Editorial de La Nouvelle Expression : Inal, la honte
Inal. 420 km parcourus en 26 heures. Inal, c’est l’un des sinistres et tristes symboles de notre macabre histoire récente. Un endroit où des Mauritaniens ont torturé et tué d’autres Mauritaniens. Froidement. Ce laboratoire (parmi tant d’autres) de sadisme et de bestialité du régime du colonel Taya a été rasé, comme si on voulait faire disparaitre toute trace liée à cette horreur. A la place de cette base militaire tristement célèbre, il y a maintenant un terrain de football !
Quelle cruauté ! Le camp de la mort et ses cimetières transformés un terrain de jeu. Et cela en terre musulmane ! Non, on ne peut le croire ; et c’est bien pourquoi la découverte a été bouleversante, voire émouvante pour ceux qui avaient participé au pèlerinage du 28 novembre passé.
Qui l’aurait pensé ; qui aurait pu penser que la complicité des autorités pouvait atteindre un tel niveau de cynisme, ces autorités qui clament pourtant partout qu’elles ont réglé le passif humanitaire.
Malheureusement pour ce pouvoir, sa volonté de couvrir les présumés coupables a ponctué tout le parcours du convoi vers Inal. Sans doute sa manière, à lui le pouvoir, de continuer à entretenir l’amalgame autour de cette sombre et sanglante affaire dont les auteurs sont connus.
Tout au long du parcours, les éléments du Général N’Diaga Dieng (Gendarmerie nationale) et son collègue Mesgharou (Groupement de la sécurité routière) ont montré combien ils savaient s’acquitter de « leur mission », non pas celle de sécuriser le convoi, mais plutôt saper le moral des participants au pèlerinage d’Inal, en multipliant les intimidations et les bâtons dans les roues. Mais l’endurance et la détermination des pèlerins ont fini par gagner.
Les veuves, les orphelins et autres rescapés ont foulé la terre d’Inal aux cris de « Laa ilaa Illallaah !! » « Allahou akbar !! ». Des larmes ont été versées, des larmes pour une Mauritanie juste. Des larmes pour la justice. Des larmes contre l’oubli et l’impunité. Des larmes contre la haine et la vengeance. Des larmes d’un possible pardon après la compréhension de ce qui s’est passé et à la condition que les auteurs reconnaissent la gravité de leur actes…
En pleurs, une femme exhibe une carte professionnelle d’une victime militaire : « C’est mon frère, il a été tué ici. Si l’auteur veut qu’on le pardonne, qu’il se dévoile et qu’il en fasse la demande ! ».
La scène était indescriptible. La symbolique a été accomplie par une prière sur le probable endroit des fosses communes, dans une république islamique. Cette symbolique doit être une préoccupation de tous au service d’une Mauritanie juste et de justice.
Les auteurs des actes inqualifiables devront avoir le courage de demander pardon pour le bien de la Mauritanie et de la cohésion entre ses communautés. Regretter et reconnaitre des actes ignobles est un acte citoyen et courageux de nature à contribuer à la paix sociale. Continuer à nier des faits avérés, c’est persister dans l’insulte de la conscience collective des Mauritaniens et ne contribuerait qu’à entretenir la haine. L’impunité dont jouissent les coupables jusqu’ici joue contre une Mauritanie juste et unitaire pour un destin commun.
Seydi Moussa Camara- La Nouvelle Expression




