Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: July 2012

Réponse à la réponse d´Ahmed Jiddou Ould Aly sur le putsch de 1987

Dans son récent posting, Ahmed Jiddou Ould Aly fait erreur par oubli quand dit ceci : ” Enfin, je me permets de rappeler à l’auteur de l’article
que l’exécution
des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n’est pas « la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d’Etat, sans doute parce qu’ils étaient noirs ».  En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise de pouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s’est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir ! “
En réalité Monsieur Ould Jiddou, voici les faits et ils confirment le propos de Bâ Mamadou Kalidou:
1.  La tentative de coup d’État des Officier Négro-Africains n’a jamais connu un début d’exécution.

2.  En revanche, les opérations du Pustsh manqué du 16 mars a bel et bien été exécuté par le groupe de Kader et Ahmed Salem ould Sidi. Notre ami Soumaré Abdoul Aziz president de L’ODH a failli y laisser sa vie en poursuivant Kader dans les escaliers au CQG de l’État Major National. Une balle dans la jambe la jambe de Soumaré Abdoul Aziz a interrompu la poursuite contre Kader.  Pour la petite histoire, Kader avait fini par prendre le chef d’Etat Major en Otage.  La poule mouillée a failli faire réussir le Putsh en coopérant avec son agresseur pour sauver sa vie.  La poule mouillée s’appelait Maaouya ould Sid Ahmed Taya futur président de Mauritanie et futur auteur de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité Bref, s’il faut s’en tenir aux faits, retenons plutôt le constat de Bâ Mamadou Kalidou: Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi ont été exécutés le 6 décembre 1987 sur la base d’un projet de putsh… Sans doute parce qu’ils étaient noirs?

J’invite les lecteurs à lire un témoignage/hommage de Boye Alassane qui a échapé de peu à l’exécution des officiers négro-africains le 6 Décembre
1987.  Un autre texte riche et profond dans la lignée de celui de Bâ Mamadou Kalidou.

Mamadou SY.
HOMMAGE À NOS TROIS PREMIERS MARTYRS Par Boye Alassane Harouna
Le 22 octobre 1987, pour avoir tenté de renverser le Pouvoir raciste du Colonel
Taya, voulu mettre fin au racisme d’État et instaurer une égalité communautaire
dans le pays, plusieurs dizaines d’officiers et sous-officiers négro-africains
sont arrêtés à Nouakchott, Nouadhibou, Zoueïratt. Regroupés à Jreïda, ils y
sont jugés par une cour spéciale de justice. Le 3 décembre 1987, à l’issue
d’une audience de 16 jours, la cour spéciale rend son verdict. Il est sans
appel ; de très lourdes condamnations sont prononcées ; trois peines capitales
sont retenues contre les
lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ
Seydi. Tous les efforts déployés par diverses personnalités étrangères pour
surseoir à leur exécution, ou obtenir la commutation de leurs peines, ayant
rencontré une fin de non recevoir du Colonel Taya, ils furent passés par les
armes le 06 décembre 1987, à l’aube, à quelques mètres au sud-ouest de la base
militaire de Jreïda.
Ils étaient à la fleur de l’âge. Comme beaucoup le firent avant eux et après
eux, ils auraient pu, à pas feutrés, «construire leur carrière »… Mais entre
les deux termes de l’alternative qui se présentait à eux : la satisfaction du
«Moi » et l’avènement d’une cohabitation sur des bases égalitaires entre Noirs
et Arabo-berbères, ils avaient choisi le second terme. Car ils avaient
conscience que l’épanouissement de leur « Moi » ne pouvait pas être réel,
effectif et durable, dans la négation de fait, de l’ensemble que constitue la
communauté négro-africaine dont leur « Moi » faisait justement partie
intégrante. Les dangers auxquels leur vie était exposée dans l’éventualité d’un
échec du putsch, ils en parlaient en septembre 1987 ; soit un mois avant les
arrestations, et seulement deux mois avant leur exécution. Ces dangers, ils en
avaient donc pleinement conscience ; et ils les assumaient avec une sérénité
toute éblouissante.
Nous ne nous lasserons jamais de le souligner : sur un plan strictement
juridique, et en dehors de tout constat objectif d’un début d’exécution, la
seule réalité incontestable du coup d’État et l’implication certaine dans sa
conception, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi, ne justifiaient
pas qu’ils fussent exécutés. Pour autant, était-il possible, dans le contexte
historique de l’époque, que le peloton d’exécution leur fût épargné par le
Colonel Taya ? Quelle est la signification politico-historique du coup d’État
d’octobre 1987 des militaires
négro-africains ? En quoi fut-il, par rapport à l’exercice du pouvoir politique
et à la coexistence entre Arabo-berbères et Négro-africains, un facteur
générateur d’une révolution des mentalités ? En quoi, et dans quel sens peut-on
dire que l’ « ouverture démocratique » amorcée en 1991/1992, on la doit aussi à
nos trois premiers martyrs (Sarr Amoudou, Sy Saïdou, Bâ Seydi) tombés sous les
balles du peloton d’exécution, et au sang de toutes les victimes
négro-africaines de 1989 à 1991 ?
6 décembre 1987, 6 décembre 2001 : 14 ans après l’exécution de nos trois
premiers martyrs, nous tenterons, en guise de commémoration, et pour leur
rendre un ultime hommage, d’apporter quelques éléments de réponse à ces
questions et à certaines autres qui leur sont connexes.
La dimension politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains.
1. Dimension politique
Le 10 juillet 1978 l’armée prend le pouvoir. Le Colonel Salek dirige l’État
mauritanien. De cette date à nos jours, les statistiques dont nous disposons
révèlent pas moins de douze coups d’État conduits avec succès ou déjoués avant
ou en cours d’exécution ; connus ou inconnus du grand public ; opérés avec
force ou en douceur sous forme de révolution de palais. De ces douze putschs,
retenons-en les cinq qui ont été conduits jusqu’au bout, et qui ont abouti à un
changement à la direction de l’État mauritanien. Il s’agit de ceux qui ont vu
l’accession au pouvoir des Colonels Salek, Louly, Bouceïf, Haïdallah et Taya.
Excepté le Colonel Moustapha ould Salek (qui ne conserva pas longtemps le
pouvoir), aucun de ces hommes portés au pouvoir par un putsch n’était
véritablement porteur ni d’un projet de société ni d’un programme politique
nouveau. Les véritables mobiles de leur putsch, ne se posaient donc pas en
termes de rupture avec une orientation politique de leur prédécesseur. Il ne
s’agissait ni plus ni moins que d’un changement dans la continuité. Changement
? Changement d’hommes – très souvent accompagné d’un changement de leur
identité tribale ou régionale – à la direction de l’État. Continuité ? Dans le
sens du maintien, dans ce qu’elles avaient de fondamental, des options
politiques du prédécesseur ; de ses pratiques et méthodes de gouvernement.
Ainsi, en termes de nouvelle orientation politique, il n’y eut réellement de
rupture significative avec le passé qu’en 1978, avec la prise du pouvoir du
colonel Salek. Son programme politique proclamé et mis en œuvre, même s’il ne
s’attaquait pas au racisme d’État, avait le mérite d’exister. On s’en souvient,
il s’articulait autour de trois points dont les deux principaux étaient : «
Arrêt de la guerre » contre le Front Polisario, (Guerre absurde à laquelle ni
l’armée ni le pays
n’étaient préparés). « Redressement de
l’économie » (qui était à genoux au bout de trois années de guerre).
Le changement des hommes à la tête du pays ainsi que celui de l’appartenance
tribale ou régionale du nouveau maître du pays s’opéraient et s’inscrivaient
dans une logique de continuité absolue par rapport au monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Autrement dit, il restait maintenu et
sauvegardé, ce statu quo qui consacre de fait la domination écrasante des
Arabo-berbères et l’exclusion des Négro-africains. Telles étaient les
caractéristiques principales des coups d’État qui eurent lieu dans le pays. Le
coup d’État des militaires noirs, déjoué en octobre 1987, met fin à cette
tradition de changement dans la continuité. Lui, se présentait en termes de
rupture absolue avec tout ce que, en matière de coup d’État, le pays avait connu
jusque là. L’expression de cette rupture se définissait par
l’originalité de sa conception technique
et opérationnelle, mais aussi et surtout par son contenu politique dont ses
auteurs étaient porteurs. En effet, pour la première fois dans l’histoire politique
du pays, par le biais d’un putsch, l’alternance au sommet de l’État était
envisagée, et en voie d’être réalisée. Il va sans dire qu’il ne s’agissait
point d’une alternance au sens d’un renouvellement des hommes à la tête de
l’État ; renouvellement toujours confiné au sein de la communauté
arabo-berbères ; il s’agissait plutôt, disons-le clairement, d’une alternance
perçue sous forme d’un transfert du contrôle politique de l’État, de la
communauté arabo-berbère vers la communauté négro-africaine. Ne s’agissait-il
pas alors, pourrait-on dire, d’instaurer un nouveau monopole du pouvoir
politique, qui, cette fois, serait au profit des Négro-africains ?Non, parce
que ce serait substituer une aberration politique à une autre ; une
injustice à une autre.
Cette alternance politique, précisons-le aussi, n’était pas considérée comme
une fin en soi. Elle devait tout naturellement constituer une transition devant
aboutir à un exercice conjoint, et non unidimensionnel du pouvoir politique en
Mauritanie. Dès lors, il apparaît clairement que ce qui était mis en cause et
ciblé, c’était bien le statu quo politique patiemment élaboré et établi depuis
l’indépendance ; c’était le caractère raciste de l’État mauritanien. C’est en
cela, nous semble-t-il, que réside la véritable dimension politique du coup
d’État du 22 octobre 1987. Et c’est parce que les lieutenants Sarr Amadou, Sy
Saïdou, et Bâ Seïdy symbolisaient cette dimension politique du coup d’État
d’octobre 1987, qu’il était difficile que Taya leur épargnât le peloton
d’exécution. Il eut fallu, pour qu’il en fût autrement, qu’il fût animé par la
double volonté politique suivante : remettre en
question le monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Mettre en perspective une cohabitation des
deux communautés sur la base d’un partage du pouvoir politique
2. Dimension historique
Mais la mise en cause du système politique raciste en Mauritanie a un passé,
une histoire. Son processus a connu trois phases majeures.
Acte I : Il se situe à la veille de l’indépendance (déjà !). Des voix
s’élèvent, au sein de certaines organisations négro-africaines, pour exprimer
des appréhensions quant à une cohabitation entre Arabo-berbères et
Négro-africains dans le cadre d’un État unitaire.
Acte II : 1966. Un peu plus de 6 ans après la prophétie de leurs aînés sur le
devenir de l’entité négro-africaine en Mauritanie, et comme pour leur donner
raison a posteriori, 19 cadres négro-africains publient un document historique.
Ils y dénoncent systématiquement la discrimination raciale déjà en œuvre, notamment
dans l’enseignement.
Acte III. Vingt ans après, en 1986, les Flam publient le Manifeste du
Négro-mauritanien opprimé. Il actualise et approfondit la dénonciation du
système politique raciste, à la lumière des données nouvelles nées de la
généralisation et de l’accentuation de l’exclusion des Négro-africains.
Le coup d’État des militaires négro-africains, déjoué le 22 octobre 1987, ne
peut donc pas être perçu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il
n’est pas un phénomène fortuit. Il est le produit de la généralisation et de
l’enracinement du racisme d’État. Aussi s’inscrit-il tout naturellement dans
une continuité historique de la campagne de dénonciation et de lutte contre le
système politique raciste, lancée 21 ans plus tôt. Il en constitue à la fois
l’aboutissement et le prolongement. Il en est l’Acte IV. C’est tout cela qui
lui confère sa dimension historique.
Le coup d’État du 22 octobre 1987 en
tant que vecteur d’une révolution des mentalités…
L’injustice et l’oppression appellent toujours la résistance. Cela est
amplement attesté par l’histoire. Dans le contexte mauritanien, cette loi s’est
vérifiée aussi. D’abord pressenti, le racisme d’État fut aussitôt dénoncé, dès
son instauration ; ainsi que nous venons de le voir plus haut. Mais le paradoxe
dans le cas mauritanien fut que la résistance est restée longtemps sans être,
en termes d’intensité et de continuité, à la mesure de l’ampleur de la
discrimination raciale. En d’autres termes, tandis que le racisme d’État
s’installait, se généralisait, s’enracinait, la résistance qu’il appelait,
elle, quand elle n’était pas absente (de 1967 à la fin des années 1970), ne se
manifestait que sporadiquement (1966 et 1986) à travers le document des «19» et
le Manifeste des Flam. Ponctuée par des moments de silence, d’éclipse, la lutte
contre le racisme d’État a revêtu, jusqu’en 1986, un caractère à la fois «
pacifique » et « défensif ». Son caractère « pacifique » consistait en ce
qu’elle ne s’exprimait que sous la forme de stigmatisation du racisme d’État à
travers des documents. Son caractère « défensif » consistait en ce qu’elle
réagissait beaucoup plus à l’enracinement du racisme d’État qu’elle
n’anticipait son évolution.
Si cet état de choses perturbait le sommeil des tenants du système raciste, il
ne les empêchait pas pour autant de dormir ; le contrôle de l’État restait
entre leurs mains ; il assurait la pérennité du racisme d’État. Les choses, sur
ce plan, changent en 1987. La lutte contre le racisme monte d’un cran. Elle
enregistre un bon qualitatif. Elle se présente en termes « violents », étant
entendu que même mené en douceur, sans effusion de sang, un coup d’État
comporte toujours un aspect contraignant, coercitif. Dès lors, nous  n’avons plus, ici, affaire à une dénonciation
du racisme d’État. Il s’agit de conquérir le Pouvoir, pour débarrasser l’État
de son caractère raciste… Ce passage inattendu, « brusque », de l’étape de
dénonciation du racisme, à la volonté affichée de prendre le pouvoir, fut la
nouvelle donnée qui, soudainement, bouleversa la perception que les uns et les
autres, au sein des deux communautés, avaient du droit à l’exercice du Pouvoir
en Mauritanie.
En effet, une loi non écrite, mais bien établie dans le subconscient de bon
nombre de Mauritaniens (y compris l’élite) des deux communautés, présentait
l’État comme la propriété exclusive des Arabo-berbères, auxquels revenait le «
droit » de le diriger. Dans les faits, nous l’avons vu, l’exercice du pouvoir
politique s’est toujours effectué conformément à cette loi non écrite. A cet
égard la réflexion qui, en 1992, échappe de la bouche du chef d’un parti
politique, est fort édifiante : « Les Négro-africains, disait-il, ne
représentent que 20 % de la population, par conséquent, ils ne doivent pas
diriger le pays. » Par ces propos, ce responsable politique obtus montre qu’il
n’a rien compris à la signification politique du coup d’État d’octobre 1987 ;
en même temps, il confirme la réalité de cette loi non écrite qui fait du
Négro-africain un citoyen dépossédé du droit d’accéder à la plus haute charge
de l’État. C’est précisément cette loi tacite que le coup d’État des militaires
noirs d’octobre 1987 a tuée. En effet, par rapport à cette loi tacite, le
putsch du 22 octobre 1987, même déjoué, constituait un message clair. Il
signifiait aux uns que l’État devait être au service de tous les mauritaniens ;
que sa direction devait être, soit légalement ouverte à tous les Mauritaniens
quelle que fût leur appartenance communautaire, soit conquise par la force. Aux
autres, il signifiait qu’en
matière d’exercice du pouvoir, il n’y
avait pas de fatalité ; qu’en Mauritanie, il ne devait pas y avoir une
communauté faite pour gouverner et une autre née pour être gouvernée. C’est le
contenu de ce message qui, passé les moments d’effroi, d’émoi et de stupeur,
s’est incrusté dans les esprits, au lendemain du coup d’État du 22 octobre
1987.
Une nouvelle perception du pouvoir, de son exercice, était brusquement née ; un
nouvel état d’esprit aussi… même si on ne l’avouait pas. Les lieutenants Sarr
Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi furent crucifiés, et leurs compagnons damnés,
parce que le coup d’État du 22 octobre 1987, dont ils étaient les auteurs,
marquait la naissance d’un processus qui tuait brutalement ce qui, dans le
système politique raciste, faisait de l’État en Mauritanie, la « chose
héréditaire » au sein de la communauté arabo-berbère ; c’est-à-dire cette idée,
cette mentalité selon laquelle, seul
l’Arabo-berbè re devait gouverner la
Mauritanie… Et ce processus-là, il fallait l’arrêter. Il ne fallait pas qu’il
eût des continuateurs.
« L’ouverture démocratique » en cours en Mauritanie tire ses racines d’un
contexte fertilisé par le sang de nos martyrs et arrosé par les larmes de la
communauté négro-africaine. À partir du 22 octobre 1987, le régime du colonel
Taya s’employa farouchement à dissuader, à décourager toute tentative
d’éradication du racisme d’État. La logique macabre d’extermination des
Négro-africains est mise en marche. Elle ne s’arrêtera plus, pendant quatre
ans. 6 décembre 1987. Les lieutenants Sarr, Sy et Bâ sont exécutés. À Oualata,
entre le 26 août et le 13 septembre 1988, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf
Guéye, Bâ Abdoul Khoudouss et Djigo Tabssirou meurent dans des conditions de
détention inhumaines. 1989. Le conflit sénégalo-mauritanien, s’il na pas été
délibérément provoqué par le
régime de Taya, fut largement mis à
profit pour déporter des milliers négro-africains au Sénégal et au Mali.
1990/1991. Accusés de complot, des centaines de militaires noirs sont arrêtés,
torturés, écartelés, tués froidement. Au sein des forces armées et de
l’administration, les Noirs sont épiés, traqués, ciblés. Pendant quatre ans,
les Noirs subiront le martyre du fait de la logique d’extermination du colonel
Taya. Or, cette politique d’extermination impliquait nécessairement des
violations des droits humains à une grande échelle. Elles eurent lieu, et
furent si massives et graves qu’elles suscitèrent la ferme condamnation de la
communauté internationale. En effet, les violations des droits humains,
l’environnement international ne les supportait plus. Les temps avaient changé.
Il n’y avait que les despotes tournés vers le passé qui ne l’avaient pas
compris… L’empire soviétique s’engageait dans l’éclatement, entraînant la fin
de la guerre froide et le déclin des autres régimes totalitaires. Le principe
de non-ingérence dans les affaires intérieures des États cédait peu à peu la
place à la notion naissante du devoir d’ingérence. Le vent de la
démocratisation balayait tous les continents. Tout, tant sur le plan intérieur,
qu’international, était réuni, pour isoler, étouffer le régime raciste et
tyrannique du colonel Taya. Pour desserrer l’étau, il n’avait d’autres choix
que celui de se mettre à la « mode » du temps : amorcer une « ouverture
démocratique ». C’est ce qu’il fit. Pas par conviction ni par adhésion aux
valeurs de la démocratie. Il le fit pour préserver son trône, pour reculer
l’échéance de sa chute.
Le 14ème anniversaire de l’exécution des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et
Bâ Seydi intervient juste après les élections législatives et municipales. Avec
plus de dix sièges, l’opposition fait une entrée remarquée à  l’assemblée nationale. Elle gagne aussi
plusieurs communes importantes. Ces victoires de l’opposition (une partie de
l’opposition) , sont-elles le fait d’un dysfonctionnement du mécanisme de la
fraude ? Ont-elles été programmées par le régime pour crédibiliser les
élections et justifier la stratégie de participation de l’opposition à ces
élections. Il est encore trop tôt pour apporter des réponses à ces questions.
En tout état de cause, le régime du colonel Taya reste fondamentalement
raciste, esclavagiste et despotique. Il ne peut pas conduire une véritable
démocratisation du pays. La preuve : dix ans après sa mise en œuvre, l’ «
ouverture démocratique » balbutie toujours…Et les problèmes majeurs, à
l’origine de cette « ouverture démocratique » restent entiers : le racisme
d’État ; la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains ; le partage
du pouvoir ; l’État unitaire, ou l’autonomie dans le cadre d’un État fédéral ;
l’enquête sur les violations des droits de l’homme ; le sort des auteurs de ces
violations des droits de l’homme…
L’exécution, le 6 décembre 1987, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ
Seydi, et le massacre de plusieurs centaines de Noirs, civils et militaires,
entre 1989 et 1991, ont actualisé certaines de ces questions et posé d’autres.
Il nous appartient, à défaut de les résoudre, de nous prononcer clairement sur
ces questions. Nous devons le faire par devoir de mémoire. Nous devons le faire
par amour pour la Mauritanie et pour son devenir. Car tant que ces questions ne
sont pas résolues sur des bases justes, le pays est en danger…Qu’Allah
accueille dans son paradis tous ceux qui, de 1987 à 199, sont morts à cause de
ces problèmes.
Pour louer les qualités d’une personne ou ses faits d’armes, nous avons
coutume, dans nos sociétés négro-africaines, de prononcer de façon appuyée et
répétitive son nom de famille.
A l’adresse de nos trois premiers martyrs, je dis : Sarr Amadou, « seydi » Sarr
! Sy Saïdou, «seydi» Sy ! Bâ Seydi, «seydi» Bâ ! Que vos âmes reposent en paix.
BOYE ALASSANE HAROUNA

6 décembre 2001 sur FLAMNET

WWW.FLAMNET.INFO

Flamnet-Agora: réaction à l´article de Ba Mamadou Kalidou sur Flamnet par Ahmed Jiddou Aly

altJe félicite Mamadou Kalidou BA, enseignant chercheur à l’Université de Nouakchott, pour l’effort qu’il a fait  d’étudier les menaces auxquelles notre pays peut faire face. Cette étude a été publiée sur le site FLAMNET: WWW.FLAMNET.INFO Ce genre d’article ou d’étude peut servir un pouvoir responsable, soucieux de mettre en place une réponse adéquate à ces menaces à travers une politique de défense cohérente et efficiente. Il participe aussi au débat et l’enrichit dans un domaine, la sécurité, que nos intellectuels désertent malheureusement. Je n’ai pas la même lecture que l’auteur de l’article de certains évènements, particulièrement de ceux de 1989 ; je n’ai pas non plus la même appréciation des sanctions infligées aux putschistes de 1987 ; enfin je n’ai pas la même perception quant au poids démographique de chacune de nos composantes ni de leurs alliances réelles ou rêvées. Ceci dit, il y a au moins deux menaces qu’il a oubliées de mentionner et qui sont réelles. Je vais commencer par ces dernières:
1) le conflit du Sahara occidentale est en veilleuse certes mais toujours là et peut s’animer à chaque instant. Ses protagonistes sont autrement plus puissants que les rebelles touaregs et l’animosité ou même la haine que se vouent les belligérants de ce conflit est historique (Maroc d’un côté, Algérie et Polisario de l’autre). J’ajoute que deux de nos richesses que nous exploitons maintenant et qui rapportent pour le pays des revenus substantiels sont à un jet de pierre de notre frontière avec ce territoire disputé. Il s’agit du fer de Zouérate et  des installations portuaires  de Nouadhibou.

2) une catastrophe naturelle à laquelle la Mauritanie n’est pas préparée. Comme par exemple une marée noire sur nos côtes ou un gigantesque incendie d’une usine chimique ou d’un dépôt de matières inflammables, etc. Aucune préparation de la population, très peu de moyens et pas de réflexion sur le sujet.  Je ne suis pas sûr que la Mauritanie soit plus outillée aujourd’hui qu’en 2007 au moment de l’inondation de Tintane ou l’explosion d’un stock de gaz au Ksar dernièrement.

La menace la plus actuelle est celle que représente Al Qaïda.  C’est une chance qu’elle soit une menace globale, c’est-à-dire qu’elle vise toute la sous-région
et même le monde entier. La Mauritanie n’est pas la seule à la combattre. Cette menace se présente sous deux formes. La première forme est représentée par des Katibas agissants à partir d’un territoire connu, se déplaçant avec des moyens de transport ordinaires identifiés et dotés d’un armement renforcé. Le nombre des combattants de ses Katibas est évalué à quelques centaines et la base de leur recrutement est réduite et le recrutement lui-même problématique.  Pour cette aile d’Al Qaïda, la politique de défense suivie par la Mauritanie est appropriée et efficace.  La stratégie appliquée qui vise à prévenir les incursions, à tisser des rapports de bon voisinage, à former des coalitions avec les pays du front, à éloigner l’ennemi des frontières nous protège jusqu’à présent assez efficacement. Les derniers développements au nord Mali ne sont pas, à moyen terme, dans l’intérêt d’Al Qaïda. Le MNLA devient un ennemi de plus à ces terroristes.

La deuxième forme d’Al Qaïda est la plus pernicieuse,  la plus secrète, la plus difficile à combattre surtout. Ce sont les cellules internes. Depuis 2007 elles
ne cessent de se manifester soit par des opérations, soit par des attentats. Même si les forces de sécurité ont déjoué certains de leurs attentats  et fait échouer  d’autres actions, la Mauritanie reste exposée et leur menace n’a pas disparu.  La lutte contre ces cellules s’inscrit dans le long terme et les victoires ne sont jamais définitives. Une menace identifiée par Monsieur Ba et  qu’il a appelée « la cohabitation raciale et ethnique » est moins prégnante qu’avant. C’est une menace qui est née avec le pays. Elle est récurrente. Et les revendications qui la portent évoluent et changent selon les acteurs et les circonstances. Les premiers hommes politiques de la Vallée ne cherchaient que l’égalité des droits ; ceux de 66 rejetaient le bilinguisme et niaient qu’il y’eût une majorité maure ; les mouvements actuelles cherchent le partage du pouvoir. Difficile de croire que le pays est au bord d’une guerre civile comme en 1989. Le retour de la majorité des réfugiés, les prémisses d’une solution pour le passif humanitaire, le choix dernièrement de l’un des mouvements les plus irréductibles de la cause noire en Mauritanie de s’investir dans le combat politique local sont autant de signaux d’une évolution vers un climat apaisé. Le recul du gouvernement sur une grande partie des critères posés pour l’enrôlement et qui paraissaient injustes pour une partie des citoyens est la preuve que le combat politique non violent peut donner de bons résultats.  Il faut maintenant chercher à renforcer  cette tendance en créant le climat politique nécessaire pour la mise en place d’un dialogue franc en vue de s’accorder sur un Pacte National qui deviendra la base d’une cohabitation future. Dans tous les cas, il faut que tous en Mauritanie sachent que l’infériorité numérique ne doit pas signifier l’inégalité des droits.

Deux petites choses relevées dans l’article de Monsieur Mamadou Kalidou BA. La première concerne son analyse des causes de la situation au Mali. La chute du régime de Mouammar El Kadhafi n’a pas été « l’une des causes « lointaines » de la situation au Mali » mais bien la cause immédiate de cette situation ! Quand les soldats touaregs de l’armée libyenne ont vu que leur parrain tombait, ils décidèrent de se replier vers les pays voisins. L’Algérie et le Niger n’ayant pas accepté que les « fuyards » restassent sur leurs territoires, ils se rabattirent sur le nord Mali croyant que la zone était à prendre. Ils n’ont réussi jusqu’à présent qu’à donner des idées aux véritables  maîtres des lieux  (Al Qaïda et ses excroissances que sont MUJAO et Ansar Dine) qui hésitaient à franchir le pas vers une sécession.

Enfin, je me permets de rappeler à l’auteur de l’article que l’exécution des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n’est pas «  la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d’Etat, sans doute parce qu’ils étaient noirs ». En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise depouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s’est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir !
 
Ahmed Jiddou Aly-Journaliste et ancien officier de l´armée mauritanienne.

Les 10 coups d’Etat qui ont changé l’Afrique

alt10 chefs d’Etat africains qui se suivent et ne se ressemblent pas. Tous tombés par des coups d’Etat qui ont suscité les réactions les plus diverses: liesse, soulagement, déception, stupeur, horreur… mais jamais l’indifférence.

10 – Togo, 13 janvier 1963: Sylvanus Olympio, père de l’indépendance abattu

En avril 1960, quand le protectorat français obtient enfin le droit de disposer de son destin, c’est ce cadre international, déjà Premier ministre, qui est perçu comme le prétendant naturel à la présidence de la toute jeune République du Togo.  
Parlant six langues, ce métis de sang à la fois brésilien, nigérian et togolais n’a pas ménagé ses forces et ses réseaux diplomatiques pour obtenir l’indépendance. La souveraineté acquise, il multiplie les vexations à l’égard de l’ancienne puissance tutélaire, diversifiant ses partenaires économiques et financiers, poussant la volonté d’autonomie jusqu’à envisager la sortie de la zone franc
Courant 1962, il commet l’acte qui servira de prétexte à sa déchéance. Il refuse de réintégrer dans la petite armée togolaise, un groupe d’officiers togolais ayant combattu pour la France en Algérie. Parmi ces démobilisés rentrés au pays et livrés à un désœuvrement soudain, un certain Etienne Eyadema Gnassingbé. Il sera le bourreau d’Olympio.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 63, ces demi-soldes furieux et bien armés prennent d’assaut la maison du président paisiblement occupé à rédiger la charte de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA). Alerté, Olympio  se réfugie dans la cour de l’ambassade américaine qui jouxte sa résidence. Il en est délogé par les putschistes qui lui enjoignent de quitter les lieux. Il refuse, on le tue.
«Je l’ai abattu parce qu’il ne voulait pas avancer. Le jour se levait et les gens commençaient d’arriver. Ça pouvait faire un incident. Alors j’ai tiré», se bornera à dire le sergent-chef Eyadema qui se vantera longtemps du forfait.
A la place de Sylvanus Olympio, les militaires placent à la tête de de l’Etat son… beau-frère, et adversaire politique, le très francophile Nicolas Grunitzky, démis 4 ans plus tard par le même Eyadema qui s’installera au pouvoir pour quatre décennies. Ce 13 janvier 1963, à l’aube, le soleil des indépendances a comme une teinte rouge sang. L’Afrique vient de vivre son premier coup d’Etat meurtrier. Le premier d’une longue liste, hélas.

9 – Ethiopie, 12 septembre 1974: la disgrâce de l’empereur Haïlé Sélassié 1er

 

alt Couronné «négus negest» (roi des rois, en amharique) en 1930, Haïlé Sélassié 1er gouverne déjà depuis deux ans l’Ethiopie. En 1936, il est contraint à l’exil à la suite de l’invasion des troupes fascistes de l’Italie mussolinienne. De retour au pays reconquis en 1941, il symbolise alors la résistance à la colonisation italienne, «résistance à laquelle se sont identifiés bon nombre de mouvements d’indépendance», explique l’historien britannique Richard Pankhurst.
Mais au fil du temps, on reproche à ce «sage de l’OUA», l’Organisation de l’Unité Africaine créée en 1963 avec siège dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba dont il est initiateur, son exercice absolutiste du pouvoir. Sa gestion de l’exaspération estudiantine et de la terrible famine qui survient dans le nord-est du pays (200.000 morts) est jugée désastreuse.Pour ses sujets éthiopiens et tous les «rastafari» du monde, le Négus (roi) avait autant de titres qu’une divinité: «Seigneur des Seigneurs», «Lion conquérant de la Tribu de Juda», «Lumière du Monde», ou encore «Élu de Dieu.» Bref, le véritable messie pour ses adeptes, en lieu et place du Jésus chrétien.
 
La similitude christique s’arrête là. Car, au grand désarroi de ses «disciples», le dernier empereur d’Ethiopie n’a pas ressuscité.
«Le mythe est toujours là (…) Hailé Sélassié est toujours en vie, avec nous. Son legs est toujours avec nous, il a donné un prestige international à l’Ethiopie et a été un empereur réformateur en modernisant notamment le système éducatif».
plaidait à l’Agence France Presse l’universitaire Indrias Getachew, le jour des funérailles publiques du monarque, le 2 novembre 2000, 25 ans après son décès, dans la captivité.
Un jour de septembre 1974, un comité militaire marxiste dirigé par le futur dictateur Mengistu Hailé Mariam dépose le Négus et institue la loi martiale.

L’empereur est emprisonné, la monarchie abolie peu avant son trépas l’année suivante.  Décrétée «naturelle», la mort de l’ultime Négus alimente encore aujourd’hui des suspicions.

8 – Centrafrique, 20 septembre 1979: Jean-Bedel Bokassa, mégalomane déchu

Il était une fois, sur les rives de l’Oubangui, un chef d’Etat qui rêvait du statut impérial. Le 4 décembre 1977, avec l’approbation complaisante de la France, Jean-Bedel Bokassa décide de faire de son rêve une réalité en s’autoproclamant «Empereur de Centrafrique.»

altLa cérémonie, d’un faste grotesque, tente risiblement de correspondre au sacre napoléonien de 1804. Et ce jusque dans les symboles: tenue, couronne, sceptre, trône qui sont confectionnés par les artisans français mis à la disposition du despote. Qu’importe si tout cela a coûté près de 100 millions de francs français de l’époque (15 millions d’euros), «Sa majesté impériale», ne regarde pas à la dépense.
Bokassa était pourtant considéré comme un homme du peuple à son accession au pouvoir par… un coup d’Etat en 1965. Ancien officier supérieur de l’armée française, décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre pour ses faits d’armes durant les guerres mondiale (seconde), d’Indochine et d’Algérie, Bokassa se veut réformateur.
Mais en 1979, le dictateur brutal envers son peuple (tortures, exécutions) est devenu impopulaire. Cette année, il fait réprimer dans le sang une simple manifestation de lycéens. On l’accusera même d’anthropophagie à cette occasion, réputation tenace qui lui valut le sobriquet d’«Ogre de Berengo» (du nom de son palais).
C’est la répression de trop. Le 21 septembre 1979, alors qu’il est en visite en Libye, Bokassa est renversé par les services secrets français lors de l’opération «Barracuda». A sa place, on installe son prédécesseur et cousin David Dacko qui rétablit la République.
«Seul Bokassa a tué? Les autres n’ont-ils pas tué? Non vraiment, il faut être juste… On m’a présenté comme un monstre en inventant cette histoire de cannibalisme parce qu’on voulait ma peau. C’est cela la vérité», dira plus tard, en guise de défense, Bokassa déchu.
Condamné à mort en 1987, puis à la prison à vie, il est finalement gracié. 14 ans après son décès, en 1996, il est «réhabilité dans tous ses droits» par l’actuel président, François Bozizé.

7 – Burkina Faso, 15 octobre 1987: l’espoir est assassiné avec Thomas Sankara

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«Malheur, à ceux qui bâillonnent le peuple!», c’est sur cette sentence, terrible, que Thomas Sankara démissionne avec fracas, en 1982, de son poste de secrétaire d’Etat à l’Information.
Les Burkinabè s’en souviendront. Tout comme ils se souviennent de la conduite héroïque du jeune officier lors de la courte et pathétique guerre qui opposa la Haute-Volta au Mali, en 1974.
Né en 1949, Thomas Isidore Noël Sankara est un capitaine de l’armée voltaïque très en vue au début des années 80.
Sa conscience politique bien forgée, teintée de marxisme, lui permet d’exercer un leadership idéologique sur la nouvelle génération d’officiers. Lors du coup d’Etat qui suit de près sa démission, il est désigné Premier ministre. Mais l’homme est incontrôlable. Déjà, il dérange les hauts-lieux françafricains qui réclament sa tête. La nouvelle de sa mise aux arrêts en mai 1983 plonge Ouagadougou dans un climat quasi insurrectionnel.
Libéré par ses camarades menés par son bras droit et éternel numéro deux, Blaise Compaoré, Sankara prend le pouvoir. La révolution démocratique et populaire est proclamée. Quatre années durant, l’autosuffisance alimentaire, l’éducation, la santé et la promotion de la femme sont érigées en priorités. Avec des résultats probants. Des initiatives audacieuses sont prises, quitte à verser parfois dans l’aventure politique. Volonté de renouveau: le pays est rebaptisé Burkina Faso, la «patrie des hommes intègres.»
Mais le révolutionnaire se fait beaucoup d’ennemis. En visite officielle à Ouagadougou, en novembre 1986, le président français François Mitterrand a affronté verbalement Thomas Sankara. Du guide libyen, Mouammar Kadhafi, ancien parrain, Sankara refuse la tutelle. Tout comme celle de l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, doyen régional.
Au plan national, la chefferie traditionnelle et la bourgeoise sont frustrées par la réduction de leurs privilèges. Compaoré, le frère jumeau, devenu adversaire, cache à peine ses volontés putschistes.
Dans l’après-midi du 15 octobre 87, ses hommes investissent l’état-major du Conseil national de la révolution, où le président du Faso est en réunion. Entendant les tirs, Sankara rassure ses camarades apeurés: «Restez-là, c’est moi qu’ils veulent!».
Les mains en l’air, le capitaine sort. Il est aussitôt criblé de balles. Son corps, enterré à la hâte, avec ceux de ses 12 compagnons d’infortune, est honoré par une foule de courageux. Le nouveau régime démantèle la révolution. Partout sur le continent, la jeunesse inspirée par le modèle s’indigne. Jusqu’au Cameroun, la rue pleure. Momentanément, une partie de l’Afrique vient de perdre espoir.

6 – Tunisie, 7 novembre 1987: Habib Bourguiba le père de la nation vieilissant est déposé.

Militant nationaliste, Habib Bourguiba (1903-2000) a traversé le 20ème siècle, marquant l’histoire de la Tunisie de son empreinte. Avocat de formation, il mène une lutte inlassable pour que la Tunisie accède à la pleine souveraineté, engagement qui lui vaudra emprisonnements répétés et exils forcés. La lutte accompagnée de diplomatie aboutit en mars 56. Un an plus tard, Bourguiba devient le premier président de la République tunisienne.alt

Sitôt élu, il se montre réformateur. Il veut un Etat moderne aussi bien sur le plan économique que sociétal. On retiendra de lui ses décisions dites «progressistes»: interdiction de la polygamie, autorisation du divorce et de l’avortement. Laïcité oblige, les autorités religieuses voient leur pouvoir réduit.
Cependant, le pays n’échappe pas au marasme économique dans les années 70 et à son corollaire, la montée progressive de l’islamisme. Ayant une très haute idée de lui-même, Bourguiba se fait président à vie en 1974. Son état de santé, pourtant, ne rassure pas. On dit le leader faiblissant de moins en moins lucide et on soupçonne son épouse, Wassila, de gouverner à sa place.
C’est sur ses doutes que son Premier ministre, Zine El-Abidine Ben Ali, décide d’intervenir en perpétrant un «coup d’Etat médical» le 7 novembre 87. Certifié sénile par des rapports médicaux, Bourguiba est déposé avec ménagement par son numéro deux qui prend le pouvoir en tant que successeur constitutionnel.
Assigné à résidence à Monastir, sa ville natale, Bourguiba mettra 13 ans à y mourir. Enterré dans le somptueux mausolée qu’il s’y est fait construire de son vivant, «le père de la Tunisie moderne» est honoré, une dernière fois par des funérailles nationales.

5 – Liberia, 9 septembre 1990: Samuel Doe ou la sauvage exécution d’un barbare

Il n’aura pas voulu se montrer magnanime, il n’y aura aucune indulgence pour lui non plus. Samuel Kanyon Doe a fini comme il a gouverné, dans la cruauté.

Le souvenir est encore vif dans la mémoire collective africaine de l’interminable supplice infligé au président libérien lors de sa destitution en septembre 1990.alt

La lente torture et les mutilations qu’il subit sont filmées en même temps qu’elles se déroulent sous le regard goguenard du rebelle Prince Yormie Johnson, son vainqueur, qui le fait finalement exécuter. Aujourd’hui encore, ces images circulent.

 
 
4 – Mali, 26 mars 1991: la chute de Moussa Traoré, le tyran

 
Le sommet franco-africain de la Baule de 1990 aura-t-il eu raison de deux décennies de pouvoir au Mali? Le régime dictatorial de Moussa Traoré (1969-1991) est l’un des premiers à tomber après le célèbre discours du président François Mitterrand du 20 juin 1990 à La Baule, conditionnant l’octroi de l’aide française au développement à un (véritable?) processus de démocratisation.alt
A la fin des années 80 et à l’orée d’une nouvelle décennie, les Maliens n’en peuvent plus d’un Etat policier qui pendant plus de 20 ans s’est illustré par son impéritie à doter le pays d’une vraie économie. Ils réclament le multipartisme. En clair, la possibilité d’une alternance à un régime faiblissant, laxiste face aux graves sécheresses qui ont sévi en 1972-73 et 1984-85.
Jusqu’ici, le parti-Etat, système assurant la réélection systématique du lieutenant sur des scores soviétiques, n’avait pas permis à la contestation sociale de s’exprimer.
Certes, les Maliens avaient bien manifesté en 1977 lors des funérailles de Modibo Keïta, premier président (1960-68) et père de l’indépendance malienne fauché par un putsch de Traoré, mais de tels mouvements d’humeur ont rarement été possibles. En 1980, une grève scolaire et étudiante est durement réprimée.
«Invincible» pendant la première décennie de son règne, le militaire déjoue toutes les tentatives de coups d’Etat (1969, 71, 75, 78) dont les auteurs sont condamnés à mort, ou embastillés à vie.
Mais en mars 91, alors qu’il est occupé à mater dans le sang une agitation étudiante, le désormais général ne voit pas venir une action militaire qui conduit à son arrestation. Les putschistes placent à leur tête, Amadou Toumani Touré, le «soldat démocrate». Il promet des élections et s’exécute 9 mois plus tard. Le Mali est sur les rails d’une démocratisation unanimement acclamée.
Quant à Traoré, condamné à mort, il est gracié en 2002 et s’attache à vivre pieusement retranché dans un quartier de Bamako. Avec quelques privilèges dus à son rang passé.

3 – Zaïre, 17 mai 1997: Mobutu Sese Seko, vieux roi Léopard, est chassé

Grandeur et décadence du personnage ont suscité un éloquent documentaire biographique: «Mobutu, roi du Zaïre» réalisé par le Belge Thierry Michel. Il relate comment un sous-officier, journaliste à ses heures, gravit les échelons de la hiérarchie administrative et militaire à l’occasion d’un mouvement national dans lequel il s’inscrit tardivement. Se rendant incontournable, il réussit à se poser en arbitre de querelles politiques qu’il tourne en sa faveur par un coup d’Etat, en 1965.
Parvenu au pouvoir, il s’approprie avec cynisme l’aura du défunt artisan de l’indépendance, le charismatique Patrice Lumumba, qu’il a pourtant livré à ses bourreaux belges et katangais, en 1961. Américains, affirment certains, qui voient dans la neutralisation de l’ancien Premier ministre une injonction de la CIA, peu désireuse de voir le communisme s’implanter au centre de l’Afrique.alt
Car c’est en garant des intérêts occidentaux dans la région que le régime Joseph-Désiré Mobutu s’inscrit dans la durée, en plein contexte de guerre froide. En contrepartie, on ferme les yeux sur sa gouvernance: régime de parti unique, despotisme, culte de la personnalité, corruption endémique qui font du dirigeant et de son sérail des milliardaires. Côté face, c’est la révolution nationale, le Congo est rebaptisé Zaïre en 1971.
1989, le mur de Berlin s’effondre et avec lui les stratégies d’alliance. Discours de la Baule oblige, la contrainte du multipartisme est inévitable. L’affaiblissement du Maréchal-président qui doit partager le pouvoir est visible aux yeux de tous. En 1996, une rébellion venue de l’est et soutenue par le Rwanda éclate. Une de celles qu’on n’arrête pas.
En mai 97, les troupes de Laurent-Désiré Kabila entrent dans Kinshasa livrée au pillage. Le «Léopard du Zaïre» est obligé de fuir le 17 mai 1997. Il n’avait plus de dents pour résister. Au moins ses ennemis n’auront pas eu sa peau. Malade, il s’éteint quelques mois plus tard à Rabat, au Maroc.

2 – Côte d’Ivoire, 24 décembre 1999: Henri Konan Bédié, l’héritier destitué

Se croyait-il destiné à gouverner indéfiniment? En bon dauphin (constitutionnel) Henri Konan Bédié (HKB) s’assure que son statut de successeur ne sera pas remis en cause, à la mort du président Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993.
Il lui faut disqualifier son rival Alassane Dramane Ouattara qui a fait figure de véritable régent du royaume éburnéen en tant que Premier ministre (1990-1993) d’un patriarche vieillissant après des décennies de règne. A ces fins, il lance le concept d’«ivoirité». Une idée restrictive de l’identité nationale, excluant nombre d’Ivoiriens de la nationalité et Ouattara de la prétention à la succession, loi électorale à l’appui.alt
Le «Sphinx de Daoukro» (son village), tel qu’on le surnomme, vient d’ouvrir la boîte de Pandore. Les crispations xénophobes et ethnicistes s’exacerbent à la faveur de l’avènement d’une idéologie nauséabonde promue par d’obscurs universitaires. Viendront s’y greffer, clivages religieux et régionaux.
Ce climat sociétal coïncide avec la fin du «miracle économique ivoirien.» Dans ce contexte social délétère où accusations de tribalisme et de mauvaise gestion fusent à l’égard d’HKB, survient une mutinerie bien vite transformée en putsch un jour de réveillon.
Mené par le général Robert Guéï qui prétend être venu «balayer la maison», ce coup d’Etat du 24 décembre 1999, surprend l’opinion africaine et internationale tant il intervient dans une mer de stabilité, de calme et de paix au sein d’un océan ouest-africain tourmenté.
C’est le début d’une longue période de troubles. S’ensuivront une présidentielle «calamiteuse», une rébellion venue du nord puis une partition du pays qui ne prendra fin qu’en même temps la crise postélectorale de 2011-2012.

1 – Madagascar, 17 mars 2009: La rue pousse Marc Ravalomanana à la sortie

En ce début d’année 2009, Antananarivo semble unanime pour réclamer le départ du président Ravalomanana, pourtant réélu fin 2006. On lui reproche, entre autres, de mêler intérêts publics et privés. Il reste, il est vrai, patron d’un des plus grands groupes agroalimentaire du pays.
Deux mois durant, la capitale est sous le coup d’une agitation entretenue par son jeune maire, Andry Rajoelina. Mi-janvier, fort de sa popularité et du soutien de ses partisans rassemblés en masse sur la place du 13 mai, il réclame la démission du chef de l’Etat. Sûr de lui, le surnommé «TGV», en référence à son mouvement «Tanora Gasy Vonona» signifiant «Jeunes Malgaches prêts», pousse la hardiesse jusqu’à se proclamer à la tête d’une Haute-Autorité de transition. Le coup de force n’est pas loin.alt
Les manifestants, encouragés à la marche sur le palais présidentiel le 7 février pour y installer l’édile frondeur subissent des représailles qui feront 30 morts et plus de 200 blessés. Rajoelina doit se réfugier à l’Ambassade de France, d’ores et déjà suspecte d’une certaine complaisance à son égard.
Le 8 mars, une mutinerie de militaires d’une base proche de la capitale prend la tête de l’armée et accélère le cours des évènements. Ils contraignent Ravalomanana à la démission. Le 17 mars, ce dernier remet le pouvoir à un directoire militaire qui s’empresse aussitôt de le transférer à son rival.
La communauté internationale condamne ce qu’elle indexe comme un «Coup d’Etat», malgré une tentative de légitimation du pouvoir de Rajoelina par la Haute Cour Constitutionnelle de Madagascar. TGV part en quête de cette reconnaissance et se donne deux ans pour organiser des élections.
Les Malgaches attendent toujours. Exilé comme nombre de ses prédécesseurs (notamment Didier Ratsiraka), Marc Ravalomanana, lui, attend encore de pouvoir faire son grand retour. Et récupérer, pourquoi pas, ce pouvoir qu’il a perdu.
Malik Delwendé Ouedraogo

For slateafrique.

Un parti pour les dissidents de l’APP

altLe Comité de Crise (dissidence de l’APP) a déposé une demande en vue d’obtenir la reconnaissance d’un parti politique sous le nom El-Moustaqbal (Avenir), ont révélé jeudi à Alakhbar des sources de ce comité. Selon les sources, Mohamed Ould Bourbouss sera le président du parti alors Samouri Ould Bey présidera le Conseil National de cette formation en gestation.
Le poste du secrétaire général se verra confié à Mohamed Ould Rabii, un cadre à la Banque Centrale de Mauritanie, précisent les sources. Le Comité de Crise, déjà membre de la COD, est né suite à une dissidence  qui s’est produit au sein de l’APP de Messaoud Ould Boulkheir sous fond de divergence sur le sort du mouvement clandestin «El-Horr» auquel se réclament les cadres du Comité. Ould Boulkheïr affirme, par contre, avoir dissout le mouvement « qui a accomplit son rôle historique ».

Source: Al Akhbar

Nouakchott rejette la demande d’extrader Al-Senoussi à Tripoli

altLa Mauritanie a officiellement rejeté la demande d’extradition d’Abdallah Al-Senoussi, ancien chef des renseignements libyens, qui a été formulée, mercredi, par le primer ministre libyen, Abderrahim El Kib, a appris Alakhbar de source proche du dossier.

La même source explique le rejet par puiseurs raisons: Al-Senoussi n’a pas encore répondu, devant la justice, aux accusations d’entrée illégale en territoire mauritanien et en possession d’un vrai-faux passeport. Nouakchott veut également s’assurer que l’ancien numéro 2 du régime de Kadhafi ne sera pas torturé et qu’il bénéficiera d’un procès équitable.

Abderrahim El Kib a pourtant rassuré que si Tripoli obtient l’extradition d’Al-Senoussi, celui-ci aura un procès transparent et tous ses droits seront respectés : il sera traité selon la nouvelle vision de Tripoli en tant que citoyen.

cependant, Nouakchott n’envisage pas d’extrader Al-Senoussi avant de connaitre l’aboutissement des élections libyennes et qu’il ait une vraie stabilité dans le pays, précise la source.

 

Source: Al Akhbar