Quel label donner à notre industrie politique ?
La Mauritanie ne souffre pas d’un déficit de partis politiques. Elle en compte à Gogo. Cette profusion de formations n’a servi ni à enrichir le paysage politique national ni à améliorer le niveau du débat et provoquer un climat de décrispation générale, nécessaire pour donner du baume à la démocratie mauritanienne. L’un des signes toujours révélateur de cette distanciation entre les acteurs politiques est l’impossible dépassement des malentendus entre les leaders politiques, que ce soit au sein de l’opposition que dans le camp de la majorité.
C’est cette opposition transformée en adversité irréductible qui pollue l’atmosphère et banalise les professionnels de l’institution politique. Nos hommes politiques ne se voient que comme des belligérants qui n’ont rien à partager d’autre que des querelles de chapelles, des échanges d’insanité et des sempiternelles accusations. La fameuse formule anecdotique : « Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi » trouve ici toute sa signification. Il y a une sorte de débauche discursive causée par l’anarchie qui entache une industrie politique qui, loin de se donner un label plus professionnel, continue à tirer le produit vers le bas, en dévalorisant l’image de marque de la démocratie mauritanienne. C’est ce qui a maintes fois cantonné le système dans la médiocrité et pris en otage un modèle importé qui n’arrive pas à tenir la route. A chaque fois que la machine politique s’emballe, elle créé un climat délétère qui envenime les rapports entre les partis de l’opposition et ceux de la majorité. Depuis le début de l’ère démocratique dans le pays, les mêmes scénarii se sont répétés de façon étrange. La première période fut celle de la naissance des dissensions entre des forces dites de l’oppositions unies ou pas qui se sont disputées d’âpres batailles avec les partis de la majorité rangés du côté du pouvoir en place. Au fil des hostilités les rapports de forces finissent par basculer largement en faveur du Parti-Etat, un géant disposant des moyens publics pour écraser tout ce qui bouge. Ainsi, Taya est arrivé à réduire au silence ses adversaires sans se soucier de laisser une marge de manœuvre à la démocratie fondée sur un système d’alternance politique. Jusqu’au jour où un coup d’Etat dirigé par un ancien officier radié de l’armée fit irruption pour secouer le vieux colonel qui régna deux longues décennies à la tête du pays. Un autre officier de sa garde prétorienne n’a pas eu du mal à achever les prolongations d’un régime fragilisé. Les opposants à son régime n’auront joué alors aucun rôle pour faire chuter le dictateur déguisé en démocrate. Une deuxième période politique située entre –deux – alternances courtes se mit à recomposer les lambeaux du vieux paysage démocratique sans aboutir à donner les contours à la refondation d’un système alternatif crédible qui allait sortir le pays des zones de turbulence. C’est dans ce contexte que la courte parenthèse de Sidi Ould Cheikh Abdallahi où les lignes commençaient à se dessiner que tout retomba comme un château de cartes. Les partis politiques sont tous renvoyés à la promenade avant de se lancer de nouveau dans la reconquête d’un pouvoir sous la sentinelle de la grande muette. La démocratie se fourvoie dans une nouvelle crise de confiance entre des acteurs politiques englués dans les vieux discours qui n’ont d’autres armes que leurs lourdes ganaches pour continuer à entretenir le peuple d’une énième parodie qui attendra son timing pour faire tomber les rideaux sur la partie.
Cheikh Tidiane Dia -le Rénovateur.




