Monthly Archives: August 2014
Samba Thiam, président des Flam : « L’autonomie est (…) la solution qui préviendra ou conjurera justement la soudanisation de la Mauritanie
Sahara Medias – Après leur redéploiement en Mauritanie en 2013 après plus de 27 ans d’exil, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) sont en train de s’implanter sur la scène politique mauritanienne. Samba Thiam, président des Flam s’expriment sur les colonnes de Sahara medias. Entretien.
Sahara medias : Quelles sont les actions concrètes menées par les flam depuis leur retour?
Samba Thiam: je me dois d’abord de vous remercier de me donner l’opportunité de m’exprimer, dans votre site. Si vous visitiez le nôtre (Flamnet) dans lequel nous publions, régulièrement, le compte rendu de nos activités, vous vous seriez aperçu que nous nous sommes immédiatement mis au travail, tout de suite après avoir foulé le sol national, sans nous accorder le moindre repos.
Mais bon, je suis heureux d’y revenir, ici, et ce d’autant plus que certains, à travers leurs questions et commentaires, donnent l’impression d’être en déphasage complet pour ce qui nous concerne.
Pour aller vite, je dirai que nous nous sommes consacrés, à essayer de traduire dans les faits notre feuille de route qui se résumait, essentiellement, à quelques grands axes ; Après avoir réussi à faire de notre retour un évènement politique et médiatique majeur, nous nous sommes appliqués, en priorité, à rétablir la vérité de notre discours, à faire partager nos positions, méconnues ou délibérément déformées, à nous implanter, tant soit peu.
Parallèlement, nous avons engagé des rencontres politiques, tous azimuts, allant des hautes autorités de l’Etat, aux responsables d’institutions nationales, jusqu’aux chancelleries de la place pour faire connaitre, nos préoccupations, notre analyse de la situation nationale et les problèmes qui minent notre unité. Nous avons insisté, auprès de ces interlocuteurs, sur l’urgence de la nécessité du changement pour conjurer le danger qui se profile à l’horizon.
Nous avons expliqué que nous, au niveau des Flam, voulons le changement, mais que nous ne pouvions le porter tous seuls; nous souhaiterions le porter avec les forces patriotiques dans l’intérêt bien compris de la Mauritanie. Nous avons, par ailleurs, rassuré sur notre intention d’intégrer le jeu démocratique, malgré toutes ses insuffisances du moment, pour pousser cet agenda.
L’autre volet, non moins essentiel, de nos activités a porté sur les tentatives de fédération des forces progressistes qui partagent les mêmes soucis sur l’acuité de la question de cohabitation et sa nécessaire prise en charge, sans délai. Notre base commune le réclame ; notre unité est devenue incontournable si tant est que la cause que nous défendons reste au-dessus de nos fiertés partisanes.
A ce sujet, je dois m’empresser de souligner, pour m’en féliciter, la disponibilité dont ont fait montre la plupart des responsables politiques que j’ai approchés. L’espoir est donc permis pour, ensemble, aller de l’avant , le plus loin possible. Voilà, pour l’essentiel, la tâche à laquelle nous nous sommes attelés, depuis que nous sommes rentrés.
Sahara medias : Est-ce que les Flam ont retrouvé leur place sur le terrain, à l’instar de l’Ira et de TPMN, après 30 ans d’exil?
Samba Thiam : je trouve d’abord cette comparaison inappropriée, même surprenante ! Ira et TPMN sont des organisations des droits de l’homme, tout court, alors que les Flam constituent une formation politique. En second lieu, leur champ d’action, plus restrictif, est différent du nôtre, même s’il pouvait y avoir un recoupement, par endroits.
Ira et TPMN viennent de naître alors que les Flam sont une force politique vieille de 30 ans, forgée dans la douleur de la répression et de l’exil, traînant un passé lourd, un parcours singulier. Enfin nous venons juste d’arriver … Nous avons donc besoin d’un peu temps pour reprendre complètement notre place ici …mais nous y travaillons, avec patience et acharnement, rassurez-vous.
Sahara medias : Où en êtes-vous avec la création de votre parti annoncée depuis belle lurette?
Samba Thiam: « Parti, annoncé depuis belle lurette »! Ça c’est vous qui le dites !…Nulle part dans nos déclarations vous ne trouverez une affirmation aussi explicite. Il reste que cela demeure une option, forte, entre autres. Un congrès, en perspective, devrait décider de l’issue très prochainement.
Sahara medias : Voulez-vous une soudanisation de la Mauritanie en prônant l’autonomie de certaines régions?
Samba Thiam : Ah, nous y voilà ! C’est la question qui démange, agitée comme un épouvantail, pour justement gêner, voire faire obstacle à notre repositionnement sur le sol national. Mais, croyez –moi, nous n’avons pas peur d’assumer nos choix… nous assumons pleinement celui –là (l’Autonomie)! Avant de revenir sur le thème à proprement parler de l’Autonomie, je me permets une remarque sur votre comparaison, inopportune: que nous voulons, dites-vous, par la solution de l’autonomie, la soudanisation de la Mauritanie…
Je voudrais d’abord souligner que ce sont ces types d’approches ou d’affirmations péremptoires et gratuites qui, justement, participent de la diabolisation de notre mouvement, dénaturant complètement son propos…sans l’avoir visité ! Ensuite, rappeler que la soudanisation, qui fut une partition dans la douleur et le déchirement, a résulté de l’aveuglement et de l’entêtement à mener des politiques, nocives, fondées sur le mépris du voisin ou de l’autre… Des exemples à suivre ? Non, disons-nous! Mais si, par malheur, le divorce devait, malgré tout, advenir- a l’impossible nul n’est tenu -, ne pourrait-il pas être reçu avec toute la hauteur d’esprit de gens civilisés que nous sommes?
Est-il, du reste, trop tard pour se ressaisir ? L’Autonomie – notre solution – puisque c’est d’elle qu’il s’agit, parlons-en ! L’autonomie est, contrairement à ce que vous pensez, la solution qui préviendra ou conjurera justement la soudanisation de la Mauritanie !
En effet notre projet, parce qu’il va associer de larges segments de la société à la gestion directe du pouvoir au travers des terroirs, contribuera à une plus grande cohésion sociale, en réduisant, sensiblement, les sources de tension ethniques, tribales et sociales. Les peuples doivent sentir que l’Etat est le leur, que le gouvernement est à leur service, disait J Nyerere que je paraphrase un peu. C’est justement ce qui nous a manqué jusqu’ici, et c’est cela que l’autonomie corrigera.
J’ai comme l’impression que, malgré toutes nos explications et dénégations de bonne foi, certains s’acharnent, par tous les moyens, à nous faire porter la camisole de force ! Il faut absolument nous figer dans une certaine image, même si, en leur âme et conscience, ces critiques et autres objecteurs savent qu’elle ne correspond pas à la réalité ! Cela fait plus scoop ? Peut-être ! Calculs, intérêts en jeu ? Sûrement.
Mais, pour bien nous comprendre, vous devriez remettre la proposition d’autonomie dans son contexte… Nous avons toujours affirmé qu’il fallait considérer notre solution de l’autonomie comme une proposition qui s’inscrit dans une tentative de recherche de solutions à un problème structurel, grave qu’on ne pouvait laisser en l’état, sans dangers. Nous ne faisons pas de cette solution un point de fixation ; nous restons ouverts. Qu’on nous prouve simplement qu’il y a mieux que ce que nous proposons; nous ne demandons qu’a être convaincus. Mais une chose demeure cependant certaine, c’est que le statut quo actuel, qui discrimine et opprime la vaste majorité, ne peut plus continuer.
Il y’a par ailleurs, lieu de rappeler, encore une fois, que l’autonomie n’est pas une solution inédite; elle existe dans plusieurs parties du monde, en Europe, en Afrique, en Amérique, en Asie. Et pourquoi donc, ne pourrait-elle pas, dans des conditions relativement similaires, avoir également cours chez nous?
Pourquoi les autres et pas nous ? Je termine pour dire que nous allons rendre public, très bientôt, ce projet. Vous serez surpris ! Cette solution est celle qui nous semble la plus à même de remettre la Mauritanie sur les pieds qui, présentement, repose sur la tête !
Propos recueillis par NCO
Le « AZIZ dégage » remis au goût du jour
Des slogans réclamant le départ du président Mohamed Ould Abdel Aziz, réélu le 21 juin 2014 pour un second et dernier mandat et dont la cérémonie d’investiture se déroule ce samedi après midi, ont refait leur apparition dans les rues de Nouakchott.
Les portraits géants du chef de l’Etat ont été sabotés avec le message «Aziz dégage, le 02 août 2014 = mort de la démocratie ».
Ces écrits sont particulièrement visibles sur la principale artère menant à l’Office du Complexe Olympique (OCO) de Nouakchott, qui va abriter la cérémonie de prestation de serment.
Les auteurs de ces écrits restent encore inconnus.
Toutefois, un collectif de l’opposition ayant boycotté la présidentielle 2014, a déjà fortement critiqué l’organisation de la cérémonie de prestation de serment.
Plusieurs chefs d’Etat de la sous région, personnalités du monde arabe, occidental et asiatique prennent part à cette cérémonie.
Source: le calame
Du Mali à la Syrie, des oppositions religieuses montées en épingle Pour une analyse profane des conflits
Peut-on comprendre la guerre au Mali si l’on fait l’impasse sur la difficile survie des tribus qui peuplent le vaste désert du Sahara ? Que le drapeau des rebelles soit celui de l’islamisme radical ne change rien aux données profanes, économiques, sociales et politiques qui, là comme au Liban, en Irak, en Iran ou en Palestine, constituent le terreau des affrontements et des crises.
par Georges Corm, février 2013
Nous avons changé d’époque. A la période où l’on condamnait, à l’Ouest, la subversion communiste encouragée par Moscou et où l’on célébrait, à l’Est, la lutte des classes et l’anti-impérialisme a succédé celle qui convoque les luttes de communautés religieuses ou ethniques, voire tribales. Cette nouvelle grille de lecture a acquis un crédit exceptionnel depuis que le politologue américain Samuel Huntington a popularisé, il y a plus de vingt ans, la notion de « choc des civilisations », expliquant que les différences de valeurs culturelles, religieuses et morales étaient à la source de nombreuses crises. Huntington ne faisait que redonner vie à la vieille dichotomie raciste, popularisée par Ernest Renan au XIXe siècle, entre le monde aryen, supposé civilisé et raffiné, et le monde sémite, considéré comme anarchique et violent.
Cette invocation de « valeurs » encourage un retour à des identités primaires que les grandes vagues successives de modernisation avaient fait reculer et qui, paradoxalement, reviennent en grâce avec la mondialisation, l’homogénéisation des modes de vie et de consommation, ou encore les bouleversements sociaux provoqués par le néolibéralisme, dont sont victimes de larges couches de population dans le monde. Elle permet une mobilisation des opinions publiques à l’échelle internationale en faveur de l’une ou l’autre des parties d’un conflit, mobilisation fortement aidée par la permanence de certaines traditions universitaires imprégnées d’un essentialisme culturel hérité des visions coloniales.
Alors que le libéralisme laïque à la mode européenne et l’idéologie socialiste, qui s’étaient répandus hors d’Europe, semblent s’être tous deux évanouis, les conflits sont réduits à leur dimension anthropologique et culturelle. Peu de journalistes ou d’universitaires se préoccupent de maintenir un cadre d’analyse de politologie classique, qui prenne en compte les facteurs démographiques, économiques, géographiques, sociaux, politiques, historiques et géo-politiques, mais aussi l’ambition des dirigeants, les structures néo-impériales du monde et les volontés de reconnaissance de l’influence de puissances régionales.
En règle générale, la présentation d’un conflit fait abstraction de la multiplicité des facteurs qui ont entraîné son déclenchement. Elle se contente de distinguer des « bons » et des « méchants » et de caricaturer les enjeux. Les protagonistes se verront désignés par leurs affiliations ethniques, religieuses et communautaires, ce qui suppose une homogénéité d’opinions et de comportement à l’intérieur des groupes ainsi désignés.
Les signes avant-coureurs de ce type d’analyse sont apparus durant la dernière période de la guerre froide. C’est ainsi que dans le long conflit libanais, entre 1975 et 1990, les divers acteurs ont été classés en « chrétiens » et « musulmans ». Les premiers étaient tous censés adhérer à un regroupement dénommé Front libanais, ou au parti phalangiste, formation droitière de la communauté chrétienne ; les seconds étaient réunis dans une coalition dénommée « palestino-progressiste », puis « islamo-progressiste ». Cette présentation caricaturale ne s’embarrassait pas du fait que de nombreux chrétiens appartenaient à la coalition anti-impérialiste et anti-israélienne, et soutenaient le droit des Palestiniens à mener des opérations contre Israël à partir du Liban, alors que bien des musulmans y étaient hostiles. En outre, le problème posé au Liban par la présence de groupes armés palestiniens, et par les représailles israéliennes violentes et massives que subissait la population, était de nature profane, sans relation aucune avec les origines communautaires des Libanais.
Généralités creuses et stéréotypes
Au cours de la même période, il se produisit d’autres manipulations des identités religieuses qui ne furent nullement dénoncées par les analystes spécialisés et les grands médias. Ainsi, la guerre d’Afghanistan, provoquée par l’invasion soviétique de décembre 1979, devait donner lieu à une mobilisation de « l’islam » contre des envahisseurs qualifiés d’athées, et occulter la dimension nationale de la résistance. Des milliers de jeunes musulmans de toutes nationalités, mais principalement arabes, furent entraînés et radicalisés sous la houlette américaine, saoudienne et pakistanaise, créant ainsi le contexte favorable au développement d’une Internationale islamiste djihadiste qui perdure.
De plus, la révolution iranienne de janvier-février 1979 fut à l’origine d’un malentendu géopolitique majeur, les puissances occidentales pensant que le mieux, pour succéder au chah et éviter un gouvernement à coloration bourgeoise nationaliste (sur le modèle de l’expérience menée par Mohammad Mossadegh au début des années 1950), ou socialisant et anti-impérialiste, serait l’arrivée au pouvoir de dirigeants religieux. L’exemple de deux Etats très religieux, l’Arabie saoudite et le Pakistan, étroitement alliés aux Etats-Unis, leur fit présumer que l’Iran serait lui aussi un partenaire fidèle, et tout aussi résolument antisoviétique.
Par la suite, la grille d’analyse changea. La politique anti-impérialiste et propalestinienne de Téhéran fut dénoncée comme « chiite », antioccidentale et subversive, en opposition à une politique sunnite qualifiée de modérée. Susciter une rivalité entre sunnites et chiites, et accessoirement entre Arabes et Perses — piège dans lequel Saddam Hussein fonça tête baissée en attaquant l’Iran en septembre 1980 —, devint une préoccupation majeure des Etats-Unis, davantage encore après l’échec de leur invasion de l’Irak en 2003, qui débouchera finalement sur un accroissement de l’influence iranienne (1).
Toute une littérature politique et médiatique invoque désormais le danger représenté par un croissant dit « chiite », constitué par l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Hezbollah libanais, qui tenterait de déstabiliser l’islam sunnite, pratiquerait le terrorisme et serait animé par la volonté d’éliminer l’Etat d’Israël. Personne ne pense à rappeler que la conversion d’une partie des Iraniens à l’islam chiite ne remonte qu’au xvie siècle, et qu’elle fut encouragée par la dynastie des Safavides pour mieux s’opposer à l’expansionnisme ottoman (2). On feint également d’ignorer que l’Iran a toujours été une puissance régionale majeure, et que le régime ne fait que poursuivre, sous de nouveaux oripeaux, la politique de grandeur du chah, qui se voulait le gendarme du Golfe — et qui avait, lui aussi, de fortes ambitions nucléaires, encouragées alors par la France. Malgré ces données historiques profanes, tout, au Proche-Orient, est désormais analysé en termes de « sunnites et chiites ».
Depuis le déclenchement des révoltes dans le monde arabe, début 2011, le jeu de la simplification continue. A Bahreïn, les manifestants sont décrits comme des « chiites » manipulés par l’Iran contre les gouvernants sunnites. C’est oublier les citoyens de confession chiite partisans du pouvoir en place, comme ceux de confession sunnite qui sympathisent avec la cause des opposants. Au Yémen, la révolte houthiste (3) des partisans de la dynastie royale qui a longtemps gouverné ce pays n’est vue que comme un phénomène « chiite », dû exclusivement à l’influence de l’Iran.
Au Liban, en dépit des oppositions qu’il peut susciter au sein de la communauté chiite, et, à l’inverse, de la popularité qu’il a acquise auprès de nombreux chrétiens et musulmans de diverses confessions, y compris des sunnites, le Hezbollah est considéré comme un simple instrument aux mains des ambitions iraniennes. On passe sous silence le fait que ce parti est né de l’occupation par Israël, entre 1978 et 2000, d’une large partie du sud du pays, peuplée majoritairement de chiites ; occupation qui aurait sûrement perduré sans sa résistance acharnée.
Par ailleurs, que le Hamas à Gaza soit un pur produit « sunnite », issu de la mouvance des Frères musulmans palestiniens, ne dérange guère les analystes qui soutiennent le sunnisme « modéré » : ce mouvement doit être dénoncé, puisque les armes fournies sont d’origine iranienne et destinées à lever le blocus du territoire par Israël.
En bref, la nuance est partout absente. Les situations d’oppression ou de marginalité socio-économiques sont passées sous silence. Les ambitions hégémoniques des parties en conflit n’existent pas : il y a des puissances bienfaisantes et d’autres malfaisantes. Des communautés aux opinions et aux comportements diversifiés sont caractérisées au moyen de généralités anthropologiques creuses et d’essentialismes culturels stéréotypés, alors même qu’elles ont vécu durant des siècles dans une forte interpénétration socio-économique et culturelle.
De nouveaux concepts ont envahi les discours : en Occident, les « valeurs judéo-chrétiennes » ont succédé à l’invocation de nature laïque de racines « gréco-romaines ». De même, la promotion de « valeurs, spécificités et coutumes musulmanes », ou « arabo-musulmanes », a succédé aux revendications anti-impérialistes, socialisantes et « industrialisantes » du nationalisme arabe d’inspiration laïque, qui avait longtemps dominé la scène politique régionale.
Désormais, les valeurs individualistes et démocratiques que prétend incarner l’Occident sont opposées aux valeurs supposées exclusivement holistes, « patriarcales et tribales » de l’Orient. Déjà, naguère, de grands sociologues européens avaient estimé que les sociétés bouddhistes n’accéderaient jamais au capitalisme industriel, basé sur les valeurs censément très spécifiques du protestantisme…
Dans la même veine, la question palestinienne n’est plus perçue comme une guerre de libération nationale, qui pourrait être résolue par la création d’un seul pays où vivraient sur un pied d’égalité juifs, chrétiens et musulmans, comme l’a longtemps réclamé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) (4). Elle est considérée comme un refus arabo-musulman opposé à la présence juive en Palestine, et donc, pour beaucoup de bons esprits, comme le signe d’une permanence de l’antisémitisme contre laquelle il faudrait sévir. Un peu de bon sens suffit pourtant pour comprendre que si la Palestine avait été envahie par des bouddhistes, ou si la Turquie postottomane avait voulu la reconquérir, la résistance aurait été tout aussi constante et violente.
Au Tibet, au Xinjiang, aux Philippines, dans le Caucase sous domination russe, en Birmanie, où l’on vient de découvrir l’existence d’une population musulmane en conflit avec ses voisins bouddhistes et désormais au Mali, mais aussi dans l’ex-Yougoslavie démembrée sur des lignes communautaires (Croates catholiques, Serbes orthodoxes, Bosniaques musulmans), en Irlande (divisée entre catholiques et protestants) : dans toutes ces régions, les conflits peuvent-ils vraiment être perçus comme l’affrontement de valeurs religieuses ? Ou sont-ils, au contraire, profanes, c’est-à-dire ancrés dans une réalité sociale dont nul ne se soucie plus guère d’analyser la dynamique, tandis que de nombreux dirigeants communautaires autoproclamés y trouvent l’occasion de réaliser leurs ambitions ?
L’instrumentalisation des identités dans le jeu des grandes et des petites puissances est vieille comme le monde. On avait pu croire que la modernité politique et les principes républicains qui se sont diffusés sur la planète depuis la Révolution française avaient durablement installé la laïcité dans la vie internationale et dans les rapports entre les Etats ; or il n’en est rien. On assiste à la montée des prétentions de certains Etats à se faire les porte-parole de religions transnationales, en particulier pour ce qui est des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam).
Des sanctions à géométrie variable
Les Etats qui se saisissent du religieux le mettent au service de leur politique de puissance, d’influence et d’expansion. Ils justifient ainsi la non-application des grands principes des droits humains définis par les Nations unies, l’Occident entérinant l’occupation continue des territoires palestiniens depuis 1967, et certaines puissances musulmanes acceptant les flagellations, lapidations, mains coupées aux voleurs. Les sanctions appliquées aux contrevenants au droit international varient elles aussi : châtiments sévères imposés par la « communauté internationale » dans certains cas (Irak, Iran, Libye, Serbie, etc.), absence totale de simple réprimande dans d’autres (occupation israélienne, régime de détention américain à Guantánamo).
Faire cesser cette instrumentalisation et les analyses simplistes qui visent à dissimuler la réalité profane des conflits constitue un impératif urgent, notamment au Proche-Orient, si l’on veut parvenir à apaiser cette région tourmentée.
Georges Corm
Ancien ministre libanais, auteur de Pour une lecture profane des conflits, La Découverte, Paris, 2012.
NANN “K”:L’ARTISTE BAABA MALL DEVOILE LE NOM DE SON MOUVEMENT CITOYEN
L’Artiste Sénégalais Baaba Maal vient de lancer un nouveau mouvement citoyen NANN “K”. Ce mouvement prône la lutte contre la pauvreté avec comme piliers : l’agriculture, l’élevage, la pêche et la culture, le tout s’appuyant sur les nouvelles technologie. Au-delà de son Sénégal natal, le mouvement se vaut africain. L’artiste longtemps sollicité par les organismes internationaux tels que le Pnud, l’Oxfam et autres se dit prêt à profiter de son riche carnet d’adresse et de ses partenaires qui il a soutenu des années durant, pour créer quelque chose de solide et qui pourra booster la pauvreté hors de ce monde
Le lancement officiel de NANN “K” aura lieu prochainement en présence des partenaires de développement et des bailleurs de fonds.
“Ils ont toujours utilisé ma voix, mon engagement pour atteindre la masse, il est maintenant temps pour moi d’utiliser leur force pour venir au bout de mon initiative” , déclare l’artiste devant un public qui a montré déjà son adhésion.
Hamet Ly
Ebola: un sommet de crise vendredi en Afrique de l’ Ouest
L’inquiétude face à l’épidémie d’Ebola qui se propage en Afrique de l’Ouest, continue à grandir. Des nouvelles mesures ont été prises dans les pays touchés. En Sierra Leone, le président Koroma a décrété l’état d’urgence, les rassemblements publics sont interdits. Au Liberia, ce sont les écoles qui sont fermées jusqu’à nouvel ordre. Les fièvres hémorragiques liées au virus Ebola ont fait plus de 729 morts en Afrique de l’Ouest depuis le début de l’année et 1 300 personnes ont été contaminées.
Un sommet de crise devrait avoir lieu demain, vendredi, à Conakry entre les chefs d’Etat de la Sierra Leone, du Liberia, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire. Le président sierra-léonais annule aussi sa présence au sommet Etats-Unis – Afrique la semaine prochaine. L’épidémie d’Ebola est hors de contrôle selon Médecins sans frontières.
Ce qui inquiète l’ONG, ce n’est pas seulement l’augmentation du nombre de cas ou de décès. C’est surtout l’apparition de nouveaux foyers d’épidémie. C’est-à-dire des cas d’Ebola dans des villages qui n’étaient pas touchés jusqu’ici. L’épicentre reste le même : la région forestière frontalière entre la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, mais avec des cas plus nombreux au Liberia et en Sierra Leone, et des districts très touchés comme ceux de Kenema et Kailahun.
Aujourd’hui, la transmission se fait principalement d’humain à humain, lors de contacts avec des malades ou des personnes mortes d’Ebola. Cela peut avoir lieu notamment au sein d’une famille ou lors d’un enterrement traditionnel. Avec une grande difficulté à gérer : les mouvements des populations. Les frontières sont poreuses et les gens circulent. Pour la première fois, des cas sont apparus dans la capitale sierra-léonaise, Freetown, mais aussi à Lagos au Nigeria.
De nouvelles mesures mises en place
Les Etats concernés ont donc décidé de prendre des mesures drastiques. En Sierra Leone, le président a décrété l’état d’urgence, avec l’instauration de zones de quarantaine et l’interdiction des rassemblements publics. Les autorités ont besoin de 26 millions de dollars pour faire face à l’épidémie. Pour le moment, elles n’ont reçu que 7,6 millions de dollars. Au Liberia, on annonce ce jeudi matin une fermeture des écoles jusqu’à nouvel ordre après celle d’une partie des frontières.
« Des mesures qui ne sont pas une priorité », déclare l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui ne recommande pas d’interdiction de déplacement ou de voyage, mais une plus grande coopération entre les Etats. Pour l’organisation internationale, il faut un travail minutieux et très coûteux qui n’a rien de spectaculaire et qui consiste à établir des listes de personnes qui ont été en contact avec des malades et de suivre l’évolution de leur état de santé. Ce recensement doit être couplé à une action de terrain avec l’installation de nouveaux centres de prise en charge et des tests cliniques, ainsi qu’avec des opérations répétées de sensibilisation des populations.
En tout cas, la réponse à Ebola coûte cher. La Sierra Leone comme le Libéria demandent plusieurs dizaines de millions de dollars à la communauté internationale pour faire face. Ils viennent de recevoir un premier et bon signal du côté de l’OMS qui annonce un plan d’urgence à hauteur de 100 millions de dollars.
La Guinée, le Liberia, la Sierra Leoneet le Nigeria déconseillés de voyage
L’Afrique de l’Ouest se mobilise mais pas seulement. Face à l’ampleur de l’épidémie, plusieurs pays de l’est du continent ont déclaré l’état d’alerte. Ainsi, le Kenya relève son niveau d’alerte notamment à l’aéroport international de Nairobi où transitent près de vingt mille passagers par jour. Même chose en Tanzanie et en Ethiopie où la compagnie aérienne nationale a pris des précautions exceptionnelles à l’aéroport d’Addis Abeba. L’Ouganda – qui a connu une épidémie d’Ebola en 2012 – a dépêché une équipe médicale en Afrique de l’Ouest.
Enfin, Berlin et Washington ont recommandé de suspendre, jeudi 31 août, tout projet de voyage vers la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Ils ont été rejoints par Paris qui a ajouté le Nigeria aux pays déjà déconseillés.
Source: seneweb




