invention du sens, de la promotion de la permanence institutionnelle du vivre-ensemble.
Ce qui frappe est d’abord et avant tout le renoncement au petit bonheur personnel, aux arrangements du quotidien. Cependant Mandela n’est pas le sage détaché de Cioran, celui qui est indifférent aux drames et à la joie et qui, par sa posture, trouve raison et justification à tout. La sagesse de Madiba est de s’être saisi dans sa propre souffrance, de la lire dans et avec celle des autres, de son peuple banni, d’en faire une ouverture pour l’unité de la nation. Cette sagesse s’illustre dans la pondération du propos et l’intransigeance du principe. Mais des douleurs intimes, des drames plus personnels, ont aussi construit en lui un regard éclairé. C’est cette intelligence envers le prochain qui l’amène à essayer de comprendre plutôt que haïr. Dans une tolérance de différents tempéraments, il a appris à ne jamais railler, à ne pas tourner en dérision même ses adversaires et ennemis les plus farouches, au point de s’écrier devant la tombe du fondateur de l’apartheid, Hendrik Verwoerd, «Pourquoi est-elle si petite» ; au petit-fils de ce dernier adhérent à l’ANC il trouve l’empathie qui déculpabilise «pensons à l’avenir». Il a su garder raison en toute situation et c’est en sachant se commander lui-même qu’il prouve sa dimension de guide, de celui à qui échoit de gouverner, d’inspirer en qualité de figure morale. Robert Badinter dit de Mandela :«Ce qu’il y avait d’encore plus remarquable chez cet homme, c’est le fait qu’il ait dépassé Gandhi dans son approche. Mais il est allé bien au-delà. Il est passé de la non violence à la non vengeance. … cela appelle une exigence éthique considérable.» Ce fut donc le couronnement d’une idée qui l’emporta sur tout le reste : bâtir un monde de fraternité et de justice, d’élévation du droit et de la liberté.
Ainsi le retour dans le Transkeï des racines est tout un symbole. C’est là que Madiba perçut, derrière les parois et les ombres, l’essence d’une réalité, l’apartheid. De ce bouleversement de soi naît alors le moment d’une foi dans le triomphe définitif de l’idée d’une humanité une. C’est cette conviction profonde qui explique cette destinée dans l’épreuve, la fermeté dans le projet. Comme inspiré par Spinoza pour qui il ne convient pas aux principes de l’Etat, même aristocratique, «qu’on ait égard aux races et aux clans», Mandela se fait tour à tour pacifiste, révolutionnaire, puis stratège dans le dialogue, dans la revendication d’un absolu: l’identité des personnes dans leur altérité gémellaire.
Mais quel paradoxe quand, en Mauritanie, les voies de la réconciliation se rétrécissent. La démarche de vérité et de pardon, suite aux massacres, aux déportations, à l’exclusion de la communauté noire des principaux leviers de commande, n’a pas abouti. Cette catharsis aurait permis, comme en Afrique du Sud, de refonder une république de contrats des libertés où chaque individualité a autant de valeur que l’autre, où tout citoyen mauritanien serait lui-même et comme tout autre dans l’égale condition de nos nationalités, sans considération exclusive et privilégiée de l’une d’elles. De fait et par choix idéologique l’appartenance à la communauté arabe est devenue, en Mauritanie, un facteur de préférence et d’inégalité, à la place du mérite et du talent, censés être des signes distinctifs objectifs pour occuper les charges publiques ou privées. En deçà de ce qu’Aristote retenait déjà comme critère de la justice et d’élection, d’exercice de prérogatives à proportion de ses compétences intrinsèques. L’Etat perd de sa souveraineté redistributive et d’équité comme correction des déséquilibres et des écarts. Au lieu du partage du pouvoir, du développement de toutes les cultures nationales, il se préoccupe plus de mettre en avant l’ascension tribale, l’organisation de la prébende sur les biens communs, eau, électricité, services publics et autres rentes. S’il est éclaté en divers intérêts personnels et affairistes il dissout les différences dans des marges, dans une périphérie où se concentrent tous les mécanismes d’exclusion économique, sociale, culturelle. Brutalité à la fois symbolique parce qu’elle passe par l’école, les médias et physique en ce qu’elle réduit à la misère, soumet à la violence nombre de Négro-Mauritaniens du seul fait d’être non-Arabes.
Quel contresens que de nier l’Etat multinational produit d’une histoire plus complexe que le legs colonial ne le laisse supposer, que de vouloir instaurer l’Etat-nation c’est-à-dire dont le caractère est mononational. C’est refuser aux autres ce que l’on veut pour soi-même, à savoir que la langue, la culture sont des parties de l’identité collective. Ainsi les Peulhs, les Soninkés, les Wolofs ont autant de droits collectifs au sens d’une reconnaissance qualitative où leurs cultures ne sont pas sous-représentées, sous-estimées. La remise en cause de la mondialisation comme forme d’imposition d’un modèle culturel unique, d’une société de consommation sans âme vaut comme une apostrophe pour replacer l’Etat dans son rôle de préserver les héritages remontant à des passés lointains, passés communs, cultures, langues qui sont autant de ressources humaines, d’un ancrage d’identité. Ainsi le centralisme d’Etat au sein duquel s’exerce un monopole tribal et ethnique est un facteur évident de crise. S’il est vrai que la formation d’un Etat séparé n’est pas la réponse à la Question nationale, l’alternative de la large autonomie accordée aux originaires du Sud de la Mauritanie reste pertinente. La réduire à une expression a minima, à un modeste mécanisme d’élection de gouverneurs sans vrais moyens politiques, c’est affaiblir les pôles de diversité. Dans une telle formulation appauvrie de l’autonomie où l’Etat central, et on sait lequel, garde la main sur la nomination des préfets, des commissaires, de la politique éducative et culturelle, d’un contrôle accru de l’enseignement des langues, de la mainmise sur les médias, l’hégémonie politique perdurera encore.
Il me semble que le moment n’est plus à l’esquisse d’exigences nouvelles ni de formulation au rabais, tout a été pratiquement énoncé : justice, égalité des chances, respect des cultures, vérité et réconciliation dans le refus de l’impunité, Etat fédéral. Il y a là, me semble t-il, les moyens de préserver une cohérence d’Etat de droit dans une volonté commune.
La signification profonde de l’œuvre de Mandela aura été cette transcendance dans le respect de chaque communauté linguiste et historique que sont les Xhosas, les Zoulous, les Afrikaners. Les collectivités nationales sont ainsi des forces de cogestion dans un Etat fédéré indivisible auquel il faut appeler en Mauritanie comme l’avait souhaité un de nos patriarches Feu BÂ Mamoudou Samboly. Travailler à ce qui nous unit dans la considération des entités nationales au lieu de ce qui sépare rendrait durables et viables les institutions. Et Périclès pensait que c’est grâce à la polis, la cité comme lieu d’accord des actions humaines et des arts que les Athéniens transmettraient au monde des « monuments impérissables ». La vertu politique ne semble tenir alors qu’à un mot : rassembler.
BÂ Kassoum Sidiki




