Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: December 2011

Youssouf Silla, sénateur de Mbout: “Je suis des FLAM…”

altALAKHBAR (Nouakchott) – «Nous étions partis à Inal réclamer justice pour les 500 personnes tuées sans procès, entre 1987 et 1991, à qui on n’a pas donné l’opportunité de se défendre », a déclaré Youssouf Silla, sénateur de Mbout, qui assistait à une conférence de presse d’IRA-Mauritanie, ce matin à Nouakchott. «Cependant, certains nous accusent d’aller là-bas pour déterrer les morts et de cultiver la division entre les mauritaniens. Le problème ne s’agit pas de noirs et de blancs. Nous étions une seule nation, une seule famille avant le débarquement des militaires en 78. Ce n’est non plus un problème de racisme. Le racisme, en revanche, c’est de faire fi à la justice. Il ne faut pas encore en mêler le Sénégal et le Mali même si nous avions eu avant des contentieux », a précisé le sénateur. Il expliqué que «nous demandons simplement la composition d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les événements de 1987 à 1991. Des mauritaniens ont tué d’autres mauritaniens. Nous demandons, donc, que les auteurs soient indexés et sanctionnés. La sanction existe dans la charia et c’est tout ce que nous réclamons»

Et sur la «tentative d’assassiner Birame Ould Abdeid», président de IRA-Mauritanien, le sénateur a dit que «ceux qui veulent tuer Birame doivent savoir que nous sommes tous des Birame. Je suis d’ailleurs des FLAM tant qu’ils défend le droit. Je pense qu’il est plus facile de constituer une commission d’enquête que d’éliminer Birame ».

«En Mauritanie, il ne manque pas de lois en conformité au droit international. Mais nous sommes loin à leur application. Je vous donne un exemple sur la loi interdisant l’importation de véhicules de plus de 8 ans. Le président de la République l’a suspendu par dire « arrêtez-moi cette loi, elle n’a pas de valeur», a conclu le sénateur.

Abdoul Birane Wane : « Nous n’avons jamais été associé au projet du voyage d’Inal»

alt(Essirage.net)Le mouvement “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE   a annoncé samedi 3 décembre 2011au cours d’une conférence de presse, qu’il n’a jamais été associé ni informé d’une façon officielle au projet du voyage pour un  recueillement à Inal, organisé par Biram Dah Ould Abeïd, Président du Mouvement de Lutte Contre l’Esclavage en Mauritanie (IRA). « En tant que coordinateur du mouvement « touche pas  à ma nationalité », et sous le contrôle de mes camarades ici présents, membres tous de la coordination, nous disons que nous n’avons jamais été associés au projet d’aller à d’Inal et nous n’avons jamais été informés ». A affirmé Abdoul Birane Wane.

Il a par ailleurs, ajouté : « L’histoire nous condamne à dire la vérité, nous sommes des citoyens mauritaniens, nous combattons pour la liberté, l’égalité et la justice. Quand on ne dit pas la vérité on sera rattrapé par l’histoire ».Toutefois, le coordinateur du mouvement « touche pas  à ma nationalité », Monsieur Abdoul Birane Wane trouve que c’est une  bonne initiative qui a été prise par les organisateurs en allant à Inal rendre hommage à ses martyr afin de rappeler ce qui s’est passé. « Une manière de montrer à ses bourreaux, qu’ils seront traqués comme des bêtes sauvages. Que les gens n’oublient pas, que les gens ne baissent pas les bras à les poursuivre jusqu’au bout » dira-t-il.

Monsieur Abdoul Birane a rappelé que leur mouvement a organisé des activités similaires partout sur l’étendue du territoire Mauritanien pour dénoncer et rappeler ce qui s’est passé en ce 28 novembre 1990 à Inal, en exigeant la condamnation des génocidaires et des criminelles. « Quels que soient les mouvements qui ont organisé ces cérémonies ou manifestions dans le cadre de la commémoration, nous visons tous un ennemi. Ces ennemis se sont les bourreaux, qui continuent encore de diriger se pays » ajoutera-t-il.

Evoquant la  manifestation du 28 novembre à Nouakchott, Monsieur Wane a souligné que l’objectif était de remettre une lettre de doléance au président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz ; lettre dont l’objet était de faire la lumière sur ce qui s’est passé entre la période de 1990 et 1991. A savoir qui a tué, qui a donné l’ordre et pourquoi ils ont été tués.  Ainsi que l’abrogation de la loi de 93 qui a amnistié  les bourreaux responsables du génocide.

Mais une fois arrivé à la zone de la poste, les manifestants  ont trouvé devant eux un imposant dispositif policier qui leur a barré le passage les empêchant ainsi d’arrivé à leur destination en usant des grenades lacrymogènes, alors que la marche était autorisée par les autorités mauritaniens jusqu’à la direction du SOCOgim à coté du SENAT.

Dressant le bilan de la manifestation où pas moins de 2000 personnes ont assisté, le coordinateur du mouvement a souligné qu’il y’a eu un militant du nom de Abou Fall, qui a été gravement blessé avec une main déchiqueté par une grenade et qu’il est toujours à l’hôpital.

« Les autorités ont fait savoir que c’et lui-même qui a cherchait à ramasser la grenade pour la rejeter aux policiers. Nous étions tous prêt de lui et nous disons que c’est tout à fait faux. La grenade l’a atteint à la main  et s’est la police qui doit endosser sa responsabilité » dixit abdoul biran wane.

Toujours dans le cadre du bilan le coordinateur a évoquer le cas jeune Daouda Ndongo, qui a été pris au cours de la manifestation et amené au commissariat. Et au bout d 48 heures, il a été déféré au parquet avant d’être libéré.

La coordination du mouvement “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE   a dénoncé  la violence que la police exerce contre leurs militants et contre tous les défenseurs des droits de l’Homme.

« Nous voulons  transmettre un message à ces autorités qu’avec tous ce qu’ils vont utiliser comme violence nous ne reculerons jamais. Nous tenons à mener nos revendications jusqu’au bout, nous continuerons à occuper la rue tant que nos revendication ne seront pas satisfaite » conclura-t-il

Soulignons  que le  beaucoup de militants de ce mouvement ont répondu à la conférence de presse dont le jeune Bakary bathily, qui pendant un mois a perdu l’usage de la parole. Il avait été pris et torturé par la police à Kaédi, lors des négociations entre les délégués du mouvement et les notables de la ville.

ESSIRAGE

La Coordination des mauritaniens de Belgique (Touche pas à ma nationalité)a déposé une lettre au Siège de la commission des Nations Unies pour les Droits de Homme à l’attention du Secrétaire général de l´ONU

altExcellence,

Par la présente, nous ressortissants mauritaniens, vivant en Belgique, voudrions attirer votre attention sur une préoccupation par devoir de mémoire, exigence de justice qui recoupe le devoir d’humanité qui fonde la philosophie de l’institution dont vous êtes aujourd’hui le premier fonctionnaire.
Cette préoccupation concerne le droit des familles et des proches des victimes des années de terreur et de répression qui ont marqué une politique raciste appliquée avec cruauté innommable contre les populations africaines noires mauritaniennes.
Non seulement cette politique n’a pas épargné des innocents, mais a pris une tournure cynique au point de marquer l’anniversaire de l’indépendance nationale de la Mauritanie en exécutant 28 soldats noirs en 1991.
Cet événement, par-delà sa cruauté et son inhumanité, illustre parfaitement une logique génocidaire qui n’a jamais fait l’objet d’aucune enquête de quelque nature qu’elle soit, ni au niveau national, sous-régional, encore moins international.
Monsieur le Secrétaire général, le sens de notre démarche est de porter à votre niveau et au niveau de votre organisation la nécessité d’interpeller le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz sur la responsabilité de l’Etat et l’importance pour les familles et les proches des victimes de pouvoir se recueillir devant les tombes des disparus. Afin de pouvoir faire le deuil, les proches des morts attendent la restitution des corps.
C’est dans cette perspective que s’inscrit notre initiative qui consiste à faire appel aux représentants de l’éthique et du droit international afin que les droits humains les plus fondamentaux soient respectés, en l’occurrence, le droit à la sépulture pour le respect universel des morts.
La tragédie mauritanienne a fait des milliers de victimes, jusqu’à présent aucune instance n’a été saisie de cette situation tragique, afin que la dimension humaine soit prise en compte. Il nous semble important en tant que membres d’une composante victime du racisme, de l’oppression et de l’injustice de nous adresser à la communauté internationale et à son premier représentant dans le but de signifier au président mauritanien le devoir d’humanité et du respect des droits de l’Homme.
En Mauritanie, un régime d’exception a régné de 1986 à 1992 en appliquant une politique de massacres, d’assassinats, d’exécutions extrajudiciaires et de déportations massives dans l’indifférence généralisée des autres nations du monde. Cette politique, à travers des variétés nouvelles, continue sa logique d’exclusion et de marginalisation de la composante africaine noire mauritanienne.
L’actuel gouvernement, pour aller dans le sens de la continuité, a mis en place récemment, une opération de recensement à caractère raciste afin de priver les populations noires de leur nationalité mauritanienne.
Il y a eu des manifestations aussi bien au sein du pays qu’au niveau de la diaspora mauritanienne vivant en Europe, au Canada, aux Etats-Unis dans le but de dénoncer cette opération jamais vue dans l’histoire. Compter pour exclure, tel fut le credo de cette décision contraire aux droits les plus élémentaires qui constituent le droit international.
En attendant que la cause des victimes de la politique injuste menée en Mauritanie, depuis des décennies, soit entendue, nous voudrions vous soumettre notre préoccupation actuelle, celle de la restitution des corps des victimes de la répression et particulièrement les corps des 28 soldats lâchement assassinés pour marquer par le sang l’anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie en cette année terrible de 1991.
Un paradoxe marqué par sa cruauté, son ignominie et sa barbarie qui mérite d’être élucidé pour les femmes, les enfants et les parents des 28 soldats sauvagement tués par leurs camarades, soldats comme eux ayant reçu les ordres de leur chef pour exécuter cette funeste et macabre action.
Nous voudrions que l’actuel président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz soit interpellé par votre institution dont la mission première est la sauvegarde de la dignité humaine par le respect des droits humains, de leur vie et la garantie de leur sécurité.
Monsieur le Secrétaire général, nous vous prions, de recevoir nos salutations distinguées.

 
La communauté mauritanienne de Belgique
Bruxelles, le 28Novembre 2011

 

Témoignage : Hommage aux victimes des événements de 1989-91

altChers compatriotes,
Chers frères et sœurs,
Chers amis,

Il ya vingt et un ans exactement, par une nuit comme celle-ci, s’est déroulé l’événement le plus tragique et le plus sombre que la Mauritanie aura jamais vécu.

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, dans la garnison d’Inal, 28 militaires, officiers, sous-officiers, marins et soldats de l’armée mauritanienne, furent froidement assassinés, par la méthode ignoble de la pendaison, par d’autres officiers et hommes de troupes.

Les 28 victimes de cette nuit de l’horreur et de la honte avaient pour noms :

1 -Adjudant-chef Abdoulaye DJIGO 

2 -1ère classe Samba Baba NDIAYE 

3 -1ère classe Samba Oumar NDIAYE 

4 -1ère classe Ibrahima DIALLO 

5 -1ère classe Mamadou Hamadi SY 

6 -Sergent Mbodj Abdel Kader SY 

7 -2ème classe Samba Demba Coulibaly 

8 -2ème classe Demba DIALLO 

9 -1ère classe Amadou Saïdou THIAM 

10 -1ère classe Mamadou Oumar SY 

11 -1ère classe Abdarahmane DIALLO 

12 -1ère classe Mamadou Ousmane LY 

13 -Caporal Mamadou Demba SY 

14 -Soldat Alassane Yéro SARR 

15 -Caporal Amadou Mamadou BAH 

16 -Sergent-chef Lam Toro CAMARA 

17 -Sergent chef Souleymane Moussa BAH 

18 -2ème classe Oumar Kalidou BAH 

19 -Sergent Amadou Mamadou THIAM 

20 -Sergent Samba SALL 

21 -2ème classe Abdoulaye Boye DIALLO 

22 -1ère classe Cheikh Tidiane DIA 

23 -2ème classe Samba Bocar SOUMARE 

24 -1ère classe Moussa NGAÏDE 

25 -1ère classe Siradio LÔ 

26 -1ère classe Demba Oumar SY 

27 -Sergent Adama Yero LY 

28 -Caporal Djibril Samba BAH 

Ils n’avaient commis aucun crime, pas même la moindre infraction. Aucun tribunal, militaire ou civil, ne les avait jugé et condamné. Leurs assassins n’étaient ni une bande de terroristes sanguinaires, ni une foule hystérique et aveugle.

Leur seul crime était la couleur de leur peau. Ils étaient Noirs dans une armée et un Etat, tout entier acquis au mythe de l’arabité exclusive de la Mauritanie, et engagés depuis deux ans dans une entreprise de « dénégrification » du pays.

Leurs assassins étaient des officiers et des hommes de troupes qu’ils appelaient encore, peu de jours auparavant, leurs frères d’armes, exécutant plan ourdi au plus haut niveau de l’armée et de l’Etat.

Le dessein de ces bourreaux était, semble-t-il, de célébrer le trentième anniversaire de l’indépendance, par l’immolation de 28 victimes innocentes sur l’autel d’un nationalisme perverti et d’une mystique raciste. De fait, ils n’auront pas seulement torturé et assassiné des compatriotes et des collègues ; ils auront souillé à jamais le symbole même de l’indépendance de la nation.

Cet acte innommable était l’ultime abomination d’une sanglante et interminable liste de massacres et de crimes odieux.

Entre le mois d’octobre 1990 et le mois de février 1991, toutes les garnisons militaires du pays ont été transformées en camps de concentration dans lesquels, selon des estimations partielles, plus de 500 militaires noirs ont été tués dans d’atroces conditions : torturés, électrocutés, enterrés vivants, traînés sur la pierraille par des véhicules, battus à mort. Les camps militaires de Jreïda, d’Azlat, de N’Beïka et d’Inal auront été les principaux centres de supplice. Plus de la moitié des victimes ont trouvé la mort au camp d’Inal.

Ces événements s’inscrivaient dans une vaste tragédie, à l’échelle de tout un pays. Les premiers actes de cette tragédie furent les pogroms anti sénégalais d’avril 89, qui se muèrent en quelque jours en une politique systématique d’épuration ethnique visant les populations négro-africaines, et qui révélait au grand jour les motivations profondes du « conflit sénégalo-mauritanien ».

Le gouvernement de Ould Taya, l’armée et les forces de sécurité furent les concepteurs et les exécutants d’un plan qui faisait de la Mauritanie à la fois un territoire d’exclusion et un camp de concentration.

Dans les villes, des milliers de fonctionnaires, d’ouvriers et d’employés furent arrêtés sur leur lieu travail où à leur domicile, dépouillés de leurs biens et de leurs pièces d’état civil. Dans les campagnes, des dizaines de milliers de paysans (des éleveurs peuls, en particulier) furent dépossédés de leur bétail et arrachés de leur village ou de leur terre. Tous furent expulsés de force de leur patrie et déportés au Sénégal et au Mali.

Pour les populations négro-africains qui ne subirent pas les affres de la déportation, la Mauritanie devint un immense camp de concentration, un champ clos de l’arbitraire où le prétexte du conflit avec le Sénégal laissait libre cours au déchaînement du délire et des actes racistes d’une administration et de forces armées et de sécurité entièrement acquises à l’objectif de dénégrification : humiliations, arrestations, tortures, exécutions sommaires.

Les souvenirs des survivants, ainsi que fosses communes et les charniers découverts à Sori Malee, à Wocci et dans d’autres localités témoignent de l’atrocité des années 1989-1991.

Il faudra attendre plus de quinze ans, et la chute du régime de Ould Taya, pour que se lève un léger vent d’espoir. Le 29 juillet 2007, dans une intervention radiotélévisée, le président Sidi Ould Cheikh Abdallah, élu à l’issue de la phase de transition, reconnaît la responsabilité de l’Etat dans le passif humanitaire et dans les déportations, et s’engage à œuvrer pour que justice soient rendue aux victimes et à leurs ayant droits.

Les journées de concertation organisées au mois de novembre de la même année n’aboutissent pas à des conclusions faisant la lumière sur les exactions et crimes commis et sur la sanction des responsables, mais permettent des avancées sur le retour des déportés. Le retour partiel de ces derniers, en dépit de nombreuses insuffisances et difficultés, a été amorcé début 2008.

La suite est peu encourageante et prête plutôt au pessimisme.

– Les conditions de réinstallation des déportés restent aléatoires ;

– Un nombre significatif de déportés au Sénégal n’est pas encore revenu

– Le sort des déportés résidant au Mali continue à être ignoré du gouvernement.

Mais surtout, le pouvoir du général Ould Abdel Aziz, issu du coup d’Etat d’août 2008, en dépit de ses déclarations de bonnes intentions, s’active à réduire la solution du passif humanitaire à un simple versement d’allocations aux veuves et aux orphelins des militaires assassinés.

La convention signée entre le pouvoir et une organisation de rescapés (COVIRE), précise que les familles d’officiers recevront une indemnisation égale à 2 000. 000 UM, que les ayant droits des sous officiers et soldats percevront une somme de 1 800. 000 UM, et que des terrains à usage d’habitation seront octroyés à certains.

Il est tout à fait légitime que les veuves et les orphelins des militaires exécutés reçoivent des indemnisations. Ce qui est honteux et indigne c’est que ces indemnisations soient assorties de conditions qui les assimilent à un chantage,  au de la renonciation à toute forme d’exigence de justice.  

L’article 2 de la convention entre le pouvoir et COVIRE, stipule, sans honte :  « Cette allocation constitue une réparation définitive du préjudice subi par les ayants droits, qui déclarent solennellement l’accepter et renoncer ainsi à toute réclamation, toute plainte, quelle que soit leur nature et à toute action individuelle ou collective qu’ils ont pu intenter, soit directement ou par l’intermédiaire de mandataires devant toutes les instances nationales et internationales.

La contrepartie des indemnisations octroyées par le gouvernement de Ould Abdel Aziz, c’est l’amnésie volontaire, l’effacement de nos mémoires du martyre subi par ceux qui nous étaient chers, dont la vie a été anéantie du fait de la politique raciste de l’Etat mauritanien et des ses exécutants zélés.

Cela ne peut se faire. Le règlement du passif humanitaire exige que se soient réalisés dans les faits les principes de vérité et de justice et le devoir de mémoire qui, en jetant la lumière sur les pages sombres de notre histoire, contribueront à éclairer l’avenir de la Mauritanie. 

C’est à cette seule condition qu’un jour, des charniers d’Inal, d’Azlat, de J’Reïda et des tombes anonymes des milliers d’innocentes  victimes de la haine raciste se lèveront des matins de justice et de fraternité.

 

Je vous remercie.

Aissata Niang dite Thilo du Collectif des veuves.

Pèlerinage des martyrs d’Innal. : « C’est une victoire pour le rétablissement des droits humains »

altDeux orphelines qui pleurent sur les bras de leur maman, l’une n’a pas connu son père, elle est née en 1991 quelques mois après les massacres d’Innal, qui ont eu lieu entre octobre et novembre 1990. L’autre sœur aussi n’a aucuns souvenirs de son père. Ce dernier l’a quitté alors qu’elle n’avait que 16 mois. Ces orphelines, comme une douzaine d’autres qui ont fait le voyage, ont bravé la faim, le froid et les nombreuses tracasseries pour se recueillir pour la première fois sur le lieu ou leurs pères ont été tués. l’IRA, qui avait annoncé ce voyage de recueillement depuis environ une année, est allé au bout de son initiative.

Innal, n’a pas encore fini de faire pleurer de pauvres innocents, 21 ans après les événements tragiques de 1990. Lundi, 28novembre 2011, plus de 250 personnes se sont recueillis sur les lieux du massacre pour commémorer la mémoire des 28 militaires négro-mauritaniens pendus dans la journée du 28 novembre 1990. Partis de Nouakchott, le dimanche 27 novembre à 8h 30 h du matin, ils sont arrivés à Innal le lundi 28 novembre à 13h, après avoir passé la moitié de la nuit à la belle étoile. Déterminés à accomplir leur rêve, ils ont résisté aux nombreuses tracasseries des forces de l’ordre, ainsi qu’au vent frais du désert. Ils sont arrivés à Innal avec le sentiment d’avoir accompli leur rêve. Un moment solennel plein d’émotion qui a fait pleurer veuves, orphelins et militants de droits de l’homme.
Maimouna Alpha Sy, présidente du collectif des veuves explique « c’est un moment plein d’émotion et de tristesse. On n’oubliera jamais ce qui s’est passé ici. Innal restera un lieu de pèlerinage pour nous. On ne pardonnera jamais les tortionnaires qui se pavanent librement dans les rues de Nouakchott». Même son de cloche pour la présidente de l’Association des Femmes Mauritaniennes du Fleuve (AFMAF), Maréme Kane qui réclame aussi la justice » C’est un moment inoubliable et plein d’émotion. Nous demandons justice, afin que les tortionnaires soient traduits devant la loi. Nous demandons au Président de la République de respecter sa parole car il avait promis de juger les coupables »clame-t-elle.
En face d’elle, un jeune garçon, âgé de 22 ans regarde hébété les lieux. Il tourne la tête à gauche, puis à droite avant de sangloter. A sa main, une liste de 162 personnes, présumées responsables par les Ong de droits de l’homme mauritaniens des meurtres de plus de 500 militaires négro-mauritaniens. Il, c’est Yaya Sy, fils d’Ousmane Seydiou Sy, capitaine de la garde, disparu à Innal en 1990. Il nous explique que son père servait à Atar.

Ce qui reste des lieux des massacres

Assis par terre ou sur des nattes, veuves et orphelins s’empressaient de connaître les lieux des massacres et des tortures. « Nous avons identifié les lieux où ont été pendus les 28 militaires et l’endroit où, ils ont été enterrés. Malheureusement les autorités ont tous rasé. N’oublions pas que les tueries ne se sont pas arrêtées à la journée du 28 novembre. 250 prisonniers ont été incarcérés ici entre octobre et novembre 1990, seul 96 d’entre eux, ont survécu. Notre premier acte fondamental est d’amener la justice nationale et internationale à Innal afin que les coupables puissent revenir sur les lieux du crime et raconter comment ils ont supprimé leurs frères d’armes. Nous allons délimiter prochainement les lieux du supplice, où repose les militaires tués » tonne Biran Ould Abeid.
Après la récitation du coran, veuves, orphelins et militants de droits de l’homme ont marché main dans la main pour aller vers les lieux de la pendaison. Un lieu tenu secret, qui va être mis à nu, d’ici quelques minutes par le leader de l’IRA. Au fur à mesure que le groupe s’avancait, on entendait quelques sanglots de femmes. Evoquant le nom d’Allah, le groupe se dirige vers le terrain de football, situé à quelques mètres de l’école. Après quelques pas sur le terrain de football, Biran s’arrête subitement et déclare « c’est ici, sur ces lieux que le 28 novembre 1990, 28 militaires négro-mauritaniens furent pendus. Ils ont rasé le camp et transformé les lieux en un terrain de football, pour banaliser les crimes. » Des mots qui mettent en transe veuves et orphelins. Fouillant et grattant le sol, les orphelins pleuraient un père qu’ils n’ont jamais connus, les veuves sanglotaient un mari qui est parti sans leur dire au revoir. Tandis que parents, amis proches et militants de droits de l’homme, priaient pour le repos de leurs âmes. Sous leurs pieds, reposent les corps des militaires tués entre octobre et novembre 1990, selon les témoignages.

Lieutenant Sy Mouhamadou, rescapé « Je n’ai pas de haine pour ceux qui m’ont torturé, mais je suis assoiffé de justice »
Les lieux des tortures et de la pendaison ont été rasés, mais les souvenirs sont restés encore vivaces. 21 ans, après les événements tragiques, le lieutenant Sy Mouahamadou, l’un des rescapés du camp, venu de la France, raconte « je remercie Dieu de m’avoir donné longue vie. Je n’avais jamais imaginé que je remettrai les pieds à Innal. C’est une victoire pour le rétablissement des droits humains. Il ya 21 ans des choses atroces, horribles se sont produits ici. Il ne s’est pas passé, un jour, une minute ou une seconde sans entendre des pleurs. Ces tortionnaires ont fait du tort à tout le monde. Ils ont causé du tort à leurs enfants et aux enfants des victimes. Mais ils sont responsables de leurs actes et leurs enfants ne sont pas comptables des actes de leur père. 154 militaires négro-mauritaniens ont laissé leurs vies à Innal. Je me réjouis de voir 21ans après les événements, qu’il ya des maures, des noirs et des harratines qui n’ont pas oublié ce qui s’est passé ici. Je prie pour que cette action puisse contribuer à la solidarité nationale. Il ne peut pas y avoir de cohésion tant que ce problème n’est pas réglé. Je n’ai pas de haine pour ceux qui m’ont torturé, mais je suis assoiffé de justice. « déclare l’auteur de « l’enfer d’inal » qui vit désormais en France. « Comme vous voyez, ils ont tout rasé » Il nous montre le tas de gravats de la main « il n’ya plus rien, le camp se trouvait ici. »En face des ruines, une caserne flambant neuf a été construite depuis quelques années pour effacer les souvenirs douloureux du « camp d’extermination d’Innal ». « Acculés par les questions des journalistes, il raconte les circonstances de la mort du soldat Tambédou. Il n’a pas oublié aussi le nom de son étrangleur. Je ne veux pas revenir sur le film des événements, déclare-t-il le cœur meurtri»
Après les déclarations et témoignages, une prière des morts a été organisée à quelques mètres des lieux, où seraient enterrés les militaires afin que leurs âmes puissent reposer en paix. La prière était dirigée par l’imam de Mbalal. Une stèle a été ensuite construite sur le « Golgotha « à la mémoire des victimes. « Pour le respect des 154 militaires tués à Innal, ce lieu devait être un lieu de pèlerinage et non un terrain de football pour les jeunes de la localité » tonne un orphelin.

Youssouf Sylla, sénateur de Mbout« On ne pas construire une nation sur l’injustice »
Il a fait le déplacement jusqu’à Innal pour soutenir Birame et les familles des victimes.il c’est le sénateur de Mbout Youssouf Sylla « je suis venu à Innal pour soutenir les familles des victimes et de montrer mon soutien aux Ong des droits de l’homme et un encouragement à l’IRA . J’étais pris par l’émotion quand j’ai vu les veuves en larmes. Si le Président de la République avait vu ces moments, il allait avoir un sentiment de solidarité avec les familles des victimes. Si nous voulons une Mauritanie unifiée, il faut que l’Etat accepte le respect des droits, l’égalité des chances et du respect du droit de l’autre. Nous demandons l’ouverture d’une enquête transparente et respectueuse des droits de chacun pour démasquer les coupables et les juger, afin de permettre une réconciliation définitive. On ne pas construire une nation sur l’injustice. Nous ne voulons pas d’extrémisme, mais nous sommes pour le respect du citoyen et un partage des richesses entre toutes les composantes du pays et nous souhaitons que toutes les composantes puissent être recrutées au niveau de l’armée, de la gendarmerie, de la police…. Nous voulons une Mauritanie pour tous dans l’unité et le respect.


Dialtabé, envoyé spécial à INNAL-QDN