Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 12/01/2012

Communiqué de solidarité de TPMN aux étudiants de l´ISERI

altDepuis quelques jours, l’ISERI est  agité par des manifestations estudiantines sur fond de contestation d’une décision  prise par les autorités de  transférer  les étudiants de cet institut à l’université d’Aioun nouvellement créée. La seule réponse que l’Etat a  apportée à ce mouvement purement syndical qui a tenté de convaincre la tutelle de l’inopportunité de cette décision prise à la va-vite,  fut de déployer les forces répressives dans les locaux de l’ISERI pour brutaliser les grévistes et briser  l’élan de revendication légitime.  Les forces de sécurité se sont acharnées sans ménagement  contre des  étudiants sans défense. Touche pas à ma nationalité condamne vivement cet usage disproportionné de la violence et apporte son soutien aux grévistes tout en les exhortant  à poursuivre leur mouvement jusqu’au  rétablissement de leurs droits. TPMN invite les autorités à arrêter le recours  à la force et à la désinformation politique   pour intimider les étudiants et déformer la réalité sur  les causes de cette grève. Cette décision de transférer des étudiants en pleine année universitaire est irréfléchie et contraire à toute pédagogie de l’excellence. La seule solution est de surseoir à cette mesure jusqu’à ce que les conditions soient propices au transfert des étudiants  de la capitale vers la nouvelle université. Cette énième maladresse des autorités dénote  une fois de plus d’une politique d’improvisation et de navigation à vue érigée en système. TPMN  suit de près cette grève, s’inquiète de ses conséquences et rend le pouvoir  seul responsable de cette situation.

 

Le mouvement TOUCHE PAS A MA NATIONALITÉ.

Quel label donner à notre industrie politique ?

altLa Mauritanie ne souffre pas d’un déficit de partis politiques. Elle en compte à Gogo. Cette profusion de formations n’a servi ni à enrichir le paysage politique national ni à améliorer le niveau du débat et provoquer un climat de décrispation générale, nécessaire pour donner du baume à la démocratie mauritanienne. L’un des signes toujours révélateur de cette distanciation entre les acteurs politiques est l’impossible dépassement des malentendus entre les leaders politiques, que ce soit au sein de l’opposition que dans le camp de la majorité.
C’est cette opposition transformée en adversité irréductible qui pollue l’atmosphère et banalise les professionnels de l’institution politique. Nos hommes politiques ne se voient que comme des belligérants qui n’ont rien à partager d’autre que des querelles de chapelles, des échanges d’insanité et des sempiternelles accusations. La fameuse formule anecdotique : « Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi » trouve ici toute sa signification. Il y a une sorte de débauche discursive causée par l’anarchie qui entache une industrie politique qui, loin de se donner un label plus professionnel, continue à tirer le produit vers le bas, en dévalorisant l’image de marque de la démocratie mauritanienne. C’est ce qui a maintes fois cantonné le système dans la médiocrité et pris en otage un modèle importé qui n’arrive pas à tenir la route. A chaque fois que la machine politique s’emballe, elle créé un climat délétère qui envenime les rapports entre les partis de l’opposition et ceux de la majorité. Depuis le début de l’ère démocratique dans le pays, les mêmes scénarii se sont répétés de façon étrange. La première période fut celle de la naissance des dissensions entre des forces dites de l’oppositions unies ou pas qui se sont disputées d’âpres batailles avec les partis de la majorité rangés du côté du pouvoir en place. Au fil des hostilités les rapports de forces finissent par basculer largement en faveur du Parti-Etat, un géant disposant des moyens publics pour écraser tout ce qui bouge. Ainsi, Taya est arrivé à réduire au silence ses adversaires sans se soucier de laisser une marge de manœuvre à la démocratie fondée sur un système d’alternance politique. Jusqu’au jour où un coup d’Etat dirigé par un ancien officier radié de l’armée fit irruption pour secouer le vieux colonel qui régna deux longues décennies à la tête du pays. Un autre officier de sa garde prétorienne n’a pas eu du mal à achever les prolongations d’un régime fragilisé. Les opposants à son régime n’auront joué alors aucun rôle pour faire chuter le dictateur déguisé en démocrate. Une deuxième période politique située entre –deux – alternances courtes se mit à recomposer les lambeaux du vieux paysage démocratique sans aboutir à donner les contours à la refondation d’un système alternatif crédible qui allait sortir le pays des zones de turbulence. C’est dans ce contexte que la courte parenthèse de Sidi Ould Cheikh Abdallahi où les lignes commençaient à se dessiner que tout retomba comme un château de cartes. Les partis politiques sont tous renvoyés à la promenade avant de se lancer de nouveau dans la reconquête d’un pouvoir sous la sentinelle de la grande muette. La démocratie se fourvoie dans une nouvelle crise de confiance entre des acteurs politiques englués dans les vieux discours qui n’ont d’autres armes que leurs lourdes ganaches pour continuer à entretenir le peuple d’une énième parodie qui attendra son timing pour faire tomber les rideaux sur la partie.

Cheikh Tidiane Dia -le Rénovateur.

Les élections municipales et législatives auront lieu a partir du 31 mars 2012(officiel)

altLes élections municipales et législatives seront organisées à partir du 31 mars prochain, a révélé à l’ANI une source officielle. Cette même source a affirmé que tous les textes juridiques issus des recommandations du dialogue politique pouvoir-opposition relatifs à l’organisation de ces élections seront complets avant la date des élections. En outre, cette source a estimé que la désignation de la CENI se fera en janvier courant, avant d’ajouter que le gouvernement tient à organiser ces échéances avant la prochaine session parlementaire qui devra s’ouvrir le 1er avril.
La session parlementaire actuelle a été prorogée jusqu’à mai 2012.

ANI

L’IRA ira à Sorimalé: Pèlerinage dans la vallée des larmes

altAprès le pèlerinage d’Inal, le 27 et 29 novembre, le président de l’IRA-Mauritanie, Biram Ould Dah Ould Abeid, a décidé de se rendre à Sorimalé, le 28 novembre 2012. Objectif: se recueillir sur la fosse commune de ce paisible village fortement traumatisé, lors des fameux évènements de 89-91. Situé en bordure du fleuve Sénégal – un crime, à l’époque – ce village, peuplé de cultivateurs, de pêcheurs et d’éleveurs a payé un très lourd tribut à sa situation géographique.
Sorimalé a obtenu sa triste et amère célébrité, avec deux évènements choquants: la découverte d’une fosse commune où étaient enterrés plusieurs de ses ressortissants – voir «Mauritanie Nouvelles» n° 10, en date du 21 mars 1992 – et l’assassinant, dans la nuit du 22 au 23 août 1992, d’un commerçant maure installé, dans la localité, depuis 1988.

Assassinés froidement


Les populations de Sorimalé ont subi, de plein fouet, les conséquences des évènements de 1989. Comme nombre de villages situé sur la rive du fleuve, Sorimalé s’est vu flanqué d’un poste de police dont la principale mission était de surveiller les va-et-vient à travers le fleuve, avec, à la clef, droit de rançon des populations. Pour traverser, ne fût-ce que pour des condoléances, chacun devait s’acquitter de 100 à 200 UM. Pour les commerçants, la taxe variait selon la quantité et la valeur en transit. Ambiance également variable, au gré des mutations des policiers et des arrestations plus ou moins arbitraires. Sorimalé et les villages voisins, situés un plus loin de la rive, s’accommodèrent, difficilement, des humeurs des commissaires et des commandants de brigade qui se succédèrent à M’Bagne, durant cette période.
Cette situation, pesante mais, tout de même, vivable, dura jusqu’à l’intrusion, dans la zone, d’hommes armés, travaillant officiellement, dans la coupe du bois, mais chargés, manifestement, de beaucoup plus basses besognes, sous la protection de l’administration et des forces de sécurité. Cette sorte de milice para-militaire circulait à sa guise, tandis que les populations locales n’osaient même plus se rendre dans leurs champs, à certaines heures de la journée. Ceux qui avaient le malheur de s’aventurer à peine hors de leur village risquaient, tout simplement, d’être abattus. C’est ce qui est, hélas, arrivé, le 18 mars 1990, à Samba Dioulé Dia, Abou Mamadou et Diallo Thierno Moctar, partis à la recherche de leurs animaux. Tirés comme des lapins, à en croire les sources dignes de foi, par la bande armée qui écumait la forêt dite de Diakal, au nord-ouest de Sorimalé. Leurs corps seront découverts dans une fosse commune, deux ans plus tard. La presse indépendante se déplaça sur les lieux et Sorimalé, village martyr, fût placé sous les feux de l’actualité. Le permanent du CMSN de l’époque, le docteur N’Diaye Kane fut dépêché sur les lieux, sans suites.
A ces personnes froidement assassinées, il faut ajouter Amadou Harouna Thiongane. Cet homme, très connu, dans la zone, pour sa jovialité et sa courtoisie fut abattu par des éléments de la Garde qui avaient remplacé les policiers. Presque tous analphabètes, ces nouveaux-venus se sont livrés à toutes sortes d’exactions: interdire les cérémonies de famille et la surveillance de champs, poussant, même, le culot à prohiber la lumière dans les maisons, la nuit, et à obliger les gens à leur apporter des moutons, pour leur alimentation.
Thiongane Amadou a été arrêté, de nuit, au bord du fleuve: c’était un crime. Les gardes l’ont accusé de venir de l’autre côté du fleuve et de servir de vaguemestre pour les mauritaniens de la diaspora. Autrement dit, de convoyer l’argent que la diaspora envoyait aux familles restées au pays. Les villageois ont déclaré avoir entendu les gardes le battre à coups de crosses et de ceinturons, en traversant la ville, pour l’achever hors du village. Que Dieu accorde justice et repos à ces hommes lâchement assassinés par des forces dites de sécurité ou des sbires à leur solde.

Prétexte tout trouvé


Dans la nuit du 22 au 23 août 1992, Sidi Ould Soueid est attaqué par des hommes armés. Criblé de balles, il meurt, peu après son évacuation vers Kaédi, via M’Bagne. Alerté, Isselmou, le commandant de brigade de M’Bagne, se rend à Sorimalé et entame l’enquête, avant d’en être dessaisi par les fusiliers marins installés à Bababé, venus, en force, sous le commandement de Sidi Mohamed Ould El Vaida. Selon Isselmou, rencontré, à M’Bagne, le jour même de son limogeage, les assaillants étaient venus du Sénégal et il s’agissait d’un règlement de compte.
Mais, pour les fusiliers marins, le commerçant avait été tué par les jeunes du village où il tenait boutique, depuis 1988. Comme on dit, dans la vallée: «un chameau ne meurt jamais naturellement, près des champs, il est toujours abattu par les cultivateurs locaux». Sitôt arrivés, les fusiliers marins placèrent le village en état de siège, durant trois jours. Personne ne sort, personne ne rentre, sauf les animaux. Presque tous les hommes valides furent conduits au poste, installé à l’école du village. Tortures, bastonnades, humiliations… tout y passa. C’est des suites de ces exactions que Dia Hamatt Atoumané, un grand notable du village, décèdera. Une mort atroce qui a suscité une vive polémique, entre l’UFD de l’époque et le PRDS naissant. Pour les premiers, c’était le chef de village qui avait été tué, pour les seconds, c’était son frère. Venues pour les condoléances, les populations des villages voisins furent soumises à des enquêtes et intimidations.
Au terme de leurs interrogatoires musclés, les fusiliers marins retinrent onze personnes au poste: Diop Kalidou Penda Dikel, logeur du commerçant; Astel Mairam, son épouse; Dia Demba Atoumané, chef de village; Anne Ali Maya, adjudant de la Garde à la retraite; Sarr Ousmane Thierno, garde à la retraite; Sarr Alassane Dama, Niass Yaya, Sow Abou Mairam, Hamidou M’Bodj, Diop Ismail Demba et Tall Malick. Quatre seront déférées au Parquet d’Aleg: Niass Yaya, Hamidou Bodj, Diop Ismaila Demba seront relaxés, quelques mois plus tard, tandis qu’Alassane Dama Sarr croupit, en ce début d’année 2012 encore, en prison à Aleg.
Malgré le déploiement en force des fusiliers marins et du déplacement, sur les lieux, du commandant de la 5ème région militaire (Aleg), l’enquête n’a pas permis d’élucider le meurtre. Les populations du village à qui l’on fit porter le chapeau gardent le sentiment d’avoir été victimes d’une expédition punitive de l’administration et des fusiliers marins de Bababé. Les douilles, trouvées sur les lieux du crime, n’ont pas l’objet d’analyse poussée. Mais, selon diverses informations concordantes, elles proviendraient d’armes de guerre détenues par les forces de sécurité ou les bandes qu’elles armèrent. Craignant d’être emprisonné voire exécuté sans autre forme de procès, personne de la vallée n’osait détenir une arme à feu, pas même un mousquet traditionnel. Beaucoup s’étaient débarrassés de leur fusil, pour ne pas s’attirer des ennuis. Seuls les expulsés de l’époque, qui organisaient des raids en Mauritanie, pour récupérer leur bétail spolié, utilisaient des armes à feu.
Le pèlerinage qu’IRA Mauritanie et les organisations de défense des droits de l’Homme vont effectuer à Sorimalé, en novembre prochain, constitue une importante consolation, faute de réparations, pour des citoyens qui se sont sentis, pendant les évènements 89/92, comme n’étant pas des mauritaniens. Comble de cruelle ironie, le poste de police, installé, à Sorimalé, après les gendarmes et les gardes, continue, aujourd’hui encore, à racketter les populations amenées, pour des raisons diverses, à traverser le fleuve Sénégal qui ne constitua jamais, avant ces évènements, une frontière. Pour traverser le fleuve, les gens de ce village et des localités voisines, traumatisés par les exactions qu’ils ont subies, se résignent à payer octroi. Des montants qui ne sont, bien évidemment, jamais reversés dans les caisses de l’Etat.
Espérons, en tout cas, que le pouvoir ne fera pas obstacle à ce pèlerinage censé lever, un tout petit peu, le coin du voile, encore opaque, sur ce qui s’est passé dans cette vallée des larmes.


DL- LE CALAME

Le dernier fondateur : Mamoudou Samba Boly BA (1920-2012)

altLe dernier fondateur s’en est allé. Longtemps opposant, il fera partie de l’équipe des fondateurs puis sera une victime collatérale des événements de 1966, avant de se retirer de la vie politique. Nous avons eu le privilège de le côtoyer, de travailler avec lui en coulisse et de recueillir ses confidences pour nos recherches et sa biographie. Mais au fond, que sait-on de cet homme qui fut  grand témoin de l’histoire de notre pays ?

 

Né en réalité le 8 janvier 1920, Mamoudou Samba Boly Ba a effectué sa scolarité à l’école élémentaire de Kaédi avant de rejoindre l’école supérieure Blanchot à Saint-Louis pour des études secondaires puis l’École Normale des Instituteurs de Sébikotane au Sénégal.

 

 Il n’eut guère le temps d’exercer cette fonction, car il fut aussitôt enrôlé dans l’armée coloniale avec son ami de toujours le Professeur Assane Seck (Ministre à plusieurs reprises sous le régime socialiste) jusqu’en 1946. Une amitié qui remonte à leur scolarité à l’école Blanchot. L’homme s’est donc forgé dans le vrai sens du terme et son itinéraire présageait un avenir politique significatif pour son pays d’origine.

 

À la fin de la grande guerre, il rejoint Dakar, siège du gouvernement de l’Afrique de l’Ouest, entre dans l’administration coloniale en qualité de cadre au cabinet du Haut Commissaire, puis à la Mairie de Dakar, avant d’être affecté à la direction des Finances à Saint-Louis. Cette affectation prend l’allure d’une « sanction » que seule l’analyse historique nous permettra de démêler. Elle mérite d’être étudiée pour mieux comprendre les enjeux et les fondements des décisions que l’homme allait prendre par la suite. En attendant déclinons quelques éléments d’appréciation de son engagement politique.

 

Opposant, il choisira sa vraie patrie : 1948-1957

 

Son retour coïncide avec un moment où se joue le destin du futur territoire la Mauritanie : l’élection en 1946 à l’Assemblée nationale française du futur représentant de la Mauritanie. Il intègre dans cette perspective une association d’anciens élèves des écoles coloniales, sortants pour la plupart de William Ponty, tous originaires de la vallée, deux rives confondues pour « créer un climat familial ». C’est le point de départ de son engagement politique qui le situera d’entrée dans l’opposition.

 

En effet, membre de l’Union Générale des Originaires de la Vallée du Fleuve (UGOVAF), il contribuera avec d’autres à faire évoluer à partir de 1947 cette organisation vers la défense des intérêts de la communauté noire en territoire de Mauritanie. C’est ainsi que lors du renouvellement de ses instances en 1948, se dégageront deux tendances, dont une incarnée par les « futurs mauritaniens » qui finiront par la quitter pour créer l’Entente Mauritanienne. C’est en compagnie de Samba Gandéga, avec qui il vient de quitter l’UGOVAF, qu’il rejoindra un groupe de Mauritaniens (NDiawar Sarr, Diéri Sidibé, Dey Ould Sidi Baba…) pour fonder en 1950 l’Entente Mauritanienne, présidée par Horma Ould Babana. Ce parti, qui n’avait pas les faveurs de l’administration coloniale, participera aux élections législatives de juin 1951 et janvier 1956 contre l’Union Progressiste Mauritanienne (UPM) de Sidi El Mokhtar NDiaye puis de Mokhtar Ould Daddah qui en prendra les commandes avec la bénédiction de la puissance coloniale. L’Entente perdra, bien sûr, ces élections.

 

Après sa défaite de janvier 1956, Horma Ould Babana s’en va de l’Entente, rejoint le Maroc et s’aligne sur les positions du parti marocain de l’Istiqlal puis officielles du Maroc qui avait des visées territoriales sur la Mauritanie. Mamoudou Samba Boly Ba pour sa part, quitte l’Entente et fonde le Bloc Démocratique du Gorgol (BDG) à Kaédi en 1956.  

 

Ce petit parti, sensible aux idées fédéralistes de Senghor, serait-il un des ancêtres de la mouvance négro–africaine actuelle ? Toujours est-il que, son fondateur ne sera que toléré dans la mouvance gouvernementale.

 

Expérience gouvernementale et parlementaire : 1959-1966

 

altFort de ses expériences successives à l’UGOVAF et à l’Entente puis de son ancrage au BDG, c’est en poids lourd qu’il arrive au Congrès d’Aleg, tenu du 2 au 5 mai 1958. Mokhtar Ould Daddah l’a bien compris, qui l’invita au dépassement des clivages pour la mise en place d’un regroupement des forces politiques au sein du Parti du Regroupement Mauritanien (PRM). Le PRM deviendra le Parti du Peuple Mauritanien (PPM – parti unique) qui dirigera notre pays jusqu’au coup d’État militaire du 10 juillet 1978.

 

À l’issue de ce congrès, la Mauritanie s’est dotée d’une Constitution dite du 22 mars 1959 et d’un deuxième gouvernement (de dix membres) dans lequel il fera son entrée pur occuper le portefeuille de l’Urbanisme et l’Habitat aux côtés d’Amadou Diadié Samba Diom Ba, seul Noir membre du premier Conseil de Gouvernement (qui en comptait cinq) et qui l’a parrainé : La cooptation et l’entrée de Dey Ould Sidi Baba, transfuge lui aussi de l’Entente Mauritanienne, dans le Conseil de Gouvernement furent ainsi compensées. Dey Ould Sidi Baba finit malgré tout par rejoindre Horma ould Babana au Maroc. Il deviendra Président de l’Assemblée Nationale Chérifienne.

 

Le 29 septembre 1961, avec la mise en place du troisième gouvernement (onze membres) qui a vu l’entrée du Docteur Bocar Alpha Ba comme Ministre de la Santé, Mamoudou Samba Boly est nommé Ministre des Finances. Il deviendra plus tard Président de l’Assemblée Nationale.

 

Parenthèse brutale d’une carrière politique : 1966

 

La création du PRM n’a pas dissipé pour autant les revendications des Noirs. Celles-ci passeront même de la représentativité proportionnelle à la remise en cause de la cohabitation.

 

Ainsi, en 1963, des dizaines de cadres Noirs, déçus de la suite réservée aux résolutions du Congrès d’Aleg et regroupés au sein de l’Union Générale des Originaires de la Mauritanie du Sud (UGOMS) expriment ceci, dans un document remis à Mokhtar Ould Daddah, Chef de l’Etat : « Nous ressortissants de la Mauritanie noire, adjurons le Congrès, le Parlement et le Chef de l’Etat de réviser immédiatement les structures de l’Etat, dans un sens Fédéral pour répondre à la volonté du pays ».

 

Dans le sillage de l’UGOMS, en février 1966, 19 cadres noirs (dont ses proches par la parenté) rédigent et publient le Manifeste dit des 19 dans lequel, ils dénoncent comme l’UGOMS la place réservée à leur communauté, tirent la sonnette d’alarme et demandent une meilleure répartition des pouvoirs. La sortie de ce Manifeste provoqua une guerre civile.

 

Mamoudou Samba Boly Ba prit sur lui l’initiative d’aller voir Mokhtar Ould Daddah  pour lui demander que les inquiétudes exprimées par les jeunes cadres puissent être entendues et prises en charge. Mais, Mokhtar Ould Daddah, qui le soupçonnait d’être en intelligence avec certains auteurs de ce Manifeste et qui n’a rien oublié à la fois de son passé d’opposant et de son penchant pour la création d’un État Fédéral, le démit de sa fonction de Président de l’Assemblée Nationale et le muta à Chinguetti comme Chef de Subdivision, sous les ordres de quelqu’un qu’il est amené à former.

 

Un communiqué laconique du Bureau Politique National (BPN) du parti unique, à l’issue de sa réunion du 21 février 1966, tente de maquiller cette éviction en ces termes : « le BNP constate la démission en blanc de Ba Mamoudou Samba Boly qui, n’étant plus Député, cesse d’être Président de l’Assemblée Nationale ». Quelques semaines plus tard, il sera mis fin à la fonction ministérielle (Développement) d’Elimane Kane. C’est la fin d’une carrière politique et le début d’une autre : les affaires. Mais la politique n’était jamais loin pour ce symbole respecté.

 

Avec son benjamin Bocar Alpha Ba, il a repris avec succès les établissements Lacombe et a créé la Société Mauritanienne du Bâtiment (Somabat) offrant ainsi des emplois à des dizaines de personnes. La gestion très sociale de ces entreprises a permis à de nombreuses familles de vivre dignement et à des jeunes d’avoir un métier.

 

Mythe et mérite

 

Le nom et l’image de Mamoudou Samba Boly Ba restent associés à la fondation de la Mauritanie et au Congrès d’Aleg. L’opinion publique Fuutanke, noire de façon générale traumatisée et qui avait besoin de fabriquer des héros historiques ou de trouver un bouc émissaire, parle de lui comme l’homme qui a refusé d’assumer la fonction de Président de la République qui lui était tout naturellement accessible, ouverte, donc comme responsable de la « souffrance de sa communauté ». En réalité, il n’en est rien.

 

Il est indispensable d’interroger l’histoire pour mieux saisir toutes les subtilités qui alimentent cette mise à l’écart et les supputations qui en découlent. Les enjeux et les intrigues, qu’elles alimentent pour les positionnements dans une Mauritanie encore fragile, en sont pour quelque chose. En tout cas ce qui est sûr c’est que Mamoudou Samboly Ba ne peut être soupçonné de manque de patriotisme car quand le bruit de la défection de Horma Ould Babana commença à circuler, il n’hésita pas à dire à son désormais ex-camarade qu’il leur était impossible de continuer à le soutenir si son option pour rejoindre le Maroc au détriment de l’indépendance de la Mauritanie s’avère. Il est d’ailleurs aberrant de continuer à penser à cette éventualité dans la mesure où déjà dans les années 1950 quand Mamoudou Samboly Ba rencontre Mokhtar Ould Daddah, sur la demande de ce dernier, à Saint-Louis, le destin du «père de la nation» était déjà scellé. Dans son témoignage d’autres éléments permettront d’apprécier à sa juste valeur ce qui s’est passé au moment de sa mise à l’écart. De toute façon, l’administration coloniale avait choisi son homme, Mokhtar ould Daddah, et le pouvoir devait échoir à ce dernier comme si c’était naturel. 

 

La longévité de Mamoudou Samba Boly et son silence ont fini par créer un mythe. Dès 1985, nous avions engagé un travail d’approche, poursuivi sous une autre forme une fois en exil. L’un des coauteurs de ce témoignage, Abderrahmane Ngaïdé « Bassel », sur la demande pressante de notre Professeur Abdoulaye Bathily, avait entrepris des entretiens avec l’homme en juin 2008. Des circonstances particulières ont stoppé ces entretiens et d’autres en retardent la production. Notre grand témoin rompra le silence une nouvelle fois en 2010, lors de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance nationale. Cette «confession» consignée sera publiée très prochainement dans un cadre scientifique. Il prend sur lui l’engagement ferme de réaliser ce début de travail historique que la génération d’historiens d’aujourd’hui doit entreprendre de manière impérative. L’objectif est de réaliser un livre d’entretiens avec le premier président de l’Assemblée Nationale mauritanienne.

 

Cet inlassable combattant, lutta de toutes ses forces pour empêcher la déportation en  1989 de nombreuses familles. Il a permis la restitution des biens confisqués de plusieurs autres. Ces évènements l’ont meurtri au point qu’il n’a pas hésité la même année, à sillonner avec d’autres, dont feux Aboubakry Kalidou Ba et Baba Gallé Wone la sous-région ouest africaine pour tenter de mettre fin à ce qui représentait à ses yeux une véritable catastrophe. Ils eurent la sagesse de nous y associer, ainsi que certains de nos camarades en exil forcé. C’est donc un des derniers témoins de la construction de notre pays, au parcours atypique qui disparait. Sa mémoire – comme celles de tous les fondateurs – mérite d’être partagée, sauvegardée. Il importe pour cela que la jeunesse s’intéresse à ceux encore vivants qui peuvent témoigner sur le parcours d’hommes qui, par leur position et leur courage, ont vécu sous l’ombre de l’anonymat. Mamoudou Samboly Ba fait partie de ces hommes. Il est parti après avoir traversé presque un siècle, emportant avec lui des souvenirs inestimables. Aujourd’hui, les enregistrements en possession d’Abderrahmane Ngaïdé seront exploités, dans les limites qu’exige la déontologie du chercheur, pour commémorer ce patriote que l’histoire mauritanienne doit célébrer.

 

Sur un plan symbolique, il serait presque exigé du patron de la Communauté Urbaine de Nouakchott, associé aux autorités centrales, de lui consacrer une artère à son nom, à l’instar de son alter égo Mokhtar Ould Daddah. Ce serait un hommage bien mérité pour un grand patriote, membre fondateur de la nation mauritanienne.

 

Réhabiliter toutes les figures historiques nationales, serait non seulement reconnaître leur mérite, mais inscrire dans notre mémoire collective le souvenir d’hommes et de femmes qui ont participé à la proclamation de notre souveraineté nationale à un moment crucial de notre histoire.

 

Que son âme repose en paix dans cette terre qui l’a vu naître et pour laquelle il s’est tant dépensé. Amine.

 

Boubacar DIAGANA, Ciré BA & Abderrahmane NGAÏDÉ