Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: October 2015

John Kerry : « Un moment décisif pour la démocratie en Afrique »

altPour John Kerry, secrétaire d’Etat américain, la difficulté dans les prochaines élections en Afrique sera de répondre à cette demande de démocratie et d’être à la hauteur des critères espérés et mérités par les Africains.

En mai dernier, j’ai partagé un moment extraordinaire. J’ai eu le privilège, avec de nombreux dirigeants africains, d’être témoin de la première passation de pouvoir démocratique et pacifique entre deux partis au Nigeria. Je m’étais rendu plus tôt dans l’année à Lagos afin de souligner que, pour les Etats-Unis, le Nigeria est un partenaire stratégique de plus en plus important avec un rôle crucial à jouer dans la sécurité et la prospérité de la région. J’ai aussi déclaré qu’il était impératif que ces élections établissent un nouveau modèle pour la démocratie à travers le continent.

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un moment décisif pour la démocratie en Afrique. Plus tard, ce mois-ci, quatre pays – la Guinée, la Tanzanie, la Côte d’Ivoire et la République centrafricaine – doivent organiser des élections présidentielles, et peu après nous espérons voir des élections au Burkina Faso. Les populations d’Afrique doivent saisir cette occasion pour faire entendre leurs voix, et les dirigeants de tout le continent doivent être à l’écoute. Les défis sont réels.

Un désir ardent de gouvernements légitimes

Depuis des décennies, la pauvreté, la famine, la guerre et un leadership autoritaire freinent l’avènement d’une ère de prospérité et de stabilité en Afrique. Ces défis et d’autres ne doivent pas être sous-estimés, mais nous ne devons pas non plus ignorer les gains qui sont en train de se réaliser. En Afrique, comme partout, on constate un désir ardent de gouvernements légitimes, honnêtes et efficaces. Il ne fait aucun doute que les progrès en matière de gouvernance démocratique entraîneront des bénéfices dans tous les autres domaines qui nous préoccupent.

Au Burkina Faso, des citoyens courageux et déterminés ont par deux fois affirmé leur volonté en s’opposant avec succès aux tentatives d’écourter le processus démocratique : l’année dernière, lorsque l’ancien président a essayé de modifier la limitation des mandats et de prolonger ses vingt-sept ans au pouvoir ; et à nouveau le mois dernier, quand les Burkinabés se sont unis pour contrer une tentative ratée de coup d’Etat par des éléments du régiment de sécurité présidentielle.

En République démocratique du Congo, nous avons vu des citoyens parler franchement, parfois en prenant de grands risques, en faveur d’élections transparentes, opportunes et crédibles. Et nous avons observé cette même soif de démocratie en dehors de l’Afrique. L’Indonésie, le Sri Lanka et le Panama ont récemment tenu des élections ouvertes, bien organisées, qui ont amené de nouveaux dirigeants au pouvoir et renforcé les institutions démocratiques.

La difficulté dans les prochaines élections en Afrique sera de répondre à cette demande de démocratie et d’être à la hauteur des critères espérés et mérités par les Africains. Les pays où se dérouleront des élections présentent des différences importantes tant sur le plan de leur histoire que sur celui des circonstances, mais chacun d’eux a la possibilité d’améliorer son bilan démocratique et de promouvoir la croissance économique et le partage de la prospérité.

La Côte d’Ivoire peut définitivement classer l’élection difficile et violente de 2010 dans son passé et reprendre sa position de leader régional. La Tanzanie se prépare à sa quatrième passation de pouvoir entre des présidents élus depuis son indépendance. En respectant la limitation à deux mandats fixée par la Constitution tanzanienne et en se retirant du pouvoir, le président Jakaya Kikwete crée une dynamique et une saine compétition parmi ses successeurs potentiels.

La Guinée émerge du fléau de la maladie à virus Ebola, mais ses citoyens exigent aussi un processus électoral permettant de faire entendre leurs voix. Entre-temps, le gouvernement de transition du Burkina Faso s’efforce de consolider son engagement envers la démocratie par le biais d’élections transparentes et opportunes.

Contre les constitutions modifiées au nom de l’intérêt personnel

Les élections sont d’une importance capitale, mais qu’on ne s’y méprenne pas, les élections ne peuvent être le seul moment pour les citoyens de façonner leur avenir. Ceux-ci doivent pouvoir participer avec leur gouvernement et leurs concitoyens à des discussions et des débats politiques pas seulement le jour du scrutin, mais tous les jours. Le respect de la limitation des mandats est tout aussi important. La modification des constitutions nationales par les dirigeants dans un intérêt personnel ou politique ne bénéficie à aucune démocratie.

En outre, un candidat perdant doit à son pays d’accepter le résultat du scrutin et de jouer un rôle constructif dans la recherche et la mise en œuvre de solutions à des problèmes communs. Une élection présidentielle libre, équitable et pacifique ne garantit pas le succès de la démocratie, mais elle constitue l’un des instruments les plus importants pour mesurer les progrès de toute nation en développement.

Les pays qui vont bientôt organiser des élections ont la possibilité de consolider leur bilan démocratique et de permettre à un continent tout entier de se rapprocher de la réalisation des aspirations solides – et tout à fait légitimes – de ses populations de faire entendre leurs voix. Les Etats-Unis demeurent engagés à apporter leur aide pour réaliser ces aspirations.

John Kerry, secrétaire d’Etat américain depuis le 1er février 2013.

Source : Le Monde Afrique

Lettre ouverte : A Son Excellence Mohamed O/ Abdel Aziz, Président de la République Islamique de Mauritanie

Lettre ouverte : A Son Excellence Mohamed O/ Abdel Aziz, Président de la République Islamique de MauritanieAu lendemain des élections présidentielles, j’avais eu à adresser cette lettre ouverte au Président Mohamed O/ Abdel Aziz et aujourd’hui à la veille du dialogue national, j’ai voulu réitérer cette correspondance qui, par extension, s’adresse également au peuple mauritanien. C’est là ma modeste contribution à la construction de l’Edifice Mauritanien tout en préservant mon esprit d’indépendance.

Au carrefour de la civilisation arabo-berbère et négro-africaine, à la position la plus septentrionale du Sahel (le baobab le plus nordique de l’Afrique se situait au nord de Nouakchott) à l’intersection des deux plus grands déserts du monde, déserts en furie, le Sahara et l’Océan Atlantique, la Mauritanie est exposée à bien des problèmes multidimensionnels pour la résolution desquels dépend sa survie et son décollage socio-économique.

Depuis un demi-siècle d’existence la Mauritanie se cherche malgré une population pas très nombreuse (environ 3,5 millions d’habitants) pour une superficie d’1.030700 Km² soit 5fois le Sénégal et 2 fois la France (pour une densité de3habitants au km²) avec des richesses minières (fer, cuivre, or, gypse, phosphates, halyte, minéraux lourds, terres rares), énergétiques (pétrole, gaz, tourbe, uranium et des potentialités d’hydrocarbures dans le bassin de Taoudenni et dans le bassin oriental intercalaire) et halieutiques (des espèces afro-tropicales et paléarctiques) considérables, le pays n’arrive pas à décoller.

Les relations entre les communautés arabo-berbère nomades et négro-africaines sédentaires ont toujours été ponctuées de conflits qui par moments ont failli hypothéquer l’existence même du pays. La guerre du Sahara, les différents coups d’Etat militaires, les événements conflictuels entre communautés blanche et noire dont les séquelles ne se sont pas totalement cicatrisés.

Les différentes entités communautaires vivent en autarcie. C’est juste une juxtaposition ou une sommation de groupes qui cohabitent plus qu’ils ne coexistent.

Le pouvoir politico-militaro-économique des blancs a toujours tenté d’asphyxier la communauté noire à quelques exceptions près. Avec l’avènement de la démocratie il y a eu des hauts et des bas :

Administration : De l’avènement de l’indépendance à nos jours elle a été le facteur prépondérant de conflits et de discorde entre les citoyens par le favoritisme, le clientélisme, le népotisme, le manque de patriotisme, de probité, de qualification du personnel, de lenteur, de lourdeur etc.

De tout temps ni entre commerçants et clients, ni entre chauffeurs et voyageurs , ni entre visiteurs et hôtes ni entre malades et guérisseurs et quelle que soit l’appartenance communautaire il y a toujours eu ouverture, tolérance, hospitalité communion, solidarité, altruisme.

Mais dés que l’administration s’en mêle commencent les frustrations, la démagogie, l’injustice etc. D’ailleurs toute une terminologie est mise en exergue pour raquetter jusqu’au vif le contribuable : thieub-thieub, dakhal-chi, gazra, mahu an dak much kila, dhalass raasak etc. si ce n’est la corruption et on te dira que le dossier ne fait pas le circuit de lui-même et il faut qu’on le fasse bouger. Et faute d’Etat pas d’Etat

Sur un autre plan très généralement le wali, le hakem, le commissaire de police ; le commandant de brigade etc. sont issus de la même communauté et gèrent une communauté différente de la leur au Sud alors que l’inverse n’est pas vrai au Nord.

Et quelle explication peut-on donner à cela ? D’ailleurs dans le cadre du principe de disposer de soi-même les postes de wali et de hakem devraient être des postes éligibles

 ASPECT SOCIAL :

• EDUCATION D’aucuns disent que les enseignants font semblant d’enseigner ; et l’Etat fait semblant de payer. Jusque-là, les lignes ont –elles bougé ? Ce n’est pas que certains enseignants font semblant d’enseigner c’est qu’ils ne peuvent pas enseigner faute de tests de recrutement et de formation.

La plupart des diplômes sont scannés et les curriculums vitae truqués. Certains de ces « enseignants » ignorent jusqu’à l’existence des cinq continents et la maitrise des quatre opérations élémentaires de calcul. Si un enseignant dit à ses élèves aujourd’hui on va conjuguer le verbe « j’aller ». Alors que va-t-il advenir des apprenants ?

Antoine de Saint- Exupéry disait : « chaque enfant que l’on enseigne est un Homme que l’on gagne ». Si un Etat souffre du déficit intellectuel de ses enfants, et de la non qualification de ses ressources humaines un tel Etat ne peut pas décoller. Ou le peuple est éduqué et l’Etat sera sinon, il ne sera pas. Il ne faut pas se tromper ; on ne peut pas être issu de la « MAHADRA » et prétendre enseigner dans le système étatique et vice versa sans formation.

L’Etat fait-il semblant de payer ? En tout cas au niveau de la fonction publique tout le monde prétend que les enseignants sont les mieux payés. Mais le paradoxe est là : on ne voit jamais les autres fonctionnaires démissionner pour rejoindre les mieux payés mais on ne voit que les « GUARAAY » quitter la fonction pour devenir commerçants, chauffeurs, hommes de tenue ou s’exiler… et le déficit d’enseignants en qualité et en quantité est toujours là.

Et à quand la fin de cette hémorragie qui gangrène le système éducatif ? Ceux qui sont chargés de réformer la réforme du système éducatif n’ont pas eux-mêmes confiance en leurs projets chaotiques.

Ils prônent l’arabisation à outrance de la communauté négro-africaine au détriment des langues nationales dont la promotion n’est qu’un vain mot. Certes, l’Arabe est la langue dans laquelle le Coran a été révélé mais cet argument à lui seul devra-t-il être la cause du gagne-pain de la communauté blanche et du gatte-pain de la communauté noire.

Si l’Arabe est une langue de développement, pourquoi les pétrodollars s’évertuent-ils à donner une priorité à l’enseignement de l’Anglais dans toutes les structures éducatives.

Ces promoteurs de cette réforme ont tous leurs enfants s’ils ne sont pas à l’étranger dans les universités les plus prisées, à l’école française, au petit centre, à l’école Turque… et très souvent avec les moyens de l’Etat. Et les autres ce sont des cobayes, les enfants des pauvres. C’est pourquoi quand il y a grève d’enseignants, la hight-classe reste de marbre. Advienne que pourra parce que leurs enfants ne sont pas concernés.

Et qui sauvera les misérables !

N’est-ce pas le Président des pauvres ?

NB : Des présidents d’APE (Association des parents d’élèves) qui ne savent pas lire et encore moins lire entre les lignes se permettent de valider les « Etats généraux » pourvu que ça passe (sur le dos des déshérités) ou que ça casse (et l’on dira que c’est le Président qui veut bâillonner son peuple).

Nos ancêtres sont allés étudier l’arabe sans contrainte, de leur propre gré et ont été appelés des * Moody Saahal* et ont laissé leurs progénitures en place. Ce sont eux qui ont introduit les cases à Boutilimit. Ils sont cités parmi les sommités du monde musulman. On peut citer entre autres Thierno Souleymane Ball, El hadj Omar Alfoutiyou Tall, Abdel Kader Kane, Cheikh Moussa Camara, Ahmed Moktar Sakho etc.

Et plus récemment El hadj Mahmoud Ba Djéol a révolutionné le milieu peul, il a crée des dizaines d’écoles arabo islamiques dénommés El fallah dans toute l’Afrique occidentale, octroyé des bourses d’étude à des centaines des jeunes qui constituent l’ossature de l’intelligentsia arabisant négro- africain. Alors aujourd’hui tendons nous vers une néo colonisation culturelle de la communauté négro-africaine ?

L’enseignement doit être démocratique. De toutes les façons tous les systèmes fermés sont devenus obsolètes ; périmés et qu’on le veuille ou non nous vivons dans un village planétaire ou tous les compartiments sont liés comme une toile d’araignée : www (world wide web)

Au moment où nos pays cherchent l’Emergence qui passe inéluctablement par la Science et la Technologie nous nous voulons nous cantonner à la littérature et à la poésie. Alors que les autres tentent de maitriser l’Espace et le Temps, lancent des satellites, fabriquent de drones, prônent la standardisation, la taylorisation, la robotisation, l’automatisme.

Gorbatchaev disait : « Que le Japon devance de 70 ans l’Union Soviétique en matière d’informatique, un Japon qui fabrique de la viande à partir d’algues, qui pêche en utilisant de la musique pour conditionner la proie, qui fait parti du G8 ( les huit Etats les plus industrialisés au monde) malgré sa démographie foudroyante, son manque de matières premières, son espace réduit, son appartenance à la ceinture du feu (les grands volcans et séismes), l’effet des bombes Hiroshima, Nagasaki…

Quelle est la fracture numérique qui nous sépare de ce Japon là ? Et à quand le premier téléphone portable made in Mauritania ? Le climat se réchauffe, le désert avance, le paludisme devient endémique, le SIDA est à nos portes et Nouakchott (toponymiquement Noua= lieu ; Chott= dépression) se noie…Et l’école mauritanienne est elle apte à relever ces défis ?

Les besoins horaires sont largement déficitaires car le temps d’apprentissage est inversement proportionnel aux programmes. Les mêmes disciplines dispensées en terminale devraient l’être depuis la seconde.

Ceci a pour conséquence que nos étudiants n’arrivent pas à tenir dans les Universités étrangères et faute de la place dérisoire octroyée à l’anglais, langue de base pour l’enseignement des Sciences et de la Technologie nos apprenants se retrouvent égarés.

L’époque des Jemal, des Jaaber, des Lo Gourmo, des Ndongo Mohamed Lemine, des Ahmed o/ Maloum de Motorolla, des Ba Mamoudou de la NASA est-elle révolue ? Nous assistons à un technotropisme (ou fuite des cerveaux) négatif pour la Mauritanie et positif pour l’Europe (où notre matière grise est surdiplômée et peu payée) ont-ils quitté leur pays pour des raisons politiques ? Le pays a besoin de tous ses valeureux fils installés à l’étranger. Son Excellence, vous devez les recenser, les rencontrer et les supplier de venir apporter leur pierre à la construction de l’Edifice Mauritanien.

Une école à la faveur des handicapés a été innovée ; c’est là une bonne chose mais faudrait il s’arrêter à mi-chemin ? Il est judicieux d’étendre la caisse nationale d’assurance maladie à tous les handicapés et orphelins. Ce qui me conduit à donner mon point de vue sur le plan de la santé.

• SANTE : le ministère de la santé et des affaires sociales (MSAS) préconise zéro évacuation à l’étranger. Pour prétendre à cet idéal il faut d’abord ménager les bases arrières ; ceci consistera à assurer la couverture vaccinale à 100%, à approvisionner tout le pays en eau potable, à prévenir les maladies endémiques (paludisme, sida…),à renforcer les unités de santé de base avec une large sensibilisation sur la santé communautaire, à construire et équiper les hôpitaux départementaux, à moderniser le plateau médical tout en mettant un accent particulier sur la formation continue et la motivation du corps médical.

 DEVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIMAIRE :

Ce secteur nourrissant 70% de la population mérite la priorité des priorités.

• AGRICULTURE : Autant que la campagne présidentielle est importante pour élire au plus un Chef d’Etat, autant la campagne agricole qui nourrit des milliers de paysans l’est aussi.

L’Etat a fort intérêt à revoir sa politique agricole au moment où les paysans ont des difficultés à s’acquitter de leurs redevances (entre autres facteurs limitant, une superficie de 0,5 ha est infraliminaire pour amortir une campagne rizicole).

Son Excellence, la température et la lumière n’attendent pas les discussions entre administration, paysans et Crédit agricole et le non respect du calendrier cultural compromet les rendements au-delà du 15 août.

Et qu’est-ce qu’on ne pourrait pas faire le long des 650 km de littoral fluviatile, du Karakoro, des oueds Garfa et Ketchi, des lacs R’kiz et Aleg, entre les guwds dans l’Aftout es Sahéli. Et à quand la révolution verte ?

En tous cas, cette révolution passera inéluctablement par l’éradication de BDM (Bombe de destruction massive) que sont le criquet pèlerin (schistocerca gregoria) qui dévore l’équivalent de son poids par 24 h, l’oiseau mange-mil (Quelea quelea), la chenille (Sesamia critica) qui compromettent aujourd’hui l’agriculture.

La pisciculture doit être introduite à grande échelle pour combler les déficits diététiques (le Tilapia est un candidat potentiel), tendre vers la sécurité alimentaire et amoindrir l’exportation des produits agricoles au moment où nos voisins parlent de GOANA (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance).

La culture traditionnelle du walo qui devrait être améliorée est laissée à elle-même. L’année dernière malgré les milliers d’hectares de crues, la production céréalière a été quasi nulle s’expliquant par entre autres facteurs le manque de maitrise des lâchées d’eau au niveau du barrage de Mananti.

Dès que les eaux commencent à se retirer on voit l’arrivée de nouvelles crues qui font éclater les graines de toutes les surfaces emblavées par phénomènes de coulure. Manque-t-on d’experts au niveau de l’OMVS pour le savoir ?

Son Excellence, vous venez de creuser un canal de 55 km pour irriguer 16000 ha. Il y a lieu d’y aller avec dextérité en prenant des leçons sur ce qui s’est passé en Irak, le long du Tigre et de l’Euphrate où le sel a remonté sous l’effet de la température par phénomène de capillarité compromettant ainsi l’agriculture.

Le Typha peut obstruer ce canal d’irrigation. Ainsi donc nos agronomes et en particulier nos pédologues doivent prendre le problème au sérieux en passant par des tests pilotes sinon seules les espèces euryhalines (adaptées au milieu salé) pourront pousser.

• ELEVAGE :

C’est un secteur qui devrait profiter à toute la sous-région dans le cadre du marché sud-sud surtout à l’Afrique centrale où la mouche tsé-tsé constitue un facteur limitant pour le développement de la mamofaune, et à l’Europe dans le cadre du marché nord-sud. Cependant ce secteur est lui aussi conditionné par la pluie qui se raréfie ces dernières années.

En 2002 le cheptel a été décimé par milliers consécutivement à des pluies diluviennes et le thermomètre n’avait affiché que 13°c. Que se passerait-il si une telle situation récidivait ?

Il y a lieu de chercher des solutions idoines pour rendre notre élevage plus performant qui passe entre autres par l’assurance de la couverture sanitaire des animaux, la gestion des pâturages, l’organisation des terroirs, la généralisation de l’insémination artificielle et la distribution de géniteurs de races pures aux associations pastorales, la formation , la sensibilisation et l’éducation des éleveurs en attendant la mise en place d’un élevage moderne, intensif, compétitif…

Pendant la saison des pluies il y a lieu de diminuer les importations en lait pour favoriser la consommation et la commercialisation de la production laitière nationale.

L’exemple des Pays-Bas doit nous inspirer : pour une superficie et un nombre de têtes de bétail plus réduit et une production exponentielle en viande et en lait dont la population s’alimente par robinet.

Le plus inadmissible c’est qu’à chaque campagne agricole, il y a mort d’hommes consécutifs aux conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs. Tout le cheptel national vaut-il la mort d’un citoyen ? Les éleveurs ont besoin d’être éduqués et leur bétail élevé ainsi donc passé d’un élevage extensif, aléatoire, conflictuel et peu rentable à un élevage intensif plus sécurisé.

Et notre grande gendarmerie ne pourrait elle pas prévenir à chaque campagne agricole ces conflits. Par exemple empêcher le déplacement d’animaux au niveau de la station de pompage de Kaédi, passage obligé pendant toute la période des opérations culturales.

Les animaux et plus particulièrement les camelins peuvent rester au Nord du 17°parallèle pendant toute l’hivernage ou se faire paitre dans l’Aftout es Saheli pour diminuer les risques de conflits.

En plus des protections mécaniques par les grillages, il y a lieu de vulgariser l’Euphorbia balsamifera (par son latex toxique, par sa remanescence, son grand pouvoir de régénération, son adaptation aux conditions xériques) et certaines légumineuses (qui, en plus de leur pouvoir fertilisant, sont capables de fabriquer de l’ammoniaque) dont les épines permettent de protéger les plantes, le Mimosa pigra, l’Acacia ataxacantha et l’Acacia melifera (biotope de prédilection des abeilles, l’apiculture -production de miel- est une AGR permettant de lutter contre la pauvreté).

La gestion des pâturages doit passer par l’introduction de données d’aviation et de télédétection avec assistance sur le terrain pendant la transhumance pour sauver notre cheptel. Ainsi donc, nos forces armées, dans le cadre d’une armée au service du développement, peuvent participer à ce processus parce que finalement c’est la sommation des terroirs qui fait le territoire dont la sauvegarde de l’intégrité est assurée par l’armée.

• LA PECHE.

Une catastrophe dans l’extraction du pétrole off-shore (rupture d’étanchéité d’un pipe-line, explosion d’une plate-forme, défaillance technique d’injection d’eau dans les puits pétroliers etc.) effacerait d’un revers de la main nos potentialités halieutiques et ornithologiques du PNBA (Parc national du Banc d’Arguin) et du parc de Diawling, malgré l’existence de facteurs positifs: hauts-fonds, thermocline, zones euphotiques, upwelling, fusionnement de phytoplancton et corrélativement de zooplancton etc.

Et la Mauritanie perdra sa position de pays aux côtes maritimes parmi les plus poissonneuses au monde, comme elle a perdu son rang de 2e producteur de gomme arabique après le Soudan avec les années de sécheresse.

La Norvège a su harmoniser ses deux poumons économiques : son pétrole off-shore et ses richesses halieutiques mais à quel prix et à quelle expertise. L’Institut mauritanien de recherches océanographiques et de pêche doit désormais, en plus de ses activités traditionnelles, surveiller les risques de pollution en mer, liés à l’exploitation du pétrole.

Des poissons doivent être élevés dans des aquariums contenant l’eau de mer de proximité des champs pétrolifères et suivre leur métabolisme et ainsi déclencher la sonnette d’alarme en cas de besoin.

Il y a nécessité de simuler des scénarios catastrophes et jauger nos capacités de réaction ; apprêter des sarcophages en cas de marée noire qui pourrait avoir des conséquences incalculables, entre autres diminution de la biomasse, périclitement de la biodiversité. Incendie ou pas, les extincteurs doivent être en place car mieux vaut prévenir que guérir.

• Environnement : La disparition des ligneuses due beaucoup plus à l’anthropisation qu’au glissement des isohyètes vers le sud, n’aide pas le secteur primaire. La Mauritanie a déjà mangé son capital naturel (par le fer, le feu et la dent) passant d’une phase de désertification à une phase de désertisation.

Les employés du chemin de fer Nouadhibou-Zouérate meurent par petit feu sous l’effet de la silicose. Les employés sont-ils des victimes consentantes ? D’ailleurs l’exploitation de toutes les mines mérite une surveillance permanente du pouvoir décisionnel. Combien d’employés ont perdu la vie à la MORAK (Mine d’or d’Akjoujt) ou plutôt « mort d’Akjoujt ». Pour l’extraction de l’or, des substances hyper toxiques sont utilisées telles que la cyanure et l’arsenic. Que se passe-t-il aujourd’hui au Tasiast ?

D’ailleurs la Mauritanie doit cesser d’exploiter et d’exporter ses matières premières pour les transformer in situ pour lutter définitivement contre le chômage et être la première Puissance de l’Afrique occidentale. La Mauritanie doit cesser d’être « un mouton mort dans le désert où chaque charognard vient y prendre sa part.

Les grands massifs dunaires que sont l’Azefal, l’Akchar et l’Amoukrouz avancent irrésistiblement. C’est beau de planter un million d’arbres (un arbre pour trois habitants), mais rien ne sert de courir, il faut partir à point, encore faudrait-il les protéger !

Où est passée l’ancienne ceinture verte de Nouakchott ? La grande muraille verte africaine doit nous intéresser plus que quiconque car nous sommes directement sur la ligne de front et notre armée nationale devrait participer à freiner l’avancée de ce désert, mission aussi noble que la sauvegarde de l’intégrité territoriale. Il ya lieu de pulvériser les semences par avion et penser a l’introduction des pluies artificielles.

Son Excellence, lors de l’une de vos visites à Nouadhibou, vous aviez dit en présence des populations et de la presse nationale et internationale que vous connaissez les auteurs des exécutions extrajudiciaires des soldats et officiers négro-africains pendants les douloureux événements et ceux qui ont mis le sud du pays en embargo délibéré pendant un demi-siècle.

Aujourd’hui, au nom de l’intérêt suprême de la Nation il y a lieu de tourner définitivement cette page sombre de notre histoire. La communauté négro-africaine se trouve coincée dans un triangle (la forme mécanique la plus solide) dont l’un des sommets est occupé par le devoir de justice, le deuxième par le devoir de mémoire, le troisième par le devoir de pardon et le centre de gravité par la réconciliation nationale pour l’UNITE NATIONALE.

Le sud du pays après un demi-siècle d’indépendance souffre d’un retard socio-économique criard. Il y a lieu d’afficher une volonté politique réelle par une discrimination positive de cette partie du pays pour la concorde et l’unité nationale. Il y a lieu de créer des pôles de développement pour chaque région en fonction de ces potentialités.

En plus des objectifs transversaux (adduction d’eau, électrification, construction de structures de santé et d’éducation) il y a un problème de désenclavement qui se pose et qui passe par la construction de la route Kaédi-Maghama, l’équipement en bacs de Boghe, de Kaédi, de Gouraye qui donneront un punch à l’intégration avec nos voisins du sud ; la construction d’un chemin de fer de l’océan au Kharakhoro.

• LE TRARZA :

-La construction du pont entre les deux Rosso.
-L’exploitation des tourbes Keur Macène pour se substituer à la coupe abusive de bois comme combustible.
-Le développement de l’éco-tourisme au niveau du parc national de Diawling.
-Le creusement du lac Rkiz pour le développement de l’agriculture.
-L’exploitation agricole des inter-dunes (guwds) en utilisant l’eau de l’Aftout es Sahéli.
-Le creusement de tous les anciens affluents du fleuve.
– la réutilisation des eaux de pluies de Nouakchott après pompage pour en faire des piscines naturelles entre Rosso et Nouakchott pour réintroduire les anciens écosystèmes.

• BRAKNA :

– Erection de la ville de Boghé en capitale régionale et Darel Barka en préfecture : il y a lieu de penser à un nouveau redécoupage pour ne pas léser les privilèges des uns et des autres.

– L’approvisionnement en eau potable de la ville de Boghé à partir du fleuve. (il suffit d’adjoindre une station d’épuration à la station de pompage du périmètre agricole).

– L’exploitation des phosphates de Boffal.

– La réhabilitation et l’extension du casier pilote de Boghé.

– La mise en place d’une économie intégrée au tour des lacs d’Aleg et de Mâle.

– L’introduction de la pisciculture dans le marigot de Djinthiou : une innovation de la lutte biologique contre le plasmodium et par voie de conséquence, contre le paludisme.

• Le Gorgol :

– La construction de l’usine de sucre et promotion de la culture de la canne à sucre.

– La sauvegarde des grands pâturages.

– La réhabilitation de la société nationale de viande.

– La dynamisation du centre de recherches agronomiques et de l’ENFVA.

– Le développement de la pêche artisanale à Foum Glieita.

– L’appui aux deux universités d’enseignement originel qui ont eu à former des sommités du monde islamique connus dans toute la sous-région : l’Université de feu El hadji Mouhamadou Bocar KANE et de feu Amadou Néné BA.

Le GUIDIMAKHA : Par sa position altimétrique, le Guidimakha est un véritable exutoire des eaux venues des hauteurs de l’Assaba et du Gorgol. Toutes ces eaux s’écoulent dans des failles (Garfa, Tourimé, Ouad Saloum etc.) peuvent être domestiqués et par conséquent profiter à la région, lui restituant ainsi son titre d’antan de grenier du pays avec la construction de seuils de ralentissements.

L’exemple le plus illustratif est celui de Ndiew permettant d’améliorer le niveau de vie de ses habitants.

-L’intensification des recherches minières au niveau de la partie de la chaîne des Mauritanides qui gisent dans cette région pour bouster l’économie du sud-est du pays.

-La construction d’un complexe industriel intégré qui aura pour composante une raffinerie d’huile à partir d’arachide cultivé in situ en attendant la culture de tournesol, une oléagineuse en forte teneur en lipide ; une savonnerie à partir de cette huile ; une fabrique d’aliments de bétails à partir des résidus d’arachides pressés, des cortex, des noix, du palmier-Doum (Hyphaena thebeica) mais aussi des gousses des légumineuses ( indicateurs de fertilité) dont regorge cette région ; une usine de boisson à partir des fruits de baobab ( Adansonia digitata).

-Un conditionnement de miel (des activités apicoles seraient possible avec l’élevage d’essaims d’abeilles) et de gomme arabique avec Acacia senegal( la Mauritanie a été la seconde productrice mondiale après le Soudan. Ce complexe peut fonctionner avec du courant produit sur place à partir de l’énergie extraite de la super position des graines d’arachides dans les silos.

-La mise en contribution pour le développement local voire national de la manne financière apportée par les immigrés (diaspora).

• Infrastructure : ceux qui ont une vision courte verront le futur pont entre Rosso Mauritanie et Rosso Sénégal comme un trait d’union entre deux pays mais c’est plus que tout cela : c’est un transcontinental qui relie non seulement l’Afrique septentrionale (Detroit de Gibraltar) à l’Afrique Australe (Cap) mais deux continents : l’Afrique et l’Europe. Et ceci est l’un des objectifs du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique). Ce sont ces transcontinentaux qui ont permis le développement du Grand Nord américain.

• Energie : L’écoulement gravitaire au niveau du barrage de Foum Gleïta, lieu de convergence des deux Gorgol (Gorgol noir et Gorgol blanc), avec possibilité de génération d’électricité, devrait bénéficier à des milliers de paysans et à moindre frais, en irrigant des milliers d’hectares (aujourd’hui en jachère forcée par la régénération de la strate arbustive)

Toutes les formes énergétiques doivent être vulgarisées : la photo voltaïque, l’éolienne ; l’élaboration de l’électricité à partir du gaz ; l’utilisation de la tourbe (la Mauritanie peut exploiter ce combustible solide pendant plus de vingt-ans à raison de quinze ouguiya le kilogramme tout en engraissant les zones agricoles avec.

Lutte contre les déprédateurs : pour la lutte contre le criquet pèlerin il ya lieu d’introduire la lutte biologique (green force) par pulvérisation d’un champignon (le Metharizium ovoviride) qui émet des tubes polliniques qui tuent les criquets par asphyxie.

Les grands problèmes de l’heure :

 La question nationale

– La cohabitation entre les communautés

– L’officialisation des langues nationales

– Le partage des postes de responsabilité

– L’accès à l’Etat civil

– L’égalité de chance entre tous

– La justice pour les auteurs des événements

– La non expropriation des terres de culture voire leur restitution. Les mauritaniens qui s’insurgent contre la construction de colonies de peuplement doivent aussi s’offusquer de la confiscation des terres à Donnaye (Arrondissement de Dar El Barka).

 La question haratine

– L’émancipation réelle des Haratines

– L’éradication définitive de l’esclavage

– Le renforcement du taux de scolarisation

– L’élimination du mode de vie hideux de dockers

 l’intégrisme religieux : la religion musulmane étant jusque là jaugée par les cinq piliers de l’islam, aujourd’hui nous assistons à des poseurs de bombes, des Kamikazes, des prises d’otages et le paradoxe très souvent c’est entre musulmans que cela se passe alors que notre religion est une religion de paix et de tolérance.

Mais aussi ne devrons-nous pas nous méfier des franc-maçon (que comprenons-nous quand la banque mondiale refuse les soutiens financiers à l’Ouganda puisque ce pays refuse de reconnaitre les mariages homosexuels)

 Le problème structurel :

– La baisse de la pluviométrie qui compromet l’existence du cheptel et par voie conséquence la disparition de la civilisation pastorale.

Si avec le barrage hydro-électrique de Manantali, on peut parler de MDP (Mécanisme de développement propre) : de simples chutes d’eau entraînant des turbines qui transforment l’énergie potentielle en énergie électrique, sans pollution aucune, notre pays doit se soucier du réchauffement climatique, d’autant plus que notre capitale est dans une dépression (-22 m IGN), que le cordon dunaire du littoral a disparu pour des fins de construction.

Il suffit d’un rien pour que l’eau déferle de Nouakchott à Saint-Louis par l’Aftout es-Saheli et de Nouakchott à Akjoujt par les sebkhas de Ndramcha et d’Idjill.

Pour mémoire, en 1950 (“Amo 50”), l’eau du fleuve avait débordé de son lit majeur pour atteindre Nouakchott. L’on pourrait penser à une exagération. Comment alors expliquer les phosphates qui gisent dans le triangle de Bofal ou les grains de pollen d’Avicennia africana enfouis dans des roches argileuses à Boghe visibles au microscope électronique sinon que la mer était venue jusque-là.

Les crues de l’hivernage de l’année dernière à Nouakchott, consécutives à la remontée de la nappe phréatique, aidées par les pluies (et pourtant la capitale passe par l’isohyète 150 mm) sur un sol halophile saturé… doit interpeller notre conscience collective.

Et qu’adviendrait-il si le biseau salé (nappe salée en dessous de la nappe d’eau douce) remonte et contamine la nappe dulcicole ? Et que sera le pays sans Nouakchott ?

Heureusement que le projet d’adduction d’eau de Nouakchott est en passe de s’achever (projet dit Aftout es-Saheli).

– les quartiers de Sebkha, d’El mina, de Basra, de Socogim, de Bagdad, de Kouffa, de Netec, de Tévrah-zeina etc. sont menacés.

Qui avait prévenu qu’une pluie torrentielle allait nuitamment rayer Tintane de la carte.

Et pourtant toutes les grandes villes du monde sont bâties sur des façades maritimes.

Les solutions doivent s’inscrire dans la durabilité ; le réseau d’assainissement doit être de mise.

L’unité nationale : très peu de progrès enregistrés – Les différentes communautés vivent en autarcie, les mariages sont endogamiques

– Les systèmes de castes sont fermés, héréditaires et continuent à prédominer.

– Le système tribal freine le développement. A chaque conseil de ministres les négro-africains sont mécontents du fait de leur sous nomination et chaque tribu qui ne voit pas l’un de ses congénères promu en fait autant. Et dans ces conditions comment allons nous former un Etat voire une Nation ?

La matière grise est en chômage technique et c’est comme si le pays ne voulait pas de ses valeureux fils et pour exemples :

Ould Guig : non sa mère serait noire malgré qu’à son époque il a dirigé d’une main de fer la primature et changé les comportements irresponsables. Chbih ould Cheikh Melaimine : non il serait d’origine marocaine et pourtant à aucun moment les Nigériens n’ont dit que Mamadou Tandian est d’origine mauritanienne (djéoloise).

Et si les noirs américains refuseraient de voter pour Oboma parce que sa mère est blanche et inversement. Aujourd’hui le monde a évolué, les critères WASP (white, Anglo-Saxonne and Protestant) ne sont plus valables pour être Président des Etats-Unis

Nebkhouha : non sa mère serait d’origine guinéenne. Madame la ministre qui a révolutionné le secteur éducatif d’un label indélébile. Elle a été remplacée depuis par 4 ministres.

Mohamed Khouna O/ Haidalla, l’ex président de la Mauritanie, le grand patriote, lui qui lors de la menace de la ville de Kaédi par les crues est venu d’avion non pour faire un discours mais pour prendre la pelle pour relever le niveau de la digue et quand le Président retrousse ses manches qu’attend le peuple (une image qui mérite d’être immortalisée) lui qui a refusé l’exil doré proposé par ses pairs pour venir purger sa peine au pays… Mais on ne voudra pas de lui parce que c’est un Rgueibi.

On ne veut pas des mauritaniens nés au Sénégal. Ont-ils choisi leur lieu de naissance, leur antériorité, leur lieu de décès. Quand la Mauritanie à joué contre le Sénégal et nous en sommes sortis victorieux avec le Chef de l’Etat premier supporteur des Mourrabitoun, certains chauvins on dit que le Sénégal qui a joué contre le Sénégal.

Finalement que voulons-nous ? Une Mauritanie toute blanche, toute noire, hybride ou de ce qu’Allah a fait de nous. Nous voulons être riches de nos différences et non pas souffrir de celles-ci « le tapis est beau par la richesse de ses couleurs » Amadou Hampâte Ba. Heureusement que tout le monde n’est pas raciste dans ce pays ! Mes différents séjours en prison m’ont édifié là-dessus.

Son Excellence, tout n’est pas nébuleux quel que soit ce que dirons vos détracteurs.

-La lutte contre la gabegie : et quel est son impact positif sur l’économie nationale ?

 Le réseau routier s’est largement développé.

 L’érection de nouveaux quartiers a vu le jour.

 Le réseau électrique a connu un développement sans précédant.

 Des boutiques ont été ouvertes à des prix symboliques pour subvenir aux plus démunis.

 Des points de vente de poissons ont été ouverts ça et là.

 Des grands périmètres rizicoles sont entrain d’être mis en valeur.

Mais face aux dossiers explosifs il y a lieu de garder son sang froid d’accepter de dialoguer avec tout le monde : les Politiques ( le peuple souffre de cette crise et le hadith qui dit « aime pour ton frère ce que tu aimes pour toi » n’existe pas en politique) les Mouvements ( l’IRA, Touche pas à ma nationalité, les Flam, les Islamistes, les mouvements de femmes (50 à 52% de la population no emancipation, no developement) et des jeunes (« le peuple sera ce qu’en fera sa jeunesse », « la jeunesse c’est le levain du développement », « dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel peuple tu seras », la Chine ne peut prétendre à la 1ère puissance mondiale pour un problème de bouches à nourrir, la Russie ne prétendre à la 1ère puissance mondiale pour la même raison, les Etats-Unis ne sauraient être la 1ère puissance mondiale si sa jeunesse est conditionnée par des hallucinojeunes et la Mauritanie ne peut connaître un développement humain durable si sa jeunesse est droguée d’où une lutte d’arrache-pied contre les stupéfiants), les Erudits (les faux marabouts, les uléma « banafa » de Sidi Yahya, ceux qui ont été par leur silence complices des douloureux évènements de 1989 et ceux-là mêmes qui se sont réunis pour vous demander de vous représenter à la magistrature suprême ne méritent pas d’audience chez vous, ils doivent être neutres au-dessus de la mêlée).

Excellence, vous êtes humain et tout humain est faillible donc vous êtes faillibles et il ne faudrait pas compter sur cette catégorie de faux dévots quand vous serez sur une pente.

Quant à la société civile, elle a un rôle important à jouer pour la pérennité de la Mauritanie et c’est sûr que le bon sens permettra de trouver des solutions idoines car nous ne voulons pas de printemps arabe qu’Allah nous préserve de ce qui se passe en Tunisie, en Lybie, en Egypte, en Syrie.

Nous ne voulons pas de la Balkanisation (Soudan du sud et Soudan du Nord) de la Balkanisation (Soudan du sud coupé en deux) ni de se qui se passe en Centrafrique. Qui a gagné le Celeka ou les Antibalaka ? Ce qui est sûr c’est que le peuple centrafricain a tout perdu et avec elle l’Afrique (La France revient : colonisation, néo colonisation, indépendance dans l’interdépendance, Françafrique ?

Nous ne voulons pas de veuves, ni d’orphelins, ni de refugiés, ni d’enfants séparés de leurs parents, ni de forces étrangères d’interposition entre belligérants. Nous avons encore le temps, le génie humain et nos vertus pour nous réconcilier de façon sincère et définitive. Il est grand temps de créer un haut conseil de prévision des catastrophes et des conflits.

L’Etat doit et de façon urgente, responsable et décomplexée, organiser un véritable dialogue entre le nord (aujourd’hui seul pôle d’attraction avec les mines et le poisson) et le sud avec une discrimination positive pour ce dernier pour rétablir les disparités socio-politico-économiques pour le salut de la Nation avec un sens patriotique élevé et inédit (Mandela a initié Vérité et Réconciliation (Son Excellence, quel est votre héritage de ce grand leader africain qui a continué sa mission même pendant sa mort, qui a permis aux voisins ennemis Castro et Obama de se serrer les mains et Hollande et Sarkozy de s’asseoir côte à côte et échanger ?) Kérékou, la Conférence Nationale)L’Etat doit jouer équitablement ce rôle de trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique Noire en reprenant honorablement sa place à la CEDEAO ; et favoriser l’intégration des peuples dans le respect de la diversité culturelle, condition sine qua non de l’existence d’une Nation.

Tous les élus d’Allah le savent : de nuages de baraka se sont formés au dessus de la Mauritanie et la pluie attend la réconciliation pour tomber. Vive la Mauritanie !

Alhousseynou Sy dit Sy Aliou
Professeur, directeur du lycée de Bababé

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Merci Coppolani. /Par le colonel (E/R) Oumar Ould Beibecar

Merci Coppolani. /Par le colonel (E/R) Oumar Ould BeibecarIl faut se souvenir que la notion de patrie a commencé chez nous au début du siècle dernier lorsque les pacificateurs Baba Ould Cheikh Sidiya et Cheikh Saadbouh Ould Cheikh Mohamed Fadel, grâce à leurs courageuses fatwas, ont permis aux français de mettre fin à des siècles de violence et de terreur des émirats arabo-berbères et négro-africains en déclin, décimés par des guerres fratricides, et d’unifier toutes ces ethnies et ces tribus que tout sépare, origine, tradition, langue, mode de vie et passé historique, vestiges des empires, songhaï, Almoravides, Ghana, Mali, Tekrour, Walo Macina ainsi que du royaume d’Aoudaghost dans un seul et même Etat.

C’est le début de l’émergence du protectorat de la Mauritanie fondé par le pacificateur et administrateur français Xavier COPPOLANI, le 27 décembre 1899. Celui-ci a utilisé sa culture arabo-islamique – il avait appris le Coran et le fiqh en Algérie et écrit un livre sur les confréries musulmanes- pour donner un visage humain, acceptable pour les musulmans, à l’expansion coloniale au Soudan et en Mauritanie.

C’est lui qui a tracé les frontières et donné un nom à notre pays : La «Mauritanie» qui veut dire terre des maures, dont les frontières s’étendaient des rives du fleuve Sénégal au Sud, aux confins du Maroc et de l’Algérie au Nord et des rivages de l’atlantique à l’Ouest jusqu’aux confins du Niger à l’Est englobant la région de l’Azawad.

Il l’avait subdivisée en 5 grandes régions : A l’Est, les régions de l’Azawad avec pour chef lieu Araouane et du Hodh avec pour chef lieu Walata, au centre la région du Tagant avec pour chef lieu Tichit, au nord la région de l’Adrar avec pour chef lieu Chinguetti, et au sud-ouest la région de l’Agan avec pour chef lieu Ndiago ou Podor. Cette Mauritanie sera amputée très tôt de son Rio de Oro et de sa Saguia Alhamra dans sa partie nord, cédés à l’Espagne par le traité de Paris du 27 juin 1900.

La zakat plutôt que l’impôt

Dans son projet de protectorat mauritanien, Coppolani proposait le remplacement de l’impôt coutumier par la zakat, alors que les gouvernements de la République Islamique qui se sont succédé depuis cinquante-cinq ans n’ont jamais abordé le sujet de la zakat, pilier fondamental de l’Islam, le seul en mesure d’éradiquer définitivement la pauvreté, dont la responsabilité de l’exécution incombe entièrement au chef de l’Etat et à lui seul, malgré le soutien indéfectible des oulémas et des foughahas.

Cette Mauritanie saharienne sera remise en cause par les détracteurs militaristes de Coppolani, partisans de la méthode forte, lorsqu’il a été assassiné à 39 ans, en cette regrettable nuit du vendredi 12 au samedi 13 mai 1905, à Tidjikja par ce fanatique illuminé, qui a brisé le rêve de cet illustre administrateur, grand humaniste, d’une intelligence supérieure, qui voulait faire de notre pays, le plus grand et le plus riche des Etats de l’Afrique occidentale française.

Ce crime odieux va mettre fin à « la pénétration pacifique basée sur la compréhension des cœurs et des intérêts » et ouvrir la porte à la pénétration par la force avec les conséquences que l’on sait.

Cette lettre écrite en arabe en 1902, de la main propre de Coppolani fondateur de la Mauritanie à l’illustre notable Cheikh Sidi Mohamed Ould Cheikh Ahmedou ould Seimane eddeymani, dont voici la traduction, exprime l’esprit de cette vision de la «pénétration pacifique basée sur la compréhension des cœurs et des intérêts » :
« Louange à Allah l’unique, Prières d’Allah sur le dernier de ses messagers. De la part de l’Emir de N’dar qui tient les affaires de l’Afrique occidentale, au Cheikh Sidi Mohamed Ben Cheikh Ahmedou Ben Sleimane. Meilleures salutations, je voudrais que vous sachiez que je suis installé, de nouveau, à la tête de l’Emirat sur ce pays, et que je veux instaurer la paix sur toute l’étendue du pays MAURE riverain du Sénégal.

La première chose indispensable pour les tribus qui peuplent, comme vous, le Sahara et qui n’ont ni force ni protection, et qui n’ont comme vocation que le culte, la paix et la tranquillité. Cela ne saurait être possible que sous l’autorité de l’Etat français, seul capable de ramener la paix et d’offrir la sécurité.

Aujourd’hui, je veux que les guerres entre les tribus cessent pour développer le commerce et pour que les caravanes puissent arriver en toute sécurité. Tout le monde doit pouvoir vaquer à ses besoins, sans craindre les coupeurs de route ou autres bandes de malfaiteurs. Je veux bien assurer la protection aux victimes de l’injustice et aux opprimés, récompenser ceux qui font du bien et punir, durement, ceux qui s’adonnent au pillage et au vol.

J’ai appris que vous êtes de ceux auxquels on fait référence et que vous êtes bien considéré chez vous où vous jouissez d’une grande estime. Je suis convaincu que votre niveau élevé de sagesse et de perspicacité vous amènera, sûrement, à apporter votre soutien à toute bonne volonté de réforme et d’apaisement de vos citoyens, qu’elle émane de gouvernants chrétiens ou musulmans.

Comme je sais bien que vous êtes hautement qualifié pour cela, je souhaite vous parler et vous entendre. C’est pourquoi je vous demande de venir me joindre sans delai.Vous devez vulgariser ce que je viens de vous annoncer tout au long de votre chemin. C’est-à-dire informer tous ceux que vous rencontrerez que je veux être aux côté de ceux qui s’allient à nous à savoir les bienfaiteurs et contre nos ennemis qui sont les malfaiteurs.

Tous ceux qui viennent chez nous seront bien accueillis et bien traités, car je veux être un père pour tous. Que les présents informent les absents pour que cela soit clair pour tous. Il est bien connu que le pouvoir appartient à Allah qui le donne à qui il veut. Celui à qui il le donne est le grand gagnant. Il est du devoir religieux que le croyant aide ses frères. Salutations

Politique loyale et éclairée

De retour de sa mission de huit mois en pays Maure, entre novembre 1898 et juin 1899, cet ami des musulmans résumait ainsi, dans son rapport de mission, le profil et l’état d’esprit de ces tribus Maures qu’il admirait : « Ces tribus ont un passé dont le souvenir n’a pas disparu complètement de leur mémoire; elles ont des institutions sociales dont nous ne saurions méconnaître l’importance ; elles conservent à l’islam un attachement toujours très vif que nous avons le devoir de respecter.

Ce serait une erreur de croire qu’il suffise pour se les concilier, de conclure avec elles des traités vite oubliés… Elles seront acquises pour toujours à la domination française dès que, grâce à l’effort persistant d’une politique loyale et éclairée, nous saurons leur faire comprendre les avantages de la sécurité, de la paix et du commerce.

Notre action demeurera nulle au contraire, si même elle ne suscite pas la défiance et l’hostilité, tant que nous continuerons à les confondre dans une organisation commune avec les populations dont les traditions sont moins fortes et dont le sentiment national est depuis longtemps plus ou moins oblitéré. »

La Mauritanie doit reconnaitre l’œuvre exaltante de son fondateur, son combat pacifique, son rôle unificateur, et immortaliser son nom ainsi que celui des deux cheikhs cités plus haut.

Plus tard l’un de ses successeurs, le gouverneur Christian LAIGRET s’est inspiré de son projet, en rattachant les deux hodhs, presque le tiers du pays, en 1944, seize ans seulement avant l’indépendance, à la mère patrie – et que vaut la Mauritanie sans les deux Hodhs ? – achevant définitivement les frontières officielles de la Mauritanie d’aujourd’hui.

Les populations des deux Hodhs doivent apprécier à sa juste valeur l’action de ce grand administrateur qui s’est battu contre vents et marées pour les rendre à la mère patrie, en immortalisant son nom. En effet les détracteurs de Coppolani qui voyaient dans son projet une survivance de l’empire almoravide, l’avaient morcelé en rattachant les régions des deux Hodhs et de l’Azawad à la colonie du Soudan.

Cinquante deux ans après la mort de l’illustre fondateur, le père de la nation bâtisseur de la Mauritanie indépendante, Moktar Ould Daddah, lancera les jalons de la réunification de cette patrie morcelée par la colonisation, dans son discours historique du 1er juillet 1957 à Atar en s’adressant plus particulièrement aux sahraouis, exclus de la Mauritanie française par le traité de Paris: «Je ne peux m’empêcher d’évoquer les innombrables liens qui nous unissent : nous portons les mêmes noms, nous parlons la même langue, nous conservons les mêmes nobles traditions, nous vénérons les mêmes chefs religieux, faisons paître nos troupeaux sur les mêmes pâturages, les abreuvons aux mêmes puits.

En un mot nous nous réclamons de cette même civilisation du désert dont nous sommes si justement fiers. Je convie donc nos frères du Sahara espagnol à songer à cette grande Mauritanie économique et spirituelle à laquelle nous ne pouvons pas ne pas penser dès maintenant. Je leur adresse, et vous demande de leur répéter, un message d’amitié, un appel à la concorde de tous les Maures de l’Atlantique à l’Azawad et du Draa aux rives du Sénégal ».

Le père de la nation faisait allusion à cette Grande Mauritanie que Coppolani avait confectionnée à l’issue de sa tournée au Soudan et qu’il voulait comme la patrie de tous les Maures. C’est pour cette raison qu’il l’a appelée la Mauritane, et c’est pour la même raison qu’elle englobait les régions du Sahara occidental et de l’Azawad.

Privées de l’affection et de l’amour de leur légitime mère patrie, la Mauritane indépendante née de la Pacification, depuis plus de 111 années pour le Sahara et plus de 55 ans pour l’Azawad, ces deux communautés pleurent toujours son absence. Elles ne retrouveront leur véritable bonheur et leur véritable prospérité que quand elles regagneront volontairement leur berceau, avec ou sans leurs territoires. Merci Coppolani.

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Merci Coppolani. /Par le colonel (E/R) Oumar Ould Beibecar

Douces « vérités », « vérités » tardives et troublantes de monsieur Gay El Hadj

Douces « vérités », « vérités » tardives et troublantes de monsieur Gay El Hadj

(Réponse à Gay El Hadj, ex-gouverneur adjoint)

Première partie

Pourquoi faut-il répondre à monsieur Gay El Hadj ?

Des amis, des proches, des connaissances nous ont demandé publiquement ou discrètement de ne pas donner suite aux propos tenus par monsieur Gay El Hadj, ancien gouverneur adjoint du Hodh El Chargui en 1988, et tout nouveau gouverneur adjoint de la wilaya de Nouakchott Nord…, dans un article intitulé «La fin tragique de Teen Yussouf Gueye et les contre-vérités de Boye Alassane Harouna ». Leur souci, légitime, s’entend : éviter d’entretenir une polémique futile. Et louable est leur appréhension de voir le réveil tardif de monsieur Gay El Hadj donner lieu à des glissements sur des échanges portant sur des sujets anachroniques, au moment même où le pays s’expose à l’une de ces crises politiques dont il est coutumier et qu’il semble affectionner ; au moment où injustices sociales et discriminations ethniques s’accentuent.

Il est vrai que la prise de parole de M. Gay El hadj, intervenant 27 ans après le déroulement des faits en question (1988), et 16 ans après la parution de mon livre (1999) dont il pense qu’il contient des contrevérités quant à son rôle et son comportement par rapport aux faits visés, mérite à juste titre d’être souverainement ignorée. Incontestablement ses propos n’ont d’intérêt, et encore, que pour ceux dont monsieur Gay El Hadj est le porte-voix, le porte-plume, l’obligé et le pantin. Ceux qui, tapis dans les sous-sols, ont jugé opportun de l’envoyer croiser le fer. Ceux à qui il doit sa récente promotion qui fait de lui un nouveau gouverneur adjoint. Puisse-t-il dans l’exercice de sa nouvelle fonction s’inspirer de son expérience d’il y a 27 ans à Néma. Et faire montre auprès de ses administrés de plus d’empathie, de proximité et d’humanité…

Mais il faut répondre à Gay El hadj pour plusieurs raisons. En voici quelques-unes.

1. le réveil de M. Gay est à ce point tardif qu’il pose des interrogations légitimes quant à ses motivations réelles.

En effet, si le souci de Gay El Hadj était simplement de rétablir la vérité, en dehors de toute polémique ; si sa volonté était de corriger une injustice par moi commise à son égard, d’après lui, sans tambour ni trompette, sans faire du buzz, n’eût-il pas été plus indiqué de me saisir directement, de me demander de clarifier ou de préciser davantage tel passage du livre pour lever éventuellement tout soupçon … qui pourrait peser sur lui dans cette affaire ? Je lui aurais alors proposé une déclaration publique, si tel était son souhait, déclaration qu’il aurait pu cosigner, dans laquelle j’aurais fait apparaitre que ni lui ni le défunt qu’il convoque à mauvais escient et d’une manière indécente n’étaient visés par mes propos. Et c’est là que se situe le terrible quiproquo, artificiel, sciemment provoqué par monsieur Gay — pour jeter la poudre aux yeux et faire accroire qu’il est affecté. Ce quiproquo nous conduit à la deuxième raison.

2. Monsieur Gay se présente à la fois comme victime, avocat, procureur et juge. Cela ne fait-il pas trop pour qu’il soit cru ? Il verse tout entier dans la victimisation et dans la minauderie à telle enseigne que son intervention suscite par son étrangeté des questionnements incontournables sur sa crédibilité, sa bonne foi.

3. L’article de Gay El Hadj se décompose en trois parties, que nous aborderons en le suivant pas à pas. Notons dès maintenant que chacune de ces parties fait apparaître des incohérences, des contradictions, des interrogations et des hors-sujet (la convocation du MND, par exemple) introduits pour divertir, noyer le poisson.

Toutes ces considérations appellent une réponse. Elle vise à apporter des précisions et des clarifications.

Mais avant, qu’il nous soit permis de faire mention de l’observation suivante. Elle est capitale. 27 ans après les faits en question, je n’ai jamais su que c’était monsieur Gay El Hadj, dont je ne garde aucun souvenir, qui était le gouverneur adjoint basé à Néma. Ni que c’était feu Sarr Demba qui y était préfet. C’est Gay El Hadj qui me l’apprend par la publication de son article. Cette considération à elle seule pulvérise le fantasme ou la paranoïa feinte de monsieur Gay : celle qui l’amène à affirmer, larmes de crocodile aux yeux, que je l’incrimine. Ce qui m’importait quand j’ai évoqué la vacance « de/du » pouvoir sur laquelle je reviendrai, c’était plus les fonctions administratives que les personnes qui les incarnaient. Croire donc qu’il y avait acharnement sur votre personne, monsieur Gay, en convoquant pour valider vos affirmations des faits anthropologiques (titres et fonctions, alliances et relations entre détenteurs de titre, entre clans au sein d’une caste, dans notre société traditionnelle), cela relève de la fantasmagorie ou de la paranoïa. Mais aujourd’hui que Gay El Hadj sort de son hibernation de 27 ans ; et retrouve ses esprits après une somnolence et un silence assourdissant de 27 ans pour se présenter devant nous, et nous présenter, en victime, sa version des faits, le cœur plein de larmes artificielles, qu’il souffre que je lui dise ce que je pense de ses propos.

L’article de Gay El Hadj, avions-nous indiqué, se décline essentiellement en trois parties : I. Son « film des évènements ». II. Mes « contre-vérités ». III. Sa vision de l’« avenir pour la Mauritanie ». Suivons-le dans son développement de ces trois chapitres.

I. A propos du « Film des évènements » présenté par monsieur Gay El Hadj

Il ressort des circonstances de l’évacuation médicale de Ten Youssouf Gueye, telles que relatées par monsieur Gay El Hadj, le constat suivant.

a) Si nous relevons au vu de ce qu’expose monsieur Gay une certaine diligence dans l’échange de « messages codés » entre lui et son ministère, force est de constater l’absence d’une réaction prompte à la mesure de la gravité de la maladie de Ten Youssouf Gueye aussi bien au niveau de monsieur Gay lui-même qu’au niveau de sa hiérarchie.

Que fait monsieur Gay quand le lieutenant Oumar ould Boubacar lui fit le « compte rendu de sa visite au Fort de Oualata » non pas le 30 septembre 1988, comme il l’écrit par erreur, mais le 30 août 1988, en insistant « sur le cas de  Teen Yousouf Guèye » et en lui demandant d’agir rapidement ? Monsieur Gay se lie les mains par une procédure administrative : il demande au lieutenant Oumar Ould Beibacar  « un rapport écrit sur la situation des détenus du fort de Oualata ». Ainsi perd-il une heure précieuse (puisque selon lui le rapport lui a été remis une heure après qu’il l’a demandé) devant une situation alarmante, qui exigeait une décision rapide.

Monsieur Gay nous apprend qu’il était à peu près 10 heures quand le lieutenant Oumar lui a remis le rapport écrit qu’il lui avait demandé une heure plus tôt, c’est-à-dire à 9 heures. Que déduire de cela ? A 9 heures du matin le mardi 30 août 1988, après que le lieutenant Oumar lui a exposé oralement la situation alarmante de Ten Youssouf Gueye, 6 heures s’écoulèrent avant que la décision d’évacuation médicale ne soit prise au niveau du ministère de l’intérieur. En effet, monsieur Gay nous informe que c’est au terme d’un interminable échange de « messages codés » entre lui et le ministère de l’intérieur que « La mission d’évacuation quitte Néma vers 15 heures ». 6 heures perdues, avant que la « mission » d’évacuation sanitaire quitte Néma pour aller chercher TEN à Oualata.

Des procédures et des pratiques encadrent et régissent le fonctionnement de toute institution. Mais elles ne doivent jamais entraver ou retarder la prise de décisions dont l’exécution est rendue urgente et impérieuse par une situation donnée. Ces procédures et pratiques doivent se compléter en cas d’urgence absolue par d’autres, moins bureaucratiques, plus expéditives. Celles-là perdent temporairement leur primauté et cèdent la place à celles-ci. En d’autres termes, en l’occurrence, monsieur Gay aurait dû, dans un premier temps, et devant l’urgence et la gravité de la situation, prendre en compte le compte rendu verbal du lieutenant Oumar, et informer immédiatement et verbalement sa hiérarchie. L’application des procédures administratives habituelles (compte rendu écrit, « messages codés », etc.) vient après que l’urgence aura été gérée par des échanges verbaux. Avantage : gain de temps considérable, rapidité dans le traitement de la situation ciblée. Dans notre cas d’espèce, vous aviez affaire à un malade, M. Gay. Plus vite il est présenté au médecin, mieux c’est. Cela est connu de tous. De même qu’il n’échappe à personne qu’en pareille circonstance, dans une course pour préserver une vie humaine, chaque seconde est décisive.

Le système de communication dans nombre d’institutions du pays, dans la période qui nous intéresse ici, était basé sur le message — codé ou non. Mais cela, y compris dans l’armée, n’a jamais empêché les différents responsables de quelque échelon qu’ils fussent de communiquer par voie radiotéléphonique. Rapports et messages suivent après.

b) Ten Youssouf Gueye : de la prison de Oualata à la prison de Néma

Monsieur Gay El Hadj nous révèle que les « directives précises » qui lui ont été envoyées par message lui indiquaient que Ten Youssouf Gueye devait être évacué et placé « à la prison civile de Néma en attendant l’arrivée de l’avion….».

Quitter une prison pour bénéficier d’un traitement approprié et se retrouver non pas dans « une chambre », comme le dit Gay El Hadj, mais dans une cellule d’une autre prison, qu’une telle contre-indication ne soit pas perçue par la hiérarchie de monsieur Gay, c’est l’évidence même. Que monsieur Gay ne soit pas parvenu à convaincre sa hiérarchie que l’état de santé du malade, inoffensif et incapable de s’évader, qui plus est, était tout ce qu’il y avait d’incompatible avec une « mise en cellule », en position d’attente, dans la prison civile de Néma, concédons-le-lui. Mais que monsieur Gay, qui a lui-même accueilli le malade à son arrivée (selon lui), a lui-même constaté l’extrême gravité de son état, n’ait pas pensé ou osé prendre la responsabilité de l’installer ailleurs que dans une « cellule » de prison, cela fait incontestablement de lui un exécutant béni-oui-oui, mais pas un administrateur capable, confronté au tragique d’une situation, de faire montre d’humanité dans l’accompagnement d’un prisonnier malade sur le point de rendre son dernier soupir — quitte à passer outre aux « directives précises » de sa hiérarchie lointaine.

Et quand vous avouez vous-même que des « directives précises » venant de votre hiérarchie vous intimaient l’ordre de placer TEN « à la prison civile de Néma en attendant l’arrivée de l’avion… », vous admettez explicitement ici ma thèse que vous contestez ailleurs : « Conséquence tragique d’une telle vacance de pouvoir et du refus des responsables administratifs sur place d’engager leur responsabilité : Ten Youssouf Gueye agonisant, évacué d’un fort-mouroir pour être hospitalisé, se retrouva, malgré son état, dans la prison des détenus de droit commun de Nema » (P.132). C’est cette thèse qui vous indigne, suscite votre courroux et vous fait dire que je vous accuse injustement.

Or vos propos font apparaître que l’ordre reçu vous dédouane. Il fait de vous, et de vous seul, un empêché. De cela provient la justification de mon expression : « refus des responsables administratifs sur place d’engager leur responsabilité ». Pourquoi alors venir se présenter en victime et crier au scandale ? Parce qu’il y a problème, M. Gay El Hadj. Problème dont vous êtes conscient mais que vous tentez vainement d’occulter, monsieur l’ex-gouverneur adjoint et nouveau gouverneur adjoint. Et ce problème vous culpabilise, de facto. En effet, sur le terrain, face à ses administrés, à l’urgence, un responsable digne de ce nom doit savoir et pouvoir contourner des « directives précises » mais incongrues, saugrenues, absurdes voire mortelles pour les citoyens, qu’ils soient détenus ou non. Ce que vous n’avez pas su ou osé faire. Face à une situation concrète, grave et urgente, vous vous êtes comporté en administrateur béni-oui-oui en vous contentant des « directives précises » venues des bureaux de votre hiérarchie de Nouakchott.

Vendredi 02 septembre 1988, 12 heures 45, M. Gay apprend d’un garde, nous dit-il, le décès de Ten Youssouf Gueye. Près de 4 heures après la mort de Ten, étrangement, subitement, M. Gay  nous révèle qu’il n’arrivait pas à joindre sa hiérarchie pour l’informer du décès de Ten Youssouf Gueye. Encore moins obtenir d’elle la conduite à tenir face au décès de TEN. Mais là, miraculeusement, il « re » trouve l’esprit d’initiative et l’audace qui lui firent défaut quand il s’était agi, au vu de la gravité de l’état de TEN, de l’accueillir ailleurs que dans une cellule de prison de Néma. Ainsi fait-il procéder à la toilette mortuaire et décide, sous la direction d’un imam, d’inhumer TEN. Il n’arrivera, nous indique-t-il, à joindre sa hiérarchie qu’à 21 heures, soit 9 heures après le décès de TEN.

Tout en relevant l’inconsistance et le caractère bien étrange de certains faits exposés ici, accordons à M. Gay que ce qu’il dit est vrai. En attendant que la réalité de la version par lui exposée ici soit vérifiée en bonne et due forme. Car je suis fondé à prendre avec des pincettes les propos d’un monsieur qui, après avoir hiverné pendant 27 ans, sort de son mutisme avec une telle prolixité.

II. Mes « contre-vérités », selon M. Gay El Hadj

a) De la « Vacance du pouvoir »

« Les textes organisant l’administration territoriale en Mauritanie sont conçus de telle sorte qu’il n’y a jamais de vacance de pouvoir », nous rappelle M. Gay, qui feint de ne pas comprendre ce dont il est question ou qui nous prend pour des jobards.

Quand nous parlons d’un cas concret (celui de TEN en l’occurrence), et cherchons à savoir s’il a été géré de manière efficiente par les responsables administratifs concernés, Gay El Hadj nous sert une définition juridique, une théorie, une formule. Oubliant que les textes, les lois et le statut juridique sont une chose ; et que leur application concrète et la réalité des faits sont une tout autre chose. Il y a combien de textes de loi abolissant et criminalisant l’esclavage en Mauritanie depuis l’indépendance ? Sont-ils appliqués ? L’esclavage a-t-il seulement connu un début d’éradication ? Non, évidemment.

Bien sûr que l’organigramme de l’administration territoriale, et même celui de toute institution digne de ce nom, est élaboré de manière que tous les postes soient pourvus. Cependant, quand les responsables administratifs sont présents mais incapables de régler un problème grave et urgent qui met en jeu la vie d’un citoyen qui plus est (c’était le cas de TEN), comment appelez-vous cela, monsieur Gay ? C’est cela que je désigne par vacance de /du pouvoir. Autrement dit ceux qui incarnaient l’autorité de l’Etat (vous en l’occurrence) étaient présents. Mais leur présence équivalait à une absence, donc à une vacance du pouvoir, dès lors qu’ils étaient incapables de toute décision. Ce que vous confirmez en disant que «  ni le gouverneur titulaire, ni le commandant du GR1 n’étaient habilités à décider de l’hospitalisation de TEEN… » Pourquoi ? «(…) pour la simple raison, dites-vous, qu’il n’était pas évacué pour être hospitalisé à Néma mais transporté à Nouakchott par avion médicalisé. ».

Faut-il rigoler ou s’attrister devant une telle affirmation ? M. Gay. Je l’ai indiqué plus haut : quand un responsable administratif digne de ce nom reçoit un malade, fût-il prisonnier, dans l’état où se trouvait TEN, il le confie à un hôpital local (celui de Néma en l’occurrence) ou à un dispensaire plutôt que de le mettre dans un cachot. Et s’il n’est pas capable de le faire sans l’aval du pouvoir central (Nouakchott), admettez que le pouvoir local est vacant. D’où mon expression « vacance de pouvoir ». Admettez aussi, par voie de conséquence, que vous étiez dans l’impossibilité, dans l’incapacité (légalement s’entend) d’engager une quelconque responsabilité quant au placement de TEN dans un centre hospitalier avant son évacuation médicale sur Nouakchott. Puisque vous admettez qu’une telle responsabilité incombait à votre hiérarchie. Et c’est ce constat, tiré aussi de mon expérience et de la connaissance que j’avais du fonctionnement de quelques institutions du pays, qui m’avait conduit à écrire que seuls le gouverneur titulaire ou le commandant du GR1 semblaient habilités à décider de l’hospitalisation de TEN.

De tout cela il découle  que vous n’êtes accusé de rien quant au décès de TEN. En définitive, c’est l’Etat, incarné par le régime de l’époque, qui est seul responsable des décès survenus à Oualata du fait des conditions de détention. Si je dois vous reprocher quelque chose, aujourd’hui, au vu de vos propos, c’est d’avoir manqué d’audace, d’esprit d’initiative, d’aptitude à contourner ces « instructions précises », que vous ressassez comme un perroquet, pour accueillir et accompagner décemment , avec humanité, un malade au seuil de sa dernière demeure.

S’agissant du gouverneur titulaire ou du commandant du GR1, je suis convaincu qu’au moins l’une de ces deux autorités ne se serait pas fait lier par un formalisme, et aurait agi différemment de vous, si elle était sur place et si la gestion du cas TEN Youssouf Gueye relevait de sa compétence directe. Vous savez à qui je pense, puisque vous avez le don de lire « le repli de ma pensée », Ô Oracle, sorti de 27 ans d’hivernation, tout investi de pouvoirs divinatoires !

En plus de la compétence ou du savoir, ce qui différencie les hommes qui assument de hautes responsabilités étatiques ou administratives, monsieur l’ex- gouverneur adjoint, c’est le savoir-faire ; c’est surtout le savoir-être. C’est pourquoi vous dites des bobards quand du haut de votre superbe vous décrétez  que «  […] les instructions sur cette affaire étaient claires et le gouverneur titulaire et le commandant du GR1 n’y pouvaient rien. ». Réaffirmons-le : un responsable digne de ce nom doit savoir dire non, ou avoir la subtilité de prendre quelques libertés avec « les instructions précises », pour les contourner dès lors que  leur application stricte est rendue absurde ou mortifère par des circonstances non anticipées. Ce n’est pas parce que vous avez été incapable de le faire qu’il vous faut dénier à d’autres la faculté de le faire — s’ils étaient à votre place.

b) Sépulture/ Tombe anonyme

Là aussi, vous faites du tapage pour rien. Ou pour divertir. Qu’ai-je écrit, parlant de TEN ? « Sans sépulture, il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Néma. » (P 132. J’étais à Oualata)

Cernons l’approche sémantique et contextualisons les choses avant d’aller plus loin.

Sépulture : polysémie : stèle, épitaphe, monument mortuaire, tombe…

Contexte : proposition (« Sans sépulture, il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Néma. »). Sépulture, dans son acception de tombe, est à évacuer d’emblée. Puisque dans la proposition qui suit il est indiqué qu’« […] il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Néma. »

Vous avouez n’avoir pas assisté à l’enterrement de Ten (je vous épargne la question : Pourquoi ?). Et vous ne dites pas explicitement que vous êtes allé voir sa tombe après son enterrement. Mais vous affirmez mordicus que « […] sa tombe a été matérialisée, ses enfants et tous ceux qui le souhaitent peuvent aller se recueillir sur cette tombe. »  Je voudrais vous le concéder volontiers, monsieur Gay El Hadj. Mais il se trouve qu’en avril 2014, notre ancien compagnon de détention Ly Djibril Hamet et le colonel Oumar Ould Beïbacar sont allés à Oualata, puis à Néma pour se recueillir sur les tombes de nos compagnons de détention. (Vous avez dû voir ou entendre parler de la vidéo et des photos qui immortalisent ce voyage de recueillement.) Eh bien ! M. Gay El Hadj, ils n’ont trouvé aucune « tombe matérialisée » de Ten Youssouf Gueye. Pas de tombe. Pas de stèle. Pas d’épitaphe. Rien. Contrairement aux tombes de : Bâ Alassane Oumar, Bâ Abdoul Khoudous et Djigo Tabssirou, à Oualata. Même le cimetière où repose TEN reste à identifier avec exactitude, selon Ly Djibril Hamet. Que dire alors de sa tombe, lui, Ten. Alors, je veux bien vous croire, monsieur Gay, mais rien dans vos dires, rien au regard de tous ces faits, ne m’autorise à vous croire. Comment croire quelqu’un qui sort d’un sommeil de 27 ans, et qui subitement se met à table avec une allégresse que voile mal une indignation feinte ? Comment croire en vous ?

« “La ” seule fois où on remarque une petite prudence de l’auteur de « J’étais à Oualata » c’est quand il écrit “il serait enterré dans une tombe anonyme” », dites-vous. Plus qu’une « petite prudence », monsieur Gay, il s’agit là d’une hypothèse, d’une possibilité, d’une probabilité, d’une chose dite mais dont la réalité reste à vérifier : d’où l’usage du conditionnel (mode). Mais vos propos et les faits mentionnés plus haut transforment l’hypothèse, émise en 1988 et couchée sur papier en 1999, en réalité vivante qui met en évidence vos mensonges éhontés. Autrement dit il apparaît de plus en plus certain que j’aurais pu, dû, écrire dès 1999 : « Sans sépulture, TEN est enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Nema. ». Car c’est sur ce mode, dans cette formulation, que j’avais recueilli l’information en 1988, à Oualata, auprès des gardes. Et c’est sciemment que j’ai fait recours au conditionnel pour la transcrire, vu le contexte de l’époque.

c) A propos de la responsabilité du gouverneur adjoint et du préfet

J’ai indiqué plus haut pourquoi et dans quel sens j’ai parlé du « refus des autorités sur place d’engager leur responsabilité » pour que TEN fût hospitalisé. J’ai précisé aussi que de cela ne découlait pas que ces autorités étaient responsables de la mort de TEN et des trois autres détenus. J’ai mentionné que votre existence même monsieur Gay — a fortiori votre statut de gouverneur adjoint à l’époque des faits —, je l’ignorais. Ce qui ne vous empêche pas de vous prosterner devant le Coran, d’y poser vos deux mains et de mentir : car vous mentez lorsque vous dites qu’en parlant des responsables administratifs sur place j’avais conscience que c’était vous. Et, sans gêne, vous déterrez le vieux Sarr Demba, que son âme repose en paix, pour faire pathos. Pour susciter sympathie et solidarité autour de votre « cause ». Cette indécence, cette irrévérence envers les morts, cela ne vous fait-il pas baisser les yeux, monsieur Gay ? Non ! Pour donner à votre thèse scabreuse une allure de consistance, vous vous livrez à une psychanalyse de bistrot ; et vous invoquez des considérations d’ordre anthropologique : « deux  Ten, Gaye et Sarr, ont laissé mourir un Ten : Youssouf Gueye. ». Gardez vos fantasmes et vos délires pour vous. Gardez-vous d’attribuer aux autres vos troublants et inquiétants cauchemars.

Quant au vieux Sarr Demba, c’est vous qui le nommez. C’est vous qui le déterrez pour le convoquer comme témoin à charge afin d’exploiter sa notoriété et son prestige au profit de votre défense. Vaine et indécente tentative de ressusciter les morts pour vendre votre « cause ». Il ne demande rien que d’être laissé reposer en paix. Ni lui ni ses parents et amis ne souhaiteraient jamais que son nom fût associé de quelque manière que ce fût à vos calculs politiques de caniveau. Voulez-vous le laisser définitivement reposer en paix !

Occupons-nous présentement des vivants, de vous en l’occurrence. Car vous seul étiez habilité à traiter le cas TEN, ainsi que je l’ai indiqué plus haut. Vous n’êtes pas responsable, en définitive, de sa mort. J’ai précisé pourquoi. Mais j’ai aussi précisé et le réitère ici : vous n’avez su ni osé accueillir et accompagner Ten Youssouf Gueye mourant avec décence, avec humanité. En administrateur béni-oui-oui, vous vous êtes accroché aux « instructions précises » de votre hiérarchie. Ce qui vous a conduit à placer TEN dans une cellule dans la prison de Néma. Alors que son état de santé alarmant exigeait qu’il fût conduit dans un hôpital ou un dispensaire à Néma avant son évacuation médicale à Nouakchott. Vous n’avez pas osé ou su l’héberger dans un coin de chez vous, dussiez-vous pour cela placer une sentinelle à son chevet.

Vous, monsieur Gay, puisque vous m’en donnez aujourd’hui l’occasion, et au vu de votre propre relation des faits, oui vous Gay El Hadj, je vous accuse d’avoir manqué, en tant qu’individu, de grandeur, d’humanité et d’empathie devant le prisonnier malade Ten Youssouf Gueye. Je vous accuse en tant que gouverneur adjoint d’avoir manqué de présence d’esprit, d’esprit d’initiative et de courage face au cas Ten Youssouf Gueye. Et je n’ai point besoin pour cela de faire référence à la solidarité traditionnelle fuutaŋke. Il me suffit de lire et d’analyser vos propos, de mettre en exergue ce qu’ils donnent à voir.

Et puisque vous convoquez, à mauvais escient, la tradition fuutaŋke, vous devriez aussi savoir que le respect des morts, le pardon, l’extinction des rancœurs, l’oubli des querelles sont des notions fondamentales inscrites dans le système de valeurs des fuutaŋkooɓe. Qui, comme Amadou Hampâté Bâ, savent « […] qu’il faut fermer les yeux sur les travers des hommes pour ne retenir d’eux que ce qui est bon. ». En convoquant ici, et de cette manière, la tradition des fuutaŋkooɓe pour mettre en relief les liens et les solidarités entre les TEN, vous versez dans le taƴ  enɗamaagu(*). Vous tentez de semer la zizanie. Tout cela pour faire diversion. Pour vous protéger. Pour susciter sympathie et soutien autour de votre personne, au moment précis où vous êtes élevé à la dignité de gouverneur adjoint. Votre article, M. Gay, c’est la triste et peu flatteuse contrepartie due à ceux qui vous ont « réhabilité » ; ceux pour et au nom de qui vous parlez. Peine perdue. Car si chaque Cassandre a ses groupies, je doute que parmi les vôtres il y ait une foule disposée à se laisser prendre à votre jeu d’écoliers, Gay El Hadj, monsieur-tout-nouveau-gouverneur-adjoint-tartufe.

…………………………

(*) Terme pulaar. Désigne ce qui crée discorde, haine, rupture… notamment entre parents, et par extension entre amis et proches.

(A suivre : deuxième partie)

Boye Alassane Harouna

7 octobre 2015

OCVIDH

 

Mono-dialogue politique : Jusqu’où ira le pouvoir ?

altAprès la tenue, sans l’opposition, des journées préliminaires  de concertations sur le « dialogue » politique inclusif, le gouvernement a dépêché, à l’intérieur du pays, des missions de sensibilisation. Tous membres du gouvernement, ces représentants ont à charge d’expliquer, aux populations, la décision du gouvernement de tenir, début-Octobre, un « dialogue » national, afin de débattre des recommandations des journées de concertations. Et de s’efforcer à démontrer que le président de la République, en convoquant les Mauritaniens à débattre, entre eux, des problèmes de leurs pays, a pris une  « sage décision ». Les missionnaires exhortent donc les populations à soutenir l’initiative du président de la République, en vue de « trouver des  solutions » à tous ces problèmes. Or le pouvoir nous avait habitués à un discours selon lequel, au plan macroéconomique, voire économique tout court,  notre pays se portait très bien ; en somme,  tout « baignerait dans l’huile ». Tandis qu’au plan politique, l’opposition  fut toujours – et demeure – qualifiée d’« insignifiante ».  Allez comprendre !

Les missionnaires ont clamé, à tue-tête, que le dialogue se tiendrait, vaille que vaille – sans l’opposition, donc, puisque les deux pôles (FNDU et CUPAD) de celle-ci ont décidé de « bouder » le processus en gestation. Et de décocher flèche sur flèche, sur ceux-ci. Jusqu’où ira le gouvernement dans sa démarche quasiment « unilatérale » ? Que peut faire  l’opposition ? D’abord, pour contrer sa marginalisation ; puis contraindre, tant se faire que peut, le gouvernement à surseoir  à son agenda. La première interrogation en appelle immédiatement une autre : quel profit pourrait tirer le gouvernement d’un tel processus ? Certains observateurs croient savoir que le Raïs voudrait accréditer, aux yeux de l’opinion nationale mais, aussi, internationale, que c’est l’opposition mauritanienne qui refuse le  dialogue, pour donner l’impression que le pays est bloqué. De fait, Ould Abdel Aziz n’a cessé, depuis son arrivée au pouvoir, de se prétendre disposé au dialogue mais un dialogue « à pas forcés », pour ne pas dire « à sa botte », que l’opposition rejette, depuis celui de Dakar, en 2009. En quoi forcer à nouveau le pas serait-il profitable au pays ? En quoi les recommandations des journées de concertations sans l’opposition le feraient-elles avancer ? Qu’est-ce qui empêche le Président de gouverner, avec une majorité réputée si « confortable », depuis 2009 ? Quel profit, au plan diplomatique, le pouvoir pourrait-il tirer, dans un contexte où nombre d’élections en vue en Afrique se déroulent dans un climat tendu. S’y ajoute la tentative avortée de coup d’Etat, au Burkina, consécutive à l’entêtement d’un président en fin de mandat ? Quant à la France, quelle attitude adopter, à l’endroit de l’opposition mauritanienne ?

Ce qui est paraît quasiment certain, pour certains observateurs et l’opposition, c’est que le pouvoir prépare un « petit quelque chose » à l’endroit de 2019, terme officiel du second et dernier mandat de l’actuel président mauritanien, conformément à l’article 26 de la Constitution. Un petit quelque chose qui pourrait ressembler à une espèce de référendum permettant de faire changer celle-ci. Un pari risqué mais que plusieurs caciques du régime actuel n’hésiteraient pas à jouer. Sinon, que gagnerait Ould Abdel Aziz, en s’engageant dans une telle aventure ?  Pour d’autres, le forcing actuel pourrait présager d’autres négociations, au plan diplomatique, afin de préparer une sortie, par la grande porte, du président actuel, soldant, ainsi et, peut-être, définitivement,  le putsch de 2008…Attendons de voir. Le 10 octobre est dans quelques jours non ?

DL

le calame