Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: September 2013

Conférence de presse des Flam : « Nous sommes revenus porteurs du rameau d’olivier… » dixit Samba Thiam

altLe mouvement des Flam a organisé aujourd’hui dimanche à La Case à Nouakchott une importance conférence de presse.

L’événement était hautement symbolique, plein de couleurs, de volonté et de chaleur ainsi que de suspens pour des fils restés, malgré leur long exil toujours  liés au pays mieux que les autochtones.  Il n y a avait rien à dire à cette conférence de presse historique des Flam, parce que le message du Président du mouvement Samba Thiam ainsi que la Charte et le dépliant étaient autant d’éléments pour assister au départ de ce bolide sûr et unificateur dans la course pour une « autre Mauritanie » où tous se sentent au même pied d’égalité.

Dans cette rencontre avec les médias, Samba Thiam a abordé tous les importants aspects de l’existence du mouvement, de la joie du retour au pays, des espoirs de la construction d’une nouvelle Mauritanie, des objectifs du Manifeste, des peines de l’exil…

Il a évoqué aussi les mobiles du retour des Flam en Mauritanie, du devoir de regarder l’avenir, de la nécessité de bâtir un Etat  de droit, du dialogue ainsi que de la revendication de  l’autonomie en l’absence de la formation de l’Etat-nation escomptée…Ci-après les principaux extraits de cette conférence de presse :

« Nous sommes heureux de revenir chez nous. Comme dit l’adage, l’on n’est bien que chez soi » commence le président du mouvement son message présenté aux médias et à la nombreuse audience venue honorer par sa présence cette seconde sortie des Flam après celle de leur vice-président Mifo il y a quelques semaines.

Dans ce long message de quatre pages dont nous prenons ici des extraits, Samba Thiam dit : « nous sommes revenus, porteurs du rameau d’olivier, nourrissant l’espoir d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ces fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, mais aussi de tolérance et de respect mutuel » .

« une autre Mauritanie est possible, -nous en restons fermement convaincus- une Mauritanie où nos enfants auraient les mêmes droits, jouiraient des mêmes chances, des mêmes possibilités, des mêmes opportunités, et partageraient le même rêve d’un meilleur devenir » a-t-il dit, précisant que ce sont ces objectifs qui formaient l’esprit du Manifeste de 1986, se réjouissant que de nombreux citoyens partagent maintenant cette conviction optimiste de l’avenir.

 Samba Thiam a rappelé par la suite pourquoi, ils étaient partis du bercail, présentant succinctement les objectifs du Manifeste. Il évoquât tour à tour les pressions menées par le régime de Ould Taya contre les membres du Flam, les tortures, l’emprisonnement inhumain, les arrestations, les exécutions…

Malgré le long exil et les souffrances pénibles du dépaysement, Samba Thiam dit « pendant ces 27 ans la Mauritanie ne nous a jamais quittés », évoquant leur travail abattu à l’extérieur,  les dénonciations de la dictature militaire de Ould Taya, l’internationalisation de la question du  racisme d’Etat.

Evoquant les raisons du retour, il dit : « des choses ont changé, mais des problèmes persistent. Nous revenons aujourd’hui, après tant d’années d’exil, dans l’espoir de pouvoir apporter notre modeste contribution à la refondation indispensable de ce pays à travers un climat de liberté qui permette l’expression et la confrontation d’idées et de projets en toute sécurité » a-t-il ajouté.

Et de dire : « Si nous devons ensemble regarder vers l’avenir, il nous faut d’abord nous résoudre à nous regarder en face, faire le bilan de ces cinquante (50) dernières années, courageusement en dresser le constat d’échec, mettre en exergue les erreurs commises tout le long du parcours afin d’opérer les redressements indispensables pour avancer, résolument, vers un meilleur devenir en commun ».

« Il nous faudrait bâtir un Etat  de droit, socle et condition sine qua none du jeu démocratique véritable qui reposerait à la fois, et sur la citoyenneté et sur la reconnaissance de l’égalité de toutes nos nationalités et l’égale promotion de leurs langues et cultures » a-t-il dit.

Samba Thiam a recommandé l’organisation d’un débat national ouvert, large et sans exclusive pour permettre à ce pays de fonder un Etat de droit. 

« Dialoguons, débattons de nos problèmes cruciaux, en tâchant de rester attentifs aux raisons de l’adversaire. Permettons, au cours de ce dialogue, que nous espérons serein, sérieux et honnête, que chacun puisse s’exprimer librement, dans le respect et l’écoute de l’autre, mû par la seule volonté de recherches de solutions »  a indiqué le président des Flam.

Evoquant la proposition de l’Autonomie que le mouvement serait contraint d’envisager, tant que l’Etat central unitaire, dans sa forme actuelle, n’a pas conduit, à la formation de l’Etat- nation escomptée ; obligeant par sa démission à sa mission unificatrice, les groupes exclus à explorer d’autres voies, pour la stabilité du pays, dans l’intérêt suprême « de nos enfants » a-t-il dit.

Evoquant l’approche des Flam de l’autonomie, Samba Thiam dira que cet objectif n’est pas une solution inédite, que c’est une première étape incontournable, un passage obligé vers la naissance de l’Etat-nation ou de la République des citoyens- finalité ultime- pour poser et forcer la reconnaissance et le respect de l’autre, sans lesquels il n y a pas cet « Etat des citoyens ».

Et d’ajouter : « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » restera un slogan creux tant qu’il n y aura pas ce nivellement des mauritaniens en citoyens égaux que façonnera, justement, à terme, la solution de l’autonomie.

Le président des FLAM a rendu dans son message une pensée pieuse pour les vénérables  ainés et pères du mouvement feus Djigo Tapsirou, Aboubakry Kalidou Ba, Baba Gallé Wone « paix à leur âmes- ; Eux dont l’engagement ne s’était jamais démenti », rendant également le même hommage aux grands frères tels que Abdul Khoudous Kamara, Abdoulaye Malcikel Sy en particulier.

Et de conclure : « Nous revenons donc porteurs du rameau d’olivier, nourrissant l’espoir d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ses fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, de tolérance et de respect de l’autre »

Et de conclure : « la route est encore longue, la tâche ardue, mais nous parviendrons au  but si Dieu nous guide, il ouvre des voies que personne ne peut fermer ».

Au menu des questions soulevées par les journalistes, le président des Flam a répondu avec aisance et habilité, cuirassant le mouvement de tout positionnement, circonscrivant les objectifs des Flam à ce qu’il a énuméré dans son message.

Il a saisi également cette occasion pour rendre hommage aux rares médias qui sont demeurés au diapason des activités du mouvement, permettant de les porter régulièrement à la connaissance de l’opinion. Il a remercié à ce propos « rapideinfo », saluant le grand travail médiatique abattu par son webmaster, citant nommément Ahmed Ould Bettar ainsi que le confrère Isselmou.

NB : Nous publierons l’intégralité du message de Samba Thiam prochainement

Source: Rapide Info

CONFÉRENCE DE PRESSE DES FLAM: MESSAGE A L’ADRESSE DU PEUPLE MAURITANIEN

Nous sommes heureux de revenir chez nous. Comme dit l’adage, l’on n’est bien que chez soi.

Nous avons dû, par la force des choses, quitter  la Mauritanie, mais la Mauritanie ne nous a jamais quittés.

Nous sommes revenus,  heureux de pouvoir, enfin,  nous recueillir sur les tombes de ces êtres chers, disparus pendant notre long exil. Il est toujours douloureux de perdre un être cher, mais la douleur est d’autant plus vive que  cette disparition  survient après une longue séparation ; la mère, l’ami ou le frère, fauché par la mort,  vous quitte subitement et pour toujours, sans un dernier regard, un dernier sourire, échangé. Un sentiment poignant alors vous étreint, doublé d’une sorte de  vide qui vous envahit et s’installe, rendant le poids de l’exil  encore plus pesant,plus pénible.

Nous sommes revenus honorer la mémoire de tous nos martyrs, nous acquitter d’une dette à leur égard, montrer que leur sacrifice, sacré, n’a pas été vain; Zakaria Touré, Tapsirou Djigo,Tene Youssouf Gueye, Alassane Oumar Bâ, Abdoul khoudouss Bâ, Bâ Seydi, Sy Saidou, Sarr Amadou et toutes les victimes de l’intolérance sanguinaire de la dictature raciste.Paix à leurs âmes !

 

 Chers compatriotes,

 

Nous sommes revenus, porteurs du rameau d’olivier,  nourrissant l’espoir  d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ces fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, mais aussi de tolérance et de respect mutuel.

Une autre Mauritanie est possible,- nous en restons fermement convaincus – une Mauritanie où nos enfants auraient les mêmes droits, jouiraient des mêmes chances, des mêmes possibilités, des mêmes opportunités, et  partageraient le même rêve d’un meilleur devenir. 

Tel était l’esprit du Manifeste de 1986.

Des hommes et des femmes, de plus en plus nombreux, partagent maintenant cette conviction optimiste de  l’avenir. Nous nous en réjouissons; cela  est   heureux. 

 

Pourquoi sommes- nous partis d’ici ?

Il  y a tant de mauritaniens qui se posent cette question qu’il ne serait peut-être pas superflu d’y revenir, un bref moment…

Tout remonte à la publication du célèbre document rédigé par les Flam en 1986, intitulé « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé ». Document d’alerte au danger, produit dans un esprit patriotique qui visait à l’époque essentiellement trois objectifs, qu’il est bon de rappeler ici :

           Il s’agissait, pour nous, de porter un regard critique, objectif, sur les politiques nationales jusqu’alors suivies en vue d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion nationale sur les dangers, à terme, de telles  politiques ;

           Il s’agissait, ensuite, d’amener le gouvernement à créer  les conditions d’un dialogue national  à l’issue duquel des solutions consensuelles seraient recherchées pour le règlement  définitif de notre question cruciale de cohabitation ;

            Il s’agissait, enfin , d’éclairer la communauté internationale sur  l’image réelle du pays qui est que la Mauritanie était et demeure un pays à identités multiples, négro-africaine et arabe ; image que nos dirigeants politiques  s’évertuaient à brouiller à l’extérieur, par des politiques internes, partisanes, qui ne retenaient  que son identité arabe.   

Voilà, en raccourci, les objectifs du Manifeste !

 

Pour  toute réponse à  ce « délit  d’expression », le pouvoir du Colonel Ould Taya  fit  alors usage d’une répression sans précédent dans l’histoire du pays. Les membres des Flam, supposés ou réels, les rédacteurs du Manifeste – que nous étions –  furent arrêtés, torturés , sommairement jugés et jetés en prison à Walata dans des conditions carcérales d’une sévérité telle que quatre de nos camarades, hélas, y décéderont.

Walata aurait été une hécatombe n’eûssent été le courage, l’activisme et la force de conviction de jeunes militants, échappés du filet de la répression qui sauveront le mouvement, décapité, en reprenant , de l’extérieur, le flambeau de la lutte. Il me faut leur rendre, ici, un vibrant hommage.

 

Au sortir de prison, en décembre 1990, nous constatâmes que la situation politique interne s’était  considérablement détériorée ;  la répression  avait atteint une  ampleur et une  férocité jamais égalée, particulièrement dans la vallée du fleuve. L’épée de Damoclès restait supendue sur nos têtes; il fallait se taire ou périr, en ce décembre 1990 !

L’alternative qui s’offrit alors à nous était, soit,rester et subir, en silence, ce que nous dénoncions hier, soit, au contraire, poursuivre le combat sans attendre, au regard de l’exigence impérieuse du moment. Nous choisîmes  la deuxième voie, ce qui, naturellement, dans les conditions d’alors, forçait à déplacer, nécessairement, la lutte à  l’extérieur. 

Voilà dans quelles conditions nous sommes partis, contraints et forcés à un exil qui devrait, hélas, durer de longues années ! 23 ans , 27ans !

 

Pendant ces 27 ans la Mauritanie ne nous a jamais quittés !

 

A l’extérieur, nous nous mîmes rapidement au travail, dénonçant et harassant, sans répit, la dictature militaire de Ould Taya, braquant, inlassablement, les faisceaux de l’actualité  sur  son régime sanguinaire. 

 Il fallait internationaliser la question du racisme d’Etat et de l’esclavage à maintenir, en permanence, au devant de cette même actualité. Il fallut médiatiser la question du passif humanitaire et des déportés  que le Système et ses agents internes et externes  s’efforçaient de passer à l’oubli ; Encadrer et organiser ces déportés, entretenir  chez–eux l’espoir du retour, les mettre en garde, constamment, contre toute tentation de retour à la sauvette. Il ne pouvait nous venir à l’esprit de rentrer clandestinement en Mauritanie pour régler, secrètement, nos situations administratives, respectives ! Par respect pour notre conscience ! Par respect pour ces Déportés !

Il nous fallait, par ailleurs, nous tourner vers la diaspora pour la secouer de sa torpeur, renforcer la prise de conscience tant chez les victimes elles-mêmes, que chez nos compatriotes arabo- berbères honnêtes, qui avaient été désinformés, à dessein,  par une propagande  mensongère éhontée. C’est le lieu de rendre, ici, un hommage mérité à ces compatriotes courageux qui, se détachant du lot, ne se sont pas dérobés au rôle, attendu, de l’intellectuel qui est, non pas de séduire mais ‘’ de porter la plume dans la plaie’’, de refuser d’aller avec le courant… Ils sont nombreux, mais je n’en citerai que quelques-uns : feu Mohamed Ould Cheikh – paix à son âme -, Amar Ould Béjar, Nasser ould Ethman ould Yessa, Isselmou ould Abdel kader, Aminettou mint El Moctar, Ahmed Ould Bettar, Mint Derwich et bien sûr et par-dessus tout, notre honorable et téméraire Dr Mohamed Babah. 

 

 Ces actes, évoqués plus haut, combinés au volet diplomatique, voilà, pour l’essentiel, ce que fut notre tâche en exil.

L’action que nous avons menée  de l’extérieur  fut-elle assez significative, ou resta-t-elle sans  incidences majeures sur l’évolution politique  interne ? Il appartiendra, un jour, aux historiens d’en juger !

Toutefois, sans prétendre nous arroger, seuls, les quelques avancées positives notables, fruit du labeur collectif des forces progressistes internes et externes de tous horizons auxquelles il faut, ici,  rendre un juste hommage, nous restons persuadés que  nous avons été, pour beaucoup, dans ce qui  change positivement !

 

  Des  choses ont changé, certes, mais  des problèmes de fond demeurent.

 

Nous revenons aujourd’hui, après tant d’années d’exil, dans l’espoir de pouvoir apporter notre modeste contribution à la refondation, indispensable , de ce pays, à travers un climat de liberté qui permette l’expression et la confrontation d’ idées et de projets, en toute sécurité.

Parce que notre peuple ne cesse d’y appeler, nous revenons afin de l’aider à faire face aux problèmes nombreux et multiformes que rencontre notre pays:

 

           problèmes  d’ordre,  problèmes de développement et par-dessus tout,  problème  d’unité nationale ;

           Problème d’ordre, disons-nous, illustré par une sorte d’anarchie généralisée, où chacun agit comme bon lui semble, au mépris des lois et des règles;

           problème dans les priorités, problème dans les objectifs,dans la gestion des ressources ;

           Problème de mentalité, tournée maintenant vers des antivaleurs, qui perçoit l’Etat comme une vache à lait, entravant ainsi notre développement ;

           Enfin, nous faisons face, par-dessus tout, à un  problème,  autrement plus  crucial, celui de l’Unité nationale qui conditionne l’existence même du pays, je veux nommer la question de la cohabitation et de l’esclavage

 

Chers compatriotes,

 

Si nous devons, ensemble, regarder vers l’avenir, il nous faut d’abord nous résoudre à nous regarder en face, faire le bilan   de ces cinquante (50) dernières années, courageusement en dresser le constat d’échec, mettre en exergue les erreurs commises tout le long du parcours afin d’opérer les  redressements indispensables pour  avancer, résolument, vers un meilleur devenir en commun.

Force nous serait dès lors  de reconnaître que la voie choisie jusqu’ici est non seulement  sans issue,mais surtout dangereuse pour  mener, si elle était poursuivie, inéluctablement, à notre perte à tous.

Telle fut la lettre du Manifeste !

 

Nous ne pouvons rêver, ensemble, d’une vision d’un meilleur devenir si notre présent pèse si lourdement sur nous-mêmes. Un présent caractérisé par l’injustice, l’asservissement, le déni de propriété, les discriminations en tous genres ! L’auteur du livre sur le génocide Rwandais –Paul Rusesabagina…..- expliquait que «  l’origine du génocide était à chercher dans l’irrespect des autres et de leurs propriétés, devenu de tradition; une longue tradition d’impunité face aux flagrants délits et crimes de lèse-propriété et de discrimination ouverte dans le travail  » .

L’écho de ces propos qui nous semblent familiers ne devrait-il pas sonner comme une mise en garde ?

Il ne saurait y avoir ni entente, ni concorde, ni solidarité tant que de tels rapports régissaient les relations entre communautés.  

 

Nous sommes arrivés  à un tournant décisif où  le  Changement s’avère d’une nécessité impérieuse et vitale ;

           Changement de nos mentalités, de nos mœurs politiques, de nos méthodes de gestion des ressources  de manière à en assurer une équitable répartition, afin  de reculer la pauvreté, pour que chaque père de famille puisse, par le  travail, subvenir, dans la dignité, aux besoins de son foyer ;

           Changement dans la relation intercommunautaire à centrer dans le respect réciproque fondé  sur le principe « qu’aucune minorité ne devra dépendre de la générosité de la majorité pour avoir ses droits » ;

           Changement, surtout, de notre vision de  l’Unité nationale qui devra, à son tour, radicalement, se modifier.

  

 Jusqu’ici la conception que nous avons eue de cette  Unité nationale  a été   réduite  ou  assimilée à  l’unitarisme plutôt qu’à l’unité dans la diversité ; on a cherché à  unifier et non pas à unir.

Par cette volonté d’uniformisation, à tout prix, on a cherché, en fait, à détruire, consciemment, l’autre personnalité de la Mauritanie. Aujourd’hui, à cause des politiques jusqu’ici menées, les Négro-africains ressentent une profonde frustration face à un Etat qu’ils ne perçoivent plus comme le leur ; ils éprouvent, de plus en plus, le sentiment de n’être d’aucune utilité à leur pays ! Or l’on sait, comme l’affirmait J H Griffin que « personne, pas même un saint, ne peut se passer du sentiment de sa valeur individuelle ».

Chers compatriotes,

 

Il nous faut oser opérer sinon une rupture, du moins des réajustements majeurs.

 Il nous faudra bâtir un Etat de droit – socle et condition sine qua non du jeu démocratique véritable qui  reposerait, à la fois, et sur la citoyenneté, et sur la  reconnaissance de l’égalité de toutes nos nationalités et l’égale promotion de leurs langues et cultures. En effet, comme le disait, très  justement, Mani – un des personnages de Amin Maalouf -, « il n’y a pas de majorité dans la vérité », tout comme  – c’est nous qui l’ajoutons -, il n’y a pas, non plus, de majorité en matière d’identité.

Aimé Césaire ajoutait dans cet ordre d’idées « qu’à tout grand réajustement politique, à tout rééquilibrage de la société … il y a toujours un préalable culturel ».

 Pour tous les mêmes droits et  les mêmes lois, sans exception aucune, voilà les conditions pour jeter les bases d’un réel  changement  du futur.

 

Pour fonder cet Etat de droit, tel que décrit plus haut, nous devons d’abord identifier et reconnaître nos problèmes, pour en débattre sans complexes. Débattre, dialoguer  pour trouver des solutions …

Un débat national ouvert, large et sans exclusive, c’était déjà notre position en 1986, exprimée dans le Manifeste. Nous ne disions rien d’autre lorsque nous écrivions que « Notre amour pour ce pays nous commande d’inviter toutes nos nationalités à un dialogue de races et de cultures dans lequel nous nous dirons la vérité pour guérir nos maux  ».

Nous avons aujourd’hui encore la même position ; dialoguons, débattons de nos problèmes cruciaux, en tâchant de rester attentifs aux raisons de l’adversaire! Permettons, au cours de ce dialogue, que nous espérons serein, sérieux et honnête, que chacun puisse s’exprimer librement, dans le respect et l’écoute de l’ autre, mû par la seule volonté de recherche de solutions.

 

Si force nous est de reconnaître, en toute honnêteté, que l’Etat central unitaire, dans sa forme actuelle, n’a pas conduit à la formation de l’Etat – nation escompté, Il nous incombe, en conséquence, le devoir d’explorer d’autres voies ; pour la stabilité du pays ; dans l’intérêt supérieur de nos enfants !

Voilà dans quel cadre s’inscrit la proposition des Flam qui porte sur l’Autonomie.

Sans jamais prétendre détenir toute la vérité, nous pensons, au niveau des Flam, que l’Etat central unitaire dans sa forme actuelle n’est pas la solution, pour avoir visiblement échoué, nous l’avons déjà dit ; nous demeurons persuadés que la bonne solution à notre problème de cohabitation réside dans l’Autonomie.

 

Rappelons que l’Autonomie n’est pas une solution inédite, pour avoir cours dans plusieurs parties du monde. Ajoutons qu’elle ne s’oppose ni à l’Etat de droit, ni à l’approche citoyenne, contrairement à certaines thèses simplistes et sans consistance; de nombreux exemples, à travers le monde, l’attestent amplement.

 

Mais surtout, pensons-nous, l’Autonomie constituera cette étape première incontournable, ce passage obligé, vers la naissance de l’ Etat- nation ou de la République des citoyens – finalité ultime – pour poser et forcer la reconnaissance et le respect de l’autre, sans lesquels il n’y a pas cet  ‘’Etat de citoyens’’. « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut » restera un slogan creux tant qu’il n’y aura pas ce nivellement des mauritaniens en citoyens égaux que façonnera, justement, à terme, la solution par l’Autonomie!

 

Enfin, l’Autonomie traduirait, encore mieux, dans les faits ce «  droit à la différence », objet du récent amendement constitutionnel.

Telle est notre approche des choses !

 

Chers camarades et compagnons d’armes,

 

On dit que les progrès sont souvent dus à des hommes qui disent non !

Un homme politique et résistant célèbre faisait remarquer que ‘’ la tendance chez l’homme n’était pas de résister, mais de céder. .. d’aller avec le courant …‘’

Pour avoir incarné cette exception – osons le dire -, vous voilà, aujourd’hui, du bon coté de l’Histoire. Vous avez choisi de servir les autres, vous avez refusé la voie facile,  celle consistant « à vous sauver  tout seuls  en laissant l’immense majorité  se dépatouiller » , pour citer Maouloud Mameri. La soif, la faim, les misères de l’exil ne vous ont pas, malgré toutes sortes de souffrances, éloignés de cette noble cause ; vous avez accepté de faire face aux multiples défis… pour la dignité et la justice, et parce que vous avez compris que l’Histoire était faite de souffrances…

 

 Je ne saurais clore cet hommage sans une pensée pieuse pour nos vénérables ainés et pères : feu Djigo Tapsirou, Aboubakry Kalidou Bâ, Baba Gallé Wone,- paix à leurs âmes – ; Eux dont l’engagement ne s’était jamais démenti.

 

Je ne puis ne pas évoquer aussi le cas des vivants, êtres exceptionnels – nos doyens du mouvement – à l’action exemplaire, mes grands frères Abdul Khouddous Kamara, Abdoulaye Malickel Sy en particulier, qui, malgré le poids de l’âge, ont gardé un engagement juvénile , inébranlable. Ils ont tenu à montrer qu’à cet âge avancé, on pouvait allier chapelet et action politique militante ! la vie, indiquaient – ils par leur exemple – , c’était aussi l’action, le souci pour le présent, le souci   du quotidien … régi par des politiques ; le souci pour le futur de nos enfants, l’aspiration au bonheur pour tous !

Toujours à mes côtés, ils prodiguèrent conseils et encouragements lorsque le doute, inévitable en certaines circonstances, assaillait l’esprit.

 

Je ne saurais oublier, évidemment, ces jeunes – nos jeunes flamistes – restés fidèles au poste, blanchis sous le harnais à l’ombre de l’Organisation qui, à l’âge de l’insouciance et des grands rêves, avaient fait le choix difficile de servir la lutte.

 

Vous avez compris, chers compagnons, que ce qui avait été à la base de notre création en tant que Mouvement, est loin d’avoir disparu ; les injustices, les discriminations raciale, sociale, économique, la négation de notre identité, tout cela demeure encore d’une réalité crue !

Nous ne sommes donc pas, – loin s’en faut-, au bout de nos peines, même si aujourd’hui nous avons posé un jalon important dans la voie de la construction du futur.

 

Chers compatriotes,

 

Je puis vous assurer, qu’en ce qui nous concerne, au niveau des Flam, nous continuons de croire, encore une fois, qu’il est toujours possible  de faire en sorte que  prévalent, entre nous mauritaniens, amour et tolérance, justice et solidarité, respect et considération ; aspiration au progrès et à la liberté, comme valeurs de référence communes.

Notre intime conviction, encore aujourd’hui, est qu’il  est possible de faire de ce pays un modèle de fraternité dans un creuset de cultures, riches les unes et les  autres. Notre pays peut devenir  ce foyer  régional des plus attractifs, rayonnant  de prospérité, un havre de paix et de bonheur où il ferait bon vivre. Nous avons les ressources nécessaires pour le réussir, il nous suffit d’en avoir la volonté.

 

Mes camarades et moi éprouvons pour ce pays un amour profond ; mais nous l’aimons d’un amour critique qui vise à l’élever !

 

Chers amis, chers compatriotes, jeunes mauritaniens,

Je voudrais vous  dire ici que le changement attendu et espéré ne se fera pas sans vous. Je ne suis pas le Messie, ni Mandela, le héros. C’est ensemble que nous mènerons ce changement, en particulier avec la jeunesse, interpelée dans son devenir même, dans ce pays ! Cette jeunesse en éveil, consciencieuse et courageuse, digne et déterminée, maitresse de son destin …

 

Nous revenons donc, porteurs du rameau d’olivier,  nourrissant l’espoir  d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ces fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, de tolérance et de respect de l’autre.

Une autre Mauritanie est encore possible, – pensons-nous – ; une Mauritanie où nos enfants  jouiraient  des mêmes droits, des mêmes chances, des mêmes possibilités, des mêmes opportunités, et  partageraient le même rêve d’un meilleur devenir.

La route est encore longue, la tâche ardue, mais nous parviendrons au but si Dieu nous guide; Il ouvre des voies que personne ne peut fermer…

 

  Vive les Flam, Vive la Mauritanie !

La lutte continue !

CONFÉRENCE DE PRESSE DES FLAM: MESSAGE A L’ADRESSE DU PEUPLE MAURITANIEN

Nous sommes heureux de revenir chez nous. Comme dit l’adage, l’on n’est bien que chez soi.

Nous avons dû, par la force des choses, quitter  la Mauritanie, mais la Mauritanie ne nous a jamais quittés.

Nous sommes revenus,  heureux de pouvoir, enfin,  nous recueillir sur les tombes de ces êtres chers, disparus pendant notre long exil. Il est toujours douloureux de perdre un être cher, mais la douleur est d’autant plus vive que  cette disparition  survient après une longue séparation ; la mère, l’ami ou le frère, fauché par la mort,  vous quitte subitement et pour toujours, sans un dernier regard, un dernier sourire, échangé. Un sentiment poignant alors vous étreint, doublé d’une sorte de  vide qui vous envahit et s’installe, rendant le poids de l’exil  encore plus pesant,plus pénible.

Nous sommes revenus honorer la mémoire de tous nos martyrs, nous acquitter d’une dette à leur égard, montrer que leur sacrifice, sacré, n’a pas été vain; Zakaria Touré, Tapsirou Djigo,Tene Youssouf Gueye, Alassane Oumar Bâ, Abdoul khoudouss Bâ, Bâ Seydi, Sy Saidou, Sarr Amadou et toutes les victimes de l’intolérance sanguinaire de la dictature raciste.Paix à leurs âmes !

 

 Chers compatriotes,

 

Nous sommes revenus, porteurs du rameau d’olivier,  nourrissant l’espoir  d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ces fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, mais aussi de tolérance et de respect mutuel.

Une autre Mauritanie est possible,- nous en restons fermement convaincus – une Mauritanie où nos enfants auraient les mêmes droits, jouiraient des mêmes chances, des mêmes possibilités, des mêmes opportunités, et  partageraient le même rêve d’un meilleur devenir. 

Tel était l’esprit du Manifeste de 1986.

Des hommes et des femmes, de plus en plus nombreux, partagent maintenant cette conviction optimiste de  l’avenir. Nous nous en réjouissons; cela  est   heureux. 

 

Pourquoi sommes- nous partis d’ici ?

Il  y a tant de mauritaniens qui se posent cette question qu’il ne serait peut-être pas superflu d’y revenir, un bref moment…

Tout remonte à la publication du célèbre document rédigé par les Flam en 1986, intitulé « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé ». Document d’alerte au danger, produit dans un esprit patriotique qui visait à l’époque essentiellement trois objectifs, qu’il est bon de rappeler ici :

           Il s’agissait, pour nous, de porter un regard critique, objectif, sur les politiques nationales jusqu’alors suivies en vue d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion nationale sur les dangers, à terme, de telles  politiques ;

           Il s’agissait, ensuite, d’amener le gouvernement à créer  les conditions d’un dialogue national  à l’issue duquel des solutions consensuelles seraient recherchées pour le règlement  définitif de notre question cruciale de cohabitation ;

            Il s’agissait, enfin , d’éclairer la communauté internationale sur  l’image réelle du pays qui est que la Mauritanie était et demeure un pays à identités multiples, négro-africaine et arabe ; image que nos dirigeants politiques  s’évertuaient à brouiller à l’extérieur, par des politiques internes, partisanes, qui ne retenaient  que son identité arabe.   

Voilà, en raccourci, les objectifs du Manifeste !

 

Pour  toute réponse à  ce « délit  d’expression », le pouvoir du Colonel Ould Taya  fit  alors usage d’une répression sans précédent dans l’histoire du pays. Les membres des Flam, supposés ou réels, les rédacteurs du Manifeste – que nous étions –  furent arrêtés, torturés , sommairement jugés et jetés en prison à Walata dans des conditions carcérales d’une sévérité telle que quatre de nos camarades, hélas, y décéderont.

Walata aurait été une hécatombe n’eûssent été le courage, l’activisme et la force de conviction de jeunes militants, échappés du filet de la répression qui sauveront le mouvement, décapité, en reprenant , de l’extérieur, le flambeau de la lutte. Il me faut leur rendre, ici, un vibrant hommage.

 

Au sortir de prison, en décembre 1990, nous constatâmes que la situation politique interne s’était  considérablement détériorée ;  la répression  avait atteint une  ampleur et une  férocité jamais égalée, particulièrement dans la vallée du fleuve. L’épée de Damoclès restait supendue sur nos têtes; il fallait se taire ou périr, en ce décembre 1990 !

L’alternative qui s’offrit alors à nous était, soit,rester et subir, en silence, ce que nous dénoncions hier, soit, au contraire, poursuivre le combat sans attendre, au regard de l’exigence impérieuse du moment. Nous choisîmes  la deuxième voie, ce qui, naturellement, dans les conditions d’alors, forçait à déplacer, nécessairement, la lutte à  l’extérieur. 

Voilà dans quelles conditions nous sommes partis, contraints et forcés à un exil qui devrait, hélas, durer de longues années ! 23 ans , 27ans !

 

Pendant ces 27 ans la Mauritanie ne nous a jamais quittés !

 

A l’extérieur, nous nous mîmes rapidement au travail, dénonçant et harassant, sans répit, la dictature militaire de Ould Taya, braquant, inlassablement, les faisceaux de l’actualité  sur  son régime sanguinaire. 

 Il fallait internationaliser la question du racisme d’Etat et de l’esclavage à maintenir, en permanence, au devant de cette même actualité. Il fallut médiatiser la question du passif humanitaire et des déportés  que le Système et ses agents internes et externes  s’efforçaient de passer à l’oubli ; Encadrer et organiser ces déportés, entretenir  chez–eux l’espoir du retour, les mettre en garde, constamment, contre toute tentation de retour à la sauvette. Il ne pouvait nous venir à l’esprit de rentrer clandestinement en Mauritanie pour régler, secrètement, nos situations administratives, respectives ! Par respect pour notre conscience ! Par respect pour ces Déportés !

Il nous fallait, par ailleurs, nous tourner vers la diaspora pour la secouer de sa torpeur, renforcer la prise de conscience tant chez les victimes elles-mêmes, que chez nos compatriotes arabo- berbères honnêtes, qui avaient été désinformés, à dessein,  par une propagande  mensongère éhontée. C’est le lieu de rendre, ici, un hommage mérité à ces compatriotes courageux qui, se détachant du lot, ne se sont pas dérobés au rôle, attendu, de l’intellectuel qui est, non pas de séduire mais ‘’ de porter la plume dans la plaie’’, de refuser d’aller avec le courant… Ils sont nombreux, mais je n’en citerai que quelques-uns : feu Mohamed Ould Cheikh – paix à son âme -, Amar Ould Béjar, Nasser ould Ethman ould Yessa, Isselmou ould Abdel kader, Aminettou mint El Moctar, Ahmed Ould Bettar, Mint Derwich et bien sûr et par-dessus tout, notre honorable et téméraire Dr Mohamed Babah. 

 

 Ces actes, évoqués plus haut, combinés au volet diplomatique, voilà, pour l’essentiel, ce que fut notre tâche en exil.

L’action que nous avons menée  de l’extérieur  fut-elle assez significative, ou resta-t-elle sans  incidences majeures sur l’évolution politique  interne ? Il appartiendra, un jour, aux historiens d’en juger !

Toutefois, sans prétendre nous arroger, seuls, les quelques avancées positives notables, fruit du labeur collectif des forces progressistes internes et externes de tous horizons auxquelles il faut, ici,  rendre un juste hommage, nous restons persuadés que  nous avons été, pour beaucoup, dans ce qui  change positivement !

 

  Des  choses ont changé, certes, mais  des problèmes de fond demeurent.

 

Nous revenons aujourd’hui, après tant d’années d’exil, dans l’espoir de pouvoir apporter notre modeste contribution à la refondation, indispensable , de ce pays, à travers un climat de liberté qui permette l’expression et la confrontation d’ idées et de projets, en toute sécurité.

Parce que notre peuple ne cesse d’y appeler, nous revenons afin de l’aider à faire face aux problèmes nombreux et multiformes que rencontre notre pays:

 

           problèmes  d’ordre,  problèmes de développement et par-dessus tout,  problème  d’unité nationale ;

           Problème d’ordre, disons-nous, illustré par une sorte d’anarchie généralisée, où chacun agit comme bon lui semble, au mépris des lois et des règles;

           problème dans les priorités, problème dans les objectifs,dans la gestion des ressources ;

           Problème de mentalité, tournée maintenant vers des antivaleurs, qui perçoit l’Etat comme une vache à lait, entravant ainsi notre développement ;

           Enfin, nous faisons face, par-dessus tout, à un  problème,  autrement plus  crucial, celui de l’Unité nationale qui conditionne l’existence même du pays, je veux nommer la question de la cohabitation et de l’esclavage

 

Chers compatriotes,

 

Si nous devons, ensemble, regarder vers l’avenir, il nous faut d’abord nous résoudre à nous regarder en face, faire le bilan   de ces cinquante (50) dernières années, courageusement en dresser le constat d’échec, mettre en exergue les erreurs commises tout le long du parcours afin d’opérer les  redressements indispensables pour  avancer, résolument, vers un meilleur devenir en commun.

Force nous serait dès lors  de reconnaître que la voie choisie jusqu’ici est non seulement  sans issue,mais surtout dangereuse pour  mener, si elle était poursuivie, inéluctablement, à notre perte à tous.

Telle fut la lettre du Manifeste !

 

Nous ne pouvons rêver, ensemble, d’une vision d’un meilleur devenir si notre présent pèse si lourdement sur nous-mêmes. Un présent caractérisé par l’injustice, l’asservissement, le déni de propriété, les discriminations en tous genres ! L’auteur du livre sur le génocide Rwandais –Paul Rusesabagina…..- expliquait que «  l’origine du génocide était à chercher dans l’irrespect des autres et de leurs propriétés, devenu de tradition; une longue tradition d’impunité face aux flagrants délits et crimes de lèse-propriété et de discrimination ouverte dans le travail  » .

L’écho de ces propos qui nous semblent familiers ne devrait-il pas sonner comme une mise en garde ?

Il ne saurait y avoir ni entente, ni concorde, ni solidarité tant que de tels rapports régissaient les relations entre communautés.  

 

Nous sommes arrivés  à un tournant décisif où  le  Changement s’avère d’une nécessité impérieuse et vitale ;

           Changement de nos mentalités, de nos mœurs politiques, de nos méthodes de gestion des ressources  de manière à en assurer une équitable répartition, afin  de reculer la pauvreté, pour que chaque père de famille puisse, par le  travail, subvenir, dans la dignité, aux besoins de son foyer ;

           Changement dans la relation intercommunautaire à centrer dans le respect réciproque fondé  sur le principe « qu’aucune minorité ne devra dépendre de la générosité de la majorité pour avoir ses droits » ;

           Changement, surtout, de notre vision de  l’Unité nationale qui devra, à son tour, radicalement, se modifier.

  

 Jusqu’ici la conception que nous avons eue de cette  Unité nationale  a été   réduite  ou  assimilée à  l’unitarisme plutôt qu’à l’unité dans la diversité ; on a cherché à  unifier et non pas à unir.

Par cette volonté d’uniformisation, à tout prix, on a cherché, en fait, à détruire, consciemment, l’autre personnalité de la Mauritanie. Aujourd’hui, à cause des politiques jusqu’ici menées, les Négro-africains ressentent une profonde frustration face à un Etat qu’ils ne perçoivent plus comme le leur ; ils éprouvent, de plus en plus, le sentiment de n’être d’aucune utilité à leur pays ! Or l’on sait, comme l’affirmait J H Griffin que « personne, pas même un saint, ne peut se passer du sentiment de sa valeur individuelle ».

Chers compatriotes,

 

Il nous faut oser opérer sinon une rupture, du moins des réajustements majeurs.

 Il nous faudra bâtir un Etat de droit – socle et condition sine qua non du jeu démocratique véritable qui  reposerait, à la fois, et sur la citoyenneté, et sur la  reconnaissance de l’égalité de toutes nos nationalités et l’égale promotion de leurs langues et cultures. En effet, comme le disait, très  justement, Mani – un des personnages de Amin Maalouf -, « il n’y a pas de majorité dans la vérité », tout comme  – c’est nous qui l’ajoutons -, il n’y a pas, non plus, de majorité en matière d’identité.

Aimé Césaire ajoutait dans cet ordre d’idées « qu’à tout grand réajustement politique, à tout rééquilibrage de la société … il y a toujours un préalable culturel ».

 Pour tous les mêmes droits et  les mêmes lois, sans exception aucune, voilà les conditions pour jeter les bases d’un réel  changement  du futur.

 

Pour fonder cet Etat de droit, tel que décrit plus haut, nous devons d’abord identifier et reconnaître nos problèmes, pour en débattre sans complexes. Débattre, dialoguer  pour trouver des solutions …

Un débat national ouvert, large et sans exclusive, c’était déjà notre position en 1986, exprimée dans le Manifeste. Nous ne disions rien d’autre lorsque nous écrivions que « Notre amour pour ce pays nous commande d’inviter toutes nos nationalités à un dialogue de races et de cultures dans lequel nous nous dirons la vérité pour guérir nos maux  ».

Nous avons aujourd’hui encore la même position ; dialoguons, débattons de nos problèmes cruciaux, en tâchant de rester attentifs aux raisons de l’adversaire! Permettons, au cours de ce dialogue, que nous espérons serein, sérieux et honnête, que chacun puisse s’exprimer librement, dans le respect et l’écoute de l’ autre, mû par la seule volonté de recherche de solutions.

 

Si force nous est de reconnaître, en toute honnêteté, que l’Etat central unitaire, dans sa forme actuelle, n’a pas conduit à la formation de l’Etat – nation escompté, Il nous incombe, en conséquence, le devoir d’explorer d’autres voies ; pour la stabilité du pays ; dans l’intérêt supérieur de nos enfants !

Voilà dans quel cadre s’inscrit la proposition des Flam qui porte sur l’Autonomie.

Sans jamais prétendre détenir toute la vérité, nous pensons, au niveau des Flam, que l’Etat central unitaire dans sa forme actuelle n’est pas la solution, pour avoir visiblement échoué, nous l’avons déjà dit ; nous demeurons persuadés que la bonne solution à notre problème de cohabitation réside dans l’Autonomie.

 

Rappelons que l’Autonomie n’est pas une solution inédite, pour avoir cours dans plusieurs parties du monde. Ajoutons qu’elle ne s’oppose ni à l’Etat de droit, ni à l’approche citoyenne, contrairement à certaines thèses simplistes et sans consistance; de nombreux exemples, à travers le monde, l’attestent amplement.

 

Mais surtout, pensons-nous, l’Autonomie constituera cette étape première incontournable, ce passage obligé, vers la naissance de l’ Etat- nation ou de la République des citoyens – finalité ultime – pour poser et forcer la reconnaissance et le respect de l’autre, sans lesquels il n’y a pas cet  ‘’Etat de citoyens’’. « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut » restera un slogan creux tant qu’il n’y aura pas ce nivellement des mauritaniens en citoyens égaux que façonnera, justement, à terme, la solution par l’Autonomie!

 

Enfin, l’Autonomie traduirait, encore mieux, dans les faits ce «  droit à la différence », objet du récent amendement constitutionnel.

Telle est notre approche des choses !

 

Chers camarades et compagnons d’armes,

 

On dit que les progrès sont souvent dus à des hommes qui disent non !

Un homme politique et résistant célèbre faisait remarquer que ‘’ la tendance chez l’homme n’était pas de résister, mais de céder. .. d’aller avec le courant …‘’

Pour avoir incarné cette exception – osons le dire -, vous voilà, aujourd’hui, du bon coté de l’Histoire. Vous avez choisi de servir les autres, vous avez refusé la voie facile,  celle consistant « à vous sauver  tout seuls  en laissant l’immense majorité  se dépatouiller » , pour citer Maouloud Mameri. La soif, la faim, les misères de l’exil ne vous ont pas, malgré toutes sortes de souffrances, éloignés de cette noble cause ; vous avez accepté de faire face aux multiples défis… pour la dignité et la justice, et parce que vous avez compris que l’Histoire était faite de souffrances…

 

 Je ne saurais clore cet hommage sans une pensée pieuse pour nos vénérables ainés et pères : feu Djigo Tapsirou, Aboubakry Kalidou Bâ, Baba Gallé Wone,- paix à leurs âmes – ; Eux dont l’engagement ne s’était jamais démenti.

 

Je ne puis ne pas évoquer aussi le cas des vivants, êtres exceptionnels – nos doyens du mouvement – à l’action exemplaire, mes grands frères Abdul Khouddous Kamara, Abdoulaye Malickel Sy en particulier, qui, malgré le poids de l’âge, ont gardé un engagement juvénile , inébranlable. Ils ont tenu à montrer qu’à cet âge avancé, on pouvait allier chapelet et action politique militante ! la vie, indiquaient – ils par leur exemple – , c’était aussi l’action, le souci pour le présent, le souci   du quotidien … régi par des politiques ; le souci pour le futur de nos enfants, l’aspiration au bonheur pour tous !

Toujours à mes côtés, ils prodiguèrent conseils et encouragements lorsque le doute, inévitable en certaines circonstances, assaillait l’esprit.

 

Je ne saurais oublier, évidemment, ces jeunes – nos jeunes flamistes – restés fidèles au poste, blanchis sous le harnais à l’ombre de l’Organisation qui, à l’âge de l’insouciance et des grands rêves, avaient fait le choix difficile de servir la lutte.

 

Vous avez compris, chers compagnons, que ce qui avait été à la base de notre création en tant que Mouvement, est loin d’avoir disparu ; les injustices, les discriminations raciale, sociale, économique, la négation de notre identité, tout cela demeure encore d’une réalité crue !

Nous ne sommes donc pas, – loin s’en faut-, au bout de nos peines, même si aujourd’hui nous avons posé un jalon important dans la voie de la construction du futur.

 

Chers compatriotes,

 

Je puis vous assurer, qu’en ce qui nous concerne, au niveau des Flam, nous continuons de croire, encore une fois, qu’il est toujours possible  de faire en sorte que  prévalent, entre nous mauritaniens, amour et tolérance, justice et solidarité, respect et considération ; aspiration au progrès et à la liberté, comme valeurs de référence communes.

Notre intime conviction, encore aujourd’hui, est qu’il  est possible de faire de ce pays un modèle de fraternité dans un creuset de cultures, riches les unes et les  autres. Notre pays peut devenir  ce foyer  régional des plus attractifs, rayonnant  de prospérité, un havre de paix et de bonheur où il ferait bon vivre. Nous avons les ressources nécessaires pour le réussir, il nous suffit d’en avoir la volonté.

 

Mes camarades et moi éprouvons pour ce pays un amour profond ; mais nous l’aimons d’un amour critique qui vise à l’élever !

 

Chers amis, chers compatriotes, jeunes mauritaniens,

Je voudrais vous  dire ici que le changement attendu et espéré ne se fera pas sans vous. Je ne suis pas le Messie, ni Mandela, le héros. C’est ensemble que nous mènerons ce changement, en particulier avec la jeunesse, interpelée dans son devenir même, dans ce pays ! Cette jeunesse en éveil, consciencieuse et courageuse, digne et déterminée, maitresse de son destin …

 

Nous revenons donc, porteurs du rameau d’olivier,  nourrissant l’espoir  d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ces fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, de tolérance et de respect de l’autre.

Une autre Mauritanie est encore possible, – pensons-nous – ; une Mauritanie où nos enfants  jouiraient  des mêmes droits, des mêmes chances, des mêmes possibilités, des mêmes opportunités, et  partageraient le même rêve d’un meilleur devenir.

La route est encore longue, la tâche ardue, mais nous parviendrons au but si Dieu nous guide; Il ouvre des voies que personne ne peut fermer…

 

  Vive les Flam, Vive la Mauritanie !

La lutte continue !

Loupe du Jour : En Mauritanie on tourne en rond !

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Quand un pays n’avance pas il est voué à un retard.La Mauritanie a connu des changements récurrents  qui n’ont pas eu d’impacts positifs sur son développement.

Au lieu de tirer des leçons  des  échecs antérieurs,  peu importe  ceux qui en sont comptables, chaque nouveau venu se contente de bercer le peuple d’illusions sur des promesses de changements profonds  de nature à  apporter des solutions définitives à leurs problèmes.

On  n’attendra pas longtemps pour découvrir les artifices savamment entretenus par les experts en démagogie commis par l’Etat pour  aider à pérenniser  le système en place.Tous les régimes sont passés par là.

Les plus résistants sont ceux qui ont livré  la Mauritanie à toutes  sortes de  commerces  abominables qui ont  détruit les valeurs morales, cultivé le faux et banalisé le civisme. Les politiques publiques ne sont pas élaborées aux fins de sortir le pays de ses retards chroniques  ni à

provoquer des ruptures par rapport aux gestions  calamiteuses du  passé mais plutôt pour mettre la forme nécessaire afin de faire fonctionner de manière factice les institutions de la République.

Hier comme aujourd’hui ce sont les hommes qui quittent laissant derrière eux les  mêmes dispositifs  opérationnels qui ont servi à perpétuer le gâchis des ressources publiques, à favoriser l’ascension d’arrivistes placés à la solde d’un système qui incarne l’autorité d’un homme au centre de tous les commandements.

Après cinquante ans d’indépendance, le pays n’arrive pas à sortir des  cycles interminables de faux rendez-vous avec l’histoire. Que de temps perdu ! Que d’espoirs déçus ! Que  de pertes économiques subis !  Que de préjudices humains graves commis !  Les  mauritaniens ne savent pas s’il faut tourner la page ou s’il faut continuer dans la voie de l’incertitude. Sommes –nous mieux lotis en démocratie ?

Sommes-nous  toujours  disposés  à cautionner  sans réserve les mêmes erreurs, les mêmes mensonges politiques commis sous d’autres formes avec les hommes de l’heure. Hier, la Mauritanie n’avait pas besoin de bulletins de vote pour élire un Président de la République.

Et quand cela commençait à être une  mode, les méthodes les plus flagrantes tenaient lieu de  recettes démocratiques. Avec ou sans la volonté du peuple, le candidat à sa propre succession rempilait sans coup férir. Ce système avait fini par habituer les électeurs à aller aux urnes sans conviction.

Il fonctionnait pourtant avec tous les outils et instruments propres à une démocratie allant de ses institutions politiques  à ses cadres juridiques. Certes tout n’était que des coquilles vides. Des  nouveaux changements ont eu lieu à la faveur de ruptures  antidémocratiques. Des améliorations ont été apportées. Mais en quoi cela a –t-il contribué à restaurer la confiance entre les acteurs politiques, à redonner au citoyen le goût d’aller aux urnes pour choisir en toute liberté ses représentants ?

Si la démocratie est le système le plus crédible pour faire avancer un pays, la Mauritanie n’a pas encore tiré les meilleurs profits qui doivent s’y rattacher pour combler son retard et entamer un nouvel élan vers le progrès social, politique et économique.

Le pays n’a jamais accumulé autant de crises qui ont affecté le niveau de vie des populations et fait stagner comme les eaux de pluies les attentes des citoyens. A l’apparence les choses bougent selon les ordres donnés par les hautes instances de l’Etat. Mais en réalité le temps passe et nous demeurons figés dans un long et  profond  sommeil  hypnotique…   

Cheikh Tidiane Dia

 

Source: Le Renovateur

Pouvoir-Opposition : Réussir le dialogue contre vents et marées !

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Jamais le pouvoir et la COD n’ont été au cours de toutes ces dernières années de rude confrontation politique, aussi engagés et aussi consciencieux pour relever le défi de l’impossible dialogue politique.

Ce difficile pari qui devra, selon des spéculations politiques optimistes  connaître enfin son heureux épilogue ce dimanche 29 octobre courant, soit sensiblement 2 ans après un précédent accord de dialogue national convenu entre le pouvoir et l’opposition participationniste composée des partis de l’APP, El Wiam, Sawab et Hammam ; ce dernier s’étant retiré par la suite de l’arrangement.

Il est toujours permis de croire au dialogue entre le pouvoir et ses opposants, plus précisément au coup d’envoi aujourd’hui dimanche 29 octobre courant  de concertations politiques  inédites  entre le pouvoir et la COD.

Des pourparlers qui devront selon l’hypothèse haute faire  table rase de l’ancien accord de dialogue signé en octobre 2011 entre la majorité présidentielle et les partis de  l’opposition participationniste en 2011 et selon l’hypothèse base conduire à un élargissement et à un renforcement des résultats de celui-ci,  pour prendre en considération cette fois  certaines doléances de l’opposition radicale dans l’espoir d’ aboutir à un consensus plus consolidé entre les différents protagonistes de la scène politique de gauche et de droite.

Ceci est d’autant vrai si l’on se rend compte de la série de rencontres individuelles  accordées ces derniers jours par le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf aux divers leaders de la COD, lesquels sont quasiment sortis de ces audiences avec des mines optimistes pour les suites de ces retrouvailles.

Les propos prêtés également au Chef du gouvernement, selon lesquels le  pouvoir n’exclut pas un nouveau report des élections législatives et municipales, renforcent ces prévisions comme d’ailleurs les concessions faites par le régime,  évoquées par le leader de l’UFP Dr Mohamed Ould Maouloud, destinées à  garantir une participation de toute l’opposition aux élections.

Selon des échos sur le tête-à-tête que le dirigeant du parti progressiste a eu avec le Chef du gouvernement, on prête à ce dernier d’avoir i loué le rôle de l’UFP dans la stabilité du pays ainsi que son action politique significative.

C’est qui est une chose à saluer, puisque entre le pouvoir et ses opposants, la scène politique nationale s’est habituée toutes ces dernières années à n’entendre  que des critiques virulentes et des dénis réciproques.

A ce rythme, il est du devoir du pouvoir ainsi que de la COD voire même de la CAP d’entretenir ce précieux acquis, de le fructifier et de l’appuyer de toutes leurs énergies, de dépasser les intérêts étroits pour permettre à la Mauritanie de sortir définitivement du cercle vicieux de la crispation politique sans fin et chaotique, menaçant la nation de plonger dans les incertitudes des   printemps arabe et de leurs corollaires de guerre civile et de havre pour les réseaux terroristes et criminels.

Faut-il rappeler aussi que ce projet de dialogue pourra constituer un virage de 180° de l’actuelle tension politique vieille de 4 ans. On se rappelle très bien que les concertations entre les différents acteurs politiques particulièrement entre le pouvoir et la COD  étaient au point mort.

La COD réclame depuis 2011 le départ du président et avait annoncé cet été le boycott des élections législatives et municipales prévues le 12 octobre et reportées depuis au 23 novembre.

Alors que la COD peine désormais à prendre une décision unanime pour le boycott ou la participation, le Premier ministre a rencontré ce mardi deux de ses membres : le parti islamiste Tawasoul et l’UFP de Mohamed ould Maouloud.

Md O Md Lemine

 

Source: Le renovateur