Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 06/07/2012

Grève de la faim des déportés mauritaniens: Des dignitaires du Fouta se mobilisent

altUne forte délégation des dignitaires du Fouta, composée d’anciens ministres, des députés et des personnalités publiques, est venue preter main forte aux réfugiés mauritaniens qui sont en grève de la faim depuis le 19 Juin 2012 à Dakar, Sénégal. Conduite par l’ancien vice -président de l’Assemblée nationale, le doyen Aboubacry Kane, l’ecrivain et ancien ministre, Cheikh Hamidou Kane, l’ancien ministre des finances, Mamoudou Touré, les Présidents Kalidou Keneme, Boubacar Kane, Mamadou Mignane Diouf , la veuve de l’ancien président de l’Union pour la Solidarité et l’Entraide (USE), Amadou Malik Gaye et Racine Kane, la délégation a déclaré etre solidaire des refugiés Mauritaniens qui vivent le calvaire depuis les déportations massives de 1989. Après plus d’une heure de discussion empreinte d’émotion, la délégation est prète à s’engager pour trouver un dénouement heureux à la crise.« Nous allons tout faire, nous allons parler aux autorités du Sénégal et du HCR pour qu’on trouve un dénouement à cette crise » a souligné le doyen Aboubacry Kane, connu pour son sérieux et son engagement pour la paix. Abondant dans le meme sens, l’écrivain et ancien ministre, Cheikh Hamidou Kane et l’ancien ministre des finances, Mamoudou Touré ont tous les deux déploré les conditions dans lesquelles vivent les réfugiés avant de demander aux réfugiés de revenir sur leur mot d’ordre de grève. 
Pour leur part, les refugiés sont revenus sur leurs conditions de survie, le mépris du Haut commissariat pour les Réfugiés (HCR) et du gouvernement mauritanien. « Nous sommes d’autant plushonorés de vous voir ici, que plus quie vous avez eu à jouer un rôle important dans le passé pour aider les Noirs de la Mauritanie à vivre dignes et heureux dans leur pays. Après les déportations, vous vous êtes mobilisés pour venir en aide à vos frères injustement déportés de leur patrie historique, » a souligné Aljouma Cissokho, au nom de la Coordination des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Les réfugiés, engagés dans une grève de la faim dénoncent le racisme d’Etat qui a été à l’origine de leur déportation et la précarité de leurs conditions de vie dans les camps de réfugiés et dans les grandes villes comme Dakar.
Abda Wone-Dakar-Sénégal.

Flamnet-Agora: La réaction d´Ahmed Jiddou Ould Aly et le texte hommage à nos martyrs de Boye Alassane par Mamadou Sy

altDans son récent posting, Ahmed Jiddou Ould Aly fait erreur par oubli quand dit ceci:
” Enfin, je me permets de rappeler à l´auteur de l´article que l´exécution des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n´est pas « la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d´Etat, sans doute parce qu´ils étaient noirs ». En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise de pouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s´est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir ! “
En réalité Monsieur Ould Jiddou, voici les faits et ils confirment le propos de Bâ Mamadou Kalidou:
1. La tentative de coup d’État des Officier Négro-Africains n’a jamais connu un début d’exécution.
2. Abdoul Aziz president de L’ODH (http://http://www.odh-mauritanie.com) a failliUne balle dans la jambe la jambe de Soumaré Abdoul Aziz a interrompu la poursuite contre Kader. Pour la petite histoire, Kader avait fini par prendre le chef d’Etat Major en Otage. La poule mouillée a failli faire réussir le Putsh en coopérant avec son agresseur pour sauver sa vie. La poule mouillée s’appelait Maaouya ould Sid Ahmed Taya futur président de Mauritanie et futur auteur de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité. Bref, s’il faut s’en tenir aux faits, retenons plutôt le constat de Bâ Mamadou Kalidou: Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi ont été exécutés le 6 décembre 1987sur la base d’un projet de putsh… Sans doute parce qu’ils étaient noirs?
J’invite les lecteurs à lire un témoignage/hommage de Boye Alassane qui a échapé de peu à l’exécution des officiers négro-africains le 6 Décembre 1987. Un autre texte riche et profond dans la lignée de celui de Bâ Mamadou Kalidou.
 
Mamadou SY-FLAMNET

HOMMAGE À NOS TROIS PREMIERS MARTYRS Par Boye Alassane
Harouna

 
 
Le 22 octobre 1987, pour avoir tenté de renverser le Pouvoir raciste du Colonel Taya, voulu mettre fin au racisme d’État et instaurer une égalité communautaire dans le pays, plusieurs dizaines d’officiers et sous-officiers négro-africains sont arrêtés à Nouakchott, Nouadhibou, Zoueïratt. Regroupés à Jreïda, ils y sont jugés par une cour spéciale de justice. Le 3 décembre 1987, à l’issue d’une audience de 16 jours, la cour spéciale rend son verdict. Il est sans appel ; de très lourdes condamnations sont prononcées ; trois peines capitales sont retenues contre les lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi. Tous les efforts déployés par diverses personnalités étrangères pour surseoir à leur exécution, ou obtenir la commutation de leurs peines, ayant rencontré une fin de non recevoir du Colonel Taya, ils furent passés par les armes le 06 décembre 1987, à l’aube, à quelques mètres au sud-ouest de la base militaire de Jreïda.
Ils étaient à la fleur de l’âge. Comme beaucoup le firent avant eux et après eux, ils auraient pu, à pas feutrés, «construire leur carrière! Mais entre les deux termes de l’alternative qui se présentait à eux : la satisfaction du «Moi » et l’avènement d’une cohabitation sur des bases égalitaires entre Noirs et Arabo-berbères, ils avaient choisi le second terme. Car ils avaient conscience que l’épanouissement de leur « Moi » ne pouvait pas être réel, effectif et durable, dans la négation de fait, de l’ensemble que constitue la communauté négro-africaine dont leur « Moi » faisait justement partie intégrante. Les dangers auxquels leur vie était exposée dans l’éventualité d’un échec du putsch, ils en parlaient en septembre 1987 ; soit un mois avant les arrestations, et seulement deux mois avant leur exécution. Ces dangers, ils en avaient donc pleinement conscience ; et ils les assumaient avec une sérénité toute éblouissante. Nous ne nous lasserons jamais de le souligner : sur un plan strictement juridique, et en dehors de tout constat objectif d’un début d’exécution, la seule réalité incontestable du coup d’État et l’implication certaine dans sa conception, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi, ne justifiaient pas qu’ils fussent exécutés. Pour autant, était-il possible, dans le contexte historique de l’époque, que le peloton d’exécution leur fût épargné par le Colonel Taya ? Quelle est la signification politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains ? En quoi fut-il, par rapport à l’exercice du pouvoir politique et à la coexistence entre Arabo-berbères et Négro-africains, un facteur générateur d’une révolution des mentalités ? En
quoi, et dans quel sens peut-on dire que l’ « ouverture démocratique » amorcée en 1991/1992, on la doit aussi à nos trois premiers martyrs (Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ Seydi) tombés sous les balles du peloton d’exécution, et au sang de toutes les victimes négro-africaines de 1989 à 1991 ? 6 décembre 1987, 6 décembre 2001 : 14 ans après l’exécution de nos trois premiers martyrs, nous tenterons, en guise de commémoration, et pour leur rendre un ultime hommage, d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions et à certaines autres qui leur sont connexes.
La dimension politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains.
1. Dimension politique
Le 10 juillet 1978 l’armée prend le pouvoir. Le Colonel Salek dirige l’État mauritanien. De cette date à nos jours, les statistiques dont nous disposons
révèlent pas moins de douze coups d’État conduits avec succès ou déjoués avant ou en cours d’exécution ; connus ou inconnus du grand public ; opérés avec force ou en douceur sous forme de révolution de palais. De ces douze putschs, retenons-en les cinq qui ont été conduits jusqu’au bout, et qui ont abouti à un changement à la direction de l’État mauritanien. Il s’agit de ceux qui ont vu l’accession au pouvoir des Colonels Salek, Louly, Bouceïf, Haïdallah et Taya. Excepté le Colonel Moustapha ould Salek (qui ne conserva pas longtemps le pouvoir), aucun de ces hommes portés au pouvoir par un putsch n’était véritablement porteur ni d’un projet de société ni d’un programme politique nouveau. Les véritables mobiles de leur putsch, ne se posaient donc pas en termes de rupture avec une orientation politique de leur prédécesseur. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un changement dans la continuité. Changement ? Changement d’hommes – très souvent accompagné d’un changement de leur identité tribale ou régionale – à la direction de l’État. Continuité ? Dans le sens du maintien, dans ce qu’elles avaient de fondamental, des options politiques du prédécesseur ; de ses pratiques et méthodes de gouvernement. Ainsi, en termes de nouvelle orientation politique, il n’y eut réellement de rupture significative avec le passé qu’en 1978, avec la prise du pouvoir du colonel Salek. Son programme politique proclamé et mis en Å“uvre, même s’il ne s’attaquait pas au racisme d’État, avait le mérite d’exister. On s’en souvient, il s’articulait autour de trois points dont les deux principaux étaient : « Arrêt de la guerre » contre le Front Polisario, (Guerre absurde à laquelle ni l’armée ni le pays n’étaient préparés). « Redressement de l’économie » (qui était à genoux au bout de trois années de guerre). Le changement des hommes à la tête du pays ainsi que celui de l’appartenance tribale ou régionale du nouveau maître du pays s’opéraient et s’inscrivaient dans une logique de continuité absolue par rapport au monopole du pouvoir politique par les Arabo-berbères. Autrement dit, il restait maintenu et sauvegardé, ce statu quo qui consacre de fait la domination écrasante des Arabo-berbères et l’exclusion des Négro-africains. Telles étaient les caractéristiques principales des coups d’État qui eurent lieu dans le pays. Le coup d’État des militaires noirs, déjoué en octobre 1987, met fin à cette tradition de changement dans la continuité. Lui, se présentait en termes de rupture absolue avec tout ce que, en matière de coup d’État, le pays avait connu jusque là. L’expression de cette rupture se définissait par l’originalité de sa conception technique et opérationnelle, mais aussi et surtout par son contenu politique dont ses auteurs étaient porteurs. En effet, pour la première fois dans l’histoire politique du pays, par le biais d’un putsch, l’alternance au sommet de l’État était envisagée, et en voie d’être réalisée. Il va sans dire qu’il ne s’agissait point d’une alternance au sens d’un renouvellement des hommes à la tête de l’État ; renouvellement toujours confiné au sein de la communauté arabo-berbères ; il s’agissait plutôt, disons-le clairement, d’une alternance perçue sous forme d’un transfert du contrôle politique de l’État, de la communauté arabo-berbère vers la communauté négro-africaine. Ne s’agissait-il pas alors, pourrait-on dire, d’instaurer un nouveau monopole du pouvoir politique, qui, cette fois, serait au profit des Négro-africains ?Non, parce que ce serait substituer une aberration politique à une autre ; une injustice à une autre.
Cette alternance politique, précisons-le aussi, n’était pas considérée comme une fin en soi. Elle devait tout naturellement constituer une transition devant
aboutir à un exercice conjoint, et non unidimensionnel du pouvoir politique en Mauritanie. Dès lors, il apparaît clairement que ce qui était mis en cause et
ciblé, c’était bien le statu quo politique patiemment élaboré et établi depuis l’indépendance ; c’était le caractère raciste de l’État mauritanien. C’est en
cela, nous semble-t-il, que réside la véritable dimension politique du coup d’État du 22 octobre 1987. Et c’est parce que les lieutenants Sarr Amadou, Sy
Saïdou, et Bâ Seïdy symbolisaient cette dimension politique du coup d’État d’octobre 1987, qu’il était difficile que Taya leur épargnât le peloton d’exécution. Il eut fallu, pour qu’il en fût autrement, qu’il fût animé par la double volonté politique suivante : remettre en question le monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Mettre en perspective une cohabitation des deux communautés sur la base d’un partage du pouvoir politique.
2. Dimension historique
Mais la mise en cause du système politique raciste en Mauritanie a un passé, une histoire. Son processus a connu trois phases majeures.
Acte I : Il se situe à la veille de l’indépendance (déjà !). Des voix s’élèvent, au sein de certaines organisations négro-africaines, pour exprimer des appréhensions quant à une cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains dans le cadre d’un État unitaire.
Acte II : 1966. Un peu plus de 6 ans après la prophétie de leurs aînés sur le devenir de l’entité négro-africaine en Mauritanie, et comme pour leur donner
raison a posteriori, 19 cadres négro-africains publient un document historique. Ils y dénoncent systématiquement la discrimination raciale déjà en oeuvre,
notamment dans l’enseignement.
Acte III. Vingt ans après, en 1986, les Flam publient le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé. Il actualise et approfondit la dénonciation du
système politique raciste, à la lumière des données nouvelles nées de la généralisation et de l’accentuation de l’exclusion des Négro-africains.
Le coup d’État des militaires négro-africains, déjoué le 22 octobre 1987, ne peut donc pas être perçu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il n’est pas un phénomène fortuit. Il est le produit de la généralisation et de l’enracinement du racisme d’État. Aussi s’inscrit-il tout naturellement dans une continuité historique de la campagne de dénonciation et de lutte contre le système politique raciste, lancée 21 ans plus tôt. Il en constitue à la fois l’aboutissement et le prolongement.
 Il en est l’Acte IV. C’est tout cela qui lui confère sa dimension historique. Le coup d’État du 22 octobre 1987 en tant que vecteur d’une révolution des
mentalités. L’injustice et l’oppression appellent toujours la résistance. Cela est amplement attesté par l’histoire. Dans le contexte mauritanien, cette loi s’est vérifiée aussi. D’abord pressenti, le racisme d’État fut aussitôt dénoncé, dès son instauration ; ainsi que nous venons de le voir plus haut. Mais le paradoxe
dans le cas mauritanien fut que la résistance est restée longtemps sans être, en termes d’intensité et de continuité, à la mesure de l’ampleur de la discrimination raciale. En d’autres termes, tandis que le racisme d’État s’installait, se généralisait, s’enracinait, la résistance qu’il appelait, elle, quand elle n’était pas absente (de 1967 à la fin des années 1970), ne se manifestait que sporadiquement (1966 et 1986) à travers le document des «19» et le Manifeste des Flam. Ponctuée par des moments de silence, d’éclipse, la lutte contre le racisme d’État a revêtu, jusqu’en 1986, un caractère à la fois « pacifique » et « défensif ». Son caractère « pacifique » consistait en ce qu’elle ne s’exprimait que sous la forme de stigmatisation du racisme d’État à travers des documents. Son caractère « défensif » consistait en ce qu’elle réagissait beaucoup plus à l’enracinement du racisme d’État qu’elle n’anticipait son évolution.
Si cet état de choses perturbait le sommeil des tenants du système raciste, il ne les empêchait pas pour autant de dormir ; le contrôle de l’État restait
entre leurs mains ; il assurait la pérennité du racisme d’État. Les choses, sur ce plan, changent en 1987. La lutte contre le racisme monte d’un cran. Elle
enregistre un bon qualitatif. Elle se présente en termes « violents », étant entendu que même mené en douceur, sans effusion de sang, un coup d’État
comporte toujours un aspect contraignant, coercitif. Dès lors, nous n’avons plus, ici, affaire à une dénonciation du racisme d’État. Il s’agit de conquérir
le Pouvoir, pour débarrasser l’État de son caractère raciste.  Ce passage inattendu, « brusque », de l’étape de dénonciation du racisme, à la volonté
affichée de prendre le pouvoir, fut la nouvelle donnée qui, soudainement, bouleversa la perception que les uns et les autres, au sein des deux communautés, avaient du droit à l’exercice du Pouvoir en Mauritanie.BEn effet, une loi non écrite, mais bien établie dans le subconscient de bon nombre de Mauritaniens (y compris l’élite) des deux communautés, présentait l’État comme la propriété exclusive des Arabo-berbères, auxquels revenait le «droit» de le diriger. Dans les faits, nous l’avons vu, l’exercice du pouvoir politique s’est toujours effectué conformément à cette loi non écrite. A cet égard la réflexion qui, en 1992, échappe de la bouche du chef d’un parti politique, est fort édifiante : « Les Négro-africains, disait-il, ne représentent que 20 % de la population, par conséquent, ils ne doivent pas diriger le pays. » Par ces propos, ce responsable politique obtus montre qu’il n’a rien compris à la signification politique du coup d’État d’octobre 1987 ; en même temps, il confirme la réalité de cette loi non écrite qui fait du Négro-africain un citoyen dépossédé du droit d’accéder à la plus haute charge de l’État. C’est précisément cette loi tacite que le coup d’État des militaires noirs d’octobre 1987 a tuée. En effet, par rapport à cette loi tacite, le putsch du 22 octobre 1987, même déjoué, constituait un message clair. Il signifiait aux uns que l’État devait être au service de tous les mauritaniens ; que sa direction devait être, soit légalement ouverte à tous les Mauritaniens quelle que fût leur appartenance communautaire, soit conquise par la force. Aux autres, il signifiait qu’en matière d’exercice du pouvoir, il n’y avait pas de fatalité ; qu’en Mauritanie, il ne devait pas y avoir une communauté faite pour gouverner et une autre née pour être gouvernée. C’est le contenu de ce message qui, passé les moments d’effroi, d’émoi et de stupeur, s’est incrusté dans les esprits, au lendemain du coup d’État du 22 octobre 1987.
Une nouvelle perception du pouvoir, de son exercice, était brusquement née ; un nouvel état d’esprit aussi même si on ne l’avouait pas. Les lieutenants Sarr
Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi furent crucifiés, et leurs compagnons damnés, parce que le coup d’État du 22 octobre 1987, dont ils étaient les auteurs,
marquait la naissance d’un processus qui tuait brutalement ce qui, dans le système politique raciste, faisait de l’État en Mauritanie, la « chose héréditaire » au sein de la communauté arabo-berbère ; c’est-à-dire cette idée, cette mentalité selon laquelle, seul l’Arabo-berbère devait gouverner la Mauritanie. Et ce processus-là, il fallait l’arrêter. Il ne fallait pas qu’il eût des continuateurs.
« L’ouverture démocratique » en cours en Mauritanie tire ses racines d’un contexte fertilisé par le sang de nos martyrs et arrosé par les larmes de la
communauté négro-africaine. À partir du 22 octobre 1987, le régime du colonel Taya s’employa farouchement à dissuader, à décourager toute tentative
d’éradication du racisme d’État. La logique macabre d’extermination des Négro-africains est mise en marche. Elle ne s’arrêtera plus, pendant quatre
ans. 6 décembre 1987. Les lieutenants Sarr, Sy et Bâ sont exécutés. À Oualata, entre le 26 août et le 13 septembre 1988, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf
Guéye, Bâ Abdoul Khoudouss et Djigo Tabssirou meurent dans des conditions de détention inhumaines. 1989. Le conflit sénégalo-mauritanien, s’il na pas été délibérément provoqué par le régime de Taya, fut largement mis à profit pour déporter des milliers négro-africains au Sénégal et au Mali. 1990/1991. Accusés de complot, des centaines de militaires noirs sont arrêtés, torturés, écartelés, tués froidement. Au sein des forces armées et de l’administration,
les Noirs sont épiés, traqués, ciblés. Pendant quatre ans, les Noirs subiront le martyre du fait de la logique d’extermination du colonel Taya. Or, cette
politique d’extermination impliquait nécessairement des violations des droits humains à une grande échelle. Elles eurent lieu, et furent si massives et
graves qu’elles suscitèrent la ferme condamnation de la communauté internationale. En effet, les violations des droits humains, l’environnement
international ne les supportait plus. Les temps avaient changé. Il n’y avait que les despotes tournés vers le passé qui ne l’avaient pas compris. L’empire
soviétique s’engageait dans l’éclatement, entraînant la fin de la guerre froide et le déclin des autres régimes totalitaires. Le principe de non-ingérence dans
les affaires intérieures des États cédait peu à peu la place à la notion naissante du devoir d’ingérence. Le vent de la démocratisation balayait tous
les continents. Tout, tant sur le plan intérieur, qu’international, était réuni, pour isoler, étouffer le régime raciste et tyrannique du colonel Taya.
Pour desserrer l’étau, il n’avait d’autres choix que celui de se mettre à la « mode » du temps : amorcer une « ouverture démocratique ». C’est ce qu’il fit.
Pas par conviction ni par adhésion aux valeurs de la démocratie. Il le fit pour préserver son trône, pour reculer l’échéance de sa chute.
Le 14ème anniversaire de l’exécution des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi intervient juste après les élections législatives et municipales. Avec plus de dix sièges, l’opposition fait une entrée remarquée à l’assemblée nationale. Elle gagne aussi plusieurs communes importantes. Ces victoires de
l’opposition (une partie de l’opposition) , sont-elles le fait d’un dysfonctionnement du mécanisme de la fraude ? Ont-elles été programmées par le
régime pour crédibiliser les élections et justifier la stratégie de participation de l’opposition à ces élections. Il est encore trop tôt pour apporter des réponses à ces questions. En tout état de cause, le régime du colonel Taya reste fondamentalement raciste, esclavagiste et despotique. Il ne peut pas conduire une véritable démocratisation du pays. La preuve : dix ans après sa mise en oeuvre, l’ « ouverture démocratique » balbutie toujours. Et les problèmes majeurs, à l’origine de cette « ouverture démocratique » restent entiers : le racisme d’État ; la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains ; le partage du pouvoir ; l’État unitaire, ou l’autonomie dans le cadre d’un État fédéral ; l’enquête sur les violations des droits de l’homme
; le sort des auteurs de ces violations des droits de l’homme. L’exécution, le 6 décembre 1987, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ Seydi, et le massacre de plusieurs centaines de Noirs, civils et militaires, entre 1989 et 1991, ont actualisé certaines de ces questions et posé d’autres.
Il nous appartient, à défaut de les résoudre, de nous prononcer clairement sur ces questions. Nous devons le faire par devoir de mémoire. Nous devons le faire par amour pour la Mauritanie et pour son devenir. Car tant que ces questions ne sont pas résolues sur des bases justes, le pays est en danger. Qu’Allah
accueille dans son paradis tous ceux qui, de 1987 à 199, sont morts à cause de ces problèmes. Pour louer les qualités d’une personne ou ses faits d’armes, nous avons coutume, dans nos sociétés négro-africaines, de prononcer de façon appuyée et répétitive son nom de famille.
A l’adresse de nos trois premiers martyrs, je dis : Sarr Amadou, « seydi » Sarr ! Sy Saïdou, «seydi» Sy ! Bâ Seydi, «seydi» Bâ ! Que vos âmes reposent en paix.
BOYE ALASSANE HAROUNA

6 décembre 2001 sur FLAMNET

Réponse à la réponse d´Ahmed Jiddou Ould Aly sur le putsch de 1987

Dans son récent posting, Ahmed Jiddou Ould Aly fait erreur par oubli quand dit ceci : ” Enfin, je me permets de rappeler à l’auteur de l’article
que l’exécution
des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n’est pas « la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d’Etat, sans doute parce qu’ils étaient noirs ».  En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise de pouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s’est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir ! “
En réalité Monsieur Ould Jiddou, voici les faits et ils confirment le propos de Bâ Mamadou Kalidou:
1.  La tentative de coup d’État des Officier Négro-Africains n’a jamais connu un début d’exécution.

2.  En revanche, les opérations du Pustsh manqué du 16 mars a bel et bien été exécuté par le groupe de Kader et Ahmed Salem ould Sidi. Notre ami Soumaré Abdoul Aziz president de L’ODH a failli y laisser sa vie en poursuivant Kader dans les escaliers au CQG de l’État Major National. Une balle dans la jambe la jambe de Soumaré Abdoul Aziz a interrompu la poursuite contre Kader.  Pour la petite histoire, Kader avait fini par prendre le chef d’Etat Major en Otage.  La poule mouillée a failli faire réussir le Putsh en coopérant avec son agresseur pour sauver sa vie.  La poule mouillée s’appelait Maaouya ould Sid Ahmed Taya futur président de Mauritanie et futur auteur de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité Bref, s’il faut s’en tenir aux faits, retenons plutôt le constat de Bâ Mamadou Kalidou: Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi ont été exécutés le 6 décembre 1987 sur la base d’un projet de putsh… Sans doute parce qu’ils étaient noirs?

J’invite les lecteurs à lire un témoignage/hommage de Boye Alassane qui a échapé de peu à l’exécution des officiers négro-africains le 6 Décembre
1987.  Un autre texte riche et profond dans la lignée de celui de Bâ Mamadou Kalidou.

Mamadou SY.
HOMMAGE À NOS TROIS PREMIERS MARTYRS Par Boye Alassane Harouna
Le 22 octobre 1987, pour avoir tenté de renverser le Pouvoir raciste du Colonel
Taya, voulu mettre fin au racisme d’État et instaurer une égalité communautaire
dans le pays, plusieurs dizaines d’officiers et sous-officiers négro-africains
sont arrêtés à Nouakchott, Nouadhibou, Zoueïratt. Regroupés à Jreïda, ils y
sont jugés par une cour spéciale de justice. Le 3 décembre 1987, à l’issue
d’une audience de 16 jours, la cour spéciale rend son verdict. Il est sans
appel ; de très lourdes condamnations sont prononcées ; trois peines capitales
sont retenues contre les
lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ
Seydi. Tous les efforts déployés par diverses personnalités étrangères pour
surseoir à leur exécution, ou obtenir la commutation de leurs peines, ayant
rencontré une fin de non recevoir du Colonel Taya, ils furent passés par les
armes le 06 décembre 1987, à l’aube, à quelques mètres au sud-ouest de la base
militaire de Jreïda.
Ils étaient à la fleur de l’âge. Comme beaucoup le firent avant eux et après
eux, ils auraient pu, à pas feutrés, «construire leur carrière »… Mais entre
les deux termes de l’alternative qui se présentait à eux : la satisfaction du
«Moi » et l’avènement d’une cohabitation sur des bases égalitaires entre Noirs
et Arabo-berbères, ils avaient choisi le second terme. Car ils avaient
conscience que l’épanouissement de leur « Moi » ne pouvait pas être réel,
effectif et durable, dans la négation de fait, de l’ensemble que constitue la
communauté négro-africaine dont leur « Moi » faisait justement partie
intégrante. Les dangers auxquels leur vie était exposée dans l’éventualité d’un
échec du putsch, ils en parlaient en septembre 1987 ; soit un mois avant les
arrestations, et seulement deux mois avant leur exécution. Ces dangers, ils en
avaient donc pleinement conscience ; et ils les assumaient avec une sérénité
toute éblouissante.
Nous ne nous lasserons jamais de le souligner : sur un plan strictement
juridique, et en dehors de tout constat objectif d’un début d’exécution, la
seule réalité incontestable du coup d’État et l’implication certaine dans sa
conception, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi, ne justifiaient
pas qu’ils fussent exécutés. Pour autant, était-il possible, dans le contexte
historique de l’époque, que le peloton d’exécution leur fût épargné par le
Colonel Taya ? Quelle est la signification politico-historique du coup d’État
d’octobre 1987 des militaires
négro-africains ? En quoi fut-il, par rapport à l’exercice du pouvoir politique
et à la coexistence entre Arabo-berbères et Négro-africains, un facteur
générateur d’une révolution des mentalités ? En quoi, et dans quel sens peut-on
dire que l’ « ouverture démocratique » amorcée en 1991/1992, on la doit aussi à
nos trois premiers martyrs (Sarr Amoudou, Sy Saïdou, Bâ Seydi) tombés sous les
balles du peloton d’exécution, et au sang de toutes les victimes
négro-africaines de 1989 à 1991 ?
6 décembre 1987, 6 décembre 2001 : 14 ans après l’exécution de nos trois
premiers martyrs, nous tenterons, en guise de commémoration, et pour leur
rendre un ultime hommage, d’apporter quelques éléments de réponse à ces
questions et à certaines autres qui leur sont connexes.
La dimension politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains.
1. Dimension politique
Le 10 juillet 1978 l’armée prend le pouvoir. Le Colonel Salek dirige l’État
mauritanien. De cette date à nos jours, les statistiques dont nous disposons
révèlent pas moins de douze coups d’État conduits avec succès ou déjoués avant
ou en cours d’exécution ; connus ou inconnus du grand public ; opérés avec
force ou en douceur sous forme de révolution de palais. De ces douze putschs,
retenons-en les cinq qui ont été conduits jusqu’au bout, et qui ont abouti à un
changement à la direction de l’État mauritanien. Il s’agit de ceux qui ont vu
l’accession au pouvoir des Colonels Salek, Louly, Bouceïf, Haïdallah et Taya.
Excepté le Colonel Moustapha ould Salek (qui ne conserva pas longtemps le
pouvoir), aucun de ces hommes portés au pouvoir par un putsch n’était
véritablement porteur ni d’un projet de société ni d’un programme politique
nouveau. Les véritables mobiles de leur putsch, ne se posaient donc pas en
termes de rupture avec une orientation politique de leur prédécesseur. Il ne
s’agissait ni plus ni moins que d’un changement dans la continuité. Changement
? Changement d’hommes – très souvent accompagné d’un changement de leur
identité tribale ou régionale – à la direction de l’État. Continuité ? Dans le
sens du maintien, dans ce qu’elles avaient de fondamental, des options
politiques du prédécesseur ; de ses pratiques et méthodes de gouvernement.
Ainsi, en termes de nouvelle orientation politique, il n’y eut réellement de
rupture significative avec le passé qu’en 1978, avec la prise du pouvoir du
colonel Salek. Son programme politique proclamé et mis en œuvre, même s’il ne
s’attaquait pas au racisme d’État, avait le mérite d’exister. On s’en souvient,
il s’articulait autour de trois points dont les deux principaux étaient : «
Arrêt de la guerre » contre le Front Polisario, (Guerre absurde à laquelle ni
l’armée ni le pays
n’étaient préparés). « Redressement de
l’économie » (qui était à genoux au bout de trois années de guerre).
Le changement des hommes à la tête du pays ainsi que celui de l’appartenance
tribale ou régionale du nouveau maître du pays s’opéraient et s’inscrivaient
dans une logique de continuité absolue par rapport au monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Autrement dit, il restait maintenu et
sauvegardé, ce statu quo qui consacre de fait la domination écrasante des
Arabo-berbères et l’exclusion des Négro-africains. Telles étaient les
caractéristiques principales des coups d’État qui eurent lieu dans le pays. Le
coup d’État des militaires noirs, déjoué en octobre 1987, met fin à cette
tradition de changement dans la continuité. Lui, se présentait en termes de
rupture absolue avec tout ce que, en matière de coup d’État, le pays avait connu
jusque là. L’expression de cette rupture se définissait par
l’originalité de sa conception technique
et opérationnelle, mais aussi et surtout par son contenu politique dont ses
auteurs étaient porteurs. En effet, pour la première fois dans l’histoire politique
du pays, par le biais d’un putsch, l’alternance au sommet de l’État était
envisagée, et en voie d’être réalisée. Il va sans dire qu’il ne s’agissait
point d’une alternance au sens d’un renouvellement des hommes à la tête de
l’État ; renouvellement toujours confiné au sein de la communauté
arabo-berbères ; il s’agissait plutôt, disons-le clairement, d’une alternance
perçue sous forme d’un transfert du contrôle politique de l’État, de la
communauté arabo-berbère vers la communauté négro-africaine. Ne s’agissait-il
pas alors, pourrait-on dire, d’instaurer un nouveau monopole du pouvoir
politique, qui, cette fois, serait au profit des Négro-africains ?Non, parce
que ce serait substituer une aberration politique à une autre ; une
injustice à une autre.
Cette alternance politique, précisons-le aussi, n’était pas considérée comme
une fin en soi. Elle devait tout naturellement constituer une transition devant
aboutir à un exercice conjoint, et non unidimensionnel du pouvoir politique en
Mauritanie. Dès lors, il apparaît clairement que ce qui était mis en cause et
ciblé, c’était bien le statu quo politique patiemment élaboré et établi depuis
l’indépendance ; c’était le caractère raciste de l’État mauritanien. C’est en
cela, nous semble-t-il, que réside la véritable dimension politique du coup
d’État du 22 octobre 1987. Et c’est parce que les lieutenants Sarr Amadou, Sy
Saïdou, et Bâ Seïdy symbolisaient cette dimension politique du coup d’État
d’octobre 1987, qu’il était difficile que Taya leur épargnât le peloton
d’exécution. Il eut fallu, pour qu’il en fût autrement, qu’il fût animé par la
double volonté politique suivante : remettre en
question le monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Mettre en perspective une cohabitation des
deux communautés sur la base d’un partage du pouvoir politique
2. Dimension historique
Mais la mise en cause du système politique raciste en Mauritanie a un passé,
une histoire. Son processus a connu trois phases majeures.
Acte I : Il se situe à la veille de l’indépendance (déjà !). Des voix
s’élèvent, au sein de certaines organisations négro-africaines, pour exprimer
des appréhensions quant à une cohabitation entre Arabo-berbères et
Négro-africains dans le cadre d’un État unitaire.
Acte II : 1966. Un peu plus de 6 ans après la prophétie de leurs aînés sur le
devenir de l’entité négro-africaine en Mauritanie, et comme pour leur donner
raison a posteriori, 19 cadres négro-africains publient un document historique.
Ils y dénoncent systématiquement la discrimination raciale déjà en œuvre, notamment
dans l’enseignement.
Acte III. Vingt ans après, en 1986, les Flam publient le Manifeste du
Négro-mauritanien opprimé. Il actualise et approfondit la dénonciation du
système politique raciste, à la lumière des données nouvelles nées de la
généralisation et de l’accentuation de l’exclusion des Négro-africains.
Le coup d’État des militaires négro-africains, déjoué le 22 octobre 1987, ne
peut donc pas être perçu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il
n’est pas un phénomène fortuit. Il est le produit de la généralisation et de
l’enracinement du racisme d’État. Aussi s’inscrit-il tout naturellement dans
une continuité historique de la campagne de dénonciation et de lutte contre le
système politique raciste, lancée 21 ans plus tôt. Il en constitue à la fois
l’aboutissement et le prolongement. Il en est l’Acte IV. C’est tout cela qui
lui confère sa dimension historique.
Le coup d’État du 22 octobre 1987 en
tant que vecteur d’une révolution des mentalités…
L’injustice et l’oppression appellent toujours la résistance. Cela est
amplement attesté par l’histoire. Dans le contexte mauritanien, cette loi s’est
vérifiée aussi. D’abord pressenti, le racisme d’État fut aussitôt dénoncé, dès
son instauration ; ainsi que nous venons de le voir plus haut. Mais le paradoxe
dans le cas mauritanien fut que la résistance est restée longtemps sans être,
en termes d’intensité et de continuité, à la mesure de l’ampleur de la
discrimination raciale. En d’autres termes, tandis que le racisme d’État
s’installait, se généralisait, s’enracinait, la résistance qu’il appelait,
elle, quand elle n’était pas absente (de 1967 à la fin des années 1970), ne se
manifestait que sporadiquement (1966 et 1986) à travers le document des «19» et
le Manifeste des Flam. Ponctuée par des moments de silence, d’éclipse, la lutte
contre le racisme d’État a revêtu, jusqu’en 1986, un caractère à la fois «
pacifique » et « défensif ». Son caractère « pacifique » consistait en ce
qu’elle ne s’exprimait que sous la forme de stigmatisation du racisme d’État à
travers des documents. Son caractère « défensif » consistait en ce qu’elle
réagissait beaucoup plus à l’enracinement du racisme d’État qu’elle
n’anticipait son évolution.
Si cet état de choses perturbait le sommeil des tenants du système raciste, il
ne les empêchait pas pour autant de dormir ; le contrôle de l’État restait
entre leurs mains ; il assurait la pérennité du racisme d’État. Les choses, sur
ce plan, changent en 1987. La lutte contre le racisme monte d’un cran. Elle
enregistre un bon qualitatif. Elle se présente en termes « violents », étant
entendu que même mené en douceur, sans effusion de sang, un coup d’État
comporte toujours un aspect contraignant, coercitif. Dès lors, nous  n’avons plus, ici, affaire à une dénonciation
du racisme d’État. Il s’agit de conquérir le Pouvoir, pour débarrasser l’État
de son caractère raciste… Ce passage inattendu, « brusque », de l’étape de
dénonciation du racisme, à la volonté affichée de prendre le pouvoir, fut la
nouvelle donnée qui, soudainement, bouleversa la perception que les uns et les
autres, au sein des deux communautés, avaient du droit à l’exercice du Pouvoir
en Mauritanie.
En effet, une loi non écrite, mais bien établie dans le subconscient de bon
nombre de Mauritaniens (y compris l’élite) des deux communautés, présentait
l’État comme la propriété exclusive des Arabo-berbères, auxquels revenait le «
droit » de le diriger. Dans les faits, nous l’avons vu, l’exercice du pouvoir
politique s’est toujours effectué conformément à cette loi non écrite. A cet
égard la réflexion qui, en 1992, échappe de la bouche du chef d’un parti
politique, est fort édifiante : « Les Négro-africains, disait-il, ne
représentent que 20 % de la population, par conséquent, ils ne doivent pas
diriger le pays. » Par ces propos, ce responsable politique obtus montre qu’il
n’a rien compris à la signification politique du coup d’État d’octobre 1987 ;
en même temps, il confirme la réalité de cette loi non écrite qui fait du
Négro-africain un citoyen dépossédé du droit d’accéder à la plus haute charge
de l’État. C’est précisément cette loi tacite que le coup d’État des militaires
noirs d’octobre 1987 a tuée. En effet, par rapport à cette loi tacite, le
putsch du 22 octobre 1987, même déjoué, constituait un message clair. Il
signifiait aux uns que l’État devait être au service de tous les mauritaniens ;
que sa direction devait être, soit légalement ouverte à tous les Mauritaniens
quelle que fût leur appartenance communautaire, soit conquise par la force. Aux
autres, il signifiait qu’en
matière d’exercice du pouvoir, il n’y
avait pas de fatalité ; qu’en Mauritanie, il ne devait pas y avoir une
communauté faite pour gouverner et une autre née pour être gouvernée. C’est le
contenu de ce message qui, passé les moments d’effroi, d’émoi et de stupeur,
s’est incrusté dans les esprits, au lendemain du coup d’État du 22 octobre
1987.
Une nouvelle perception du pouvoir, de son exercice, était brusquement née ; un
nouvel état d’esprit aussi… même si on ne l’avouait pas. Les lieutenants Sarr
Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi furent crucifiés, et leurs compagnons damnés,
parce que le coup d’État du 22 octobre 1987, dont ils étaient les auteurs,
marquait la naissance d’un processus qui tuait brutalement ce qui, dans le
système politique raciste, faisait de l’État en Mauritanie, la « chose
héréditaire » au sein de la communauté arabo-berbère ; c’est-à-dire cette idée,
cette mentalité selon laquelle, seul
l’Arabo-berbè re devait gouverner la
Mauritanie… Et ce processus-là, il fallait l’arrêter. Il ne fallait pas qu’il
eût des continuateurs.
« L’ouverture démocratique » en cours en Mauritanie tire ses racines d’un
contexte fertilisé par le sang de nos martyrs et arrosé par les larmes de la
communauté négro-africaine. À partir du 22 octobre 1987, le régime du colonel
Taya s’employa farouchement à dissuader, à décourager toute tentative
d’éradication du racisme d’État. La logique macabre d’extermination des
Négro-africains est mise en marche. Elle ne s’arrêtera plus, pendant quatre
ans. 6 décembre 1987. Les lieutenants Sarr, Sy et Bâ sont exécutés. À Oualata,
entre le 26 août et le 13 septembre 1988, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf
Guéye, Bâ Abdoul Khoudouss et Djigo Tabssirou meurent dans des conditions de
détention inhumaines. 1989. Le conflit sénégalo-mauritanien, s’il na pas été
délibérément provoqué par le
régime de Taya, fut largement mis à
profit pour déporter des milliers négro-africains au Sénégal et au Mali.
1990/1991. Accusés de complot, des centaines de militaires noirs sont arrêtés,
torturés, écartelés, tués froidement. Au sein des forces armées et de
l’administration, les Noirs sont épiés, traqués, ciblés. Pendant quatre ans,
les Noirs subiront le martyre du fait de la logique d’extermination du colonel
Taya. Or, cette politique d’extermination impliquait nécessairement des
violations des droits humains à une grande échelle. Elles eurent lieu, et
furent si massives et graves qu’elles suscitèrent la ferme condamnation de la
communauté internationale. En effet, les violations des droits humains,
l’environnement international ne les supportait plus. Les temps avaient changé.
Il n’y avait que les despotes tournés vers le passé qui ne l’avaient pas
compris… L’empire soviétique s’engageait dans l’éclatement, entraînant la fin
de la guerre froide et le déclin des autres régimes totalitaires. Le principe
de non-ingérence dans les affaires intérieures des États cédait peu à peu la
place à la notion naissante du devoir d’ingérence. Le vent de la
démocratisation balayait tous les continents. Tout, tant sur le plan intérieur,
qu’international, était réuni, pour isoler, étouffer le régime raciste et
tyrannique du colonel Taya. Pour desserrer l’étau, il n’avait d’autres choix
que celui de se mettre à la « mode » du temps : amorcer une « ouverture
démocratique ». C’est ce qu’il fit. Pas par conviction ni par adhésion aux
valeurs de la démocratie. Il le fit pour préserver son trône, pour reculer
l’échéance de sa chute.
Le 14ème anniversaire de l’exécution des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et
Bâ Seydi intervient juste après les élections législatives et municipales. Avec
plus de dix sièges, l’opposition fait une entrée remarquée à  l’assemblée nationale. Elle gagne aussi
plusieurs communes importantes. Ces victoires de l’opposition (une partie de
l’opposition) , sont-elles le fait d’un dysfonctionnement du mécanisme de la
fraude ? Ont-elles été programmées par le régime pour crédibiliser les
élections et justifier la stratégie de participation de l’opposition à ces
élections. Il est encore trop tôt pour apporter des réponses à ces questions.
En tout état de cause, le régime du colonel Taya reste fondamentalement
raciste, esclavagiste et despotique. Il ne peut pas conduire une véritable
démocratisation du pays. La preuve : dix ans après sa mise en œuvre, l’ «
ouverture démocratique » balbutie toujours…Et les problèmes majeurs, à
l’origine de cette « ouverture démocratique » restent entiers : le racisme
d’État ; la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains ; le partage
du pouvoir ; l’État unitaire, ou l’autonomie dans le cadre d’un État fédéral ;
l’enquête sur les violations des droits de l’homme ; le sort des auteurs de ces
violations des droits de l’homme…
L’exécution, le 6 décembre 1987, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ
Seydi, et le massacre de plusieurs centaines de Noirs, civils et militaires,
entre 1989 et 1991, ont actualisé certaines de ces questions et posé d’autres.
Il nous appartient, à défaut de les résoudre, de nous prononcer clairement sur
ces questions. Nous devons le faire par devoir de mémoire. Nous devons le faire
par amour pour la Mauritanie et pour son devenir. Car tant que ces questions ne
sont pas résolues sur des bases justes, le pays est en danger…Qu’Allah
accueille dans son paradis tous ceux qui, de 1987 à 199, sont morts à cause de
ces problèmes.
Pour louer les qualités d’une personne ou ses faits d’armes, nous avons
coutume, dans nos sociétés négro-africaines, de prononcer de façon appuyée et
répétitive son nom de famille.
A l’adresse de nos trois premiers martyrs, je dis : Sarr Amadou, « seydi » Sarr
! Sy Saïdou, «seydi» Sy ! Bâ Seydi, «seydi» Bâ ! Que vos âmes reposent en paix.
BOYE ALASSANE HAROUNA

6 décembre 2001 sur FLAMNET

WWW.FLAMNET.INFO

Flamnet-Agora: réaction à l´article de Ba Mamadou Kalidou sur Flamnet par Ahmed Jiddou Aly

altJe félicite Mamadou Kalidou BA, enseignant chercheur à l’Université de Nouakchott, pour l’effort qu’il a fait  d’étudier les menaces auxquelles notre pays peut faire face. Cette étude a été publiée sur le site FLAMNET: WWW.FLAMNET.INFO Ce genre d’article ou d’étude peut servir un pouvoir responsable, soucieux de mettre en place une réponse adéquate à ces menaces à travers une politique de défense cohérente et efficiente. Il participe aussi au débat et l’enrichit dans un domaine, la sécurité, que nos intellectuels désertent malheureusement. Je n’ai pas la même lecture que l’auteur de l’article de certains évènements, particulièrement de ceux de 1989 ; je n’ai pas non plus la même appréciation des sanctions infligées aux putschistes de 1987 ; enfin je n’ai pas la même perception quant au poids démographique de chacune de nos composantes ni de leurs alliances réelles ou rêvées. Ceci dit, il y a au moins deux menaces qu’il a oubliées de mentionner et qui sont réelles. Je vais commencer par ces dernières:
1) le conflit du Sahara occidentale est en veilleuse certes mais toujours là et peut s’animer à chaque instant. Ses protagonistes sont autrement plus puissants que les rebelles touaregs et l’animosité ou même la haine que se vouent les belligérants de ce conflit est historique (Maroc d’un côté, Algérie et Polisario de l’autre). J’ajoute que deux de nos richesses que nous exploitons maintenant et qui rapportent pour le pays des revenus substantiels sont à un jet de pierre de notre frontière avec ce territoire disputé. Il s’agit du fer de Zouérate et  des installations portuaires  de Nouadhibou.

2) une catastrophe naturelle à laquelle la Mauritanie n’est pas préparée. Comme par exemple une marée noire sur nos côtes ou un gigantesque incendie d’une usine chimique ou d’un dépôt de matières inflammables, etc. Aucune préparation de la population, très peu de moyens et pas de réflexion sur le sujet.  Je ne suis pas sûr que la Mauritanie soit plus outillée aujourd’hui qu’en 2007 au moment de l’inondation de Tintane ou l’explosion d’un stock de gaz au Ksar dernièrement.

La menace la plus actuelle est celle que représente Al Qaïda.  C’est une chance qu’elle soit une menace globale, c’est-à-dire qu’elle vise toute la sous-région
et même le monde entier. La Mauritanie n’est pas la seule à la combattre. Cette menace se présente sous deux formes. La première forme est représentée par des Katibas agissants à partir d’un territoire connu, se déplaçant avec des moyens de transport ordinaires identifiés et dotés d’un armement renforcé. Le nombre des combattants de ses Katibas est évalué à quelques centaines et la base de leur recrutement est réduite et le recrutement lui-même problématique.  Pour cette aile d’Al Qaïda, la politique de défense suivie par la Mauritanie est appropriée et efficace.  La stratégie appliquée qui vise à prévenir les incursions, à tisser des rapports de bon voisinage, à former des coalitions avec les pays du front, à éloigner l’ennemi des frontières nous protège jusqu’à présent assez efficacement. Les derniers développements au nord Mali ne sont pas, à moyen terme, dans l’intérêt d’Al Qaïda. Le MNLA devient un ennemi de plus à ces terroristes.

La deuxième forme d’Al Qaïda est la plus pernicieuse,  la plus secrète, la plus difficile à combattre surtout. Ce sont les cellules internes. Depuis 2007 elles
ne cessent de se manifester soit par des opérations, soit par des attentats. Même si les forces de sécurité ont déjoué certains de leurs attentats  et fait échouer  d’autres actions, la Mauritanie reste exposée et leur menace n’a pas disparu.  La lutte contre ces cellules s’inscrit dans le long terme et les victoires ne sont jamais définitives. Une menace identifiée par Monsieur Ba et  qu’il a appelée « la cohabitation raciale et ethnique » est moins prégnante qu’avant. C’est une menace qui est née avec le pays. Elle est récurrente. Et les revendications qui la portent évoluent et changent selon les acteurs et les circonstances. Les premiers hommes politiques de la Vallée ne cherchaient que l’égalité des droits ; ceux de 66 rejetaient le bilinguisme et niaient qu’il y’eût une majorité maure ; les mouvements actuelles cherchent le partage du pouvoir. Difficile de croire que le pays est au bord d’une guerre civile comme en 1989. Le retour de la majorité des réfugiés, les prémisses d’une solution pour le passif humanitaire, le choix dernièrement de l’un des mouvements les plus irréductibles de la cause noire en Mauritanie de s’investir dans le combat politique local sont autant de signaux d’une évolution vers un climat apaisé. Le recul du gouvernement sur une grande partie des critères posés pour l’enrôlement et qui paraissaient injustes pour une partie des citoyens est la preuve que le combat politique non violent peut donner de bons résultats.  Il faut maintenant chercher à renforcer  cette tendance en créant le climat politique nécessaire pour la mise en place d’un dialogue franc en vue de s’accorder sur un Pacte National qui deviendra la base d’une cohabitation future. Dans tous les cas, il faut que tous en Mauritanie sachent que l’infériorité numérique ne doit pas signifier l’inégalité des droits.

Deux petites choses relevées dans l’article de Monsieur Mamadou Kalidou BA. La première concerne son analyse des causes de la situation au Mali. La chute du régime de Mouammar El Kadhafi n’a pas été « l’une des causes « lointaines » de la situation au Mali » mais bien la cause immédiate de cette situation ! Quand les soldats touaregs de l’armée libyenne ont vu que leur parrain tombait, ils décidèrent de se replier vers les pays voisins. L’Algérie et le Niger n’ayant pas accepté que les « fuyards » restassent sur leurs territoires, ils se rabattirent sur le nord Mali croyant que la zone était à prendre. Ils n’ont réussi jusqu’à présent qu’à donner des idées aux véritables  maîtres des lieux  (Al Qaïda et ses excroissances que sont MUJAO et Ansar Dine) qui hésitaient à franchir le pas vers une sécession.

Enfin, je me permets de rappeler à l’auteur de l’article que l’exécution des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n’est pas «  la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d’Etat, sans doute parce qu’ils étaient noirs ». En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise depouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s’est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir !
 
Ahmed Jiddou Aly-Journaliste et ancien officier de l´armée mauritanienne.