Le microcosme politique mauritanien compte très peu de personnages du genre de caractère entier d’Alassane Hamady Soma Ba. Richissime homme d’affaires dans les années 80, il est l’une des victimes-figures de proue de ceux qui ont tout perdu à cause d’un système d’état qui a pensé la domination économique, politique et culturelle d’un groupe communautaire exclusif de ce pays. Effacé depuis du paysage social du pays, il revient en force, en politique, sans langue bois, avec des idées pour sortir du carcan des partis politiques, autant du pouvoir que de l’opposition classique, décrite comme “crypto-personnelle”. Entretien avec un homme révolté contre un système “inique et machiavélique”, mais qui ne conçoit la solution pour ce pays, que dans une cohabitation pensée et à réaliser réellement.
Trop de choses, dans ce pays, sont troublantes et l’avenir semble très incertain. Le racisme, l’esclavage, la pauvreté, les discriminations minent le quotidien dans une atmosphère où l’absence de conscience ou où, des consciences volontairement anesthésiées se propagent dans l’air ambiant et assombrissent le ciel.
Après des années de militantisme, je me suis interrogé sur ce qui fait que la situation n’évolue guère. J’ai donc jugé utile de prendre du recul et de mener une analyse.
Mon constat est que l’idée d’un Etat moderne n’est pas encore ancrée dans la mentalité des populations. Plus grave encore est que ceux qui sont considérés comme des acteurs politiques manquent de culture générale, critique et étatique.
L’essence de l’Etat est de protéger. « Le but de la République est la sécurité des particuliers », nous dit Hobbes. Or, en Mauritanie, on assiste à un Etat où l’exclusion est la base de l’organisation de la société : exclusion d’origine raciale, sociale et économique.
En ce qui concerne l’exclusion raciale, elle pourrit la situation du pays depuis son indépendance. Elle a atteint son summum avec les massacres, la déportation, les assassinats, les emprisonnements des Négro-mauritaniens en1989. Aujourd’hui, elle continue à travers la volonté du pouvoir mauritanien d’exclure le maximum de Négro-mauritaniens de l’état civil.
Pour ce qui est de l’esclavage, il s’agit de l’un des pires crimes que nous pouvons connaître en ce XXIème siècle, des siècles après Rousseau, un des pères de la philosophie des lumières, celle de la raison. Pour Rousseau, tous les hommes naissent égaux en droit car tous naissent libres.
La Mauritanie est un des rares pays au monde où l’esclavage, sous sa forme ancienne, demeure encore. Cela devrait pousser les Mauritaniens à s’interroger sur eux-mêmes, sur leur état d’arriération. Ils devraient en avoir honte. Malheureusement, tel n’est pas le cas. La société mauritanienne est une société inégalitaire, fière, où le vent de l’esprit de Rousseau passe encore inaperçu, car les oreilles sont bouchées par les lourdeurs des traditions. Il faut noter que, plus on est ignorant et aveugle d’esprit, plus il est plus aisé d’être fier de soi.
Pour ce qui est de l’exclusion économique, une minorité s’accapare aujourd’hui de la richesse du pays. « Depuis son accession au pouvoir, le Président Aziz, malgré ses promesses, a passé son temps à construire sa propre fortune au lieu de gouverner. Il fait main basse sur l’ensemble de l’économie mauritanienne, de l’exploitation des ressources naturelles aux banques, en passant par la pêche et les projets d’infrastructures.
« Pour s’assurer du bon fonctionnement de sa machine à laver l’argent, Aziz doit employer en permanence un gang de courtisans qu’il enrichit tout en les chargeant de dissimuler ses propres avoirs. Qui sont les prête-noms qu’il utilise pour blanchir sa fortune fraîchement acquise ? Cette nouvelle classe d’hommes d’affaires maquignons, qui tous travaillent pour Aziz, sont en train de mettre en coupe réglée l’économie du pays. Pas un secteur n’échappe à leur voracité. » 1
La gestion de l’Etat, en Mauritanie, repose sur l’ethnie, la tribu, le clan, la courtisanerie. Les richesses sont, par conséquent, mal réparties et ne résultent guère d’un mérite quelconque.
Comment sortir de cette situation ?
« Le changement institutionnel peut être amorcé ou engendré par un déplacement ou des modifications dans la dynamique des rapports de force au sein même des fonctions ou des postes clés de l’institution, par un changement idéologique, un scandale qui révèle la disparité trop grande entre des finalités et des pratiques ou le décalage entre les vertus. » 2
Pour ce qui est de la dynamique des rapports de force en Mauritanie au niveau des postes clés, il est certain qu’elle n’est pas en faveur de forces de progrès, de justice, d’égalité ou de fraternité. Au contraire, ce sont des forces rétrogrades, féodales, soucieuses de s’accaparer des richesses du pays qui y dominent. On peut donc difficilement espérer un changement idéologique au sommet de l’Etat.
Concernant un scandale qui révèle la disparité trop grande entre des finalités et des pratiques ou le décalage entre les vertus les changements, je peux dire que peu de choses scandalisent les Mauritaniens y compris l’assassinat de leurs propres compatriotes ou frères. On l’a vu lors des événements de 1989. Même les populations victimes semblent peu choquées. On a vu de nombreux Négro-africains au côté du pouvoir. On peut même se demander si le Mauritanien a des valeurs humaines. Mes propos peuvent paraître forts mais je suis convaincu de la pertinence de cette question.
Quelles sont les valeurs des Mauritaniens ? Quelle est la finalité de l’Etat mauritanien ? Les valeurs des Mauritaniens sont dominées par l’appartenance ethnique, tribale, clanique, l’argent gagné facilement. La mentalité qui domine au sein de la société est inégalitaire, inhumaine. Elle frôle la barbarie.
Pour ce qui est de la finalité de l’Etat mauritanien, il n’y en a guère d’un point de vue collectif. L’Etat est là pour servir ceux qui en tiennent les manettes. Cette manière de voir le rôle de l’Etat est très partagée. D’une manière générale, les opposants ont les mêmes valeurs que ceux qui sont au pouvoir. C’est surtout pour cette raison que je demeure sceptique quant à l’avenir de ce pays.
Les opposants mauritaniens, dans leur majorité, partagent les mêmes valeurs que ceux au pouvoir.
On parle de démocratie mais on n’est pas pour la liberté de conscience.
On lutte contre le racisme mais on n’est pas pour l’égalité des Hommes. On croit aux castes. On le vit fièrement sans regret ni honte.
On est contre l’esclavage mais on est pour le maintien du statut féodal de la femme en Mauritanie. Ou en tout cas, dans la pratique, on soumet son épouse, la considère comme inférieure à soi.
On accuse le Président de voler les richesses du pays, d’entretenir la misère mais une fois arrivé au pouvoir, on agit de la même manière que lui.
Il est aussi certain que si l’opposition venait au pouvoir les pratiques ne changeraient pas de beaucoup.
Tout cela rend pessimiste. Mais le pessimisme n’empêche pas d’agir. Il peut même rendre plus fort car rien ne peut décourager le pessimiste actif. La Mauritanie a besoin d’une rupture épistémologique, d’un changement de paradigmes, de disque.
Oumar Diagne
Ecrivain
Source: Oumar Diagne

Alors que le COD et le président Mohamed Ould Abdel Aziz poursuivent leur jeu de nerfs autour des prochaines consultations électorales, avec des échos de plus en plus persistants relatifs à de fortes pressions exercées sur les deux parties par des « pays amis » pour dépasser la crise politique persistante en Mauritanie, les scrutins envisagés ont ouvert une véritable course pour l’accès aux fonctions électives, avec en soubassement le retour en force du népotisme et du tribalisme.
Les pluies qui se sont abattues ce dernier temps à Nouakchott ont fait, dans le quartier de la Socogim Ps, beaucoup plus de dégâts que les précédentes. Des maisons détruites, des pans de murs démolis, des routes coupées ; ça patauge partout. Mosquée détruite, poste de santé abandonné, école fermée depuis trois ans.
Le spectacle à la Socogim Ps n’est pas beau à voir. Une situation indescriptible qui a poussé les populations du quartier à manifesté, ce jeudi matin devant les grilles du palais présidentiel à Nouakchott.
Sous la houlette du collectif des jeunes de la Socogim Ps, les manifestants composés de jeunes, des femmes et des mères de familles arboraient des banderoles et de pancartes sur lesquelles sont inscrits différents slogans exprimant les problèmes du quartier « la Socogim PS sinistrée et oubliée » ou en encore « au secours, le quartier ne dispose plus de mosquée, de poste de santé ni d’école » « Depuis que des années nous avons des difficultés » martèlent t-ils.
Les habitants de Socogim PS témoignent
« Toutes les eaux se déversent dans nos maisons » se plaint une dame. Mika Lo, Membre du collectif des jeunes de la Socogim PS « Nous voulons une solution urgente, des camions citernes tout de suite pour pomper les eaux, la situation est très grave » préviens t-il.
Dans la foulée quelques manifestants ont été reçus par un conseiller à la présidence. Après une visite chez le Wali de Nouakchott des solutions provisoires ont étaient trouvés. Selon nos informations 6 camions citerne sont en ce moment entraient d’évacuer les eaux. 4 camions appartiendraient à l’Agence Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (ANEPA) et 2 de la Communauté Urbaine de Nouakchott(CUN).
A noter que le collectif des jeunes de la Socogim Ps avait recensé 144 maisons détruites par les eaux avant les derniers pluies.
Djigo Souleymane
Source: cridem