Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: July 2012

Le parti Al Moustaqbal organise une conférence de presse

altLa cellule du comité de crise des dissidents de l’Alliance Populaire Progressiste organise ce lundi à 17 heures une conférence de presse à laquelle plusieurs personnalités politiques nationales sont conviées. De sources très proches de cette structure, les leaders de ce comité devraient dévoiler officiellement la naissance de leur nouvelle formation politique dont le dossier a été déposé au ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation pour l’obtention d’un récépissé. Le nouveau parti est de l’opposition boycottiste. Déjà depuis leur départ de l’APP, ses dirigeants ont donné le ton en regagnant sans hésiter les rangs de la COD à côté de laquelle ils ont participé à toutes les manifestations hostiles au pouvoir en place. Le directoire et les organes de la nouvelle formation, bureau exécutif et conseil national devraient être connus dés ce soir au cours de la conférence de presse. Il est attendu que l’ancien ministre Mohamed Ould Bourboss devienne le Président de la formation. D’autres personnalités dissidentes de l’APP comme le secrétaire général de la Confédération Libre des travailleurs de Mauritanie (CLTM) Samory Ould Bèye siègeront dans les nouvelles instances de la nouvelle formation.

Source: Le calame

 

 

 

 

 

Retour au bercail des FLAM:Un parti politique en gestation

altAprès 29 ans d’exil, les forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM) ont décidé de rentrer au bercail, avec dans leur carton un parti politique. La révélation a été faite par Mamadou Wane, responsable de la jeunesse et des droits de l’homme au sein du mouvement, au cours d’un point de presse organisé, le samedi dernier, à l’hôtel IKRAMA. Dans une déclaration lue devant la presse, du président du PLEJ, des secrétaires généraux de Tawassoul, APP et un important public, les FLAM justifient leur décision par l’évolution de la situation politique et sociale en Mauritanie, notamment sur le dossier du passif humanitaire. Créées en mars 1983, les FLAM avaient publié « les manifeste du négro mauritanien opprimé » en 1986, dans lequel le mouvement dénonçait l’édification par ould Taya d’un système racial. La réponse fut sans commune mesure. Les principaux responsables furent embastillés à Oualata où certains comme Tène Youssouf Gueye, Bâ Abdoul Khoudous, Djigo Tapsir, Bâ Alassane laisseront leur vie. Quelques années après, comme pour donner raison aux FLAM, le régime de Ould Taya déporte des milliers de négro mauritaniens au Sénégal et au Mali avant d’exécuter des centaines pour ne pas dire un milliers de soldats négro-mauritaniens dans les différentes casernes. Il s’en suit une diabolisation du mouvement accusé par le système de Ould Taya de vouloir « tuer les maures». Suite à cette répression féroce, de nombreux cadres et étudiants se réfugient à l’étranger. Il faudra attendre l’accession du pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007, pour voir s’amorcer le règlement de ce douloureux passif. L’ancien président démocratiquement élu rencontre, pour la première fois, Samba Thiam, le président des FLAM, aux USA, annonce le retour organisé des déportés, ce qui constituait un pas en avant dans la reconnaissance du tort fait à la négro mauritanienne. Le silence est rompu sur ce qui constitue un tabou, mis à part le retour volontaire proposé par Ould Taya. En prenant le pouvoir en 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz s’engouffre dans la brèche, reconnaît les atrocités faites à la communauté négro mauritanienne, octroie quelques subsides aux ayants droits et rescapés. C’est semble-t-il l’une des raisons qui a décidé les FLAM à revoir leur sa position. Mais, comme le dit Wane, toutes les conditions, le mouvement est conscient que beaucoup reste à faire pour pacifier les tensions liées à la cohabitation des différentes composantes raciales du pays, à l’instauration d’un état de droit.
La question que nombre d’observateurs c’est est-ce que les FLAM ont changé d’orientation politique. En attendant l’arrivée de la direction du mouvement,
Wane nous apprend que les fondamentaux demeurent. Il s’agit de la lutte pour une Mauritanie égalitaire, débarrassée du racisme d’état et de l’esclavage.
Vaste et ambitieux programme sur lequel travaillent beaucoup de partis politiques. D’ailleurs, M Wane a saisi l’occasion de sa conférence de presse pour remercier l’ensemble des formations politiques qui se sont battus de l’intérieur pour défendre la cause des FLAM. Mais, pour marquer sa différence, le mouvement entend créer sa propre formation politiqu. Un gros challenge pour certains qui expriment déjà leur crainte de voir naître un parti politique de plus. C’est la raison pour laquelle certains suggèrent au mouvement plutôt que de créer leur propre parti, ’intégrer l’une des formations politiques de la place.

BILADI

La Fête de la Vache en Turquie : Travail de mémoire sur la traite des esclaves Africains sous l’Empire Ottoman

altSuite a l’emission sur les Afro-Turcs  ces jour sur la “radio mondiale”, nous avons voulu en savoir plus en allant a la source en vous proposant un article de NIL DELAHAYE publie le 14 juin 2012.

Dimanche 27 mai dernier, l’Association Afrikalılar – Dayanışma, Kültür ve Yardımlaşma Derneği (Africains – Association de Solidarité, de Culture et de d’Entre-aide) organisait sa sixième fête annuelle de la vache (Dana Bayramı). L’histoire de cette association, presque autant que l’histoire des descendants d’esclaves africains en Turquie, est intéressante, touchante et représente une preuve d’une conscience d’un mouvement noir nouveau en Turquie.

Les études sur la traite des noirs sous l’Empire Ottoman sont tellement peu nombreuses qu’on ne sait toujours pas exactement combien d’êtres humains étaient capturés et vendus pour être faits esclaves, ni d’où ils venaient (le fait qu’ils soient regroupés et vendus depuis le Soudan n’éclaire en rien la question de leurs origines géographiques et culturelles), ni même qui sont les responsables, si ce n’est l’État en y participant et en autorisant ce trafic, qui sont ceux qui capturaient, vendaient, achetaient, revendaient et enfin réduisaient à la servitude ces personnes pour leur propre profit. Certains travaux d’une haute importance comme L’Esclavage en Terre d’Islam de Malek Chebel mais aussi et surtout The Ottoman Slave Trade and Its Suppression, 1840- 1890 et As If Silent and Absent : Bonds of Enslavement in the Islamic Middle East d’Ehud Toledano sont comme des pierres précieuses dans ce terrain déserté par la curiosité. Enfin, l’UNESCO tente désormais de soutenir la recherche sur l’Histoire de l’esclavage et de retrouver les traces de l’héritage africain éparpillé dans le monde. La raison en est cette amnésie propre au monde arabo-musulman et au pourtour de l’océan Indien.

Donc en Turquie, oui, il y a des Africains, et non, ça n’est malheureusement pas une surprise. Quelques rares études parlent de leur difficulté à trouver une place et affirmer une identité surtout après la période de construction de l’identité nationale et de l’invention du citoyen modèle. Les Africains sont peu à peu convaincus que leur origine n’a pas d’importance, que la couleur de leur peau est un hasard. Jusqu’au jour où en 2002, Mustafa Olpak, un ouvrier d’Ayvalık, petite ville de la côte Egéenne, décide de ne plus se taire, et de reconnaître, d’abord pour lui et ensuite pour les autres qu’effectivement, il est noir et Turc. Olpak décide donc en 2006 de monter une association de solidarité et d’entre-aide entre les Africains de Turquie pour aider chacun à sortir de l’ombre, à ne plus avoir honte de sa différence. Ainsi, entre autres projets de recherche et activités culturelles, la plus importante est l’annuelle Fête de la Vache.alt

Selon certaines sources, cette fête était propre aux Africains d’Izmir, selon d’autres, on la retrouve sous des noms différents dans toutes les grandes villes ottomanes. Celle qu’on raconte à Izmir est documentée par des articles de journaux et des romans réalistes de la fin de la période ottomane. Selon ces sources écrites par des blancs donc, une vache était achetée, puis décorée et promenée dans toute la ville, et finalement tuée en offrande pendant une cérémonie dansante et musicale. Cette fête annuelle était surtout un moyen pour les esclaves africains de se retrouver, d’échanger entre eux, de se donner des nouvelles sur les membres de leurs familles et peut-être aussi d’oublier un peu la misère. Personne ne sait aujourd’hui combien d’Africains étaient présents à Izmir puisque ceux-ci étaient recensés parmi la population musulmane et que les études ne parlent pour l’instant d’aucun nombre.

En 2012, il ne s’agit plus de sacrifier des animaux, mais assurément de se retrouver et de former un groupe uni et solidaire, après tant de temps et de drames. Un large pique-nique était organisé dans le parc du tout petit village de Çırpı mis à disposition par la mairie de Bayındır dans la localité d’Izmir. Tout le monde à pu se retrouver là, se reconnaître et se souvenir. Ensuite, le groupe de musique et de danse congolais One Love s’est emparé de la scène. Tout le monde a dansé dans un esprit de bal du village sur les rythmes africains que certains immigrés ont apporté dans leur voyage, que d’autres locaux tentent de réapprendre pour retrouver le mémoire.

Sur place, l’un des contributeurs de l’association, Cihan İletmiş me parle de la vision qu’il a de cette initiative dont il fait partie ; selon lui, il vaut mieux laisser la politique et les idéaux de côté, même parfois l’Histoire elle-même et juste se concentrer sur ce que cette association apporte de concret dans la vie de tous les jours des noirs de Turquie. Il pense que la fraternité qui peut naître de cette association est plus importante que tout le reste. A Istanbul, d’autres voix ont pu se faire entendre. A l’occasion de la Fête de la Vache, la même association organisait un panel sur les africains de Turquie le 2 juin qui suivait. Durant sa courageuse intervention, la journaliste afro-turque Alev Karakartal parlait alors de certaines réalités qui échappent souvent aux Turcs. Victimes de racisme dès le plus jeune âge, laissés pour compte par le dénis de leur présence, marginalisés et appauvris, non éduqués, en majorité au chômage, dans des familles décomposées, la dure réalité de la vie des noirs de Turquie est selon Alev la première raison de leur silence. La journaliste affirme même que leurs parents avaient honte d’être esclaves et descendants d’esclaves dans un pays qui a oublié, qui ne répond pas à leurs questions. « On nous a volé notre langage, vous nous avez poussé à disparaître en se métissant » dit-elle en prenant les auditeurs à partie.alt

Quant à Mustafa Olpak, il nous a raconté l’une des indénombrables routes par lesquelles les Africains étaient déportés vers ce qui est aujourd’hui la Turquie. Lorsqu’un individu allait au pèlerinage, il ramenait de la Mecque un enfant noir comme preuve de son voyage, car beaucoup d’esclaves étaient déjà captifs dans cette région. Mustafa pense que c’est pour cette raison que les Turcs confondent « noir » et « arabe » dans la langue courante. Comme preuve, il dit que les registres de la localité de Torbalı près d’Izmir repertoriaient en 1904 une population mystérieusement originaire de la « Péninsule Arabique ». Olpak est bien conscient que leur présence est une embuche pour l’Histoire officielle de la nation mais il est bien décidé à continuer sa lutte et à crier son indignation. « Les Afro-turcs auront bientôt une chaise à la table du travail de mémoire de l’Etat », dit-il. « Grâce à la 6ème Fête de la Vache qu’il a lui même organisée, une famille morcelée a pu retrouver les membres de sa famille après tant d’années, c’est l’une des raisons pour laquelle il faut continuer ce rassemblement ». Mais Olpak va plus loin, il compte faire de cette fête un festival culturel international. Grâce à lui, un jour les noirs de Turquie pourront être fiers de vouloir retrouver leurs racines. Une phrase touchante et bouleversante qu’il a prononcée : « ils nous ont tout pris, il ne nous reste plus que la couleur de notre peau ».

 Source: Turquie Europeenne.

Grève de la faim des déportés mauritaniens: Des dignitaires du Fouta se mobilisent

altUne forte délégation des dignitaires du Fouta, composée d’anciens ministres, des députés et des personnalités publiques, est venue preter main forte aux réfugiés mauritaniens qui sont en grève de la faim depuis le 19 Juin 2012 à Dakar, Sénégal. Conduite par l’ancien vice -président de l’Assemblée nationale, le doyen Aboubacry Kane, l’ecrivain et ancien ministre, Cheikh Hamidou Kane, l’ancien ministre des finances, Mamoudou Touré, les Présidents Kalidou Keneme, Boubacar Kane, Mamadou Mignane Diouf , la veuve de l’ancien président de l’Union pour la Solidarité et l’Entraide (USE), Amadou Malik Gaye et Racine Kane, la délégation a déclaré etre solidaire des refugiés Mauritaniens qui vivent le calvaire depuis les déportations massives de 1989. Après plus d’une heure de discussion empreinte d’émotion, la délégation est prète à s’engager pour trouver un dénouement heureux à la crise.« Nous allons tout faire, nous allons parler aux autorités du Sénégal et du HCR pour qu’on trouve un dénouement à cette crise » a souligné le doyen Aboubacry Kane, connu pour son sérieux et son engagement pour la paix. Abondant dans le meme sens, l’écrivain et ancien ministre, Cheikh Hamidou Kane et l’ancien ministre des finances, Mamoudou Touré ont tous les deux déploré les conditions dans lesquelles vivent les réfugiés avant de demander aux réfugiés de revenir sur leur mot d’ordre de grève. 
Pour leur part, les refugiés sont revenus sur leurs conditions de survie, le mépris du Haut commissariat pour les Réfugiés (HCR) et du gouvernement mauritanien. « Nous sommes d’autant plushonorés de vous voir ici, que plus quie vous avez eu à jouer un rôle important dans le passé pour aider les Noirs de la Mauritanie à vivre dignes et heureux dans leur pays. Après les déportations, vous vous êtes mobilisés pour venir en aide à vos frères injustement déportés de leur patrie historique, » a souligné Aljouma Cissokho, au nom de la Coordination des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Les réfugiés, engagés dans une grève de la faim dénoncent le racisme d’Etat qui a été à l’origine de leur déportation et la précarité de leurs conditions de vie dans les camps de réfugiés et dans les grandes villes comme Dakar.
Abda Wone-Dakar-Sénégal.

Flamnet-Agora: La réaction d´Ahmed Jiddou Ould Aly et le texte hommage à nos martyrs de Boye Alassane par Mamadou Sy

altDans son récent posting, Ahmed Jiddou Ould Aly fait erreur par oubli quand dit ceci:
” Enfin, je me permets de rappeler à l´auteur de l´article que l´exécution des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n´est pas « la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d´Etat, sans doute parce qu´ils étaient noirs ». En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise de pouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s´est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir ! “
En réalité Monsieur Ould Jiddou, voici les faits et ils confirment le propos de Bâ Mamadou Kalidou:
1. La tentative de coup d’État des Officier Négro-Africains n’a jamais connu un début d’exécution.
2. Abdoul Aziz president de L’ODH (http://http://www.odh-mauritanie.com) a failliUne balle dans la jambe la jambe de Soumaré Abdoul Aziz a interrompu la poursuite contre Kader. Pour la petite histoire, Kader avait fini par prendre le chef d’Etat Major en Otage. La poule mouillée a failli faire réussir le Putsh en coopérant avec son agresseur pour sauver sa vie. La poule mouillée s’appelait Maaouya ould Sid Ahmed Taya futur président de Mauritanie et futur auteur de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité. Bref, s’il faut s’en tenir aux faits, retenons plutôt le constat de Bâ Mamadou Kalidou: Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi ont été exécutés le 6 décembre 1987sur la base d’un projet de putsh… Sans doute parce qu’ils étaient noirs?
J’invite les lecteurs à lire un témoignage/hommage de Boye Alassane qui a échapé de peu à l’exécution des officiers négro-africains le 6 Décembre 1987. Un autre texte riche et profond dans la lignée de celui de Bâ Mamadou Kalidou.
 
Mamadou SY-FLAMNET

HOMMAGE À NOS TROIS PREMIERS MARTYRS Par Boye Alassane
Harouna

 
 
Le 22 octobre 1987, pour avoir tenté de renverser le Pouvoir raciste du Colonel Taya, voulu mettre fin au racisme d’État et instaurer une égalité communautaire dans le pays, plusieurs dizaines d’officiers et sous-officiers négro-africains sont arrêtés à Nouakchott, Nouadhibou, Zoueïratt. Regroupés à Jreïda, ils y sont jugés par une cour spéciale de justice. Le 3 décembre 1987, à l’issue d’une audience de 16 jours, la cour spéciale rend son verdict. Il est sans appel ; de très lourdes condamnations sont prononcées ; trois peines capitales sont retenues contre les lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi. Tous les efforts déployés par diverses personnalités étrangères pour surseoir à leur exécution, ou obtenir la commutation de leurs peines, ayant rencontré une fin de non recevoir du Colonel Taya, ils furent passés par les armes le 06 décembre 1987, à l’aube, à quelques mètres au sud-ouest de la base militaire de Jreïda.
Ils étaient à la fleur de l’âge. Comme beaucoup le firent avant eux et après eux, ils auraient pu, à pas feutrés, «construire leur carrière! Mais entre les deux termes de l’alternative qui se présentait à eux : la satisfaction du «Moi » et l’avènement d’une cohabitation sur des bases égalitaires entre Noirs et Arabo-berbères, ils avaient choisi le second terme. Car ils avaient conscience que l’épanouissement de leur « Moi » ne pouvait pas être réel, effectif et durable, dans la négation de fait, de l’ensemble que constitue la communauté négro-africaine dont leur « Moi » faisait justement partie intégrante. Les dangers auxquels leur vie était exposée dans l’éventualité d’un échec du putsch, ils en parlaient en septembre 1987 ; soit un mois avant les arrestations, et seulement deux mois avant leur exécution. Ces dangers, ils en avaient donc pleinement conscience ; et ils les assumaient avec une sérénité toute éblouissante. Nous ne nous lasserons jamais de le souligner : sur un plan strictement juridique, et en dehors de tout constat objectif d’un début d’exécution, la seule réalité incontestable du coup d’État et l’implication certaine dans sa conception, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi, ne justifiaient pas qu’ils fussent exécutés. Pour autant, était-il possible, dans le contexte historique de l’époque, que le peloton d’exécution leur fût épargné par le Colonel Taya ? Quelle est la signification politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains ? En quoi fut-il, par rapport à l’exercice du pouvoir politique et à la coexistence entre Arabo-berbères et Négro-africains, un facteur générateur d’une révolution des mentalités ? En
quoi, et dans quel sens peut-on dire que l’ « ouverture démocratique » amorcée en 1991/1992, on la doit aussi à nos trois premiers martyrs (Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ Seydi) tombés sous les balles du peloton d’exécution, et au sang de toutes les victimes négro-africaines de 1989 à 1991 ? 6 décembre 1987, 6 décembre 2001 : 14 ans après l’exécution de nos trois premiers martyrs, nous tenterons, en guise de commémoration, et pour leur rendre un ultime hommage, d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions et à certaines autres qui leur sont connexes.
La dimension politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains.
1. Dimension politique
Le 10 juillet 1978 l’armée prend le pouvoir. Le Colonel Salek dirige l’État mauritanien. De cette date à nos jours, les statistiques dont nous disposons
révèlent pas moins de douze coups d’État conduits avec succès ou déjoués avant ou en cours d’exécution ; connus ou inconnus du grand public ; opérés avec force ou en douceur sous forme de révolution de palais. De ces douze putschs, retenons-en les cinq qui ont été conduits jusqu’au bout, et qui ont abouti à un changement à la direction de l’État mauritanien. Il s’agit de ceux qui ont vu l’accession au pouvoir des Colonels Salek, Louly, Bouceïf, Haïdallah et Taya. Excepté le Colonel Moustapha ould Salek (qui ne conserva pas longtemps le pouvoir), aucun de ces hommes portés au pouvoir par un putsch n’était véritablement porteur ni d’un projet de société ni d’un programme politique nouveau. Les véritables mobiles de leur putsch, ne se posaient donc pas en termes de rupture avec une orientation politique de leur prédécesseur. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un changement dans la continuité. Changement ? Changement d’hommes – très souvent accompagné d’un changement de leur identité tribale ou régionale – à la direction de l’État. Continuité ? Dans le sens du maintien, dans ce qu’elles avaient de fondamental, des options politiques du prédécesseur ; de ses pratiques et méthodes de gouvernement. Ainsi, en termes de nouvelle orientation politique, il n’y eut réellement de rupture significative avec le passé qu’en 1978, avec la prise du pouvoir du colonel Salek. Son programme politique proclamé et mis en Å“uvre, même s’il ne s’attaquait pas au racisme d’État, avait le mérite d’exister. On s’en souvient, il s’articulait autour de trois points dont les deux principaux étaient : « Arrêt de la guerre » contre le Front Polisario, (Guerre absurde à laquelle ni l’armée ni le pays n’étaient préparés). « Redressement de l’économie » (qui était à genoux au bout de trois années de guerre). Le changement des hommes à la tête du pays ainsi que celui de l’appartenance tribale ou régionale du nouveau maître du pays s’opéraient et s’inscrivaient dans une logique de continuité absolue par rapport au monopole du pouvoir politique par les Arabo-berbères. Autrement dit, il restait maintenu et sauvegardé, ce statu quo qui consacre de fait la domination écrasante des Arabo-berbères et l’exclusion des Négro-africains. Telles étaient les caractéristiques principales des coups d’État qui eurent lieu dans le pays. Le coup d’État des militaires noirs, déjoué en octobre 1987, met fin à cette tradition de changement dans la continuité. Lui, se présentait en termes de rupture absolue avec tout ce que, en matière de coup d’État, le pays avait connu jusque là. L’expression de cette rupture se définissait par l’originalité de sa conception technique et opérationnelle, mais aussi et surtout par son contenu politique dont ses auteurs étaient porteurs. En effet, pour la première fois dans l’histoire politique du pays, par le biais d’un putsch, l’alternance au sommet de l’État était envisagée, et en voie d’être réalisée. Il va sans dire qu’il ne s’agissait point d’une alternance au sens d’un renouvellement des hommes à la tête de l’État ; renouvellement toujours confiné au sein de la communauté arabo-berbères ; il s’agissait plutôt, disons-le clairement, d’une alternance perçue sous forme d’un transfert du contrôle politique de l’État, de la communauté arabo-berbère vers la communauté négro-africaine. Ne s’agissait-il pas alors, pourrait-on dire, d’instaurer un nouveau monopole du pouvoir politique, qui, cette fois, serait au profit des Négro-africains ?Non, parce que ce serait substituer une aberration politique à une autre ; une injustice à une autre.
Cette alternance politique, précisons-le aussi, n’était pas considérée comme une fin en soi. Elle devait tout naturellement constituer une transition devant
aboutir à un exercice conjoint, et non unidimensionnel du pouvoir politique en Mauritanie. Dès lors, il apparaît clairement que ce qui était mis en cause et
ciblé, c’était bien le statu quo politique patiemment élaboré et établi depuis l’indépendance ; c’était le caractère raciste de l’État mauritanien. C’est en
cela, nous semble-t-il, que réside la véritable dimension politique du coup d’État du 22 octobre 1987. Et c’est parce que les lieutenants Sarr Amadou, Sy
Saïdou, et Bâ Seïdy symbolisaient cette dimension politique du coup d’État d’octobre 1987, qu’il était difficile que Taya leur épargnât le peloton d’exécution. Il eut fallu, pour qu’il en fût autrement, qu’il fût animé par la double volonté politique suivante : remettre en question le monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Mettre en perspective une cohabitation des deux communautés sur la base d’un partage du pouvoir politique.
2. Dimension historique
Mais la mise en cause du système politique raciste en Mauritanie a un passé, une histoire. Son processus a connu trois phases majeures.
Acte I : Il se situe à la veille de l’indépendance (déjà !). Des voix s’élèvent, au sein de certaines organisations négro-africaines, pour exprimer des appréhensions quant à une cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains dans le cadre d’un État unitaire.
Acte II : 1966. Un peu plus de 6 ans après la prophétie de leurs aînés sur le devenir de l’entité négro-africaine en Mauritanie, et comme pour leur donner
raison a posteriori, 19 cadres négro-africains publient un document historique. Ils y dénoncent systématiquement la discrimination raciale déjà en oeuvre,
notamment dans l’enseignement.
Acte III. Vingt ans après, en 1986, les Flam publient le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé. Il actualise et approfondit la dénonciation du
système politique raciste, à la lumière des données nouvelles nées de la généralisation et de l’accentuation de l’exclusion des Négro-africains.
Le coup d’État des militaires négro-africains, déjoué le 22 octobre 1987, ne peut donc pas être perçu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il n’est pas un phénomène fortuit. Il est le produit de la généralisation et de l’enracinement du racisme d’État. Aussi s’inscrit-il tout naturellement dans une continuité historique de la campagne de dénonciation et de lutte contre le système politique raciste, lancée 21 ans plus tôt. Il en constitue à la fois l’aboutissement et le prolongement.
 Il en est l’Acte IV. C’est tout cela qui lui confère sa dimension historique. Le coup d’État du 22 octobre 1987 en tant que vecteur d’une révolution des
mentalités. L’injustice et l’oppression appellent toujours la résistance. Cela est amplement attesté par l’histoire. Dans le contexte mauritanien, cette loi s’est vérifiée aussi. D’abord pressenti, le racisme d’État fut aussitôt dénoncé, dès son instauration ; ainsi que nous venons de le voir plus haut. Mais le paradoxe
dans le cas mauritanien fut que la résistance est restée longtemps sans être, en termes d’intensité et de continuité, à la mesure de l’ampleur de la discrimination raciale. En d’autres termes, tandis que le racisme d’État s’installait, se généralisait, s’enracinait, la résistance qu’il appelait, elle, quand elle n’était pas absente (de 1967 à la fin des années 1970), ne se manifestait que sporadiquement (1966 et 1986) à travers le document des «19» et le Manifeste des Flam. Ponctuée par des moments de silence, d’éclipse, la lutte contre le racisme d’État a revêtu, jusqu’en 1986, un caractère à la fois « pacifique » et « défensif ». Son caractère « pacifique » consistait en ce qu’elle ne s’exprimait que sous la forme de stigmatisation du racisme d’État à travers des documents. Son caractère « défensif » consistait en ce qu’elle réagissait beaucoup plus à l’enracinement du racisme d’État qu’elle n’anticipait son évolution.
Si cet état de choses perturbait le sommeil des tenants du système raciste, il ne les empêchait pas pour autant de dormir ; le contrôle de l’État restait
entre leurs mains ; il assurait la pérennité du racisme d’État. Les choses, sur ce plan, changent en 1987. La lutte contre le racisme monte d’un cran. Elle
enregistre un bon qualitatif. Elle se présente en termes « violents », étant entendu que même mené en douceur, sans effusion de sang, un coup d’État
comporte toujours un aspect contraignant, coercitif. Dès lors, nous n’avons plus, ici, affaire à une dénonciation du racisme d’État. Il s’agit de conquérir
le Pouvoir, pour débarrasser l’État de son caractère raciste.  Ce passage inattendu, « brusque », de l’étape de dénonciation du racisme, à la volonté
affichée de prendre le pouvoir, fut la nouvelle donnée qui, soudainement, bouleversa la perception que les uns et les autres, au sein des deux communautés, avaient du droit à l’exercice du Pouvoir en Mauritanie.BEn effet, une loi non écrite, mais bien établie dans le subconscient de bon nombre de Mauritaniens (y compris l’élite) des deux communautés, présentait l’État comme la propriété exclusive des Arabo-berbères, auxquels revenait le «droit» de le diriger. Dans les faits, nous l’avons vu, l’exercice du pouvoir politique s’est toujours effectué conformément à cette loi non écrite. A cet égard la réflexion qui, en 1992, échappe de la bouche du chef d’un parti politique, est fort édifiante : « Les Négro-africains, disait-il, ne représentent que 20 % de la population, par conséquent, ils ne doivent pas diriger le pays. » Par ces propos, ce responsable politique obtus montre qu’il n’a rien compris à la signification politique du coup d’État d’octobre 1987 ; en même temps, il confirme la réalité de cette loi non écrite qui fait du Négro-africain un citoyen dépossédé du droit d’accéder à la plus haute charge de l’État. C’est précisément cette loi tacite que le coup d’État des militaires noirs d’octobre 1987 a tuée. En effet, par rapport à cette loi tacite, le putsch du 22 octobre 1987, même déjoué, constituait un message clair. Il signifiait aux uns que l’État devait être au service de tous les mauritaniens ; que sa direction devait être, soit légalement ouverte à tous les Mauritaniens quelle que fût leur appartenance communautaire, soit conquise par la force. Aux autres, il signifiait qu’en matière d’exercice du pouvoir, il n’y avait pas de fatalité ; qu’en Mauritanie, il ne devait pas y avoir une communauté faite pour gouverner et une autre née pour être gouvernée. C’est le contenu de ce message qui, passé les moments d’effroi, d’émoi et de stupeur, s’est incrusté dans les esprits, au lendemain du coup d’État du 22 octobre 1987.
Une nouvelle perception du pouvoir, de son exercice, était brusquement née ; un nouvel état d’esprit aussi même si on ne l’avouait pas. Les lieutenants Sarr
Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi furent crucifiés, et leurs compagnons damnés, parce que le coup d’État du 22 octobre 1987, dont ils étaient les auteurs,
marquait la naissance d’un processus qui tuait brutalement ce qui, dans le système politique raciste, faisait de l’État en Mauritanie, la « chose héréditaire » au sein de la communauté arabo-berbère ; c’est-à-dire cette idée, cette mentalité selon laquelle, seul l’Arabo-berbère devait gouverner la Mauritanie. Et ce processus-là, il fallait l’arrêter. Il ne fallait pas qu’il eût des continuateurs.
« L’ouverture démocratique » en cours en Mauritanie tire ses racines d’un contexte fertilisé par le sang de nos martyrs et arrosé par les larmes de la
communauté négro-africaine. À partir du 22 octobre 1987, le régime du colonel Taya s’employa farouchement à dissuader, à décourager toute tentative
d’éradication du racisme d’État. La logique macabre d’extermination des Négro-africains est mise en marche. Elle ne s’arrêtera plus, pendant quatre
ans. 6 décembre 1987. Les lieutenants Sarr, Sy et Bâ sont exécutés. À Oualata, entre le 26 août et le 13 septembre 1988, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf
Guéye, Bâ Abdoul Khoudouss et Djigo Tabssirou meurent dans des conditions de détention inhumaines. 1989. Le conflit sénégalo-mauritanien, s’il na pas été délibérément provoqué par le régime de Taya, fut largement mis à profit pour déporter des milliers négro-africains au Sénégal et au Mali. 1990/1991. Accusés de complot, des centaines de militaires noirs sont arrêtés, torturés, écartelés, tués froidement. Au sein des forces armées et de l’administration,
les Noirs sont épiés, traqués, ciblés. Pendant quatre ans, les Noirs subiront le martyre du fait de la logique d’extermination du colonel Taya. Or, cette
politique d’extermination impliquait nécessairement des violations des droits humains à une grande échelle. Elles eurent lieu, et furent si massives et
graves qu’elles suscitèrent la ferme condamnation de la communauté internationale. En effet, les violations des droits humains, l’environnement
international ne les supportait plus. Les temps avaient changé. Il n’y avait que les despotes tournés vers le passé qui ne l’avaient pas compris. L’empire
soviétique s’engageait dans l’éclatement, entraînant la fin de la guerre froide et le déclin des autres régimes totalitaires. Le principe de non-ingérence dans
les affaires intérieures des États cédait peu à peu la place à la notion naissante du devoir d’ingérence. Le vent de la démocratisation balayait tous
les continents. Tout, tant sur le plan intérieur, qu’international, était réuni, pour isoler, étouffer le régime raciste et tyrannique du colonel Taya.
Pour desserrer l’étau, il n’avait d’autres choix que celui de se mettre à la « mode » du temps : amorcer une « ouverture démocratique ». C’est ce qu’il fit.
Pas par conviction ni par adhésion aux valeurs de la démocratie. Il le fit pour préserver son trône, pour reculer l’échéance de sa chute.
Le 14ème anniversaire de l’exécution des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi intervient juste après les élections législatives et municipales. Avec plus de dix sièges, l’opposition fait une entrée remarquée à l’assemblée nationale. Elle gagne aussi plusieurs communes importantes. Ces victoires de
l’opposition (une partie de l’opposition) , sont-elles le fait d’un dysfonctionnement du mécanisme de la fraude ? Ont-elles été programmées par le
régime pour crédibiliser les élections et justifier la stratégie de participation de l’opposition à ces élections. Il est encore trop tôt pour apporter des réponses à ces questions. En tout état de cause, le régime du colonel Taya reste fondamentalement raciste, esclavagiste et despotique. Il ne peut pas conduire une véritable démocratisation du pays. La preuve : dix ans après sa mise en oeuvre, l’ « ouverture démocratique » balbutie toujours. Et les problèmes majeurs, à l’origine de cette « ouverture démocratique » restent entiers : le racisme d’État ; la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains ; le partage du pouvoir ; l’État unitaire, ou l’autonomie dans le cadre d’un État fédéral ; l’enquête sur les violations des droits de l’homme
; le sort des auteurs de ces violations des droits de l’homme. L’exécution, le 6 décembre 1987, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ Seydi, et le massacre de plusieurs centaines de Noirs, civils et militaires, entre 1989 et 1991, ont actualisé certaines de ces questions et posé d’autres.
Il nous appartient, à défaut de les résoudre, de nous prononcer clairement sur ces questions. Nous devons le faire par devoir de mémoire. Nous devons le faire par amour pour la Mauritanie et pour son devenir. Car tant que ces questions ne sont pas résolues sur des bases justes, le pays est en danger. Qu’Allah
accueille dans son paradis tous ceux qui, de 1987 à 199, sont morts à cause de ces problèmes. Pour louer les qualités d’une personne ou ses faits d’armes, nous avons coutume, dans nos sociétés négro-africaines, de prononcer de façon appuyée et répétitive son nom de famille.
A l’adresse de nos trois premiers martyrs, je dis : Sarr Amadou, « seydi » Sarr ! Sy Saïdou, «seydi» Sy ! Bâ Seydi, «seydi» Bâ ! Que vos âmes reposent en paix.
BOYE ALASSANE HAROUNA

6 décembre 2001 sur FLAMNET