Monthly Archives: July 2015
Dialogue politique : Aziz ne serait plus intéressé même si le FNDU relançait les débats
Il semblerait de sources dignes de foi, que Mohamed Ould Abdel Aziz ne serait plus intéressé par un dialogue avec l’opposition. Désormais persuadé que ce dialogue ne lui offrirait finalement pas un tremplin institutionnel pour se maintenir au pouvoir,il aurait décidé d’agir autrement. Comme en 2005 et en 2008, il pourrait bien, selon certains de ses détracteurs, passer en forcing le cap de 2019 pour un nouveau mandat.
Le dialogue semble être mort de sa triste mort. Toutes les pendules d’un accord politique consensuel entre les acteurs nationaux se sont en effet arrêtées et personne ne parle plus de dialogue politique, hormis quelques invaincus soldats de la réconciliation.
Seules deux timides sorties ces derniers temps rappellent à la postérité que dans un passé très récent, il a été question de rounds de négociation entre pôles politiques pour une sortie de crise, avant que tout ne retombe dans un silence assourdissant.
La première sortie est signée d’un éminent érudit du parti islamiste Tawassoul qui a appelé lors d’un rassemblement tenu la semaine dernière, à un retour au dialogue politique comme unique moyen de conjurer les dangers qui guettent le pays. En ce sens, trouve-t-il, les acteurs politiques doivent s’engager à un dialogue franc et sincère, et profiter du Ramadan et de son souffle rédempteur.
Ce dialogue est d’autant plus nécessaire pour le pays, dira-t-il en substance, qu’il permettra de mettre fin au bras-de-fer qui oppose les forces en présence sur la scène politique et dont les conséquences selon lui, pourraient être dangereuses pour la cohésion sociale et l’unité nationale.
Pour sa part, le Front national pour la démocratie et l’unité (FNDU) qui regroupe l’aile dure de l’opposition, a publié un communiqué de presse dans lequel il accuse le pouvoir de manque de sérieux et de volonté dans la poursuite d’un dialogue politique responsable avec les acteurs nationaux.
Selon le FNDU, l’évidence d’une mauvaise volonté du pouvoir à prendre ses responsabilités historiques dans la bonne gestion des biens publics et le bien-être de sa population, crève les yeux.
Parmi les dérives qui se multiplient en l’absence d’un consensus national, le FNDU cite la hausse folle des prix, la sécheresse qui commence à décimer le bétail, l’insécurité galopante dans les villes, les menaces graves portées à l’unité nationale, l’indifférence face à la recrudescence des conflits domaniaux et leur alimentation souvent comme le dernier cas à Guerrou, la détérioration de l’enseignement avec les dernières fuites au baccalauréat, la montée inquiétante du taux de chômage, l’accaparement en toute impunité du domaine de l’Etat (aéroport, stade olympique, école de police, etc.)
Le FNDU a ainsi fustigé l’indifférence du pouvoir en place devant la détérioration de la situation générale du pays, accusant le président Aziz de privilégier les tournées carnavalesques à travers le pays à la résolution des problèmes des populations, que ces visites de prestige auraient rendu plus pauvres, plus assoiffées et plus éloignées des services sociaux de base. A ces divers problèmes socioéconomiques, le FNDU ajoute le blocage politique qui rend impossible tout échange entre les acteurs de la vie nationale.
Selon le FNDU, les négociations qui avaient repris se sont brusquement arrêtées, dès que la feuille de route contenant les conditions de l’opposition pour un dialogue politique a été remise au pouvoir en place.
Ce dernier en refusant de répondre par écrit au document qui lui a été adressé, prouve ainsi, selon le FNDU, sa mauvaise foi dans un dialogue politique qu’il avait pourtant appelé de tous ses vœux en le provoquant. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pour répondre à cette question, deux réponses sont avancées par les analystes.
La première serait que finalement, Mohamed Abdel Aziz a cédé à la pression d’une forte partie de son bord politique qui ne souhaitait pas voir aboutir un quelconque dialogue avec l’opposition. Ces derniers craignaient la perte de certains privilèges électifs, notamment des postes juteux de parlementaires, de maires et de conseillers qu’un éventuel dialogue pouvait remettre en cause.
En effet, il était question d’une rebelote des scrutins législatifs et municipaux qui allaient signer le retour sur scène des grands partis de l’opposition, et partant, l’élimination de plusieurs partis aujourd’hui présents au parlement et dans les conseils municipaux.
Deuxième hypothèse, Mohamed Abdel Aziz qui aurait manigancé le dialogue dans le but de se frayer une voie légale pour un troisième mandat, ne voyait plus l’intérêt d’une telle entreprise, face à l’intransigeance de l’opposition à lui en refuser le prétexte.
Aussi, des échos avaient-ils circulé en pleine période de négociations, sur de offres de révision constitutionnelle pour modifier l’âge de candidature à la magistrature suprême, histoire de provoquer une modification des mandats du président de la République. Face à l’échec d’une telle tentative, Ould Abdel Aziz se serait tout simplement détourné du dialogue.
D’aucuns trouvent que celui qui a déjà initié deux coups de force politique en l’espace de trois années, n’aura aucune difficulté à en initier un autre. Ainsi, Mohamed Ould Abdel Aziz pourrait bien se créer un après 2019, en toute tranquillité.
Cheikh Aïdara
L’ Authentique
Dernière-minute-Accord de pêche : La Commission consent 59 millions d’euros contre 70 dans le précédent accord
Ca y est c’est officiel, les négociateurs mauritaniens et européens ont enfin pu sceller un nouvel accord de pêche sur 4 ans pour un motant de 59 millions d’euros (dont 4 de fonds d’appui sectoriel) , a-t-on appris de bonne source ce vendredi à Nouakchott.
Par cet accord les européens pourraient accéder à 225.000 tonnes de poissons. Malgré le risque laissé pour la pêche accessoire (8% de poulpe) sur les 5 milles tonnes de pêche à la crevette, le présent accord prévoit également le paiement de 123 euros la tonne par les armateurs.La contrepartie financière objet d’âpres négociations était de 113 millions d’euros dans le précédent accord dont 70 millions étaient versés par la Commission européenne. L’issue de cet accord est mitigée pour la partie mauritanienne même si les acteurs se félicitent de la fin de la crise de négociations avec l’Ue. On va pouvoir souffler car le secteur n’en pouvait plus, a expliqué à « mauriweb.info » un acteur présent aux négociations achevées vendredi à 3 heures 30 mn.
Plusieurs concessions ont été faites par les négociateurs mauritaniens notamment sur la contrepartie financière mais aussi sur les aménagements techniques relatifs notamment aux zones de pêche (10 milles au lieu de 20 dans le précédent protocole) ainsi que l’accès des crevettiers européens au Cap Timiris. Officiellement, aucune concession n’aurait été faite sur le débarquement obligatoire en Mauritanie.
On appren, par ailleurs, que la tonne de thon a été consentie pour le prix de 70 euros à l’occasion de cet accord. Cependant, la presse ibérique fait état jeudi de la présence d’intermédiaires proposant aux armateurs espagnols la vente de licences de pêche de 5 ans dans le cadre privé qui pourraient leur donner accès aux céphalopodes en arborant le pavillon mauritanien. La conclusion de cet accord met fin à six mois de négociations entre les deux parties, fait-on remarquer.
adrar-info
L’IRA réclame des amendements sur la nouvelle loi antiesclavagiste
Des militants et sympathisants de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), ont manifesté jeudi devant l’assemblée nationale, pour apporter une contribution à un débat parlementaire en prélude au vote d’un projet de loi remplaçant une loi incriminant et réprimant les pratiques esclavagistes, adoptée en 2007.
Avant le vote du nouveau texte, l’ONG antiesclavagiste entend « apporter une contribution constructive au débat parlementaire en appui au travail du gouvernement et à celui des députés » et sensibiliser les populations sur les lois qui seront votées.
Ainsi, IRA réclame des amendements sur la définition du concept de réparation « qui a plusieurs formes conformément aux principes fondamentaux et directives des Nations Unies (ONU), organisation dont la Mauritanie est membre ».
Le principe de la réparation en faveur des victimes de l’esclavage a été adopté par l’Assemblée Générale des Nations Unies (ONU) le 16 décembre 2005.
Les amendements proposent également l’organisation d’une journée nationale qui doit répondre « à un idéal de préservation de la mémoire collective et prendre la forme d’une condamnation unanime des pratiques esclavagistes par la société mauritanienne dans toute sa diversité et illustrer la détermination collective à combattre le phénomène ».
Les amendements proposés par l’ONG insistent également sur une définition claire des concepts clés basés « sur la terminologie des conventions internationales, pour permettre au juge d’appliquer facilement la loi à plusieurs situations ».
La Mauritanie met actuellement en œuvre une feuille de route pour l’éradication de l’esclavage et de ses séquelles, élaborée en collaboration avec le rapporteur des Nations sur les formes contemporaines de cette pratique.
Mais ce sujet reste au centre d’une vive polémique entre les autorités et les ONG, qui doutent de la bonne foi du gouvernement en dépit de l’adoption de plusieurs lois.
le calame
Guinée : Moussa Dadis Camara inculpé pour son implication dans le massacre du 28 septembre 2009
Entendu mercredi matin par des juges guinéens à Ouagadougou, où il vit en exil depuis 2010, l’ancien chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, a été inculpé dans le cadre de l’enquête sur le massacre du 28 septembre 2009.
« Il a été inculpé par un pool de magistrats partis de Conakry pour l’interroger sur son implication dans les évènements du 28 septembre 2009″, a déclaré à l’AFP son avocat Jean-Baptiste Jocamey Haba, joint dans la capitale burkinabè où le capitaine Camara est en exil depuis 2010. « Ce qui change dans son statut est que Moussa Dadis Camara va désormais être entendu en tant qu’inculpé et non comme un simple témoin », a indiqué le porte-parole de son parti, Maxime Monimou.
Son inculpation était pressentie. Elle s’est finalement concrétisée plus rapidement que prévue. Entendu mercredi 8 juillet au palais de Justice de Ouagadougou par deux juges et un procureur guinéens dans le cadre de l’enquête sur le massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, Moussa Dadis Camara a été inculpé quelques heures plus tard.
Selon un de ses proches, « Dadis » devrait être à nouveau entendu lundi prochain par les magistrats guinéens dans la capitale burkinabè.
« Nous ne sommes pas dupes »
L’inculpation soudaine de Dadis Camara, six ans après les faits, interroge. Dadis s’est déclaré récemment candidat à la présidentielle d’octobre prochain. Va-t-il, comme il l’a plusieurs fois annoncé, retourner en Guinée ? Et si oui, comment ? Cette inculpation et le procès qui s’annonce mettent-ils définitivement un terme à son ambition présidentielle ?
Quid, aussi, de l’alliance naissante entre son parti, les Forces patriotiques de la démocratie et de développement (FDDP) et celui du leader de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, l’UFDG ? « Nous ne sommes pas dupes, explique aujourd’hui le conseiller en communication de l’ex-putschiste, Ahmed Kourouma. Il s’agit d’une instrumentalisation claire de la justice à des fins politiques, de la part d’un pouvoir, qui face à une recomposition annoncée du paysage politique guinéen, panique. »
Jusqu’à présent épargné par la justice de son pays, Moussa Dadis Camara, qui vit en exil doré au Burkina Faso depuis janvier 2010, a toujours nié être impliqué dans l’enchaînement tragique des événements du 28 septembre 2009 au stade de Conakry, au cours duquel 157 personnes ont été tuées par des militaires de la junte au pouvoir. Près de six ans après les faits, 400 victimes ont déjà été entendues et 15 personnes inculpées dans ce dossier. La Cour pénale internationale (CPI) enquête également sur ces violences. Dans ce cadre, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, s’est rendu la semaine dernière en Guinée.
jeuneafrique
Cheikh Hamallah, un distingué guide de la Tidjaniya
Chérif Hamahoullah (Cheikh Hamallah) est un mystique et guide de la confrérie Tidjaniya, dont la discrète influence est perceptible encore en Mauritanie, au Mali et au Sénégal, notamment à Malicounda (Mbour).
A Dakar-Plateau, ses disciples entretiennent sa zawiya à Rebeuss. Mardi, Cheikh Hamallah a été célébré. Le Môle 3 du Port de Dakar porte son nom, à l’instar d’autres religieux musulmans et catholiques.
Né en 1883 à Kamba Sagho, au Soudan-Français (actuel Mali), Chérif Hamahoullah est d’un père érudit mauritanien, de Tchitt, un des hauts lieux de la Tidjaniya. Sa mère est de l’ethnie peulh, selon ses biographes.
Ses partisans le prennent pour le ‘’re-vivificateur de la voie tidjane’’, fondée par l’Algérien Aboul Abbas Ahmad At-Tidjani (1737-1815). Dans ce rite soufi, Cheikh Hamallah s’est caractérisé par l’usage des 11 graines de mémoration de la Jawaratoul Kamal lors du Wazifa.
Cette pratique, peu connue à l’époque connue des adeptes tidjanes ouest-africains, est un signe de désaccord avec les autres dignitaires de la Tidjaniya, qui complètent les 12 graines, en particulier les héritiers et disciples de Cheikh Al-Hadji Oumar Tall.
Au détriment de Cheikh Hamallah, cette querelle intracommunautaire s’est greffée à un conflit ouvert avec l’Administration coloniale de l’ex-Afrique occidentale française (AOF). Le Hamallisme gagne en succès au Mali et au Sénégal.
Cette influence commença à déranger certaines autorités locales de l’époque. Sa mésentente avec les colons s’est exacerbée. Arrêté le 25 décembre 1925, Cheikh Hamallah est interné à Mederdra, dans le Trarza mauritanien, jusqu’en 1930.
Ensuite, le Chérif est déporté en Côte d’Ivoire (1930-1935), sans entamer sa détermination ni la ferveur des fidèles. A nouveau, en juin 1940, Cheikh Hamallah est arrêté à son domicile de Nioro du Sahel et déporté à Oran, ensuite à Cassaigne ou Sidi- Ali, en Algérie.
Puis, il est remis en liberté. En 1942, sa maison de Nioro est encerclée par une escouade française. Le guide est arrêté en même temps que certains disciples, avant d’être transféré à Dakar. Le colonisateur jura qu’il ne reverrait son fief.
Pour la circonstance, le Gouverneur général de l’AOF, Pierre François Boisson, tenait à le présenter à une assemblée de grands marabouts, devant le Palais à Dakar, pour lui signifier son présumé tort causé à la France.
‘’On a voulu l’humilier devant ses pairs. Le Gouverneur général tenta de le blâmer, mais Cheikh Hamahoullah en sourit moqueusement’’, a conté Serigne Cheikh Ahmad Tidjane Sy Maktoum, lors d’une conférence religieuse.
Ce dernier a poursuivi son éloge à un contemporain de son père: ‘’Serigne Babacar Sy a regretté sa présence à cette occasion et m’a confié un jour: +Le sourire de Cherif Hamahoullah nous a tous attristés nous qui portions des tenues d’apparat alors qu’il était accusé à tort+’’.
Début avril 1942, Cheikh Hamahoullah est de nouveau déporté en France et transféré à Evaux-les-Bains. Sur place, le Chérif a trouvé en résidence surveillée des personnalités de la 3ème République française, dont Édouard Herriot, un fervent défenseur de la laïcité.
L’état de santé de Cheikh Hamallah se dégrada, en raison de son inadaptation au climat de France. En octobre 1942, il est gravement malade. Il est décédé le 16 janvier 1943 à 16h30 d’une cardiopathie, selon les autorités françaises. Sa tombe est identifiable à Montluçon. A Nioro, son fief, le décès n’a été annoncé que le 7 juin 1945. Son aura grandit. Parmi les disciples de Cheikh Hamallah, il y a Cheikh Tahirou Doucouré (Malicounda), feu Thierno Bocar Salif Tall (Bandiagara), ancien maître spirituel de feu Amadou Hampathé Bâ. !
Dans plusieurs de ses livres, notamment dans « Oui, mon commandant », l’écrivain malien traite de la mystique de Cherif Hamahoullah, ainsi que de l’ostracisme dont il a été diversement victime.
[Cheikh Hamallah, un distingué guide de la Tidjaniya]
Le 19 juin, la maison du Chérif Cheick Hamallah est encerclée dès l’aube. L’avion qui le transporte décolle à 6 heures. Presque tous les responsables hamallistes de Nioro sont arrêtés le même jour et torturés, avant d’être déportés dans les camps de concentration d’Ansongo, de Bourem et de Kidal. Entre-temps, Chérif Hamahoullah arrive à Dakar le même jour.
L’avion qui le transporte fait auparavant une brève escale à Kayes vers 8 heures (l’appareil est escorté d’un second) 37. dIl séjourne à Dakar jusqu’au 21 juin et ce bref séjour dakarois n’est pas de tout repos. Le gouverneur-général Boisson, fidèle serviteur du régime pétainiste et adversaire trop zélé du Comité de la France libre, décide « d’humilier publiquement le Chérif de Nioro ». C’est le contraire qui se produit. En effet, le Haut commissaire en Afrique française du gouvernement de Vichy fait conduire à son palais dakarois Cheikh Hamahoullah, menottes aux poignets, avant de le présenter à une assemblée de grands marabouts sénégalais comme Seydou Nourou Tall réunis pour la circonstance.
— « Voici le fameux Chérif Cheick Hamallah », s’exclame le gouverneur général ! — « Chérif Hamallah, te crois-tu plus fort que tous ces grands marabouts ? Te crois-tu plus instruit encore ? Pourquoi ne restes-tu pas tranquille ? Si tu es encore turbulent, c’est parce qu’on ne t’a pas encore “embêté”. En tout cas, tu vas souffrir et je te promets que tu ne verras plus cette terre d’Afrique. Ne veux-tu pas être comme tous ces grands marabouts ici présents ? »
Le Chérif Hamahoullah qui est toujours debout et enchaîné devant l’assistance a le courage de répondre car un vrai chérif descendant du prophète de l’islam n’a jamais peur : — « Je ne vois sincèrement pas ce qu’on peut me reprocher Monsieur le Gouverneur, je paie mes impôts, je rachète mes prestations, je ne me suis pas opposé au recrutement des tirailleurs. Ma conscience ne me reproche rien du tout. J’attends toujours vos preuves de ma culpabilité. Pour répondre à vos questions, je dirai que les marabouts que voici sont très respectables et en aucune façon ils ne veulent être enchaînés publiquement comme moi. Et moi, je ne voudrais pas être comme eux …
Regardez leurs poitrines, ils acceptent vos médailles. Ces médailles sont les médailles de ce bas monde. Vous pouvez être sûr que moi je n’épinglerai jamais vos médailles sur ma poitrine. Dieu ne m’autorise pas à le faire. Enfin, comme tu tiens à me faire souffrir, je vais t’aider dans ce sens. Tu peux m’interdire le port du chapelet, tu peux m’empêcher de prier, tout cela ne fait pas souffrir. Mais comme tu tiens absolument à me faire souffrir, voilà comment tu peux le faire : empêche-moi de penser à Dieu pendant que je suis en vie. »
Sur l’ordre du gouverneur Boisson, Cheikh Hamahoullah est brutalement reconduit en prison 37. Le 21 juin, le Chérif de Nioro est embarqué dans un avion militaire à destination de l’Algérie via Atar et Casablanca : « Mauritanie, Saint-Louis à Atar, chiffré militaire, priorité absolue n° 68 A.P., gouverneur général télégraphie pour annoncer avion régulier 21 juin transportera Chérif Hamallah condamné 10 ans internement subir Algérie stop. Prendre toutes mesures surveillance nécessaires et n’admettre aucun indigène sur le terrain durant escale avion. » 39 Le Chérif est donc « conduit toujours en avion en Algérie à Casseigne, ville située au nord-est de Mostaganem » 40.
En 1942 Cheikh Hamahoullah est de nouveau déporté en France. Il est ensuite transféré à Evaux-les-Bains (Creuse) au début d’avril 1942 où il a pour compagnons de détention d’illustres personnalités de la IIIè République Française, dont Edouard Herriot. Un document de la Sûreté nationale révèle que Cheikh Hamahoullah n’a pu s’adapter ni au climat ni aux conditions de vie en France.
Malgré la demande de transfert en Corse, en date du 28 août 1942, du médecin attaché à son centre d’internement, les autorités de Vichy ne se sont guère occupées du Chérif. En octobre 1942, le Maître de Nioro est déjà gravement malade. Il a été, semble-t-il, transféré d’urgence à l’hôpital d’Aubenas avant d’être envoyé à celui de Montluçon. Là il a été traité par le docteur Bons. D’après les autorités coloniales françaises, « Cheikh Hamahoullah est décédé le 16 janvier 1943 à 16 h 30.
Diagnostic : cardiopathie ». Il a été selon les mêmes sources inhumé dans une tombe individuelle et non dans une fosse commune au cimetière de l’Est à Montluçon. En 1956, son corps est transféré au carré L 183, toujours au même cimetière, dans une concession achetée pour cent ans par M. Tiécoura Diawara, un vénérable vieillard, ancien instituteur d’Abidjan et père d’un éminent homme politique africain. Selon des renseignements précis et sûrs, un chef d’État africain toujours en exercice, bien que catholique, aurait été à l’origine de l’acte généreux de M. Diawara.
Le décès du Maître de Nioro n’a été porté à la connaissance des Africains que par une circulaire du n° 259 AP/5 du gouverneur général de l’AOF en date du 7 juin 1945. Il a été confirmé par une déclaration du sénateur Amadou Doucouré, du Soudan français, publiée dans Paris-Dakar du 7 août 1947. Ainsi se termine la vie mouvementée du Chérif Hamahoullah dont la première ambition était de pratiquer et de prêcher le tijanisme tel que Cheikh Tijâni a voulu qu’il soit enseigné et compris. Que reprochait la haute administration à Cheikh Hamahoullah ?
On ne lui pardonnait pas de se comporter en homme libre, ne reconnaissant que l’autorité d’Allah. On lui reprochait son refus de se plier devant l’autorité coloniale et de vouloir rester debout pendant que la plupart de tous ses pairs étaient à genoux. Sûr de sa vérité, fier de sa culture, un homme aussi digne ne pouvait spontanément se renier.
Pour des motifs religieux, il voulait vivre libre dans un pays non libéré où personne ne pensait à la résistance, même pacifique. C’est finalement de cette contradiction qu’a résulté le divorce entre le Cheikh et la France. A la vérité, le Chérif de Nioro a été un résistant pacifique, son dessein a été religieux, excluant toute servilité. Certes, il n’était pas coupable aux yeux de la loi, mais pour les administrateurs coloniaux il était à éliminer puisque non favorable au système colonial. En traitant le prestigieux Chérif de Nioro comme un résistant, les colonisateurs ne se sont pas trompés.
En effet, l’homme a été l’initiateur d’un modèle d’attitude à l’égard du colonialisme. Son exemple était dangereux pour la stabilité et le maintien du système colonial, même s’il avait fait de sa réserve un problème de conscience qui relève de son exigeant souci de liberté et de prière dans la sainteté. C’est sa soif inaltérable de liberté qui fait apparaître Cheikh Hamahoullah selon l’expression de Vincent Monteil « comme un résistant victime du colonialisme ».
A la lumière et au terme de cette brève étude il nous apparaît comme un héros pacifique qui a préféré souffrir jusqu’au plus profond de lui-même, vivre en exil pour préserver sa liberté, condition indispensable et nécessaire à ses yeux pour se consacrer à Dieu. Memoire de Alioune Traore sur la vie de Cheick Hamallah
Leral.net




