Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: October 2013

Miser sur l’irrigation et le pastoralisme pour transformer le Sahel

La région du Sahel, un vaste territoire aride reliant six pays d’Afrique occidentale (le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal) abrite certaines des communautés pastoralistes les plus productives au monde. Or, leur mode de vie est menacé par les défis énormes que sont le  changement climatique ou les problèmes politiques et de développement dont la région fait l’expérience.
 
Au Sahel, au fil des siècles, quelque 16 millions de pastoralistes ont perfectionné l’art de survivre en élevant des moutons et du bétail dans l’un des environnements les plus inhospitaliers de la planète.  Le rendement en viande du Sahel rivalise avec celui de certains des meilleurs ranchs australiens ou américains.  À l’heure actuelle, la moitié de la viande et les deux tiers du lait produits et consommés dans les pays d’Afrique occidentale proviennent du Sahel.
 
Le pastoralisme est toutefois confronté à de nombreuses menaces. La croissance rapide de la population, les conflits, la volatilité des prix des denrées alimentaires, les maladies animales et la diminution des zones de pâturage et des ressources en eau, sont autant de facteurs qui, combinés, mettent progressivement en danger ce mode de vie qu’est le pastoralisme.   
 
L’Afrique devrait être la région la plus durement affectée par le changement climatique. Il est de plus en plus probable que les prévisions des scientifiques selon lesquelles le monde pourrait se réchauffer de 2°C  d’ici les 20 ou 30 prochaines années se matérialiseront.  Un tel scénario mettra le pastoralisme en péril.  Les effets sur le continent africain devraient être encore plus dévastateurs selon un scénario qui y prévoit une hausse des températures de 4°C.
 
Désert et aridité caractérisent le Sahel. Or, cette région dispose de vastes ressources en eau inexploitées.  Dans une région où l’agriculture est la principale activité économique, il est regrettable de constater que seulement 20 % du potentiel d’irrigation du Sahel a été développé.  Pire encore, un quart des systèmes d’irrigation du territoire sont délabrés.
 
Le pastoralisme est essentiel pour l’avenir de l’Afrique et en particulier du Sahel.  Il en est de même pour l’irrigation.  Les deux ont une incidence sur l’agriculture, la principale industrie de la région, qui représente plus d’un tiers de la production économique du Sahel et autonomise les femmes étant donné que la majorité des agriculteurs africains sont des femmes.   
 
Soutenir le pastoralisme en adoptant davantage de politiques climato-intelligentes afin de mieux faire face aux sécheresses, aux inondations et aux autres catastrophes naturelles ; et élever du bétail en meilleure santé en administrant des vaccins en temps opportuns, figurent parmi les mesures nécessaires pour aider les communautés à s’adapter à la rudesse du climat du Sahel. 
 
Irriguer les terres desséchées du Sahel permettra non seulement d’améliorer la productivité agricole, mais également de mettre davantage de nourriture sur la table des agriculteurs. Ils pourront ainsi passer d’une agriculture de subsistance à une production à plus grande échelle et  accroître leurs revenus sur les marchés locaux et régionaux. Une agriculture climato-intelligente peut accroître les rendements, permettre aux agriculteurs de mieux gagner leur vie et aider à protéger la biodiversité, améliorer la fertilité du sol et protéger l’environnement.
 
Alors que la reprise  est lente sur la scène économique mondiale, nous voulons être les principaux moteurs d’une croissance qui compte vraiment. 
 
La Banque mondiale organise deux importants forums, en Mauritanie et au Sénégal, sur les défis et les opportunités que constituent le pastoralisme et l’irrigation en Afrique. 
 
Je suis convaincu qu’à Nouakchott et à Dakar, nous allons mobiliser pour la première fois une coalition réunissant les pays de la région, les partenaires du développement, les chefs d’entreprises et les communautés locales autour d’un même objectif : transformer l’agriculture en développant le pastoralisme et l’irrigation.
 
Nous pouvons y parvenir.
 
Makhtar Diop est vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique.
Source: Le calame

Loupe du ‘Le Rénovateur’ : Des choix révélateurs d’une fragilité du tissu politique !

altC’est à l’heure des choix que se réveillent au grand jour les contradictions profondes au sein des formations politiques. C’est bien le cas depuis l’annonce par la CENI du calendrier électoral.

Chacune des options (boycott et participation) a fait voler en éclat l’ordre précaire qui semblait prévaloir tant dans les rangs de l’opposition radicale que de la majorité présidentielle.

L’UFP a donné le premier le ton à la suite de sa décision de retirer ses listes de la course électorale. Ce qui du coup a provoqué une vague de mécontentement et une crise aigue aux conséquences fatales.

Désormais ce parti est confronté à des sérieuses difficultés internes qui mettront ses dirigeants plus que jamais devant leurs responsabilités.

L’onde de choc a fait trembler les instances dirigeantes de l’UFP coupant ainsi le cordon qui reliait le sommet à ses bases. Le défi majeur auquel doit s’atteler la formation de Ould Maouloud reste celui du rétablissement de la discipline politique sérieusement mise à mal par les hésitations de dernière minute intervenues dans les décisions de ce Parti et dont les incohérences ont fini par sceller son destin politique. Mais l’UFP n’est pas le seul parti à vivre cette douloureuse épreuve dont il se souviendra longtemps.

Le RFD est en train de payer le prix fort de son boycott , lui qui a saigné à blanc plusieurs fois au sortir des dernières présidentielles et qui a vu ses cadres migrer ailleurs, aura-t-il la force nécessaire pour survivre à un énième naufrage ? Dans cette succession de cauchemars, le jeu politique n’arrête pas de fournir des éléments assez éloquents sur l’incapacité des formations politiques à résister aux événements.

Le parti –Etat a confirmé nettement cette tendance. Partout l’UPR a brillé par son manque d’autorité et par l’absence manifeste de leaders crédibles capables de rassembler par la voie du compromis ses bases. Jamais un Parti présidentiel n’a été aussi traversé par un vent de contestation à la veille de scrutins municipaux et législatifs.

Dans ces conditions, il est clair que les divisions en cours rendront incertain le processus et partant entacheront l’image d’une démocratie encore balbutiante. Tous les partis politiques mauritaniens sont bâtis autour de la même vision de « l’instantanéité politique » qui consiste à circonscrire leurs existences autour d’échéances électorales.

L’absence d’une maîtrise des décisions de la part des directoires politiques finit par diviser les bases à cause de calculs opportunistes. Le choix d’hommes en mesure de défendre les couleurs d’un parti se pose avec acuité comme c’est le cas actuellement au sein de l’UPR qui n’arrive pas à calmer les milliers de clans politiques issus des anciennes chapelles locales.

Les anciens barons dépassés par le temps pensent pouvoir encore resurgir, en vain ! Ce qui se passe aujourd’hui à la veille des élections, est le résultat de la fragilité structurelle du paysage politique mauritanien qui, loin de connaitre une reforme de son champ idéologique évolue au contraire vers d’autres horizons porteurs de chaos.

Comment, dès lors, dans cette situation espérer organiser des élections sereines qui vont remettre de l’ordre au sein du landernau politique. Faut-il laisser les divisions perdurer ou tenter de trouver des solutions consensuelles en vue de contenir les contestations, quitte à repousser les dates déjà indiquées ?

Le problème n’est pas tant d’organiser des élections que de le faire dans des conditions régulières et consensuelles qui puissent rendre des services à la démocratie mauritanienne. S’abstenir à y aller dans les circonstances actuelles, n’est rien d’autre que l’expression d’une désinvolture politique qui ne fera pas bouger d’un iota l’image d’une démocratie qui se respecte.

Cheikh Tidiane Dia

 

Source: le renovateur

La Convergence Démocratique dénonce le financement des campagnes politiques

Réagissant  au récent  projet de décret adopté au cours de la dernière réunion du conseil des ministres de jeudi 24 octobre dernier, fixant les modalités d’attribution par l’Etat d’un appui financier pour la campagne électorale au profit des partis politiques participant aux élections municipales pour l’année 2013, le parti de la convergence démocratique (CD) de Me Mahfoudh Ould Bettah a qualifié cette mesure de dilapidation systématique des biens de l’Etat dans une mascarade électorale.

La CD estime que seul le parti au pouvoir et ses tentacules bénéficieront de cette importante cagnotte, rappelant que l’UPR et ses soutiens représentent la majorité des 1102 listes candidates.

Ce qui, selon lui, alourdira le fardeau de l’Etat et créera une nouvelle impasse difficile pour le pays en raison de ses répercussions futures.

 Soulignant que le projet de décret précité n’est qu’une justification de dépenses énormes de l’argent du peuple pour des activités politiques faites essentiellement pour ancrer l’asservissement au pouvoir et à ses agendas politiques actuels et futurs.

La CD estime enfin que ce projet de décret donnera naissance à des listes candidates très nombreuses dont les initiateurs visent l’unique objectif de bénéficier des fonds loin de toute volonté de participation réelle aux futures élections ; précisant que cette situation leur enlèvera  toute sincérité  et assombrira les candidatures dans l’avenir.

Rapideinfo

Rencontre annuelle des FLAM-SISTERS a Atlanta

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 A l’occasion de leur  3eme rencontre annuelle qui se tiendra a Atlanta (GA), FLAM-SISTERS NETWORK invite le publique et en particulier la diaspora mauritanienne a venir nombreux assister a cette importante manifestation.

Le programme s’etablit comme suit:

Samedi 26 Octobre 2013:

12Pm-2:00Pm: conference debat : le retour des FLAM enjeux et perspectives, animee par Houleye Thiam.

3Pm-4Pm: pause dejeuner.

4Pm-5Pm: ceremonie de decoration des membres lesplus actives.

6Pm-8Pm: visite de coutoisie aux mauritaniens de la ville.

 

Dimanche 27 Octobre 2013

12Pm-2:00Pm: conference debat: Le role de la militante dans la lutte contre le racisme en Mauritanie animee par Djeinaba Diop et Houley Sall.

2Pm-4Pm: jeu concour sur l’histoire des FLAM.

6Pm-9Pm: ceremonie de cloture et perspectives pour 2014.

 

 

Afrique du Nord: L’international berbère entre érosion et résistance

Du Maroc à l’Égypte, en passant par le Mali et le Niger, les Berbères occupent une place à part. Souvent marginalisée par les États, la culture amazigh a survécu. Au prix d’une lutte constante.  


Manifestation de Berbères, à Tripoli en janvier 2013. © Reuters  

Manifestation de Berbères, à Tripoli en janvier 2013. © Reuters  

 

 

Maroc
Du bout des lèvres…  
Un juillet 2011, le Maroc est devenu le premier pays à reconnaître la langue amazigh comme langue officielle. C’est à la fois une victoire et un défi pour les militants de la diversité culturelle au sein du royaume. Car il y a loin de la coupe aux lèvres. Un exemple : les prénoms. Régulièrement, des officiers de l’état civil rechignent à enregistrer des prénoms à consonance amazigh, voire refusent. Les parents les plus motivés vont jusqu’au contentieux administratif, les autres rejoignent la cohorte des déçus, blessés et amers de voir une partie de leur identité niée. Mohand Laenser, le ministre de l’Intérieur, a annoncé en avril une énième levée de l’interdiction. Dans les faits, une ancienne circulaire a été renvoyée aux services administratifs, ce qui n’a pas empêché un père résidant en Espagne de se voir refuser l’inscription de sa fille Sifaw au consulat marocain de Valence, en mai.    
La généralisation de l’enseignement de la langue, lancée en 2003, n’avance pas. En 2012, seuls 2 % des écoles et 15 % des élèves y avaient accès, selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale. Pour rappel, l’objectif est d’en faire une langue d’enseignement obligatoire pour tous. Le débat politique sur le tifinagh, la graphie retenue officiellement en 2003, affleure à nouveau. À l’époque, 31 des 33 partis représentés au Parlement avaient opté pour le tifinagh, un choix du mouvement amazigh qui permettait d’éviter la graphie arabe ou latine. Or le Parti de la justice et du développement (PJD) et l’Istiqlal, qui s’y étaient opposés, mènent aujourd’hui respectivement la coalition gouvernementale et l’opposition parlementaire.    
  Depuis l’indépendance, le « berbérisme » était regardé avec suspicion par les nouvelles élites nationalistes. Il a longtemps été associé au colonialisme à cause du dahir berbère [décret de 1930, qui a instauré des tribunaux coutumiers] puis dominé par le modèle panarabe, alors porté par les idéologies nassériste et baasiste. Pourtant, les Amazighs existent. C’est même une évidence anthropologique. Et plutôt trois fois qu’une. Dans le Rif (Nord), dans le centre du pays, et dans le Souss (Sud), on parle respectivement tarifit, tamazight et tachelhit. Ces trois dialectes – le terme est impropre et peut froisser certaines susceptibilités – reflètent les variantes régionales d’une langue et d’une culture restées vivaces.

  C’est la défense de ce patrimoine qui préside à la fondation, en 1967, de l’Association marocaine de recherche et d’échanges culturels (Amrec). La neutralité de son nom témoigne de son caractère universitaire. Dès les années 1970, le mouvement prend un tournant plus politique, avec la création, en 1978, de l’association Tamaynut. Il s’agit d’internationaliser la question amazigh, en mobilisant la diaspora (lire p. 31) et en s’appuyant sur les textes protecteurs des droits de l’homme, notamment les conventions internationales sur les droits culturels et linguistiques. En 1991, Tamaynut traduit la déclaration universelle des droits de l’homme en tamazight. Dans les années 1990 et 2000, la jonction se fait avec le mouvement altermondialiste, dans le sillage des forums sociaux.

 


Aza:symbole de la liberté et symbole de la résistance chez les amazighs  

Aza:symbole de la liberté et symbole de la résistance chez les amazighs  

Algérie
Printemps fugace    
  Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touaregs, Chenouis… Ils seraient quelque 7,5 millions à faire partie de cette communauté berbère, descendants des Amazighs qui peuplaient déjà l’Afrique du Nord plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Bien qu’ils constituent presque un quart de la population et que de grandes figures de cette communauté aient activement pris part à la guerre de libération, les Berbères ont subi une politique d’exclusion de la part du pouvoir central. Dans les années 1960 et 1970, il était même très malvenu de se revendiquer amazigh, et certains militants de cette cause – comme l’écrivain Mouloud Mammeri ou des chanteurs Ferhat Mehenni et Idir – ont été persécutés ou contraints à l’exil. Au lendemain de l’indépendance, dans une Algérie régie par un parti unique, le Front de libération nationale (FLN), la question relevait du tabou. Il a fallu le Printemps berbère d’avril 1980 pour que les autorités acceptent de reconnaître le berbère comme composante de l’identité et de la culture algériennes, aux côtés de l’arabité et de l’islam.    
  Le paradoxe est que plusieurs personnalités berbères ont exercé ou exercent encore de très hautes fonctions. L’ancien président Liamine Zéroual et l’ex-chef du gouvernement Ali Benflis sont chaouis, originaires de Batna (dans les Aurès). Abdelmalek Sellal, l’actuel Premier ministre, et Ahmed Ouyahia, son prédécesseur, sont kabyles. Des généraux aussi : Mohamed Mediène, dit Toufik, patron des services de renseignements, est issu de la petite Kabylie ; Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major, ou Khaled Nezzar, l’ex-patron de l’armée, sont natifs de Batna.    
  Le tamazight est enseigné dans les établissements scolaires (primaire, collège et lycée) depuis la grève du cartable de 1994 à 1995, mais son apprentissage jusqu’au début des années 2000, sous l’autorité du Haut Commissariat à l’amazighité (HCA), se limite aux régions berbérophones par manque de moyens et d’enthousiasme des populations arabophones…
 
En avril 2001, la mort d’un lycéen enflamme la Kabylie et donne naissance à un mouvement citoyen, porteur de revendications politiques, sociales et culturelles contenues dans la fameuse « plateforme d’El Kseur ». Alger donnera satisfaction aux populations, en avril 2002, par l’insertion dans la Constitution d’un article reconnaissant le tamazight comme langue nationale et par le versement de compensations financières aux victimes de la répression. Si le mouvement populaire s’est depuis dissous et si ses animateurs sont retombés dans l’anonymat, onze ans plus tard les Berbères ne continuent pas moins de demander l’inscription dans la Constitution du tamazight comme langue officielle, au même titre que l’arabe.

 


Carte de la présence Amazigh en Afrique  

Carte de la présence Amazigh en Afrique  

Tunisie
Identité perdue    
  Au fil des invasions et des métissages, la Tunisie a perdu sa berbérité, que tous les pouvoirs successifs ont perçue comme un élément de sédition et de séparatisme. Si la révolution de 2011 a suscité un nouvel engouement pour les Amazighs, celui-ci relève surtout d’une réaction au débat qui entoure l’identité arabo-musulmane des Tunisiens. Associations et festivals sont souvent organisés pour perpétuer les traditions, bien que le texte de la loi fondamentale ne mentionne toujours pas les origines berbères de la Tunisie. Pourtant, plus de 150 000 locuteurs continueraient de pratiquer le chelha, l’idiome des ancêtres. « Sous Bourguiba et Ben Ali nous avons été marginalisés ; l’arabe et le français, langues de colonisation, ont pris le pas sur le berbère, qui semblait incompatible avec la modernité » explique Chérif Dergaa, originaire de Djerba, et membre de Culture et Patrimoine amazigh.
   
  Aujourd’hui, la question berbère est avant tout culturelle. Le mouvement reste trop timide pour aborder des questions politiques et constituer un rempart aux modèles politico-religieux importés du Moyen-Orient. Les courants religieux conservateurs sont fortement implantés dans des régions où les foyers berbères ont toujours été présents même s’ils s’amenuisent. L’héritage amazigh en tant que composante de l’identité du pays n’est reconnu que timidement. En revanche, les distributeurs de journaux à Tunis, tous originaires de Douiret, comme Mohamed Daadaa, le patron de la corporation, utilisent encore le chelha pour communiquer entre eux. Mais ni Brahim Kassas, ni Habib Bribech, ni Said Kharchoufi, élus à l’Assemblée nationale constituante, n’ont évoqué jusqu’à présent leurs racines berbères.

 


Des Berbères en Tunisie. © Charles Mahaux / TIPS / Photononstop  

Des Berbères en Tunisie. © Charles Mahaux / TIPS / Photononstop  

Mali-Niger
Guerres et paix    
  Parfois marginalisés au sein du monde berbère, les Touaregs (ou Kel Tamasheq), que des estimations très vagues situent à près de 3 millions d’individus, le sont plus sensiblement encore dans les États au sein desquels ils évoluent, et qui les perçoivent souvent comme des « corps étrangers ». L’anthropologue André Bourgeot notait au début des années 1990 qu’ils faisaient l’objet, selon qu’ils vivaient en Algérie, en Libye, au Burkina Faso, au Mali ou au Niger, de politiques « qui visaient soit à marginaliser […] soit à œuvrer à leur assimilation économique, politique et culturelle ». « Dans les deux cas, écrivait-il, marginalisation et/ou assimilation s’inscrivent dans une volonté des États indépendants de rompre avec la politique de la puissance coloniale », laquelle, après avoir détruit le pouvoir guerrier des Touaregs, les utilisa comme de précieux relais dans le Sahel et dans le Sahara. Au Niger et au Mali, deux États tournés vers l’Afrique noire, cette marginalisation, couplée à l’irrédentisme de certaines tribus, à la crise du nomadisme qui a suivi les indépendances et à l’exode vers la Libye des années 1970, n’a pas eu la même ampleur. Mais elle a eu les mêmes effets : aux revendications d’ordre communautaire ont succédé des révoltes armées, des accords de paix ou des répressions, puis un calme précaire, suivi de nouvelles révoltes.
   
  Au Mali, le problème est apparu dès l’indépendance, lorsque les notables de Kidal se sont opposés à leur intégration dans l’ensemble malien. Première rébellion dès 1963, violemment réprimée, deuxième en 1990 (et premiers accords de paix fragiles en 1992 et 1996), troisième en 2006, et la dernière en 2012, qui a provoqué l’irruption des mouvements jihadistes armés et la partition du pays. Cette crise est loin d’être réglée. Si une partie des Touaregs du Mali rejette la violence armée, et si des notables clament leur attachement à la nation malienne, beaucoup sont sensibles au rêve, sinon de l’indépendance, du moins de l’autonomie telle que prônée par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).    
  Les leaders de la rébellion dénoncent le sous-développement du « pays » qu’ils partagent avec les Songhaïs, les Peuls, les Arabes et les Bellas. Une réalité que l’on ne nie pas à Bamako, où l’on rétorque cependant que des efforts ont été faits ces dernières décennies et où l’on met en avant l’intégration, souvent à marche forcée, de nombreux Touaregs (et Arabes) dans l’armée et l’administration.    
  Au même moment, au Niger, le spectre d’une troisième rébellion armée semble s’éloigner. Des efforts ont été consentis depuis la première révolte pour intégrer les Touaregs dans l’armée et l’administration (comme l’actuel Premier ministre, Brigi Rafini), et la décentralisation est effective depuis quatre ans. Le risque d’un nouveau soulèvement dans le Nord n’est cependant pas totalement écarté : alors que le Niger est considéré comme l’un des pays les plus pauvres du monde, le septentrion n’attire plus les touristes et ne profite pas pleinement des richesses de son sous-sol, ce qui alimente la colère des jeunes Touaregs, dont certains ont entrepris de rejoindre les groupes armés libyens ou les mafias locales.

 


Rebelles maliens du MNLA  

Rebelles maliens du MNLA  

Libye     
“Azul tagrawla !” (Bonjour révolution !)    
  Divine surprise de la révolution du 17 février ou menace contre l’identité unitaire de la Libye ? Qu’importe, la question amazigh est apparue sur la scène politique et une chose est certaine : le temps est révolu où Mouammar Kaddafi pouvait déclarer, péremptoire, que « l’amazighité a disparu ». Adepte des explications pseudo-historiques, il racontait que tous les habitants d’Afrique du Nord étaient originaires du Yémen, venus par voie terrestre (barr, en arabe, la répétition donnerait « berbère »). En septembre 2012, au lendemain de la chute de Tripoli, les drapeaux qui accueillirent Mustapha Abdeljalil, le président du Conseil national de transition (CNT), étaient majoritairement frappés d’un Z (en alphabet tifinagh, lire ci-dessous). Plus présents qu’en Cyrénaïque, où ils se concentrent dans l’oasis d’Oujla, les tigrawlin [rebelles] ont joué un rôle décisif sur le front de l’ouest. Dans le Djebel Nefoussa, ils ont été les premiers à réceptionner les armes venues de l’étranger et ont multiplié les foyers de résistance autour de la capitale. Certains de leurs leaders sont parvenus à gravir les échelons du CNT, comme Othman Ben Sassi ou Salem Gnane, compagnon de route de Mansour Kikhia, célèbre opposant à Kaddafi. Cet activisme n’a pourtant pas porté ses fruits sur le plan politique. Malgré quelques élus au Congrès national général (CNG), les rares voix amazighs sont comme éclipsées par la tension grandissante qui oppose le gouvernement d’Ali Zeidan, les Frères musulmans et les fédéralistes.
   
  Dans ce contexte, la revendication de l’officialisation de la langue et de la reconnaissance de la culture n’avance pas. Nouri Bousahmein, élu de Zouara, a succédé à Mohamed el-Megaryef comme président du CNG en juin dernier. C’est le plus haut poste jamais occupé par un Amazigh. Un symbole, sans plus. Quelques semaines plus tard, les élus amazighs ont décidé de se retirer du Parlement. « Nous n’acceptons pas que la Constitution soit adoptée selon un principe majoritaire, alors que nous sommes sous-représentés dans la Constituante », lancent-ils pour expliquer leur décision de boycotter la commission des 60. Fethi Benkhalifa, ancien conseiller du CNT et aujourd’hui président du Congrès mondial amazigh (CMA), principal rassemblement de la diaspora, menace : « Ceux qui nous croient faibles se trompent lourdement. Les Amazighs ont les moyens de résister. Ils l’ont montré sous Kaddafi, pendant la révolution du 17 février. Nous continuerons, s’il le faut. »

 


Égypte    
Une oasis dans la tourmente    
  Un havre de verdure en plein milieu du désert libyque : l’oasis de Siwa, palmiers et maisons de terre en guise de décor, abrite ce qui serait la seule population berbère d’Égypte. Située à la frontière de la Libye, la zone, autrefois très touristique, est aujourd’hui confrontée à l’instabilité non seulement de son voisin, mais aussi du pays tout entier. Comme leurs cousins de la région, les Berbères de Siwa ont longtemps dénoncé la marginalisation de leur culture par les pouvoirs successifs. Difficile cependant pour les 150 000 Amazighs de l’oasis de se faire entendre dans le pays le plus peuplé d’Afrique du Nord où la révolution a laissé place à un imbroglio politique.    
  Fin 2012, le Congrès mondial amazigh (CMA) s’inquiétait de l’attitude des Frères musulmans à leur égard. Relayé par l’Agence kabyle d’information Siwel, l’appel de la militante Amani El Ouahchi, conseillère au sein du CMA, était très vindicatif : les Amazighs égyptiens pourraient prendre les armes. L’oasis deviendrait alors, selon elle, un nouveau Sinaï, région régulièrement endeuillée par des attaques armées.
   
Source : JA