Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: August 2013

FLAMNET-ARCHIVES :DEVOIR DE MÉMOIRE: Oualata : chronologie funèbre 25ème anniversaire de la mort en détention de nos martyrs de Oualata Par Boye Alassane Harouna

altSeptembre 1986. L’arrestation, le jugement et l’emprisonnement des cadres et militants des FLAM marquent le début d’une répression systématique des Négro-africains.

Octobre 1987. Arrestation d’officiers et sous-officiers négro-africains pour tentative de coup d’État.

18 novembre 1987. Ouverture de leur procès. Ils sont jugés, trois d’entre eux, les lieutenants Sarr Amadou, Bâ Seïdy et Sy Saïdou, exécutés le 6 décembre 1987. Radicalisation de la répression systématique du pouvoir raciste de Nouakchott. Elle connaîtra son apogée en 1989-1990, avec les massacres et les déportations des Négro-africains vers le Sénégal et le Mali.

8 décembre 1987, vers 23 heures 30. Les 33 cadres et militants des FLAM emprisonnés depuis 1986 à la prison de Nouakchott et les 35 militaires qui viennent d’être jugés et condamnés à de lourdes peines sont regroupés au Centre émetteur de Nouakchott. Ils sont transportés, menottés, au fort de Oualata où ils seront incarcérés.

9 décembre 1987, dans la nuit. Les 68 détenus politiques Négro-africains (auxquels on a «adjoint» une poignée de détenus de droit commun) débarquent dans le Fort mouroir de Oualata.

Après seulement 8 mois et 17 jours de détention, commence, consécutive à des conditions de détention inhumaines, la «série noire». En 33 jours, quatre de nos compagnons vont mourir. Soit un mort tous les huit jours.
26 août 1988, à 15 heures 5 : mort de Bâ Alassane Oumar ;
2 septembre 1988 : mort de Ten Youssouf Guéye ;
13 septembre 1988 : mort de Bâ Abdoul Khoudouss ;
28 septembre 1988 : mort de Djigo Tabssirou ;

Voilà 25 ans que sont morts nos compagnons d’infortune. Morts pour avoir dénoncé le racisme d’État ; morts pour avoir affirmé la volonté d’instaurer une Mauritanie égalitaire ; morts à cause des conditions de détention bestiales, d’un système carcéral raciste ; morts loin des leurs, de leurs parents, familles, amis et proches ; morts sans que ces êtres qui leur sont chers aient eu la possibilité de poser sur eux un dernier regard d’adieu, de leur rendre les derniers devoirs…

À ces morts, morts dans de telles conditions, morts pour de telles raisons, que leur doivent leurs anciens compagnons rescapés, encore vivants !? Au moins une chose : le devoir de mémoire ; maigre consolation – pourrait-on dire – pour les parents et proches des défunts qui s’en seraient volontiers passés ; devoir auquel nous ne pourrions nous dérober, mais dont l’accomplissement ne nous procure guère de réjouissance : car l’instant de souvenir réservé aux morts qui nous sont chers s’accompagne toujours d’un pincement au coeur. Pincement au coeur d’autant plus vif qu’abominables furent le plus souvent les conditions dans lesquelles ces êtres chers trouvèrent la mort.. Ils leur doivent, leurs compagnons rescapés, de perpétuer leur souvenir, de leur rendre hommage, de rappeler les causes et les conditions de leur mort. Et à bon escient, car le processus démocratique en cours, aussi loin qu’on veuille remonter dans le passé pour en cerner les facteurs déclencheurs, tire ses origines aussi, et sans doute surtout, de ces morts et de toutes celles qui, à l’échelle du pays, eurent lieu du fait de la répression raciste.

Août -septembre 1988, août-septembre 2013 : à l’occasion du 25 ème anniversaire de la mort de nos quatre compagnons de détention, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf Guéye, Bâ Abdoul Ghoudouss et Djigo Tabssirou, nous publions, en quatre parties, les extraits de J’ÉTAIS À OUALATA – Le racisme d’État en Mauritanie, relatifs aux circonstances de leur décès.

 

Boye Alassane Harouna- Écrivain et rescapé de Oualata

FLAMNET-ARCHIVES-AOÛT 2006

 

 

(1ère partie : la mort de Bâ Alassane Oumar)

«Ce sera le 26… » ou le début de la série noire

Par BOYE ALASSANE HAROUNA-Auteur de “J´étais à Oualata ” 


 

«Le béribéri avait littéralement investi notre dortoir. Presque tous les détenus en présentaient les signes. Une quinzaine en était gravement victime. Incapables du moindre effort, ceux-ci étaient cloués sur place. Défigurés par le gonflement pour certains, par la maigreur pour d’autres, tous étaient presque méconnaissables. Sans assistance, ils étaient incapables de se mouvoir. Pour se déplacer, y compris pour aller aux W-C, il leur fallait s’appuyer sur l’épaule de l’un de leurs camarades. Parfois, en raison de la faiblesse extrême des malades, il fallait s’y mettre à deux pour les assister. Le détenu avait beau être malade au point d’en être paralysé, son état, fût-il manifestement critique, il n’était jamais acquis d’avance qu’il fût transféré par les geôliers, comme nous le verrons avec la mort de Bâ Abdoul Ghoudouss.

Par rapport à notre régime carcéral, aucune lueur de changement n’était visible à l’horizon. L’alimentation demeurait la même au plan quantité et qualité. Le «Gnankata» de plus en plus exécrable était toujours là. Les soins n’existaient toujours pas. Malgré tout, les travaux étaient maintenus. Le béribéri et autres maladies qui rongeaient les détenus, les malades dont le nombre augmentait sans cesse, l’inexistence de médicaments, tout ceci semblait être la dernière des préoccupations de nos geôliers. Dans de telles conditions, à moins d’un miracle peu probable, il devenait de plus en plus clair que la mort n’allait plus tarder à frapper. Il fallait, pour ne pas percevoir une telle perspective morbide, être aveuglé par de folles espérances. En réalité, pour beaucoup d’entre nous, la question de savoir s’il y aurait des morts ne se posait plus. Elle était dépassée. Il s’agissait présentement de savoir quand et combien de morts il y aurait au bout de l’épreuve ? Mais s’il est vrai que pour bon nombre d’entre nous, nos conditions de détention suggéraient de telles questions, nous étions loin de penser que huit mois et seize jours après notre arrivée dans le fort de Oualata, nous serions frappés, dans l’espace d’un mois seulement, par plusieurs deuils. Cela commença le 26 août 1988. Ce jour, à 16 heures5, Bâ Alassane Oumar rendit l’âme.

L’homme était naturellement agréable, sympathique et plein de noblesse. Il était de cette espèce humaine, capable d’entretenir de bons rapports avec des personnes aussi variées qu’antinomiques. Qu’on soit chaleureux, expansif, taciturne ou volubile, courtois ou vulgaire, patient ou irascible, on trouvait toujours auprès de Bâ Alassane Oumar compréhension, douceur et agréable compagnie. Ainsi il vécut en liberté. Ainsi il vécut en détention. La prison, malgré ses rigueurs, ses privations, n’y changea rien. Il s’éteignit comme il vécut : avec douceur et noblesse.
Comme beaucoup de détenus, l’adjudant-chef Bâ Alassane Oumar avait fait une méchante diarrhée à Jreïda. Cependant la sienne avait refusé de le lâcher. Il en avait beaucoup dépéri. Il traînera cette diarrhée avec lui jusqu’au fort-mouroir de Oualata. Là où le «bien-portant» se consumait inexorablement, que pouvait devenir l’organisme déjà si fébrile de Bâ Alassane Oumar ? À cette diarrhée qui le pressait étaient venus s’ajouter le béribéri et sans doute d’autres maladies. Il maigrissait de jour en jour. Son état était tel que, dès le début, nous l’exemptâmes de tous les travaux. Mais pour qu’il recouvrât sa santé et qu’il retrouvât ses forces, il lui fallait des soins appropriés et suivis. Ils ne lui furent pas donnés. Il lui fallait une alimentation saine.
Elle ne lui fut jamais donnée malgré nos demandes répétées. Pour résister au mal qui le rongeait, ne pas se laisser abattre par lui, Bâ Alassane Oumar n’avait que son courage moral. Quand sa douleur se faisait moindre, il se déplaçait dans la salle. C’est dans le cadre de ses déplacements qu’un jour, à notre place, Bâ Mamadou Sidi et moi, il raconta son rêve déjà évoqué, dans lequel le vieil homme en blanc lui disait : «ce sera le 26… ». Quand il s’en sentait capable, il aimait sortir avec les groupes de travail, pour se dégourdir les jambes. Mais ces moments où l’envie et la force lui permettaient de tels déplacements étaient éphémères. Et ils se raréfiaient à mesure que le temps s’écoulait et que le mal le tenaillait. Alors Bâ Alassane s’alitait. Sa maladie fut longue et pénible. Il la développa dans un dénuement total, sans alimentation, sans soins, sans même une perspective de guérison. Sans doute que pendant les derniers jours qui précédèrent sa mort, lui-même avait pressenti que sa fin était proche. Et pourtant, jamais il ne s’est départi de son calme. Pas un instant il ne prit prétexte de sa maladie pour faire prévaloir une quelconque exigence. Quelle dignité ! Quelle noblesse ! Que celles de Bâ Alassane Oumar. Noblesse dans la privation, dans la douleur. Dignité devant la maladie et la perspective presque certaine d’une mort imminente.

Pendant les huit mois et seize jours qu’il vécut dans le fort-mouroir de Oualata, il resta plus assis, couché que debout. Marcher ? Il ne le fit que très rarement. Dans la dernière semaine du mois d’août, il nous sembla que son état s’empirait. Nous pensions que c’était passager et qu’il allait se rétablir. Mais le 26 août 1988 dans l’après-midi, sa respiration devint si difficile qu’un groupe de camarades vint à son chevet. Ses difficultés respiratoires croissaient de plus en plus. Visiblement Bâ Alassane Oumar agonisait. Et puis, au terme d’un ultime effort pour respirer, il rendit l’âme. Il était 15 heures 5. Aussitôt la nouvelle fit le tour de toute la salle. Elle nous plongea dans une profonde tristesse. Nous informâmes nos geôliers.
En même temps, nous leur demandâmes, après qu’ils eurent constaté le décès de notre camarade, l’autorisation de nous occuper de toute la cérémonie funéraire : le lavage et l’enterrement du défunt selon les prescriptions islamiques. Notre demande fut acceptée. Une liste définissant nos besoins pour l’exécution de la cérémonie funéraire fut établie. Elle comprenait sept mètres de tissu de percale pour le linceul, du parfum pour parfumer le linceul, une aiguille et du fil pour coudre les différentes parties du linceul, du savon pour laver le corps du défunt.
Cette liste fut remise au brigadier Moustapha, bras droit du régisseur. Le nécessaire, aussitôt réalisé sur le marché de la ville, fut remis à notre imam Djigo Tabssirou qui dirigera toute la cérémonie funéraire.

Pendant ce temps, il régnait dans le fort une grande agitation. Nos geôliers semblaient déboussolés par la mort de notre camarade. Ils nous parurent avoir perdu subitement de leur superbe. Leurs gestes devinrent mesurés, leurs voix calmes, leurs propos sans agressivité. Était-ce par respect pour la mémoire du défunt et notre deuil ? Ou était-ce le résultat d’un événement inattendu pour eux, et pour lequel ils n’étaient pas préparés ? Aussitôt le constat du changement d’attitude de nos geôliers fait, nous ne nous attardâmes point à en savoir les causes réelles. Nous étions convaincus que de toutes les façons, il n’était que passager.

Le corps du défunt fut transporté dans l’antichambre qui menait aux WC. Là, il fut déposé sur une large planche. Djigo Tabssirou, notre imam, renforcé par un groupe de camarades, effectua la toilette funéraire du défunt. Quand la séance de lavage du défunt fut achevée, quand son corps fut enveloppé dans le linceul et que celui-ci fut abondamment parfumé, nous informâmes nos geôliers que nous étions prêts à accompagner notre camarade dans sa dernière demeure.

À cent mètres au nord-est du fort se trouve un cimetière. Y reposent dans l’anonymat le plus complet quelques détenus de droit commun. Ce cimetière nous fut indiqué par les geôliers. C’est là que devait être inhumé le corps de notre compagnon. Nous l’y transportâmes. Excepté les malades incapables de se déplacer, tous les détenus formèrent une colonne. Et dans un silence tout religieux, escortés par les gardes, ils prirent la direction du cimetière. Quelques camarades chargés de creuser la tombe du défunt s’y trouvaient déjà. Une fois au cimetière, le corps du défunt fut déposé sur une couverture. Face à lui, nous formâmes plusieurs rangées. Et, sous la direction de notre imam Djigo Tabssirou, la prière à l’intention des morts fut accomplie. Un garde l’effectua avec nous. Lorsque celle-ci fut terminée, le corps du défunt fut introduit dans la tombe qui fut entièrement recouverte de terre. Ensuite, tous regroupés autour de la tombe de notre compagnon, et toujours sous la direction de notre imam Djigo Tabssirou, nous récitâmes quelques versets coraniques pour le repos de l’âme du défunt.

Pendant que certains camarades cassaient quelques branches d’arbres pour les mettre sur la tombe du défunt, les autres, assis par petits groupes, attendaient. À les voir ainsi attendre, on eut dit qu’ils auraient aimé prolonger leur attente pour tenir plus longuement compagnie à leur camarade défunt qu’ils ne reverront plus, et sur la tombe de qui, il était peu sûr qu’ils eussent la possibilité de revenir prier.

Assis à côté de Bâ Mamadou Sidi, je méditais. Sur quoi pouvait-on méditer en pareille circonstance, face à la mort ? Sur ce constat simple et limpide mais dont l’évidence ne semble frapper l’esprit, comme pour le rappeler à la réalité, que lorsqu’on y fait face, lorsqu’on s’y trouve confronté : sur ce que la vie a de passager et d’éphémère. Sur ce constat que, qu’ils soient riches ou pauvres, savants ou incultes, souverains ou sujets, quel que soit leur statut social, morts, tous les individus demeurent égaux quant aux traitements dont ils bénéficient en ce bas monde : prières et enterrement. Je pensais aussi au défunt, aux siens qui ne le reverront plus. C’est alors que, par association de pensées, je constatai que nous étions le 26 août 1988. Or, dans le rêve qu’avait fait Bâ Alassane Oumar, on se rappelle que le vieil homme en blanc lui avait dit : « ce sera le 26… ». Sa mort eut lieu le 26 août 1988. J’interrompis mes pensées et, m’adressant à Bâ Mamadou Sidi, je lui dis : «Te rappelles-tu le rêve de Bâ Alassane dans lequel, nous disait-il, un vieil homme s’était présenté à lui et lui avait dit “ce sera le 26…” » ?

– Oui, je m’en souviens bien, me répondit Bâ Mamadou Sidi.
– As-tu fait la comparaison entre cette date et celle d’aujourd’hui : 26 août 1988 ?
– En effet nous sommes bien le 26 août, me dit Bâ Mamadou Sidi.

Nous nous tûmes. L’étrangeté de la coïncidence des dates se passait de commentaires. Était-ce cette mort que par insinuation le vieil homme en blanc voulait annoncer à Bâ Alassane Oumar quand il lui dit : « ce sera le 26… » ? Étrange rêve ! Étrange coïncidence de dates !
Le soleil s’apprêtait à se coucher quand nous regagnâmes notre salle. Le lendemain matin, tous les maigres effets du défunt : vêtements, couverture, etc., furent rassemblés. Une équipe de détenus se chargea de laver ce qui devait l’être. Le tout fut arrangé dans un sac qui devait attendre des jours meilleurs pour être remis aux parents du défunt.

Le décès de notre camarade, conséquence directe des conditions de détention épouvantables, ne semblait pas engendrer dans l’immédiat une quelconque amélioration de notre situation ni sur le plan alimentaire, ni sur le plan sanitaire.

La vie carcérale reprit son cours habituel : travaux chaque jour, «Gnankata» matin et soir. Mais, même si cela ne se disait pas à très haute voix, il était clair pour beaucoup de détenus que la mort de l’adjudant-chef Bâ Alassane Oumar n’était, hélas, que le début d’une série noire qui pouvait être très longue. À moins que des améliorations significatives et durables soient introduites dans notre régime carcéral.»

Boye Alassane Harouna
Le 25 août 2006

[1] J’ÉTAIS À OULATA- LE RACISME d’État EN MAURITANIE- Page 124 à 129 .

Le chef de file de l’opposition décline une demande de rencontre du président

altLe chef de file de l’opposition mauritanienne Ahmed Ould Daddah,  président du Regroupement des forces de progrès RFD, a décliné la demande de rencontre que lui a adressé le président Mohamed Ould Abdelaziz.
Dans un communiqué à Alakhbar, la direction du RFD explique avoir rejeté la demande  pour ” éviter d’envoyer un  message ambigu  à l’opinion mauritanienne “.
Aussi  le  RFD considère  qu’ “une telle rencontre ne présente aucun intérêt dans le contexte politique actuel du pays”.
En revanche, le parti  déclare demeurer fidèle à législatives et municipales déjà définies par la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique qui  exige une supervision politique crédible, une  mise en place d’institutions électorales fiables, une garantie de la neutralité de l’Etat et une préparation matérielle et technique suffisante des élections).

 

source: Alakhbar

 

 

 

«Je suis Marocaine et j’ai honte de moi-même»

                

         Manifestation pour le droit des migrants africains au Maroc:        
Manifestation pour le droit des migrants africains au Maroc: ” Non à la discrimination contre les migrants”. REUTERS/Stringer

Dans une tribune, une Marocaine dit sa honte du racisme à l’encontre des noirs africains. Un racisme qu’elle a souvent cautionné par son silence.

Ismaïla Faye, un jeune Sénégalais assassiné pour une place de bus, le 14 août dernier. Cette histoire est la dernière d’une longue liste d’actes racistes contre les Africains qui résident au Maroc. Dans une tribune intitulée «Je ne suis pas raciste, je suis pire» et publiée sur le site collaboratif Quandisha, une Marocaine crie sa colère et sa honte de porter la  nationalité d’un pays qui traite aussi mal «ses frères». Ismaïla Faye, comme tous les autres, ont espéré rejoindre un pays accueillant. Ils n’ont finalement trouvé que du mépris. Au nom de tous les Marocains défenseurs des droits de l’homme, l’auteure de la tribune demande pardon:

«Mes lâches silences face à l’ignominie ôtent toute sa beauté à mes grands discours humanistes et mes honorables pensées sur la justice et l’égalité entre les Hommes.(…)Pour toi Mon Frère, je fais mon mea culpa et je te dévoile ma face honteuse. Pour toi Mon frère, je dis tout ce que je fais semblant de ne pas entendre. Comprends que je veux te regarder dans les yeux, sans honte car…

Quand je ne trouve aucun mal à ce qu’on appelle nègre, Âazzi, Âabd ou Kahlouch, le jeune homme qui porte la couleur de ma terre sur sa peau, j’ai honte de moi…

Quand je souris, même gênée, lorsque ma mère me demande de ne pas lui ramener un mari noir, au fond, j’ai honte de moi…

Quand je ne commente pas lorsque mon voisin me raconte fièrement comment il s’est opposé à la location de l’appartement du 5e à un jeune couple noir, j’ai honte de moi…»

 

Source: Slateafrique

Profond désaccord dans l’opposition modérée après le report des élections

altLe report des élections législatives et municipales au 23 Novembre 2013 a crée un profond désaccord au sein des partis de l’opposition mauritanienne dite modérée, a révélé une source autorisée à Alakhbar.
Les trois partis de cette opposition regroupés sous la bannière (AP- Alliance patriotique) ont boycotté la rencontre avec la CENI sur le sujet.  Ils se disent n’avoir pas été associés à l’entame du processus qui a abouti au report.
Ils seraient d’ailleurs ridicule, estiment-ils, de participer à cette rencontre dans ces conditions-là.
Ils considèrent que le report électoral résulte en fait d’un arrangement secret entre le gouvernement et les trois partis de l’autre aile de l’opposition modérée (CAP- Convention pour l’Alternance pacifique) à savoir l’APP, le Sawab et El Wiam.

Source: Alakhbar

FLAMNET-AGORA: Sauver Kaédi par Boubacar Diagana et Ciré Ba

altS’il est, en Mauritanie d’aujourd’hui, une ville dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle recule, c’est bien Kaédi. Pourtant, la plus grande cité du Sud, « Hier capitale du Fouta, aujourd’hui, capitale agricole de la Mauritanie » (Tène Youssouf Gueye), eut un passé historique glorieux et des atouts exceptionnels : l’implantation de la première école en Mauritanie en 1898 dans laquelle furent formés les premiers lettrés et cadres du pays, une administration structurée et d’autres infrastructures qui datent du début du siècle. Puis ce fut le début d’industrialisation avec l’installation d’une usine de tannerie et d’un abattoir frigorifique, l’ouverture de l’Ecole Nationale de Formation et de Vulgarisation Agricole (ENFVA – anciennement appelée Ecole des Cadres Ruraux puis Centre de Vulgarisation Agricole).

Kaédi fut la première ville dotée d’un aéroport et d’un hôpital pour toute la vallée du fleuve Sénégal, parmi les premières à avoir un collège. Kaédi fut aussi la première ville équipée d’une centrale électrique et d’un réseau d’eau potable, muni d’un réseau d’évacuation des eaux pluviales. La plupart de ces réalisations portent la signature d’un homme de carrure exceptionnelle, son nom reste gravé dans la mémoire collective : Youssouf Koïta, Député – Maire, il fit de Kaédi une vitrine et un passage obligé de Chefs d’Etats et parlementaires étrangers en visite en Mauritanie : les présidents Ahmadou Ahidjo du Cameroun en février 1967, Hamani Diori du Niger en avril 1967, Léopold Sédar Senghor du Sénégal. Kaédi a également accueilli des délégations de parlementaires français et maliens respectivement en mai et décembre 1966. Si un édifice public à Kaédi (l’hôtel de ville pour le symbole) devait porter le nom d’une personnalité, ce devrait bien être Youssouf Koïta pour son rôle de grand bâtisseur de notre cité.

L’âge d’or de Kaédi s’est poursuivi jusqu’à la fin des années soixante-dix sous la houlette du richissime Député Abdoul Aziz Bâ qui mit sa fortune au service d’une jeunesse épanouie et d’une ville très dynamique sur le plan culturel, tellement dynamique que tous les artistes, sportifs (lutteurs notamment) de la sous – région venaient y chercher une consécration. L’arène N’Diyame Diéry était devenue un temple presque mythique. Cette période faste a donné à la capitale du Gorgol un rayonnement international : la ville était attractive, génératrice d’emplois dans le tertiaire, hospitalière et tolérante. Abdoul Aziz Ba (le lycée gagnerait à porter son nom) y fit venir en 1974 l’épouse du président tchadien Ngarta Tombalbaye, invitée d’honneur d’une mémorable soirée culturelle à Peyrissac. Néné Diallo, ainsi qu’on l’appelait, donna même son nom à un modèle de boucles d’oreille en or bien prisées des kaédiennes. Nombreuses sont les familles venues d’autres régions de Mauritanie, de la sous région, du Maghreb, d’Europe ou du Liban s’y installer pour développer des activités commerciales (les familles Elyas, Laroussi Alami et Ghabli dans la mercerie et le tissu) ou culturelles et récréatives (Ali Nar, Bousfia et Chaïtou dans le commerce et salles de cinéma). La deuxième génération de ces familles venues d’ailleurs fut totalement intégrée et adoptée par Dimbé comme ses authentiques enfants. Le regretté Docteur Abdallah Chaïtou en est l’archétype. Après des études primaires et secondaires à Kaédi, et un diplôme de médecin, il rentre s’installer dans la ville de son enfance et servit avec un amour et un professionnalisme que tout Kaédi lui reconnait au sein de l’établissement hospitalier de la ville. Mort, il fut enterré à Kaédi. La ville lui rendrait un hommage mérité en donnant son nom à l’hôpital.

Paradoxalement, voilà que depuis trente ans, avec la mise en place des municipalités, la ville tombe en désuétude, en déclin. Là où d’autres municipalités s’approprient l’outil et l’institution par le biais de la décentralisation pour engager des actions de développement, Kaédi se morfond. La ville est devenue une immense décharge à ciel ouvert, les inondations, quoique moins fréquentes, ont des conséquences de plus en plus désastreuses, en raison d’installations anarchiques de populations en zones inondables que les différentes équipes municipales ont laissé se développer quand elles ne les ont pas favorisées ; l’école d’agriculture, fleuron de la formation professionnelle pour les cadres ruraux est en lambeaux ; le Centre National de Recherche Agronomique (CNARADA) est réduit en simple jardin des plantes ; l’aéroport qui connut encore au milieu des années quatre-vingt jusqu’à quatre vols hebdomadaires, dont deux d’Air Sénégal, n’est plus qu’une piste pour animaux errants ; le lycée, un des plus dynamiques du pays, avec au moins une semaine régionale par an et ses résultats brillants, n’est plus que l’ombre de lui-même.

Qu’est-ce qui pourrait bien expliquer cet état de fait ? Plusieurs raisons.

D’abord, la principale raison est la volonté de l’Etat, plus clairement affichée sous le régime de Maawiya Ould Sid’ Ahmed Taya, de marginaliser Kaédi catalogué ville-rebelle. L’Etat s’appliquera à étouffer la ville ; d’abord en transférant à Aleg certains services comme le Palais de justice, fermant l’ENFVA, puis soumettant la ville et ses jeunes en état d’urgence encadré par des militaires du Secteur Autonome de Kaédi (SAK) et une police répressive. Aujourd’hui encore, traumatisé par cette violence, humilié par la déportation vers le Sénégal de certains ses fils comme Baba Gallé Wone (paix en son âme), Abdoul Touré ou Habibou Niang (l’irremplaçable boulanger, paix en son âme), Kaédi reste l’épicentre de la lutte pour la justice.

Ensuite, les très nombreux fils de cette ville, cadres peuplant ministères et autres administrations de l’Etat à Nouakchott notamment ou vivant à l’étranger, commerçants ou hommes d’affaires hésitent, voire craignent de prendre leur responsabilité pour lui donner un autre destin.

Enfin, au sein même de la ville, il y a une minorité agissante, dynamique économiquement et intellectuellement, avec une forte assise culturelle et religieuse qui peine à croire en ses chances. La composante soninké a pourtant tous les atouts et sa partition à jouer avec les autres communautés pour tirer Kaédi vers le haut. Son berceau, le quartier de Gattaga, pourrait figurer dans le haut d’un classement mondial des villes, si l’on considère la densité des surdiplômés.

En l’absence d’une politique d’aménagement du territoire véritablement volontariste, impulsant un égal développement des contrées, cette impulsion vient souvent des femmes ou hommes qui président aux destinées des villes et des collectivités territoriales (région, département, communauté des communes). Saint-Louis du Sénégal, capitale historique de l’Afrique de l’Ouest, a commencé à péricliter quand Dakar a été érigé capitale du Sénégal et dont le développement s’est fait au détriment de la grande cité du Nord. Il a fallu attendre plusieurs décennies pour voir les fils de NDar se décider à prendre en main le destin de leur ville pour que celle-ci se mette à nouveau à rayonner avec le soutien de l’Etat du Sénégal, de la communauté internationale et de l’UNESCO.

Comme Saint-Louis du Sénégal, des initiatives et des dynamiques émergent partout dans le monde pour sauver Kaédi. Au registre de celles-ci, la page Facebook appelée « Petits souvenirs de Dimbé » créée par Bocar Oumar Ba qui explique en ces termes son initiative : « L’idée de créer ce groupe m’a été inspirée par deux photos publiées cette semaine, …. Il m’est donc apparu comme pouvant correspondre à un besoin, pour chacun d’entre nous qui a vécu dans cette merveilleuse ville de Kaédi, d’avoir envie de partager certains de ses souvenirs, histoire de reconstituer la vieille fraternité kaëdienne. Je pense qu’il pourrait aussi être intéressant de voir différentes générations partager leurs expériences de cette ville. Bien naturellement, comme son titre l’indique, il n’est ici question que de choses légères, débarrassées du poids de nos opinions politiques ou sensibilitaires de quel que ordre que ce soit, pour permettre à la seule bonne humeur de régir ici nos fraternelles relations. Je formule le vœu ardent que vos contributions (photos, blagues, histoires vécues, etc.) puissent rendre à notre cher Dimbé ses couleurs d’antan».

En quelques mois, ce forum regroupe près de 1900 personnes aux profils et âges différents. Il pourrait être le portail par lequel devraient partir ou converger les nouvelles initiatives visant à sortir Kaédi de sa léthargie. La cité ocre ne peut ni ne doit plus vivre que de son passé (« So leydi men ene haalee ko golle hanki ngonnoo », était le refrain d’une célèbre chanson de la troupe de Kaédi, primée au festival national de 1974) aussi glorieux fut-il, mais se tourner résolument vers le futur en profitant de toutes ses potentialités pour construire un avenir radieux pour toutes ses filles et pour tous ces fils.

Boubacar Diagana et Ciré Ba – Paris

22 août 2013

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