Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 02/09/2013

Une guerre par an.

En guise de « buts de guerre » en Syrie, MM. Obama, Cameron, Hollande ont répété ces derniers jours qu’il s’agissait de « punir » ceux qui ont gazé des innocents : du George W. Bush dans le texte. Est-ce faute de pouvoir se prévaloir de la légitimité internationale, en l’absence d’un accord au Conseil de sécurité des Nations unies ? La morale contre le droit, Kouchner et BHL aux anges, et tant pis pour la suite ?

Traduite en langage technique militaire, la « punition » risque d’être à géométrie variable. Washington a beau répéter qu’il ne s’agit pas de renverser le régime de Bachar Al-Assad — histoire sans doute d’amadouer ceux qui s’étaient sentis floués en 2011 par l’interprétation plus qu’extensive du mandat du Conseil de sécurité sur la Libye —, toutes les options « sur la table » y contribueront pourtant :

  • En premier lieu, une campagne de frappes de missiles de croisière, présentée comme rapide et courte (quelques petits jours), qui pourrait être menée par les quatre destroyers et les sous-marins américains actuellement en Méditerranée ; par un sous-marin ou par des bombardiers britanniques ; ou par une frégate et des Rafale français.
  • Une infiltration, à partir des frontières jordanienne et turque, de commandos syriens formés dans ces pays par les Américains.
  • Et comme annoncé par Paris, un renforcement de l’aide militaire aux rebelles, en volume mais aussi avec montée en gamme des armements qui leur sont fournis.

Objectif final… 
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Le quotidien russe Kommersant du 27 août, s’appuyant sur des avis d’experts, croit savoir que certains alliés européens, la Turquie et les monarchies du Golfe comme le Qatar et l’Arabie saoudite, poussent Washington vers un deuxième scénario, qui impliquerait une guerre aérienne plus longue et des bombardements plus intensifs. Un scénario qui ressemble davantage à la campagne libyenne de 2011, quand l’armée de l’air des pays de l’OTAN avait assuré un appui aérien aux rebelles opposés à Mouammar Kadhafi. Et l’objectif final de cette opération serait alors bien le renversement du régime d’Al-Assad, tout comme l’avait été celui de Kadhafi en Libye.

Lire Alain Gresh, « De l’impasse syrienne à la guerre régionale », Le Monde diplomatique, juillet 2013 Il existerait, selon ce journal, un scénario intermédiaire. Durant un certain temps les Etats-Unis, avec leurs alliés européens, bombarderaient la Syrie afin d’affaiblir le potentiel militaire de Damas, avant de se retirer au second plan pour accomplir principalement des fonctions auxiliaires. Les pays de la région qui cherchent à renverser Al-Assad prendraient alors le relais, avec à leur tête la Turquie — la plus puissante armée de la région. L’armée de l’air turque pourrait assurer un appui aérien à l’opposition syrienne dans les zones clés du front grâce aux bases aériennes d’Incirlik, Konya, Malatya et Diyarbakir ; l’armée de terre pourrait également participer à certaines opérations. Dans une moindre mesure le même rôle pourrait être rempli par certaines forces d’élite des pays arabes qui font partie de la coalition anti-Assad, comme le Qatar, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

… pour aller on ne sait où
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Le thème de la « punition » rappelle fortement  le bombardement du   palais de Kadhafi, et de quelques cibles à Tripoli en avril 1986, déjà par l’armée américaine. Ou encore certains raids israéliens sur tel objectif syrien. Mais le périmètre des cibles envisagées pour les frappes paraît cette fois bien plus large : batteries anti-aériennes, aéroports, dépôts, centres de commandement, casernements. Il ne manquera que la présidence, les ministères régaliens, les centrales électriques et les ports, et le ménage total aura été fait. Pour aller on ne sait où. Et au prix, sans doute :

  • d’un embrasement plus ou moins incontrôlable de la région proche-orientale ;
  • d’un surcroît de militarisation de la mer Méditerranée ;
  • de risques accrus pour Israël (où l’on est à nouveau lancé dans la course au masque à gaz) ;
  • de menaces sur les intérêts et les habitants des pays les plus en pointe dans cette offensive punitive (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis) ;
  • sans parler de la note économique mondiale, flambée du pétrole à la clé ;
  • et des inconnues sur le caractère du futur régime syrien, et le sort qu’il réservera à ses minorités, etc.

A contre-courant
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Ce flou dans les buts de guerre est d’autant plus sensible en Europe que Londres et Paris — qui se veulent en première ligne dans cette campagne de châtiment — sont en fait dépendants militairement de Washington, et en sont réduits à attendre le « top départ » américain, espérant seulement assurer à leur participation une visibilité suffisante. Ce qui arrange le président Obama, adepte du « leadership from behind » (leadership à distance, de derrière), déjà expérimenté avec succès en Libye, qui doit tenir compte d’une opinion et d’une classe politique fatiguées des aventures irakienne et afghane.

Mais ce flou est aussi de nature à limiter les ambitions européennes : en deux jours de frappes aériennes, on peut certes « punir » ; mais il faudrait, militairement, des semaines d’offensive pour « régler le problème » et s’assurer de la chute de Bachar Al-Assad — que semblent souhaiter les dirigeants français et britanniques depuis déjà plusieurs mois.

Au passage, on peut relever le paradoxe qui conduit les Français, hostiles à l’entrée en guerre en Irak en 2003, à vouloir prendre la tête de l’offensive en Syrie en 2013 — alors que l’opération punitive occidentale (car elle va apparaître ainsi) ne bénéficie pas de la traditionnelle bénédiction du Conseil de sécurité des Nations unies, pourtant jusqu’ici présentée à Paris comme un gage de légitimité, une condition nécessaire, et donc un passage obligé. La France, qui se réclame volontiers du droit international, et s’en prétend souvent la gardienne, préconise aujourd’hui de s’en passer, comme l’ami américain, et au nom du précédent du Kosovo.

Retours d’expériences
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En mars 1999, dans un contexte de massacres à grande échelle (Rwanda 1994, Srebrenica 1995), les Occidentaux avaient invoqué une  situation d’urgence humanitaire pour justifier la campagne de bombardements de l’OTAN sur les forces serbes du Kosovo. La secrétaire d’Etat américaine de l’époque, Mme Madeleine Albright, avait défendu l’idée d’une intervention « illégale mais légitime », dans le cadre d’une « situation unique ». Laquelle se répèterait aujourd’hui : comment, dès lors, donner des leçons de légalité internationale aux régimes russe, chinois, et autres ?

Or tout conflit, tout engagement de forces armées, n’a de sens que s’il débouche sur un projet politique. Les douloureuses expériences de ces dernières années, en Irak, en Afghanistan, en Libye, auraient dû porter conseil : ces pays sont aujourd’hui à feu et à sang, en proie aux attentats, à l’extrémisme, au désordre. Tirer un trait sur ces aventures, dont tous les « retours d’expérience » (« retex », comme disent les militaires) n’ont pas été menés à bien, revient à s’engager à l’aveugle dans une nouvelle offensive armée, dont les finalités et conséquences demeurent pour le moins obscures.

La plus monstrueuse
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On remarquera que la France a eu tendance, ces dernières années, à  enquiller les guerres les unes après les autres : Tchad, 2008 ; Afghanistan, 2009 ; Côte d’Ivoire, 2010 ; Libye, 2011 ; Mali, 2012-… et maintenant la Syrie. Comme si le système politique hexagonal, mais aussi son armée, son industrie de la défense, et jusqu’à un certain point son opinion, avaient besoin d’une guerre annuelle pour « tourner » correctement… ou pour oublier le reste.

Notons enfin que John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, ne manque pas d’air lorsqu’il dénonce « ceux qui ont utilisé l’arme la plus monstrueuse du monde, contre la population la plus vulnérable », oubliant ce que son pays a fait à Hiroshima et Nagasaki, en 1945. Et ce alors que son patron, Barack Obama, prix Nobel de la paix, se prépare à lancer sa guerre au lendemain de la célébration, à Washington, du cinquantenaire du « rêve » de Martin Luther King. Ainsi va le monde…

Philippe Leymarie

Les blogs du Diplo

Sénégal: nouveau gouvernement formé, sans le chanteur Youssou Ndour

altDakar – Aminata Touré, nommée Premier ministre du Sénégal, a formé lundi son gouvernement marqué par le départ du chanteur Youssou Ndour et l’arrivée de l’ex-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Me Sidiki Kaba, selon un décret présidentiel lu devant la presse.
Youssou Ndour, qui dirigeait le ministère du Tourisme et des Loisirs, ne figure pas dans le gouvernement de 32 membres dirigé par Mme Touré, selon ce décret lu par le secrétaire général de la Présidence de la République, Maxime Jean Simon Ndiaye. Aminata Touré remplace l’ex-banquier Abdoul Mbaye, remercié dimanche sans explications par le président Macky Sall.
Youssou Ndour, une star de dimension internationale, avait été appelé dans la toute première équipe d’Abdoul Mbaye, composée en avril 2012. Il lui avait été confié le ministère de la Culture et du Tourisme, puis, suite à un réaménagement, il a été chargé du Tourisme et des Loisirs.
Huit nouveaux ministres font leur entrée dans la nouvelle équipe gouvernementale, qui compte un membre de plus que la précédente équipe (32 contre 31).
Parmi les nouveaux venus, figure Sidiki Kaba, avocat de formation qui a dirigé la FIDH dont il est actuellement président d’honneur. Il est nommé ministre de la Justice, un poste qu’occupait Mme Aminata Touré depuis avril 2012.
Le ministre de l’Intérieur Pathé Seck, qui quitte le gouvernement, est remplacé par Abdoulaye Daouda Diallo. Idem pour celui de l’Economie et des Finances, Amadou Kâne, remplacé par Amadou Ba.
Avec ce nouveau gouvernement, il s’agit d’accélérer le rythme des réformes afin que chaque Sénégalais puisse sentir le changement, a déclaré Aminata Touré à la presse après la formation du nouveau gouvernement.

 

Source: AFP

Touche pas à ma nationalité à Kaédi pour la libération de nos détenus

altUne très forte délégation de Touche pas à ma nationalité se trouve à Kaédi depuis le jeudi 29 aout 2013 pour travailler à la libération de ses militants arbitrairement détenus à la suite des émeutes qui avaient secoué la ville au début du mois de juillet dernier. Conduite par le coordinateur national M. Alassane DIA, accompagné de M. Abdoul KANE, porte parole du mouvement et de M. Yacouba DIAKHITE, secrétaire à l’organisation, la délégation a rencontré les parents des détenus avant de tenir une réunion de travail avec la coordination locale du mouvement, puis avec les militants en assemblée élargie.

Il est ressorti de ces réunions que le dossier des détenus était dans l’enlisement du fait de la mauvaise foi des autorités qui s’obstinent à les maintenir en prison alors que de l’aveu même de certaines sources judiciaires, les investigations menées jusque là n’ont pu fournir le moindre élément permettant d’étayer les accusations portées contre eux. Il a été aussi constaté que la commission des sages, mise en place par la ville pour obtenir, entre autres, l’élargissement des jeunes a montré ses limites.

Devant l’impasse, les militants de Touche pas à ma nationalité ne voient d’autre alternative que l’occupation du terrain. Il a donc été décidé que le mouvement passe à l’action dès mardi prochain à travers une série de manifestations dans la ville de Kaédi pour amener les autorités à libérer nos compagnons de lutte.

Source:le calame

 

FLAMNET-AGORA 25ème anniversaire de la mort en détention de nos martyrs de Oualata par Boye Alassane

alt

Quand le lieutenant Oumar prit la gestion du fort de Oualata, le mal était déjà fait. Il y avait déjà un mort. Et plusieurs détenus étaient gravement malades, tandis que les autres étaient squelettiques, affamés. Ten Youssouf Guéye, notre doyen, qui souffrait depuis plusieurs jours déjà, voyait son état de santé s’empirer sérieusement.

Ten Youssouf Gueye était si souffrant que Bâ Mamadou Sidi s’était entièrement disponibilisé pour être à son chevet et lui fournir les maigres soins dont il disposait. Nous avions obtenu qu’il soit mis dans un local libre, accolé à notre salle côté nord-est. Là, il pouvait trouver plus d’aération et de tranquillité. Il avait beaucoup maigri en peu de jours. Son visage était devenu hâve. Sa voix, forte et claire s’était presque éteinte. Il parlait avec beaucoup de peine et ses propos étaient entrecoupés par la douleur. Il était dans cet état quand le lieutenant Oumar ould Boubacar arriva au fort vers le 31 août 1988.

Bâ Mamadou Sidi avait installé Ten Youssouf Gueye dans la cour du fort près de la porte d’entrée de notre salle. Il était près de 18 heures. Le lieutenant Oumar vint vers Ten Youssouf Gueye couché sur sa couverture. Il lui prit affectueusement la tête entre ses mains, et comme pour être certain d’être bien entendu par lui, se pencha sur son visage, le questionna sur sa santé. Image saisissante, émouvante, inoubliable : Ten Youssouf Gueye rassembla tout ce qu’il lui restait d’énergie, essaya de redonner à sa voix habituellement forte et claire, présentement tremblante, tout son tonus, malgré la douleur qui se lisait sur son visage, et comme s’il avait conscience d’émettre sa dernière volonté, il voulut s’assurer que tous ses propos fussent entendus, articula aussi fort que le permettait son état, à l’intention du lieutenant Oumar toujours penché au-dessus de lui :

– Lieutenant Oumar, vous n’allez pas laisser mourir comme un chien l’un des hommes de culture de ce pays ?
Toujours penché au dessus de lui, d’une voix émue, le lieutenant Oumar lui répondit :
– Non, tranquillisez-vous, tout sera fait pour que vous soyez évacué rapidement afin de bénéficier de soins appropriés.

Dans la même nuit, le lieutenant Oumar regagna Nema. Le lendemain 1er septembre, Ten Youssouf Gueye fut évacué à bord d’une land Rover de la garde. Malheureusement, quand il y arriva, le lieutenant Oumar était en mission d’inspection dans la région de Nema. Le Wali était, lui aussi, absent de Nema. Par rapport au cas du détenu Ten Youssouf Gueye, il y avait une sorte de vacance de pouvoir. Ces deux autorités semblaient être les seules habilitées à décider de l’hospitalisation de Ten Youssouf Gueye. Puisque tous les autres responsables (préfet, gouverneur adjoint), refusèrent de prendre la responsabilité de son hospitalisation. Conséquence tragique d’une telle vacance de pouvoir et du refus des responsables administratifs sur place d’engager leur responsabilité : Ten Youssouf Gueye agonisant, évacué d’un fort-mouroir pour être hospitalisé, se retrouva, malgré son état, dans la prison des détenus de droit commun de Nema. C’est dans cette prison qu’il expira dans la nuit de 2 septembre 1988. Sans sépulture, il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Nema. Telle fut la fin de l’un des plus prestigieux écrivains[2] et homme de culture de la Mauritanie. .

Lire la suite du témoignage :

 

Tonton Ten Youssouf Gueye

«J’étais à Oualata»  

 

 

                        – Tonton, si Allah nous prête vie et santé, et qu’un jour il fait que nous sortions d’ici libres, tu ne manqueras certainement pas d’écrire un livre sur nos conditions de détention à Oualata ?

Ten Youssouf Gueye (c’était lui Tonton. Ainsi avait-il voulu que Bâ Mamadou Sidi et moi, l’appelions. Lui, nous appelait «mes neveux) sourit et me dit :

– J’ai déjà en tête le titre du livre. Je peux te le révéler. Il sera intitulé : J’étais à Oualata. C’est alors seulement que je pus comprendre et donner une signification à certains gestes et comportements de Tonton Ten Youssouf Gueye qui avaient attiré mon attention mais que j’avais mis sur le compte de la curiosité. Il était exempté des travaux mais aimait souvent sortir avec les détenus lors des travaux. Il cherchait à toucher du doigt tous les travaux que les détenus effectuaient, même s’il en était dispensé. Un jour, il exigea même de transporter avec nous les bidons de soixante-dix litres d’eau du puits jusqu’au fort. Il y mit si bien des poings et des pieds que nous finîmes, malgré nous, par accéder à son désir. Et ses sorties n’étaient pas seulement celles d’un promeneur à la recherche de l’air pur. Il se livrait aussi à de véritables observations. Il scrutait les lieux, le paysage, la ville qu’on pouvait apercevoir. Il regardait longuement les murs du fort qu’il lui arrivait de tâter souvent.

Quand il me confia qu’il avait bien l’intention, un jour, d’écrire sur notre détention, alors, toutes ces images me revinrent à l’esprit. Je compris que ces observations étaient plus que le fait d’un curieux. Elles m’apparurent comme le travail préparatoire de l’écrivain qui avait un livre en gestation. En fait Tonton Ten Youssouf Gueye observait pour filmer, mémoriser le milieu, l’environnement physique, le cadre du récit qu’il se proposait d’écrire. Quand il me communiqua le titre de son futur livre, je ne voulus point en demander davantage ; comblé que j’étais par la satisfaction d’avoir eu le privilège de partager un secret bien gardé : le titre d’un livre encore en gestation d’un écrivain talentueux. Je me réjouissais plutôt à l’idée que sous sa belle plume, toutes les péripéties de notre effroyable détention seraient immortalisées.

Depuis que je lui fis savoir que son fils Ten Daouda Gueye était mon ami d’enfance, tonton Youssouf Gueye me prit en estime. Je dirais même qu’il m’adopta. Si tant est que, d’un détenu à un autre, dans les conditions qui étaient les nôtres, on puisse parler d’adoption.
Je devinai – il me le confirmera plus tard – qu’à travers moi, ce qu’il voyait aussi, en permanence, c’est son cher Ten Daouda Gueye. Ce sentiment, qu’il avait de percevoir son fils à travers moi, créa entre nous des liens solides et continus. Il m’estimait. Je le respectais, l’admirais pour son immense culture. Ces liens privilégiés qui s’étaient tissés entre nous m’autorisaient à le côtoyer quand je le voulais. À le questionner sur n’importe quel sujet : culture, histoire, géographie, son expérience de diplomate, le métier d’écrivain, son oeuvre littéraire, etc. Il s’en réjouissait. Il aimait communiquer, parler, mais savait aussi beaucoup écouter. Quand on le questionnait, il répondait toujours avec enthousiasme et un sens pédagogique remarquable.

Né en 1928 à Kaeïdi, tonton Youssouf Gueye était l’un des premiers cadres de la Mauritanie. Sorti de l’école normale William Ponty du Sénégal, après avoir enseigné en Mauritanie pendant plusieurs années, il entama une carrière de diplomate qui le conduira à Bruxelles et à New York. En tant que responsable de l’OTA (Office du Tourisme Africain), il effectuera un séjour à Paris dans les années 70.

Il était profondément imbu de la culture occidentale autant que de sa culture africaine. Toutes deux cohabitaient en lui dans une parfaite harmonie. L’histoire du Fouta n’avait pas de secret pour lui. Il en parlait avec autant d’assurance et d’aisance, qu’il parlait de l’histoire de la France de Hugues Capet à Napoléon Bonaparte, en passant par Louis XVI.

Pendant notre séjour à Oualata, il fit des conférences magistrales sur l’histoire du Fouta et de la France. Les lieutenants Dia Abdarrahmane et Kane Mamadou lui avaient demandé des exposés sur Napoléon Bonaparte. Il accepta. Ainsi, voyait-on, presque chaque jour, entre 13 heures et 15 heures, Dia Abdarrahmane et Kane Mamadou, munis de leur cahier et stylo, auprès de tonton Youssouf Gueye. Pendant plus d’un mois, il leur parla avec talent, de la vie et de l´oeuvre de l’un des plus illustres Français.

Ces conférences étaient d’autant plus remarquables et admirables qu’il les faisait dans des conditions de détention pénibles, sans préparation, sans notes, sans documentation. Et pourtant, à l’entendre parler avec calme et une telle assurance, en égrenant des dates et des détails précis pour illustrer ses propos, on eut dit qu’il lisait des notes longuement et soigneusement préparées. Avant de passer à l’exposé suivant, il interrogeait toujours ses deux détenus-étudiants pour s’assurer que l’exposé précédent avait bien été assimilé. Ses deux détenus-étudiants étaient studieux. Cela l’enthousiasmait. Sa tâche s’en trouvait facilitée.

Tonton Youssouf Gueye prenait aussi beaucoup soin de sa personne. Quand il en avait la possibilité, chaque matin, il se rasait la barbe et arrangeait sa moustache. Il veillait à son hygiène corporelle autant que les conditions de détention le lui permettaient.
À l’intérieur de la salle, pendant que par petits groupes les détenus bavardaient, parlaient de tout et de rien, on voyait souvent le doyen seul, couché, plongé dans de profondes méditations. Quand, dans ces moments-là, on l’entendait marmonner, ou qu’on le voyait brusquement relever la tête et braquer son regard, qui pouvait être dur, dans la direction d’un groupe de détenus, avec un balancement désapprobateur de la tête, il n’y avait pas de doute à se faire : tonton Youssouf Gueye venait d’entendre une énormité proférée par quelqu’un. Son ouïe très fine lui permettait d’entendre involontairement beaucoup de choses dites loin de lui. Vos propos étaient captés par les oreilles de tonton quand vous croyiez qu’ils ne l’étaient que par votre vis-à-vis…
Il avait aussi de l’humour. Et il ne se privait pas à l’occasion de s’en servir.

Parmi les détenus de droit commun… il y avait un véritable mythomane. Tonton Ten Youssouf Gueye disait de lui : «Quand vous le voyez se remuer, ses narines s’élargir, sa tête tourner de gauche à droite, comprenez qu’il s’apprête à dire des mensonges. Mentir chez cet homme semble être un besoin physiologique ».

Ten Youssouf Gueye pouvait aussi être taquin. Vers le mois de février 1988, un brigadier-chef nommé Lehbib fut muté au fort. Il paraissait seconder le régisseur l’adjudant Boubaly. Il traitait pratiquement tous les problèmes liés à nos conditions de détention, et aimait se donner des airs de quelqu’un de très important. Très vite nous oubliâmes son nom Lehbib, pour ne plus l’appeler que par le sobriquet de «Sareedu» que lui avait donné tonton Youssouf Gueye. «Sareedu» est la prononciation en pulaar de la quatorzième lettre de l’alphabet arabe qui se lit sâd. Littéralement traduit du pulaar, le terme «Sareedu» veut dire le sâd ventru. Le terme «Sareedu», qui évoque l’image du ventre, est utilisé dans les écoles coraniques traditionnelles du Fouta par les maîtres pour mieux faciliter la mémorisation de l’alphabet arabe par leurs petits élèves. Plusieurs lettres de cet alphabet se voyaient ainsi attribuées une terminaison en pulaar qui renvoie à une image bien précise. C’était là un procédé pédagogique pour faciliter l’assimilation de l’alphabet par les élèves.

Le brigadier-chef «Sareedu» présentait plusieurs traits caractéristiques. Il était le seul parmi les gardes à avoir une pipe et une tabatière kilométriques dont la beauté attestait qu’elles étaient passées entre les mains d’artisans chevronnés. Court et trapu, ses oreilles se dressaient sur une tête de forme triangulaire. Il avait un gros ventre. Et c’est ce gros ventre qui inspira à tonton Youssouf Gueye le surnom de «Sareedu». Et à dire vrai, le ventre du brigadier-chef Lehbib ressemblait et évoquait la lettre «Sareedu».

Ainsi était tonton Youssouf Gueye. Valeur intellectuelle sûre, homme de culture, l’auteur de «Rella Galo Thiongane ou les voies de l’honneur» nous aurait produit, si son projet de livre avait pu se concrétiser, l´oeuvre littéraire maîtresse de sa vie. À la fois témoin et acteur, il aurait sans aucun doute mis tout son talent d’écrivain, sa prodigieuse mémoire et son style suave à la rédaction de J’étais à Oualata : récit de notre détention.
Nous aurions eu là, avec sa plume savoureuse, une brillante radioscopie de l’un des visages hideux et exécrables du racisme d’État en Mauritanie : le système carcéral raciste.
Hélas ! il ne survécut pas aux terribles conditions de détention de Oualata. Il en mourut. Avec lui, J’étais à Oualata, dont la rédaction mentale était sans doute presque achevée. »

Boye Alassane Harouna

WWW.FLAMNET.INFO

1 septembre 2006

REF:
[1] J’ÉTAIS À OULATA- LE RACISME d’État EN MAURITANIE- L’Harmattan, 1999. Page 131 à 137
[2] Parmi les textes de Ten Youssouf Gueye :
– Rella Galo Thiongane ou les voies de l’honneur (roman)
– À l’orée du Sahel (recueil de nouvelles)
– Quelques aspects de la littérature pulaar

 

Mauritanie: le parti Arc-en-ciel ‘ s’opposera à tous les acteurs du système politique’

altArc en ciel, le parti Mauritanien du concret s’opposera à tous les acteurs du système politique aussi bien dans la majorité présidentielle que dans l’opposition crypto-personnelle, a annoncé son président Alassane Hamady Soma Ba.

« Ne vous y trompez pas le gué guerre entre cette majorité et opposition  n’est autre chose qu’une manœuvre, une ruse pour nous endormir et nous empêcher d’ouvrir les yeux pour nous occuper de l’essentiel, a-t-il déclaré. Quitte à être un singleton, nous nous opposerons à tous les deux»

 

Alassane Hamady Soma Ba s’exprimait à l’occasion de la présentation Samedi à Nouakchott des membres de bureau exécutif provisoire d’Arc-en-ciel qui était en hibernation depuis 3 ans et 2 mois après l’obtention de son récépissé.

Ainsi sont élus Alassane Borty Diallo, président d’honneur, Alassane Hamady Soma président et Moussa Diallo secrétaire général.

Six vices présidents sont élus pour se charger des relations avec les différentes composantes de la société mauritanienne les “arabo-berbère, Soninké, poulaar, Harratine, wolof et bambara”. 

Le parti a mis en place plusieurs commissions nationales. Elles sont chargées de la bonne cohabitation; de la stratégie politique; des femmes; des jeunes; des affaires administratives et sociales; des affaires économiques et commerciales; de l’emploi; de la petite enfance;  de l’emploi; des relation avec le monde arabe; de l’intégration sous-régionale des mouvements associatifs, de l’environnement et  de l’organisation et de la sécurité.

Il y a également les conseillers juridiques et les ambassadeurs itinérants chargés des relations avec la diaspora mauritanienne.

 

Source : Alakhbar