Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 19/08/2013

Mohamed Ould Cheikh (1928-2013)

Décédé il y a quelques semaines, dans un silence de la nation, dont les grands hommes de ce pays ont l’habitude, Mohamed Ould Cheikh Ould Ahmed Mahmoud représente l’image d’Epinal d’un patriotisme mauritanien naissant, et un des intellects qui ont ardemment milité pour l’émergence d’une citoyenneté mauritanienne, loin des clivages tribaux ou communautaires. Une figure à commémorer, dont le combat et les idées doivent servir d’inspiration dans un pays englué dans le marasme d’une cohabitation hasardeuse. Biographie. (Chapô de la rédaction).  


Mohamed Ould Cheikh au centre  

Mohamed Ould Cheikh au centre  

 

 

“Les minorités ou individus, durablement indigestes, ou sous chocs irréversibles contre lesquels le pouvoir social d’intégration et d’adaptation ne peut rien, ont toujours alimenté l’émigration mais non l’opposition” (L’indépendance néo-coloniale, p. 32)
   
“L’inexpérience est chose mortelle en politique” (L’indépendance néo-coloniale,  p. 114)
   
Mohamed Ould Cheikh est né en 1928, dans une famille de nomades sahariens, circulant généralement, pour les besoins en pâturages de leurs animaux, dans les environs de Boutilimit, dans un rayon qui ne s’étendait guère au-delà d’une centaine de kilomètres. Son père, Ahmed Ould Cheikh (1898 – 1987), et sa mère, Oumm Salama Mint Mohamed al-Yadali (1909 – 1997), que ses enfants surnommaient Bettä, étaient des cousins germains, issus de deux frères, Cheikh et Mohamed al-Yedali, eux-mêmes descendants d’une lignée de lettrés. Leur père, Ahmed Mahmoud Ould Sidîna, contemporain de Cheikh Sidia al-Kabîr (1776-1868), le fondateur de Boutilimit, était une figure notable de la tribu de ce dernier — les Awlâd Abyayri — dont il dirigeait une “fraction”. Et parmi les liens généalogiques multiples qui liaient les ascendants paternels de Mohamed Ould Cheikh aux Ahl Cheikh Sidia figure notamment le mariage de Mohamed al-Yadali avec Maymouna, une des filles du premier lit de Bâba Ould Cheikh Sidia, qui allait donc devenir la future grand-mère maternelle de Mohamed, pour laquelle il cultivait une vénération toute particulière et dont il s’est occupée avec une attention quotidienne jusqu’à son décès survenu en 1984.
   
  Des deux grand-pères de Mohamed, Mohamed al-Yadali et Cheikh, le premier, décédé prématurément (1927), était en quelque sorte “le politique”, associé qu’il était, en relation avec l’autorité de son beau-père — Bâba — sur l’ensemble de sa tribu, à la gestion des affaires de cette dernière. Et on connaît, par ailleurs, le rôle que Bâba Ould Cheikh Sidia a joué dans la proto-Mauritanie des années 1902 à 1924, date de son décès. Aîné de Mohamed al-Yadalî, Cheikh, qui lui survivra jusqu’en 1943, était, lui, plutôt le lettré de la famille. Ses enseignements en tant que maître de mahazra étaient suivis par nombre d’étudiants, qui venaient parfois de fort loin, comme il avait été lui-même “en exil” s’instruire auprès des Ahl Mohammed Ould Mohamed Salem dans l’Inchiri, auprès de Yahzîh Ould Abd al-Wadoud, le grand grammairien de l’époque, dans l’ouest du Trarza, etc. Quoi que sa “spécialité” eut été plutôt le fiqh, la jurisprudence musulmane, on a retrouvé dans ces papiers un commentaire de la alfiyya d’Ibn Mâlik, la grande référence régionale en matière de grammaire arabe, sous forme d’un épais manuscrit. Mohamed Ould Cheikh a bien connu ce grand-père-là et commencé à étudier auprès de lui les textes de base de l’enseignement ouest saharien de l’époque. Il a ainsi mémorisé l’intégralité du Coran et entamé l’étude des manuels de base de la scolarité traditionnelle (al-Akhdarî, Ibn ‘Âshir, Ibn Ajarrûm, etc.), tout en s’initiant, comme les jeunes gens de son âge, aux rigueurs et aux valeurs du mode de vie pastoral dominé par un esprit ascétique à la fois imposé par le milieu et “théorisé” par ses habitants.
   
  L’enfance de Mohamed sera marquée par cet environnement qui place au sommet de ses préoccupations la spéculation théologique et littéraire, en même temps que l’exaltation de la généalogie, fondement idéologique de toutes les prétentions statutaires “légitimes”. Elle n’aura pas échappé non plus aux récits d’exploits guerriers que son père, Ahmed Ould Cheikh, mêlé parfois d’assez prêt aux agitations conflictuelles de la fin des années 1920 — au grand désespoir de son vieux lettré de père qui détestait le port des armes — aimait à raconter en soulignant la frugalité, l’endurance et le courage des hommes du Sahara, au service avant tout de leur ‘asabiyya, de leur solidarité généalogique.
   
  C’est sans doute à l’instigation de son oncle maternel, Mohamed Ould Mohamed al-Yadali (1910 – 1990), fin lettré et poète connu, qui avait lui-même brièvement fréquenté l’école primaire de Boutilimit dans les années 1930, que Mohamed Ould Cheikh rejoindra cet établissement en 1942, année d’une terrible crise climatique et économique, qui avait transformé le dénuement de son milieu familial en une véritable misère. Arrivé à l’âge de 15 ans (ce qui n’avait rien d’exceptionnel pour les recrues de l’époque) dans l’établissement scolaire colonial, et déjà doté d’un solide début de formation traditionnelle en arabe, Mohamed Ould Cheikh n’aura pas de mal à parcourir à toute allure le cursus de l’école primaire qu’il venait de rejoindre. Au lieu des six années requises, il n’y restera que trois ans avant de rejoindre le lycée Van Vollenhoven de Dakar. Sa formation scolaire “formelle” s’arrêtera au BEPC. Quoi que sujet scolaire plutôt doué, il se sentait le devoir d’entamer rapidement une activité professionnelle pour venir en aide à une assez large parentèle passablement démunie. Et durant toutes les années où il disposera lui-même d’un salaire régulier, c’est avant tout aux besoins de cette famille étendue (parents, frères et sœurs, tantes, parentèle élargie du “campement”, etc.) qu’il consacrera l’essentiel de ses modestes revenus. Il n’était de toute façon pas le genre à thésauriser quoi que ce soit. Et le jour où il cessera d’avoir un salaire, on s’apercevra qu’il n’avait même pas un toit pour abriter sa famille…
 
C’est comme “instituteur adjoint”, comme on disait à l’époque, que Mohamed Ould Cheikh débuta sa vie professionnelle à Atar en 1949. Saint-Louis du Sénégal était encore la capitale de la Mauritanie, colonie appartenant administrativement à l’ensemble dénommé Afrique Occidentale Française (AOF). La plupart des services administratifs de la colonie (PTT, Santé, Elevage, Eaux et Forêts, Météo, etc.) de Mauritanie étaient du reste partagés avec ceux du Sénégal et administrés depuis ce dernier pays, dont l’espace mauritanien fut considéré, au cours des trois siècles qu’aura duré la présence française dans la région, comme une sorte d’arrière-cour “sauvage”. La dépendance administrative à l’égard du Sénégal et, plus largement, de l’AOF, imposait une inscription dans le cadre qu’offraient les structures légales de mobilisation collectives disponibles dans cet environnement, aussi bien les partis politiques que les syndicats. Les enseignants, on le sait, ont constitué le fer de lance des mouvements revendicatifs et de la première remise en cause politique de la colonisation. Mohamed Ould Cheikh participera activement à ces mobilisations en adhérant au Syndicat des Enseignants de l’AOF, fondé en 1937 par le soudanais [malien] Modibo Keita et le dahoméen [béninois] Ouezzin Coulibaly. Cette corporation était membre de l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire qui verra le jour en 1956. Mohamed Ould Cheikh, participant à ses instances dirigeantes, y aura notamment côtoyé Ahmed Sékou Touré, futur Président de la Guinée indépendante et parangon du radicalisme anti-colonial en ces années-là.
   
  Outre une activité syndicale, dont il notera du reste lui-même la portée modeste étant données la modicité du nombre des adhérents et leur dispersion, Mohamed Ould Cheikh sera associé à l’émergence d’un mouvement plus directement politique, et plus ouvertement anti-colonial : l’Association de la Jeunesse Mauritanienne (AJM), créée en 1955, où il jouera un rôle dirigeant. Bien que se proclamant “apolitique”, l’AJM avait clairement pour cible l’administration coloniale et son entourage. Mohamed Ould Cheikh note qu’elle a joui d’une “énorme popularité”, “dans le cadre de ce si mince programme en matière nationaliste : se réunir, prendre position, avoir son franc-parler, expliquer, et dénoncer les fourberies du colonisateur qui se cachait pour torturer ses propres textes et leur voler toute substance, bref, jouer le rôle à la fois d’une presse interne inexistante et d’une opposition légale.”.
   
  La fragile matrice du nationalisme mauritanien le plus sincère et le plus radical qu’était malgré tout l’AJM devait servir de foyer de rencontre entre un groupe de jeunes gens venant, pour l’essentiel, de la petite administration et du milieu scolaire embryonnaire de l’époque, auxquels se sont ajoutés quelques commerçants. Diverses sensibilités s’y retrouvaient. Celle qui allait donner naissance à la Nahda, exclusivement composée de hassanophones, regardait vers le monde arabe et ira même, chez certains de ses membres, jusqu’à reconnaître le bien-fondé de la revendication marocaine sur la Mauritanie. Mohamed Ould Cheikh se retrouvait, quant à lui, parmi ceux, “ethniquement” plus mixtes, qui aspiraient à voir cette entité, à l’époque passablement chimérique, qu’était la Mauritanie, devenir indépendante au sein des frontières dessinées par la colonisation française. Avec ses “Maures” et ses “Noirs” parmi lesquels Mohamed comptait non seulement des camarades, mais également d’excellents amis (Kane Elimane, Si Seck, Sy Ibrahima, Bâ Bocar Alpha, etc.). A ses yeux, et comme il l’écrira plus tard, “la Mauritanie était affaire d’Arabes et de Nègres”. A l’heure de l’exacerbation des ethno-nationalismes qui commenceront à déchirer la Mauritanie à partir de 1966, cette profession de foi relative à la nécessaire cohabitation, dans le respect de leur diversité, des différentes composantes de la population mauritanienne, verra le nombre de ses partisans s’amenuiser et Mohamed lui-même presque totalement isolé.
   
  La Mauritanie s’acheminait vers l’indépendance après avoir accédé à “l’autonomie interne” au lendemain du référendum de 1958, qui a vu le triomphe des “modérés”, partisans d’une transition “en douceur” vers la souveraineté. Les autorités de transition, dirigées par Moktar Ould Daddah (1924-2003), souhaitaient étendre le plus possible la base de leurs soutiens politiques en faisant appel à des cercles qui apparaissaient jusque-là particulièrement suspects aux yeux de l’administration coloniale. Des membres influents de l’AJM comme Mohamed Ould Cheikh pouvaient servir ce dessein unitaire, si des dispositions concrètes étaient prises pour montrer la bonne volonté du Conseil de Gouvernement présidé par Moktar à l’égard des milieux nationalistes radicaux représentés en particulier par la nébuleuse de l’AJM et par le parti créé par certains de ses anciens membres, la Nahda. Le scepticisme à l’égard des résultats que l’on pouvait attendre des processus électoraux, jugés généralement notoirement manipulés, encourageait par ailleurs fortement la tentation de “l’entrisme” aux yeux des activistes qui souhaitaient influencer le cours des évolutions politiques des années de l’indépendance.
   
  Fort habilement, et avec beaucoup de souplesse, Moktar Ould Daddah, sera l’homme de l’unification de la plupart des mouvements politiques de la fin des années 1950. Après avoir créé le Parti du Regroupement Mauritanie (PRM), en fédérant des éléments de l’Union Progressiste Mauritanienne (UPM), proche de l’administration coloniale, et d’anciens membres de l’Entente de Ahmedou Ould Horma Ould Babana, qui lui fut, au contraire, passablement hostile, Moktar réussira à attirer certaines des figures les plus en vue de l’AJM parmi lesquelles Mohamed Ould Cheikh. Les dirigeants de la Nahda, un moment mis en résidence surveillée à Tichit, sont élargis à la veille de l’indépendance et rejoindront eux-mêmes, pour certains d’entre eux, le parti unique en cours de formation, et plus tard d’institutionnalisation, le Parti du Peuple Mauritanien (PPM). Mohamed Ould Cheikh a joué un rôle actif dans ce processus du fait de ses relations à la fois avec Moktar et avec les dirigeants de la Nahda. C’est dans cette conjoncture qu’après avoir été intégré, en 1958, dans le cadre de l’administration régionale en cours de mauritanisation (“adjoint au commandant de cercle” du Brakna à Aleg, puis à Néma et Kiffa), Mohamed Ould Cheikh sera désigné, en 1961, Secrétaire Général à la Défense, exerçant en réalité l’essentiel du pouvoir dans un Ministère dont le portefeuille était officiellement aux mains de Moktar.
   
  Mohamed Ould Cheikh associe lui-même la suite de sa carrière — et de ses déboires — à l’instrumentalisation dont il aurait fait l’objet dans la lutte contre les velléités d’annexion de la Mauritanie par le Maroc, qui se sont fait jour au moment de l’attaque de Choum-Tegguel, près d’Atar en 1957, et que l’on suspectait d’être plus ou moins derrière les divers attentats qui ont suivi (Nouakchott : 1960 ; Atar : 1961 ; Néma : 1962, …). En tant que Secrétaire Général à la Défense (1961-1965), Mohamed Ould Cheikh aura en charge l’organisation de l’embryon d’armée mauritanienne formée à partir du maigre legs de la colonisation en la matière. Il aura eu aussi la lourde charge de présider le tribunal d’exception institué pour juger en particulier les auteurs de l’attentat de Néma. C’est également à partir de ces toutes premières années de l’indépendance que son rôle se précise et s’affirme dans la mise sur pied des institutions politiques du pays autour du monopole progressivement conféré au PPM dans le paysage politique mauritanien. L’officialisation du système du parti unique, la fin de l’autonomie financière de l’Assemblée Nationale, niche principale du notabilisme traditionnel, l’obligation faite aux députés de signer une démission en blanc pour le cas où ils viendraient à renoncer à leur affiliation au PPM et/ou à l’application de ses mots d’ordre, de tout cela on lui attribuera largement la responsabilité. Cela lui vaudra de solides inimitiés et suscitera de vifs mécontentements jusque dans des milieux familialement proches.
   
  En 1965, Mohamed Ould Cheikh, devenu une figure centrale de la vie politique mauritanienne, se voit confier à la fois les portefeuilles de la Défense et des Affaires Etrangères. Cependant, la tension “ethno-raciale” qui se développe à partir de février 1966 marquera la fin de sa présence au gouvernement. En compagnie de son ami Kane Elimane, un syndicaliste hal-pulaar qui occupait alors le Ministère du Développement, il est démis de ses fonctions ministérielles par Moktar le 21 février 1966. Une orchestration émanant de certains cercles du pouvoir lui prête des positions unilatéralement favorables aux cadres noirs, rédacteurs du manifeste dit “des 19”, considéré comme la mèche qui a allumé les affrontements ethniques de Nouakchott, alors qu’il refusait tout simplement, comme il l’a toujours fait, toute forme de ségrégation ou de division de la Mauritanie sur des bases raciales. Il sera, pour finir, définitivement écarté de l’administration en 1967 — et bientôt dépouillé de tous ses droits administratifs —, suite à la signature, en compagnie de quelques autres personnalités, d’un manifeste de soutien à Ahmed Baba Ould Ahmed Miské, arrêté à Nouakchott pour “détournement de fonds” dans la gestion de son ambassade de New York, ce que ses défenseurs considéraient comme un simple prétexte. Mohamed Ould Cheikh quittera alors la capitale pour aller s’installer dans le campement où résidaient ses parents et sa grand-mère, à une dizaine de kilomètres au nord de Boutilimit. A quelques rares interruptions près, dont l’ultime séjour qui a précédé son décès, il y demeurera constamment durant la quarantaine d’années qui lui restait à vivre.
   
  On a évoqué, à propos de son limogeage de 1966, des rumeurs de coup d’Etat. Mohamed lui-même y fait ironiquement allusion dans L’indépendance néocoloniale, comme pour en souligner l’inanité. Aurait-il fait l’objet d’un rapport intéressé de la part de quelque officier “bienveillant” parmi la poignée de cadres qu’il avait contribué à faire former au sein de la toute jeune armée mauritanienne ? Il n’a pas manqué pourtant de souligner lui-même la cohésion et le civisme dont fit preuve cette armée durant l’intervention qu’elle effectua, sous la direction du Lieutenant Soueidat, pour éteindre le début d’incendie ethnique qui commençait à embraser les rues de Nouakchott en février 1966. A quelle(s) fin(s) et pour le compte de qui un officier de la toute jeune armée aurait-il rapporté des velléités de coup d’Etat chapeauté par Mohamed ? L’histoire le dira peut-être un jour …
   
  Revenu s’établir dans le campement “résiduel” de ses parents après vingt cinq ans de pérégrinations qui l’ont mené aux quatre coins du monde, Mohamed Ould Cheikh se contentera de la tente et de la “paillotte” pour tout domicile, comme les autres résidents du lieu, avec lesquels il partagera le peu de ressources qu’il lui arrivait d’avoir grâce à diverses manifestations de solidarité. Contraint à la retraite, la quarantaine à peine venue, il apprendra à “gérer” ce retour en développant une forme de piété religieuse originale et en s’instituant “médecin autodidacte”, d’abord de sa parentèle proche, puis de toutes sortes de solliciteurs dans un environnement où il n’y avait quasiment aucune présence des services de santé et où les efforts qu’il déployait lui-même pour donner les soins de base aux membres de sa famille eurent tôt fait de le transformer en thérapeute en quelque sorte malgré lui.
   
  Les hommes, proclame un vieil adage arabe, sont fils de leur époque avant que d’être les héritiers de leurs ascendants. Esprit curieux à l’orientation “systémique” et “totalisante”, Mohamed Ould Cheikh a reçu l’essentiel de sa formation scolaire “moderne” dans un environnement francophone et “négro-africain”. Une part du “jusqu’au boutisme” intellectuel dont il était porteur n’est peut-être pas totalement étrangère toutefois à certains ressorts de la culture “traditionnelle” qui comportait, dans ses versants grammaticaux et théologiques, des foncteurs d’enchaînements logiques aux implications souvent imparables : une fois les prémisses posées, les conclusions devaient nécessairement suivre. A ce possible terreau “systémique” d’origine traditionnelle, est venue se superposer une quête philosophique, nourrie avant tout par la passion de la chose publique, par la pratique militante et la lecture.
   
  La jeunesse scolaire et professionnelle de Mohamed Ould Cheikh a coïncidé avec la fin de la seconde guerre mondiale, avec le développement des mouvements en faveur de l’émancipation dans le “Tiers Monde” (triomphe de Mao en Chine, révolution nassérienne, guerres de Corée et du Vietnam, débuts de l’insurrection algérienne, etc.) et avec une prise de conscience croissante au sein de ce Tiers Monde de sa spécificité et de sa possible unité anti-impérialiste, dont la conférence de Bandoeng (avril 1955) a tenté d’esquisser le chemin. Le militantisme anti-colonial et anti-impérialiste était dans l’air du temps. Le marxisme, qui offrait une explication “totale” du monde aux ressorts millénarisants, pouvait procurer à la petite élite intellectuelle produite par le colonisateur, un cadre idéologique “moderne”, un outil pour “nier la négation” dont elle était l’objet de la part de ses géniteurs intellectuels, s’il fallait reprendre une terminologie hégéliano-marxiste que Mohamed affectionnait à une certaine époque. Le marxisme  était un chemin “dialectique” possible vers l’ouverture à une  universalité humaine que la “situation coloniale” engendrait tout en la niant (il y avait alors les “hommes” et les “indigènes”…), un chemin dans lequel les élites issues de la colonisation pouvaient, si elles le souhaitaient, trouver une justification de leur volonté de “trahir honorablement” des solidarités primordiales, tribales ou villageoises, à base religieuse, malmenées et souvent instrumentalisées au bénéfice de l’ordre colonial. Les syndicats et les partis les plus radicaux de la colonisation finissante y trouveront un de leurs principaux aliments idéologiques.
   
  Mohamed Ould Cheikh n’a pas échappé à cette tentation marxiste. On en trouve des échos dans l’ouvrage publié sous le pseudonyme de Hamid el Mauritanyi (i.e “Le Mauritanien reconnaissant” … A qui ? à Dieu ? De quoi? De sa “mauritanité” ? …) auquel j’ai, à plusieurs reprises, fait référence dans les propos ci-dessus. Bien que fort de 366 pages, ce texte, paru en 1974 à Paris, est en réalité un brouillon rédigé sur un coin de natte, en un lieu passablement isolé, dans un dénuement documentaire total. Il ne comporte, du reste, aucune référence. Il se présente plutôt à la fois comme un témoignage, une tentative d’analyse historique de la vie politique mauritanienne entre 1946 et 1973 et un bréviaire militant en faveur de l’indépendance réelle et de la justice sociale (d’où son sous-titre : “Combattre pour l’indépendance et le socialisme”). L’histoire s’y mêle au témoignage, en particulier autour de l’expérience personnelle de Mohamed Ould Cheikh en tant qu’acteur politique dans la Mauritanie des cruciales années 1950-1960. Même si cet ouvrage porte encore une part du souffle émancipateur qui anima tout au long de sa vie la pensée et l’action de son auteur, il comporte certaines évaluations sur lesquelles il aurait certainement ultérieurement été plus nuancé, s’agissant tout spécialement du jugement brutal et essentiellement négatif qu’il portait alors sur la personne de Moktar Ould Daddah. Dans le cheminement qu’ils ont partagé pour accréditer et asseoir l’existence de l’entité mauritanienne, Mohamed Ould Cheikh, qui s’est dépensé sans compter dans les moments les plus difficiles et pour assumer les décisions les plus impopulaires, représentait l’agenda “tiers mondiste” le plus intransigeant et le plus radical, tandis que Moktar, plus réaliste et plus gradualiste, devait sans doute s’efforcer de s’en tenir à ce qui lui semblait raisonnablement possible. De même extraction sociale — une couche dominée des strates dominantes de la “société traditionnelle” — ils représentaient chacun, dans leurs rapports à l’administration coloniale, une facette particulière de cette figure qu’Erwin Goffman appelle “l’initié” et que la colonisation nommait avec condescendance “l’évolué”. Mentalement largement influencés par leur “initiateur” colonial (ils en sont scolairement et professionnellement les produits), ils n’ont pas manqué de retourner contre lui les “outils” et les “secrets” auxquels ils ont été initiés. Sans eux en tout cas, et quoi qu’en pensent les rétro-nationalistes d’aujourd’hui, la chimère mauritanienne aurait eu du mal à s’acheminer vers sa concrétisation. Ils lui auront consacré, avec passion et impétuosité dans un cas, avec mesure et discernement dans l’autre, l’essentiel de leurs vies.
   
Abdel Wedoud Ould Cheikh

 

Noorinfo




Arts divinatoires : l’APP déclare aller aux élections quand les poules auront des dents…

 


Arts divinatoires : l’APP déclare aller aux élections quand les poules auront des dents…  
C’est à peu près le sens de ce communiqué ésotérique tombé du perchoir comme un œuf à la coque car ça chauffe en ce moment. Ce n’est pas de la langue de bois mais de la langue du gueuzane, interprète de cauris. En gros, l’APP ne fait que dire ce qu’ils ont dit hier et avant-hier jusqu’au jour d’avant où selon l’APP, il faut appliquer la feuille de déroute de Messoud à savoir accepter les doléances de la COD : gouvernement d’union nationale etc. Sans ça, niet ! L’APP n’ira pas faire campagne pour 4 députés, perdre le perchoir et n’avoir plus qu’à rejoindre les déprimés qui n’ont plus rien à espérer qu’un coup d’état.
   
Ainsi, l’APP gagne encore du temps. Discuter encore pour mettre tous les acteurs politiques d’accord. De quels acteurs parle l’APP ? Les gens de la CAP, une partie de la COD ou tous les révolutionnaires déprimés ? Quand l’APP parle de report, c’est un report jusqu’à quand ? Pas plus de 3 semaines selon Aziz ou le plus longtemps possible le temps de bien discuter avec tout le monde pour mettre d’accord ceux qui sont d’accord sur une seule chose à savoir ne se mettre jamais d’accord sur rien ?
   
Imaginez que le décret convoquant le collège électoral est fait mais pendant ce temps, l’APP propose tranquillement de discuter les choses  suivantes :
   
1-  Discuter pour faire participer tout le monde tout simplement
2- Discuter de l’élargissement de la CENI
3- Discuter de la création et composition de l’observatoire des élections comprenant les partis politiques (il faudra discuter lesquels) et la société civile (il faudra aussi discuter laquelle)
4- Discuter de la constitution d’une Commission d’enquête parlementaire (valant Audit de l’Agence chargée de l’Etat Civil et de l’Enrôlement).
   
Quand tout cela sera discuté, je cite « “ces quelques mesures, qui sont loin de constituer l’idéal, si elles étaient jointes à un report du scrutin concerté entre les Acteurs politiques et la CENI pour tenir compte des contraintes techniques de celle-ci, celles légales et réglementaires du Gouvernement, et enfin celles politiques entre les différents acteurs, pourraient constituer une base suffisante pour susciter une large participation aux prochaines élections” conclut le communiqué. »
 
C’est ce qu’on appelle l’effet brouillard de l’altitude et le fou rire qui va avec en se moquant du monde ; il est temps pour Messoud de descendre du perchoir gazré depuis longtemps à base de 4 députés pour retourner respirer sur terre l’air frais des choses raisonnables.
Source:noorinfo

L’APP participe à condition d’un report des élections

altLe parti  Alliance Populaire Progressiste (APP) a déclaré son accord de participer aux prochaines élections législatives et municipales avec la condition d’un report du scrutin concerté entre les Acteurs politique et la CENI. Selon une communiqué de presse de l’APP parvenu à Alakhbar.
Le parti  proclame, selon le communiqué, son évaluation positive des déclarations et des engagements politiques du président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz  et en prend acte à savoir :
-son appel à tous les acteurs de participer aux élections en vue.
-son acceptation de la création d’un observatoire comprenant les Partis politiques et la Société civile.
-son acceptation de l’élargissement de la CENI.
-sa non opposition  à la Constitution d’une  Commission d’enquête parlementaire  (valant Audit de l’Agence chargée de l’Etat Civil et de l’Enrôlement).
Il considère alors, que “ces quelques mesures, qui sont loin de constituer  l’idéal, si elles étaient jointes à un report du scrutin concerté entre les Acteurs politique et la CENI pour tenir compte des contraintes techniques de celle-ci, celles légales et réglementaires du Gouvernement, et enfin celles politiques entre les différents acteurs, pourraient constituer une base suffisante pour susciter une large participation aux prochaines élections” conclut le communiqué.

Source: Alakhbar

l’opposition boycotte les élections pour éviter un 2é piège électoral du régime

altEn Mauritanie, la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) a expliqué, dans un meeting, Dimanche à Nouakchott, que son boycott des prochaines législatives et municipales c’est pour éviter de tomber dans un deuxième piège électoral du régime.
Ainsi, le président de l’UFP (Membre de la COD) Mohamed Ould Mouloud, a déclaré que l’opposition était tombée dans le piège de Ould Abdel en participant à l’élection présidentielle de 2009. “Résultat: nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait d’un piège et nous avons mordu le doigt”.
Et Ould Mouloud a accusé le président Mohamed Ould Abdel Aziz de vouloir affaiblir l’opposition et de s’en servir pour légitimer son pouvoir.
Voilà, a-t-il ajouté, le même pouvoir de Ould Abdel Aziz fixe la date des prochaines législatives et municipales de façon “unilatérale”. Et “l’opposition n’a reçu aucune garantie de transparence de ces élections sauf des déclarations de bonne intention de Ould Abdel Aziz sur lesquelles nous ne pouvons pas compter”.
De son côté, Ahmed Daddah, président en exercice de la COD, a affirmé que l’opposition est en principe intéressée par les élections parce qu’elles lui permettent de gérer la chose politique. Elle a toutefois décidé de les boycotter en raison de la “grande opération de fraude que prépare le régime”.

Source: Alakhbar

le général Aziz, vu comme un “Oulad Bousbaa” déterminé à distribuer le butin à ses frères

altMalgré un mandat placé sous le signe de la “lutte contre la gabégie et de la restauration de l’Etat, le général Mohamed Abdel Aziz est vu par la plupart des mauritaniens comme un “Oulad Bousbaa” déterminé à distribuer le butin (c’est la définition tribale de l’Etat) à ses frères et cousins, révèle une enquête de Mauritanies1, numéro 31 reprise par financialafrik.
Qu’il ait fait exiler l’homme le plus riche du pays, en l’occurrence Mohamed Ould Bouamatou, son cousin et patron de la banque GBM, aujourd’hui au Maroc, ne constitue pas un gage suffisant aux yeux d’une opinion publique dont les leaders, bardés de diplômes, restent toujours prisonniers du prisme tribal.
Qu’il ait, dernièrement, demandé des comptes au maire de Nouakchott, son autre cousin – trés populaire, n’a pas changé l’approche des leaders, qui voient dans cette intrusion dans les comptes de la commune une manière de priver le principal parti d’opposition du pays, le RFD d’Ahmed Daddah, de son principal poulain lors des municipales prévues en octobre de cette année et déjà boycottées par l’opposition historique (RFD, UFP).
Depuis la chute du président Maouiya Ould Taya, l’on assiste à un changement du rapport de force au sein de la grande famille maure qui contrôle totalement l’économie du pays.  Longtemps privilégiés, les Smassides d’Atar “subissent”  aujourd’hui  l’inéluctable montée des Oulad Bousbaâ, dont les  illustres rejetons ont pour nom  Ely Ould Mohamed Vall, Mohamed Ould Abdel Aziz,ou encore Mohamed Ould Bouamatou. 
Originaires de la région d’El Haouz Tensif (Maroc )et souvent établis à Louga (Sénégal), les Oulad Bousbaa ont la particularité d’être une tribu sans terre en Mauritanie.  Numériquement peu importants, ce sont par contre de redoutables stratèges.
Ils sont  montée silencieuse dans le dispositif  politique, sécuritaire et économique de Taya.   Au point de le renverser.  Succédant aux Smassides qui eux-mêmes ont succédés aux Oulad Biri (liés à Mokhtar Ould Daddah), les Oulad Bousbaaa  incarnent-ils aujourd’hui une nouvelle classe du capitalisme mauritanien au détriment des Smassides, des Idouali, et des négro-africains (quoique ces derniers, il faut le dire, sont écartés du   dispositif économique du pays).
Leur secteur stratégique reste les Mines.   Ainsi, Ahmed Salem Ould Tekrour, ancien de la société mauritanienne des hydrocarbures (SMH)  n’est-il pas nommé directeur des hydrocarbures au sein du MPEM ?   Il est vrai que ce ministère est sous les commandes de Taleb Ould Abdivall, un Idouali  moderne. Quand à Mélanine Ould Towmy, également Oulad Bousbaa,   homme réputé intègre et discret, ancien directeur de cabinet du président Taya, il est nommé président du conseil d’administration de Kinrosso.   Pour sa part, Kemal Ould Mouhamedou, cousin du chef de l’Etat, est le représentant de l’Etat chez Tullow Oil, la société qui développe le gaz de Banda.

Source: Alakhbar