Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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SAMBA THIAM PRESIDENT DES FLAM (MARS 2002)

altC’est certainement la désespérance et la révolte qui faisaient dire à Ibrahima Dieng, le personnage principal du ” LE MANDAT “, que “L’honnêteté est un délit”. Une sentence sans appel prononcée par un vieux notable désabusé que ses mésaventures d’inadapté rendent finalement à la lucidité. La société vomie du vieux marabout à sa régle, la fourberie, et ses caïds, des prédateurs aussi féroces que malicieusement imaginatifs.

La tentation est forte de faire le rapprochement entre la société honnie de Dieng avec l’arène politique nationale, un milieu où la duplicité et la versalité sont sanctuarisées, érigées en dogmes. Ce milieu-là n’est pas celui de Samba Thiam, le Président des FLAM. Il s’y sentirait égaré, désorienté. Pourtant, ce ne sont pas les motifs de l’endurcissement qui lui manquent. Mais il a décidé de ne pas hurler avec les loups. C’est une régle de vie. Sa vie. Une vie de dévot au service d’un idéal incarné par une organisation. Une croix qu’il porte vaillamment depuis ce jour de rencontre décisive qu’il aime rappeler. Parce que le président des FLAM est avant tout un guerrier peulh, qui combat à la traditionnelle. Et le code d’honneur de la bataille, il le connait: ni trahir, ni se rendre. L’ennemi est coriace, sournois, mais l’adversité ne lui fait pas peur. Il faut de l’audace pour décider de défier cette hydre informe, ce Système avec un S grand comme le “ racisme structurel de l’Etat mauritanien ”. Un mal absolu dont un tyran nommé Maaouya a été l’incarnation. Quand il a fallu le combattre il l’a fait sans concession, mais maintenant que l’adversaire est défait, il se refuse à se précipiter sur sa gorge. C’est contre son “code éthique”.

Cet homme-là a du courage physique et la patience d’un pédagogue. Et cela fait la différence. Ainsi, là où ses adversaires foncent sur le foin, lui prend de la hauteur pour mieux faire partager sa “vision globale” des solutions aux maux qui gangrènent l’unité nationale. Car la vérité est que la Mauritanie ne guérira pas de son instabilité tant qu’elle n’aura pas osé affronter la question lancinante de la cohabitation de ses peuples. Le président des FLAM en est convaincu. Il le dit à haute et intelligible voix. Il le dit avec cette éloquence qui refuse l’emphase et le superflu. Avec Samba THIAM comme interlocuteur, c’est la politique qui retrouve ses lettres de noblesse.

Entretien…

FLAMNET : Merci Monsieur le Président de nous donner de votre temps et d’accorder á FLAMNET et au FLAMBEAU cette interview malgre votre surcharge habituelle; tout d’abord, les FLAM ont 19 ans d’existence et de résistance au système de discrimination raciale érigé en régle de gestion du pays, vous êtes un des membres fondateurs du mouvement et aujourd’hui vous êtes le premier responsable de l’organisation, si on vous demandait de nous conter les FLAM qu’en diriez-vous?

PRÉSIDENT : Une évolution non rectiligne, ponctuée d’allers-retours, beaucoup de pesanteurs , de multiples défis – et pas des moindres – à relever. Une Organisation dont la maturation est loin d’être achevée, avec ses lacunes et ses insuffisances, face à une adversité ténace et farouche de tous horizons, qui ne désarme pas . Il a fallu se forger dans l’épreuve en faisant front à tout ça. Une force aguerrie donc par une longue marche loin d’être finie, et au bout de laquelle un espoir fort que les causes justes finissent toujours par triompher.

Un optimisme tout de même justifié au vu des acquis importants certains, et l’immense réconfort devant l’histoire d’avoir posé correctement et durablement la vraie question mauritanienne. Enfin et surtout une détermination toujours plus forte à continuer le combat.

 

FLAMNET : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant ce “long chemin vers la liberté “pour parler comme le président Mandela, la prison de walata, l’exil ou autre chose?

PRÉSIDENT : Je n’aime pas vraiment parler de moi. Je préfère plutôt en laisser le soin aux autres. Les rares fois que je le fais j’ai l’air de quelqu’un qui cherche où se fourrer; alors j’ai toujours hâte d’en finir au plus vite . Mais enfin, allons-y !

Face aux multiples épreuves de la vie, il n’est pas toujours aisé de retenir toutes celles qui vous ont marqué.,surtout lorqu’on a eu une existence quelque peu heurtée. Toutefois, je crois que la prison a été de celle-là .

La prison fut pour moi à la fois un choc, pour être franc, et une Ecole. Je la découvrais pour la première fois,et ce premier contact reste gravé dans la mémoire . Elle fut, comme j’ai dit une Ecole où je redécouvrais les notions de liberté et “d’instinct de conservation” . Pour comprendre réellement le sens et la portée du mot LIBERTE il faut en avoir été privé, pendant un certain temps. Autrement on verse dans le discours abstrait.

J’ai également mieux compris, pour l’avoir observé ce qu’on appelle généralement “instinct de conservation” , et la notion de “régression primaire “. Placé dans certaines conditions,l’ homme a tendance à perdre ses valeurs de référence; J’ai eu l’impression que la prison rendait la proximité entre l’homme et l’animal plus visible, plus lisible .Il se produit un dysfonctionnement de la dynamique du groupe qui n’obeit plus aux mêmes règles classiques, et qui éclate en segments ressoudés autour de valeurs “primaires” que l’on croyait dépassées.

La prison m’a aussi révélé une certaine psychologie du prisonnier , pour lequel le monde s’arrêtait de tourner parcequ’il était là “immobilisé” .Tout,derriere les murs, se colportait et se lisait. à travers le prisme de sa vie carcérale. Les séances matinales quotidiennes de divination de rêves dont parlait BOYE ALASSANE dans son livre, renvoient, en fait, à cette psychologie.

D’un autre côté, je puis dire que la prison a accru ma détérmination; si j’ai survécu c’est parceque J’étais, comme bon nombre de camarades, moralement armé ; convaincu qu’il serait bête et absurde de mourir en détention, ce qui donnerait un immense plaisir au tyran . il fallait absolument l’en priver !

Derrière les barreaux, je réalisais avec M GRAY ” la force qu’un homme peut avoir en lui; s’il veut il peut mourir sans un cri, s’il veut il peut survivre”. C’est donc un peu par défi, si j’ai survécu. La prison c’est aussi un immense gâchis de temps, dans l’inaction ! 4 ans entre 4 murs à ne rien faire,alors que la situation etait mûre!

Autre chose enfin, qui n’a pas moins marqué ma vie d’exilé; C’est ce sentiment ambivalent que partagent peut-être, ensemble les lutteurs ou les combattants de la libérté, et que MANDELA décrivait ainsi. “Ces Noirs nous considéraient non comme une menace à la structure du pouvoir Blanc, mais comme une menace aux interêts des Noirs; car les BLANCS maltraitaient tous les NOIRS à cause de quelques agitateurs de la sorte “. Ce que BEGIN face à l’armée britannique, résumait par ces mots “devant, le feu de l’ennemi ,derrière, le dénigrement de tes frères “.

Je me console toutefois à l’idée,comme le montrent souvent les nombreuses experiences historiques, que demain, quand la victoire changera de camp, cette attitude aussi changera; c’est la vie .

 

FLAMNET : Monsieur le président,pouvez- vous nous faire le bilan de santé des FLAM ?

PRÉSIDENT : Les FLAM ne se portent pas trop mal, DIEU merci. Sans démagogie, nous pouvons nous targuer d’acquis formidables, que tempèrent toutefois, pour être honnête, beaucoup d´insuffisances à surmonter; chose que j’ai déjà évoquée dans votre première question.

 

FLAMNET : Quel est l’état des rapports entre les FLAM et l’opposition? oú en est le dialogue amorcé en 2000 avec certains secteurs de l’opposition radicale ?

PRÉSIDENT : Depuis la parution du Memorandum, il faut le dire, la situation n’a pas beaucoup évolué, pour parler de l’opposition interne. Si certaines franges de l’opposition avaient positivement réagi au Memorandum, on semble depuis, retomber dans la léthargie habituelle .

Avec l’opposition externe, le dialogue se poursuit ; timide, en decà des normes souhaitées, mais se poursuit quand même . Nous souhaiterions à nouveau, relancer le débat sur la nécessité de voir ensemble ce qu’il y’a lieu de faire, présentement .

Nous demeurons convaincus qu’il faut arriver à mettre en place un large front de l’opposition pour le changement . Comment, dans quelles conditions ? cela reste à déterminer.,mais nous devons réussir cette ambition .Sur la base peut- être d’une large plate-forme, où chacun se retrouverait . Encore une fois, nous restons favorables à une concertation sérieuse,soutenue, en vue de mieux se connaitre et élaborer, ensemble, une stratégie plus adaptée.

 

FLAMNET : Avez-vous des nouvelles de nos camarades déportés au Sénégal et au Mali,quelle est leur situation actuelle et que comptez-vous faire pour soutenir nos compatriotes sinistrés de la vallée suite aux pluies diluviennes de janvier dernier ?

PRÉSIDENT : Nous sommes en contact permanent avec les camps de réfugiés, tant au Sénégal qu’au MALI. Des missions régulières sillonnent les camps; la dernière remonte à fin Fevrier; elle avait pour objectif de témoigner aux réfugiés notre compassion devant la calamité qui les frappait cruellement, par un apport financier de quelques milliers de dollars, pour les camps les plus touchés .Chose, apparemment, bien accueillie, vu le rush observé récemment en direction des FLAM .

Les réfugiés resteront au coeur de nos préocupations, et rien ne sera négligé pour alléger leur souffrance. Les FLAM, contrairement à ce qu’esperaient certains esprits,loin de vider le Senegal, entendent bien y rester, pour ne pas dire s’y consolider.

 

FLAMNET : Avec la plainte déposée par nos amis de l’AVOMM contre le Colonel-fasciste de nouakchott,le “passif humanitaire” , est revenu au devant de l’actualité, quelle est la position des FLAM sur cette importante question?

PRÉSIDENT : Je me dois d’abord de féliciter de manière appuyée les camarades de l’A.V.O.M. M., pour l’ initiative bien venue, et menée enfin à terme, par leur acte posé . Les coups portés à ce Régime raciste, tyranique, d’où qu’ils viennent, sont les bien venus; Nous devons,comme on dit communément, faire feu de tout bois.

Je saisis cette occasion pour dire, que si les Organisations de Droits de l’Homme attaquent le Regime sous l’angle des droits humains, cela peut paraitre naturel; Mais que des leaders politiques s’en saisissent pour en faire la question du jour, au risque de réduire notre question nationale en une question humanitaire – qui requiert des solutions humanitaires -, je dis attention ! Une tendance, au centre des discours politiques, devenue habituelle, à poser le réglement du passif humanitaire ( tués et déportés, radiés), comme solution essentielle à notre problème; Venant d’Acteurs politiques cette approche me paraît dangereuse, car elle évacue la DIMENSION POLITIQUE , centrale, de notre QUESTION NATIONALE et dont le passif,entre autres, n’est qu’un aspect secondaire.

Il faut redresser cette manière de poser les choses à la fois mystificatrice et dangereuse, car non porteuse de solution véritable . Nous devons donc rester vigilants et veiller à ce que le débat ne soit pas biaisé, ou déplacé vers des questions periphériques .

 

FLAMNET : Depuis le cinquiéme congrés ordinaire des FLAM,on parle de plus en plus de “L´AUTONOMIE” certains mauvais esprits pensent meme que notre “Autonomie” rime avec “Independatisme du Sud” ou “Séparatisme” tout court,pouvez- vous nous expliciter ce que les FLAM entendent par “Autonomie” et pourquoi “L’autonomie” ?

PRÉSIDENT : Il me semble que votre question contient en elle-même sa propre réponse, car vous dites bien ” mauvais esprits”. Avec les mauvais esprits il n’y a rien que vous puissiez proposer qui soit à l’abri de leurs critiques ; rien qui puise les satisfaire; ils trouveront toujours à redire; il faut donc aller son chemin .

Cela dit, nous devons autant que possible, rappeler toujours notre position sur la question de l’Autonomie .Je dis rappeller,car je ne dirai rien ici qui ne figure dejà dans nos documents . Mais d’abord j’aimerais que ceux-là se pénètrent l’idée que l’Autonomie est une réponse que nous formulons face à une situation de crise devenue structurelle.

Il ne s’agit pas de critiquer pour critiquer mais de trouver des réponses correctes a notre “Question brûlante”. Et dans ce cadre toutes les pistes doivent être explorées, toutes les options doivent rester ouvertes comme disait

 

BOYE ALASSANE sur FLAMNET

; y compris l’Autonomie; y compris la séparation pure et simple, si la voie de la raison et du dialogue tournait à l’impasse . (C’est bien NYERERE qui disait à propos de la question du BIAFFRA que la volonté de vivre ensemble relevait de l’assentiment des peuples,en présence) . Cette derniere solution, extrême, à la difference des autres, ne résultera pas d’un choix affirmé, mais de conditions de maturation de la situation interne . Mais alors personne n’y pourra rien .

En second lieu,nous pensons que l’ Autonomie n’est pas quelque chose de nouveau . Elle a cours dans plusieurs pays d’Europe et d’ Afrique dont je vous fais l’économie .

Pourquoi serait -elle plus explosive chez -nous plus qu’ailleurs? L’argument -objection que les populations sont très imbriquées est un faux argument, qui cache mal une fuite en avant; car il n’existe pas ,à ma connaissance, d’espace habité exclusivement par une seule souche ethnique, dans ce monde de mobilité et de brassage ! Qu’est-ce qu’il y’a de plus imbriqué que la zone BRUXELLOISE ? pourtant une solution a été trouvée .Il suffit de chercher, si la volonté existe, pour trouver .

Ce qui existe par contre ce sont des zones à dominante Maure ( Samassides, Tajekant, Awlad Ebierry etc ); des zones à dominante Négro-Africaine ( Pulaar,Soninké , Wolof, etc… ), chez nous! Ce que justement OULD TAYA cherche à modifier dans le Sud, par une nouvelle politique imposée de re- peuplement, en vue de changer l’équilibre démographique de la Vallée pour s’en assurer le contrôle;

J’entends déjà venir l’objection: Et les HRATINES, qu’est-ce que vous en faites ? Sur cette question la réflexion n’est pas épuisée,dans nos rangs, mais je suis tenté de répondre quels HRATINES ? LES HRATINES Arabes( ” communauté noire Arabe non blanche” pour citer un des leur leaders ), ou les HARATINS NEGRO-AFRICAINS ? Ou encore l’entité Hartani ? car là également le débat sur leur identité est loin d’être clos, même dans leur propre rang !

Nous devons rappeler,que nous ne faisons pas de notre proposition pour l’autonomie un point de fixation . Nous ne demandons qu’à être convaincus, par d’autres propositions !

Ce que nous refusons par contre c’est de nous laisser embarquer dans cet attelage de l”Etat unitaire centralisé, dans sa forme actuelle..

Nous entendons des voix régulièrement prôner que la solution c’est la Démocratie;mais quelle Démocratie? Celle des partis politiques, de la liberté d’expression, d’association et de réunion, “d’un homme une voix ” ?

Il n’est pas aussi évident que ça le parait, que cette Démocratie classique apportera la solution à notre problème,du moins dans l’immediat, dans cette situation de crise majeure, si elle avait pour SOCLE LA STRUCTURE DE L´ETAT ACTUEL, rouage essentiel du SYSTEME ; car il n ‘y aurait alors qu’une faible difference avec ce qui existe actuellement, l’élément de fraude mis à part; On reconduirait exactement les problèmes, le système restant intact. Pire cette question de fond serait masquée encore plus dangereusement ! Et c’est reparti pour l’aventure d’une Cohabitation sans contours définis. .

Le préalable ou facteur déterminant à une Démocratie véritable,est LA PRISE EN CHARGE ,EN AMONT,du problème de la COHABITATION, qui est une question vitale pour mettre en jeu l’existence même du pays,dont le CADRE serait défini par un FORUM NATIONAL CONSENSUEL, .et les règles établies servant de fondement au jeu démocratique, qui TRANSCENDE les programmes de Partis .

Nous avions déjà dit,il faut le rappeler, que pour optimaliser les chances de réussite de ce DIALOGUE NATIONAL ,il faudrait des mesures propres à apaiser le climat social ; comme le retour des Déportés et leur réhabilitation, la réintégration des cadres arbitrairement radiés,l’amnistie générale des exilés politiques,une commission d’enquête pour les crimes commis et les disparitions, une commission Vérité-reconciliation .

Pour terminer sur cette question de l’AUTONOMIE je dirais qu’il ne sert à rien de vouloir s’opposer à la marche du monde; Aujourd’hui la tendance générale du monde est à la diversité et non au rouleau compresseur de l’Uniformité.

Comment définissons-nous l ‘Autonomie,au risque de nous répéter? L’AUTONOMIE est, pour nous, ce mode et ce cadre d’expression des Identités Nationales,qui prendraien en charge la gestion de leurs affaires, à travers des institutions propres, dans la préservation du lien unitaire, et dans la complémentarité .

FLAMNET : En fin pour terminer,camarade avez-vous un appel a lancer aux mauritaniens en general et a nos militants en particulier ?

PRÉSIDENT : C’est d’abord en direction de la classe politique et des intellectuels, pour dire que rien n’est encore perdu, pour entreprendre ensemble.

C’est ensuite en direction des jeunes, pour les appeler à ne jamais perdre de vue que ce pays est le leur, et doit le rester.;Que l’exil par l’exode n’a de sens que s’il participe du combat.

Aux militants je dirais,la lutte pour la vie tout court est une rude épreuve:Que rien de grand ne se construit à la va-vite;il faut de la patience,de la persévérance, et de la ténacité.

La lutte continue.

Mars 2002

 

 

 

Ahmed Hamza, président de la CUN : ” je pense que le redéploiement des FLAM au pays est une bonne chose dont il faut se féliciter. En effet, tous ces compatriotes qui ont choisi de retourner au pays doivent y être accueillis à bras ouverts. “

De l’enrôlement, en passant par le retour des flam,  les perspectives des élections prochaines, le Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott  a abordé, dans notre magazine, des questions d’intérêt national, en apportant des réponses  on ne peut plus  exhaustives  qui pourraient bien lever des zones d’ombres sur des sujets d’actualité. Monsieur Ahmed Hamza a aussi porté un regard critique qui tranche avec la langue de bois  pour livrer son opinion sur les grandes préoccupations mauritaniennes  devant  lesquelles les acteurs politiques ne sont pas sur la même longueur d’onde.  Autant de réponses qui invitent à un débat franc et constructif. Mais, à chaque fois, se dégage, au fil des idées, une volonté de traduire, par les mots et un ton libre, une vision sur ce que doit être le rôle de l’Etat dans la préservation des droits de ses citoyens et ses responsabilités dans la conduite des affaires politiques du pays. Ahmed Hamza qui  parle en homme de conviction dispose d’une expérience qu’il   veut constamment mettre au service de la construction d’un Etat égalitaire qui doit faire une rupture avec le passé et ses anachronismes pour se tourner vers l’avenir. Cette interview a été réalisée en mai 2013. Nous la publions telle quelle  pour sa valeur intemporelle.  


Ahmed Hamza, président de la CUN :  
 

 

Vous êtes un acteur politique de l’Opposition de longue date. Vous parvenez à assumer ce statut tout en vous ouvrant aux autres hommes politiques. Comment vivez-vous, aujourd’hui, dans votre conscience la situation du pays, notamment, sous le magistère du Président AZIZ ? Vous ne trouveriez pas comme certains que c’est un dictateur qui gouverne sans partage ?
 
  Certes, comme vous l’avez dit, j’ai toujours, été  un opposant, mais cela ne m’a jamais empêché de tendre la main à tous ceux qui veulent participer à la construction de la Mauritanie, sans exclusion aucune. J’ai opté pour une opposition constructive qui œuvre à l’amélioration constante des conditions de vie de mes concitoyens. Je m’opposais  non pas à des personnes, mais à des systèmes.
   
  Aussi, je vous dirai, qu’en tant que démocrate, je me suis toujours opposé à toute dictature militaire et à tout régime issu de putsch militaire ne pouvant déboucher,  lui également,  que sur un régime totalitaire. Le régime actuel de AZIZ ne fait pas exception à cette règle, car issu d’un putsch militaire, même s’il y a eu des élections par la suite. En effet et en dépit des réalisations non négligeables qu’on lui reconnaît, et malgré le fait que mot dictateur que vous lui attribuez soit un peu trop fort,  il faut reconnaitre quand même  que la liberté de la presse indépendante est une réalité  visible et que les revendications quotidiennes des citoyens dénotent d’un désir de liberté, ce qu’on ne connait pas dans  les dictatures. Mais je conçois  avec vous que le Président dirige le pays sans partage. Il est  le seul maître  à bord.  
   
  Sur un autre plan, je rappellerai que, bien qu’élu président de la CUN sous la bannière de l’Opposition, je n’ai, soucieux de l’intérêt de mes administrés, cessé de tendre la main au régime actuel ; main qui n’a rien pu recueillir.
   
  Enfin et toujours dans le cadre de la réponse à votre première question, je vous dirai, qu’en tant que démocrate convaincu, je me suis toujours  ouvert aux autres acteurs politiques dont je respecte les points de vue même s’ils ne recoupent pas les miennes.
   
Etes-vous parmi ceux qui pensent que la Mauritanie est un pays ingouvernable, faute d’hommes de conviction ?
   
  Oui, je partage, en partie votre réflexion en affirmant que ce sont bien les grands dirigeants qui font la grandeur d’un pays. Il n’en demeure pas moins que, dans l’absolu, il n’ ya pas un Etat qui ne soit pas gouvernable. Mais cette possibilité reste conditionnée par l’existence de dirigeants qui , tout d’abord , disposent de la légitimité nécessaire , de l’engagement  suffisant , du gabarit adéquat , et des compétences indispensables pour relever les nombreux défis qui attendent tout Chef d’Etat , surtout , d’un pays en développement comme le nôtre .
   
  Pour étayer cette argumentation revenons-en peu en arrière, à l’histoire de l’Etat moderne en Mauritanie. L’on se rendrait facilement  compte  de la véracité de nos propos ? En effet , si l’on prenait l’exemple du premier Président mauritanien , feu  Moktar OULD DADDAH , l’on découvrirait que celui-ci , avec le peu de moyens humains  et de ressources  financières et économiques dont disposait le pays à l’époque , a réussi , sur le plan extérieur , à placer  la Mauritanie à une position que beaucoup d’autres Etats lui enviaient . Au plan intérieur et en dépit du système du parti unique, les grands fondements du développement socio-économique du pays ont été mis en place.
   
  Aujourd’hui , alors que la Mauritanie dispose de plus  de moyens  humains et de plus de ressources  financières et économiques , d’une expérience en matière de démocratie de plus de 20 ans , le pays piétine et s’enfonce , chaque jour , davantage dans la crise . A cela plusieurs causes dont , en particulier , l’absence de légitimité et d’assise populaire chez les régimes successifs ( militaires)   qui se sont succédé en Mauritanie depuis le coup d’Etat de juillet 1978  , exception faite du bref intermède du régime civil démocratique ( même si ce n’était qu’en apparence ) de Sidi OULD CHEIKH ABDALLAHI .Tous ces régimes ont , également souffert de l’absence de maturité politique , de la mauvaise gouvernance ( mauvaise utilisation des ressources économiques et des compétences humaines disponibles).
   
  Il devient indispensable de   concevoir  un système  dans lequel  les membres  du gouvernement  soient scindés en deux  groupes de ministères  issus,  l’un, de vote populaire  ayant  une légitimité  ( députés ou maires) pour pouvoir peser dans la décision gouvernementale, quant  au  deuxième groupe , il  serait  composé de techniciens apolitiques, si c’est possible, reconnus  au niveau national pour leur compétence  et leur dévouement .
   
  Aussi, pour occuper certains départements techniques, est-il  inadmissible  de nommer  des personnes qui n’ont  jamais  occupé  des responsabilités,  sans expérience aucune  et qui  brûlent  toutes les étapes  pour se  retrouver ministre. C’est ainsi qu’on se retrouve  face  à des situations de blocage  dans lesquelles des responsables n’osent pas prendre des initiatives et tout le monde  attend  des instructions.  Et quand  l’initiative est tuée, on n’avance  nulle part.   C’est comme si un caporal aller gérer  un Etat major  alors que dans l’armée  il faut  un plan de carrière et une évolution de grade.  
   
  En fait, privilégions les nominations qui rassurent et cela à travers les promotions  internes comme le cas   du trésorier général et son ministre qui sont un pur produit de leur département.  
   
Bien que la Mauritanie ne soit pas encore sortie de l’impasse politique, des élections sont en vue. Trouvez-vous cela logique ?
   
  Oui, il s’agit d’une impasse politique qui n’a que trop duré et qui est, principalement, le fruit du manque de concertation et de dialogue politiques entre Opposition et Pouvoir.
   
  Je rappellerai, dans ce cadre, qu’il revenait au Président AZIZ et à son Régime  de prendre les mesures nécessaires  pour décanter la situation, au lieu de continuer à gérer la continuité de la crise.
   
  Je reproche aussi à l’Opposition sa position radicale allant jusqu’à réclamer le départ de AZIZ et son manque de réceptivité. Ce qui n’arrange pas les choses.
   
  S’agissant des prochaines élections parlementaires et municipales, laissez-moi vous dire, d’emblée, que le Parlement et les conseils municipaux issus des dernières élections ont dépassé largement leur mandat légal.
   
  Devant ce constat regrettable, je pense sincèrement qu’il faille prendre toutes les précautions nécessaires pour garantir la crédibilité et la transparence des futurs scrutins , même si cela imposait leur report de quelques mois supplémentaires par rapport à la date fixée par la CENI et, pourquoi pas,   en profiter  pour  organiser en même temps  et les présidentielles  et les législatives. Cela  coûtera moins cher  pour  un pays pauvre. Car il s’agit de délai très rapproché  ne pouvant pas faciliter le consensus politique indispensable dans ce domaine. Rien de grave dans un tel report si c’était pour mieux faire et si l’on sait que l’on a déjà patienté près de deux ans pour aller à des élections crédibles,  transparentes et susceptibles d’être acceptées par tous les concurrents.  
Mais la garantie d’un scrutin crédible et transparent passerait, selon mon point de vue par :
   
  a- Le dépassement par tous les acteurs politiques de leurs actuelles querelles stériles pour s’asseoir autour d’une même table pour entamer un dialogue franc, sincère et inclusif ; il y va de l’intérêt général de tous les mauritaniens ;
  b- La mise en place d’un Gouvernement d’union nationale chargé de gérer une  période de transition pas trop longue mais suffisante pour bien gérer les prochaines élections  qui doivent être crédibles, transparentes et reconnues par toutes les parties impliquées, serait une bonne chose, cependant , cela ne doit pas être une source de blocage pour aller aux élections ;    
  c- La prise des mesures nécessaires pour faciliter et accélérer l’enrôlement de tous les Mauritaniens de l’intérieur et de l’extérieur pour obtenir un fichier électoral fiable et crédible pour tous ;    
  d- La mise en place d’une CENI consensuelle.    
  Ces suggestions rejoignent, en partie, les grandes clauses de l’Initiative du Président Messaoud OULD BOULKHEIR dont je suis membre, en ma qualité de représentant des maires de Mauritanie , sans renier ma position de membre de la COD et de mon parti, le RFD. Une initiative que j’appuie entièrement, en tant que patriote, soucieux de l’avenir de son pays et  que doivent soutenir  tous ceux qui veulent du bien pour la Mauritanie pour la faire aboutir le plus tôt possible.
   
Le visage de la CUN a considérablement changé depuis votre arrivée à  la tête de cette institution .Cela vous encourage-t-il à briguer un second mandat ?
   
  Malgré un état des lieux déplorable de la CUN  à mon arrivée ( fort endettement , personnel pléthorique avec d’importants arriérés de salaire , locaux délabrés , etc.) , cette institution se trouve aujourd’hui dans une situation relativement confortable avec un bilan de gestion positif (dettes épongées , existence d’un personnel de qualité et en quantité suffisante , un solde créditeur au trésor public de plus de 3,5 milliards d’UM ,nombreuses réalisations sociales : construction de routes ; adduction d’eau , éclairage public , tec .) dont je ne peux qu’être fier .
   
  En dépit de ces sources de satisfaction, je suis quelque peu déçu. Car comme on dit chez nous « une seule main ne peut pas applaudir ». La CUN a, certes,  pu faire ce qu’elle pouvait faire à son niveau, mais elle ambitionnait plus et pouvait mieux faire et faire plus si elle avait bénéficié de l’appui conséquent des Pouvoirs publics. Beaucoup d’opportunités de nature à servir nos populations nous  ont échappé. Plusieurs financements extérieurs obtenus par la CUN n’ont pu aboutir faute simplement  de terrains de construction pour l’implantation des projets objet de ces financements .C’est le cas, notamment, de la construction d’un marché moderne, l’aménagement  d’espaces verts et d’une esplanade.
   
  Pour ce qui est de l’éventualité pour moi de briguer un second mandat à la tête de la CUN, ma candidature n’est pas évidente dans les conditions actuelles. En effet, le statut actuel de la ville de Nouakchott avec 9 communes autonomes est un réel frein à sa bonne gouvernance. Nouakchott avec une mairie centrale est plus appropriée. Aussi, faut-il renforcer la décentralisation, en élargissant le pouvoir et les prérogatives des élus. Gérer  une ville tentaculaire comme Nouakchott, dans ces conditions, n’est pas chose aisée. J’aurai donc préféré un mandat parlementaire.
   
  Néanmoins, l’Opposition  doit reste soudée, en rang serré pour remporter un second mandat à la tête de la CUN.
   
  A ces considérations d’ordre général, il faudrait  ajouter d’autres considérations, cette fois-ci, d’ordre personnel. Non seulement , je suis un peu fatigué , car il s’agit d’un travail difficile et absorbant qui ne me laisse que très peu de temps pour m’occuper de mes affaires personnelles que j’ai quelque peu négligé faute de temps disponible . Affaires que je voudrais reprendre en main pour mieux m’en occuper. Par ailleurs, sur le plan politique, je ne suis pas le seul à  en décider, il y a, notamment,  mon parti, le RFD et, éventuellement, la COD.
   
  Cela dépendra aussi  de l’évolution future de la situation politique dans le pays.
   
  En tout état de cause, candidat ou non à un autre mandat  à la CUN, je ne regrette pas cette  riche expérience et les importants sacrifices que je crois avoir consentis dans l’intérêt des populations nouakchottoises  en particulier, et mauritaniennes, en général. Je  réitère ma disponibilité à servir mon pays  et mes concitoyens sous la forme qui conviendrait le mieux.
   
Vous avez obtenu plusieurs distinctions en Afrique et dans le Monde. A quoi tiennent ces succès ?
   
  Je ne vous surprendrais pas en vous disant que l’obtention de ces décorations est la consécration de la présence mauritanienne partout dans les forums regroupant les principales cités africaines, arabes,  musulmanes  francophones et des autres continents. Forum au sein desquelles notre pays occupe d’importants postes : de vice-présidence ou de membre du Bureau exécutif.
   
  Ces distinctions sont le fruit de notre dynamisme dans le cadre de la diplomatie des villes et du rôle que nous avons joué pour promouvoir les grands espaces culturels, comme c’est le cas, notamment, de la francophonie.
   
  Aussi ces titres honorifiques décernés par sa Majesté le Roi du Maroc, les Présidents français,  sénégalais et du Congo Brazzaville témoignent-ils de l’estime que ces dirigeants portent à mon pays  et à son dynamisme sur le plan international, par le biais de ma modeste personne.
   
Pensez-vous que ces distinctions sont de nature à donner une image de la Mauritanie comme exemple de démocratie en Afrique ?
   
  A priori, rien n’empêche la Mauritanie de devenir un exemple de démocratie en Afrique. Il suffit pour y parvenir que les Mauritaniens, en général, et, plus particulièrement, leur élite politique en aient la conviction et la volonté. Que, tous sans exclusivité aucune,  y travaillent, la main dans la main, avec sincérité et engagement. Qu’ils acceptent, enfin, les règles du jeu démocratique.
   
Est-il vrai que l’Organisation des travailleurs Mauritaniens en France vous avait soumis  certaines de leurs  doléances pour que vous interveniez en leur faveur  auprès des pouvoirs publics mauritaniens. Cela concerne, en particulier, la facilitation de leur enrôlement. Que pouvez-vous répondre à  ce syndicat ?
   
  J’ai effectivement reçu des doléances de la part des membres de cette Organisation ; doléances que j’ai aussitôt  transmises au Directeur du Cabinet du Président de la République, tout comme j’en ai fait parvenir une copie au ministre de l’Intérieur dont relèvent les services de l’Etat civil. C’est tout ce qui était en mon possible de faire. Et si ce problème dépendait  de moi, il aurait était résolu illico-presto, malgré  que  l’Etat ait enlevé aux élus   la qualité  d’officier  d’Etat Civil, ce que je trouve  anormal dans une démocratie.
   
  Bien que les documents biométriques  infalsifiables soient une grande évolution, mais il faut le dire parmi les agents dans les bureaux de recensements on trouve  beaucoup de chauvinisme  et il est évident  que certains de ces agents ont un comportement raciste et font obstruction   pour certains citoyens.
   
  Toutefois, je trouve anormal que des Mauritaniens se trouvant en France, sans carte de séjour parce qu’ils sont soit étudiants sans bourse, soient des travailleurs émigrés sans papiers ou enfin des malades se soignant dans l’Hexagone, ne puissent pas  bénéficier de l’appui de leur gouvernement. Notre Ambassade et notre Consulat en France se devaient de porter assistance à ces citoyens mauritaniens  au lieu de chercher à leur compliquer la vie. Cela est d’autant plus vrai qu’il s’agit, pour la plupart, de réfugiés économiques qui malgré, leurs conditions de séjour assez difficiles, aident leurs familles restées au pays.
   
  Nos diplomates ne doivent pas se substituer aux services d’immigration français, l’exigence de carte de séjour est illégal car   n’étant pas un document mauritanien et  mettra beaucoup de Mauritaniens en situation irrégulière et contribuera à leur éventuelle expulsion. Il est vrai que, par le passé, des étrangers ont eu recours à des documents mauritaniens pour bénéficier de carte de séjour ou de naturalisation. Ces personnes ayant atteint leurs objectifs n’ont plus besoin de s’enrôler. Mais quand d’autres, plus sincères, font le rang, sous la pluie et le froid, devant un centre d’enrôlement, cela veut  dire qu’ils sont bien Mauritaniens et qu’ils tiennent à leur mauritanité.
   
  L’Etat mauritanien doit être au service de tous ses citoyens où qu’ils se trouvent et quels qu’ils soient.
   
Avez-vous rencontré des dirigeants du mouvement des FLAM ? Que pensez-vous de leur redéploiement au pays ?
   
  Non, je n’ai, malheureusement, pas eu l’occasion de rencontrer des responsables de ce mouvement. Concernant le second volet de votre question, je pense que le redéploiement des FLAM au pays est une bonne chose dont il faut se féliciter. En effet, tous ces compatriotes qui ont choisi de retourner au pays doivent y être accueillis à bras ouverts. L’on doit également les aider et essayer de leur faire oublier leur calvaire pendant leur exil. Ce sont nos frères avec qui nous devons, ensemble, s’atteler à  construire une Mauritanie unie,  démocratique, prospère et fière de sa diversité culturelle.
   
Par ailleurs quelle est votre  appréciation  de deux autres organisation  comme le mouvement «  touche pas à ma nationalité » et l’IRA ?
   
  Il est incontestable que la donne du combat change et aujourd’hui, il y a une nouvelle génération qui se trouve à travers ces deux entités.
   
  Certes, je n’ai, malheureusement, jamais  rencontré les dirigeants  qui animent le «  MTPN », mais  je tiens à dire  que j’apprécie et respecte leur combat. Je trouve, en effet,  qu’ils sont admirables et courageux. Je leur demande  de continuer  ce combat juste. Quant  à l’IRA, je  connais très bien  son président qui est un frère  et je confirme  qu’il a réalisé en peu de temps ce qu’on a essayé de faire depuis  plusieurs années. Il est manifeste  également que sa popularité  est en nette croissance. Ce qui prouve  que son  combat est apprécié car les populations  ne vont pas  spontanément chez  quelqu’un, sauf s’ils approuvent  ce qu’il fait. En fait, je pense que ceux deux organisations deviennent incontournables dans le paysage politique actuel.  
   
Certaines personnes trouvent que, lors des forums régionaux ou internationaux, vous êtes trop proches des Sénégalais et des Marocains, à telle enseigne qu’on vous croirez membre des délégations marocaine et sénégalaise ou porte-parole de celles-ci.  Aussi, certains de vos collègues pensent-ils que vous en faites plus qu’il ne faut, dans le soutien du Maroc et du Sénégal .Que répondez-vous aux uns et aux autres ?
   
  Permettez-moi de vous dire, d’emblée, que ces jugements ne sont faits que d’amalgame et de manque de lucidité. En effet, ce rapprochement avec les Sénégalais et les Marocains  n’est, somme toute, qu’une conséquence logique de l’appui sans faille que ces derniers m’ont apporté, à moi-même, mais surtout à la Mauritanie ; appui qui m’a permis d’accéder  aux titres et postes internationaux que vous connaissez.
   
  C’est donc grâce au lobbying que j’ai pu mettre en place avec les représentants de ces deux pays que mon  cher pays, la Mauritanie, a pu accéder, à travers ma modeste personnalité,  à plusieurs hautes responsabilités dans les instances régionales et internationales concernées par les activités des collectivités décentralisées. Ce qui doit être, pour tous les Mauritaniens,  source d’honneur et de fierté.
   
  Sur un autre plan , appartenant à l’ensemble tribal des OULAD  BOU SBA qui a ses lointaines racines au Maroc et à une famille qui s’est installée au Sénégal depuis plus d’un siècle et demi et où plusieurs de ses membres ont continué à y vivre ( y compris  mes parents directs  et moi-même qui  y ai passé toute ma jeunesse  et ayant  une culture sénégalaise  ) , en parfaite harmonie jusqu’après l’indépendance de la Mauritanie en 1960 , je ne vois aucune raison qui me pousserait à ne pas aimer ces deux pays qui font partie de moi-même .
   
  Mais cet attachement  est réciproque et si j’ai rendu service au Maroc et au Sénégal, je ne leur ai pas fait plus que ce que je leur dois, à titre personnel, mais également au nom de la Mauritanie. Par ailleurs, je ne me suis jamais senti  un étranger dans ces pays
   
  A  ces considérations que je crois légitimes  s’ajoute le grand respect  et la très grande admiration que je voue à ces chourava feu le Roi Hassan II pour sa vision politique et son intelligence et à son fils, l’actuel Roi Mohamed VI pour son ouverture démocratique et les grandes réalisations qu’il a faites pour son pays  et son peuple.
   
  Mais, en dépit de cet attachement  particulier au Maroc et au Sénégal, j’ai toujours eu à l’esprit le souci de servir, d’abord , ma patrie-mère , la Mauritanie, mais également celui de rapprocher les peuples  frères de Mauritanie , du Sénégal et du Maroc dans leur intérêt réciproque. Tout comme  je considère d’une grande nécessité géopolitique  et sécuritaire pour le développement des pays de la sous-région le raffermissement des relations de la Mauritanie avec tous ses voisins.
   
  C’est ma façon de voir les choses et personne ne devrait m’en vouloir. Je me sens un africain tout simplement
   
En votre qualité de président de l’Association Mauritanienne de la Francophonie-une structure qui n’a rien à voir avec l’Alliance franco-mauritanienne de Nouakchott que vous présidez-quel est votre  point de vue par rapport au recul, de plus en plus notoire, dans les écoles et universités mauritaniennes ?
   
  Nonobstant le statut de l’arabe comme langue officielle de la Mauritanie, il n’en demeure pas moins que le français est encore une langue essentielle  de travail et de partage des expériences dans le pays. Ainsi, exception faite des départements de la Justice, de l’Education nationale et des affaires Islamiques, toutes les autres administrations, en plus du secteur privé dans sa globalité, l’essentiel des dossiers est traité en français.
   
  Au-delà de cette réalité, le problème des langues me paraît être un faux débat qui doit être dépassé au moment où  les langues qui  ont tendance à s’imposer sur le plan international, économique, en particulier, sont désormais, le chinois, le portugais (pour le Brésil) et l’hindou.
   
  Ceci étant, il y a lieu de rappeler que nos premières générations postindépendance  apprenaient en arabe et en français. Ce bilinguisme ne posait aucun problème. Quant aux réformes éducatives successives dans notre pays  elles n’ont eu comme résultat que la baisse continue des niveaux scolaires, en plus des nombreux problèmes que vous connaissez.
   
  Aujourd’hui et au moment où l’on envisage une énième réforme de notre système éducatif, nous croyons à la nécessité pour cette réforme d’accompagner les mutations en cours dans le Monde et cela si l’on voudrait plus de performance pour ce  système.
   
  Ainsi, au fondamental, nos enfants devraient-ils apprendre l’arabe et le français  et nos langues nationales  pour pouvoir se parler et échanger entre eux dans les langues du pays. L’exemple du Maroc où l’on commence à  enseigner le berbère dans les écoles est un exemple édifiant dont on pourrait s’inspirer largement.
   
  A partir du secondaire, pourra être introduit, de façon obligatoire et en plus de l’arabe et du français, l’enseignement de l’anglais, langue principale au niveau mondial. Et pour quoi pas une quatrième langue vivante  (espagnol, allemand) ?
   
  Cette ère de globalisation des échanges au plan international  nous impose, comme elle impose aux autres pays, de parler le plus grand nombre de langues possibles. C’est l’un des grands défis qu’il faut relever. Le reste n’est qu’atermoiements stériles.
   
Si, un jour, vous étiez amené à diriger la Mauritanie, comment vous vous y prendriez ?
   
  (Rire) J’ai l’impression que vous me cherchez des problèmes, mais laissez moi tranquille, je n’arrive pas déjà à régler les problèmes  de Nouakchott.
   
  Bien que votre question soit prématurée, cela ne m’empêche pas d’énumérer ce que je peux considérer, comme à l’image des dix commandements, une feuille de route aux futurs candidats pour bien gérer un pays comme le nôtre.
   
  En effet toute bonne gestion ou bonne gouvernance passe par :
   
  1 – L’égalité et la justice pour tous les citoyens ;
   
  2 – La défense de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du pays ;
   
  3 – La préservation et le renforcement de l’unité et de la cohésion nationale ;
   
  4 – Assurer l’accès des mauritaniens aux services de base que sont, l’éducation,  la santé, l’eau potable et l’éclairage à travers une gestion de proximité  qui passe bien sûr par une vraie décentralisation en renforçant les pouvoirs locaux;
   
  5 – Garantir l’autosuffisance alimentaire par la revalorisation de nos ressources agro-pastorales et halieutiques ;
   
  6- Donner à la femme mauritanienne la place qui lui sied dans une société démocratique.
   
  7 – Assurer l’intégration de l’économie mauritanienne à l’économie internationale, tout en conciliant préservation des intérêts nationaux et Mondialisation
   
  8 – Restaurer au pays son  rôle de charnière et de trait d’union entre les deux mondes africain et arabo-musulman ;
   
  9 – L’ancrage d’une réelle culture démocratique basée sur les principes de la citoyenneté et du respect de l’autre ;
   
  10 – La valorisation de notre patrimoine culturel et de notre diversité culturelle et linguistique ;
   
  11- Assurer la promotion de la jeunesse par les activités culturelles, sportives et de divertissement ;
   
  Cette liste de mesures/engagements qui s’apparenterait à un programme électoral intègre  tout ce qui peut contribuer au mieux-être des populations mauritaniennes et pourrait  faire de la Mauritanie un pays de référence , où il fait bon de vivre et où tous les citoyens sont égaux en droits et devoirs .
   
Propos recueillis par CID et OFM
Source : Le Magazine de l’économie/Synergies  n°001 septembre-octobre 2013

 

Noorinfo

La CAP s’inquiète de la violation de certaines clauses importantes du dialogue

La Convergence pour l’Alternance Pacifique a manifesté sa forte inquiétude de la violation de certaines clauses importantes du dialogue organisé entre elle et la majorité présidentielle en novembre 2011. Dans un communiqué, la CAP déclare être inquiète du non respect de l’autorité de certaines clauses importantes de ce dialogue surtout que ces dispositions ont été adoptées par le Parlement et sont devenues à ce titre des lois d’Etat. Le communiqué ajoute qu’il s’agit surtout de la loi de l’incompatibilité qui a longtemps séjourné dans les tiroirs des assemblées et qui est aujourd’hui l’objet de violations qui ne peuvent être acceptées en aucun cas. Au point que nous assistons aujourd’hui à des officiers dont des généraux et de hauts responsables de la sécurité qui s’impliquent publiquement dans la préparation des élections : Sensibilisation des électeurs, passation de marchés politiques locaux, enregistrement sur les listes électorales….Ces hauts responsables militaires et sécuritaires utilisent pour cela les moyens de l’Etat mis à leur disposition au su et au vu de tout le monde. Comme ces responsables militaires, les autres hauts fonctionnaires civils dont des ministres et personnalités soumis au droit de réserve s’adonnent intensément à la politique au profit du régime en place. Le communiqué poursuit que l’utilisation des moyens publics par un groupe contre les autres constitue une violation flagrante de l’accord issu du dialogue. L’environnement immédiat du Président est impliqué dans ces manœuvres de violation et son parti entreprend toutes sortes de pression sur les hommes d’affaires et les fonctionnaires à travers la distribution des postes et des marchés. A tout cela s’ajoute la campagne électorale que les membres du gouvernement ont entrepris il ya quelques semaines et qui constitue aussi une autre forme de violation des dispositions de l’esprit et de la lettre du dialogue. Le communiqué dénonce aussi les opérations de recensement de la population qui connaît certains graves disfonctionnements, notamment le fait qu’il n’ait pas encore atteint certaines zones reculées du pays et certains pays ou résident plusieurs groupes de ressortissants nationaux. Des limites qui se sont répercutées sur les opérations d’acquisition et de distribution de la carte d’identité nationale. Le communiqué conclut que face à ces disfonctionnements et violations inacceptables, la CAP pose avec insistance les doléances suivantes : Le respect total des conventions signées entre les parties du dialogue et l’application stricte des textes qui en émanent, notamment ceux qui concernent l’incompatibilité, la vie de l’administration, la création d’un observatoire national de surveillance des élections dans les plus brefs délais, la généralisation des opérations de recensement des populations et l’accélération de la distribution des cartes d’identité nationales , la prolongation du RAVEL pour permettre aux populations qui n’ont pas été encore recensées de figurer sur les listes électorales, le non enregistrement des éléments des forces armées et de sécurité sur des lieux où ils ne résident pas et dans des moughataa ou communes où cela peut constituer un déséquilibre local ou qui peut influencer la volonté des populations.

 

Source: Le calame

Attribution imminente de 31 hectares dans le département de Boghé: Courroux des populations

altLe gouvernement mauritanien est sur le point d’attribuer une concession rurale de 31.000 hectares à une mystérieuse entreprise saoudienne, Al Rajihi, dans le département de Boghé. Cette perspective provoque la colère des populations de plusieurs villages (des communes de Ould Birome, de Dar El Barka et d’Ajouer) qui seront touchés par la mesure. Propriétaires traditionnels de ces terres, les villageois prévoient une série de manifestations « pour faire respecter leurs droits coutumiers » restés inviolés du temps de la colonisation française. Ce vaste projet, qui a fait l’objet d’une affiche devant les locaux de la préfecture et des chefs-lieux des communes depuis le 5 juin 2013, est délimité au nord par les villages de Boutimbiskitt et Bougoutra, au sud à environ 4 km de la route Rosso-Boghé, à l’est par l’affluent Loueïd et le village de Zem-Zem et à l’ouest par la limite administrative entre le Trarza et le Brakna. La commission départementale de prévention et d’arbitrage des conflits fonciers s’est réunie, le 19 août, pour envoyer à la région, un procès-verbal rejetant les réclamations des populations riveraines du projet. L’arrivée sur les lieux de la société saoudienne « signerait un arrêt de mort du secteur agro-pastoral dans de vastes zones, accentuant la pauvreté et l’insécurité alimentaire », selon les populations. Les protestataires, fondant leur argumentaire sur le juridique, évoquent l’article 8 du code pastoral qui stipule que « le principe de la communauté des ressources pastorales est de droit ». Selon nos informations, l’Etat vient, en catimini, de déclarer ces terres “domaniales”. Le préfet adjoint de Boghé, Mohamed Salem O. Sellahi a confié que « ce projet a fait l’objet d’une affiche publique depuis le 5 juin accordant un délai de 60 jours aux personnes physiques ou morales qui ont des prétentions sur lesdits terrains délimités mais celles-ci n’ont pu apporter des documents administratifs justifiant leur propriété ». L’adjoint au préfet rappelle que la terre appartient à l’Etat et exclut toute revendication basée sur la tenure traditionnelle. Il confie cependant « qu’une commission du MDR sera dépêchée pour examiner toutes les réclamations avant l’exécution du projet ». Le Forum National des Organisations de Droits de l’Homme (FONADH), un collectif d’une quinzaine d’ONG est fortement opposé au projet. Son président, Sarr Mamadou, lance ainsi un appel en vue de l’organisation des Etats Généraux du Foncier Rural « qui constitue une bombe à retardement en Mauritanie».

Source: Le calame

FLAMNET-ARCHIVES : 25ème anniversaire de la mort en détention de nos martyrs de Oualata ; BIOGRAPHIE DE BA ALASSANE OUMAR Par la famille du martyr

altAlassane Oumar BAH naquit le 20 janvier 1949 à Niamey au Niger, pays qu’il quitta depuis sa tendre enfance. Son père, Oumar Abdoulaye BAH décédé le 15 septembre 1981, est originaire de Cidee, un village situé à 5 km à l’est de Boggee, dans le pays des HalayBe. Après sa retraite en 1958 avec le grade d’adjudant de la gendarmerie et médaillé militaire et décoré de la Légion d’honneur, il s’installa à Boggee. Sa mère, Fatimata Adama DIA est décédée le 17 août 2004 à Boggee. Elle était issue d’une nombreuse famille d’une vingtaine de frères et soeurs.

Alassane Oumar BAH entra à l’école primaire en 1956 à Demet où il vivait avec son grand-père. Puis il allait terminer ses études primaires à Saarandoogu BaabaaBe où il obtint son certificat d’études primaires et réussit à ses examens d’entrèe en 6ème en juin 1965. Ce qui lui permit d’entrer en octobre de la même année au collège de Boggee.

Il finit par abandonner ses études secondaires en 5ème pour faire sa carrière dans la Gendarmerie nationale, encouragé par son vaillant père. Il fit sa formation à l’Ecole de la Gendarmerie de Rosso. Sa première affectation fut à Tidjikja. Ce qui lui permit de parcourir la région administrative du Tagant où il apprit à parler couramment le Hassâniya. Deux années plus tard, il fut affecté à la Brigade de Gendarmerie de Selibaabi dans le Gidimaxa où sa compétence fut très appréciée par ses supérieurs. Sa générosité, son humanisme lui attirèrent la grande estime de la population de Selibaabi qui n’oublie pas et garde toujours de bons souvenirs de ce Kalajjo (ressortissant du pays des HalayBe). Après Selibaabi, il fut affecté successivement à KayhayDi, à Timmbadara où il sera adjoint au commandant de brigade, à Ayoun el Atrouss et à Neema.

 Alassane Oumar BAH fut orienté dans la branche du secrétariat et passa avec succès tous les examens professionnels : 1er, 2è degré….., Maréchal des logis chef.En 1977, il fut affecté alors à la Compagnie de Gendarmerie de KayhayDi comme chef secrétaire. A l’époque, aucun message chiffré n’avait de secret pour ce brillant Maréchal des logis chef. En 1978, il eut l’occasion de faire une formation au Maroc. A son retour il monta au grade d’adjudant. Il est affecté alors au Secrétariat du Comité militaire de salut national (C.M.S.N.) puis un peu plus tard au S.E.R.A.D.

En 1985, Alassane Oumar BAH eut une nouvelle occasion d’effectuer une seconde formation à l’étranger, cette fois en France. Avec son nouveau grade d’Adjudant chef de la gendarmerie, il resta au Service administratif et de la comptabilité jusqu’à son arrestation en octobre 1987. Condamné en prison à perpétuité lors du fameux procés du mensonge organisé par le régime du colonel Maouya Ould Sid’Ahmed Taya et son allié, le colonel Ely Ould Mohamed Vall, il fut transféré le 9 décembre 1987 à Oualata, après les exécutions capitales de ses camarades, les lieutenants Saydou SIH, Seydi BAH et Amadou SARR 3 jours auparavant.

A la prison mortuaire de Oualata, Alassane Oumar Abdoulaye BAH, Alassane Fatimata Adama BAH sera marqué physiquement, mais avec beaucoup de dignité, jusqu’à son décés survenu le jeudi 26 août 1988, par les séquelles des tortures que lui avaient fait subir ses geôliers beydanes.

Alassane Oumar Abdoulaye BAH, Alassane Fatimata Adama BAH était marié et père de sept enfants. Toute sa famille vit aujourd’hui, avec dignement le sacrifice de leur père et la lutte continue.

 La famille du feu Ba Alassane Oumar

 

FLAMNET- le 26 août 2006

www.flamnet.info