Daily Archives: 12/12/2011
Alioune Tine au colloque sur la Justice Transitionnelle : « Ce que nous demandons aux pouvoirs publics c’est de l’audace, pas de demi-mesure ».
Chose promise, chose due ! Les temps forts de la première journée du colloque sur la justice transitionnelle et réconciliation nationale ont été marqués par deux interventions, celle de l’avocat Me Mine Ould Abdoullah, président de la Colalition Mauritanienne « PCQVP » intitulé : Le contexte de la justice transitionnelle, justice en Mauritanie : « les initiatives menées dans ce sens par le Gouvernement mauritanien sont-elles conformes aux recommandations de la commission africaine pour la justice » ? Ce brillant et pertinent exposé a été suivi d’un débat des participants. Nous vous livrons les propos du président de la Raddho sénégalaise, M. Alioune Tine.
« Notre point faible en Afrique c’est que nous n’avons pas encore pris conscience et pas encore entrés dans ce qu’on appelle la mondialisation de la lutte contre l’impunité. Une mondialisation de la lutte contre l’impunité qui fait qu’aujourd’hui, étant en dehors, marginalisés, nous sommes les premiers fournisseurs de coupables d’auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, à la cour pénale internationale. Parce que l’actualité récente nous le rappelle. Effectivement si aujourd’hui on ne parle pas de la Mauritanie, c’est parce que c’est dans les années 1982-1990 avant l’adoption du traité de Rome sur la Cour Pénale Internationale. Avec Open Society Justice Initiative nous avons pu faire un travail de lobbying au Conseil de Sécurité des Nations Unies, ce qui avait abouti à l’arrestation de Charles Taylor. mais dans le bureau au moment où Julia était à New York, elle avait beaucoup travaillé avec Kenwood.
Concernant la Mauritanie, -il faut reconnaître quand même- qu’il y’a des progrès que je dirais même exceptionnels en matière de droits humains, pour quelqu’un qui a vécu les années de plombs ici en Mauritanie. Je me rappelle nous avons invité Pr Cheikh Saad Bouh Kamara à Dakar-je dirais bien à Dakar- pour dire les pressions exercées à l’époque sur notre propre gouvernement au Sénégal, de nous faire un exposé sur l’esclavage. Quand il a quitté à son hôtel, les services de sécurité du Sénégal l’ont pris, extrait de son hôtel et mis dans le premier avion pour sortir et il était interdit de séjour au Sénégal. C’était Youssoufa N’Diaye qui était président de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et président du Comité sénégalais des Droits de l’Homme vers lequel je me suis adressé pour dire que c’est inadmissible. Et c’était sous Abdou Diouf et ce n’était pas n’importe qui ! Aujourd’hui, quand nous voyons Chekh Saad Bouh, Me Mine Ould Abdoullah, Bamariam Koïta, Boubacar Ould Messaoud, côte à côte, c’est extraordinaire de tous les points de vue. Donc, il y’a un véritable shift. Et le discours de Bamariam Koïta est également un discours encourageant. Mais, et c’est là où c’est important, je pense que la communication exceptionnelle de Me Mine Ould Abdoullah sur l’expérience du Maroc nous dépeint une expérience lettres mortes. L’expérience effectivement que nous connaissons de l’Afrique du Sud nous dépeint des expériences, plus ou moins réussies. Et qui étaient peut-être dans des situations beaucoup plus difficiles. L’Afrique du Sud c’était beaucoup plus difficile que la Mauritanie, ce n’est même pas comparable ! Comment ils ont fait pour réussir ? On peut le faire en Mauritanie. Donc ce que nous demandons aux pouvoirs publics c’est de l’audace, pas de demi-mesure. Concrètement moi je pense que c’est extrêmement important, il faut quitter ici avec des recommandations concrètes, palpables qui ne soient des choses qu’on met dans les tiroirs. Je pense que les recommandations qui doivent sortir ici, doivent permettre la création d’un mécanisme. C’est-à-dire un mécanisme qui est chargé de promouvoir les recommandations. Et dans ce mécanisme, il faut la société civile, les parlementaires, les forces de sécurité là-dedans et c’est exceptionnel. C’est très bien que les forces de sécurité soient là et écoutent, il faut aussi les juristes. Et une fois qu’il y’a toutes les recommandations, ce groupe sera chargé d’aller voir les pouvoirs publics, de discuter avec eux, de mener une campagne de sensibilisation pour que les recommandations soient appliquées. Parce que la commission vérité-réconciliation est indispensable pour la cohésion nationale et pour une réconciliation définitive afin de tourner définitivement cette page. Franchement il faut qu’on soit concret ! Je vous remercie ».
Compte rendu Moussa Diop-QDN
Editorial de La Nouvelle Expression : Inal, la honte
Inal. 420 km parcourus en 26 heures. Inal, c’est l’un des sinistres et tristes symboles de notre macabre histoire récente. Un endroit où des Mauritaniens ont torturé et tué d’autres Mauritaniens. Froidement. Ce laboratoire (parmi tant d’autres) de sadisme et de bestialité du régime du colonel Taya a été rasé, comme si on voulait faire disparaitre toute trace liée à cette horreur. A la place de cette base militaire tristement célèbre, il y a maintenant un terrain de football !
Quelle cruauté ! Le camp de la mort et ses cimetières transformés un terrain de jeu. Et cela en terre musulmane ! Non, on ne peut le croire ; et c’est bien pourquoi la découverte a été bouleversante, voire émouvante pour ceux qui avaient participé au pèlerinage du 28 novembre passé.
Qui l’aurait pensé ; qui aurait pu penser que la complicité des autorités pouvait atteindre un tel niveau de cynisme, ces autorités qui clament pourtant partout qu’elles ont réglé le passif humanitaire.
Malheureusement pour ce pouvoir, sa volonté de couvrir les présumés coupables a ponctué tout le parcours du convoi vers Inal. Sans doute sa manière, à lui le pouvoir, de continuer à entretenir l’amalgame autour de cette sombre et sanglante affaire dont les auteurs sont connus.
Tout au long du parcours, les éléments du Général N’Diaga Dieng (Gendarmerie nationale) et son collègue Mesgharou (Groupement de la sécurité routière) ont montré combien ils savaient s’acquitter de « leur mission », non pas celle de sécuriser le convoi, mais plutôt saper le moral des participants au pèlerinage d’Inal, en multipliant les intimidations et les bâtons dans les roues. Mais l’endurance et la détermination des pèlerins ont fini par gagner.
Les veuves, les orphelins et autres rescapés ont foulé la terre d’Inal aux cris de « Laa ilaa Illallaah !! » « Allahou akbar !! ». Des larmes ont été versées, des larmes pour une Mauritanie juste. Des larmes pour la justice. Des larmes contre l’oubli et l’impunité. Des larmes contre la haine et la vengeance. Des larmes d’un possible pardon après la compréhension de ce qui s’est passé et à la condition que les auteurs reconnaissent la gravité de leur actes…
En pleurs, une femme exhibe une carte professionnelle d’une victime militaire : « C’est mon frère, il a été tué ici. Si l’auteur veut qu’on le pardonne, qu’il se dévoile et qu’il en fasse la demande ! ».
La scène était indescriptible. La symbolique a été accomplie par une prière sur le probable endroit des fosses communes, dans une république islamique. Cette symbolique doit être une préoccupation de tous au service d’une Mauritanie juste et de justice.
Les auteurs des actes inqualifiables devront avoir le courage de demander pardon pour le bien de la Mauritanie et de la cohésion entre ses communautés. Regretter et reconnaitre des actes ignobles est un acte citoyen et courageux de nature à contribuer à la paix sociale. Continuer à nier des faits avérés, c’est persister dans l’insulte de la conscience collective des Mauritaniens et ne contribuerait qu’à entretenir la haine. L’impunité dont jouissent les coupables jusqu’ici joue contre une Mauritanie juste et unitaire pour un destin commun.
Seydi Moussa Camara- La Nouvelle Expression




