Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 12/09/2013

Scrutins législatifs et municipaux : Au profit des frères et des cousins

Alors que le COD et le président Mohamed Ould Abdel Aziz poursuivent leur jeu de nerfs autour des prochaines consultations électorales, avec des échos de plus en plus persistants relatifs à de fortes pressions exercées sur les deux parties par des « pays amis » pour dépasser la crise politique persistante en Mauritanie, les scrutins envisagés ont ouvert une véritable course pour l’accès aux fonctions électives, avec en soubassement le retour en force du népotisme et du tribalisme.  


Scrutins législatifs et municipaux : Au profit des frères et des cousins  
 

 

  Les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) continuent de maintenir le suspens quant à leur participation ou non aux prochaines élections législatives et municipales de novembre 2013.
   
  Prévue dimanche 1er septembre dernier, la décision finale des leaders de l’opposition dite radicale semble courir de report en report, les réunions de la COD s’éternisant sans qu’une position commune officielle ne soit prise. De sources proches de ces milieux, la décision des partis de la COD reste suspendue aux éventuelles nouvelles concessions que le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz pourrait amener à leur concéder. Il est en effet de plus en plus question de négociations en coulisses entre les différents acteurs, de pressions sous la table exercées par certains partenaires clés de la Mauritanie pour amener l’opposition et les autorités à s’entendre sur des points afin qu’aucun boycott ne vienne prolonger une crise politique qui n’a que trop durer. C’est dans ce cadre que s’inscrirait l’intermédiation confiée, selon certaines sources, à Messaoud Ould Boulkheïr, président de l’Assemblée nationale et figure de proue de la scène politique nationale.
   
Pendant que d’âpres négociations se déroulent ainsi dans les coulisses, les partis de la majorité et plusieurs autres partis dont certains se réclament de l’opposition et d’autres de la COD participationniste, s’étripent pour s’arracher sièges au Parlement et dans les prochains conseils municipaux. Au sein du parti-Etat, plusieurs sources de presse évoquent un retour en force du népotisme et du tribalisme. Au détriment du mérite et de la compétence, plusieurs ministres du gouvernement et hauts fonctionnaires de l’Etat ou encore cadres influents du parti-Etat, l’Union Pour la République (UPR) s’activeraient ainsi à mettre à l’étrier électif leur propre frère ou leur cousin. La politique devient de ce fait, sous les tropiques du ciel mauritanien, une affaire de famille et de succession, dont l’objectif loin de servir la Nation et les populations, se résumerait à des partages de prébendes au sein des cercles familiaux restreints. La populace ne servirait dans ce jeu de dupes, que de strapontin servant à mener à des ambitions personnelles visant la préservation d’un héritage politique que certains clans et tribus s’adjugent.
   
  A tout seigneur tout honneur, le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a été cité par certaines sources de presse pour son entremise en faveur de son frangin qu’il aurait avancé comme candidat à la mairie de NBeïkatt Lehouach, son fief d’origine. A son tour, le tout nouveau ministre de la Santé aurait poussé son propre frère pour un poste de député au Hodh Charghi. Il en serait de même pour le Commissaire à la Sécurité Alimentaire qui aurait lui aussi mis en selle son propre frère pour la députation au nom de l’UPR. Même scénario adopté par la ministre de la Fonction Publique qui a mis aux devant sa sœur sur la liste à la députation réservée aux femmes. L’ambassadeur de la Mauritanie au Qatar ne serait pas du reste, lui qui a proposé également son frère pour la mairie de Oum Avnadach au Hodh Charghi.    
  Ceux qui pensaient que ce phénomène était uniquement circonscrit dans les deux Hodhs où la force du tribalisme et des chefferies traditionnelles reste encore prégnante ont dû déchanter en apprenant qu’au Trarza aussi, un des leaders de l’UPR dans la région, s’activerait de son côté pour placer son frère à la tête de la commune de R’Kiz, suite à des ententes avec des ensembles tribaux locaux. L’un des députés transfuges de l’opposition et qui est entré au parti EL Wiam, est en campagne au Trarza, pour ses neveux qu’il souhait présenter à la députation à Rosso et la municipale à Mederdra.
   
  Ce phénomène ne concernerait pas cependant, selon les sources, les seuls partis de la majorité, en l’occurrence l’UPR, mais toucherait aussi certains partis de l’opposition qui défendent dans leur discours des principes comme la démocratie, l’égalité des chances entre Mauritaniens et le culte du mérite, à l’image du RFD d’Ahmed Ould Daddah, qui selon les mêmes sources, userait des mêmes méthodes liées au mérite par naissance. C’est dans ce cadre que l’un de ses vice-présidents, Ould Moine envisagerait, de propulser son fils pour la députation du parti dans la liste nationale au cas où l’option de la participation l’emporterait. Il en serait de même pour plusieurs autres cadres influents de la COD qui chercheraient à mettre en selle leurs propres frères ou fils.
   
  Alors que les grands échassiers de la confrontation politique, la COD et Ould Abdel Aziz en l’occurrence, continuent leur jeu de Yo-yo, certains partis politiques, sûrs de leur assise populaire présumée, piaffent d’impatience pour aller aux charbons, quelles que soient les conditions dans lesquelles les prochains scrutins seront organisés. A la limite, certains de ces partis qui se réclament de l’opposition modérée ou dite « responsable », comme EL Wiam, Sawab, et dans une moindre mesure, ADEL, Renouveau Démocratique et Mouvement Pour la Rénovation, trouvent les garanties actuelles assez suffisantes pour prendre part aux élections. Ce qui aux yeux de leurs détracteurs relèverait de la naïveté politique, si d’autres ne vont pas plus loin en voyant dans leur démarche un opportunisme inopportun qu’ils risquent de payer cher. Leurs partisans croient cependant que seules les élections pourront sortir le pays de la crise dans laquelle celui-ci se débat depuis des années et qu’il est temps de repartir sur de nouvelles bases avec des institutions légitimes. A la limite, ils accusent les partisans de la COD boycottistes d’être des perturbateurs qui cherchent plus à sanctionner un homme, Mohamed Ould Abdel Aziz, qu’à œuvrer pour l’intérêt national.
   
  Le débat politique est ainsi en pleine ébullition en Mauritanie, à l’heure où la plupart des analystes voient dans les scrutins de novembre 2013 le plus grand enjeu politique que la Mauritanie ait connu ces dernières dix années. Il s’agit en fait, selon ce point de vue, d’un combat de survie entre une COD laminée en 2009 par des scores qu’elle continue de considérer comme truqués et un parti-Etat qui va pour la première fois au feu et cherche à prouver son leadership politique sur la scène nationale.
   
JOB   Lu sur l’authentique 

 

Noorinfo

Socogim Ps : Les Habitants tiennent un sit-in devant la présidence [Photoreportage]

altLes pluies qui se sont abattues ce dernier temps à Nouakchott ont fait, dans le quartier de la Socogim Ps, beaucoup plus de dégâts que les précédentes. Des maisons détruites, des pans de murs démolis, des routes coupées ; ça patauge partout. Mosquée détruite, poste de santé abandonné, école fermée depuis trois ans.

Le spectacle à la Socogim Ps n’est pas beau à voir. Une situation indescriptible qui a poussé les populations du quartier à manifesté, ce jeudi matin devant les grilles du palais présidentiel à Nouakchott.

Sous la houlette du collectif des jeunes de la Socogim Ps, les manifestants composés de jeunes, des femmes et des mères de familles arboraient des banderoles et de pancartes sur lesquelles sont inscrits différents slogans exprimant les problèmes du quartier « la Socogim PS sinistrée et oubliée » ou en encore « au secours, le quartier ne dispose plus de mosquée, de poste de santé ni d’école » « Depuis que des années nous avons des difficultés » martèlent t-ils.

Les habitants de Socogim PS témoignent

« Toutes les eaux se déversent dans nos maisons » se plaint une dame. Mika Lo, Membre du collectif des jeunes de la Socogim PS « Nous voulons une solution urgente, des camions citernes tout de suite pour pomper les eaux, la situation est très grave » préviens t-il.

Dans la foulée quelques manifestants ont été reçus par un conseiller à la présidence. Après une visite chez le Wali de Nouakchott des solutions provisoires ont étaient trouvés. Selon nos informations 6 camions citerne sont en ce moment entraient d’évacuer les eaux. 4 camions appartiendraient à l’Agence Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (ANEPA) et 2 de la Communauté Urbaine de Nouakchott(CUN).

A noter que le collectif des jeunes de la Socogim Ps avait recensé 144 maisons détruites par les eaux avant les derniers pluies.

Djigo Souleymane

Source: cridem

Entretien avec Moustapha Touré, coordinateur des associations et collectifs des réfugiés Mauritaniens au Sénégal et au Mali

altBoubacar Sow : Que répondez-vous aux rumeurs persistantes selon lesquelles le réfugiés mauritaniens qui sont restés au Sénégal et au Mali après les opérations de rapatriement auraient acquis la nationalité sénégalaise ou Malienne ?

Moustapha Touré : Si je ne m’abuse, une rumeur signifie littéralement un bruit confus de voix ou par extension un bruit qui coure. Faut-il laisser à leurs confusions ceux qui font courir le bruit selon lequel les réfugiés mauritaniens au Mali et au Sénégal auraient acquis la nationalité de leur pays d’asile ? Ou bien faut-il chercher à savoir ce qui se cache derrière une telle rumeur ? Je vous ferais tout d’abord remarquer, si vous avez bonne souvenance, que l’ex-président ould Taya premier responsable des déportations des citoyens noirs mauritaniens lors des événements liés à la politique d’épuration ethnique en 1989 et qu’on appelle communément les « événement de 89 », ne disait-il pas avec une légèreté déconcertante qu’il n’avait expulsé aucun mauritanien que tous ceux qui avaient été expulsés de Mauritanie vers le Sénégal ou le Mali étaient des étrangers ? En faveur, de l’éviction d’Ould Taya emporté par le coup d’état militaire d’aout 2005 et de l’arrivée au pouvoir de Sidi ould cheikh Abdallah ex-président démocratiquement élu en 2007, près de 20000 réfugiés mauritaniens au Sénégal vont bénéficier entre janvier 2008 et mars 2011 de rapatriements volontaires sous l’égide du Haut Commissariat des nations unies pour les réfugiés. Les réfugiés mauritaniens qui n’ont pas opté pour le rapatriement volontaire, pour les raisons que je vous livre au cours de cette interview, bénéficient aujourd’hui au Sénégal de documents biométriques d’identité de réfugié valable cinq ans et renouvelable et sont sous la protection internationale du HCR. Ceux qui veulent leur contester leur statut à travers des rumeurs selon lesquelles ils ont acquis la nationalité de leur pays d’asile, s’illusionnent. Leurs illusions sont à la hauteur de leur indécence, de leurs esprits chauvins nourris par une obsession de l’arabité de bas-étage qui prône une Mauritanie qui doit être dominée forcement par les nomades maures arabisés et qui sans vergogne peuvent décréter, souvent avec une sauvagerie et une brutalité d’un autre âge, que des citoyens noirs mauritaniens soient déchus de leurs nationalité, sans aucune forme de procès comme lors de leurs expulsions massives en 1989.

Il n’ ya rien de neuf sous le soleil, si l’on sait que c’est cette vision raciste et hégémoniste qui a conduit une frange de la population maure de Mauritanie, leurs idéologues et le régime putschiste du chef d’état de fait de notre pays à savoir le général Mohamed Ould Abdel Aziz, à soutenir le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad ( MNLA). Un mouvement de touaregs maliens, qui sous couvert de sécession, a ouvert la voie ayant conduit à l’occupation du nord Mali aux mouvements jihadistes prônant la guerre sainte et  alliés de Alquaida au Maghreb Islamique(AQMI), à savoir le Mouvement pour la jihad en Afrique de l’ouest (Mujoa) et le mouvement Ançar Dine. Par ailleurs, aujourd’hui, personne ne doute du rôle joué par le chef d’état mauritanien visant à soutenir les projets sécessionniste du MNLA qui suite à l’occupation des villes du nord Mali et la déroute de l’armée malienne avait, le 6 avril 2012, déclaré l’autodétermination et l’indépendance de l’Azawad. Ce rôle du général Mohamed Ould Abdel Aziz est prouvé par la présence en Mauritanie des représentants du MNLA, du Haut conseil pour l’Unité de l’Azawad(HCUA), du Mouvement arabe de l’Azawad(MAA) qui lors d’une réunion publique tenue en aout 2013 ont affirmé leur unité « dans un projet unique et un plan d’action unique pour les azawadis ». Heureusement que cette conjugaisons de forces hostiles n’a pas eu raison de l’unité politique et territoriale de la république du Mali, grâce à la mobilisation sans faille de la communauté internationale et notamment grâce aux armées françaises, tchadiennes et maliennes qui ont joué un rôle décisif dans la libération du territoire malien. Ne croyez surtout pas que nous faisons un amalgame entre les fauteurs de troubles et les réfugiés touaregs du Mali qui ont dû fuir la guerre occasionnée par les sécessionnistes du MNLA et leurs mercenaires d’ Aqmi afin de trouver refuge en Mauritanie, en Algérie, au Niger et au Burkina Faso. Cet amalgame n’est pas à exclure, nous le savons pour l’avoir subi. Notre coordination des associations et collectifs des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali est solidaire des réfugiés maliens et comprend mieux que quiconque leur désarroi actuel. Nous leur souhaitons de tout cœur un retour prochain dans leur pays. Un retour d’autant plus possible avec la brillante élection en aout 2013 du président Ibrahima Boubacar Keita comme président du Mali, qui a fait de la réconciliation nationale la priorité des priorités dans son pays qui a renoué avec l’ordre constitutionnel, suite au coup d’état militaire de mars 2012 ayant emporté le l’ex-président Amadou Toumani Touré. Un coup d’état dirigé par le capitaine Amadou Haya Sanogo nommé récemment au grade de Général dans l’armée et dont le rôle ne saurait être minimisé dans la normalisation politique au Mali. Par ailleurs, nous pensons que ceux qui caressent l’idée de réaliser aujourd’hui le projet colonial d’organisation commune des régions sahariennes (OCRS)-qui visait à l’époque la création d’un espace saharien à l’abri des Etats maghrébins qui venait d’accéder à l’indépendance et mue par la découverte du fer et du cuivre en Mauritanie et du gaz en Algérie –doivent déchanter. A cet égard, qu’ils comprennent qu’aucun Etat de la zone sahélo-saharienne ne sera l’objet d’une partition afin de se prêter à ce projet maléfique. Nous sommes pour le respect strict du principe d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et   fondé sur le principe de l’uti possedetis (faire avec ce que l’on a) cher à l’ancienne organisation de l’union africaine (OUA) remplacée aujourd’hui par l’Union africaine qui aussi l’a adopté. Aussi, nous sommes pour le retour de tous les réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali qui en auront fait volontairement la demande. Mais dans un autre contexte sociopolitique qui n’est pas celui trouble de la Mauritanie du général Mohamed Ould Abdel Aziz.

Boubacar Sow : Quel message avez-vous à transmettre au président Mohamed Ould Abdel Aziz en visite officielle au Sénégal ?

Moustapha Touré : Si nous avons un message à transmettre au général Abdel Aziz, c’est de lui demander, par sa démission, de mettre fin à l’instabilité politique de notre pays qui est devenu ingouvernable depuis son malheureux coup d’état d’aout 2008. Ce coup d’état est à l’origine de la démission forcée de l’ex-président Sidi ould Cheikh Abdallahi et ruinera tous les espoirs de réconciliation nationale dans notre pays et freiné le règlement définitif de la question des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali et celui du passif humanitaire. Un règlement de ces questions que l’ex-président avait pris en charge en exprimant la compassion de la république aux victimes, en appelant à la mobilisation et à la tolérance de tous les mauritaniens et en sollicitant l’appui du HCR et des partenaires au développement. C’est l’occasion de rappeler qu’il y a une fausse idée véhiculée par certains représentants d’institutions internationales selon laquelle l’insertion des rapatriés du Sénégal est une réussite, quand on sait que bon nombre de ces réfugiés n’ont pas jusqu’à aujourd’hui des pièces d’identité et n’ont pas accès à d’autres documents d’état civil. Ceux d’entre eux qui avaient été dépossédés de leurs terres agricoles, de leurs biens ou qui avaient perdu leurs emplois lors des expulsions massives de 1989 n’ont pas été réhabilités, pour l’essentiel, dans leurs droits. N’est-ce pas sous le régime politique d’Abdel Aziz qu’est mis en œuvre le recensement démographique discriminatoire, qui dans la perspective d’établissement d’un nouveau système d’identification sécurisé des citoyens mauritaniens a fini par constituer une stratégie perverse visant à dénier aux noirs mauritaniens des droits civils, en tant que citoyens et du même coup à leur dénier des droits civiques. N’est-ce pas le général Abdel Aziz qui a forcé l’ex-président Sidi ould Cheikh à la démission, après une crise politique qui a duré plus d’une année et qui devait aboutir à une solution de sortie de crise grâce aux accords de Dakar signé en juin 2009 entre Le général Abdel Aziz et les opposants à son putsch militaire de 2008. Des accords censés conduire à une élection présidentielle consensuelle. Une fois élu comme président dans des conditions floues, le général Abdel Aziz a rejeté tous les autres points importants de ces accords concernant la nécessité d’une poursuite du dialogue national sur des points qui peuvent renforcer la réconciliation nationale. Par ailleurs, tous les acteurs représentatifs de la classe politique et de la société civils qui ont approché le Général pour discuter des questions jugées cruciales pour le pays l’ont fait à leurs dépends. Vous comprenez alors pourquoi n’ont pas été tenues les élections législatives et locales dont les échéances sont largement dépassées et qui sont à chaque fois reportée. Si vous ajoutez à cela les accusations graves portées contre Mohamed ould Abdel Aziz en tant que chef d’état, par le député français Noel Mamère et selon lesquelles ce premier serait un parrain du trafic de drogue et un soutien aux mouvements jihadisme du nord Mali, vous comprendrez pourquoi je pense que Mohamed ould Aziz doit démissionner, pour l’intérêt suprême de la Mauritanie et permettre l’organisation d’une transition politique..

Boubacar Sow : Etes-vous prêt à rencontrer le Président Mohamed Ould Abdel Aziz ?

Moustapha Touré : En tant qu’organisation de réfugiés nous ne saurions discuter avec un quelconque interlocuteur sans que le HCR ne joue un rôle d’interface. Car, nous n’oublions jamais que nous bénéficions d’une protection internationale de la part de cette institution onusienne grâce aux autorités sénégalaises, et que nous remercions au passage.

En ce qui concerne la question des réfugiés mauritaniens en général et plus particulièrement ceux qui sont au Mali et au Sénégal, nous estimons que son règlement doit être pris en compte, comme nous l’avions déclaré en aout 2012, dans le cadre de la stratégie intégrée des nations unies pour le sahel renvoyant à la résolution 2056(2012) basée sur la « bonne gouvernance dans l’ensemble de la région, des mécanismes de sécurité nationaux et régionaux capables de faire face aux menaces frontalières, et l’intégration des plans d’interventions humanitaires et de développement afin d’assurer la résilience à long terme ». Cette stratégie est aujourd’hui intégrée à la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) qui a pris le relais de la mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine. Nous espérons que les accords de Ouagadougou entre les rebelles touaregs et le gouvernement maliens faciliteront la réconciliation nationale au Mali qui a bénéficié d’une aide financière de la communauté internationale importante de 3,5 milliard d’euros que celle-ci s’est  engagée à mobiliser. La création, au Mali, d’un ministère de la réconciliation nationale et du développement du nord témoigne d’une volonté réelle des maliens de se réconcilier, c’est ce type de démarche engagée par l’ex-président mauritanien, Sidi ould Cheikh Abdallahi démocratiquement élu en 2007, que le malheureux coup d’état du général Mohamed ould Abdel Aziz a interrompue en aout 2008.

Propos recueilli par Boubacar Sow

Dakar, le 10 septembre 2013

Source: Le calame

Visite du Président au Sénégal

altComme prévu, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a entrepris du 10 au 11 septembre 2013 une visite au Sénégal. Une forte délégation, composée de neuf ministres dont celui des pêches et du transport,  l’a accompagné. Les réguliers problèmes entre pêcheurs des deux pays et les sempiternelles anicroches entre les transporteurs sénégalais et mauritaniens nécessitaient une mise au point entre les responsables de ces deux secteurs très sensibles. Une poignée de conseillers de la Présidence bien dosée. Un ou deux journalistes de la presse privée choisis discrètement par voie de copinage, allégeance et autres petites combines qui ne servent ni la transparence, ni le professionnalisme. Quelques quarante huit heures de l’autre côté en pleine fête ou Tieuboudiène, Fataya, « Firire », Yassa et autres spécialités culinaires du Sénégal ont permis à quelques membres de la délégation de se replonger dans un passé plein de nostalgie et de souvenirs. Les stations de TV du Sénégal, la RTS et le 2STV ont sorti comme d’habitude des dizaines d’images colorées empreintes de danses endiablées de populations souhaitant la bienvenue au Président Aziz dans son second pays. L’ambassade de Mauritanie au Sénégal à travers la commission d’organisation que présidait le comptable Sidi Ould Youma n’a pas lésiné sur les moyens pour sortir les ressortissants mauritaniens des coins les plus reculés. Une cinquantaine de camions et deux dizaines de taxis ont passé plusieurs heures à transporter les accueillants qui arboraient des banderoles et des photos à l’effigie du Président. Toujours les mêmes méthodes traditionnelles de mobilisation théâtrale. La seule fausse note a été montrée par la TFM où des réfugiés mauritaniens des années de braise de 1989 ont critiqué sans détours la politique adoptée à leur égard par les autorités mauritaniennes actuelles. Selon l’un d’eux : « Notre calvaire se poursuit encore depuis 24 ans, toujours en exil loin de notre pays et de nos parents. Les échos qui nous viennent de la Mauritanie nous rapportent que les autres n’ont fait que changer de camp et vivraient dans des conditions pires que celles des camps de Ndioum, Matam et autres camps du Sénégal ».

 

Source: Le calame

Témoignage d’un jeune peul déporté au Sénégal: La plaie s’est-elle refermée ? (5)

altRapatrié. Un mot étrange pour beaucoup de Mauritaniens qui ne perçoivent guère tout ce que cela signifie, en quotidien de souffrances. Le Calame publie, ici, le témoignage de Sow Samba, un jeune peul exilé au Sénégal, à l’âge de sept ans, et revenu au pays, vingt ans plus tard. Après le récit de l’expulsion, suit, en trois parties, celui du long exil au pays de la Teranga ou Sénégal. En voici la troisième : le retour au pays approche…

C’est après le baccalauréat que mon statut de réfugié, sinon d’étranger, a commencé à affecter mes études. Mes copains de classe me croyaient sénégalais. Seul le personnel de l’administration éducative connaissait la situation qui m’empêchait de bénéficier d’une bourse d’études, amplement justifiée, pourtant, par mes résultats au bac… si j’avais été sénégalais. L’unique personne qui me soutint, en cette année blanche, ce fut ma mère : « Courage ! », m’exhortait-elle sans cesse, « je prie pour toi ».

Je passai ce temps mort à militer et établir des contacts. Je découvris, ainsi, diverses organisations de réfugiés mauritaniens, comme l’Association des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal (ARMS), les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM), le Regroupement de Réfugiés pour la Réinstallation (RRR) ou l’Association des Réfugiés Mauritaniens pour la Défense des Droits de l’Homme (ARMDDH). Avec eux, je pris pleinement conscience de ma dimension nationale et, rencontrant d’autres étudiants réfugiés mauritaniens, du caractère assez banal de ma situation.

Aussi avons-nous, tous ensemble, fondé, fin 2006, l’Association des Élèves et Etudiants Réfugiés Mauritaniens au Sénégal (AEERMS). J’y reviendrai plus loin. Cette initiative nous a permis d’obtenir reconnaissance à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar : accès aux restaurants universitaires, aux services de soins médicaux, aux logements, etc., à l’instar des étudiants nationaux. Entre temps, j’avais fini par obtenir une exonération des frais d’inscription, après examen de mon dossier, et pu donc m’inscrire au département des Sciences Juridiques et Economiques, pour l’année 2006-2007.

Parcours du combattant

Mon tuteur habitait à Diamaguène, un quartier très éloigné de l’Université. Ce fut une année particulièrement difficile pour moi. Je n’avais pas d’argent et ne pouvais pas en demander à la famille car, pour eux aussi, le besoin était pressant. Mon problème N°1, c’était le transport. 150 FCFA jusqu’à Colobane et le reste à pied, je quittais Diamaguène à 6h, pour ne pas être en retard. Deux heures de marche jusqu’à l’Université.

Parfois, je passais la nuit à l’Université, dormant dans une salle de lecture, front sur la table. Je me « couchais » tardivement, attendant que le dernier étudiant soit remonté dans sa chambre. Certains ne partaient qu’à une heure du matin, tandis que d’autres redescendaient à 5h. J’avais, donc, assez souvent des difficultés à soulever la tête, au réveil, et Il me fallait une bonne dizaine de minutes avant d’émerger.

Ces pénibles situations, après tant d’autres, me ramenaient à notre situation d’avant l’expulsion : un paradis sur Terre, assurément. Et, évidemment, cela ne me portait guère à estimer Son Excellence le Président Maaouya Sid’Ahmed Ould Taya, responsable, selon moi, de tout ce qui m’arrivait. Mais je me résignais, face à la Volonté d’Allah. Ce qui était advenu ne pouvait qu’arriver. C’était une prédestination divine du Seigneur. Après tout, donc, un mal nécessaire dont il nous fallait tirer le meilleur. Et, de fait, malgré la déportation, les pertes en matériel et en vies humaines, les humiliations et les privations, notre communauté s’était instruite et était devenue plus solide.

Personne n’était au courant de la situation que je vivais à l’Université. Fréquemment malade, je maigrissais mais tenais bon, refusant même, parfois, les offres de mes camarades. Parmi eux, Alhousseynou Sambakhé me connaissait depuis Bakel. Nous avions, ensemble, accompli les deux dernières classes du primaire, le collège et le lycée. « Cesse d’être peulh ! », me conseillait-il gentiment, faisant allusion à ma fierté, un tantinet excessive, selon lui. Il est vrai que, mourrais-je de faim et m’inviteriez-vous à manger, mon premier réflexe serait toujours de refuser poliment.

Mes amis me demandaient où j’habitais. Je détournais la question. J’avais ma carte d’étudiant mais ne pouvais accéder aux restaurants universitaires car il nous fallait, Mauritaniens, payer quittance pour obtenir ce droit et ce n’était vraiment pas à la portée de mon maigre pécule. Biscuit mélangé à l’eau et du sucre constituait donc mon ordinaire. Mais, me présentant, à l’occasion, à la porte du self – le restaurant central de l’Université – à l’heure de fermeture, j’ai été, parfois, invité à manger avec les gérants. Il y avait, là, un homme très gentil, nommé Alioune Sall, qui me laissait entrer à ma guise et me servait, systématiquement, un plat.

Cependant, un autre de mes amis, Abou Diallo, intrigué de me voir dépérir, m’espionna, finit par découvrir ma situation et me proposa d’habiter avec lui. Il avait, lui, déjà obtenu une bourse de l’UNHCR et s’en sortait relativement bien. Mais son voisin de chambre s’opposa à son désir de m’héberger. Cela n’empêcha pas Abou Diallo et ses amis de tout faire pour me secourir, me donnant de l’argent, m’aidant à entrer au restaurant. C’est avec lui que j’ai pris l’initiative de fonder l’AEERMS. Grâce à cette association, tout étudiant mauritanien réfugié ne disposant pas d’une bourse de l’UNHCR bénéficiait d’une assistance sociale du Bureau d’Orientation Sociale (BOS) qui venait en aide à tous les démunis, notamment les réfugiés, quelle que fût leur nationalité.

Mauritanien et fier de l’être

Je reçus, ainsi, de ce bureau, soixante mille FCFA par trimestre. J’en envoyais à la famille, le reste me permettant, surtout, d’assurer mon transport. L’année s’achevait, pour moi, beaucoup mieux qu’elle n’avait commencé mais pas assez, cependant, ou trop tardivement, pour que je réussisse à l’examen. Je me réinscrivis, donc, au même département. Dans la foulée, j’obtins, de l’UNHCR, une bourse d’études. Le ciel s’éclaircissait : je parvenais à subvenir, non seulement, à mes besoins mais, aussi, à ceux de ma famille.

J’étais, maintenant, pleinement intégré au système universitaire sénégalais et les résultats ne se firent pas attendre. Une fois passé, sans aucune difficulté, mon examen de fin d’année, je pouvais envisager, désormais, mon avenir au Sénégal. Mais c’est dans mon pays que je voulais vivre, j’en avais, au cours de ses deux années dakaroises, acquis la ferme certitude. Aussi décidai-je de rentrer en Mauritanie avec ma famille, à l’occasion du Programme de Rapatriement Volontaire.

Comme son nom l’indique, il s’agissait d’un retour volontaire. Il permettait, au réfugié mauritanien au Sénégal, de recouvrir l’ensemble de ses droits et de rentrer chez lui, dans la dignité. Pour moi à qui la citoyenneté mauritanienne était devenue vraiment chère, c’était une opportunité à saisir sans tergiverser. J’avais eu, en 2006, celle de m’installer en Angleterre mais ma maman s’y était opposée et je la bénissais, maintenant, d’avoir fait front. Certains s’étaient fait naturaliser sénégalais, d’autres s’étaient installés aux USA, en France, en Belgique ou au Canada… A présent, je ressentais cela comme une dénaturation. Ainsi devins-je farouche défenseur du rapatriement et coopérai-je fortement en ce sens avec l’UNHCR.

La majeure partie des réfugiés mauritaniens installés dans le département de Bakel seront rapatriés. Mais il en reste encore, aujourd’hui, comme un peu partout à travers les territoires sénégalais et, surtout, malien. Candidats au rapatriement, ils attendent, du gouvernement mauritanien, une main tendue pour revenir en Mauritanie. Non pas un simple appel au retour mais action concertée avec l’UNHCR, incluant indemnisation et pièces d’état-civil car il s’agit, notamment, de jeunes nés en exil dont les parents ont déjà été rapatriés. Pourquoi notre Etat mauritanien reste-t-il silencieux sur ces déplorables situations ? Pourquoi notre cher Président, Son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, a-t-il déclaré clos le rapatriement, alors qu’il existe encore des réfugiés, au Sénégal et au Mali, qui veulent rentrer en Mauritanie ? C’est incompréhensible et très incompris de notre communauté, toujours soumise à d’injustes déchirements, en dépit des promesses, maintes fois réitérées, d’y mettre définitivement fin. (A suivre).

Samba Sow

 

Source: Le calame