Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: April 2012

Pourquoi avons-nous peur de nos langues nationales?

altCette réflexion s’inscrit dans la logique de notre article intitulé «Plaidoyer pour l’introduction de l’égyptologie dans l’enseignement supérieur en Mauritanie » paru il y’a quelques jours sur plusieurs sites mauritaniens. Ce plaidoyer était juste un aspect d’un projet plus large, celui qui consiste à appeler les autorités mauritaniennes à une réflexion beaucoup plus approfondie sur notre système éducatif, ses failles et les moyens de le réinventer. Notre espoir est qu’une telle discussion puisse déboucher sur une refonte du moule éducatif mauritanien et la mise sur place d’un cadre apte à rendre notre éducation beaucoup plus compétitive sur l’échelle du continent et du monde mais surtout à faire du système éducatif le moule d’une conscience historique commune, des aspirations communes ; bref le moule d’une Nation. Nelson Mandela aime rappeler cette verité absolue: «Education is the most powerful weapon which you can use to change the world». Quel rôle nos langues nationales peuvent-elles jouer dans ce combat?

Le 16 mai 2007, l’Assemblée Générale des Nations Unies, dans sa résolution 61-266, a demandé aux États Membres et au Secrétariat «…d’encourager la conservation et la défense de toutes les langues parlées par les peuples du monde entier ». L’année suivante, 2008, est alors proclamée Année internationale des langues. L’objectif visé ici est bien sûr de «… favoriser l’unité dans la diversité et l’entente internationale grâce au multilinguisme et au multiculturalisme ».L’ONU reste convaincue que : « Les langues constituent les instruments les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoine matériel et immatériel. Tout ce qui est fait pour promouvoir la diffusion des langues maternelles sert non seulement à encourager la diversité linguistique et l’éducation multilingue mais aussi à sensibiliser davantage aux traditions linguistiques et culturelles du monde entier et à inspirer une solidarité fondée sur la compréhension, la tolérance et le dialogue ». Ce besoin de dialogue culturel comme base pour construire nos nations, nous le rappelions récemment lors de la conférence tenue à Montgomery College dans l’état de Maryland et intitulée « Realizing the Power of Multicultural Education ».

En 2008, l’Assemblée Générale de l’Etat de Maryland ou nous vivons a voté une loi, Senate Bill 506 et House Bill 610, qui établissait pour la première dans l’histoire des Etats-Unis, un Task Force appelé Task Force for the Preservation of Heritage Language Skills in Marylanddont le but était d’étudier le rôle des langues « ethniques » et d’explorer les voies et moyens par lesquels ces langues peuvent être préservées et utilisées par l’état de Maryland. Le choix de Maryland pourrait être le résultat du fait que « Maryland is home to an unusually diverse and well-educated immigrant population ».

Une année plus tard, le Task Force dépose son rapport et ses recommandations sur le bureau du Gouverneur Martin O’Malley pour un suivi immédiat. Il faut souligner ici que par l’expression “Heritage languages”, le Task Force fait allusion à toutes les langues en usage dans l’univers marylandais avant l’immersion dans l’univers linguistique Anglophone. Donc il s’agit de l’Espagnol, le Français, l’Arabe mais aussi «… several African languages and dialects (p. 4 du rapport) ».

Plus récemment, lors de la Journée internationale de la langue maternelle du 21 février 2012, Irina Bokova la Directrice générale de l’UNESCO dira : « La langue de nos pensées et de nos émotions est notre bien le plus précieux. Le multilinguisme est notre allié pour assurer l’éducation de qualité pour tous, favoriser l’inclusion et lutter contre les discriminations».

Toutes ces initiatives sont à saluer ; le monde semble se rattraper un tout petit peu. Mais faut-il rappeler qu’en 1954, bien avant les Indépendances et toutes ces déclarations et initiatives, Cheikh Anta Diop avait averti les Africains et souligné dans Nations nègres et Culture, T.II, 1979, p.415 qu’: « il est plus efficace de développer une langue nationale que de cultiver artificiellement une langue étrangère; un enseignement qui serait donné dans une langue maternelle permettrait d’éviter des années de retard dans l’acquisition de la connaissance ». Malheureusement nos dirigeants n’étaient pas à l’écoute ; le partage des postes avait éclipsé la raison et le bon sens.

Cheikh Anta ajoutera aussi, pour montrer la difficulté majeure qui guette les jeunes Africains en quête de connaissance, que : « Le jour même où le jeune Africain entre à l’école, il a suffisamment de sens logique pour saisir le brin de réalité contenu dans l’expression: un point qui se déplace engendre une ligne. Cependant, puisqu’on a choisi de lui enseigner cette réalité dans une langue étrangère, il lui faudra attendre un minimum de 4 à 6 ans, au bout desquels il aura appris assez de vocabulaire et de grammaire, reçu, en un mot, un instrument d’acquisition de la connaissance, pour qu’on puisse lui enseigner cette parcelle de réalité ».

De ce fait, si vous prenez un enfant Africain qui généralement entre à l’école à l’âge de 7 ans pour commencer l’étape d’acquisition de l’instrument de la connaissance, il lui faudra attendre l’âge de 11 à 13 ans avant qu’il ne soit prêt pour une apprendre la réalité de la connaissance. Ces 4 à 6 ans passés à étudier l’Anglais, le Français, l’Arabe etc… constitue en effet 4 à 6 de retard dans la marche vers l’acquisition de la connaissance. Donc comparé à l’enfant Français, Arabe ou Américain, l’enfant Africain qui amorce l’étape d’acquisition de l’instrument de connaissance traine un déficit énorme, déficit qui pourrait déterminer sa place dans la société de demain, fossiliser son avenir et poser les jalons d’une discrimination certaine dans le futur. La langue doit être perçue comme le moteur ou véhicule de la connaissance ; elle ne doit jamais constituer un obstacle, un rideau de fer à la connaissance. La langue doit faciliter la marche vers l’acquisition de la connaissance au lieu de l’enfreindre comme tel est le cas dans nos systèmes éducatifs africains.


Les neuroscientifiques américains ont pu démontrer qu’au-delà de 6 ans, ce qu’ils appellent « Window of opportunity », ou intervalle de temps durant lequel l’acquisition d’une langue étrangère est plus facile, commence à se fermer progressivement. Cela veut dire que l’enfant apprend les langues étrangères avec plus de difficultés. Ce qui va surement retarder l’acquisition de la connaissance chez l’enfant africain. L’enfant africain perd ainsi doublement : il passe un temps énorme à apprendre l’outil de communication et non la connaissance il le fait au moment où la fenêtre des facultés d’acquisition de cette langue est neurologiquement en train de se fermer.

Voilà pourquoi beaucoup d’Africains sont obligés de quitter les bancs de l’école parce que l’étape d’acquisition de la langue est tellement difficile qu’elle a fait perdre à l’enfant le gout de l’étape d’acquisition de la réalité de la connaissance. Pour vérifier cela, regarder combien de vos amis ont abandonné l’école durant cette étape.

L’aptitude naturelle d’apprendre une langue étrangère ne disparaît pas après 6 ans, mais diminue, l’acquisition de la syntaxe et de la correcte prononciation disparaissent alors que l’acquisition d’un nouveau vocabulaire croit avec le temps.

L’expérience renforce le vocabulaire et il en est de même de la lecture. Voilà qui justifie l’assertion de Dr. Bruce Perry de la faculté de Médecine de Baylor College en Houston dans l’état de Texas: « Experience is the chief architect of the brain ».Par expérience, Dr. Perry entend un permanant contact avec l’environnement ou la réalité extérieure.

Ces études neuroscientifiques montrent l’ampleur du mal en Afrique de manière globale. En d’autres termes, pourquoi demander à un enfant qui a déjà les prédispositions pour accéder à la connaissance de faire un détour linguistique de quelques années avant d’arriver à la réalité de la connaissance ? L’enfant maîtrise déjà l’instrument de connaissance et est prêt pour la connaissance.

Entendons-nous bien, par langue étrangère, nous faisons allusion à toute langue autre que celle parlée dans l’univers immédiat où évolue l’enfant. Pour être plus explicite, disons que le Pulaar est une langue étrangère chez l’enfant Soninke et vice-versa. Cela dit, si on prenait un enfant de Mbagne et un autre d’Atar et qu’on les introduit au système éducatif mauritanien tel qu’il est, l’enfant d’Atar est 4 à 6 ans en avance dans l’apprentissage de la langue étudiée à l’école par rapport à l’enfant de Mbagne, le village de mon ami Feu Samba Sarr. Alors que l’enfant d’Atar a un instrument d’acquisition de connaissance, celui de Mbagne ou de Jeol, le village de mon ami Kaaw, se bat pour la maîtrise de l’instrument d’acquisition de la réalité de la connaissance.

Pire, l’enfant de Mbagne est introduit à l’instrument d’apprentissage au moment où il a dépassé« The window of opportunity »,intervalle de temps durant lequel cet apprentissage aurait été plus facile. Deux ou trois ans plu tard, l’enfant de Mbagne voit un autre obstacle se dresser puisqu’il doit ajouter le Français en plus du Hassaniya étudié à l’école.

Bref l’enfant de Mbagne fait face à une série difficultés : 1) Il a dépassé «The window of opportunity » ; 2) Il doit maîtriser 2 instruments d’acquisition de connaissance en un temps record ; 3) Il doit étudier la langue et non la connaissance ; 4) Son cerveau doit modeler très vite des espaces d’enregistrement pour ces langues ; 5) Il doit apprendre 2 langues dont il ne fait pas l’usage à la maison. Voilà une montagne d’injustice créée par notre système éducatif.

L’enfant Beydan fait face à une difficulté pareille lorsqu’il s’agit d’apprendre le Français ou s’il aurait eu à apprendre la langue d’Ilo Yaladi, Kocc Barma ou Jaabi Sise. Il aura à transcender les mêmes difficultés que l’enfant de M’bagne ou de Diowol. En effet, voilà une langue qui lui est étrangère et dont il ne fait l’usage qu’à l’école. Donc l’usage du Français, n’en déplaise mes amis Francophiles, constitue un obstacle dans l’acquisition de la réalité de la connaissance chez cet enfant.

La différence entre l’enfant de M’bagne et l’enfant d’Atar se situe cependant dans le soutien qu’ils reçoivent de l’Etat mauritanien. Pour le premier, ce soutien est zéro alors que pour le second, le soutien s’appelle le system éducatif mauritanien et son volet le plus controversé, l’arabisation.


Il faut souligner ici que les Négro-africains de la Mauritanie ne rejettent pas l’Arabe en tant que langue, mais plutôt son usage comme arme politico-culturelle darwinienne. Ici apparaît la discrimination. Il faut comprendre cette logique pour comprendre les dangers de la politique d’arabisation initiée par les autorités. Elle est une réponse calibrée et sélective pour seulement une portion de la jeunesse mauritanienne ; elle adresse uniquement le challenge que les enfants maures vont rencontrer s’ils doivent étudier la langue de Molière. L’arabisation est de ce fait une réponse politique et discriminatoire dès lors qu’elle résout le problème d’une catégorie sociale et maintien l’autre défavorisée. Vue sous cet angle, l’arabisation est un crime politique et un élan génocidaire culturel et linguistique.

Et bien sûr nous ne disons pas qu’il ne faut pas apprendre les autres langues ; bien au contraire. La langue fait de la diplomatie mieux et plus que les meilleurs diplomates. Mais ce que nous pensons c’est que les connaissances de base peuvent et doivent être enseignées en langues nationales, parallèlement à l’acquisition des autres langues. L’erreur à éviter, a notre avis, c’est de faire de la langue étrangère une condition primaire à l’acquisition de la connaissance.

Notre peur de l’enseignement de nos langues nationales est une conséquence directe du poison culturel colonial dont Cheikh Anta Diop parlait et contre lequel il nous avertissait; elle n’est pas fondée sur une expérience empirique de leur application ou de la logique du cerveau humain. La neurologie et la logique linguistique nous dictent leur enseignement. Nos populations et l’Etat mauritanien doivent comprendre que l’enseignement des langues nationales, et de toutes nos langues nationales, est la voie la plus sure pour sortir de la situation actuelle et pour finalement enseigner à nos enfants la réalité de la connaissance. Il faut comprendre que si la culture est le grenier des sociétés humaines, la langue constitue la clef pour y accéder et le cadenas pour préserver ces cultures. Nous avons déjà perdu 50 ans; nous pensons que cela est assez.

Nous demeurons en effet convaincu que toute réflexion sur le système éducatif en Mauritanie et dans le reste de l’Afrique doit passer forcement par la valorisation des langues nationales, de toutes les langues nationales. Nos langues constituent la voie la plus sure pour accéder à la connaissance. Nos ancêtres de l’Egypte ancienne l’avaient compris et ceci a amplement justifié leur domination sur le reste du monde. Et des millénaires plus tard, l’Asie est en train de le prouver une fois de plus.

Dr. Mamadou Ibra Sy, égyptologue

Baltimore, Maryland-USA

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Mohamed Ould Abdel Aziz, l’Azawad et la sous-région par Ciré Ba et Boubacar Diagana

altLe 22 mars 2012 des mutins de l’armée malienne, basés à Kati dans les environs de Bamako, montent au palais de Koulouba et prennent le pouvoir pour, disent ils, « mettre fin à l’incompétence (entendez incapacité) » du Président Amadou Toumani Touré (ATT) à lutter contre la rébellion Touareg qui non seulement a pris les villes du nord (Aguelhok, Tessalit) mais en plus aurait été coupable d’atrocités sur leurs camarades désarmés. Ces mutins entendaient montrer aux femmes, en l’occurrence les mères et les épouses de soldats tués, qu’ils n’étaient pas des Bilakoro.

Le 08 avril 2012, sous la pression de la communauté internationale conjuguée à l’avancée fulgurante de la rébellion indépendantiste Touareg du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) – alliée à Al Qaeda pour le Maghreb Islamique (AQMI) – qui occupe désormais le nord et le centre du pays (jusqu’à Tombouctou et Gao) qu’elle considère comme le berceau naturel du peuple Touareg, l’Azawad, les mutins rendent le pouvoir aux civils. Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée Nationale est chargé, pendant une période transitoire d’assurer la continuité de l’État Malien, d’organiser les échéances électorales et surtout de pacifier le Nord dont l’occupation s’est rapidement faite entre le 17 janvier et le 04 avril 2012. Sur le terrain le MNLA ne semble plus maître du jeu, il serait doublé par AQMI et sa fraction ouest africaine, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). On parle de plus en plus de la présence sur le terrain d’éléments nigérians de Boko Haram qui auraient participé à l’enlèvement des diplomates algériens.

Comment le Mali est arrivé à cette situation ?

La responsabilité du Président ATT est pleine et entière car tout laisse à penser qu’il aurait voulu terminer son deuxième mandat sans vague et laisser la patate chaude au futur Président  élu. Des informations croisées font état de corruption généralisée au sein de l’armée malienne et surtout au niveau de son commandement. Mieux ATT aurait fermé les yeux sur les activités criminelles de toutes sortes dans la partie nord de son pays.

Pour le Forum pour un Autre Mali (FORAM), un regroupement d’intellectuels, l’expérience démocratique malienne assistée et encensée par la communauté internationale a accouché d’une souris dans un contexte de corruption généralisée d’un régime dont la règle non écrite du jeu politique est « Enrichissez vous et taisez vous ». Les auteurs de cette chronique d’une recolonisation du Mali datée du 04 avril 2012, n’épargnent ni les partis politiques jugés sans base électorale, ni la société civile, encore moins l’administration qualifiée de corrompue.

Le  refus d’ATT de s’engager dans la lutte contre l’AQMI et son soutien à Kadhafi ont fini par rendre son pouvoir moribond. Il paye cash.

Le double jeu de Mohamed Ould Abdel Aziz ?

Vu de Bamako, le soutien d’Ould Abdel Aziz à la rébellion Touareg ne fait l’ombre d’aucun doute. Outre le fait d’héberger des éléments du MNLA, il utiliserait ses deux généraux, passés dans l’art de la répression à l’intérieur et de la déstabilisation à l’extérieur, pour conseiller, aider et manipuler cette rébellion dont des responsables auraient pignon sur rue à Nouakchott. On cite les généraux mauritaniens Hadi et Meguette. Un journal de Bamako, dans sa livraison du 07 mars rapporte des  propos jugés belliqueux du ministre mauritanien des Affaires Étrangères, Hamadi Ould Hamadi, qui aurait déclaré sur les ondes de RFI que « les Touareg sont une communauté ethnique…, …. (ils)  n’ont jamais attaqué un pays étranger… ».

Quoi qu’il en soit, depuis 2010, Mohamed Ould Abdel AZIZ a fait de la lutte contre Al Qaeda au Sahel un objectif presque obsessionnel. A plusieurs reprises, des éléments de l’armée mauritanienne ont conduit des opérations sur le territoire malien au motif de lutter contre la nébuleuse Al Qaeda et des éléments affiliés à l’AQMI, disséminés dans cette partie du Sahel.

 La répétition de ces opérations pose  questions :

       Quelle légitimité fonde cette action ?

       Comment une armée étrangère (la mauritanienne) peut-elle pénétrer dans un territoire souverain (le Mali)  sans l’aval des autorités de ce pays ?

       ATT aurait il sous-traité la sécurité dans le nord de son pays ?

Faute de pouvoir apporter une réponse à ces interrogations, la deuxième nous donne une idée de l’état de déliquescence dans lequel se trouve peut-être depuis longtemps l’armée malienne.

Quel que soit le résultat de ces opérations, elles apparaissent comme un signalement, voire un coup d’envoi pour les forces rebelles qui n’attendaient qu’à en découdre avec le régime de Bamako.

La situation qui prévaut actuellement au Mali est préoccupante et constitue un facteur de tension majeure dans notre pays car il n’y a aucune frontière humaine entre nos deux pays. Nous sommes donc interpellés  à plusieurs niveaux :

       L’expérience démocratique, qui a un enracinement vieux de plus de vingt ans dans ce pays, s’en trouve tout d’un coup battue en brèche.

       AQMI opère désormais à visage découvert sur plus de 800 km le long de notre frontière Est, commune avec le Mali.

       Les effets évidents, mais aujourd’hui incalculables, de cette situation sur l’échiquier politique national, notamment au regard des mauritaniens noirs

Alors, le régime de Ould Abdel Aziz a beau rejeter la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de l’Azawad, ou condamner l’enlèvement des autorités consulaires algériennes, sa responsabilité directe ou indirecte semble engagée dans cette affaire.

La France soutient elle la rébellion ?

A croire le MNLA, il bénéficierait du soutien de la France. Le Président de son bureau politique, Mahmoud Ag Aghaly, s’est en effet fendu d’un communiqué depuis Ménaka le 08 février 2012, dans lequel on peut lire : « le MNLA exprime ses vifs remerciements aux Autorités Françaises pour l’intérêt qu’elles accordent à la révolution du peuple de l’Azawad. Le bureau politique exécutif, salue l’initiative de la France, telle exprimée par son Ministre des Affaires Etrangères, son Excellence Alain Juppé face au Sénat Français ce mardi 07/02/2012, soutenant que la question de la révolution du peuple de l’Azawad, mérite d’être traitée au fond pour une issue définitive, étant donné que militairement, le Mali a échoué face aux combattants du MNLA. (…..) Le MNLA se déclare ouvert à un dialogue sincère sur le principe et de la reconnaissance du droit à l’autodétermination au peuple de l’Azawad. Le MNLA accueille ouvertement le soutien de la France pour la recherche d’une solution durable et définitive de cette crise ».

S’agit-il d’une intox ?

Au Mali, l’opinion est convaincue de ce soutien. le FORAM, pourtant pas tendre avec le régime d’ATT, souligne que « …la France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré n’a pas su ou pas voulu lui accorder : La base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration clandestine et Al Qaeda au Maghreb ».

Le commerce des otages :

Dans le nord du Mali, les ravisseurs des otages européens sont maîtres du jeu depuis plusieurs années.  Ces cinq dernières années, le commerce des otages aurait rapporté plus de 180 millions à ces auteurs.

A titre indicatif, la somme exigée par l’AQMI pour libérer l’ensemble des otages encore détenus, entre 90 millions et 100 millions de dollars, correspondrait à la moitié du budget malien de Défense.

Les inquiétudes des mauritaniens

altOutre, les risques de contagion en termes de sécurité et de déstabilisation, Mohamed Ould Abdel Aziz apparait désormais comme l’homme fort de la sous-région et un bon ami de Paris. Ce qui pourrait entrainer un musèlement de l’opposition et expédier aux calendes grecques nos préoccupations premières. On sait qu’un pouvoir en « guerre » mobilise facilement autour de la fibre nationaliste. Les arrestations en cours à Nouakchott et à Nouadhibou soi disant pour des raisons de sécurité,  et les expulsions vers le Sénégal de plusieurs centaines de migrants Ouest-africains ou supposés tels, rappellent 1989. Elles s’annoncent comme un bizutage et un cadeau empoisonné à l’endroit du tout nouveau Président élu du Sénégal, Macky SALL. Se laissera-t-il impressionner comme ses prédécesseurs  WADE et DIOUF?

Notre armée, même si elle a renforcé ses capacités de frappes au sol et aérienne avec la commande de nouveaux avions, peut elle faire face a un adversaire mobile, déterminé et fanatisé ? Elle risque un embourbement. Qui paiera la facture, forcément lourde, de cette guerre alors que la famine menace une fois de plus des milliers de nos concitoyens ? La communauté noire de Mauritanie est très inquiète, une partie de son intelligentsia est en droit de penser que l’Azawad risque d’être un prolongement de la Mauritanie « arabe » si chère aux milieux pan arabistes.

Si la situation actuelle se maintenait, ce qui constitue aujourd’hui une frontière entre nos deux pays, pourrait ne plus l’être. La nouvelle géopolitique pourrait avoir des conséquences multiformes. La base de la revendication indépendantiste étant identitaire (Touareg), que deviendraient les milliers de Songhaï, Arabes, Fulbé, Bamanan et autres minorités enracinées depuis des siècles dans cette partie du territoire malien ? Plus généralement, la porosité de nos frontières Est et Nord et le développement d’activités de trafics de tous genres dont cette partie est jusque-là le théâtre constituent une source d’instabilité sérieuse pour les populations des Hodhs et de l’Assaba, ainsi que pour leurs activités productives d’agriculture et d’élevage.

L’enseignement ultime à tirer de cette situation pour nous Mauritaniens, est que dans un pays multiracial, il faut prendre en compte les revendications légitimes des différentes composantes au risque de les voir ressurgir plusieurs dizaines d’années plus tard. Pour le cas malien comme pour la Mauritanie, la prise en compte des intérêts de l’ensemble des populations à travers une véritable politique qui mette en valeur les ressources et les spécificités de chacune des parties semble être le meilleur rempart. Cette situation rappelle la nécessité impérieuse d’une véritable décentralisation dont l’objectif recherché est le développement des collectivités territoriales, accordant une large place à la gouvernance locale.

Ciré BA et Boubacar DIAGANA

Avril 2012

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Tawassoul exige « le départ » d’Aziz

altLe président de Tawassoul, Jemil Mansour a indiqué, mardi soir, au cours d’un diner débat organisé par son parti à l’intention de la presse, qu’il n’ya « pas d’alternative au départ du pouvoir du président Aziz et que les coups d’Etat ne sont pas une solution pour sortir de la crise politique ».

Le président du parti islamiste est longuement revenu sur les péripéties de la crise qui a conduit son parti à opter pour le durcissement de ses positions par rapport au pouvoir depuis un certain temps, soulignant que les islamistes de Tawassoul avaient d’abord espéré que le changement arrive sous Ould Cehikh Abdallahi. Dans une seconde phase, ajoute Jemil, nous avons reconnu les résultats de l’élection de 2009, espérant également que les choses puissent s’améliorer par la suite. C’est, a-t-il dit, quand nous avons constaté que cela n’arrive pas et que le régime a échoué dans sa gestion des affaires publiques, que nous avons enfin adopté notre positionnement actuel. Ce positionnement reste basé sur la revendication du départ « Rahil », pur et simple de Ould Abdel Aziz du pouvoir. Et Mansour de souligner : « Il doit partir d’une manière ou d’une autre et c’est à lui de choisir la manière dont il doit s’éjecter du pouvoir ».
Toutefois, Jemil Mansour, a expliqué que son parti, qui prône le changement pacifique, demeure opposé à toute idée de coups d’Etat qui ont, par le passé « porté de lourdes préjudices à notre pays ». Il est temps de vivre la rupture total avec les régimes militaires et que ce pays puisse être dirigé par des civils.
A une question relative à l’après Aziz, Mansour répondra : Nous sommes au sein de la COD unanime sur l’urgence du départ d’Aziz, pour un premier temps et quand cela arrivera, nous mettrons sur la table l’autre question (après Aziz).
Le dirigeant islamiste modéré a fait ressortir que « les changements survenus au n ord et au sud dicte au régime l’impérieuse nécessité de se soumettre à la revendication du peuple, donc de partir avant qu’il ne soit trop tard ».

 

 

 

 

 

Plaidoyer pour l’introduction de l’égyptologie dans l’enseignement supérieur en Mauritanie‏

altDans l’Apport de Cheikh Anta Diop à l’Histoire africaine, UCAD,1998, nous rappelions qu’interrogé sur les matières qu’il fallait enseigner aux Africains, un théoricien de la doctrine coloniale avait répondu :”Tout sauf l’Histoire“. Pourquoi un tel avertissement? Eh bien pour répondre à cette question, il faudra comprendre deux choses essentielles: la nature du projet colonial et le rôle de l’histoire dans la marche des peuples.

Le projet colonial, au delà des déclarations, avait pour véritable objectif de refaçonner l’Africain afin d’en faire un prolongement naturel de sa mission économique aux apparences humanitaires et au relent religieux. Pour cela, le système colonial avait besoin d’un appui interne; le système cherchait á modeler ce que j’appelle son moule éducatif pour perpétuer sa domination et en même temps créer une administration indigène chargée de jouer ce rôle de chaînon manquant entre les populations colonisées et l’administration coloniale.

Or l’Histoire, de par son rôle de ciment des différents fragments de la société, entrait en direct conflit avec ce projet. La logique est simple si on suit l’analyse de Cheikh Anta Diop. En effet, l’homme de Caytu dira que : “Le rôle de l’Histoire dans l’existence d’un peuple est vital [parce que l’Histoire est] un des facteurs qui permettent la cohésion des différents éléments d’une collectivité”. (“Civilisation africaine”,in Horizon(Revue de la Paix),Juillet/Août,1957,p.85). Le mot clef ici est “Cohésion”.Le projet colonial est anti-cohésion et ne pouvait réussir que si et seulement si la cohésion de la collectivité est détruite et est remplacée par des querelles internes, querelles que le pouvoir colonial pouvait exploiter pour s’imposer; voilà ce que les Romains avaient appelé divide Ut regnes.

Donc l’Histoire établit des filiations explicatives et par ce biais aboutit à la coulée temporelle grâce à laquelle émerge une véritable conscience historique. Cette conscience historique est la rampe de lancement de toute collectivité humaine. De ce fait, si l’Histoire est une coulée temporelle, la priver de son pan le plus essentiel c’est simplement s’opposer à la logique de cette coulée; c’est évidement altérer voire détruire sa logique et la cohésion qu’elle formait.

Voilà pourquoi étudier l’Histoire africaine et du monde sans son pan égyptien, équivaudrait àconstruire une immense bibliothèque et emprisonner tous les bibliothécaires qui devaient y servir ou plus mécaniquement c’est comme avoir une superbe bibliothèque sans la clef pour y accéder.

L’Egypte ancienne est la plus grande réussite culturelle de l’humanité historique; elle est la source de l’Histoire africaine et du monde. Comment peut-on alors prétendre enseigner l’Histoire et former des Historiens alors que l’enseignement de l’égyptologie est absente du cursus universitaire de nos Historiens?

L’Histoire africaine ne commence pas avec la colonisation ou la Première Guerre Mondiale. Et bien sur l’histoire de cette parcelle de terre qui aujourd’hui porte le nom de la Mauritanie ne commence pas non plus avec la percée de l’Islam, les Almoravides ou l’Almamat du Fuuta. Il faut souligner ici que l’espace Saharien a joué un rôle essentiel dans l’éclosion de la civilisation de la vallée du Nil. N’oublions pas, et beaucoup d’égyptologues africains sont d’accord sur ce point, qu’avec l’avancée de la désertification vers 7000 av. J. C. , les populations du Sahara avaient adopté trois réponses: regroupement autour des derniers lacs, descente vers le sud et vagues migratoires vers l’est, la vallee du Nil.

Ces vagues humaines parties du Sahara se sont installées dans la vallée du Nil pour, avec d’autres populations africaines, y édifier la civilisation du peuple nilotique. D’ailleurs certaine divinités égyptiennes telles qu’Amon, Bes, Taweret ont trouvé des affinités dans le Sahara (Voir nos travaux mais aussi ceux de notre Maître Aboubacry Moussa Lam de l’UCAD). Voila pourquoi, confrontées avec la menace perse, les populations africaines sont retournées dans cet espace ouest-africain avant d’amorcer d’autres vagues migratoires en direction de l’est, le Nigeria, Cameroun etc…

L’introduction de l’égyptologie dans l’enseignement supérieur en Mauritanie est indispensable pour plusieurs raisons. D’abord elle permettra de former des égyptologues capables de dépoussiérer notre passé, déterrer notre portion de cette coulée temporelle et rétablir ainsi la coulée temporelle de l’Histoire africaine. Elle permettra aussi d’établir l’unité culturelle de nos peuples, unité qui pourra servir de base essentielle à l’édification d’un espace de tolérance, d’acceptation et d’intégration des différents pans de notre société; un préambule à l’édification d’une vision politique commune et les bases d’une nation. Cette introduction donnera aussi aux générations et leaders à venir une vision plus complète de notre Histoire, l’Histoire qui nous unit. Mais si nous choisissons d’ignorer cette nécessité historique et ce conseil de Cheikh Anta Diop que “Sans conscience historique, les peuples ne peuvent être appelés á de grandes destinées“, notre pays, notre people, le people mauritanien, risque de rater la marche de ce siècle; et ce serait dommage.

Dr. Mamadou Ibra Sy, égyptologue

Baltimore, Maryland- USA

Communiqué de Touche pas à ma nationalité

altDepuis plusieurs jours, sous les ordres du régime raciste d’Ould Abdel Aziz ,la police Mauritanienne procède à des rafles ciblées, il s’agit de ressortissants de l’Afrique de l’ouest, des Sénégalais particulièrement. De cette attitude irresponsable et xénophobe nous tirons les remarques suivantes:

-l’Etat Mauritanien fait la distinction entre les étrangers blancs e les étrangers noirs vivant sur son sol;

-l’Etat mauritanien viole les droits des étrangers noirs;

-l’Etat mauritanien favorise l’intégration des étrangers en fonction de leur race;

Nous rappelons qu’en 1989, l’Etat mauritanien, en s’attaquant à des étrangers en a profité pour réprimer et déporter ses citoyens négro-mauritaniens.

“Touche pas à ma nationalité” met en garde contre toute tentative de règlement de compte à l’endroit des négro-mauritaniens et rend l’Etat Mauritanien responsable de toute dérive de la police habituée à considérer tout noir comme étranger .Nous condamnons avec vigueur l’attitude irresponsable, xénophobe et raciste du régime en place et exhortons les forces vives à s’opposer à cette folie qui ne fait qu’isoler davantage la Mauritanie.