Monthly Archives: July 2013
Flamnet-Rétro : Notes de lecture: J’étais à Oualata: le racisme d’Etat en Mauritanie.
Par Mouhamadou Saidou Touré Paris, L’Harmattan, 1999, 166 pages.
La Mauritanie, trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique noire par sa composition ethnique “arabe” et “négro-africaine”, peine à avoir une position médiane et à sauvegarder son unité nationale, que des crises sporadiques mettent à mal depuis son indépendance, le 28 novembre 1960.
La publication, en 1966, du document dit des “dix-neuf cadres négro-africains” en réaction à l’arabisation de l’enseignement secondaire et celle du “manifeste du Négro-mauritanien opprimé” en 1986 constituent le point d’orgue de la contestation politique des « cadres » du Sud qui, pour être musulmans, n’en gardent pas moins leurs distances par rapport à l’arabisme (nationalisme arabe). En octobre 1987, c’est le tour de militaires Négro-mauritaniens de contester le régime de Nouakchott pour mettre un terme à “la discrimination raciale qui prenait corps à l’intérieur du pays”: tentative de coup d’Etat déjouée (avant qu’il ait eu un début d’exécution), condamnations trop lourdes, dont trois peines capitales.
C’est à la suite de cette tentative de coup d’Etat que l’auteur de cet ouvrage, Alassane Harouna BOYE, est condamné à la réclusion à perpétuité, avant de bénéficier d’une grâce présidentielle intervenue le 7 mars 1991.
J’étais à Oualata: le racisme d’Etat en Mauritanie est essentiellement le récit de l’expérience carcérale de l’auteur avec ses pairs militaires et les signataires du manifeste précité, dont feu l’écrivain Tène Youssouf GUEYE, qui ne survivra pas à ses conditions de détention.BOYE nous entraîne dans l’univers funeste d’un bagne situé en plein désert et dépeint la décrépitude de ses pensionnaires, à la merci de leurs geôliers. Si le regard de BOYE est distancié etnuancé, le tableau qu’il brosse de la lugubre prison n’est, en revanche, guère reluisant: des épaves humaines faméliques, se nourrissant du “riz cuit avec du sable”, entassées dans une pièce exiguë, ferrées aux pieds nuit et jour et condamnées aux travaux forcés.
Dès lors, une seule certitude: la perspective d’une mort imminente; une seule échappatoire: le rêve, pour échapper à leur condition de bagnards. Des séances de divination de rêves sont organisées par les prisonniers pour conjurer le sort et faire miroiter une hypothétique libération. Mais, inexorables, les visites inopportunes et sempiternelles de la mort ramènent les galériens à leur triste réalité: BA Alassane Oumar, décédé le 26 août 1988, est le premier à être ravi par la FAUCHEUSE ; mais, la faux macabre ne tarde pas à atteindre d’autres loques humaines séquestrées dans ce sinistre coin perdu du désert. Et ce jusqu’à ce que, sous la pression internationale, les autorités du pays décident de transférer les prisonniers dans une autre prison, à Aïoun.
Treize ans après la parution du « manifeste du Négro-mauritanien opprimé » et dix ans après les déportations de plus 120 mille mauritaniens noirs, aucun mauritanien n’avait pris sa plume pour décrire les pages sombres de l’histoire récente de son pays. On peut savoir gré à BOYE d’avoir levé le voile du silence sur Oualata, autrefois havre de paix et terre de rencontre “entre toutes les races”, mais qui, désormais, “rappelle au monde son existence à travers son fort-prison devenu un symbole de la discrimination raciale.”
Flamnet- Fevrier 2002.www.flamonline.com
L’ex-commandant Sidi Ould Lekhdeyim, membre de la commission d’enquête sur le coup d’Etat avorté des officiers négro-mauritaniens de 1987
Le Calame : La tentative de putsch dit « des officiers négro-mauritaniens » de 1987 continue à alimenter la polémique. Un voile opaque l’entoure encore. Pour tirer les choses « au clair », le pouvoir de l’époque avait mis en place une commission d’enquête. Qui composait cette commission d’enquête ? Comment menait-elle ses investigations ?
Sidi Ould Lekhdeyim : Cette commission d’enquête était composée essentiellement de l’actuel général N’Diaga Dieng, entouré d’un certain nombre d’officiers, notamment le lieutenant-colonel Mohamed M’Bareck qui assurait, sur le terrain, le contact avec la commission de renfort de l’armée, dirigée par le colonel Lekhal. Du fait que les éléments venaient de tous les corps et de toutes les régions, il y avait comme deux commissions ; celle dirigée par le commandant N’Diaga s’occupait, essentiellement, des aspects techniques et professionnels. Il m’a pris comme adjoint et j’ai donc eu le privilège de travailler avec lui. J’assistais à certaines auditions et menais des enquêtes à ses côtés.
Les enquêtes que nous menions à l’état-major de la gendarmerie se déroulaient selon les règles de l’art et respectaient toutes les règles édictées par les lois et règlements en la matière. L’officier qui la dirigeait était, au plan professionnel, très apte. Il maîtrisait son sujet, connaissait la psychologie des officiers. Pour lui, l’enquête était un travail intellectuel qu’il fallait mener avec tact et à-propos. Il procédait à des vérifications et des recoupements, conformément à la méthodologie enseignée dans les écoles de la gendarmerie.
– Vous commandiez, comme le lieutenant N’Gaïdé, l’un des instigateurs de ce putsch avorté, un des deux bataillons de sécurité présidentielle. Aviez- vous senti « quelque chose », chez cet officier que vous côtoyiez ?
– Effectivement, N’Gaïdé et moi commandions les deux escadrons de sécurité présidentielle. Il avait été choisi par le président Ould Taya qui l’avait promu directement capitaine, moi, par l’état-major de la gendarmerie, alors que je revenais d’une formation en France. Je n’ai jamais rien décelé chez lui, quant à la tentative avortée de coup d’Etat de 1987. Les seuls faits marquants que j’ai gardés de lui, c’est son zèle excessif et une trop grande autorité, que je m’expliquais par sa proximité et la confiance qu’il avait du président Taya. Il est toujours vivant, il peut vous le confirmer.
– On a accusé la commission d’avoir eu recours à la torture pour extorquer des aveux ?
– Il n’y a jamais eu de torture. Sur ce point, je suis formel, il n’y en a jamais eu et je puis vous affirmer que le général N’Diaga n’a jamais porté la main sur qui que ce soit, n’a jamais autorisé quelqu’un à torturer les hommes arrêtés. Je mets au défi les officiers impliqués dans le coup, qui sont encore là et que je rencontre tous les jours, de me donner le nom d’une seule personne qui aurait été torturé par ou sur ordre de N’Diaga. La torture, ce n’était pas son genre, il la haïssait. En tout cas et comme je l’ai dit, je suis catégorique : il n’y a jamais eu de torture à l’état-major de la gendarmerie.
– Pouvez-vous nous dire le nombre d’officiers, de sous-officiers et d’hommes de troupe qui furent arrêtés, auditionnés et traduits à la justice, à l’époque ?
– Non, je n’ai pas les chiffres en tête.
– Que pouvez-vous dire, vous qui avez travaillé comme adjoint du commandant N’Diaga, à ceux qui continuent à penser, dans le milieu négro-mauritanien, que N’Diaga fut promu directeur général des douanes, à cause des « services » qu’il aurait rendus au pouvoir d’Ould Taya, en produisant un « rapport accablant » sur les présumés conspirateurs ?
– Dans sa démarche, je peux vous l’affirmer, le commandant N’Diaga procédait à un tri, systématique, entre les gens sur lesquels pesaient de réels soupçons, étayés, par exemple, par des correspondances où figuraient des noms, des gens dénoncés par d’autres, etc. Il ne gérait directement que l’affaire des officiers. J’ai eu à remarquer qu’il ne s’intéressait pas aux gens de la périphérie. Il ne ciblait que les instigateurs et auteurs réels de la tentative de putsch. Il n’a jamais arrêté un garde, un militaire ou un soldat lambda. Tous ceux sur lesquels il n’avait pas suffisamment de preuves ont été élargis. Je vais vous raconter une anecdote. Je me suis permis, une fois au cours de notre enquête, de lui faire remarquer qu’il relaxait beaucoup de personnes, sans procéder à des perquisitions chez eux. Il me répondit, sèchement : « occupe-toi de ce qui te concerne ». J’ai obtempéré, comprenant qu’il ne s’intéressait qu’aux principaux instigateurs.
Pour en revenir à votre question proprement dite, je peux vous confirmer qu’il a été promu directeur des douanes en 1991. De 90 à cette date, il est venu me voir, à Kiffa où j’étais commandant de compagnie, avec la commission d’enquête sur les évènements dans l’armée. Cette commission était dirigée par le colonel Sidiya Ould Yahya, secondé par le colonel Baby, et comprenait également le colonel Hafedh Ould Mamy. J’attire votre attention sur le fait que le commandant N’Diaga était le moins gradé de la commission et que sa présence, en son sein, se justifiait par le fait qu’il était à même de s’occuper, en tant que gendarme et, donc, officier de police judiciaire, des aspects techniques de l’enquête. J’ajoute qu’il y menait son travail, tandis que ses trois autres collègues disposaient de plus de responsabilités que lui. A mon sens, si cette enquête avait été complaisante, comme le pensent certains, l’Etat n’aurait pas recouru à la loi d’amnistie de 1993.
– Vous êtes donc catégorique : le général N’Diaga n’a pas produit de rapport « complaisant », comme le suspectent nombre de Mauritaniens, en particulier dans le milieu négro-mauritanien, et sa promotion ultérieure n’a rien avoir avec ce rapport ?
– Oui,je suis formel et catégorique en ces points, parce que je connais l’homme, pour avoir servi treize ans sous ses ordres directs. N’Diaga n’a jamais maquillé une enquête, il a toujours fait preuve de professionnalisme, d’indépendance d’esprit et, donc, d’impartialité. Je l’affirme sans détour : N’Diaga est un professionnel consciencieux, un homme honnête et généreux… C’est ce qui lui a valu le mérite de commander, en tant qu’adjoint du chef d’état-major, toutes les unités opérationnelles sur le terrain. Tous les chefs d’état-major qui ont eu cet officier comme adjoint n’ont jamais commandé l’aspect professionnel et opérationnel de ce corps. Leur gestion se limitait tout juste à l’aspect administratif.
A propos de sa promotion à la tête des douanes, je signale qu’il fut le 4ème officier de la gendarmerie à être nommé à ce poste. D’aucuns ont même cru que la direction des Douanes était réservée, depuis les années 80, à la gendarmerie. On ne peut pas empêcher les gens de spéculer, au lieu de se poser de bonnes questions. Pourquoi les trois autres officiers ont-ils été promus à cette direction ? Qu’ont-ils fait pour y atterrir ?
– Ne craignez-vous pas qu’on vous accuse de vouloir prendre la défense de votre ancien patron ?
– Loin de là ! Il est suffisamment outillé pour se défendre lui-même, si tant est qu’il eût quelque chose à se reprocher dans cette enquête. La plupart des acteurs du putsch sont encore vivants, ils peuvent confirmer qu’il n’en est rien. Mais, en ce qui me concerne, si des gens voyaient les choses sous cet angle, je leur répondrais en disant qu’il s’agit là d’une accusation gratuite, comme celle, du reste, qu’on a portée contre N’Diaga.
– Vous avez côtoyé l’homme pendant longtemps. Quelles qualités lui reconnaissez-vous ?
– Par pudeur et respect à moi-même, je préfère ne pas répondre à cette question. Par contre, je lui reconnais un défaut majeur.
– Lequel ?
– (Rires) Il est trop bon.
– Quelles preuves avez-vous pu réunir, pour la Cour spéciale de justice qui condamna à mort les trois « principaux auteurs » de la tentative avortée de putsch ?
– Nous avons pu mettre la main sur le projet écrit de putsch où figurait le changement du drapeau national et de la monnaie actuelle. Je précise, ici, que durant tout le procès, aucun des principaux accusés n’a dit avoir fait l’objet de torture de la part des enquêteurs.
– A votre avis et avec le recul, qu’est-ce qui peut justifier les exactions commises contre les militaires négro mauritaniens, en 1990, dans les casernes ?
– Je n’ai pas d’explications et je ne ferais que spéculer. Ce que je sais, par contre, c’est qu’à un certain moment, l’armée comptait beaucoup d’officiers très politisés, recrutés qu’ils étaient, sans respect de certaines normes. Au sein de ce corps, cohabitaient des Nasséristes, des Baathistes et des Flamistes. Ce sont ces trois courants idéologiques qui ont conduit, par à-coups et vengeances, à ce qui s’est produit dans l’armée. Je tiens à préciser, en outre, qu’aucun militaire, aucun garde, aucun policier n’est mort, je suis catégorique là-dessus, dans un camp ou une brigade de gendarmerie. Le corps de la gendarmerie n’a pas été touché par les évènements de 1990. Aucun gendarme n’a été muté d’une brigade à une autre. On aurait dit que ce corps vivait sur une autre planète. La seule fois où nous avons été concernés, c’est par la présence du colonel N’Diaga dans la commission d’enquête de 1990 et je vous ai déjà dit le rôle qu’il y a joué. Pour ma part, étant commandant de compagnie à Kaédi, au moment où les arrestations ont commencé, on m’a demandé de détenir les militaires arrêtés. Je me suis aussitôt référé à ma hiérarchie. Or, c’était, justement, le colonel N’Diaga qui commandait, comme je l’ai dit tantôt, les unités opérationnelles. Il m’a dit de ne pas me mêler de ces affaires sans saisine officielle. C’est ce que j’ai fait. Il y a trois formes de saisines : une réquisition du parquet de la Cour spéciale de justice ; une dénonciation ou une plainte devant moi-même ; enfin, une plainte transmise par un juge d’instruction, sur commission rogatoire pour opérer à sa place. Comme vous le remarquez, le cas de ces militaires ne relevait d’aucune de ces trois.
Ben abdalla LE CALAME
FLAMNET-ARCHIVES: Les Maures et les Noirs ou lettre ouverte au Journal « Echos d’Afrique Noire » Par Docteur Moustapha Touré (mai 1958)
Monsieur le Rédacteur en chef,
Je viens de lire dans votre n° 334 du 21 au 27 avril 1958, un article qui m’a vivement frappé.
En effet rien que le titre de cet article « Les Maures veulent se rallier au Maroc parce qu’ils ne veulent pas être commandés par des Noirs » suffit pour solliciter l’attention de tous les Noirs d’A.O.F. Que dire donc de ceux qui peuvent prétendre au titre de principaux intéressés : les riverains du Fleuve Sénégal, qu’ils soient Oualo-Oualos, Toucouleurs, Sarakollés ou Khassonkés !
Je me suis permis de vous écrire justement au titre de Riverain de Sénégal pour vous soumettre ici une foule de considérations plus de suggestions concrètes qu’éveille en moi votre article et son titre singulièrement … accrochant !
Tout d’abord il me plairait de savoir si votre assertion qui veut que les Maures s’en vont vers le Maroc parce qu’ils ne veulent pas être commandés par des noirs est une hypothèse que vous avancez ou plus simplement une information solide puisée à la source. Le problème change complètement d’un cas à l’autre.
Il est regrettable que le sort ait voulu que la vallée du Sénégal soit écartelée entre le territoire du même nom et la Mauritanie. Car dans l’hypothèse où les Maures ne veulent pas de leur appartenance à la Fédération A.O.F., cet état de fait qui est un fait colonial complique beaucoup la situation. La vérité est là assommante : La frontière entre l’Afrique Noire et l’Afrique Blanche passe actuellement à cent kilomètres au Nord du Fleuve. Elle était encore plus au nord dans les temps anciens où les Sarakollés habitaient le Tagant.
Si les Maures ne veulent pas accepter le jeu normal de la démocratie qui postule la loi du nombre ou que, selon votre hypothèse, il leur coûte beaucoup trop d’être dirigés par des noirs, le problème qui se pose à notre conscience nous africains, nous Sénégalais, nous riverains du Fleuve c’est celui du retour des Noirs de la Mauritanie actuelle dans la Fédération d’Afrique Noire, parmi leurs frères Nègres.
Car la vérité c’est encore de dire que les Frontières Mauritaniennes du Sud ne sont qu’un « fait colonial » et sont artificielles.
Nous attendons de la Mauritanie Blanche qu’elle se définisse clairement. Quelle se définisse géographiquement d’abord, politiquement ensuite.
Je sais bien que ses dirigeants actuels vont criant à qui veut les entendre « Mauritaniens nous sommes, Mauritaniens nous restons … »
Qu’est-ce à dire ?
Et d’abord quelle sera cette Mauritanie ? Blanche ou Blanche et Noire. Si les maures la veulent « Blanche » qu’ils envisagent alors d’une part le retour au Sénégal de la rive dite Mauritanienne du Fleuve ; et d’autre part de solutionner le problème des innombrables Pourognes et Haratines, de tous ces esclaves venus des fins fonds du Soudan et du Sénégal à la suite des pillages et razias des temps jadis.
Par contre si les Maures sont d’accord pour que Blancs et Noirs vivent côte à côte dans une Mauritanie harmonieuse, force est de conserver leur appartenance à la Fédération d’A.O.F. Et alors, mais alors seulement nous envisagerons tout ensembles l’avenir de nos rapports extérieurs.
Que seront ces rapports
Nous les situerons sur le plan Africain d’abord, puis sur le plan Franco-Africain et dans un troisième temps sur le plan universel dans le concert des Nations.
Nous aurons nécessairement à définir nous Fédération A.O.F., nos rapports avec nos voisins, les pays d’Afrique qui ont avec nous une même frontière, notamment les pays d’Afrique du Nord. C’est ainsi que s’agissant du Maroc, il importera que dès maintenant dans le cadre d’un ensemble Franco-Africain qui reste à préciser et dans la mesure où le Maroc appartiendra à cet ensemble, qu’il soit politique ou simplement économique, il importera dis-je que nos relations soient clairement définies en attendant qu’un jour, qui arrivera fatalement, nos deux pays ayant accédé à leur pleine souveraineté, s’établisse entre le Maroc et l’actuelle A.O.F. (quel nom porterons-nous ?) des relations diplomatiques que je souhaite pour ma part fécondes et exemptes de racisme.
Aujourd’hui, Monsieur le Rédacteur en Chef, tous les Africains d’A.O.F. ont le soin de savoir si les Maures ont le regard tourné vers le Maroc, s’ils appartiennent à notre Fédération d’Afrique Occidentale Française ou encore qu’ils sont simple « trait d’union ».
« Mauritaniens nous sommes … » c’est la Palisse !
« Mauritaniens nous resterons … » c’est déjà mieux !
Mais avec qui resterez-vous « Mauritaniens ! »
That is the question?
Car pour les Noirs de la Mauritanie c’est là toute la question ! et l’on ne peut pas attendre indéfiniment qu’il y soit répondu, d’une manière catégorique et sans retour.
Le titre de votre article, Monsieur le rédacteur en Chef a, j’en suis certain attiré l’attention des Gouvernants actuels de la Mauritanie. Je souhaite pour ma part qu’ils y répondent par un démenti haut et clair.(..).Et si leurs frères de la Fédération conçoivent fort bien que par le jeu de la Démocratie les Maures puissent les dominer c’est pour que en retour eux les Maures ils puissent souffrir que des Noirs les dominent et gouvernent pour le bien de tous blancs et noirs, une Fédération de l’Afrique Occidentale Française.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en Chef, l’assurance de ma haute considération.
Moustapha TOURE
Médecin Africain principal
Conseiller Territorial du Sénégal
Chevalier de Ouissam Alaouite Marocain.
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Qui a intérêt à saboter la transition démocratique en Egypte ?
Que se passe-t-il réellement en Egypte ? Quels sont les enjeux politiques et diplomatiques de cette nouvelle bataille qui a démarré le 30 juin ?

Comme dans toute grande crise, les éléments de politique intérieure et extérieure interfèrent de manière complexe dans cette crise égyptienne. Les médias spécialisés dans la désinformation font tout pour cacher cette interférence qui pourrait expliquer les alignements des uns et des autres et les véritables motivations qui animent les acteurs sociaux et politiques. Si on suit la version proposée par les médias occidentaux et certains médias arabes, ce qui se passe en Egypte ne serait qu’une sorte de « révolution dans la révolution », une continuation de la révolution du 25 janvier que les Frères Musulmans auraient accaparée à leur profit exclusif alors qu’ils n’en étaient même pas les initiateurs. Nous aurions donc affaire à une seconde révolution en vue de réaliser les aspirations démocratiques trahies par le régime des Frères Musulmans.
Qu’en est-il dans la réalité ? Dans un entretien accordé au quotidien britannique The Guardian, le président Morsi vient de reconnaître ses erreurs politiques et notamment l’erreur d’avoir promulgué la fameuse Déclaration constitutionnelle qui lui a donné des pouvoirs élargis et qui a contribué ainsi selon ses dires à susciter un climat d’incompréhension et de méfiance au sein de la classe politique égyptienne.
Enjeux politiques
Sans aucun doute, par des actes politiques et institutionnels inconsidérés, le nouveau régime des Frères Musulmans a donné l’impression à ses nombreux adversaires qu’il se dirigeait vers un hégémonisme politique inquiétant. Mais cette tendance doit être analysée avec circonspection si on ne veut pas tomber dans la désinformation et les procès d’intention.
Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Egypte, il est important de rappeler quelques faits essentiels :
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Le président Morsi dont les manifestants hostiles exigent le départ immédiat n’est pas Moubarak. Contrairement à ce dernier, il a été élu dans le cadre d’une élection démocratique libre. Quand le président Morsi dit que les opposants qui exigent sa démission défient la légalité constitutionnelle et risquent de créer un précédent grave puisque la rue pourrait à l’avenir destituer n’importe quel président élu démocratiquement entraînant ainsi le pays dans une instabilité politique et institutionnelle grave, il n’a pas complètement tort.
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Le mouvement de contestation du président Morsi n’est pas un mouvement homogène. Loin de là. On y trouve pêle-mêle les « foulouls » de l’ancien régime, les opposants libéraux et nationalistes, les représentants de l’Administration, de la police et de la Justice qui craignent de perdre leurs privilèges à côté des manifestants révolutionnaires radicaux qui aspirent à pousser la révolution du 25 janvier jusqu’au bout de ses potentialités démocratiques et sociales.
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Quand on accuse les Frères Musulmans de tentatives hégémoniques, il y a sans doute du vrai mais le tableau est contrasté. Si certaines conduites laissent penser que les Frères Musulmans ont essayé de profiter de leur arrivée au pouvoir- comme l’aurait fait n’importe quel courant politique dans la même situation- d’autres indices montrent paradoxalement que les Frères Musulmans ont été victimes de leur manque de radicalisme puisque le nouveau président a hésité à nettoyer en profondeur les administrations, la Justice, la police et les médias publics des anciens fonctionnaires qui sont aujourd’hui dans les premières loges de la contestation « révolutionnaire » ! Si le président Morsi avait tenté de nettoyer l’Administration des fonctionnaires de l’ancien régime comme le demandent les jeunes manifestants radicaux, d’autres lui auraient sans doute reproché une violation du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs. La difficulté de répondre en même temps à des demandes aussi contradictoires explique l’impasse dans laquelle s’est retrouvé le nouveau régime de Morsi.
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Mais le plus important à rappeler est que la transition démocratique en Egypte n’est pas chose aisée en raison de facteurs structurels autrement plus déterminants que la couleur politique de la force appelée à la mener à bon port. Le Président Morsi a été élu il y a un an. Il est pour le moins hâtif d’émettre un jugement définitif sur les performances économiques, sociales et politiques d’un nouveau président obligé de gérer une transition démocratique dans un contexte aussi défavorable marqué par le lourd héritage de trente années d’autoritarisme, de corruption et d’infiltration d’intérêts étrangers puissants.
Enjeux diplomatiques
S’il était prévisible que les forces internes qui redoutent le changement allaient tout faire pour torpiller cette transition démocratique, il fallait aussi compter avec les forces externes qui n’ont pas intérêt à voir l’Egypte se relever pour reconquérir son statut géopolitique perdu. Si les médias mainstream mettent tant d’efforts dans leur œuvre de désinformation en cherchant à faire passer la « rébellion » civile du 30 juin pour une nouvelle « révolution » démocratique, c’est qu’ils y trouvent un intérêt géopolitique inavoué. Quel est cet intérêt caché qui fait baver journalistes et ONG du « monde libre » accourus en Egypte pour prêter main forte aux « démocrates » de ce pays mobilisés pour se libérer de la nouvelle « dictature islamiste » ?
Pour comprendre la levée de boucliers des médias mainstream contre les Frères Musulmans en Egypte, il faut rappeler les principes qui guident la politique des puissances occidentales dans la région :
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Contrairement aux slogans servis ici et là, les puissances occidentales ne se soucient que de deux choses essentielles : 1) Leurs intérêts stratégiques- au premier rang desquels il faut compter la sécurité énergétique- 2) La sécurité et la suprématie régionale de l’Etat d’Israël. C’est dans ce cadre que ces puissances chercheront à adapter leur politique de soutien à la « transition démocratique ». Si la stabilité et la démocratie ne contrarient pas leurs intérêts, elles seront prêtes à les soutenir. Le cas contraire, elles seront prêtes à payer le prix de l’instabilité et même de la guerre comme cela se passe en Syrie.
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Si les Frères Musulmans égyptiens sont devenus subitement affreux et méchants aux yeux des médias occidentaux, ce n’est pas tant à cause de leurs violations des libertés individuelles qu’à cause des desseins géopolitiques qu’on leur prête et des velléités d’indépendance nationale qu’ils n’ont cessé de montrer depuis leur arrivée au pouvoir. A cet égard, le nouveau régime égyptien paie le prix de ses nouvelles orientations diplomatiques : 1) Soutien à la cause palestinienne et au Hamas même si le régime égyptien ne le crie pas sur tous les toits pour ne pas s’attirer les foudres de ses adversaires. 2) Rapprochement avec l’Iran. 3) Rapprochement avec les pays membres du BRICS en vue de diminuer la dépendance à l’égard des Etats-Unis héritée de l’ancien régime.
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Le nouveau régime du président Morsi paie également les frais de l’atavisme idéologique qui habite les appareils académiques et médiatiques occidentaux suivant lesquels il ne saurait y avoir d’autre modèle de démocratie que celui que l’occident a produit dans son aventure de sécularisation en partant de son noyau théologico-politique judéo-chrétien. L’occident peut à la rigueur utiliser les islamistes dans ses opérations stratégiques soft pour balayer les régimes nationalistes qui lui posent problème mais il a du mal à admettre qu’une modernité endogène puisse émerger dans les pays d’islam à partir des valeurs propres à cette civilisation. L’acharnement des médias occidentaux contre la Turquie d’Erdogan et l’Egypte de Morsi dénote un ethnocentrisme des plus aveugles et qui pourrait avoir des conséquences diplomatiques graves sur la paix et la sécurité régionales. A cet égard, il faut rappeler l’amalgame systématique fait par les médias occidentaux quand ils rapportent les dépassements commis par des groupes salafistes radicaux au demeurant minoritaires mais qu’ils cherchent à confondre sciemment sous le vocable « islamistes » pour mieux les diaboliser.
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Mais le plus grave est que le nouveau régime égyptien a également échoué sur un autre front diplomatique sensible. Les Frères Musulmans n’ont pas réussi à mobiliser auprès de leurs riches voisins arabes les investissements nécessaires au lancement d’une nouvelle politique économique et sociale. Les aides de l’Arabie saoudite et du Qatar n’ont pas été à la hauteur des attentes. Pire, aussi incroyable que cela puisse paraître, il est désormais acquis que le front anti-Morsi bénéficie du soutien actif de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Il suffit de voir comment la télévision satellitaire à capitaux saoudiens Al Arabiya est devenue le vecteur numéro 1 de la nouvelle « révolution » du 30 juin pour s’en convaincre. Israël et ses alliés occidentaux se frottent les mains. Outre les ONG « démocratiques » acquises à leur cause qui activent en Egypte, ils peuvent compter sur la capacité de nuisance autrement plus efficace de ces deux pétromonarchies du Golfe qui mettent leurs milliards de dollars au service de la subversion du régime de Morsi.
Ce faisant, ces pétromonarchies font payer au régime de Morsi le prix de son rapprochement avec l’Iran et de sa volonté de renouer avec le leadership régional arabe qui leur fait de l’ombre. Mais plus que tout, ces pétromonarchies redoutent la contamination de la révolution du 25 janvier et le fait que les Frères Musulmans puissent être appelés dans un avenir proche à jouer les premiers rôles dans les processus de changement dont les prémisses commencent à apparaître dans ces sociétés conservatrices qui doivent au robinet de la rente pétrolière le fait d’avoir été jusqu’ici épargnées par le « printemps arabe ».
Quelles perspectives ?
Il est triste de voir l’argent arabe servir à saboter la transition démocratique dans un pays arabe dont le redressement donnerait le signal à une renaissance arabe prometteuse aussi bien pour la prospérité des nations que pour la liberté et la dignité des citoyens. Mais le peuple égyptien n’a pas encore dit son dernier mot. Comme il s’est débarrassé hier du régime autoritaire, corrompu et vendu de Moubarak, il saura éviter les pièges de ceux qui voudraient le voir succomber aux démons de la division et de la guerre civile. Comme l’ont rappelé à juste titre les éditorialistes du célèbre quotidien Al Ahram, des deux côtés, du côté des pro comme du côté des anti-Morsi, il y a un élan patriotique que nulle puissance intéressée ne saurait dévier vers l’autodestruction de l’Egypte.
Le président Morsi a reconnu ses erreurs et a appelé ses adversaires à une concertation en vue d’une sortie consensuelle de la crise. On aurait souhaité qu’il le fasse plus tôt pour épargner à son pays les risques d’un déchirement préjudiciable à ses intérêts supérieurs. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Dans un contexte politique où la volonté populaire est si divisée puisque les deux camps sont presque à égalité, les élites politiques devraient faire preuve d’une grande sagesse et accepter volontairement de faire des concessions pour éviter le pire.
Dans ce contexte, l’armée égyptienne dont le commandement s’est honoré en refusant d’intervenir contre la volonté du peuple durant la révolution du 25 janvier 2011 sera appelée à jouer un rôle décisif. Mais elle serait mal avisée d’intervenir aujourd’hui contre un président démocratiquement élu tant que ce dernier ne s’est pas rendu coupable de violation flagrante de la légalité constitutionnelle sous peine d’apparaître comme une armée qui aura pris la défense d’une partie de la société contre l’autre, ou pire encore, comme une armée qui aura succombé aux pressions des puissances régionales et internationales qui redoutent par-dessus tout le retour de la grande Egypte sur la scène géopolitique du Moyen Orient.
Mohamed Tahar Bensaada




