Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: September 2013

Sénégal: nouveau gouvernement formé, sans le chanteur Youssou Ndour

altDakar – Aminata Touré, nommée Premier ministre du Sénégal, a formé lundi son gouvernement marqué par le départ du chanteur Youssou Ndour et l’arrivée de l’ex-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Me Sidiki Kaba, selon un décret présidentiel lu devant la presse.
Youssou Ndour, qui dirigeait le ministère du Tourisme et des Loisirs, ne figure pas dans le gouvernement de 32 membres dirigé par Mme Touré, selon ce décret lu par le secrétaire général de la Présidence de la République, Maxime Jean Simon Ndiaye. Aminata Touré remplace l’ex-banquier Abdoul Mbaye, remercié dimanche sans explications par le président Macky Sall.
Youssou Ndour, une star de dimension internationale, avait été appelé dans la toute première équipe d’Abdoul Mbaye, composée en avril 2012. Il lui avait été confié le ministère de la Culture et du Tourisme, puis, suite à un réaménagement, il a été chargé du Tourisme et des Loisirs.
Huit nouveaux ministres font leur entrée dans la nouvelle équipe gouvernementale, qui compte un membre de plus que la précédente équipe (32 contre 31).
Parmi les nouveaux venus, figure Sidiki Kaba, avocat de formation qui a dirigé la FIDH dont il est actuellement président d’honneur. Il est nommé ministre de la Justice, un poste qu’occupait Mme Aminata Touré depuis avril 2012.
Le ministre de l’Intérieur Pathé Seck, qui quitte le gouvernement, est remplacé par Abdoulaye Daouda Diallo. Idem pour celui de l’Economie et des Finances, Amadou Kâne, remplacé par Amadou Ba.
Avec ce nouveau gouvernement, il s’agit d’accélérer le rythme des réformes afin que chaque Sénégalais puisse sentir le changement, a déclaré Aminata Touré à la presse après la formation du nouveau gouvernement.

 

Source: AFP

Touche pas à ma nationalité à Kaédi pour la libération de nos détenus

altUne très forte délégation de Touche pas à ma nationalité se trouve à Kaédi depuis le jeudi 29 aout 2013 pour travailler à la libération de ses militants arbitrairement détenus à la suite des émeutes qui avaient secoué la ville au début du mois de juillet dernier. Conduite par le coordinateur national M. Alassane DIA, accompagné de M. Abdoul KANE, porte parole du mouvement et de M. Yacouba DIAKHITE, secrétaire à l’organisation, la délégation a rencontré les parents des détenus avant de tenir une réunion de travail avec la coordination locale du mouvement, puis avec les militants en assemblée élargie.

Il est ressorti de ces réunions que le dossier des détenus était dans l’enlisement du fait de la mauvaise foi des autorités qui s’obstinent à les maintenir en prison alors que de l’aveu même de certaines sources judiciaires, les investigations menées jusque là n’ont pu fournir le moindre élément permettant d’étayer les accusations portées contre eux. Il a été aussi constaté que la commission des sages, mise en place par la ville pour obtenir, entre autres, l’élargissement des jeunes a montré ses limites.

Devant l’impasse, les militants de Touche pas à ma nationalité ne voient d’autre alternative que l’occupation du terrain. Il a donc été décidé que le mouvement passe à l’action dès mardi prochain à travers une série de manifestations dans la ville de Kaédi pour amener les autorités à libérer nos compagnons de lutte.

Source:le calame

 

FLAMNET-AGORA 25ème anniversaire de la mort en détention de nos martyrs de Oualata par Boye Alassane

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Quand le lieutenant Oumar prit la gestion du fort de Oualata, le mal était déjà fait. Il y avait déjà un mort. Et plusieurs détenus étaient gravement malades, tandis que les autres étaient squelettiques, affamés. Ten Youssouf Guéye, notre doyen, qui souffrait depuis plusieurs jours déjà, voyait son état de santé s’empirer sérieusement.

Ten Youssouf Gueye était si souffrant que Bâ Mamadou Sidi s’était entièrement disponibilisé pour être à son chevet et lui fournir les maigres soins dont il disposait. Nous avions obtenu qu’il soit mis dans un local libre, accolé à notre salle côté nord-est. Là, il pouvait trouver plus d’aération et de tranquillité. Il avait beaucoup maigri en peu de jours. Son visage était devenu hâve. Sa voix, forte et claire s’était presque éteinte. Il parlait avec beaucoup de peine et ses propos étaient entrecoupés par la douleur. Il était dans cet état quand le lieutenant Oumar ould Boubacar arriva au fort vers le 31 août 1988.

Bâ Mamadou Sidi avait installé Ten Youssouf Gueye dans la cour du fort près de la porte d’entrée de notre salle. Il était près de 18 heures. Le lieutenant Oumar vint vers Ten Youssouf Gueye couché sur sa couverture. Il lui prit affectueusement la tête entre ses mains, et comme pour être certain d’être bien entendu par lui, se pencha sur son visage, le questionna sur sa santé. Image saisissante, émouvante, inoubliable : Ten Youssouf Gueye rassembla tout ce qu’il lui restait d’énergie, essaya de redonner à sa voix habituellement forte et claire, présentement tremblante, tout son tonus, malgré la douleur qui se lisait sur son visage, et comme s’il avait conscience d’émettre sa dernière volonté, il voulut s’assurer que tous ses propos fussent entendus, articula aussi fort que le permettait son état, à l’intention du lieutenant Oumar toujours penché au-dessus de lui :

– Lieutenant Oumar, vous n’allez pas laisser mourir comme un chien l’un des hommes de culture de ce pays ?
Toujours penché au dessus de lui, d’une voix émue, le lieutenant Oumar lui répondit :
– Non, tranquillisez-vous, tout sera fait pour que vous soyez évacué rapidement afin de bénéficier de soins appropriés.

Dans la même nuit, le lieutenant Oumar regagna Nema. Le lendemain 1er septembre, Ten Youssouf Gueye fut évacué à bord d’une land Rover de la garde. Malheureusement, quand il y arriva, le lieutenant Oumar était en mission d’inspection dans la région de Nema. Le Wali était, lui aussi, absent de Nema. Par rapport au cas du détenu Ten Youssouf Gueye, il y avait une sorte de vacance de pouvoir. Ces deux autorités semblaient être les seules habilitées à décider de l’hospitalisation de Ten Youssouf Gueye. Puisque tous les autres responsables (préfet, gouverneur adjoint), refusèrent de prendre la responsabilité de son hospitalisation. Conséquence tragique d’une telle vacance de pouvoir et du refus des responsables administratifs sur place d’engager leur responsabilité : Ten Youssouf Gueye agonisant, évacué d’un fort-mouroir pour être hospitalisé, se retrouva, malgré son état, dans la prison des détenus de droit commun de Nema. C’est dans cette prison qu’il expira dans la nuit de 2 septembre 1988. Sans sépulture, il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Nema. Telle fut la fin de l’un des plus prestigieux écrivains[2] et homme de culture de la Mauritanie. .

Lire la suite du témoignage :

 

Tonton Ten Youssouf Gueye

«J’étais à Oualata»  

 

 

                        – Tonton, si Allah nous prête vie et santé, et qu’un jour il fait que nous sortions d’ici libres, tu ne manqueras certainement pas d’écrire un livre sur nos conditions de détention à Oualata ?

Ten Youssouf Gueye (c’était lui Tonton. Ainsi avait-il voulu que Bâ Mamadou Sidi et moi, l’appelions. Lui, nous appelait «mes neveux) sourit et me dit :

– J’ai déjà en tête le titre du livre. Je peux te le révéler. Il sera intitulé : J’étais à Oualata. C’est alors seulement que je pus comprendre et donner une signification à certains gestes et comportements de Tonton Ten Youssouf Gueye qui avaient attiré mon attention mais que j’avais mis sur le compte de la curiosité. Il était exempté des travaux mais aimait souvent sortir avec les détenus lors des travaux. Il cherchait à toucher du doigt tous les travaux que les détenus effectuaient, même s’il en était dispensé. Un jour, il exigea même de transporter avec nous les bidons de soixante-dix litres d’eau du puits jusqu’au fort. Il y mit si bien des poings et des pieds que nous finîmes, malgré nous, par accéder à son désir. Et ses sorties n’étaient pas seulement celles d’un promeneur à la recherche de l’air pur. Il se livrait aussi à de véritables observations. Il scrutait les lieux, le paysage, la ville qu’on pouvait apercevoir. Il regardait longuement les murs du fort qu’il lui arrivait de tâter souvent.

Quand il me confia qu’il avait bien l’intention, un jour, d’écrire sur notre détention, alors, toutes ces images me revinrent à l’esprit. Je compris que ces observations étaient plus que le fait d’un curieux. Elles m’apparurent comme le travail préparatoire de l’écrivain qui avait un livre en gestation. En fait Tonton Ten Youssouf Gueye observait pour filmer, mémoriser le milieu, l’environnement physique, le cadre du récit qu’il se proposait d’écrire. Quand il me communiqua le titre de son futur livre, je ne voulus point en demander davantage ; comblé que j’étais par la satisfaction d’avoir eu le privilège de partager un secret bien gardé : le titre d’un livre encore en gestation d’un écrivain talentueux. Je me réjouissais plutôt à l’idée que sous sa belle plume, toutes les péripéties de notre effroyable détention seraient immortalisées.

Depuis que je lui fis savoir que son fils Ten Daouda Gueye était mon ami d’enfance, tonton Youssouf Gueye me prit en estime. Je dirais même qu’il m’adopta. Si tant est que, d’un détenu à un autre, dans les conditions qui étaient les nôtres, on puisse parler d’adoption.
Je devinai – il me le confirmera plus tard – qu’à travers moi, ce qu’il voyait aussi, en permanence, c’est son cher Ten Daouda Gueye. Ce sentiment, qu’il avait de percevoir son fils à travers moi, créa entre nous des liens solides et continus. Il m’estimait. Je le respectais, l’admirais pour son immense culture. Ces liens privilégiés qui s’étaient tissés entre nous m’autorisaient à le côtoyer quand je le voulais. À le questionner sur n’importe quel sujet : culture, histoire, géographie, son expérience de diplomate, le métier d’écrivain, son oeuvre littéraire, etc. Il s’en réjouissait. Il aimait communiquer, parler, mais savait aussi beaucoup écouter. Quand on le questionnait, il répondait toujours avec enthousiasme et un sens pédagogique remarquable.

Né en 1928 à Kaeïdi, tonton Youssouf Gueye était l’un des premiers cadres de la Mauritanie. Sorti de l’école normale William Ponty du Sénégal, après avoir enseigné en Mauritanie pendant plusieurs années, il entama une carrière de diplomate qui le conduira à Bruxelles et à New York. En tant que responsable de l’OTA (Office du Tourisme Africain), il effectuera un séjour à Paris dans les années 70.

Il était profondément imbu de la culture occidentale autant que de sa culture africaine. Toutes deux cohabitaient en lui dans une parfaite harmonie. L’histoire du Fouta n’avait pas de secret pour lui. Il en parlait avec autant d’assurance et d’aisance, qu’il parlait de l’histoire de la France de Hugues Capet à Napoléon Bonaparte, en passant par Louis XVI.

Pendant notre séjour à Oualata, il fit des conférences magistrales sur l’histoire du Fouta et de la France. Les lieutenants Dia Abdarrahmane et Kane Mamadou lui avaient demandé des exposés sur Napoléon Bonaparte. Il accepta. Ainsi, voyait-on, presque chaque jour, entre 13 heures et 15 heures, Dia Abdarrahmane et Kane Mamadou, munis de leur cahier et stylo, auprès de tonton Youssouf Gueye. Pendant plus d’un mois, il leur parla avec talent, de la vie et de l´oeuvre de l’un des plus illustres Français.

Ces conférences étaient d’autant plus remarquables et admirables qu’il les faisait dans des conditions de détention pénibles, sans préparation, sans notes, sans documentation. Et pourtant, à l’entendre parler avec calme et une telle assurance, en égrenant des dates et des détails précis pour illustrer ses propos, on eut dit qu’il lisait des notes longuement et soigneusement préparées. Avant de passer à l’exposé suivant, il interrogeait toujours ses deux détenus-étudiants pour s’assurer que l’exposé précédent avait bien été assimilé. Ses deux détenus-étudiants étaient studieux. Cela l’enthousiasmait. Sa tâche s’en trouvait facilitée.

Tonton Youssouf Gueye prenait aussi beaucoup soin de sa personne. Quand il en avait la possibilité, chaque matin, il se rasait la barbe et arrangeait sa moustache. Il veillait à son hygiène corporelle autant que les conditions de détention le lui permettaient.
À l’intérieur de la salle, pendant que par petits groupes les détenus bavardaient, parlaient de tout et de rien, on voyait souvent le doyen seul, couché, plongé dans de profondes méditations. Quand, dans ces moments-là, on l’entendait marmonner, ou qu’on le voyait brusquement relever la tête et braquer son regard, qui pouvait être dur, dans la direction d’un groupe de détenus, avec un balancement désapprobateur de la tête, il n’y avait pas de doute à se faire : tonton Youssouf Gueye venait d’entendre une énormité proférée par quelqu’un. Son ouïe très fine lui permettait d’entendre involontairement beaucoup de choses dites loin de lui. Vos propos étaient captés par les oreilles de tonton quand vous croyiez qu’ils ne l’étaient que par votre vis-à-vis…
Il avait aussi de l’humour. Et il ne se privait pas à l’occasion de s’en servir.

Parmi les détenus de droit commun… il y avait un véritable mythomane. Tonton Ten Youssouf Gueye disait de lui : «Quand vous le voyez se remuer, ses narines s’élargir, sa tête tourner de gauche à droite, comprenez qu’il s’apprête à dire des mensonges. Mentir chez cet homme semble être un besoin physiologique ».

Ten Youssouf Gueye pouvait aussi être taquin. Vers le mois de février 1988, un brigadier-chef nommé Lehbib fut muté au fort. Il paraissait seconder le régisseur l’adjudant Boubaly. Il traitait pratiquement tous les problèmes liés à nos conditions de détention, et aimait se donner des airs de quelqu’un de très important. Très vite nous oubliâmes son nom Lehbib, pour ne plus l’appeler que par le sobriquet de «Sareedu» que lui avait donné tonton Youssouf Gueye. «Sareedu» est la prononciation en pulaar de la quatorzième lettre de l’alphabet arabe qui se lit sâd. Littéralement traduit du pulaar, le terme «Sareedu» veut dire le sâd ventru. Le terme «Sareedu», qui évoque l’image du ventre, est utilisé dans les écoles coraniques traditionnelles du Fouta par les maîtres pour mieux faciliter la mémorisation de l’alphabet arabe par leurs petits élèves. Plusieurs lettres de cet alphabet se voyaient ainsi attribuées une terminaison en pulaar qui renvoie à une image bien précise. C’était là un procédé pédagogique pour faciliter l’assimilation de l’alphabet par les élèves.

Le brigadier-chef «Sareedu» présentait plusieurs traits caractéristiques. Il était le seul parmi les gardes à avoir une pipe et une tabatière kilométriques dont la beauté attestait qu’elles étaient passées entre les mains d’artisans chevronnés. Court et trapu, ses oreilles se dressaient sur une tête de forme triangulaire. Il avait un gros ventre. Et c’est ce gros ventre qui inspira à tonton Youssouf Gueye le surnom de «Sareedu». Et à dire vrai, le ventre du brigadier-chef Lehbib ressemblait et évoquait la lettre «Sareedu».

Ainsi était tonton Youssouf Gueye. Valeur intellectuelle sûre, homme de culture, l’auteur de «Rella Galo Thiongane ou les voies de l’honneur» nous aurait produit, si son projet de livre avait pu se concrétiser, l´oeuvre littéraire maîtresse de sa vie. À la fois témoin et acteur, il aurait sans aucun doute mis tout son talent d’écrivain, sa prodigieuse mémoire et son style suave à la rédaction de J’étais à Oualata : récit de notre détention.
Nous aurions eu là, avec sa plume savoureuse, une brillante radioscopie de l’un des visages hideux et exécrables du racisme d’État en Mauritanie : le système carcéral raciste.
Hélas ! il ne survécut pas aux terribles conditions de détention de Oualata. Il en mourut. Avec lui, J’étais à Oualata, dont la rédaction mentale était sans doute presque achevée. »

Boye Alassane Harouna

WWW.FLAMNET.INFO

1 septembre 2006

REF:
[1] J’ÉTAIS À OULATA- LE RACISME d’État EN MAURITANIE- L’Harmattan, 1999. Page 131 à 137
[2] Parmi les textes de Ten Youssouf Gueye :
– Rella Galo Thiongane ou les voies de l’honneur (roman)
– À l’orée du Sahel (recueil de nouvelles)
– Quelques aspects de la littérature pulaar

 

Mauritanie: le parti Arc-en-ciel ‘ s’opposera à tous les acteurs du système politique’

altArc en ciel, le parti Mauritanien du concret s’opposera à tous les acteurs du système politique aussi bien dans la majorité présidentielle que dans l’opposition crypto-personnelle, a annoncé son président Alassane Hamady Soma Ba.

« Ne vous y trompez pas le gué guerre entre cette majorité et opposition  n’est autre chose qu’une manœuvre, une ruse pour nous endormir et nous empêcher d’ouvrir les yeux pour nous occuper de l’essentiel, a-t-il déclaré. Quitte à être un singleton, nous nous opposerons à tous les deux»

 

Alassane Hamady Soma Ba s’exprimait à l’occasion de la présentation Samedi à Nouakchott des membres de bureau exécutif provisoire d’Arc-en-ciel qui était en hibernation depuis 3 ans et 2 mois après l’obtention de son récépissé.

Ainsi sont élus Alassane Borty Diallo, président d’honneur, Alassane Hamady Soma président et Moussa Diallo secrétaire général.

Six vices présidents sont élus pour se charger des relations avec les différentes composantes de la société mauritanienne les “arabo-berbère, Soninké, poulaar, Harratine, wolof et bambara”. 

Le parti a mis en place plusieurs commissions nationales. Elles sont chargées de la bonne cohabitation; de la stratégie politique; des femmes; des jeunes; des affaires administratives et sociales; des affaires économiques et commerciales; de l’emploi; de la petite enfance;  de l’emploi; des relation avec le monde arabe; de l’intégration sous-régionale des mouvements associatifs, de l’environnement et  de l’organisation et de la sécurité.

Il y a également les conseillers juridiques et les ambassadeurs itinérants chargés des relations avec la diaspora mauritanienne.

 

Source : Alakhbar

Le rêve de King cinquante ans après

Le 28 août 1963 se sont réunis devant la maison blanche, près de trois cent mille personnes venues réclamer à l’administration Kennedy que le pays change et que la législation l’y oblige. Depuis plusieurs semaines, un projet de loi mettant fin à la discrimination raciale pratiquée dans le sud des Etats-Unis était en attente sur les tables d’un Congrès réticent. Cette manifestation de masse avait pour but de rappeler au gouvernement ses engagements vis-à-vis des militants des droits civiques, solidaires de la conditions des Noirs. Ces derniers, au Sud, étaient engagés depuis près de dix ans dans une campagne de désobéissance civile visant à dénoncer l’injustice et la violence de leur quotidien. Les caméras de télévision, qui venaient d’entrer dans les foyers américains, avaient porté à la connaissance du pays l’ignominie de la brutalité policière face aux activistes non violents et le temps du changement semblait venu.

Martin Luther King Jr. fut la voix inoubliable qui ce jour là, au piédestal de la statue de Lincoln, à l’issue d’une après-midi caniculaire lors de laquelle concert et discours s’étaient enchaînés, marqua l’histoire en racontant qu’il avait ce rêve insensé mais peut-être prophétique dans lequel Noirs et Blancs seraient égaux dans une Amérique réconciliée et apaisée. « Je fais un rêve » dit-il, qui doit devenir réalité, « et si l’Amérique doit être une grande nation, il faut qu’il en soit ainsi » (1).

Les Etats-Unis ont retenu la belle histoire, celle d’un moment d’unité nationale lors duquel le rêve de King devint celui de la nation. Quelques semaines après la marche, le Congrès vota en effet le Civil Right Act, qui interdit la ségrégation et les pratiques discriminatoires. Lyndon Johnson, porté par l’assassinat de Kennedy, signa à l’été 1964 ce texte rédempteur, en présence des principaux militants noirs. Un an plus tard, une loi complémentaire fut ajoutée, le Voting Right Act, afin, par la supervision pointilleuse de l’Etat fédéral, de s’assurer qu’aucune ruse ni aucun biais ne permettrait que de nouveau on empêcha les Noirs de voter.

On se plaît la main sur le cœur à réciter l’envolée finale du discours de King, en voyant dans son appel à la fraternité l’annonce d’une ère post-raciale. Mais on oublie que le pasteur, qui avoua avant sa mort que son rêve avait tourné au cauchemar, commença son discours par la dénonciation d’un chèque sans provision que le pays avait signé aux Noirs. Ce chèque, c’est la promesse faite par la Constitution des Etats-Unis qu’ils seraient reconnus comme des citoyens à part entière. En 2013, le chèque ne semble toujours pas avoir été honoré. Les cinquante ans de la Marche sur Washington surviennent dans un contexte d’étiolement des libertés civiques. Cette dissonance historique s’entend dans les rangs des marcheurs activistes qui, dès samedi dernier, ont commencé à fouler le mall de Washington. Assez rêvé.

Un chèque en bois

En quelques semaines, à l’été 2013, les Afro-Américains ont en effet vécu le détricotage par la Cour Suprême d’une des mesures essentielles des lois de 64-65 et l’acquittement inique de M. George Zimmerman, le meurtrier de Trayvon Martin, jeune garçon noir de 14 ans. Le procès et son verdict furent un traumatisme et un rappel de la permanence des préjugés racistes. Hasard du calendrier, le même jour était sorti sur les écrans le film Fruitvale station, relatant la mort d’un jeune noir sous les balles d’un policier blanc du métro de San Francisco, acquitté après avoir plaidé la maladresse. Zimmerman, patrouilleur armé à la faveur de la loi dite « Stand Your Ground » (« Défendez votre territoire ») suspectait le jeune adolescent, Noir portant capuche, d’être un étranger dangereux pour le quartier.

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April 4th, 1968
Photomontage de Nikkolas Smith. Source.

La ségrégation spatiale n’est pas moindre en 2013 qu’en 1964 (2) et tout Afro-Américain franchissant les frontières imaginaires le paie cher. Zimmerman fut innocenté et son arme lui fut rendue, la justice validant ainsi ses présomptions racistes selon lesquelles un jeune homme noir, même s’il a 14 ans et qu’il se rend en toute normalité chez des proches, est toujours intrinsèquement menaçant. Cette réalité crue, orthogonale de l’autocélébration nationale autour de l’anniversaire de la marche de 1963 fut incarnée par une image qui devint virale sur Internet lors du procès : un photomontage de King, capuche sur la tête. Saisissante, elle devint l’emblème des héritiers du pasteur qui se mobilisèrent dans le pays. Suite au verdict, le président Barack Obama, qui se tient résolument à distance des questions raciales depuis son élection, exprima sa consternation et son empathie et reconnut explicitement qu’un problème de reconnaissance spécifique aux jeunes hommes afro-américains se posait encore (3).

La grande régression

Tel n’est visiblement pas la conviction du juge conservateur de la Cour Suprême, M. John Roberts, à l’origine de l’annulation d’une mesure phare héritée de 1964, qui prévoit que tous les Etats ayant une longue histoire de discrimination raciale (principalement dans le vieux Sud) ne peuvent modifier leurs lois électorales sans en référer au préalable à Washington. Jugeant, à l’encontre des régressions démocratiques largement pratiquées à l’endroit des minorités raciales dans nombre d’Etats lors des élections de 2012 (4), que les pratiques discriminatoires étaient caduques, d’un autre âge, l’opinion du juge sidéra les militants des droits civiques. Mettant à bas le principe clé de 1964, qui veut que l’Etat vigilant se porte garant de l’interdiction des pratiques discriminatoires, l’arrêt Shelby County v. Holder a immédiatement suscité l’adoption — du Texas à la Caroline du Nord — de nouvelles mesures réduisant l’accès des minorités au bureau de vote (5). Le président s’est dit consterné de cette décision et son ministre de la justice, M. Eric Holder, a annoncé comme pour les lois sécuritaires « Stand your Ground » qu’il entamerait des poursuites contre les collectivités locales adoptant des mesures trop racistes (6).

Le racisme est davantage multiforme et sans doute plus insidieux aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Mais des formes grossières demeurent. Parmi les exigences des militants noirs des années 1960 figurait la fin du harcèlement policier dont les jeunes des ghettos de Los Angeles, Detroit ou Chicago étaient quotidiennement victimes. Les émeutes urbaines qui enflammèrent le pays dès 1965 furent l’illustration tragique que le cocktail pauvreté – harcèlement policier était explosif. En 2013, des militants des libertés civiles ont dénoncé la police de New York, d’ailleurs condamnée par un juge de l’Etat. La pratique dite du « Stop & Frisk », consistant à multiplier les contrôles d’identité, est présentée par le maire de la ville, M. Michael Bloomberg, et son chef de la police, M. Ray Kelly, comme la panacée pour réduire la criminalité. S’ils brandissent régulièrement les chiffres illustrant la baisse de la délinquance dans la ville (en réalité bien antérieure à la mise en place de cette politique, en 2003), ils ne semblent pas s’alerter, au contraire, de la nature indiscutablement discriminatoire de ces contrôles au faciès : sur les 700 000 interpellations réalisées en 2011, 85 % concernaient des non-blancs (7). Pour couronner le tout, MM. Bloomberg et Kelly justifient cette pratique en affirmant que les criminels appartiennent principalement aux minorités.

Un racisme institutionnel

C’est avec une contre-vérité similaire que le système pénal américain continue d’incarcérer les jeunes Noirs de façon disproportionnée (8), au nom d’une guerre contre le trafic de drogue dont la nature même est discriminatoire : les Noirs sont six fois plus emprisonnés que les Blancs et alors qu’ils ne représentent que 12 % des consommateurs de drogue aux Etats-Unis, ils constituent près de 40 % des interpellés pour usage de stupéfiants et 60 % de ceux qui sont incarcérés pour ce délit. Plus encore, les disparités entre les peines appliquées aux usagers de crack (forme vile de la cocaïne qui ravagea les ghettos noirs dans les années 1990) et celles appliquées aux consommateurs de cocaïne (plus souvent riches et blancs) est dans un rapport de 1 à 18. Et alors que deux tiers des consommateurs de crack en 2000 ne sont pas afro-américains, 80 % des condamnés pour usage de cette drogue le sont… Après une première tentative pour rééquilibrer la politique pénale en 2010, l’administration Obama a annoncé qu’elle souhaitait réformer la question des peines planchers (9) à deux vitesses.

Grâce aux dissidents des années 1960, il y a aujourd’hui 1,4 million de jeunes hommes noirs à l’université. Pendant ce temps, 840 000 sont en prison, soit près de 40 % des détenus, alors qu’ils sont 14 % de la population américaine. A cause de la prison, il y a, en 2013, plus de Noirs privés de leur droit de vote qu’en 1870, année qui vit ce droit leur être accordé. King n’imaginait sans doute pas une telle régression démocratique en paraphant le « Voting Right Act ».

Mais la mesure du progrès depuis 1963 doit s’évaluer à l’aune de la principale revendication des marcheurs de Washington : l’accès à l’emploi. Or, hier comme aujourd’hui, le taux de chômage des Noirs est le double de celui des Blancs et la proportion d’enfants noirs pauvres est trois fois plus élevée que celle des autres. La crise a encore renforcé les inégalités (10) et aujourd’hui, le patrimoine moyen d’une famille blanche est vingt fois plus important que celui d’une famille noire. Malgré les lois votées, la discrimination est également de nature salariale : depuis la mort de King, l’écart de revenu entre un travailleur blanc et un travailleur noir n’a été réduit que de 3 cents pour un dollar (11).

L’élection de M. Obama doit beaucoup aux activistes des années 1960 et des progrès politiques considérables ont été accomplis pour que l’Amérique puisse voir sans sourciller un président et un ministre de la justice noirs commenter la mort de Treyvon Martin. Mais nul ne peut encore croire à la fable de l’ère « post-raciale » que King aurait prophétisée et Obama réalisée. Les temps sont plus que jamais marqués par les discriminations de race et de classe et la responsabilité de M. Obama ne doit pas être occultée. Lorsqu’il félicite chaleureusement le chef de la police de New York, M. Ray Kelly, pour son travail et envisage de le nommer au poste vacant de ministre à la sécurité intérieure, il joue une partition bien éloignée des contestataires de Washington. Ceux qui défileront ce mercredi 28 août 2013, comme ceux qui ont déjà défilé, réclament en effet la fin du contrôle au faciès et du harcèlement policier et pénal, plus de justice sociale et la poursuite de la lutte contre le racisme. Les Américains noirs vont mieux qu’en 1963 mais sensiblement moins bien que lorsque M. Obama fut élu à la Maison Blanche (12).

 

Sylvie Laurent, mercredi 28 août 2013

Sylvie Laurent est chercheuse au Stanford Center for Poverty and Inequality et au WEB Du Bois Institute for African American Research, Harvard.

Source: Le monde dplomatique.