Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 11/07/2012

Réunion à Nouakchott des chefs d’état majors des pays du champ

 

altLes chefs d’Etat major des forces armées algériennes, maliennes et nigériennes sont arrivés mardi soir à Nouakchott ; où ils doivent prendre part à la réunion des pays du champ prévue du 11 au 12 juillet, courant.

Cette réunion se penchera sur le dossier sécuritaire dans la zone du Sahel, notamment sur la question de la menace terroriste.
En plus de la Mauritanie, les pays du champ sont l’Algérie, le Mali et le Niger.Cette rencontre intervient après la réunion à Alger des ministres des affaires étrangères des pays du Maghreb, au cours de laquelle la question de la crise dans le nord du Mali avait été au centre des débats.

 

 

 

Source: ANI

Abdoul Birane Wane : “Les Négro-Mauritaniens restent discriminés dans tous les secteurs”

altLe mouvement Touche pas à ma nationalité continue de maintenir la pression sur Nouakchott. Crée il y a un peu plus d’un an, le collectif exigeait initialement l’arrêt du recensement en cours en Mauritanie, qu’il juge discriminatoire à l’égard des populations noires. Depuis, la lutte s’est intensifiée : les Négro-Mauritaniens (Peuls-Toucouleurs, Soninkés et Wolofs) réclament désormais un véritable partage du pouvoir. En attendant, les manifestations – le plus souvent réprimées par les forces de l’ordre – ne faiblissent pas. Abdoul Birane Wane, 35 ans, est un homme d’apparence discrète. Pourtant, le leader du mouvement ne mâche pas ses mots à l’encontre du régime de Mohamed Ould Abdelaziz, qu’il accuse de racisme. Interview.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous que les Négro-Mauritaniens soient encore sous-représentés au sein de l’appareil de l’État ?

Abdoul Birane Wane : Il n’y a aucun fondement, ni aucune raison objective à cela. On veut nous faire croire que c’est le résultat d’un vote, mais le découpage électoral actuel ne permet pas aux Négro-mauritaniens d’avoir ne serait-ce que le tiers à l’Assemblée nationale. Pour preuve, nous n’avons que 13 députés sur les 95 que compte la chambre basse du pays…  De plus, les gouvernements successifs n’ont jamais compté plus de quatre Noirs. Aujourd’hui, un préfet Maure qui exerce dans les localités du Sud est obligé de chercher un traducteur. Quel intérêt de nous imposer des administrateurs qui ne parlent pas nos langues ? C’est une aberration.

La nomination d’un nouveau bureau en mai a provoqué la colère de certains cadres, qui se sont dits exclus. Y’a-t-il des dissensions au sein du collectif ?

Non, aucune. Nous nous sommes simplement retrouvés dans une situation où ce que nous disions dans les réunions filtrait dans la rue. D’autre part, il ne nous fallait plus uniquement des cadres, mais aussi des hommes de terrain, qui savent mobiliser la population. Une révolution ne se mène pas derrière un ordinateur.

Pourquoi souhaitez-vous créer un “pôle de toutes les forces noires” de Mauritanie ?

Alors que nous sommes certains d’être en majorité par rapport aux Arabo-berbères, les Négro-Mauritaniens restent discriminés dans tous les secteurs. Ceci dit, nous sommes convaincus de l’imminence d’un changement politique en Mauritanie. Une fois ce jour arrivé, nous ne voulons pas que les Négro-Mauritaniens partent en ordre dispersé dans les partis dirigés par les Arabo-berbères ou les Haratines. C’est pour cette raison que nous ne ménageons aucun effort pour que toutes les forces négro-mauritaniennes soient présentes avec un seul pôle, fort et unifié.  

Ne craignez-vous pas que ce projet soit perçu comme étant communautaire ?

On nous le reproche déjà. Ces critiques sont injustes, mais c’est le prix à payer. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’à chaque fois que des décisions importantes sont prises sur l’avenir du pays, nous ne sommes pas présents.

Avez-vous reçu le soutien de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) ?

Lors de notre dernier grand meeting, il est vrai que des députés du RFD (Rassemblement des Forces Démocratiques, principal parti d’opposition) étaient présents. Mais nous ne sommes pas soutenus par la COD. D’ailleurs, alors qu’elle appelle au départ du président [Mohamed Ould Abdelaziz NDLR.], nous réclamons la chute de l’ensemble du système.

Les FLAM (Forces de libération africaine de Mauritanie) viennent d’annoncer leur redéploiement dans le pays, afin de se muer en parti politique. Envisagez-vous également de créer une telle formation ?

Au vu de la lutte que nous menons, le mouvement pacifique reste le cadre le plus adapté. Ce que nous voulons, c’est un partage des responsabilités politiques.

Comment comptez-vous parvenir à vos fins ?

Aujourd’hui, nous faisons appel à toutes les forces qui luttent contre ce pouvoir. Nous sommes d’ailleurs en négociation avec le Mouvement des Jeunes de Mauritanie (MJM), la Coordination de la jeunesse du 25 février, la Coalition du 25 février et El Khor, pour tenter de planifier un programme d’action. Seule la pression de la rue pourra faire chuter le régime.

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Propos recueillis à Nouakchott par Justine Spiegel

COVIRE se déchire: A qui profite le crime?

altLa guéguerre de tranchées que se livrent les désormais deux COVIRE, dirigés par Kane Mamadou Al Housseinou, élu président le 18 février 2012, et Sy Abou, le précédent, dont le mandat était arrivé à terme en mai 2011, démontre une chose : le collectif des victimes de la répression d’Ould Taya, qui courent, depuis des années, derrière le rétablissement dans leurs droits légitimes, est, selon toute vraisemblance, instrumentalisé par des forces occultes. Sinon, comment comprendre que ces frères d’armes, après avoir tant souffert des exactions de leurs homologues maures, continuent à se tirer dessus, des mois et des mois, bloquant, ainsi, tout progrès dans le règlement du douloureux dossier du passif humanitaire qui pollue la cohabitation en Mauritanie ? Comment ceux qui se sont battus pour recouvrer leur dignité et qui incarnaient l’espoir, non seulement de la composante négro-mauritanienne mais, aussi, de tous les épris de paix et de justice, en sont-ils arrivés là ?

Parfum d’instrumentalisation

La décision de Mohamed Ould Abdel Aziz de régler le passif humanitaire, du moins en ce qu’il a qualifié de devoir de mémoire, à travers la prière de Kaédi, le 25 mars 2009, suivi de quelques réparations octroyées aux ayant-droits (orphelins et veuves), a aiguisé les appétits de nombreux rescapés rassemblés en différents collectifs. Certains y ont vu une bonne planque pour assouvir leurs désirs. COVIRE, seul interlocuteur agréé – on se rappelle que Mohamed Ould Abdel Aziz a servi sous la même bannière qu’Abou Sy – engagea, dans la plus grande précipitation, l’identification des victimes censées recevoir les subsides distribuées par la présidence, via son « Monsieur Passif Humanitaire », le général Dia Adama, à l’époque colonel. Beaucoup de larmes cessèrent de couler, le temps de la campagne présidentielle de 2009. Puis les contestations s’élevèrent et ceux qui ont insisté pour le renouvellement du bureau de l’époque, accusent ses représentants d’avoir géré le dossier dans la plus grande « opacité » : doublons dans les listes, omissions et détournements de fonds. La guerre va couver longtemps.
Arrive, alors, le dossier des rescapés, essentiellement ceux du COREMI, l’ossature du COVIRE. La liste, incomplète, publiée par le bureau du ministère de la Défense et la décision de la présidence d’étendre les réparations jusqu’aux auteurs du coup de force de mars 1981 accentuent le doute des rescapés, quant à la volonté de Mohamed Ould Abdel Aziz à mener à bon port le règlement de leur dossier. Face aux contestations de plusieurs victimes, le dossier géré par le général Dia va échoir à une commission logée au ministère de la Défense. Se sentant totalement marginalisé, le COREMI se bat pour être impliqué, surtout pour l’identification des bénéficiaires et la fixation du montant des réparations. Et finit par accuser la direction du COVIRE de «compromission » avec ladite commission. Les amis de Sy Abou clament leur innocence ; ils disent, même, avoir été mis à l’écart des travaux de ladite commission. Une assemblée générale des présidents des différents collectifs, censée apaiser la tension, n’aura pas réussi à enterrer la hache de guerre. Pire, la guéguerre s’amplifie.

L’ancien bureau conteste sa mise à l’écart

Après moult reports, le renouvellement du bureau du COVIRE a lieu neuf fois après l’expiration de son mandat. Un retard dû, selon le secrétaire général, Abou Sidibé, aux difficultés de finaliser le rapport d’exercice, les deux parties n’étant pas parvenues à s’accorder sur son contenu. Pour le COREMI, c’est à cause du refus, pur et simple, du bureau sortant, mis en « minorité », de céder sa place, parce que, explique-t-on, « ils ont transformé le bureau en une affaire de clan et ne veulent pas qu’on découvre le pot aux roses, c’est-à-dire les manœuvres frauduleuses » auxquelles ils se seraient livrés. Ce que les intéressés rejettent en bloc, naturellement, arguant que certains membres du COREMI étaient animés de mauvaises intentions, cherchant, coûte que coûte, à « nous renvoyer de la structure», ce qu’ils ont fait, en organisant une « mascarade », pour imposer « leur » bureau, lors de l’assemblée générale du 18 février, au terme de laquelle l’ancien a été écarté. « Nous sommes surpris de l’attitude de nos camarades qui n’ont pas voulu discuter avec nous, pour arriver à un bureau consensuel », déclare un membre dudit bureau sortant.
Le nouveau bureau élu était ainsi composé : Mamadou Al Housseinou Kane, du COREMI (président) ; Sy Mamadou Youssouf, de CRADPOCIT (secrétaire général) ; Sy Yaya Ousmane, de COVICIM (Relations Extérieures) ; Diallo Hamady du Collectif des Fonctionnaires de Police (chargé de Communication). Les postes de coordinateur et de trésorier, réservés au COVIRE, ont été attribués au REVE et au collectif des veuves. Depuis cette date, il existe deux COVIRE. Le bureau sortant, présidé par l’ex-lieutenant Sy Abou, et le nouveau bureau, dirigé par un autre ancien lieutenant, Kane Mamadou Alhousseinou. Chacun revendique la majorité et, donc, la légitimité. Dans cette guerre de tranchées, le Président a choisi son interlocuteur, en la personne du bureau sortant qu’il vient de recevoir, il y a quelques jours, au Palais. Une audience qui surprend les amis de Kane, dans la mesure où son collectif avait organisé, le mercredi 20 juin, une marche vers le Palais, pour exposer ses doléances.
De fait, leur tentative de rencontrer le président de la République est restée vaine, malgré les promesses d’Ould Ahmed Damou de remettre leur requête à son patron. Le nouveau bureau s’est dit « surpris », par le geste de la Présidence, dans la mesure où leurs collègues les ont accusés d’avoir trahi Ould Mohamed Ould Abdel Aziz. Un argument qui aurait, semble-t-il, pesé, sous les arcades de la Présidence où l’ancien bureau disposerait, dit-on, d’une « influente entrée » La marche de COVIRE « ère nouvelle » n’aurait, donc, pas plu au pouvoir qui se heurte, depuis la reconnaissance des exactions commises contre les Négro-mauritaniens, aux résistances de certains milieux extrémistes maures, estimant que le Président en fait trop pour les « Kori». C’est, apparemment, pour calmer cette aile qu’Ould Abdel Aziz avait décidé d’élargir les réparations aux auteurs du coup de force de mars 1981.
Au cours de leur marche, les victimes de la répression ont exigé l’abrogation de la loi d’amnistie de juin 1993, protégeant, de toute poursuite judiciaire, les auteurs des exécutions extra-judicaires perpétrées, en 1990/91, contre des militaires négro-mauritaniens. Suffisant pour être traité de « traîtres », vis-à-vis d’un président qui a « beaucoup fait » pour les victimes ? Le pas pourrait être vite franchi, si l’on en juge par la promptitude de la réponse à la demande d’audience formulée par le bureau sortant, alors que les amis de Kane attendent, depuis plus deux semaines, une audience avec le Raïs. A en croire un des membres de la délégation reçue au Palais, le Président a promis de satisfaire, très vite, les doléances du COVIRE « originel » Est-ce parce que les élections municipales pointent à l’horizon ? L’avenir proche nous édifiera.

De petits acquis

En demandant l’abrogation de « l’inique loi d’amnistie » et la destitution du Monsieur Passif, Dia Adama, COVIRE/ère-nouvelle aurait suscité l’ire du Palais, parce que le devoir de justice ne ferait partie des engagements entre COVIRE et Mohamed Ould Abdel Aziz, alors président du HCE. Outre l’abrogation de la loi d’amnistie de juin 93, COVIRE/ère-nouvelle a présenté plusieurs revendications : la suite à réserver à la liste des « omis » de la mesure du 2 juin 2011, relative à l’indemnisation du personnel des forces armées et de sécurité ; le règlement des cas des martyrs civils, conformément à celle des martyrs des différents corps de sécurité ; la liquidation du recensement, effectué en janvier 2010, des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 1989, et des fonctionnaires victimes des évènements de 1986, recensés à partir de septembre 2011 ; l’effectivité de la décision du Ministère des Affaires islamiques, en avril 2011, de cartographier les sépultures des martyrs des différents évènements survenus en Mauritanie ; la prise en charge appropriée des rapatriés volontaires, dans le cadre du Programme Spécial d’Insertion Rapide (PSIR) de 1992 à 2000 ; l’octroi de l’état-civil sénégalais, aux enfants nés en déportation ; la prise en charge des études, de la formation et de l’insertion des orphelins des victimes civiles et militaires et des jeunes victimes de la déportation ; la signature d’un accord-cadre pour le retour des réfugiés au Mali ; le, règlement des problèmes d’expropriation foncière dans la vallée du fleuve… Des revendications qui embarrassent le pouvoir qui n’est pas prêt à satisfaire, du moins pour le moment.
Parmi les doléances du COVIRE, le général avait retenu, pour commencer, les réparations aux ayant-droits : terrain à usage d’habitation, deux millions pour les officiers, 1,8 pour les sous-officiers et un million pour les soldats. Des montants qui ont suscité de nombreux remous, avant de conduire à une scission, au sein des ayant-droits dont certains se sentaient floués. En dépit du blocage du processus – certains ayant-droits, 22 familles selon nos sources, attendent toujours d’être indemnisés – l’anniversaire de la Prière aux morts de Kaédi a été fêté, le 25 mars 2012, avec une satisfaction mitigée. Les deux camps n’ont pas la même appréciation du bilan. Le « COVIRE-originel » est satisfait du déroulement de ce dossier, depuis son entame en 2009, tandis que « COVIRE/ère-nouvelle », tout en prenant acte des pas franchis et réitérant son soutien à Mohamed Ould Abdel Aziz, souhaite l’accélération du processus et l’apurement des dossiers en instance, notamment ceux consignés dans la plateforme revendicative, publiée lors de la marche du 20 juin.

Dalay Lam- Le Calame

TPMN: Un nouveau bureau parallèle à celui dirigé par Abdoul Birane Wane

altALAKHBAR (Nouakchott)-Des membres de l’ancien bureau de TPMN, qui ne figurent pas dans l’actuel dirigé par Abdoul Birane Wane, ont mis en place leur propre bureau provisoire dans lequel Dia Alassane est désigné coordinateur. En plus de Dia Alassane, ce nouveau bureau provisoire est composé de dix autres membres : Abdoul Aziz Kane, porte-parole, Houssein Diallo, chargé de relations extérieures, Abasse Diagana, chargé des droits de l’homme, Youssouf Sylla, chargé de la communication, Youssouf Tandia, adjoint au chargé de communication, Yacoub Diakité, chargé de l’organisation, Oumou Ba, chargée des affaires sociales et culturelles, Hachim Diacko, chargé de la collecte de fonds, Kibili Maréga, trésorier et Damissoko Bakary, commissaire aux comptes. Dia Alassane, justifiant la composition du nouveau bureau au cours d’une conférence de presse, ce lundi 10 juillet à Nouakchott  a déclaré : «L’existence de Touche pas à ma nationalité a été très sérieusement mise en danger suite à l’initiative malheureuses de son coordinateur de « court-circuiter » la coordination en créant un bureau sorti de nulle part.»Il a ajouté : «Soucieux de ne pas céder aux démons de la division qui ne feraient que briser l’élan de lutte ainsi enclenchée, la coordination s’est interdite toute activité pour donner la chance aux bonnes volontés de ramener Abdoul Birane Wane et ceux qui le soutiennent à la raison.» 

Mais, selon lui, «force est de constater  que la médiation a échoué. La gravité de la situation du pays et l’urgence de réagir aux dénis de justicealt pour ne pas dire au calvaire de populations fait que l’attentisme n’est plus possible. TPMN a décidé donc de mettre en place un bureau provisoire pour se remettre au travail.» Dia Alassane et son porte-parole, Abdoul Aziz Kane, ont cependant précisé que le bureau provisoire s’inscrit dans la même ligne directrice de TPMN : «Nous sommes tous disposés à travailler avec toutes les organisations progressistes qui œuvrent pour l’éradication du système  raciste et esclavagiste qui relègue les noirs de Mauritanie en citoyens de seconde zone»,  ont-ils déclaré. Dia Alassane et compagnie ont précisé enfin que la paternité du mouvement  n’est pas importante  «L’essentiel, disent-ils, est que si nous sommes sincères nous  (les deux bureaux) allons nous retrouver et regagner la confiance des gens.»

Au Nord-Mali, les nouvelles recrues des jihadistes ont 10 ans

alt« J’ai vu des enfants pleurer, armes à la main, parce qu’ils n’avaient pas été tués au combat. Ils sont persuadés qu’en mourant au front, ils accéderont directement au paradis. Ces enfants subissent un tel lavage de cerveau qu’ils finissent par perdre toute notion de la réalité. ». L’homme qui nous livre ce témoignage édifiant a vécu au contact des salafistes avant de déserter, excédé par leurs méthodes.
Condamné à vivre dans la clandestinité, il nous révèle leurs méthodes de recrutement et les populations ciblées – les enfants et les adolescents en priorité. Ils sont parfois âgés d’à peine 10 ans. A peine plus grands que les fusils Kalachnikov qui leur sont mis entre les mains, selon le témoignage d’un journaliste mauritanien du site AlAkhbar.info qui a pu se rendre récemment à Tombouctou. La population les voit parader fièrement dans les rues, sous la bannière noire des salafistes, vêtus à l’afghane, les pantalons retroussés à la hauteur des chevilles. « L’immense majorité des nouvelles recrues sont des enfants », selon notre témoin.

L’Unicef a lancé l’alerte au début du mois de juillet. Mais il est déjà trop tard, le processus est en marche.
Suivre la voie du jihad

Les recrutements d’enfants se sont accélérés ces dernières semaines, indiquent plusieurs sources que nous avons pu contacter dans le nord du Mali et dans les pays voisins. Un intense travail de propagande est effectué dans les grandes villes afin d’inciter les plus jeunes à suivre la voie du jihad, armes à la main. Certains d’entre eux sont même accompagnés par leurs parents.

Ousmane Amadou Maiga, leader de « Nous pas bouger », un mouvement de jeunes à Gao, ville du nord du Mali, tente de dissuader les enfants de partir. En vain :

« J’essaie de leur parler mais ça ne sert à rien. Je me souviens d’un petit. Il devait avoir 10 ans et revenait du front où il avait participé aux combats contre le MNLA [Touaregs indépendantistes, ndlr]. Il se vantait de pouvoir démonter et remonter un fusil d’assaut en quelques minutes seulement.

Je lui ai dit : “Va aider ta mère à faire les courses, c’est mieux.” Il m’a répondu : “Inquiète-toi plutôt pour ta mère. Tu veux qu’on laisse les Touaregs aller la violer ?”

Que voulez-vous faire ? Ça n’a aucun sens. On est dans l’absurde. »

Les enfants sont laissés dans un dénouement total après la fermeture des écoles, remplacées parfois par des « madrassas » (écoles coraniques) et très souvent par des camps d’entraînement militaire.

Ce sont des proies faciles pour les différentes formations armées qui leur offrent un titre de « jihadiste » pour marquer leur entrée dans le groupe.

Un millier de jeunes recrues (majeures et mineures) ont été formées dans les quatre camps d’entraînement de la région de Gao depuis le coup d’Etat du 21 mars et l’effondrement du Nord-Mali dans la foulée, apprend-on de sources concordantes.

Sous la supervision de cadres du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, groupe dissident d’Aqmi), les jeunes recrues apprennent le maniement des armes et pratiquent l’exercice physique sous toutes ses formes.

Etabli à Tombouctou, Ben Baba Maiga, un jeune de 22 ans, a vu partir plusieurs de ses amis dans ces camps. Il raconte : « Les salafistes se disent envoyés de Dieu. Ils se légitiment ainsi. Ils promettent de l’argent en échange d’une participation à leurs leçons et à leurs exercices, premières étapes du recrutement. Ils font étalage de leurs moyens financiers. Ils ont tout en main. On les voit manipuler de grosses coupures d’euros et de dollars. Cela ne passe pas inaperçu. »

Selon nos informations, les salaires mensuels proposés à ces enfants peuvent monter jusqu’à 600 000 francs CFA (914 euros), en fonction de l’affectation et de la prise de risques. A des années-lumière du salaire mensuel moyen de 35 412 francs CFA (54 euros) dans ce pays, l’un des plus pauvres du monde.

Ceux qui acceptent de prendre les armes sont les mieux payés. Les autres se contentent des opérations de maintenance ou de la conduite des véhicules.
Une « katiba » d’enfants

A Tombouctou, plusieurs témoins nous font état de la présence d’une « katiba » (brigade) formée exclusivement d’enfants, une trentaine au total, âgés de 8 à 15 ans et placée sous les ordres de l’un des émirs les plus puissants d’Aqmi, Abou Zeid, qui a établi ses quartiers dans un bâtiment officiel de la ville.

Encadrés par des hommes mûrs rompus aux techniques de manipulation, les enfants passent leurs journées à écouter l’interprétation que les salafistes font de l’islam et de son livre sacré, le Coran. Des discours radicaux, parfois émaillés de séances de projection vidéo.

Un habitant de la ville témoigne : « Ces enfants sont conditionnés. On les prépare à mourir en leur faisant miroiter le paradis. On leur fait des interprétations systématiquement négatives des textes sacrés. Il n’est jamais question de la tolérance qui est pourtant une valeur essentielle de l’islam. Les salafistes maîtrisent parfaitement l’art de la manipulation. Ces enfants deviennent encore plus radicaux et dangereux que les autres. »

Malgré le climat de suspiscion qui règne dans les villes, toute personne est considérée comme une recrue potentielle. Impossible d’entrer en conversation avec un salafiste sans échapper à une tentative d’embrigadement.

Un Touareg de Tombouctou, approché récemment par ces derniers, témoigne anonymement : « On ne peut pas discuter avec eux. Après deux minutes, ils te demandent si tu appliques bien la charia et ils poursuivent en essayant de te convaincre de rejoindre le jihad. Ils n’ont que ces mots-là à la bouche.

Si tu refuses, ils te suspectent immédiatement d’avoir de la sympathie ou des liens avec la Mauritanie, la France et les Etats-Unis, les trois pays qu’ils disent détester le plus. »

Les recrutements se font tous azimuts, dans le nord du Mali et dans les pays voisins. Au Niger, les convois de 4×4 filant à toute allure à travers les dunes de sable se font de plus en plus réguliers. Tout le monde les reconnaît, ces pick-up climatisés dernier cri.

Basé à Agadez, le porte-parole de l’ex-rébellion touarègue du Niger, Boutali Tchiwerin, peut en témoigner :

« Le Mujao envoie ses combattants nigériens. On les voit de plus en plus souvent. Ce sont des trafiquants de drogue convertis au jihadisme. Ils ont beaucoup d’argent. Ils recherchent des jeunes désœuvrés parce qu’ils sont facilement manipulables.

Les autorités du Niger ne font pas très attention à cela. Elles sont mobilisées sur les moyens à mettre en œuvre pour organiser une intervention militaire africaine. »

Une intervention armée ?

A l’instar du président guinéen Alpha Condé, plusieurs chefs d’Etat africains préconisent la création d’une force d’intervention africaine pour restaurer l’ordre dans le nord du Mali.

Des négociations se poursuivent en parallèle avec les différents protagonistes armés, par l’entremise du président burkinabé, Blaise Compaoré.

Membre fondateur et ancien président de l’Association mauritanienne des droits de l’homme, le professeur Cheikh Saad Bouh Kamara s’alarme :

« On va vers une période de violences et de déstabilisations terrible d’une durée indéterminée. Il existe aussi un risque de guerre civile aux conséquences néfastes et imprévisibles. Des flux massifs de réfugiés maliens sont déjà en train de vivre des situations de précarité extrême dans les pays voisins. »

En attendant, Mujao, Aqmi et Ansar Dine, les trois factions islamistes qui contrôlent le Nord-Mali, consolident leurs positions et se préparent à l’affrontement.

Le porte-parole d’Ansar Dine à Tombouctou, Sandah Ould Bou Amama, prévient :

« Pensez-vous vraiment que nous allons lever le drapeau blanc et leur souhaiter la bienvenue ? Nous sommes prêts à verser jusqu’à la dernière goutte de notre sang s’ils viennent ici. C’est l’enfer que nous leur promettons. »

Claude-Olivier Volluz (Rue89)