Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: April 2013

Tunisie, compromis historique ou chaos ?

altLe Forum social mondial vient de fermer ses portes à Tunis. Pendant plusieurs jours, des milliers de délégués ont discuté de l’ordre économique international, des luttes menées – de la Palestine au Venezuela, de l’émancipation des femmes. Que d’innombrables jeunes femmes, portant ou non le foulard, aient pu, ensemble, débattre et confronter leurs expériences montre à quel point la droite et une bonne partie de la gauche française passent à côté de la réalité. J’ai aussi contribué à un débat sur la démocratisation et l’islam, avec Tariq Ramadan et Nejmeddine Hamrouni ; à ce débat ont participé plus de six cent personnes. Ces quelques jours à Tunis m’ont permis aussi de mesurer les attentes de divers acteurs, leurs espoirs et leurs craintes pour l’avenir du pays, notamment après l’assassinat d’un des leaders de l’extrême gauche, Chokri Belaïd.

La version arabe de ce texte est ici.

En déplacement à Doha (Qatar), le président Moncef Marzouki a menacé ses opposants de la potence (Lire « Marzouki menace de potence », La Presse, 27 mars). Il répondait indirectement aux propos que Hamma Hammami, leader du Front populaire, a tenus lors des cérémonies marquant le quarantième jour de l’assassinat de Belaïd (16 mars). M. Hammami proclamait que le peuple qui avait su renverser le président Ben Ali serait capable de renverser le gouvernement actuel dirigé par M. Ali Larayedh – ce dernier, membre d’Ennahda, vient de remplacer celui de M. Hamadi Jebali à l’issue d’une crise qui a aussi affecté Ennahda.

Cet échange musclé pourrait laisser croire que l’on s’achemine vers un affrontement brutal entre deux camps, celui de l’islamisme et celui de la laïcité. Pourtant, à débattre avec les dirigeants des diverses organisations, on retire une impression plus nuancée.

Au centre du jeu, cheikh Rached Ghannouchi, le leader historique d’Ennahda, l’homme à qui appartient le dernier mot dans son organisation. Si la conversation a porté, dans une première partie, sur la France et la montée de l’islamophobie, il a tenu ensuite à faire part de son point de vue sur les évolutions internes.

« Ennahda ne peut ni ne veut diriger seul. Notre alliance avec le Congrès pour la République [CPR] de Marzouki et Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar [les deux autres partis de la troïka qui dirige le pays] ne relève pas de la tactique. Elle est naturelle et doit se poursuivre jusqu’aux élections et au-delà. Nous avons réfléchi sur l’expérience algérienne de 1991 et sur les élections législatives qui ont été interrompues par l’armée. Le Front islamique du salut [FIS] avait recueilli 80 % des votes, mais les 20 % restants avaient un poids important (armée, cadres, journalistes et aussi des relations avec l’extérieur). Cette minorité a aussi chez nous un poids tel que, même si nous gagnons avec 51 % des voix, nous ne pourrons gouverner. » Et il ajoute : « Nous avons la “quantité”, pas la “qualité ”. »

NB Aux élections de 1991, la FIS avait remporté 47% des suffrages et on s’attendait, compte tenu du système électoral, à ce qu’il remporte deux tiers des sièges.

Qui s’en souvient : en septembre 1973, au lendemain du coup d’Etat militaire au Chili qui a mis fin à l’expérience du socialisme démocratique, Enrico Berlinguer, alors secrétaire général du Parti communiste italien, en tirait les leçons pour son organisation dans trois articles fameux appelant au compromis historique entre les communistes et la démocratie-chrétienne. Pour lui, on ne pouvait pas transformer l’Italie avec 51% des suffrages.

Bien sûr, le contexte est totalement différent. Mais, dans les conditions chaotiques de la transition en Tunisie (mais aussi en Egypte) ne faut-il pas aboutir à un compromis historique entre différentes forces politiques ? Il ne s’agit pas de nier ni les antagonismes idéologiques, ni les conceptions divergentes de l’avenir de ces sociétés et de la place de la religion, ni la nécessité des affrontements sociaux, mais de fixer le cadre commun dans lequel ces luttes pourront se dérouler.

Pour Ghannouchi, « il faut éviter un affrontement entre deux camps, un affrontement idéologique. Sur l’idéologie, personne ne veut faire de compromis, mais nous pouvons trouver un terrain d’entente politique. C’est pour cela que nous sommes pour une entente, que nous avons accepté que quatre ministères de souveraineté soient retirés à notre parti, alors que rien ne nous y obligeait ».

« Notre but, poursuit-il, est d’arriver rapidement, après l’achèvement de la Constitution, à « des élections dont les résultats seront acceptés par tous, y compris par l’opposition. Il ne sert à rien, comme en Egypte, de gagner les élections comme l’ont fait les Frères musulmans si l’opposition les boycotte ».

Pour cela, explique Ghannouchi, nous avons accepté des concessions sur la Constitution : « Nous voulons une Constitution pour tous. Nous avons renoncé à ce qu’elle mentionne la charia, et ce n’était pas facile de faire accepter cela dans Ennahda ; nous avons enlevé le point qui parlait de la complémentarité homme-femme et accepté l’égalité ; nous avons aussi renoncé à faire inscrire des réserves concernant la nécessaire application des textes universels sur les droits de la personne. Nous ne voulons pas aller au référendum (ce qui se passerait si aucun accord n’était trouvé sur le texte), car nous voulons réduire la période de transition, et nous voulons un consensus. »

Ce discours du dirigeant d’Ennahda tient-il de la prise de conscience des rapports de force et de la mobilisation suscitée par l’assassinat de Belaïd, que l’opposition attribue, directement mais plutôt indirectement, à Ennahda ? Marque-t-il un tournant réel de la politique du parti ? Pour l’instant, il ne suscite que scepticisme et méfiance parmi les forces d’opposition. Pour Taïeb Baccouche, secrétaire général du parti Nida Tounes, ancien secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) de 1981 à 1984 et membre du gouvernement de transition après la chute de Ben Ali, « le nouveau gouvernement est une réédition de l’ancien, avec des petites nuances qui ne touchent pas le fond. Le précédent était un échec, pourquoi alors rééditer ? C’est une forme d’arrogance »

Le fait que quatre ministres de souveraineté aient échappé à Ennahda ?

« C’est formel. Pour deux raisons :

- ceux qui tirent les ficelles n’ont pas changé ;
- l’administration a été noyautée, mille deux cent à mille cinq cent nominations dont une grande majorité d’ennahda. »

Il ajoute : « On a l’impression qu’ils veulent un Etat théocratique par tous les moyens, y compris la violence. » Mais il conteste la référence, avancée par certains, aux années 1930 en Europe et au fascisme. On ne peut comparer, reconnait-il : « Ennahda fait partie du paysage politique. »

La surprise viendra cependant à la fin de l’entretien. Interrogé pour savoir s’il envisageait, après les élections, un gouvernement d’union nationale entre son parti et Ennahda, Baccouche refusait de se prononcer et donc d’exclure cette possibilité.

Troisième composante du paysage politique, le Front populaire, qui rejette aussi bien Ennahda que Nida Tounes, considéré comme un mélange de l’ancien régime et de libéraux. Ces deux forces, d’ailleurs, se retrouvent sur les mêmes politiques économiques et sociales et soutiennent l’idée d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).

Pour le porte-parole du Front populaire M. Jilani Hammami, « le nouveau gouvernement est une copie de celui de Jebali. Il est incapable de prendre des mesures pour alléger la situation des masses. Cette année, le paiement de la dette contactée sous Ben Ali atteindra 17 % à 18 % des dépenses budgétaires. Et le calme social relatif qui prévaut n’est que celui qui précède la tempête ».

Les divergences au sein d’Ennahda entre Jebali et Ghannouchi ? « Le premier veut unir la bourgeoisie du pays dans un front commun, alors que le second souhaite qu’Ennahda soit le seul représentant de cette bourgeoisie. »

« Le Front populaire veut casser la bipolarisation. Ennahda représente le noyau d’un régime despotique, mais Nida Tounes est issu d’un régime despotique. Les sondages nous donnent désormais 12 % à 13 % des voix. »

Mais, comme le reconnaît un autre dirigeant du Front, M. Mohamed Jmour du parti Watad, la discussion sur « l’ennemi principal » se poursuit au sein de l’organisation et certains, face à la montée de la violence, préconisent une alliance pour la démocratie dont Nida Tounes ne serait pas exclu. Car, au sein du Front, tout le monde le reconnaît, « la montée de la violence nécessite la création d’un vaste front pour s’y opposer ».

M. Anouar Ben Kaddour est le secrétaire général adjoint de la puissante UGTT, une organisation syndicale qui joue un rôle clef en Tunisie. Originaire de Gafsa, fils d’un dirigeant de l’organisation, il est issu du syndicalisme enseignant. « Tout le monde reste sous le coup de l’assassinat de Belaïd. Des comparses ont été arrêtés, mais le principal instigateur reste en fuite. C’est un test pour le gouvernement : les gens doivent savoir que la police peut gérer une situation difficile. Nous restons dans l’attente. »

Une des difficultés de la situation actuelle tient, selon lui, au « double discours d’Ennahda et à sa difficulté à passer d’une force d’opposition à un parti de gouvernement ». Un exemple ? L’UGTT, le premier ministre Jebali et le patronat tunisien ont signé un accord en janvier dont il me remet le texte et qui constitue « une avancée du dialogue social ». Le texte garantit de nombreux droits pour les travailleurs, une gestion commune des caisses de sécurité sociale, un fonds d’indemnisation pour le chômage, la reconnaissance du droit de grève. Or, dans la Constitution, certains députés d’Ennahda souhaitent apporter des limitations à ce droit. Ennahda a aussi renoncé à inclure la charia dans le texte, mais certains de ses députés continuent à se battre en ce sens.

Double langage alors (sur le parti Ennahda, lire l’excellent article de Fabio Merone et Francesco Cavatorta, « Ennahda : A party in transition », Jadaliyyah, 25 mars 2013) ? Pourquoi, en effet, les hautes instances de préparation des élections, de supervision de la justice restent-elles encore à l’état de projet ?

Pourquoi la haute instance de régulation des médias n’a-t-elle pas été créée ? (lire la « lettre ouverte aux trois présidents »). Pourtant, le paysage médiatique s’est profondément transformé et les médias, de manière générale, se caractérisent par leur hostilité au pouvoir, mais aussi par un faible niveau de conservatisme. On constate en Tunisie, comme en Egypte, le recul de l’influence de la télévision Al-Jazirah pour deux raisons : l’ouverture a abouti à la création de nombreuses chaînes locales de débat et de confrontation ; l’assimilation entre la chaîne et les Frères musulmans a nui à sa crédibilité.

D’autres faits inquiètent l’opposition. Le refus, jusqu’à présent, de dissoudre les Ligues de protection de la révolution. Et le peu de résultats dans les enquêtes sur les violences passées. D’autre part, des députés et des dirigeants d’Ennahda tiennent des propos sur la charia ou même sur l’excision des femmes qui font douter de la bonne foi d’Ennahda.

On peut y voir une stratégie machiavélique. On peut aussi y voir le reflet des contradictions au sein d’Ennahda, pris entre ses discours d’hier et la nécessité de gérer l’Etat. Pour Ghannouchi, s’il ne faut pas se couper de ceux qu’il appelle « les intégristes laïques », il ne faut pas non plus pousser vers les marges et la violence les courants salafistes, qui sont puissants.

Ennahda doit aussi tenir compte de sa base, reconnaît un de ses cadres : « On ne peut oublier le poids de l’histoire et surtout de la répression qui a marqué les militants, les familles, avec les emprisonnements, la torture. Et la peur existe d’un retour en arrière si Ennahda perd le pouvoir. » L’opposition a souvent tendance à oublier cette dimension : des dizaines de milliers de militants d’Ennahda ayant subi dans leur chair la répression craignent l’avènement au pouvoir de Nida Tounes, qui comporte de nombreux cadres de l’ancien régime.

Peut-on apaiser ces peurs et en même temps celles de milieux importants de la société qui craignent une islamisation totalitaire ? En septembre 1973, à la suite du discours de Berlinguer, des dizaines de milliers de militants d’extrême gauche défilaient en criant : « Camarade Berlinguer, sais-tu qu’au Chili, le compromis historique se fait avec des fusils ? » Les Tunisiens sauront-il éviter cette perspective funeste ? Ou encore le chaos qui menace, les deux coalitions ayant chacune les capacités d’empêcher l’autre de gouverner de manière effective ? La réponse appartient à toutes les forces politiques, mais en premier lieu à la plus puissante d’entre elles, Ennahda.

Addendum. Durant la conversation avec Ghannouchi est venue fortement la question de la modernisation de la Tunisie. « Nous devons porter le rêve du XIXe siècle, quand la Tunisie a pris conscience de son retard sur les voisins du Nord et a voulu retourner au véritable islam. Elle a mis en cause, non l’islam, mais une mauvaise lecture de l’islam. Ce rêve était de garder sa religion mais vivre dans le siècle. L’impérialisme a cassé ce projet porté par Khaireddine Pacha (mort en 1890) en occupant le pays. Il s’est alors imposé un autre projet : laisser de côté l’islam, faire comme la France. Bourguiba a mis en place le projet français, la marginalisation (tahmich) de l’islam. Ce projet a débouché sur la dictature et la violence, tout en se réclamant de la modernité. » Mais ce projet d’éradiquer l’islam n’a pas réussi. « Même s’il boit, le Tunisien continue de se dire musulman », conclut le cheikh avec un sourire.

Source: Le monde diplomatique

Groupes armés du Nord Mali: La Mauritanie, terre de rencontre des combattants de l’Azawad

Selon plusieurs sources de presse, la Mauritanie serait devenue depuis un certain temps un véritable carrefour où se croisent les différents courants de l’Azawad ainsi que les alliés des groupuscules terroristes islamistes en guerre contre le Mali, en l’occurrence le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), ainsi que les grands trafiquants du Sahel. La Mauritanie deviendrait surtout une terre de refuge pour les groupes Arabes, Touarègues et Brabiches, qui s’y retrouvent pour débattre de leur problème, résoudre leurs différents et peaufiner leur stratégie de négociation avec le gouvernement malien.


Les islamistes d'Ansar Dine, ici près de la ville de Gao, au Mali. Crédits photo : Diakaridia Dembele/AP

Les islamistes d’Ansar Dine, ici près de la ville de Gao, au Mali. Crédits photo : Diakaridia Dembele/AP

 

L’objectif des Azawadiens qui semblent bien se plaire en Mauritanie est de dégager une plateforme commune, sorte de consensus, entre les différents groupes, bien que beaucoup pensent que ces manœuvres arrivent tard, eu égard au fossé profond qui les sépare désormais et ce point de non retour dans les relations entre les composantes Azawadies. Est particulièrement dénoncée cette mainmise des tribus soi-disant majoritaires et fortes sur les commandes du MNLA (Mouvement national pour l’Azawad), présidé actuellement par le Touarègue Bilal ag Chérif, et contre lequel se bat le Mouvement Arabe de l’Azawad. Selon les informations relayées par la presse locale, les frères ennemis de l’Azawad auraient reçu l’autorisation des autorités mauritaniennes pour se réunir prochainement dans un lieu et à une date qu’ils choisiront. Des pourparlers intenses, selon le site Maurinews, se dérouleraient actuellement dans ce sens entre Ahmed Ould Sidi Mohamed, président du Mouvement des Arabes de l’Azawad et Mohamed Mahmoud Amrany, ancien diplomate malien dont l’influence auprès des Brabiches serait grande.

Parmi les points communs déclarés entre les deux groupes, leur rejet du terrorisme et la nécessité de mettre en place une proposition consensuelle de sortie de crise à présenter au gouvernement de Bamako. Il faut rappeler dans ce cadre les propos du président malien Diacounda Traoré qui avait déclaré lors de sa visite en Mauritanie que si négociation il y aura, ce sera exclusivement avec le MNLA, une organisation qui regrouperait Touarègues, Arabes et les Kounta.

Parmi les personnalités Azawadies qui avaient préparé le terrain en terre mauritanienne, le site Maurinews cite Henoune Ould Ali, un commerçant plusieurs fois cités dans la presse comme le principal financier du MUJAO. Il appartient à une petite tribu, alliée des Brabiches. Mais la personnalité la plus célèbre parmi les présents, serait selon le site, Amar Ould Hamaha, l’homme d’Aqmi qui créa avec la guerre contre la France le mouvement « Ançar Charia » essentiellement constitué de Brabiches et que d’aucuns qualifient de bras armé du Mouvement Arabe de l’Azawad. Il faut dire que Hamaha a roulé sa brosse dans les différents courants islamistes, passant du groupe « Daewa Wa Tabligh » à Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), notamment la Katiba des « Moulathimines » sous la conduite de Khaled Aboul Abass ou Belwar, son beau-frère, puis le MUJAO et ensuite Ançardine, et enfin Ançar Charia qu’il créa. Contrairement à Aqmi, Ançar Charia a choisi l’emblème blanc avec l’inscription « La Illaha Ila Lah ». Hamaha, plus connu sous le nom de « Barbe rousse » et dont la presse malienne a déclaré la mort , vient de montrer qu’il est toujours vivant à travers une déclaration diffusée lundi soir dernier par Radio Nouakchott et dans laquelle il a démenti la mort de Belwar ainsi que les chiffres de tués gonflés dans les rangs des Moujahidines.

Source: noorinfo

Politique: L’opposition accusée d’inciter à la révolte (UPR)

altLa Coordination de l’Opposition Démocratique en Mauritanie (COD) “persiste à trébucher avec ses appels ostensibles à la révolte et son rejet continu des règles de la démocratie”, a déploré l’Union Pour la République (UPR), principal formation de la majorité.
Dans un communiqué rendu public par suite à une session ordinaire due son bureau exécutif, l’UPR affirme: “L’opposition tient à faire fi de réalisations tangibles de l’actuel régime et diffuser, exagérément, de propagandes mensongères et accusations infondées. Elle assaille la personne du président Aziz par de machinations et diffamations”.

Le parti a appelé l’opposition à “revoir sa copie et faire recours aux élections transparentes qui est l’unique solution”.

Le parti au pouvoir en Mauritanie a par ailleurs exprimé sa “préoccupation” par rapport à la situation au Sahel et particulièrement au nord Mali, renouvelant son appel à l’Union Africaine et à la CEDEAO à “agir pour soutenir les efforts de Nations Unies visant à instaurer la sécurité au Mali sur les bases de la souveraineté du Mali, l’assainissement de son territoire des bandes de trafic de drogues et le terrorisme et la garantie d’un développement régional équitable pour toutes les sphères du peuple malien frère”.

 

Source: Al Akhbar

Communiqué des Flam.

altDans le cadre de l’éxécution de leur projet de redéploiement en Mauritanie, par étapes graduelles et controlées, les Forces de liberation Africaines de Mauritanie (Flam) informent l’opinion nationale et internationale du retour effectif du Vice-president de l’Organisation, le camarade  Ibra M sow , intervenu le 04 avril 2013 . 

La lutte continue.

Centrafrique : récit exclusif de la chute de Bozizé

Déterminés à en finir avec le président François Bozizé, les rebelles de la Séléka ont fondu sur la capitale à la vitesse de l’éclair, le contraignant à une fuite éperdue. Récit exclusif d’un nouveau coup d’État en Centrafrique.


Au palais présidentiel de la Renaissance à Bangui, le 28 mars. © Sia Kambou/AFP

Au palais présidentiel de la Renaissance à Bangui, le 28 mars. © Sia Kambou/AFP

 
En Centrafrique, l’Histoire ne se contente pas d’être répétitive jusqu’à la lie, elle vous revient à la figure tel un boomerang. Dix ans après, c’est dans la suite 930 de l’hôtel Hilton de Yaoundé, là où les autorités camerounaises avaient hébergé Ange-Félix Patassé après sa chute, que logeait depuis le 25 mars celui qui fut son tombeur.

Joint au téléphone trois jours plus tard par Jeune Afrique, François Bozizé ne décolère pas contre le président tchadien, Idriss Déby Itno, qu’il accuse, exactement comme son prédécesseur, d’avoir instrumentalisé la rébellion qui l’a chassé du pouvoir. Et jure lui aussi qu’il ne compte pas en rester là : « La légalité constitutionnelle a été violée, on ne les laissera pas faire. » En attendant un hypothétique entretien avec Paul Biya et de se trouver un autre pays d’accueil, l’ancien maître de Bangui se veut prudent – réserve oblige – et surtout patient : l’exil, il le sait pour l’avoir déjà vécu, est une course de fond…

Le dernier acte de cette tragédie oubanguienne a eu pour décor initial la bourgade de Sibut, au nord de la capitale, le dimanche 17 mars. C’est là que depuis les accords de Libreville du 11 janvier les rebelles de la Séléka campent l’arme au pied, remâchant leur rancoeur d’avoir été stoppés dans leur élan et furieux de voir leurs cinq représentants au sein du gouvernement – dont leur chef, Michel Djotodia – jouer le rôle de figurants. Aussi, lorsque le général congolais Essongo, représentant du médiateur dans la crise centrafricaine, vient les voir ce jour-là pour tenter de les apaiser, en compagnie des cinq ministres « sélékistes » et du général Noureddine Adam, numéro deux de la Séléka, les insurgés de Sibut décident de retenir tout ce monde, à l’exception d’Essongo à qui ils donnent trois jours pour convaincre le président Bozizé d’accéder à leurs revendications. Faute de quoi ils reprendront les armes. Prise d’otages ? Mise en scène plutôt. Car Djotodia – rentré trois jours plus tôt et en pleine forme de Libreville, où il avait été hospitalisé d’urgence pour une pseudo-« maladie neurologique », à bord d’un Falcon de la présidence gabonaise – et ses amis avaient pris soin d’emporter avec eux à Sibut leurs effets personnels, preuve que le « coup » n’avait rien d’improvisé.

Trahi

De retour à Bangui, Noël Léonard Essongo se rend aussitôt au palais de la Renaissance en compagnie de la représentante de l’Union africaine (UA), la Djiboutienne Hawa Ahmed Youssouf. Ce qu’ils demandent au président est simple : tendre la main aux rebelles et, pour cela, prononcer quelques phrases du genre « je vous ai compris ». Mais Bozizé refuse. « Il nous a même engueulés », confie Essongo. Tout ce qu’il consent à faire, c’est de préparer un décret élevant Noureddine Adam et Mohamed Dhaffane, autre figure de proue de la Séléka, au rang de ministres d’État. S’estimant lâché et trahi par ses pairs d’Afrique centrale, le chef de l’État va plus loin : il fait remettre à la représentante de l’UA une lettre officielle à destination de la présidente de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, dans laquelle il lui demande de désigner un nouveau médiateur, récusant du même coup Essongo et son patron, Denis Sassou Nguesso. Un coup de fil de ce dernier, peu après, n’y changera rien : Bozizé n’en démord pas. Le 19 mars, à 4 heures du matin, celui qui est encore président de la Centrafrique s’envole pour Pretoria afin de s’assurer auprès de Jacob Zuma des intentions du contingent sud-africain présent en RCA et qui lui sert d’ultime rempart. Sur le chemin du retour, François Bozizé a prévu de s’arrêter à Luanda pour demander au président angolais dos Santos d’envoyer lui aussi des troupes. Mais il doit annuler l’escale. Sentant le danger, les rebelles se sont remis en marche.

Vendredi 22 mars, deux colonnes de la Séléka, fortes chacune d’environ deux mille hommes, fondent sur Bangui. La première, qui part de Sibut et atteint rapidement Damara, est dirigée par Aubin Issa Issaka, 42 ans, chef d’état-major de la rébellion, originaire de la Vakaga. La seconde, avec à sa tête Arda Akoma, 32 ans, « Nordiste » lui aussi et chef des opérations, progresse sur l’axe Bossangoa-Bossembélé-Boali. L’objectif est clair : prendre la capitale en tenaille. Si la « colonne Akoma » rencontre peu de résistance, y compris à Bossembélé où les détenus de la maison d’arrêt et de la poudrière se joignent à elle, il n’en va pas de même pour la « colonne Issaka ».

François Bozizé, qui a revêtu son treillis de général, fait décoller l’un de ses deux hélicoptères russes de combat Mi-24 (le second est en panne) piloté par un équipage ukrainien et l’envoie mitrailler Damara, où un détachement des Faca (troupes loyalistes) s’accroche de façon inespérée au terrain, sous l’oeil impassible des militaires tchadiens et camerounais de la Force multinationale de l’Afrique centrale (Fomac), lesquels se contentent d’observer la scène. Le samedi 23 à l’aube, lorsque Bozizé survole lui-même le front à bord du Mi-24, les rebelles, qui ont subi de lourdes pertes, ne bougent plus. Rien n’est encore perdu, pense-t-il.

 


L'ex-président Ange-Félix Patassé. © Vincent Fournier/J.A.

L’ex-président Ange-Félix Patassé. © Vincent Fournier/J.A.

Mais tout bascule dans l’après-midi du 23. Issa Issaka, qui a reçu du renfort tant en hommes qu’en matériel – une vingtaine de pick-up équipés de redoutables mitrailleuses de 14,5 mm et dont la provenance exacte mériterait d’être identifiée -, reprend l’offensive en profitant de l’obscurité, qui rend impossible les attaques aériennes. Il balaie les Faca de Damara et progresse vers Bangui avant de se heurter, au niveau du PK 19, aux deux cent cinquante Sud-Africains basés à l’école de police. Bien armés, équipés d’appareils de vision nocturne, les « Sudafs », Noirs et Blancs confondus, se battront pendant près de neuf heures à un contre dix avant d’être submergés et de demander un cessez-le-feu. Bilan : 13 morts, 27 blessés et une quarantaine de prisonniers – qui seront rapidement rendus par la Séléka. Les rebelles ont perdu beaucoup plus d’hommes, mais le dernier obstacle qui les séparait de Bangui est désormais levé.

Baroud

Lorsque l’aube se lève sur la capitale, dimanche 24 mars, l’électricité est coupée et la population retient son souffle. Les éléments précurseurs de la « colonne Akoma », qui a avancé pratiquement sans encombre, sont en vue du palais de la Renaissance aux environs de 7 heures. Le bâtiment blanc érigé sous Bokassa, à l’intérieur duquel se trouve encore François Bozizé, est défendu par ce qui reste de la garde présidentielle, soit deux cents hommes environ sous les ordres du commandant Mbetibangui. Dans la hâte, alors que claquent les premiers coups de feu, le président fait traverser l’essentiel de sa famille (vingt-huit personnes au total, dont ses enfants Jean Francis, Djodjo, Socrate et Papy, ainsi que sa compagne, Marie-Madeleine Bafatoro) vers Zongo, de l’autre côté du fleuve Oubangui, en République démocratique du Congo. Épuisés, hagards, démunis, les membres du clan finiront par arriver deux jours plus tard à Kinshasa, où les autorités congolaises les logeront dans deux villas du quartier Ma Campagne. Il est 8 heures quand François Bozizé se résout enfin à fuir. Il était temps : trente minutes plus tard, sa garde déposait les armes après un sanglant baroud d’honneur. Direction le camp de Roux tout proche, où est stationné son hélicoptère de commandement Dauphin acheté d’occasion trois ans plus tôt en Italie (le palais de la Renaissance ne dispose pas d’aire de décollage).

Accompagné de ses fils Giscard et Franklin, ainsi que de son aide de camp, le lieutenant Vincent Ouaffounaba, celui qui n’est plus le président que pour une poignée d’heures donne l’ordre au pilote de se diriger vers Zongo tout proche avant de se raviser : il n’est pas sûr qu’il y soit le bienvenu. Cap à l’ouest, donc : un arrêt à Berengo, un second à Bayanga, où il dispose d’une résidence – le temps d’y réunir quelques moyens -, puis direction le Cameroun. À 18 h 30, l’hélicoptère se pose à Batouri, province de l’Est, où le sous-préfet a reçu pour consigne d’accueillir le fugitif avec tout le protocole nécessaire. Puis Bertoua et enfin Yaoundé par la route. Absent du pays pour cause de visite officielle en Turquie, Paul Biya a confié cet hôte quelque peu encombrant à la vigilance de son directeur de la sécurité présidentielle, le général Ivo Desancio Yenwo. En attendant son retour.

“Doctrine Hollande”

Pendant toute la durée de la crise, le contingent français basé à Bangui – 250 hommes, portés à 600 dès le lundi 25 mars – ne bougera pas, se contentant de sécuriser l’aéroport de M’Poko et les sites de regroupement des ressortissants européens, notamment celui des 17 Villas. François Bozizé, qui n’ignore pas que, en vertu de la « doctrine Hollande », l’ex-puissance coloniale n’interviendra pas en sa faveur, n’a d’ailleurs eu aucun échange, fût-ce téléphonique, avec l’ambassadeur Serge Mucetti – lequel s’est entretenu à deux reprises avec son aide de camp dans la journée du samedi 23 mars sans que ce dernier ne formule de demande précise : les temps ont décidément bien changé…* Il est vrai qu’en ce dimanche matin l’ambassadeur a d’autres préoccupations, plus urgentes. Avec l’effondrement du régime, le grand pillage de Bangui commence – et les expatriés ne sont pas épargnés. Un pillage d’anthologie de près de quatre jours, sans commune mesure avec celui qui, en mars 2003, avait suivi la prise du pouvoir par le général Bozizé, lequel y avait mis un terme par des exécutions publiques.

La mise à sac du centre de la capitale, ainsi que des quartiers résidentiels de Petevo, La Kouanga, 14 Villas, Sika 1, 2 et 3 et de tout ce qu’il est possible de piller, se déroule en deux vagues successives. La première, la plus féroce, est l’oeuvre des rebelles de la Séléka eux-mêmes. Sans commettre de violences physiques ni de destructions, mais sous la menace des armes, ces hommes – centrafricains, mais aussi militaires et supplétifs tchadiens ou soudanais – à qui l’on a donné carte blanche pour se payer sur la bête s’emparent des véhicules, de l’électroménager, du matériel hi-fi et exigent de fortes sommes d’argent. Les villas, les commerces et les hôtels appartenant aux dignitaires du régime déchu et à la famille présidentielle, préalablement désignés aux pillards par des petits « fixeurs » recrutés dans les quartiers, sont littéralement déménagés à bord de 4×4 et de camions volés qui prennent aussitôt la direction du nord. Mais pas seulement. Les résidences du général Essongo et de Pierre Moussa, le président de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), et celles des représentantes de l’UA et de l’ONU, les sièges d’ONG humanitaires, les opérateurs de téléphonie mobile, la succursale de la CFAO, le ministère des Affaires étrangères, l’École de la magistrature, les hôpitaux et les dispensaires sont scrupuleusement braqués. Le point d’orgue de cette folie est atteint lorsqu’une bande de rebelles pénètre dans la cathédrale en pleine célébration des Rameaux, interrompt la messe, rackette les fidèles, s’empare des véhicules stationnés au-dehors et lâche une rafale sur le presbytère.

Le nouvel homme fort, Michel Djotodia, qui a quelque mal à se faire entendre, siffle alors la fin de la récréation. Place à la seconde vague de pillages, celle des jeunes « godobés » désoeuvrés venus des quartiers miséreux de Bangui, des voyous libérés de prison, des chômeurs et des ventres vides. Ceux-là prennent les restes, tous les restes : meubles, rideaux, vêtements, conserves, boissons, ventilateurs, chaussures, carrelage, jouets… Miraculeusement, l’hôtel Ledger Plaza, oasis de luxe, d’eau courante et d’électricité dans cet océan de misère qu’est Bangui, est épargné. Son directeur belge a eu la présence d’esprit de l’offrir en quelque sorte aux chefs de la Séléka, Michel Djotodia en tête, qui y ont établi leurs quartiers. Nul ne sait encore s’ils honoreront leurs factures, mais l’essentiel est sauf.

Exfiltration

En cette fin de la dernière semaine de mars 2013, la capitale centrafricaine, où quelques centaines d’ex-rebelles se sont déjà reconvertis en gardiens rémunérés des villas qu’ils ont préalablement pillées (certains domiciles ont été dévalisés et saccagés jusqu’à sept fois en quarante-huit heures !), est calme mais exsangue. Au camp M’Poko, non loin de l’aéroport, sous la protection des blindés de la Fomac, les dignitaires de la « Bozizie » qui n’ont pas pu fuir à Zongo ou au Congo s’entassent avec leur famille dans l’attente d’une exfiltration, d’une normalisation ou tout simplement du moment opportun pour pouvoir retourner leur veste, puisque plus personne déjà, dans cette cour des miracles, ne croit en un retour de l’ancien chef de l’État. Il y a là les généraux Ouandié et Lapo, ex-chefs d’état-major des Faca, le président de l’Assemblée nationale, l’ex-Premier ministre Touadéra, une soeur et une nièce du président déchu, mais aussi Jean-Jacques Demafouth, qui n’était pourtant pas un proche de ce dernier. Ils ont pris la place du Premier ministre Nicolas Tiangaye, que la Fomac avait mis brièvement à l’abri pendant la « bataille de Bangui » et qui vient de reprendre du service au nom de la continuité des accords de Libreville. En homme lucide, celui-ci sait fort bien qu’il ne détient pour l’instant que la parcelle politiquement présentable d’un pouvoir en quête de légitimité. Le patron s’appelle désormais Michel Djotodia, et derrière lui se profile la volonté existentielle des populations musulmanes du Nord, ces Roungas, Goulas et Haoussas oubliés et marginalisés dont l’alliance (séléka, en sango) aura été mortelle pour François Bozizé. « On a le diamant et le pétrole chez nous et on nous traite comme des étrangers dans ce pays ! » nous confiait il y a peu l’un de leurs leaders, le Borno Mohamed Dhaffane, natif de Birao. Ils ont désormais le pouvoir.

Quant à François Bozizé, qu’aucun de ses pairs de la région n’a voulu prendre au téléphone depuis sa chute, il devait, au moment où ces lignes sont écrites, trouver refuge au Bénin. « Je l’y attends la Bible à la main », avait confié le président Boni Yayi à J.A. il y a deux mois. Le rendez-vous entre ces deux fervents chrétiens célestes était pris pour 2016, à l’issue de leurs mandats respectifs. Les voies de Dieu empruntent parfois des raccourcis…

* Cependant, selon une source très proche de l’intéressé, une demande d’asile (ou de protection) émanant du président Bozizé aurait été déposée par écrit auprès de l’ambassade de France le 24 à l’aube via l’un de ses gardes du corps. Trop tard, manifestement.

Par François Soudan et avec Georges Dougueli, à Yaoundé
Pour JA