Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 29/02/2012

Le ministre de l´intérieur Ould Boïlil qualifie les étudiants négro-mauritaniens détenus de « bande de criminels qui méritent d’être exécutés ».

altALAKHBAR (Nouakchott) – La FIDH, l’OMCT, l’AEDH, l’UIDH, AI, AFCF, SOS esclaves, ainsi que l’AMDH accueillent “avec soulagement” l’ajournement du procès et la libération, ce jour, de six étudiants et représentants syndicaux estudiantins mauritaniens. Les organisations demeurent préoccupées par leur situation alors que le 26 février 2012, le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, M. Mohamed Ould Boilil tenait devant le parlement un discours incendiaire dans lequel il a qualifié les étudiants poursuivis de « bande de criminels qui méritent d’être exécutés ». “Nos organisations demeurent toutefois vivement préoccupées par leur sort, puisque certains risquent encore la peine de mort, et exhortent les autorités mauritaniennes à abandonner des poursuites arbitraires et excessives à leur encontre et le cas échéant à leur garantir un procès juste et équitable” ont déclaré les organisations.
Les organisations dénoncent de tels propos qui font échos au caractère disproportionné des inculpations et des peines encourues, et demandent instamment aux autorités mauritaniennes d’abandonner toutes charges criminelles et manifestement abusives contre les étudiants et le cas échéant, leur garantir un procès juste et équitable conformément aux dispositions des instruments régionaux et internationaux des droits de l’Homme auxquels la Mauritanie est partie tel que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaines des droits de l’Homme et des Peuples.

Le 27 février 2012, six étudiants et représentants syndicaux estudiantins arrêtés à la suite des récentes manifestations estudiantines dans la capitale devaient passer en jugement devant la Cour criminelle de Nouakchott dans le cadre de la procédure accélérée de flagrant délit. MM. Souleymane Kebé, membre du bureau exécutif du Syndicat national des étudiants mauritaniens (SNEM), Boubacar Diallo, Aly Idrissa Sow, Moustapha Aly Thiam, Abdarrahmane Kamara,et Boubou Thiam ont finalement été relâchés et leur procès ajourné sine die.

« Nous avons évité un procès expéditif pour les six étudiants » a déclaré Me Fatimata Mbaye, présidente de l’AMDH et vice-présidente de la FIDH. « Mais l’épée de Damoclès reste toujours suspendue sur leur tête tant que les charges totalement abusives n’auront pas été abandonnées » a-t-elle ajoutée.

Les six étudiants demeurent en effet inculpés depuis le 23 février dernier par le parquet de Nouakchott pour « crimes visant à déstabiliser l’État par le massacre ou la dévastation » ainsi que « attroupements illégaux ». Ils encourent des peines allant de 10 ans de travaux forcés à la peine de mort. L’audience prévue initialement à partir de 1er mars, a ensuite été avancée le 27 février ce qui, selon les avocats des détenus, ne pouvait pas permettre de garantir la tenue d’un procès équitable et empêchait les observateurs étrangers d’assister au procès. L’audience qui s’est ouverte le 27 février au matin a finalement été reportée sine die et les étudiants incarcérés ont été relâchés. Les étudiants détenus n’avaient pas eu accès à leurs avocats et ont été torturés durant leur garde à vue. Par ailleurs, cinq étudiants sont toujours recherchés dans le cadre de la même procédure : MM. Bakary Bathily, secrétaire général du SNEM qui avait été gravement torturé le 24 septembre 2011, Mamadou Ly, Babou Mohamed Salem, Alpha Oumar Bal, et « Illa ».

Ces faits interviennent dans un contexte de restriction et de répression accrue en Mauritanie contre les défenseurs des droits de l’Homme et contre toute personne souhaitant manifester pacifiquement son opposition aux décisions des autorités. Ainsi depuis plusieurs mois, les manifestations et toute expression contestataire contre par exemple le caractère discriminatoire du recensement des populations, la persistance de la pratique de l’esclavage ou encore des mesures économiques sont systématiquement et durement réprimées.

Face à cette situation, les organisations demandent à la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples, toujours réunie en 11ème session extra-ordinaire à Banjul (Gambie) d’appeler les autorités mauritaniennes à cesser les atteintes aux libertés garanties par la Charte africaine notamment les actes de tortures, à garantir effectivement les libertés d’opinion et de manifestation et le cas échéant à demander à la Mauritanie la non-exécution des peines prononcées au regard du caractère manifestement disproportionné des accusations et des peines encourues par les étudiants.

L´enfer du commissariat du Ksar: tortures pour faire avouer aux détenus que le SNEM était manipulé par Touche pas à ma nationalité, les Flam et même l’Ambassade de France.

altLundi 27 février, dans le milieu étudiant, tout le monde retient son souffle. C’est jour de procès pour six des étudiants raflés le 11 février dernier. Le tour qu’a pris le procès ne laisse présager rien de bon. Après les avoir accusés de flagrant délit, le parquet a finalement décidé  de juger Diallo Boubacar, Kebé Souleymane, Thiam Souleymane, Moustapha Alioune Thiam et Sow Aliou Idriss, tous affiliés au Syndicat national des Etudiants de Mauritanie (SNEM) pour crimes. Mais au fil des heures la confiance gagne petit à petit les esprits. Et pour cause. De sources sûres on affirme que le Régisseur a proposé une remise de liberté provisoire aux accusés. Leurs amis, dès cet instant affichent leur optimisme quant à la suite des événements. Ils n’auront pas tort. En effet à partir de 12 heures et demie, Souleymane Kebé, à l’instar de ses codétenus, est remis en liberté, après plusieurs jours de détention au commissariat de Ksar 1, puis à la prison de Dar Naïm. Ce frêle garçon, inscrit en 4e année à la faculté, comme ses co-accusés, vient de vivre plus de dix jours d’enfer.

Ces déboires ont commencé le 12 février. A cette date, Souleymane et un certain nombre de ses camarades rendaient visite à une amie interpellée et gardée à vue au commissariat de Dar Naïm 1, sous l’accusation qu’elle aurait participé à la mise à feu des bus qui avait eu lieu la veille. Arrivés sur les lieux, ils sont invités à pénétrer dans le commissariat pour saluer leur camarade. Kebé n’en sortira de sitôt : «Une fois à l’intérieur du commissariat, j’ai vu un individu  que je voyais régulièrement à l’Université. Il m’a fixé des yeux, avant de détourner le regard comme pour faire signe aux policiers de me retenir. On m’a alors isolé dans une salle», témoigne Souleymane d’une voix assurée.

Le soir aux environs d’onze heures il est conduit au commissariat de Ksar 1. «Arrivé au Ksar  j’étais déshabillé, enfermé dans une cellule qui ressemble à y voir de près à des toilettes mal entretenues. Il y avait des déchets partout», raconte l’intéressé. Un peu plus tard deux policiers viennent le chercher pour lui attacher les mains dans le dos de sorte que son sang ne circule même plus. Il restera ainsi jusqu’au matin.

 Séances de tortures

«Aux environs de huit heures, on m’a conduit dans une salle de torture. Des tortionnaires étaient là devant moi, ils m’ont sonné de leur donner le nom  ceux qui avaient brûlé les trois bus de transport incendiés le 11 février, ce que je ne pouvais pas faire puisque pas les coupables. Ils m’ont alors déshabillé, serré  les mains dans le dos avec des menottes auxquelles il avait accroché une corde puis se sont mis à tirer sur la corde. Cela produisit une douleur si animale que mes doigts ne fonctionnement pas correctement aujourd’hui encore. Et là ils m’ont tabassé».

Ensuite Souleymane est conduit chez le commissaire qui faisait semblant d’être convaincu que Kebé connaissait les coupables. Et puisque qu’aucun nom n’a été avancé par Souleymane, il ordonne une nouvelle fois aux tortionnaires de s’occuper à nouveau de ce dernier.

Kebé était à nouveau menotté. Les yeux serrés avec un ruban, alors que les policiers lui administraient  des coups de matraques dans la plante des pieds. Ayant l’impression qu’il va exploser l’étudiant fini par affirme qu’il va donner des noms. Mais une fois devant le commissaire, il ne dira rien puisqu’il ne connait pas les coupables recherchés par la police.

Au cours de son séjour long de dix jours, à Ksar 1, Souleymane sera torturé quatre voire cinq fois par jour. Le commissaire de Ksar 1 ainsi que son collègue de la sûreté régionale, cherchait en fait à lui faire dire que le SNEM était manipulé par Touche pas à ma nationalité, les Flam et même l’Ambassade de France. Selon Souleymane tous les étudiants affiliés au SNEM qui sont passés au commissariat de Ksar 1 ont subi des traitements inhumains. Leur incarcération – alors qu’ils n’étaient pas les seuls étudiants à se révolter contre les conditions d’études au sein de l’université – ne vise qu’à saper l’unité entre les étudiants qui sont en train de dépasser les considérations d’ordre communautaire pour agir comme un seul homme. Après cette expérience, que compte faire Souleymane va-t-il continuer le combat : «bien sûr que oui» rétorque l’intéressé. «Nous (les étudiants de l’université) allons continuer à lutter tous ensemble en faisant recours à des moyens légaux comme d’habitude», conclut-il.

Samba Camara -Taqadoumy