Daily Archives: 18/07/2012
Quelle ecole pour la Mauritanie?
Les Etats généraux de l’éducation en cours actuellement en Mauritanie, présentent un fort relent de déjà vu. En effet de l’indépendance a nos jours, notre pays a connu au moins quatre reformes éducatives. Soit une reforme tous les dix ans ; avec les résultats catastrophiques que l’on connait ! Et on continu a cogiter encore.
La Mauritanie est l’un des rares, sinon l’unique pays au monde où l’école a produit exactement l’effet contraire. Sensée raffermir la cohésion sociale, elle est le lieu d’exacerbation de toutes les différences. Supposée inculquer les vertus de la dure labeur, on y cultive le népotisme le plus primaire. Au lieu de l’idéal républicain, on y initie aux idéologies les plus abjectes.
Si les différentes reformes n’ont pas permis a l’école de remplir sa mission, on est en droit de se demander si le problème a une fois, été bien pose. En effet le mal de l’école mauritanienne ne se pose pas seulement en termes de moyens, motivation des enseignants ou de contenu des programmes… Des pays à niveau de développement comparable au notre ont réalisé des prouesses en matière d’éducation; jusqu’aux années 80, le système éducatif malien était parmi les plus performants de la sous-région.
Pour appréhender la problématique du système éducatif mauritanien on ne doit pas faire fi de sa dimension politique et idéologique. Elle doit être la pierre angulaire de toute reforme. En effet, le produit final que l’école met sur la marche découle d’une intention émise par l’autorité politique à travers sa profession de foi. Laquelle intention est transformée en plan par l’exécutif puis en programmes par le département de l’éducation et enfin en objectifs par les enseignants. Il y a donc tout un cheminement qui met en jeux plusieurs protagonistes et aucune révision ne peut prospérer sans s’attaquer à la source du problème. Il s’agit dans un premier temps de se poser toute une série de questions liées les unes aux autres. Quel type de citoyen veut- on forger ? Quel pays veut-on bâtir ? Et enfin dans quel environnement évoluons-nous?
Pour l’UNESCO : << l'éducation doit être un moyen de donner aux enfants comme aux adultes la possibilité de devenir participants actifs de la transformation des sociétés dans lesquelles ils vivent.>> Or, en Mauritanie après un demi siècle, notre société n’a connu aucune mutation: elle reproduit de génération en génération les mêmes particularismes et réplique les mêmes contradictions.
En réalité, chez nous, plus que partout ailleurs l’école est seulement un moyen de promotion sociale avec cette particularité en Mauritanie, d’être en plus un terreau du chauvinisme arabe.
Reformer notre système éducatif est une urgence ; mais pour ne pas retomber dans les mêmes travers, un diagnostic sans complaisance s’impose. De prime abord il faudra faire un état des lieux .Dans un second temps définir une politique éducative efficiente, sans arrière-pensées hégémonistes, mue seulement par la volonté de relever les défis qui nous interpellent. C’est à dire penser une école capable de combler le déficit citoyen, produire des compétences aptes a nous sortir du sous-développement et prêtes à competir dans le contexte de la mondialisation.
Les différentes reformes déjà opérées sont caractérisées par la place de plus en plus prépondérante accordée a la langue arabe. Et vu le résultat obtenu, ne serait il pas temps de remettre en cause cette prééminence? Il est toute a fait légitime qu’une communauté défende l’enseignement de sa langue mais il faut faire preuve de pragmatisme. Dans ce monde globalisé ; l’arabe en dépit de son passé glorieux n’est plus une langue de savoir. Elle est tout au plus un identifiant culturel ou religieux. A ce titre elle doit être traitée au même titre que les autres langues nationales: le bamana, le soninko, le pulaar et le wolof. C’est à dire instrument d’acquisition de savoir-être.
Profiter de ces états généraux pour consacrer une culture sur les autres ne fera que nous ramener a la case de départ.
Aujourd’hui ,la chute de Saddam, la révolution libyenne et la révolte syrienne ont sonne le glas du panarabisme, il serait judicieux pour nos décideurs de cesser de s’accrocher a des chimeres.La pertinence leur recommande de recentrer leur énergie pour rendre à la Mauritanie sa véritable identité : un pays africain ou cohabitent des Négro-Africains et des Arabo-Berbères à l’instar du Mali ,du Niger ,du Tchad…
Abou H. Sy
Tampa,FL
Aziz et Macky Pas si fâchés que cela !
« J’ai rendu visite au Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz pour d’abord échanger avec lui sur les relations bilatérales et aussi sur la situation au Mali qui préoccupe non seulement la région ouest africaine mais aussi le continent et sa sécurité. Sur le plan bilatéral, nos relations se portent à merveille. Nous avons échangé dans le cadre de cette coopération et aussi échangé, parfois, autour des incompréhensions liées à la carte de séjour. Il m’a vraiment donné les explications que j’ai bien comprises et acceptées. Nous avons convenu aussi que je me rendrais en Mauritanie après le mois du Ramadan. Au total, la rencontre était extrêmement positive, située dans le cadre de la consolidation des relations bilatérales et historiques que nous ne pouvons que consolider.»
Ces déclarations sont du président sénégalais, Macky Sall qui venait de rendre une visite de courtoisie à son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz dans sa résidence à Addis-Abeba où tous les deux participent aux travaux du 19e sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres de l’Union Africaine ouvert dimanche dans la capitale Ethiopienne.
La rencontre entre les deux chefs d’Etats intervient dans un climat que les medias ont décrit comme ombrageux entre les deux pays depuis que plusieurs semaines plus tôt, le ministre des affaires étrangères sénégalais était venu en Mauritanie visiblement porteur d’un message au Président mauritanien de la part de son homologue sénégalais et qu’au lieu du chef de l’Etat Mauritanien ce fut par le Premier ministre que ce porteur du message présidentiel sénégalais a été reçu. Côté commentaire, il a été rapporté dans certains medias de part et d’autres du fleuve Sénégal qu’il y a eu refus d’Ould Abdel Aziz de recevoir un émissaire de Macky Sall parce qu’entre les deux hommes il y aurait une aigreur issue d’une part d’un soutien que le mauritanien aurait fait à Abdoulaye Wade, président sortant du Sénégal durant le présidentielle passé et d’autre part de la réticence des autorités de ce pays à livrer au pouvoir mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi, opposant mauritanien qui fait office conseiller pour plusieurs chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest et qui à un moment donné s’est trouvé en territoire sénégalais.
A supposer donc qu’il ait refusé de recevoir le ministre sénégalais des affaires étrangères, porteur d’une lettre officielle de son président Mohamed Ould Abdelaziz aura cédé à l’expression d’une colère face à son homologue sénégalais Macky Sall pour lui rendre la monnaie. Celui-ci s’étant abstenu, plusieurs semaines plus tôt d’extrader vers Nouakchott Moustapha Limam Chafi, citoyen mauritanien, conseiller du président Blaise Compaoré, alors en mission à Dakar.
Les plus audacieux des commentateurs ont abondé dans le sens que l’arrivée à la tête du Sénégal d’un chef d’Etat d’extraction peule est mal vue par la Mauritanie dont les autorités ont une relation historique pas très aisée avec cette communauté du fait d’un passif humanitaire lourd depuis les arrestations et exécutions extrajudiciaires ainsi que les déportations dont les halpulaar de Mauritanie ont fait l’objet entre les années 80 et 90 de la part du régime d’Ould Taya. Selon ces commentateurs, il y aurait des forces malveillantes qui veulent saper une certaine unité nationale à laquelle se serait attelées les autorités mauritaniennes. D’aucuns ont soutenu que la présence encore au Sénégal de refugiés mauritaniens, qui observent une grève de la faim pour revendiquer un retour digne alors même que Nouakchott a dit officiellement avoir clos le dossier à la faveur de retours organisés, est inacceptable aux yeux du régime actuel d’Ould Abdel Aziz. S’ajoute à cela le malaise créé par l’exigence d’une carte de séjour à tous les étrangers résidents en Mauritanie. Carte de séjour pour l’acquisition de la quelle il faut débourser 30 000 ouguiyas et que beaucoup d’africains, notamment sénégalais ont jugé trop chère pour des familles à plusieurs membres…
Malaise diplomatique ou sociale, reste à savoir vers quelles concessions l’un et l’autre des deux chefs d’Etat sont prête à accéder pour « consolider, comme ils le prétendent, des relations bilatérales et historiques.
Depuis les fameux événements de 1989 qui ont été caractérisés par des massacres de populations de part et d’autres des deux pays, les relations souvent tendues entre le Sénégal et la Mauritanie.
On se rappelle qu’en 2000 alors qu’Abdoulaye Wade, élu Président de son pays, évoquait les vallées fossiles, le gouvernement d’Ould Taya s’était scandalisé et il s’en est fallu de peu pour que la seconde rupture se produise. Des rapatriements avaient même commencés à être effectués. Mais le vieil opposant sénégalais passé à la tête de l’exécutif de son pays à réussi à faire taire ses velléités pour sauver une paix fragilisée par plusieurs années de suspicion. Depuis, Abdoulaye passe pour un ami de la Mauritanie qui va réussir à désamorcer une crise politique né dans ce pays à cause d’un coup d’Etat en 2008.
Vient alors le changement qui à partir de cette année va porter à la tête du Sénégal un quinquagénaire plus jeune que son voisin et dont le mode de direction s’inscrit dans une perspective de rupture avec le système d’un Abdoulaye qui certainement n’avait pas manqué de nouer de solides liens avec la Mauritanie. Ce qui justifierait d’ailleurs un probable soutien, du moins une possible préférence, d’un Mohamed Ould Abdel Aziz qui passe aujourd’hui aux yeux de sa propre opposition comme le dirigeant mauritanien le plus maladroit quant à sa manière de conduire la diplomatie de la cité. Il lui a été souvent reproché les interventions militaires dans le nord malien sous prétexte de frappes préventives contres des terroristes ou des décisions impopulaires qui ont parfois surpris les pays voisins.
Comme peut-être en 2000 où accède au pouvoir un opposant radical qui avait été tenu en partie pour responsable des événements sénégalo-mauritaniens de 1989, en 2012 avec l’élection d’un dissident d’Abdoulaye Wade déterminé à résister à certaines pressions, on peut penser qu’Ould Abdel Aziz et Sall sont en train de se jauger l’un et l’autre, histoire de mieux se connaitre. On peut retenir qu’ne rendant visite à son homologue mauritanien avec un ancien chef de la diplomatie sénégalaise en la personne de Cheikh Tidiane Gadio, un homme que la Mauritanie considère comme un ami, Macky Sall a sûrement lancé un signal fort à l’homme fort de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz.
KD
Source : La Tribune N° 602 du lundi 16 juillet 2012
Etats-généraux de l’éducation : Qu’est –ce qui va changer dans le système ?
Si les Etats-généraux de l’éducation sont des assises de réflexion sur le système dans son ensemble en vue de faire un diagnostic complet de la problématique éducative, les résultats qui en découlent ne sont pas forcément les plus appropriés pour apporter les remèdes aux maux qui affectent l’institution scolaire.Annoncés depuis plus d’une année et dotés d’une commission chargée de piloter le processus d’amont en aval, les Etats-généraux ont été lancés le 14 juillet courant soit, quelques semaines après la fin de l’année scolaire. Les autorités éducatives ont choisi la voie de la décentralisation moins couteuse en termes de moyens financiers et logistique mais pas toujours efficace du point de vue de la rigueur dans la réflexion et la méthode. Cela donne parfois l’impression d’une improvisation faite à la hâte pour expédier des rapports concoctés pour les besoins de l’occasion. La question du système éducatif est si complexe que cela nécessite un travail soigné qui commence par le choix des thèmes à aborder dans une perspective nouvelle et adaptée aux exigences d’un enseignement rationnel . Or les avis sont nombreux à dire que les assises dont la clôture a lieu ce mardi manquent aussi bien de méthodologie que de compétences suffisantes pour mettre de l’ordre dans les idées et fournir les outils d’analyse en mesure d’ouvrir les balises à un forum d’une aussi grande envergure. Comment trouver les bonnes approches pour innover sans verser dans les mêmes habitudes qui consistent à réduire les Etats-généraux à de simples ateliers de concertations sans vision claire de tous les paramètres et des évolutions du système. Au-delà de groupes de réflexions thématiques, les Etats-généraux sont un échange d’expérience où les vétérans de l’école, les experts avertis, les hommes de terrain doivent ensemble combiner leurs talents dans un travail à la fois critique, cohérent et applicable. Tels que commencés, les assisses de l’éducation sont une simple réédition du déjà vu sans réelle originalité dans la conception et dans les démarches. Au final ce sont des recommandations et des ateliers de restitution et de validation qui vont sanctionner les travaux. La mise en œuvre sera l’arbre qui cache la forêt d’une école qui agonise depuis des décennies et dont les grands bâtisseurs sont appartiennent au passé ! En attendant la suite de ce processus gage que les solutions proposées ne seront pas à la hauteur des défis !
Amadou Diarra- Le Rénovateur.




