L´enfer du commissariat du Ksar: tortures pour faire avouer aux détenus que le SNEM était manipulé par Touche pas à ma nationalité, les Flam et même l’Ambassade de France.
Lundi 27 février, dans le milieu étudiant, tout le monde retient son souffle. C’est jour de procès pour six des étudiants raflés le 11 février dernier. Le tour qu’a pris le procès ne laisse présager rien de bon. Après les avoir accusés de flagrant délit, le parquet a finalement décidé de juger Diallo Boubacar, Kebé Souleymane, Thiam Souleymane, Moustapha Alioune Thiam et Sow Aliou Idriss, tous affiliés au Syndicat national des Etudiants de Mauritanie (SNEM) pour crimes. Mais au fil des heures la confiance gagne petit à petit les esprits. Et pour cause. De sources sûres on affirme que le Régisseur a proposé une remise de liberté provisoire aux accusés. Leurs amis, dès cet instant affichent leur optimisme quant à la suite des événements. Ils n’auront pas tort. En effet à partir de 12 heures et demie, Souleymane Kebé, à l’instar de ses codétenus, est remis en liberté, après plusieurs jours de détention au commissariat de Ksar 1, puis à la prison de Dar Naïm. Ce frêle garçon, inscrit en 4e année à la faculté, comme ses co-accusés, vient de vivre plus de dix jours d’enfer.
Ces déboires ont commencé le 12 février. A cette date, Souleymane et un certain nombre de ses camarades rendaient visite à une amie interpellée et gardée à vue au commissariat de Dar Naïm 1, sous l’accusation qu’elle aurait participé à la mise à feu des bus qui avait eu lieu la veille. Arrivés sur les lieux, ils sont invités à pénétrer dans le commissariat pour saluer leur camarade. Kebé n’en sortira de sitôt : «Une fois à l’intérieur du commissariat, j’ai vu un individu que je voyais régulièrement à l’Université. Il m’a fixé des yeux, avant de détourner le regard comme pour faire signe aux policiers de me retenir. On m’a alors isolé dans une salle», témoigne Souleymane d’une voix assurée.
Le soir aux environs d’onze heures il est conduit au commissariat de Ksar 1. «Arrivé au Ksar j’étais déshabillé, enfermé dans une cellule qui ressemble à y voir de près à des toilettes mal entretenues. Il y avait des déchets partout», raconte l’intéressé. Un peu plus tard deux policiers viennent le chercher pour lui attacher les mains dans le dos de sorte que son sang ne circule même plus. Il restera ainsi jusqu’au matin.
Séances de tortures
«Aux environs de huit heures, on m’a conduit dans une salle de torture. Des tortionnaires étaient là devant moi, ils m’ont sonné de leur donner le nom ceux qui avaient brûlé les trois bus de transport incendiés le 11 février, ce que je ne pouvais pas faire puisque pas les coupables. Ils m’ont alors déshabillé, serré les mains dans le dos avec des menottes auxquelles il avait accroché une corde puis se sont mis à tirer sur la corde. Cela produisit une douleur si animale que mes doigts ne fonctionnement pas correctement aujourd’hui encore. Et là ils m’ont tabassé».
Ensuite Souleymane est conduit chez le commissaire qui faisait semblant d’être convaincu que Kebé connaissait les coupables. Et puisque qu’aucun nom n’a été avancé par Souleymane, il ordonne une nouvelle fois aux tortionnaires de s’occuper à nouveau de ce dernier.
Kebé était à nouveau menotté. Les yeux serrés avec un ruban, alors que les policiers lui administraient des coups de matraques dans la plante des pieds. Ayant l’impression qu’il va exploser l’étudiant fini par affirme qu’il va donner des noms. Mais une fois devant le commissaire, il ne dira rien puisqu’il ne connait pas les coupables recherchés par la police.
Au cours de son séjour long de dix jours, à Ksar 1, Souleymane sera torturé quatre voire cinq fois par jour. Le commissaire de Ksar 1 ainsi que son collègue de la sûreté régionale, cherchait en fait à lui faire dire que le SNEM était manipulé par Touche pas à ma nationalité, les Flam et même l’Ambassade de France. Selon Souleymane tous les étudiants affiliés au SNEM qui sont passés au commissariat de Ksar 1 ont subi des traitements inhumains. Leur incarcération – alors qu’ils n’étaient pas les seuls étudiants à se révolter contre les conditions d’études au sein de l’université – ne vise qu’à saper l’unité entre les étudiants qui sont en train de dépasser les considérations d’ordre communautaire pour agir comme un seul homme. Après cette expérience, que compte faire Souleymane va-t-il continuer le combat : «bien sûr que oui» rétorque l’intéressé. «Nous (les étudiants de l’université) allons continuer à lutter tous ensemble en faisant recours à des moyens légaux comme d’habitude», conclut-il.
Samba Camara -Taqadoumy




